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Courir le vaste monde

Paloma CouvertureLes enfants ont la chance qu’on mette entre leurs mains des albums aussi beaux que celui-ci.

Il est beau par sa taille et la qualité de l’impression: c’est vraiment un grand livre, dans lequel les dessins de l’illustratrice, Jeanne Detallante, prennent toute leur force. C’est comme si on avait sous les yeux les dessins originaux, aux couleurs éclatantes comme des peintures de Frieda Khalo, ou dans des teintes de gris et de noir pour raconter le passé. Un bel objet à manipuler, à lire ensemble, penchés sur des pages où on peut en quelque sorte s’immerger.

Cet album est beau parce que les mots de Véronique Ovaldé sont riches, pour dire la belle histoire de Paloma, la petite fille qui sentait que le monde était là, à portée de main. C’est une histoire qui dit la présence du père disparu, la vie de famille dans des lieux où on a toujours vécu, l’amour d’une mère, le besoin d’aventure et de liberté. L’histoire d’une fille qu’on laisse partir – et qu’on aide à le faire – pour qu’elle ne devienne pas poussière. Une histoire qui dit que les filles aussi peuvent aller courir le vaste monde. De quoi donner des ailes à nos enfants. C’est un conte lumineux, qui, comme tous les contes, posent les questions essentielles. De ces livres qu’on garde précieusement.

Paloma Album

Si vous voulez écouter cette histoire (avec le bruit de ces grandes pages que je tourne!):
Paloma

Paloma Les 3 soeurs

Paloma Aventure

Courir le monde, courir le vaste monde, aller courir le vaste monde:
Cette expression signifie qu’on part à l’aventure, pour découvrir le monde, avec curiosité et l’envie de vivre des expériences dans des endroits qu’on va vraiment explorer.

PS: A mes lecteurs fidèles: Excusez-moi pour mon absence un peu prolongée sur ce blog ces derniers temps. Mais je ne vous oublie pas et me voici de nouveau avec ce que je veux partager avec vous !

Comme par enchantement

Navette magique

En fin de compte, Paris est très proche de Marseille : en TGV, il faut environ trois heures de gare à gare, c’est-à-dire du centre-ville de Marseille à Paris intra-muros. Et pas besoin d’arriver des heures à l’avance : on peut monter dans le TGV au dernier moment (entre deux et cinq minutes juste avant que les portes se ferment). Pas besoin non plus d’enregistrer ses bagages : ils voyagent dans le même wagon que vous. Pas besoin de se ruiner non plus : en s’y prenant bien – traduisez par à l’avance – on trouve des tarifs intéressants.

Alors, pour concurrencer le train, les avions doivent offrir la même sensation de facilité : c’est ce que nous vend cette publicité rencontrée hier dans la rue sur un abri-bus.

On ne monte plus dans un avion pour partir en voyage, on prend une navette, c’est-à-dire un moyen de transport quotidien qui fait la navette entre le nord et le sud. Et bien sûr, il y a plusieurs vols allers-retours par jour, à des heures pratiques pour partir et revenir.
Donc, hop, on part pour Paris ! Vous êtes à Marseille, et d’un coup de baguette magique… Pardon, d’un coup de navette magique, hop, en une heure, vous voilà à Paris ! ( Enfin presque, parce qu’il faut aller à l’aéroport, arriver en avance. Et côté prix, ce n’est pas toujours aussi magique que les 49€ annoncés : tout est dans le « à partir de… ». Et parce que vous atterrissez à Orly, bien relié à Paris, mais quand même. )

En tout cas, la pub est jolie, avec son jeu de mots basé sur les sonorités proches de navette et de baguette. Un bon slogan, qui met un peu de féérie dans notre quotidien où parfois, au milieu de la frénésie des transports pour aller à droite, à gauche, on se prend à rêver de télétransportation ! Vive les navettes magiques !

L’expression « d’un coup de baguette magique / en un coup de baguette magique » signifie que quelque chose se fait très facilement, sans effort.
Par exemple, on dit : ça ne se fera pas d’un coup de baguette de magique.
Tu crois que tu vas réussir à trouver un appartement comme ça, en un coup de baguette magique ?

Un autre monde

DSC_3163Je m’étais déjà laissée embarquer aux Iles Kerguelen par Emmanuel Lepage. Terres du bout du monde, dont nous entendons parler de loin en loin parce que des Français y travaillent quelques jours, quelques semaines, six mois, un an, selon les missions qu’ils ont à y effectuer.

Mais il y a encore plus loin que le bout du monde ! La base Dumont d’Urville, la base Concordia, la Terre Adélie, ces noms posés sur le continent Antarctique, perdus dans l’immensité glacée : c’est de là qu’Emmanuel Lepage et son frère ont rapporté un nouveau récit. L’aventure est au détour des dessins de l’un et des photos de l’autre, et on se laisse emporter par cette histoire de blancheur, de froid, de fraternité et de passion.
Voici leurs deux voix qui racontent comment ils ont vécu ce voyage exceptionnel et comment ils ont imaginé ce beau livre.

La lune est blanche

Transcription:
– C’est… c’est vraiment une aventure narrative, graphique, qui est tellement excitante que c’est vrai que ça m’a ouvert énormément de portes. Je fais plus de la bande dessinée aujourd’hui telle que j’en faisais encore il y a quatre ou cinq ans. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer les champs du dessin, c’est… c’est… de la narration et de la bande dessinée.
– Enfin , il y avait une évidence en tout cas, c’est que dans ce livre, il fallait qu’on parle de notre relation de frères. C’était… enfin comme… enfin pour moi, comme pour Emmanuel, je pense, quelque chose d’assez évident, quoi, que ça allait être au cœur de l’histoire.
– Moi, il y a plein de gens qui me disent, quand on dédicace (1) : « Ah, mais c’est incroyable de faire… de voyager comme ça et que vous puissiez partager ça avec votre frère. Moi, mes frères, mes sœurs, enfin je les vois plus, ceci cela, enfin on ferait jamais un truc pareil ! »
[On ne perd] pas de vue (2) qu’ on raconte une histoire. Et dès le début, j’ai dit à François, c’est moi qui raconte l’histoire. Voilà, c’est… c’est… Je suis le… le narrateur de cette histoire. Et je demande à François quand on rentre : Tu me donnes les photos qui te plaisent. Donc c’est lui qui a fait la sélection de photos, avec des photos qui lui plaisaient beaucoup, des photos qui lui plaisaient plus ou moins. Donc moi-même, je suis revenu sur certaines photos. Il y a eu des photos sur lesquelles on se retrouvait totalement (3), d’autres où on était peut-être un peu plus hésitants. Mais l’histoire se construit autour de ces photos, à partir de cette matière-là. Comme j’ai demandé à François de me donner les lettres à Marile (4). Et donc voilà, j’ai ces éléments-là.
DSC_3154Et après, comme plein d’autres éléments, c’est-à-dire ça va être aussi, bah, les témoignages des uns, des autres, quels sont les éléments historiques, scientifiques. C’est tous ces éléments-là que je vais ensuite essayer de… de mettre en scène. Et donc puisque les photos sont là et comme ce sont des choses sur lesquelles je vais venir, eh bien j’essaie de les mettre en scène (5), c’est-à-dire qu’effectivement, il doit y avoir une cinquantaine de photos dans… dans le livre, mais je construis l’histoire de manière à ce qu’elles… au moment où elles arrivent, elles prennent toute leur… toute leur puissance, voilà. Je les fais venir, en… Je… Je… Elles ne viennent pas par hasard. C’est-à-dire qu’on fait pas un bouquin (6) de photos. C’est… c’est une histoire. Et pour moi, cette notion d’histoire, avec tous ces éléments disparates, doit être… doit être… Enfin, elle est essentielle. On raconte une histoire. Et je… Avec toujours le souci que… qu’on a envie de tourner les pages et qu’on s’ennuie pas, sur… Le bouquin, il fait 256 (7) pages. Donc j’ai… je veux pas qu’on s’interrompe ou qu’on ralentisse ou… Je veux qu’on soit embarqué (8) dans le récit comme on l’a été, embarqués dans… dans notre voyage.
– Et je me suis retrouvé confronté à une difficulté qui était qu’on est… Donc on a embarqué (9) sur un brise-glace, qui a passé donc douze jours en mer, plus de huit jours coincé dans la glace. Puis on est arrivé sur le continent (10) et on a pris ce raid, qui est en fait une longue piste, voilà, dans la… de laquelle on ne peut pas du tout s’écarter. Et en plus, voyage durant lequel moi, je suis au volant (11) d’une machine douze heures par jour. Donc la difficulté pour le photographe, c’est : à quel moment peut-on saisir l’appareil pour faire des photos ? Donc c’est le point de vue. Donc le point de vue est quasiment toujours le même, ce que l’on voit autour de nous, c’est de la glace, c’est un grand désert de glace. Donc en terme de matière, c’est assez… c’est vraiment… je dirais il y a une angoisse de la page blanche (12), il y aussi… il y a une question… enfin là photographique : mais qu’est-ce qu’on photographie ? Quelle image on donne de ce territoire ?
– C’est quand même un endroit qui lui-même est irréel, enfin… c’est un endroit où il y a pas de verticales. Sur 14 millions de km2 (13), c’est du blanc, et on est les seuls dix (14) êtres humains à des centaines et des centaines de kilomètres à la ronde (15)… enfin, même pas des êtres humains, des êtres vivants ! C’est-à-dire qu’il y a pas une mouche (16), il y a pas une feuille, il y a pas un microbe. Il y a rien ! Et ça, c’est vertigineux (17). Enfin, si le bouquin, il s’appelle La lune est blanche, on est sur la lune (18). On a… En plus, on a du mal à respirer, on est engoncé (19) dans des combinaisons énormes, on… Chaque pas peut être dangereux. Enfin… Et… Ouais, on est… on est ailleurs. Autant (20) dans Voyage aux îles de la Désolation, j’avais l’impression d’être allé au bout du monde, là, on est allés dans un autre monde, hein !

Quelques détails :
1. quand on dédicace : pendant une séance de dédicaces, pendant laquelle ils dédicacent leurs livres, c’est-à-dire les signent pour leurs lecteurs, avec un petit mot en fonction de la personne à qui le livre est destiné.
2. Ne pas perdre de vue quelque chose : ne pas oublier. Garder constamment en tête quelque chose, son objectif.
3. Se retrouver totalement sur quelque chose : être complètement d’accord, avoir la même vision, la même approche.
4. Marile : c’est la compagne de François.
5. Mettre en scène : les présenter de manière à les mettre en valeur.
6. Un bouquin : un livre (familier)
7. 256 : deux cent cinquante-six.
8. Être embarqué dans quelque chose : être emporté. (avec l’idée qu’on ne maîtrise pas tout, qu’il y a de l’imprévu, de l’aventure.)
9. embarquer sur un bateau : monter à bord.
10. Le continent : l’Antarctique.
11. Être au volant : conduire un véhicule.
12. L’angoisse de la page blanche : c’est lorsqu’un écrivain ne réussit pas à écrire, n’a plus d’idées et a l’impression qu’il ne retrouvera plus l’inspiration.
13. Km2 : on dit kilomètre carré.
14. Les seuls dix… : normalement, on dit : Les dix seuls… . Mais ici, c’est d’abord l’idée qu’il n’y a personne d’autres qui lui vient à l’esprit.
15. À des kilomètres à la ronde : très loin autour du point où on se trouve. En général, on emploie cette expression pour exprimer l’idée de solitude ou de manque : Il n’y a aucune maison à des kilomètres à la ronde.
16. Il n’y a pas une mouche : c’est plus insistant que : Il n’y a aucune mouche.
17. C’est vertigineux : ça donne le vertige.
18. Il ne dit pas la phrase complète, comme souvent à l’oral : Si le livre s’appelle La lune est blanche, c’est qu’on est sur la lune.
19. Être engoncé dans des vêtements : porter des vêtements qui ne laissent pas de liberté de mouvement.
20. Autant… : ici, cela sert à marquer le contraste entre les deux situations. En général, on introduit aussi la deuxième situation par autant : Autant d’habitude je ne crains pas le froid, autant là-bas j’ai eu froid tout le temps.

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La vidéo complète de l’interview est ici.

Et pour lire le début de cette BD, c’est ici.

Voyage de retour

TGV AtlantiqueSi vous avez regardé mes photos sur instagram pendant ces vacances, vous savez que je suis allée en Bretagne à la fin du mois d’août. Voyage en train : TGV entre Marseille et Paris, changement de gare à Paris et TGV entre Paris et Le Croisic. Et l’inverse au retour bien sûr.

Alors, avant de se dire que les vacances sont bel et bien terminées, voici un petit écho des annonces qui sont faites pendant le voyage. Si vous vous déplacez en France par le train, c’est ce que vous entendrez.

Ou ici : Dans le TGV Atlantique

Transcription :
Nous desservirons (1) la gare d’Angers-Saint Laud. Arrivée prévue dans la capitale à 13h20 (2). D’ici quelques instants (3), je passerai parmi vous (4). Si vous n’avez pas composté (5) votre billet ou si vous en êtes démuni (6), merci de me l’indiquer. Mesdames et Messieurs, au nom de TGV, je vous souhaite un agréable voyage (7).
[L’équipe] vous informe que son bar situé voiture 14 se tient à votre disposition (8) pour un service de boissons chaudes et fraîches, en-cas (9) et friandises (10), ainsi qu’une restauration (11) légère à consommer sur place ou à emporter. Nous vous invitons à venir composer vous-même votre menu à partir de 5,90 € : sandwiches, salades, en-cas chauds, plats traiteur, desserts gourmands (12) et boissons fraîches sont au rendez-vous. Vous trouverez également dans notre offre boutique des magazines d’actualité au prix du kiosque (13), et même des tickets de métro, bus et tramway parisiens, vendus à l’unité (14) pour vous faciliter l’accès en gare de Paris-Montparnasse. Mesdames, Messieurs, nous vous remercions de votre attention et nous vous souhaitons un agréable voyage. A tout de suite (15) au bar, voiture 14. Merci.

Quelques détails de vocabulaire et pratiques:
1. desservir une gare : c’est le verbe qu’on utilise toujours à propos des trains. Sinon, de façon plus « ordinaire », on dit simplement que le train s’arrête à Angers par exemple.
2. 13h20 : dans les transports, on utilise toujours le format 24 heures, pour qu’il n’y ait pas de confusion entre le matin et l’après-midi ou la soirée. Quand on parle, dans la vie courante, on dit indifféremment « treize heures vingt » ou « une heure vingt ».
3. d’ici quelques instants : synonyme de dans quelques instants.
4. Je passerai parmi vous : les contrôleurs passent à chaque place pour contrôler les billets. Vous pouvez avoir un billet papier délivré à la gare, un billet que vous avez imprimé chez vous sur une feuille A4, un billet « virtuel » sur une application dans votre téléphone ou enregistré sur votre carte d’abonnement si vous en avez une.
5. Composter un billet : c’est le mettre dans une machine à la gare qui imprime la date et l’heure dessus. Mais on ne fait ça que si on a un billet papier acheté au guichet à la gare ou délivré par une machine automatique à la gare. De toute façon, c’est écrit s’il faut le faire ou pas sur le billet que vous avez.
6. Être démuni : ne pas avoir quelque chose. Style soutenu. Plus simplement, on dit bien sûr : Si vous n’avez pas de billet / Si vous n’en avez pas.
7. Un agréable voyage : c’est la formule toute faite, traditionnelle dans les transports. Quand on parle à un ami, un membre de la famille, etc…, on dit juste : Je te souhaite (un) bon voyage. / Bon voyage / Fais bon voyage.
8. Se tenir à la disposition de quelqu’un : normalement, c’est plutôt une personne qui se tient à la disposition d’une autre. Donc il vaudrait mieux dire : Notre équipe se tient à votre disposition. Ou alors : Un bar est à votre disposition. (avec juste le verbe être)
9. Un en-cas : c’est juste un petit quelque chose qu’on mange au cas où on a faim, pas un sandwich, ni un repas. Ça sert juste à couper la faim quand n’a pas le temps de faire un vrai repas.
10. Des friandises : ce sont normalement des bonbons, des aliments sucrés. Donc là, il s’agit de barres de céréales, ou de barres chocolatées par exemple.
11. Une restauration légère : ce terme signifie qu’on peut prendre des plats légers. Si vous parlez, vous n’utiliserez pas ce terme. Vous direz juste : je voudrais manger léger / J’ai mangé léger ce midi.
12. Un dessert gourmand : normalement, ce sont les gens qui sont gourmands, quand ils aiment bien manger, notamment des plats sucrés. Mais on utilise maintenant cet adjectif à propos des plats eux-mêmes qui vont plaire aux gourmands. Par exemple, prendre un café gourmand au restaurant à la fin du repas, c’est boire un café qu’on vous sert accompagné de petits gâteaux, de chocolats, de petites douceurs (sucrées).
13. Un kiosque : c’est comme ça qu’on appelle les lieux dans la rue, dans les gares ou les aéroports où on achète les journaux et les magazines. (Sinon, ça s’achète chez le marchand de journaux, ce qui désigne une vraie boutique.) Donc ici, elle veut simplement dire que ce n’est pas plus cher dans le train.
14. Des tickets de métro vendus à l’unité : cela signifie que vous les achetez un par un au lieu d’acheter un carnet (de 10 tickets). Donc ils sont un peu plus chers, comme toujours à l’unité. Mais ça peut vraiment dépanner et faire gagner du temps si on est pressé en arrivant.
15. A tout de suite : c’est ce qu’on dit quand on va se voir (ou se parler au téléphone) dans les minutes qui suivent. (Si ce n’est pas le cas, on dit : A tout à l’heure / A plus tard. / A bientôt)

La rentrée, en France, c’est comme un nouveau départ, le début d’une nouvelle année, après les vacances d’été.
Je suis contente de vous retrouver !

(Je n’ai pas encore répondu à tous les commentaires récents. Cela ne saurait tarder. A tout à l’heure !)

S’envoler

PiloterQuand mes fils étaient enfants et que nous allions dans la famille, une des attractions était d’aller regarder les quelques trains qui passaient en contrebas d’un petit chemin tout proche. Ils connaissaient les horaires du train du début de soirée et il était hors de question de rater son passage. Et imaginez: il y avait même des jours où le conducteur, en les apercevant sur le talus, les klaxonnait ! Récompense suprême !

C’est ce à quoi j’ai pensé en écoutant ces trois personnes à la radio: même passion qui fait revenir au même endroit jour après jour. Pas pour des trains qui passent mais pour des avions qui atterrissent ou décollent. Pas dans un petit coin perdu donc mais dans le bruit à proximité de l’aéroport d’Orly. Et pas seulement dans l’enfance ! Mais c’est la même admiration fascinée.

Rêver de voler

Transcription :
– C’est des rêves. Quand on est petit, on rêve, on rêve beaucoup, hein. Regardez, il y en a un qui arrive. Luca ! Regarde ! Luca, regarde !
– Un avion ?
– Mais oui, regarde les lumières. Ouah, c’est beau ! J’aurais été homme, j’aurais été peut-être pilote d’avion.
– Vous savez qu’il y a des femmes pilotes.
– Si (1), je le sais. Comme j’étais une fille, on n’avait pas le droit de toucher les avions, hein ! Avant, c’était pas comme maintenant. Les parents, ils sont très conservateurs, donc les filles, c’est les poupées et les garçons, c’est leurs jeux. Eh bah nous, on faisait que regarder (2). On regardait les garçons jouer et on disait « Mais je veux. » Mais tu peux pas. C’est pour les garçons. Et c’est quelque chose… Je pense que plus on nous interdit quelque chose, plus on est attiré.
– Donc c’est votre part d’émancipation d’aimer les avions.
– Peut-être. Peut-être, parce que le jour que (3) je suis partie de chez moi, j’avais 25 ans, de chez mes parents, et c’était pour venir en France prendre l’avion. Donc à chaque fois, c’est un peu de liberté. C’est faire ou aller là où peut-être on est… on sera pas suivie tout de suite. Donc c’est quand même quelque chose. Je suis attachée à tout ce qui est la liberté. Je pense le cheval, il est libre parce qu’il est grand et il court, il est beau, il est fort. Je pense la même chose des avions. C’est… c’est une force. Une force matérielle, mais c’est une force aussi.
– Qu’est-ce que tu veux, Luca ? Regarde !
– C’est un gros, celui-là. Oui, c’est un 747. C’est le plus gros quadri-réacteur qui se pose ici parce que le… l’A380 se pose que à Roissy.
– Vous connaissez un peu les horaires des vols, carrément ?
– Par cœur ! Oh oui. Il y en a encore un beau qui arrive. Oui, alors, tous ceux qui se dirigent vers les îles (4), vers l’ouest, notamment Guadeloupe et tout, ils partent en début d’après-midi. Ça leur fait… ça les fait arriver l’après-midi là-bas. Celui-là, je le connais pas, je sais pas ce que c’est, avec des ailes hautes. On dirait un truc russe, genre Antonov. Ah ouais, c’est … c’est bizarre, celui-là ! Je crois que c’est la première fois que je le vois ici, hein. On arrive à voir des avions nouveaux de temps en temps, hein.
– Vous avez raison, c’est écrit en russe dessus.
– Ce matin, on a été vernis (5), hein ! On peut dire le mot. Vraiment magnifique ! Moi, j’ai travaillé sur les moteurs toute ma vie, sur les moteurs d’avion, alors c’était presque un rêve pour moi d’arriver là. Et bon, c’était un régal (6), je vous dis, de travailler là-desssus. Enfin déjà d’avoir terminé tous ces moteurs, vraiment génial (7) ! Ah oui !
– Et vous venez ici par nostalgie de tout ça ?
– Oh oui. Il y a une part de notre travail qui vole encore. Un autre qui arrive, là. Ça doit être un petit Airbus.
– Bonjour monsieur.
– Bonjour.
– Je peux vous demander pourquoi vous venez ici ?
– Parce que je travaille dans l’aérien, que j’adore les avions. Donc je viens regarder les avions qui se posent, à défaut de (8) pouvoir piloter, bah je regarde les avions qui viennent se poser ou décoller.
– Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
– J’étais personnel navigant (9) pendant 18 ans et puis j’ai perdu ma licence de vol. J’ai fait de l’absence épileptique, quelque chose que j’avais jamais fait jusqu’à 40 ans. Et à 40 ans, ça s’est déclaré (10) comme ça. Donc… et faisant de l’absence, je peux pas me permettre de voler. Donc je travaille dans la même compagnie mais je travaille au sol. Donc j’ai toujours eu la passion des avions et puis, à défaut de pouvoir encore voler, bah je regarde les avions se poser ou décoller. J’ai très mal réagi (11). J’étais pas loin de la dépression, hein, parce que vraiment, moi quand j’étais gosse (12), déjà je voulais absolument faire ce métier. Et bah oui, on fait en sorte de s’en sortir (13), quoi. C’est… C’est plus pareil. Je dis pas que j’ai pas de temps en temps, bah comme quand je viens voir des avions… Les avions, j’en suis amoureux, quoi, c’est… c’est une folie. Ça m’a énormément plu. Voilà.

Quelques détails :
1. Si, je le sais : elle devrait dire « Oui, je (le) sais ». (Elle est vénézuelienne, installée en France, d’où quelques petites erreurs de temps en temps.)
2. on faisait que… : On se contentait de (regarder). (style oral)
3. le jour que je suis partie : il faut dire « le jour où je suis partie »
4. les îles : pour beaucoup de Français, cela désigne les départements d’outre-mer. (aux Antilles : la Guadeloupe comme il le dit, la Martinique)
5. être verni : avoir de la chance (familier.) On entend moins ce mot qu’avant.
6. C’est un régal : c’est un grand plaisir. Aujourd’hui, pour exprimer la même idée, c’est la mode de dire : « C’est que du bonheur. »
7. génial : super (familier)
8. à défaut de : faute de = puisque je ne peux pas (faire telle ou telle chose)
9. le personnel navigant : ce sont les employés des compagnies aériennes qui travaillent à bord des avions, par opposition au personnel au sol.
10. Se déclarer : à propos d’une maladie, cela signifie qu’elle commence.
11. J’ai très mal réagi : ça a été très difficile à accepter.
12. Quand j’étais gosse = quand j’étais enfant (plus familier)
13. s’en sortir : trouver une solution, ne pas sombrer dans les problèmes.

A la radio, c’est ici, un peu avant la fin de l’émission, vers 42’55.

Un peu de vocabulaire pour parler de ses passions:
Il est passionné d’aviation. / Je suis passionné d’aviation.
– C’est un passionné d’aviation.
– Il a la passion des avions. / J’ai la passion des avions.

Parfois, on entend : il est fana d’aviation. Mais c’est familier et pas très employé aujourd’hui. En tout cas, on ne peut pas dire ça dans un examen oral de français comme je l’ai lu l’autre jour. Ce n’est pas le bon niveau de langue. Toujours un peu compliqué à sentir quand ce n’est pas sa langue maternelle mais tout n’est pas interchangeable.

Ce billet est aussi un petit clin d’œil à Kelli et à sa passion du français, de l’écriture et des avions. Comme le dit le journaliste, il y a des femmes pilotes, n’est-ce pas Kelli !
Son blog est ici, en anglais et en français.

Echappée du weekend

Début d’un long weekend en France, puisque le lundi de Pâques, comme on l’appelle, est aussi un jour férié. Il y a donc du monde sur les routes pour profiter de ces trois jours. On entend parler de kilomètres de bouchons, de ralentissements, à la sortie de Paris et des grandes villes, vers l’ouest ou le sud notamment.

Appli petits voyages entre amisAlors, pour que vous preniez le train, voici une publicité de la SNCF (toujours d’actualité), pour son rythme de parole, les expressions utilisées et le caractère enlevé de la présentation ! (Mais comme toujours, difficile d’échapper à Facebook…)

Illustration humoristique de la façon dont une information, à force d’être relayée, est très vite déformée ! Nous en faisons l’expérience régulièrement avec nos étudiants. J’avoue que cela me stupéfie toujours de voir ce qu’ils colportent à partir de ce que nous leur disons !
« On m’a dit que…  »
« Ah bon ? Mais qui vous a dit une chose pareille ? »

Pour regarder cette pub, cliquez ici.

Transcription :
Eux, ce sont mes amis: Léna, Vincent, Bastien, et enfin Marion. Tous ensemble, on a décidé de partir en voyage. Mais voilà, entre les textos, les mails et les coups de téléphone, impossible de tomber d’accord (1) pour tout planifier.
Quand j’ai proposé à Léna de se faire une virée (2) à Sète (3) le weekend du 12 septembre, Léna a dit à Vincent : se faire une virée à douze la semaine du 7 novembre. Vincent a transmis à Bastien : se faire un volley à sept avant le coup de blues (4) de décembre. Et Marion a compris : se faire un vide-grenier (5) aztèque et un poulet au gingembre. Puis j’ai ajouté : Il y a un train de Paris-Gare de Lyon (6) le samedi 31 à 9h20 très exactement. Marion a transmis à Bastien : Il y a un train de Rungis par Toulon (7) le mercredi 20 à 6 heures du matin approximativement. Et Léna a fini par m’appeler en disant : Il y a un nain, une génisse et un maçon. Ils proposent un bon coin mais pour faire quoi exactement ?
Ce jour-là, on a décidé d’arrêter les frais ((8). Comme on est tous sur Facebook, on s’est mis à utiliser l’application « Petits voyages entre amis », pour organiser nos virées entre nous. Finie la galère, bonjour la simplicité ! (9)
Etape 1, je complète mon profil voyageur avec ma carte de réduction.
Etape 2, je crée le voyage et je sélectionne les participants. Toute la bande au grand complet (10)!
Etape 3, cochez l’option Voyage privé. Pas envie que Yohann sache que je parte avec son ex (12) et pas non plus besoin que ma cousine Suzie, reine de l’incruste, nous impose sa venue sans être invitée.
Dix minutes plus tard, mes amis ont confirmé leur participation.
Mais voilà, Bastien veut inviter Claire, Vincent veut amener sa mère et Marion, son petit frère.
Suggestions faites sur la page : tout le monde veut que la mère de Vincent dégage (13). Quant à Claire et le petit frère, ils sont du voyage.
Etape 4, je suggère un trajet au départ de Paris-Gare de Lyon, samedi matin à 9h20. Tout le monde a compris ? Oui, c’est clair, net et précis. Je réserve les billets. Les places dans le train sont bookées (14), et tout le monde sera assis à côté (15).
Et ma préférée, l’étape 5, je fonce faire ma valise !
Petits voyages entre amis, c’est sur la page Facebook de Voyage-SNCF.com

Quelques détails :
1. tomber d’accord : on peut dire aussi se mettre d’accord ou s’entendre (/ sur quelque chose / pour faire quelque chose ).
2. Se faire une virée : une virée est un petit voyage, comme une escapade. (style familier) On peut dire : faire une virée quelque part. Dire « se faire une virée » donne un côté plus oral et familier, comme lorsqu’on dit : se faire un resto, se faire un ciné.
3. Sète : c’est une ville du sud de la France, au bord de la Méditerranée, pas loin de Montpellier. Il y a ensuite un jeu de mots avec le chiffre sept, qui se prononce de la même façon. Se faire une virée à sept est donc possible : cela signifie que 7 personnes vont faire le voyage ensemble.
4. Avoir un coup de blues = avoir un coup de cafard, c’est-à-dire connaître un moment où on n’a pas trop le moral. Il y a un jeu sur les sonorités : douze, blues. C’est la même chose ensuite avec septembre, décembre, novembre, gingembre, ou aztèque, à Sète, à sept. Puis un nain / train, génisse / Rungis, Toulon / maçon.
5. Un vide-grenier : les villes organisent ce genre de journées où chacun peut essayer de vendre des objets, des vêtements, etc… pour s’en débarrasser, donc pour vider son grenier où on entasse tout ce dont on ne se sert plus. (Mais pas besoin d’avoir un grenier pour entasser des choses inutiles chez soi!)
6. Paris-Gare de Lyon : c’est l’une des grandes gares de Paris, celle qui dessert le sud-est de la France.
7. Rungis par Toulon : ça n’a aucun sens au niveau de l’itinéraire ! Si vous regardez les images, vous voyez un train avec des légumes, des fruits : parce que Rungis, dans la région parisienne est le plus grand marché en gros où transite une quantité énorme de produits alimentaires.
8. Arrêter les frais = arrêter de faire n’importe quoi et tout stopper. (familier)
9. Finie la galère, bonjour la simplicité : on utilise cette expression familière pour parler d’un changement radical. Ils passent de la galère (c’est-à-dire des complications) à quelque chose de simple. (Le mot galère est familier.)
10. au grand complet : tout le monde est là, sans exception. Par exemple : pour son anniversaire, il y avait toute la famille au grand complet.
11. Son ex = son ex-copine, celle avec qui il a rompu. (familier) On utilise aussi ce mot pour son ex-mari ou son ex-femme, après un divorce.
12. la reine de l’incruste : s’incruster, au sens figuré, c’est s’imposer dans un groupe, dans une fête, etc… alors qu’on n’a pas été invité. (familier). Donc Suzie réussit à aller partout, à participer à tout, alors que les autres n’ont pas envie de la voir.
13. Dégager : s’en aller, partir. (très familier) C’est souvent un terme plutôt agressif pour demander à quelqu’un de partir: Tu dégages ! Donc ici, c’est assez peu sympa pour la maman, qui bien sûr n’est pas la bienvenue. Et petit coup de griffe aussi vis-à-vis du garçon qui ne peut pas se passer de sa mère !
14. Bookées : anglicisme = réservées
15. À côté : les uns à côté des autres. Leurs places ne seront pas loin les unes des autres.

Parisien, célibataire et carnivore

Côté repas, il est à l’opposé de Patrick et Christine.
Mais comme eux, il trouve tout ce qu’il faut pour manger à Paris.
Et à Paris comme dans beaucoup de grandes villes du monde entier, on peut voyager dans son assiette !
Il s’appelle Julien, il est le seul maître à bord dans son appartement et il n’aime pas les poivrons.

Il raconte sa vie avant Paris et ses nouvelles habitudes parisiennes:

Julien à Paris

Transcription:
Deux, trois fois par semaine, elle rentrait à 9 heures, des trucs comme ça (1), quoi. Et dans ces cas-là, là c’est moi qui faisais à manger pour mes frangins (2) mais c’était, voilà, des patates (3) et des nuggets (4) au four, un plat de pâtes. Enfin, voilà, fallait (5) que ça… Je faisais pas la cuisine, quoi. Et puis en même temps, c’est aussi depuis que j’habite à Paris, disons que dans le sens, là où j’ai grandi chez ma mère, il y avait rien. Je pouvais pas aller manger dehors (6) sans prendre ma voiture. Et j’avais pas la voiture (7), donc c’était soit j’allais avec des amis qui avaient la voiture, on allait au McDo (8), des trucs comme ça, mais qui était au bled (9) d’à côté, quoi. Donc quand je suis arrivé à Paris, il y avait un truc, je trouvais ça génial, c’est : tu descends (10), tu prends à bouffer (11), tu remontes, c’est super, quoi ! Parce que moi, toute ma jeunesse… Enfin même ma mère, jamais elle pouvait dire : « Oh, ce soir, j’ai la flemme (12) de faire à bouffer, on va prendre une pizza. » Non. Enfin, la pizza, tu l’attends une demi-heure. On mangeait tout le temps, tout le temps à la maison. Donc c’est du fait que j’ai vécu seul parce… Mais c’est quand je suis arrivé à Paris, enfin, ces deux choses en même temps, et je trouvais ça vachement (13) bien, quoi, qu’on me fasse à manger en bas. Bah, je suis dans le quartier africain de Paris, enfin, je suis… Elle est… Tu as… Moi, je suis vraiment dans les rues du quartier africain. Juste derrière, c’est… tu as le quartier maghrébin (14). Enfin, moi, je suis Afrique noire. Juste derrière, tu as le quartier maghrébin. Tu vas un peu vers Gare du Nord (15), qui est à cinq-dix minutes à pied à peine (16), là, tu as tous les Pakistanais, les Indiens et tout. Et puis, bon, tu as pas mal de Chinois au milieu de tout ça, quoi. Donc c’est assez exotique, ouais. C’est… Moi (17), tu peux prendre du mafé à emporter en bas, quoi. Donc tu vas avoir tout ça à Paris, quoi.
Bah j’aime bien les voyages. Après, l’Inde, c’est le premier voyage que j’ai fait, et puis j’ai vraiment apprécié. Je sais qu’à chaque fois que j’y retournerai, je serai – enfin, à moins que ça change beaucoup – mais j’y serai toujours bien. Après, l’Inde, par exemple pour la bouffe (18), c’est que tu as 80 % de végétariens en Inde et que moi, c’est l’inverse, alors que j’adore la viande et les légumes, j’ai plutôt du mal (19), quoi. Donc c’était un truc, bon, fallait s’adapter un peu. Et bon, ça m’est arrivé d’avoir du riz au citron et aux poivrons – A la base (20), le poivron, j’aime pas, je mangerais pas du poivron. Tu me donnes un truc avec du poivron, j’aime pas – Je peux pas dire que j’ai adoré, mais ça allait, ça allait, tu vois, c’est… bon… Il y a pas mort d’homme (21), quoi ! C’est… c’est pas mauvais (22), c’est… Mais j’aurais su ce que c’était, je l’aurais pas commandé, tu vois. Le riz, le citron, ça va. Le poivron, ça m’emmerde (23).
Enfin, j’allais dire j’espère… Je pense qu’un jour… enfin, si un jour, j’ai une vie de famille, etc… je pense que ça changera, par… par la force des choses (24) de toute façon. Mais en plus, je pense que ça… Je le ferai de bon cœur (25), dans le sens où ça me changera, quoi. Mais tant que j’ai pas de raisons, bah ça me convient comme ça, quoi. Tout simplement.

Des explications :
1. des trucs comme ça : cette formule très orale et familière est très vague. Ici, cela signifie qu’il pense à des situations identiques, où sa mère n’était pas là au moment des repas.
2. Un frangin : un frère (argot) Au féminin, c’est une frangine, donc une sœur.
3. les patates : ce sont les pommes de terre (familier)
4. des nuggets : les Français ont adopté le terme américain car c’est ce qui est écrit sur les paquets de surgelés. (ou quand on mange au MacDo). Des nuggets en français, ce sont des pépites, mais pour nous, en cuisine, ce terme désigne des pépites de chocolat qu’on met dans les gâteaux.
5. Fallait : il manque le sujet du verbe : Il fallait… (tournure uniquement orale et familière)
6. manger dehors = manger ailleurs qu’à la maison. On dit aussi : Manger à l’extérieur.
7. J’avais pas la voiture : normalement, on dit Je n’avais pas de voiture. Mais souvent, à l’oral, on dit « la voiture» pour généraliser et paradoxalement, avec ce « la », on ne pense pas à une voiture en particulier.
8. Aller au McDo : les Français abrègent toujours ce nom. Et on emploie « au », comme lorsqu’on dit : je vais au restaurant / au café.
9. Un bled : une petite ville / un village, avec l’idée que c’est un endroit qui n’est pas très passionnant. (argot)
10. tu descends : il emploie ce verbe pour dire qu’on sort dans la rue en bas de chez soi. (car on habite en appartement, donc souvent en étage). Et ensuite, on remonte chez soi.
11. bouffer : manger (argot, très familier)
12. avoir la flemme : ne pas avoir l’énergie de faire quelque chose et donc ne pas avoir envie. (familier) : Il faudrait que j’aille courir. Mais j’ai la flemme. On peut dire aussi : je n’ai pas le courage.
13. Vachement : très (très familier)
14. maghrébin : on emploie ce mot pour désigner les pays du Maghreb, donc d’Afrique du nord. (Tunisie, Algérie, Maroc.)
15. vers Gare du Nord : Il ne dit pas: vers la Gare du Nord. Très souvent, on ne met pas les articles devant les noms de lieux à Paris car en fait, pour se repérer, on pense d’abord aux stations de métro : Tu vas à Champs Elysées / Tu descends à Châtelet / J’habite à Bastille. / Je travaille vers République.
16. C’est à 5 minutes à peine : ce n’est même pas à 5 minutes. Il faut 5 minutes grand maximum, normalement un petit peu moins.
17. Moi : il veut dire dans mon cas, donc ici, dans mon quartier.
18. La bouffe : la nourriture (argot)
19. j’ai du mal : c’est difficile pour moi => je n’apprécie pas.
20. À la base : on entend beaucoup cette expression maintenant, comme s’il y avait une influence de l’anglais avec basically. Cela signifie Au départ. On parle d’une situation qui est la base et on va montrer qu’elle évolue en quelque sorte.
21. Il y a pas mort d’homme : cette expression familière signifie que ce n’est pas grave dans le fond, qu’il n’y a pas de conséquences si importantes que ça.
22. C’est pas mauvais : quand on utilise cette expression à propos de nourriture, cela veut dire que c’est mangeable, mais qu’on n’apprécie pas tant que ça.
23. Ça m’emmerde : ça m’énerve, ça ne me plaît pas. (vulgaire)
24. par la force des choses : obligatoirement, sans qu’on ait vraiment le choix.
25. De bon cœur : avec envie, sans rechigner.

Detail personnel et de prononciation:
à la maison, nous aimons tous les poivrons. (Prononcez tous avec son « s », parce que je veux parler de tous les membres de la famille, pas de tous les poivrons. A l’écrit, c’est ambigu !) Donc nous aimons les poivrons. Mais sans la peau !

Parce que crus et avec la peau, franchement, c’est très moyen. Donc il faut prendre le temps de les placer juste sous le grill du four, puis quelques minutes dans un sac en plastique et ensuite, c’est un jeu d’enfant de les éplucher. Comment résister alors à des poivrons tout fondants ?

Les poivrons à griller

C’est pas le Pérou

Beaucoup de choses à apprendre avec cette publicité pour un tout nouveau service TGV !

Pérou2

D’abord une expression courante qu’on emploie pour dire que ce n’est pas grand chose, que ça ne rapporte pas beaucoup, que c’est une somme modeste. Effectivement, 10€, ce n’est vraiment pas le Pérou ! Donc tout le monde va pouvoir se payer des voyages en TGV. Et ce ne sera pas pour aller au bout du monde mais pour descendre vers le sud-est de la France.

Et une autre expression: Normalement, avec 10€, on ne va pas bien loin, c’est-à-dire qu’on ne peut pas s’acheter grand chose. Mais là, quand même, on peut s’offrir un beau voyage !
Ouigo On va pas bien loin

– Alors c’est aussi une petite leçon de géographie ! Et voici comment prononcer ces noms de villes.

Petite leçon de marketing, ou comment créer des noms faciles à retenir, si possible avec quelque chose qui ressemble à de l’anglais ! Mélange donc avec ce Oui bien français, qui se prononce comme We, et ce Go bien anglais, mais bien sûr à prononcer à la française. Alors, oui, on y va ! A des prix comme ça, ce serait dommage de s’en priver…

– Mais petite leçon de décodage pour finir ! Avec le low-cost qui arrive dans les trains, il y a le revers de la médaille.

pas le pérou8* Ce ne sera pas 10€ pour tout le monde, puisque c’est à partir de 10€.
* Et ce ne sera pas à partir de la Gare de Lyon à Paris, facilement accessible. Il faudra commencer par aller à Marne la Vallée. Un peu plus loin, un peu plus long, un peu plus cher. Comme lorsqu’il faut aller à l’aéroport.

* Il faudra arriver au moins 30 minutes avant le départ. L’avantage du train (TGV ou pas), c’est justement qu’on peut arriver à la dernière minute ! Cela aussi ressemble donc aux voyages en avion. D’ailleurs, dans la pub, il est question d’embarquement. Normalement, on monte dans un train. Embarquer, voilà un verbe réservé jusqu’à maintenant à l’avion et au bateau.

* Il faudra savoir faire sa valise car la taille est limitée, comme celle des bagages autorisés dans les cabines des avions. Sinon, ce sera plus cher ! Remarquez, on pourra voyager léger puisqu’il fait toujours beau et chaud à Avignon, Montpellier, Marseille… (Enfin presque !)

* Il faudra être prévoyant côté nourriture et boisson. Plus de voiture-bar.
Une économie présentée avec humour:

Ouigo gastronomie
Remarquez, de toute façon, les sandwiches SNCF ne sont pas de grands exemples de gastronomie. Alors, c’est vrai qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Beaucoup de voyageurs l’avaient déjà compris !

Ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs

Groenland ManhattanJ’aime ce que dessine et raconte Chloé Cruchaudet. Dans son album Groënland Manhattan, elle donne corps aux récits d’exploration du Pôle Nord, au temps où Robert Peary ramenait de si loin des météorites et des Esquimaux pour les livrer à la curiosité de ses contemporains.
Histoire du déracinement de Minik, enfant puis adulte entre deux mondes.
Histoire vraie et reflet d’une époque encore si proche.
Histoire banale de la domination d’un monde sur un autre.

Chloé Cruchaudet
Chloé Cruchaudet explique dans cette petite vidéo pourquoi elle a eu envie d’entrer dans l’histoire de Minik, avec ses belles couleurs.

Transcription:
L’idée de ma bande dessinée Groënland Manhattan vient de mes goûts en matière de (1) lecture. J’aime beaucoup les récits de voyage, les récits d’explorateurs . C’est quelque chose qui est tellement à l’inverse de ma personnalité pantouflarde (2) que ça m’a toujours fascinée ! Un jour, je suis tombée sur (3) l’histoire vraie d’un petit esquimau qui s’appelle Minik, qui a vécu à l’extrême nord du Groënland, à la fin du 19ème siècle. Et ce petit garçon et quelques membres de sa tribu ont été ramenés par un explorateur américain du Groënland jusqu’à New York. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est que c’est une histoire de déracinement. C’est quelqu’un qui s’est jamais sent bien là où il était : à New York, on l’a traité comme le gentil Esquimau polaire, délicieusement exotique. Et une fois de retour chez lui, il a été traité comme un mythomane (4), parce que évidemment, tous les autres membres de sa tribu ne croyaient pas du tout au récit de sa vie New Yorkaise. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir les personnages à côté de moi. J’ai eu froid avec eux, j’ai senti les odeurs de New York avec eux et j’espère beaucoup que ça fera le même effet aux lecteurs.

Quelques détails :
1. en matière de lecture : dans le domaine de la lecture
2. pantouflard : cet adjectif décrit quelqu’un qui aime rester chez lui, tranquillement, un peu paresseusement, dans ses pantoufles (c’est-à-dire ses chaussons). Les pantoufles sont le symbole de l’attachement aux habitudes.
3. tomber sur quelque chose : trouver, découvrir quelque chose par hasard.
4. Un mythomane : quelqu’un qui s’invente des histoires auxquelles il croit.

Groenland Manhattan - La postfaceIl y a beaucoup à regarder et à lire dans cet album, qui se termine par une belle postface, écrite par Delphine Deloget, réalisatrice d’un documentaire antérieur (que j’aimerais bien trouver quelque part) sur Minik et ses descendants.
En voici un court extrait où Delphine la voyageuse parle de Chloé, celle qui se dit pantouflarde ! Lorsque Chloé m’a contactée au sujet de son projet de bande dessinée sur Minik, j’ai remis le nez dans mes cartons, ressorti des photos, des archives sur l’histoire des Esquimaux de New York. Avec elle, j’ai replongé dans mes souvenirs et mes impressions de voyage à Thulé. Chloé se révélait de son côté une véritable enquêtrice. Elle ne laissait rien passer. Elle relevait certains détails de l’histoire qui m’avaient échappé. Son imaginaire au travail, elle allait redonner chair à l’histoire de Minik. Moi qui n’avais fréquenté Peary et Minik que par l’intermédiaire de photos en noir et blanc, je les redécouvrais maintenant en couleur, animés d’expressions si pleines de vérité. Elle avait créé en nuances ce qui précède et ce qui suit les événements rapportés par les archives, reconstituant ce qui m’avait si souvent manqué lors de ma propre enquête. L’histoire prenait vie et dépassait les simples faits historiques pour toucher l’intime d’un récit à la fois rocambolesque et poignant.

Allez regarder ici aussi, pour vous en rendre compte.
C’est beau !

Attachez vos ceintures

Quand on voyage en avion, l’équipage a des choses à dire, notamment au décollage et à l’atterrissage. Mais ce n’est pas toujours facile de comprendre ce qui est annoncé, à cause du bruit, de la mauvaise qualité du son parfois, surtout si on voyage avec une compagnie étrangère. Bien sûr, l’anglais est la langue internationale des voyageurs. Mais c’est quand même mieux si on comprend la langue de la compagnie aérienne qui nous transporte.

Alors voici ce que j’ai pu « capturer » de l’ambiance sonore du vol Paris-Cayenne du 17 février et du vol de retour dans la nuit du 1er au 2 mars.
Destination la Guyane !

Transcription:
Nous sommes en train d’attendre des passagers de correspondances très, très, très courtes que nous faisons venir à notre point de stationnement de manière à (1) ne pas trop engager notre ponctualité. Donc nous espérons ne pas abuser de votre attente et je vous tiens au courant (2) le plus rapidement possible de notre… des événements. Voilà. Merci.

[… ] commandant de bord, je vous souhaite la bienvenue. Désolé pour ces quelques minutes de retard en attente des derniers passagers. La mise en route sur Cayenne est prévue maintenant dans quelques instants. Le temps de vol : 8 heures et 30 minutes et un temps couvert et des grains (3) à l’arrivée. Je vous souhaite un excellent voyage. Merci de votre attention.

[…] mademoiselle, monsieur, Louis Bottero, cherf de cabine principal de votre vol pour vous saluer et une nouvelle fois pour vous exprimer tous nos regrets quant à (4) ces différents soucis informatiques et une attente de passagers en correspondance. Nous vous remercions bien entendu de votre patience. Sachez (5) que le commandant de bord a privilégié, bien entendu, une attente aussi… aussi longue soit-elle à une ouverture… une réouverture de soute et de conteneurs à bagages qui en règle générale, ce genre de procédure risque de prendre plus de temps. Des conciliabules (6) entre les contrôles sol, les compagnies et ceux de la sûreté entraînent toujours des retards plus importants que celui que nous subissons maintenant.

Notre commandant, Monsieur Luc Richier et l’ensemble de l’équipage ont le plaisir de vous accueillir à bord de cet Airbus d’Air France. Sachez que notre escale de Cayenne est informée depuis quelques instants donc de ce contretemps et fera de son mieux en tout cas pour mettre… assurer la continuité de votre voyage si vous êtes en correspondance dans les meilleurs délais. Nous ne manquerons pas de (7) vous informer de notre heure d’arrivée à l’aéroport Félix Eboué dès lors que (8) nous aurons atteint notre altitude de croisière. Sur notre vol, certains membres de l’équipage parlent différentes langues: l’anglais bien entendu, mais l’espagnol, l’italien, le portugais sont également à l’honneur. Nous nous assurons de votre sécurité et de votre confort durant (9) ce vol à destination de Cayenne. L’utilisation des téléphones portables…. doivent à présent être éteints ou bien en position mode avion, et ce (10), jusqu’à notre arrivée à notre point de stationnement définitif. Veuillez à présent attacher et ajuster votre ceinture de sécurité. Au nom d’Air France – KLM et de ses partenaires Skyteam, nous vous souhaitons bon voyage.

[Conformément aux] règlements sanitaires locaux et internationaux, la cabine doit être désinsectisée (11). Le produit utilisé ne présente aucun danger pour votre santé et est conforme aux normes internationales en vigueur (12). Merci de rester assis pendant cette opération.

Nous vous informons que fumer dans les toilettes peut porter atteinte au fonctionnement des détecteurs de fumée et est passible de poursuites. D’autre part, l’utilisation de la cigarette électronique n’est pas autorisée à bord de nos avions. Vous pourrez vous déplacer dès l’extinction de la consigne « Attachez vos ceintures ». Cependant, pour votre sécurité, nous vous recommandons de maintenir votre ceinture attachée lorsque vous êtes assis et nous vous invitons à la laisser visible pour ne pas être dérangé pendant votre repos par les vérifications de l’équipage en cas de turbulences.

Nous sommes arrivés à Paris, aéroport d’Orly. Il est 6h40 en heure locale et la température est de 1° (13).Votre ceinture de sécurité doit rester attachée jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse. Nous vous rappelons que l’utilisation des téléphones portables n’est autorisée qu’après l’arrivée à notre point de stationnement. Lors du (14) débarquement, nous vous demandons d’ouvrir les coffres à bagages avec précaution afin d’éviter la chute d’objets. Merci d’avoir voyagé sur ce vol Air France. Au nom d’Air France – KLM et de ses partenaires Sky Team, nous vous souhaitons une bonne journée et un bon voyage si vous êtes en correspondance.

Quelques explications:
1. de manière à : afin de
2. tenir quelqu’un au courant (de quelque chose): informer quelqu’un de quelque chose
3. un grain: en météo, c’est une forte pluie avec du vent.
4. quant à : en ce qui concerne / à propos de
5. sachez: c’est l’impératif du verbe savoir. On ne l’emploie pas très souvent. C’est un style plutôt soutenu.
6. des conciliabules: des discussions
7. nous ne manquerons pas de vous informer : c’est une manière de dire d’assurer les passagers qu’ils seront tenus au courant.
8. dès lors que : aussitôt que / quand / dès que (style soutenu)
9. durant : pendant (style plus soutenu)
10. et ce: on utilise cette expression pour reprendre ce qui a été dit avant. (= et cela, c’est-à-dire le fait que les téléphones doivent être en mode avion.)
11. désinsectiser un lieu: le débarrasser des insectes. Dans le cas de la Guyane, il s’agit d’éviter de transporter des moustiques qui pourraient transmettre certaines maladies. (le paludisme, la dengue, la fièvre jaune)
12. en vigueur: qui sont actuellement appliquées
13. : un degré
14. lors du (+ nom masculin) / lors de la (+ nom féminin) = pendant le / la (style plus soutenu)
15. être en correspondance : avoir une correspondance à prendre pour continuer son voyage.

Le regard de Martin

Martin est un de mes anciens étudiants.
Il est ensuite parti comme assistant de français en Angleterre pour partager notre langue avec de jeunes élèves anglais.
Il partage aujourd’hui ce qu’il voit à travers son objectif sur son site, ici.

Petit détail: en regardant ses photos de cirque, vous verrez qu’une des compagnies s’appelle, à juste titre, Les Nouveaux Nez. Mais lorsqu’on la découvre en entendant simplement quelqu’un en parler, on ne peut que penser qu’il s’agit des nouveaux-nés et on se demande bien ce qui se cache derrière ce nom ! Très joli jeu de mots qui repose sur la prononciation identique de nez et !

Des livres et des voyages

Les livres qui peuplent votre enfance. Puis ceux qu’on écrit.
Les voyages qui vous sortent de vous-même. Partir. Ailleurs.
Une vie où rien n’est tracé d’avance.
Une femme libre.
Elle est tout cela dans les mots qui la racontent.

Transcription:
– Moi, il m’est indispensable de voyager et d’écrire. Et je pense que j’aurais jamais écrit si j’avais pas voyagé, même si j’écris pas de récits de voyage, hein (1). Mais pour moi, c’est un peu le même état. Si je… Si… Si demain, pour une raison ou une autre, je n’écrivais plus, bon, il faudrait quand même que je voyage. Bah par exemple, quand on voyage, enfin, quand on voyage vraiment et tout ça, on a des galères (2). Tout d’un coup, plus rien ne va. On devait prendre telle voiture, bon, on est plantés dans un encombrement en Inde, on sait pas où on est, enfin bon, etc… Et on attend la récompense ! Enfin je veux dire, avec Kriss, c’était tellement important pour nous quand on avait une galère comme ça, c’était: « Tu sais ce qui se passe quand on est dans une galère comme ça. Vive la galère, parce que là, on va avoir la récompense. » Par exemple, plantées sur une route, je veux dire, je sais pas quoi (3), il y a des moustiques, il fait chaud, je veux dire, on a presque plus rien à boire et tout ça. Et tout d’un coup, on va rencontrer le type qui va changer tout le voyage, quoi ! Et en fait, je pense que moi, j’ai appris ça enfant (4), bah à… Parce que j’étais fille unique (5), je m’ennuyais, bon… Donc c’était des rêves, c’était des livres, c’était lire, c’était m’imaginer ailleurs, aller ailleurs. Et donc il y a toujours l’idée que il faut aller ailleurs pour que ça se passe (6).
Vous êtes la seule écrivain de la famille, vous ?
– Ah oui ! Moi je dirais même que je suis la seule lectrice de la famille, oui. Oui. Oui, oui, moi, c’est les… Les livres, ils ont débarqué chez moi par… ben je sais pas, par les prix que j’ai gagnés à l’école (7), quoi. Donc… Ou les livres que je prenais à la bibliothèque, etc… Donc oui, oui, oui, moi, c’est l’école qui m’a appris à lire. Enfin je veux dire au sens…Pas à lire A B C D, mais lire… lire des livres. M’échapper.
Est-ce que du coup, le fait que vous, vous écriviez et que vous lisiez, c’était bien vu (8)?
– Alors, que je lise, c’était bien vu, parce que de toute façon, on me demandait de bien travailler à l’école parce qu’il fallait que je m’en sorte (9) et il fallait pas que je sois dans la précarité (10) où mes parents s’étaient trouvés quand ils étaient jeunes, disons… enfin bon, faut dire que, bon, ils étaient jeunes pendant la guerre, donc évidemment. Mais après, quand… quand j’ai écrit, c’est-à-dire que j’ai… j’ai décidé de pas avoir une vie tranquille avec un métier, mais d’être à la fois comédienne, écrivain, bon etc…, c’était évidemment très mal vu. Mais bon par chance, comme j’ai… j’ai… ça s’est passé plutôt bien assez rapidement, donc mes parents ont été rassurés assez vite, donc finalement, après, c’était… Et même, ils se sont rendus compte que dans toutes les décennies qui sont passées avec toutes les crises qu’il y a eu de gens qui ont été au chômage, qui avaient des boulots, qui les ont perdus, etc… Moi, comme j’en avais jamais, je pouvais pas le perdre ! Il fallait… Moi je passais mon…. mon temps à inventer mon travail. Donc bon, bah… Oui, bah des fois, c’était… ça a été particulièrement difficile de l’inventer. Et beh des fois, c’était très facile. Bon, enfin, je veux dire, c’était… c’était comme ça.

Quelques explications:
1. Les formes négatives sont toutes incomplètes, comme très souvent à l’oral.
2. une galère: une difficulté, un problème dans la vie. (familier)
3. je sais pas quoi: elle dit ça car elle cherche des exemples qui vont illustrer ce qu’elle décrit.
4. j’ai appris ça enfant = quand j’étais enfant. (Raccourci très fréquent dans ce cas.) On peut faire la même chose avec les autres âges de la vie: il a vécu ça bébé. Il a découvert ça ado. Il a compris ça adulte.
5. fille unique: elle n’avait pas de frères et soeurs.
6. pour que ça se passe: pour qu’il se passe quelque chose.
7. les prix gagnés à l’école: c’étaient des livres en récompense du travail ou du comportement. Ils étaient donnés aux enfants à la fin de l’année scolaire en juin pendant la cérémonie de remise des prix.
8. c’était bien vu: c’était estimé, considéré comme important, apprécié. (Le contraire, c’est être mal vu)
9. s’en sortir: réussir.
10. la précarité: la pauvreté, dans laquelle tout équilibre est très fragile. Ça veut dire qu’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait.

Voyage en TGV

Nous y voici donc ! C’est la fin des vacances d’été. Dans quelques jours, ce sera l’agitation de la rentrée: à nouveau des embouteillages pour aller travailler, la cohue dans les supermarchés pour l’achat des dernières fournitures scolaires, le réveil qui sonne un peu trop tôt, le rythme à reprendre.
Allez, pour prolonger un peu l’atmosphère des vacances, je vous emmène prendre le TGV et écouter les annonces qui sont faites au cours du voyage. C’est comme dans les avions, ce n’est pas toujours bien audible ni très facile à comprendre quand on est étranger. Comme ça, vous serez prêts à prendre le train en France !


Transcription:
(Le voyage aller)
Messieurs-dames, bonjour. Bienvenue dans le train 2916 (1) à destination de Paris-Gare de Lyon (2). Ce train partira à 15h28.

Mesdames-Messieurs, l’iDTGV (3) et le TGV 6122 à destination de Paris va partir. Attention au départ, attention à la fermeture automatique des portes.

Bonjour. La SNCF et iDTGV ont le plaisir de vous recevoir à bord de l’iDTGV 2916 à destination de Paris-Gare de Lyon. Notre arrivée est prévue à Paris à 18h41. Notre temps de parcours jusqu’à Paris sera aujourd’hui de trois heures et treize minutes. Je m’appelle Jimmy. Je suis votre superviseur (4) aujourd’hui sur ce TGV (5). Nous vous rappelons que l’idTGV est entièrement non-fumeur, y compris sur les plates-formes ainsi que dans les toilettes. Pour des raisons évidentes de sécurité, tous vos bagages doivent être […] étiquetés (6) et positionnés (7) dans les espaces qui leur sont destinés. Les plates-formes et les couloirs (8) doivent être dégagés de tous bagages pouvant en gêner l’accès. Durant toute votre présence à bord, les téléphones portables doivent être positionnés (9) en mode silence et l’ensemble de vos appels passés depuis les plates-formes (10).
Si vous voyagez en espace zen (11), nous vous informons que ces espaces sont dédiés au calme et à la tranquillité. Pour votre confort, nous avons le plaisir de vous proposer dès à présent la voiture-bar dans la voiture numéro 14 au [niveau] supérieur. Nous vous invitons à venir découvrir notre carte ainsi que nos divers services. Si vous voyagez en espace zap, un service de restauration à la place vous sera également proposé ultérieurement. Durant ce voyage, nous sommes à votre disposition pour répondre à vos attentes. Merci d’avoir préféré lesTGV. Très bon voyage.

(Dans le train du retour vers Marseille)
Mesdames-Messieurs, bonjour. Votre chef de bord vous souhaite la bienvenue à bord de ce train à destination de Marseille-Saint Charles (12). Nous vous rappelons que l’étiquetage des bagages est obligatoire afin qu’ils ne soient pas considérés comme des colis abandonnés. Pour vous restaurer (13), un bar est ouvert en voiture 4. Si vous n’avez pas composté votre billet (14), merci de nous le signaler. Pour la tranquillité et le respect de tous, nous vous invitons à éviter toutes nuisances sonores et à utiliser vos téléphones portables depuis les plates-formes. Dans quelques instants, nous allons venir à votre rencontre. N’hésitez pas à faire appel à nous pour le bon déroulement de votre séjour à bord. La SNCF-TGV membre de l’Alliance Rail Team vous souhaite un bon voyage.

(Merci monsieur)

Quelques explications:
1. le train 2916: il dit « vingt-neuf seize », comme en anglais. Mais le plus souvent, on dit plutôt « deux mille neuf cent seize », comme on l’entend plus loin.
2. Paris-Gare de Lyon: ce TGV qui vient de Marseille arrive à la Gare de Lyon, la grande gare parisienne qui dessert le sud-est de la France ainsi que la Suisse par exemple.
3. l’iDTGV: c’est une filiale de la SNCF. Ils ont certains wagons dans les TGV et proposent des prix qui peuvent être plus bas que ceux de la SNCF. On achète ses billets sur internet. Pour un voyageur, c’est en fait la même chose de voyager dans les wagons iDTGV ou TGV, qui sont attachés et tirés par la même motrice. On choisit en fonction du prix et des places disponibles.
4. un superviseur: ça ressemble à un anglicisme. C’est l’équivalent à la SNCF de « Chef de bord ». (Avant on disait juste contrôleur, et beaucoup de gens emploient encore le terme).
5. sur ce TGV: normalement, on dit « dans ce TGV » ou « à bord de ce TGV ». Influence de l’anglais encore ?
6. étiquetés: il faut attacher une étiquette avec son nom et son n° de téléphone aux valises ou sacs qu’on dépose dans les emplacemenst en bout de wagon ou au milieu.
7. positionnés: plus naturellement, on dit « placés », ou rien du tout !
8. les couloirs: c’est le terme utilisé pour désigner l’allée entre les sièges. On peut choisir son siège côté couloir ou côté fenêtre au moment de la réservation.
9. positionnés en mode silence: plus naturellement, on peut dire juste « doivent être en mode silence ».
10. les plates-formes: c’est l’espace au bout des wagons, séparé par une porte.
11. en espace zen / en espace zap: les iDTGV ont inventé le concept de voitures plus ou moins calmes. On choisit quand on réserve. En fait, il y a souvent très peu de différence !
12. Saint-Charles: c’est le nom de la gare principale de Marseille.
13. se restaurer: manger quelque chose. C’est un terme plutôt recherché.
14. composter son billet: c’est placer son billet dans une machine à la gare qui le composte, c’est-à-dire qui inscrit l’horaire et des codes sur le billet. Il faut faire ça avant de monter dans le train, sauf quand on a réservé certains billets qu’on imprime soi-même sur une feuille ordinaire. Si on ne le composte pas, on peut avoir une amende. Ce sera vérifié dans le train par le contrôleur.

Ambiance professionnelle

Ambiance confortable, préservée de l’agitation de la gare ».
C’est comme ça que la SNCF vend son service « Salon grands voyageurs », réservé aux professionnels qui se déplacent pour leur travail et qui n’ont pas envie d’attendre sur le quai, au milieu de la foule. Un avantage auquel sont habitués les clients des compagnies aériennes mais récent dans les TGV.

Voici donc le troisième épisode des aventures d’Eric et de ses collaborateurs, qui attendent tranquillement leur TGV à la Gare de l’Est à Paris. Tranquillement… Enfin, presque !

Pour regarder, c’est ici.

Transcription:
– Chéri, tu as oublié ça.
– Oh non !
– Bah ouais.
– Bon bah écoute, c’est pas grave (1). Je t’envoie un coursier.
– Et je te mets tes gâteaux préferés aussi avec, hein, d’accord.
– OK. Bon, je dois aller… Je dois te laisser. Je t’embrasse, ma puce (2). Je t’aime.

– Eh Mat. Pour combien tu vas voir Eric ? Tu lui tires les cheveux.
– 20 €.
– Tu es sérieux, là ?
– Bah ouais. Pourquoi ?
– C’est… C’est… c’est rien, 20€ ! C’est pas ça, le jeu. Même moi, je peux te les donner.
– Franchement, ça vaut pas plus, hein.
– Bon d'[…]… d’accord. Tu vas le voir. Tu lui claques son ordi sur les doigts, mais genre trop fort (3), tu vois. Tu prends ses écouteurs, tu lui mets dans le pif (4). Pour combien tu fais ça ?
– 25, allez 25.
– 25… 25 €, c’est rien du tout ! C’est… C’est nul (5) de jouer avec toi.
– Chut ! (6)
– Comment c’est tout pourri (6) de jouer avec vous, franchement !
– Et… Et vous, Virginie ? Vous, Virginie.
– Fais gratuit, je sais que je ne risque rien.
– Modestie. Modestie.
– Ciao.

– Et voilà ! D’une main, je l’ai éclaté, Gossbo75 !
– Ah !
– Ça va, Eric ?
– Non, j’étais sur mon rapport. Un bug (7).
– Mathieu ?
– Hm ?
– Vous connaissez un certain Megageek ?
– De nom (8), ouais.
– Il fera un bon testeur (9), non ?
– Ouais, faut voir. Gossbo75 (10).
– Ouais, bon bah ça va ! C’est le pseudo de mon fils.
– Ouais, et en même temps, il a cinq ans, votre fils, Eric.
– Bon bah Vincent, allez me chercher un café.
– Toujours moi !

Quelques explications:
1. c’est pas grave = ça ne fait rien. On dit ça tout le temps pour dire que ce n’est pas un problème.
2. ma puce: surnom affectueux très courant, pour les enfants, ou les femmes. Pourtant, une puce, c’est plutôt un parasite !
3. mais genre trop fort: style très familier, utilisé par les jeunes surtout. Vincent veut juste dire: »Très fort ».
4. le pif: le nez (argot)
5. c’est nul de jouer avec toi: ce n’est vraiment pas bien. (familier)
6. Chut!: onomatopée pour demander à quelqu’un de se taire.
7. pourri: synonyme de « nul ». (familier)
8. un bug: c’est le terme anglais. On a essayé de nous imposer « bogue » pour ne pas utiliser de l’anglais. Mais personne ne dit « bogue ». Et il y a aussi le verbe bugger, qu’on prononce « beuguer »: Mon ordi a buggé.
9. connaître quelqu’un de nom: c’est quand on n’a jamais rencontré cette personne. On en a juste entendu parler.
10. un testeur: celui qui teste les jeux vidéos par exemple.
11. Gossbo75: dans ce pseudo, il y a 75, qui est le numéro de Paris, sur les plaques d’immatriculation des voitures. (Eric est parisien). Il y a aussi « gossbo », qui vient de l’expression « beau gosse », à l’envers et avec une orthographe plutôt phonétique. Un beau gosse, c’est beau jeune homme, dans un style familier. (Ce n’est jamais un enfant dans ce cas.)
Ce qui les fait rire, c’est qu’Eric s’est choisi ce peudo, avec beaucoup de modestie ! Et c’est pour ça qu’il dit que c’est celui de son fils et qu’il s’énerve: il est démasqué !

Et pour finir, voici les portraits d’Eric, Vincent et Mathieu qu’on trouve sur le site, avec quelques expressions sympas:

Vincent. Ne s’investit pas que dans les photocopies. Le stagiaire type: vingtaine boutonneuse*, style négligé, gamer dans l’âme* et grand copain de Mathieu. Malgré sa bonne volonté évidente, Vincent passe le plus clair de son temps* à voyager en 2nde, ce qui le prive de côtoyer Virginie qu’il considère comme la femme parfaite.
Des expressions:
*la vingtaine boutonneuse: il a à peu près 20 ans et encore des boutons, comme les ados.
*gamer dans l’âme: les jeux vidéo, c’est sa passion.
* passer le plus clair de son temps à faire quelque chose: passer la majorité de son temps à faire ça.

Mathieu, le concepteur. A la pointe* en matière de références. Le geek* de l’équipe pour qui la naissance du monde a commencé avec l’invention du tout premier personal computer. De son cerveau fécond, peuplé de trolls et de robots, émergent tous les jours des nouveaux concepts de jeux.
Des expressions:
*être à la pointe: être très moderne, être à l’avant-garde, connaître les évolutions les plus récentes dans un domaine, souvent technologique.
* le geek: dans le domaine de l’informatique et des jeux vidéos, ce sont les termes anglais qui sont utilisés tout le temps.

Eric, le directeur général. Sérieux, connaît ses dossiers sur le bout des doigts*. Patron d’une petite entreprise de jeux vidéo, il est de la génération ante-nerd*. Il est fasciné par la technologie à laquelle il ne comprend pas toujours tout. Il admire ceux qui la font et la pensent. Convivial et souriant, il n’en reste pas moins un homme à poigne* qui dirige sa PME* d’une main de fer*.
Des expressions:
* connaître quelque chose sur le bout des doigts: connaître quelque chose parfaitement.
*ante-nerd: antérieure aux « nerds », ces fous d’informatique.
* un homme à poigne: un homme qui dirige ses affaires avec autorité et une grande fermeté.
* une PME: une entreprise qui fait partie de la catégorie des  petites et moyennes entreprises.
* diriger quelque chose d’une main de fer: diriger quelque chose de façon très autoritaire.

Blague de potache !

TGVDans l’épisode précédent de la série publicitaire pour la SNCF, il était question du service de restauration réservé en première aux voyageurs détenteurs d’un billet TGV Pro (comme professionnel). Un service auquel on n’a pas droit quand on est simple stagiaire, condamné à voyager en seconde !

Et ça ne s’arrête pas là: après un voyage confortable, vous trouverez même un taxi qui vous attend à la gare. Plus besoin de faire la queue en descendant du train ! Il suffit de donner votre nom. Simple comme bonjour ! Enfin, pas pour tout le monde…

Voici donc un autre épisode de la série:

Pour le regarder, cliquez ici.

Transcription:
– Merci. Désirez-vous des taxis à votre arrivée, messieurs-dames ?
– Oui, s’il vous plaît. Je vous dépose ? (1)
– A quel nom, s’il vous plaît ?
– Richard.
– Prénom ?
– (Virginie)
– Merci.
– Pour vous ?
– Oui. Moi, j’en veux un au nom de Sonia Rize, s’il vous plaît.
– Merci.
– Pour vous, monsieur ?
– Non, merci, non. J’ai laissé ma voiture à la gare parce que j’ai… je dois aller chercher mes enfants parce qu’ils sont chez Maminouche (2).
– Monsieur ? Un taxi ?
– Oui, s’il vous plaît. Au nom de Mathieu.
– Parce que Florence a un cours d’aqua-gym (3). En fait elle peut pas aller les chercher.
– Prénom ?
– Mathieu.
– Vous vous appelez Mathieu Mathieu ? Est-ce… Il me faut votre nom de famille.
– (inaudible)
– Pardon ?
– (inaudible)
– Excusez-moi, j’ai pas bien entendu.
– Oui, on n’a pas entendu, hein !
– Je vais vous l’écrire, ça sera plus simple.
– Bien sûr.
– Voilà.
– Proute Mathieu.
– Ça se prononçait Prouté au 17è siècle et puis, ils ont viré (4) l’accent.
– Bon voyage.
– Merci.
– Bon voyage, messieurs-dames.
– C’est vrai que ça vous fait encore rire (5)? Après cinq ans, ça vous fait encore rire ?
– Oui !
– Je suis consterné !

Quelques détails:
1. déposer quelqu’un: le transporter dans sa voiture (ou partager un taxi) quelque par en allant soi-même ailleurs.
2. Maminouche: ça doit être la grand-mère. Souvent, on appelle sa grand-mère « mamie ».
3. l’aqua-gym: cours de gym où on fait des mouvements dans une piscine, pour rester en forme.
4. virer: enlever, ôter (familier)
5. Proute: Ils sont morts de rire car quand on entend ce nom, on pense à « prout » qui est le nom familier donné par les enfants aux pets. Il se prononce comme « Proute »: on entend le « t » à la fin. Evidemment, on peut imaginer que Mathieu a souffert de s’appeler comme ça quand il allait à l’école. Et ça continue, même avec les adultes, que ça amuse comme des gamins ! C’est pour ça qu’il conclut par « Je suis consterné ». Il y a des noms difficiles à porter !

* une blague de potache: c’est une plaisanterie pas très fine, comme en font les élèves.

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