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La danse et le temps

Danse

Une émission de radio comme une petite vignette, où un danseur qui a beaucoup dansé raconte ses rapports avec le temps qui passe.

Parce qu’on ne peut pas être danseur toute sa vie, ou en tout cas pas de la même façon à cinquante ans qu’à vingt.

Voici un extrait de cette jolie conversation:

La danse et le temps qui passe

Transcription :
– J’ai fait de la danse un peu par hasard suite à… après avoir vu un film. On m’a donc inscrit à un cours de danse. Je dois dire que j’ai pas aimé ça du tout ! Et puis bon voilà, enfin il y avait une carte de dix cours, il fallait la finir, ça s’est étalé dans le temps. Et puis un jour, sur le coup de (1) sept ans et demi, quelque chose comme ça, le professeur a dit : « Tiens, il se réveille, il se passe quelque chose. Il est doué. Est-ce qu’il voudrait en faire son métier et rentrer à l’Opéra (2) ? » Tout d’un coup, on s’intéressait à moi, on me trouvait… Voilà, j’ai dit oui. Mais en fait, j’aimais pas ça. C’était un gros mensonge. J’ai su que j’aimais vraiment ça, j’avais quatorze ans, quatorze ans et demi, au cours de spectacles de l’Ecole, où j’étais un Mousquetaire, je séduisais une jeune fille. Tout d’un coup, j’ai été grisé (3) par la scène, la musique et puis ce… ce jeu. Et donc là, je me rappelle très bien que je suis rentré en loge (4) et je me suis dit : « Je peux ne plus mentir. J’aime vraiment ça, quoi.» Et puis, si, j’aimais beaucoup la musique et l’effort physique. Il y avait… J’avais quand même des émotions comme ça. Mais enfin, aller regarder un ballet, ça m’emmerdait (5), hein ! Je préférais aller regarder un film, vous voyez ce que je veux dire. C’était pas… Puis j’étais pas fana (6) de danse. Je le suis toujours pas d’ailleurs. Mais par contre, quand ça me touche, ça me touche plus que n’importe quel art.
– Comment est-ce que ça façonne une personnalité, d’être danseur ?
– Déjà, c’est l’exigence si petit. Chaque jour sur le même geste, j’en redemande plus, d’autres sensations, qu’on peut toujours aller plus loin. C’est toujours ce décalage entre ce qu’on vous demande et votre maturité. Le paradoxe, c’est que danseur, faut aller très vite. Mais en même temps, ça demande du temps et il y a que le temps qui fait les choses, voilà, c’est tout. Donc le problème du danseur, c’est ça. Puis c’est au moment où il possède son truc, c’est là que physiquement, il commence à plus pouvoir. A trente-cinq ans, vous êtes plus un jeune, hein ! Moi, c’était plutôt une période très heureuse parce que justement, c’est une période de la maturité, de la plénitude. On va dire au contraire, on a moins peur, le trac (7) est un peu parti, on maîtrise son truc, puis on commence à vraiment comprendre ce qu’on fait, quoi, à vraiment… Voilà, les gestes sont érodés mais dans le bons sens du terme, vous voyez ce que je veux dire, on a tellement usé les gestes qu’ils font partie de nous.
Le rapport au temps est très spécial, quoi. Et toujours cette impression d’être en retard, parce que la course contre ce temps, contre le temps de monter, les blessures, les moments où vous êtes dans le doute et tout pour profiter pleinement des spectacles, voilà.
– Du coup, le jour où on arrête, les adieux à la scène, ça se passe comment ?
– Bah après, ça fait un drôle d’effet (8), quoi. Du jour au lendemain (9), ploum (10), bah voilà, plus rien. Bon j’avais des projets de danse, de théâtre et tout, donc je savais que la scène allait continuer. Non, bah il y a un moment un peu de vide, et en même temps, une… On pose un peu les valises, comme on dit, c’est-à-dire qu’il y a un moment de relâchement qui était pas désagréable parce que voilà, parce que c’est sous pression pendant des années et des années et des années. Vous faites des adieux ici à l’Opéra Bastille, moi, ça c’est passé ici, voilà, avec la salle pleine, vingt minutes de rappels (11), enfin bon, c’est un moment incroyable. Et puis trois mois après, pof (12), vous vous retrouvez avec des bambins (13) de douze ans et demi. Le choc est rude, je dois dire ! Je peux pas vous dire que ça a été un moment… Ce premier cours a pas été spécialement agréable. Puis vous passez d’une vie de compagnie – parce qu’il y a ça aussi – vous passez d’une vie de compagnie qui moi, me lassait un peu, hein, beaucoup de monde, toujours les uns sur les autres et tout. Mais enfin bon, voilà, vous voyez du monde, vous avez des potes (14) depuis l’enfance, vous… voilà. Puis du jour au lendemain, vous vous retrouvez… vous avez vu l’ambiance de l’Ecole, bah il y a… il y a douze profs, et c’est toujours les mêmes personnes en vase clos (15). Donc oui, ça fait… ça fait un drôle d’effet. Et en fait, il y a quelque chose qui est en train de se passer qui me fait très plaisir, moi qui avais tellement peur de m’ennuyer, je me rends compte quand je les vois comme ça, que je vois ces mômes (16) grandir, changer, etc. , finalement, une vie, c’est ça, quoi. C’est cet échange comme ça. Qu’est-ce qu’on peut amener (17) à l’autre pour le faire changer, pour en faire quelqu’un, entre guillemets, sans prétention, hein, mais quelqu’un de mieux. Voilà.

Quelques détails :
1. sur le coup de : vers. (plutôt familier) On peut l’employer aussi avec des horaires : Il est arrivé sur le coup de 7 heures.
2. L’Opéra de Paris, où les futurs danseurs entrent à l’Ecole de Danse comme petits rats.
3. Être grisé par quelque chose : trouver quelque chose vraiment passionnant et excitant.
4. Une loge : c’est la pièce où se préparent les acteurs, les danseurs, les artistes dans une salle de spectacle, un théâtre.
5. Ça m’emmerdait : ça ne m’intéressait pas du tout, je m’y ennuyais vraiment. (très, très familier et seulement oral)
6. fana de quelque chose : abréviation de fanatique, donc passionné de quelque chose.
7. Le trac : c’est le sentiment de peur ou d’apprehension qu’ont les gens qui montent sur scène. On dit qu’on a le trac. Par exetension, on peut aussi avoir le trac avant un examen, avant un entretien d’embauche.
8. Ça fait un drôle d’effet : ça fait bizarre, ça procure une sensation étrange.
9. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition.
10. Ploum : c’est une onomatopée, qui exprime ici le côté brutal du changement.
11. Un rappel : c’est quand les spectateurs continuent à applaudir pour faire revenir les artistes sur scène à la fin du spectacle.
12. Pof : autre onomatopée qui exprime aussi le côté sans transition de ce changement.
13. Un bambin : un enfant. (On ne l’emploie pas très souvent.)
14. Un pote : un ami (familier)
15. en vase clos : avec très peu de contact avec le monde extérieur, en compagnie des mêmes personnes dans le même milieu. On dit qu’on vit en vase clos.
16. Un môme : un enfant (familier)
17. amener : ici, les puristes diront qu’il vaudrait mieux utiliser le verbe apporter.

L’émission en entier est ici.

Mémé

DSC_5022cVoici aujourd’hui une vieille dame qui m’avait bien plu quand je l’avais entendue à la radio. Pour ses 100 ans, pour sa vitalité, sa curiosité et sa lucidité. J’aime bien imaginer tout ce qu’elle a vécu, tous les changements qu’elle a vus. Elle a toute sa tête, Mémé, … et un ordinateur.

Je l’écoute et je me demande si je saurai être une Mémé un jour et, comme elle, vivre avec ce qui aura été inventé alors!

Mémé

Transcription :
– Je faisais… je faisais un jeu.
– Ah bon ? Oui, alors, c’est ça la question : vous faites quoi avec ? (1)
– Je… je reçois des mails (2), j’en envoie, j’ai des photos. J’ai une amie qui est partie en Pologne, elle m’en… Elle est très fidèle et elle m’envoie des… Elle m’envoie beaucoup de mails et j’ai des mails amusants, des choses très jolies à voir, des paysages, des… je visite des musées avec mon ordinateur ! L’ordinateur, je l’ai depuis cinq ans. On m’a offert ça pour mes quatre-vingt quinze ans !
– Aujourd’hui, il y a un thème dont on parle beaucoup dès qu’on parle des personnes âgées, c’est celui de la solitude. Est-ce que vous, vous vous sentez seule, à cent ans ?
– Je suis assez… Je suis assez contente de… d’être toute seule. Oui, oui, oui, oui. Je fais ce que je veux, c’est ça. Moi, il me faut… Faut pas d’entraves (3). Faut pas que (4)… Faut pas qu’on m’embête (5). Et pourtant, et pourtant, je suis seule. J’ai perdu maman très jeune, mon père, j’avais vingt-six ans, j’ai perdu mon mari très tôt, j’avais cinquante-sept ans. Et mes enfants, il y en a une qui est partie à quarante ans, et l’autre qui est partie à soixante-douze ans. Et Mémé (6), elle tient le coup ! (7) Elle est toujours là, je comprends pas ! Je pense à eux, je suis avec eux toute la journée, mais je ne m’ennuie pas. Et je pense à eux avec les bonnes choses, je…
– Sans tristesse.
– Quand je vois des… des gens qui pleurent, qui crient, qui « Ah…! ». Moi… Moi, j’ai mon chagrin (8), là, comme ça, mais ça s’ extériorise pas (9).
– Comme ça, vous dites ça, en vous touchant le cœur, la poitrine.
– C’est là, c’est ça.
– Je peux vous demander ce que vous faites pour le 31 décembre ?
– Je ne vais rien faire, je vais être toute seule. Je vais me préparer mon petit réveillon (10) à moi. Je vais me faire une bonne… un bon petit truc. Je vais m’acheter du saumon (11), et puis je vais rester jusqu’à… jusqu’à minuit, bien sûr, parce que alors là, j’ai tous mes coups de téléphone qui viennent après minuit ! J’ai tous mes petits-enfants qui m’appellent. Puis après, bah à une heure… une heure ou deux du matin, je vais me coucher.
– Quand on a cent ans aussi, alors malheureusement, vous avez perdu vos enfants, mais vous avez aussi, j’imagine, dû perdre vos amis.
– Ah bah, j’en ai plus !
– Bah oui !
– Ils sont tous partis, ça y est. Quand j’ai été à la retraite, là, quand j’ai perdu ma fille, je me suis occupée de mes petits-enfants. Après, bon bah quand les enfants ont été un peu plus grands, bon, j’ai… je suis restée là et puis je… Après ma fille, j’ai été épouvantablement (12) triste et seule pendant… pendant deux, trois ans. Puis j’ai dit : Bon bah je peux pas rester comme ça. C’est pas possible. Alors, j’ai été à la mairie (13), voir… faire faire de la gymnastique. Et là, j’ai eu de la chance de rencontrer des gens de mon âge, et puis alors, là, on se réunissait que nous, sept-huit (14), et puis on a fait des voyages, on a… C’était… On a passé de très bons moments. Bon bah tout ça… tout ça, c’est parti petit à petit. Je les ai perdus l’un… l’un après l’autre. Voyez, ce qui me manque beaucoup maintenant, c’est de la tendresse, de quelqu’un avec moi. Mais j’adore mes petits-enfants, mes petites-filles, tout ça, mais : « Bonjour Mémé ! » Allez hop, ça y est, ça va vite, hein ! J’aimerais qu’elles prennent un peu de temps. Eh bah voilà, là encore cent ans un mois ! Je pensais pas… Quand j’étais jeune, j’avais compté l’âge que j’aurais en l’an 2000.

Quelques détails :
1. Vous faites quoi avec ? : question orale = Qu’est-ce que vous faites avec ? Et on n’a pas besoin de pronom pour remplacer « ordinateur ». C’est comme ça avec les objets, mais pas avec les personnes. Par exemple : J’ai un ordinateur. Je fais des jeux, j’envoie des mails avec. Mais on dit: J’avais des amis. Je faisais des voyages avec eux.
2. Un mail, des mails : les Français n’utilisent que rarement le mot email. Ils n’utilisent pas souvent non plus le mot courriel.
3. Une entrave : quelque chose qui empêche de faire ce qu’on veut.
4. Faut pas que… : c’est uniquement oral, puisqu’il manque : Il ne…
5. Il ne faut pas qu’on m’embête = il faut qu’on me laisse tranquille. Embêter quelqu’un, c’est le déranger.
6. Mémé : c’était le nom qu’on donnait aux grand-mères. Aujourd’hui, on dit plutôt Mamie, ou d’autres choses. Donc Mémé est plutôt réservé aux très vieilles dames, aux arrière-grand-mère par exemple, pour faire la différence avec Mamie. Dans le sud, on emploie souvent un mot très proche, Mamé, qui bizarrement reste plus à la mode. Dans d’autres contextes, si on dit par exemple d’un vêtement que ça fait mémé, c’est péjoratif, puisque ça veut dire que ça fait très vieux : J’aime pas cette couleur, ça fait mémé !
7. Tenir le coup : ne pas flancher, rester solide, en bonne santé, résister. (familier)
8. le chagrin : la peine. (C’est plus fort que la tristesse.)
9. extérioriser ses sentiments : montrer ses sentiments, les exprimer. Elle, c’est le contraire, elle les garde pour elle.
10. Le réveillon : c’est la soirée de Noël ou du 31 décembre, avec un bon repas, plus tardif que d’habitude.
11. Du saumon : il s’agit de saumon fumé. C’est assez traditionnel chez les Français à ce moment-là de l’année, comme les huîtres.
12. Épouvantablement triste : horriblement triste. C’est très fort, car en français, on reste souvent plus sobre dans les mots qu’en anglais par exemple et on dit en général juste : très triste.
13. La mairie : c’est là où tout s’organise et où tout est géré dans la ville où on habite. En plus des services administratifs, on peut donc y trouver des activités de loisirs, pour toutes les catégories de la population.
14. Sept, huit : ils formaient un petit groupe de sept ou huit amis.

Vous me tutoyez, là, monsieur ?

Au cinéUn billet inspiré par un film sorti depuis peu et que, comme d’habitude, je n’ai pas vu. Une comédie dramatique à la française, comme on dit, adaptée du roman de David Foenkinos, Les Souvenirs.

Au hasard d’émissions à la télé, j’ai vu plusieurs scènes à propos desquelles je m’étais dit que j’en parlerais ici.

Voici l’une d’elle en cliquant ici.

Transcription :
– C’est ta grand-mère !
– Bah qu’est-ce qui se passe ?
– Elle a disparu.
– Comment c’est possible qu’elle soit partie comme ça ? Vous les surveillez pas ?
– Mais c’est pas une prison ici, monsieur.
– Non mais attendez, hein, pas…
– Alors effectivement, on a reçu un appel de la maison de retraite, mais bon, c’est pas la première fois, hein ! C’est une vraie passoire (1) là-bas.
– Mais du coup, enfin concrètement, vous pouvez faire quoi ?
– Ah concrètement, rien !
– On peut pas lancer un avis de recherche ? A la télé, ils passent leur temps avec leur « Alerte- Enlèvement » (2). On peut pas faire pareil ?
– Vous voulez qu’on lance l’ Alerte-Enlèvement pour votre mère ? Première question : est-ce que votre mère est majeure ? (3)
– Tu t’énerves pas, hein.
– Ah bah je m’énerve pas. Je ne m’énerve pas du tout, non, non, non !
– Je fais simplement mon travail, hein. On voit de tout (4), nous, ici.
– Et une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ? Hein vraiment ?
– Non mais vous me tutoyez, là, monsieur ?
– Oui, je vous tutoie ! Laisse-moi, toi ! Tout va bien, tout va bien. Tout va bien !

Quelques détails :
1. c’est une passoire : on utilise cette image à propos de lieux où on peut entrer et sortir sans difficulté.
2. Une Alerte-Enlèvement : c’est le dispositif mis en place depuis peu en France, sur le modèle des Etats-Unis, pour lancer l’alerte très vite et à grande échelle si un enfant ou un ado est enlevé.
3. Être majeur : on est majeur à partir de l’âge de 18 ans. Les alertes-enlèvement sont lancées seulement pour les mineurs.
4. On voit de tout : cette petite phrase indique que tout est possible, même les situations les plus inattendues. (familier)

Le tutoiement abolit la distance. Avec des effets opposés:
– il rapproche des autres, il met sur un pied d’égalité. Le Tu de la collaboration, ou du partage, ou de l’amitié, ou de l’amour.
– il permet de les dominer, de les insulter, de les humilier. Le Tu de l’impolitesse, ou du manque de respect, ou de l’agression verbale. Passer à Tu, c’est transgresser dans ces cas-là les règles de la sociabilité.

Dans cette scène, Michel Blanc s’inquiète, s’énerve et tutoie le commissaire : Une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ?
Mais on ne peut pas tutoyer un commissaire, ça peut avoir des conséquences : Vous me tutoyez, là, monsieur?
Et une fois son angoisse exprimée, il reprend le chemin de la politesse : Oui, je vous tutoie, dit-il… en vouvoyant le policier!
Fin du dérapage, retour au calme.

Mes codes : personnels mais bien sûr inséparables de mon milieu et de mon époque, avec l’idée qu’à mon âge, si on me tutoie, je tutoie aussi. (en version orale ou écrite, selon vos préférences)

Tu ou Vous, Catalogue personnel

– Je dis Vous à mes étudiants. Ce n’est pas le cas de tous mes collègues. Dans ce cas, le vouvoiement m’est très naturel, comme il l’est de la part des étudiants.
– Je tutoie tous mes collègues, parce que nous travaillons ensemble tous les jours. (Et à Marseille, on fait aussi la bise à ses collègues pour se dire bonjour.)
– Les jeunes collègues ont tendance à commencer par vouvoyer ceux qui sont plus âgés qu’eux et attendent le feu vert de leurs aînés pour les tutoyer. Je fais maintenant partie de ceux qui peuvent donner le feu vert. (ce qui a ses avantages et ses inconvénients.)
– Je dis Tu dans les commentaires que je laisse sur Instagram. Parfois en me disant que c’est un peu familier au tout début. Mais dans le fond, je suis surprise par ceux qui y vouvoient les autres.
– Je ne sais pas toujours quoi faire en répondant aux commentaires sur ce blog. Il me manque les repères d’âge, de « style », tout ce qu’on décrypte quand on voit les gens en chair et en os. J’ai tendance à dire Tu rapidement (ou immédiatement), sans doute pour gommer un peu la distance inhérente à ces échanges par blog interposé. Mais je fais souvent une remarque sur ce passage au tutoiement, comme pour m’excuser de cette familiarité trop précoce.
– Nous avons rencontré ce problème hier avec mes trois jeunes filles qui travaillent sur France Bienvenue cette année: pour répondre à une question posée par un visiteur, l’une n’envisageait pas de répondre en le tutoyant, la deuxième trouvait bizarre de le vouvoyer et la troisième n’arrivait pas à décider. Nous avons tranché en contournant le problème, dans une réponse où n’apparaissent ni Tu ni Vous ! (Mais c’est en général difficile de faire ce tour de passe-passe.)
– Il y a quelques personnes de mon entourage à qui je continue à dire Vous, même si nous sommes devenus plus proches au fil du temps. C’est difficile de changer des habitudes de longue date et ça ne gêne pas ces relations. C’est comme ça !
– Je dis Tu dans ma voiture à ceux qui conduisent comme des sauvages (d’après mes critères). Ce tutoiement va de pair avec des termes que je n’emploie pas habituellement. (Oui, des gros mots). Mais je suis dans ma voiture. Le Tu qui défoule.
– Si quelqu’un se permet de mal me parler et de me tutoyer d’une façon qui ne me plaît pas, je ne riposte pas en le tutoyant à mon tour. Du moins j’essaie. Tutoyer dans ce cas, c’est perdre son calme. Vouvoyer permet en quelque sorte de garder le contrôle, de maintenir la distance et d’éviter l’escalade. En général, c’est mieux d’éviter l’escalade.
– Mais ça peut avoir l’effet contraire et énerver encore plus celui qui vous énerve. Je repasse au Tu. Traduisez: je perds mon calme.

Donc deux petits mots et toute une palette de nuances…
D’un côté, comment ne pas penser aux Paroles de Jacques Prévert adressées à Barbara dans son poème :
Ne m’en veux pas si je te tutoie.
Je dis tu à tous ceux que j’aime.

Mais de l’autre, et sans poésie aucune, c’est plutôt :
Je dis tu à tous ceux qui m’agacent et que je n’aime pas !

Pour terminer, voici la bande annonce du film.
Les dialogues sont parfaits pour leur côté oral. Même s’ils sont légèrement surjoués et un peu trop « écrits », il y a ce débit de parole qui fait progresser quand on apprend le français. Et on entrevoit les falaises d’Etretat.

Bande annonce

La bande annonce est ici.

Transcription:
– Surprise !
(Chanson : Que reste-t-il de nos amours?)
– Et merci !
– Surprise !

– Bah tu manges pas ?
– Ils font des menus que pour les vieux.
– Tu as l’air en forme, toi ! Ça fait plaisir !

– C’est ta grand-mère !
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Elle a disparu.
– Comment c’est possible qu’elle soit partie comme ça ? Vous les surveillez pas ?
– Mais c’est pas une prison ici, monsieur.
– Non mais attendez, hein, pas…
– C’est déjà arrivé quelquefois mais enfin bon, c’est rare.
– C’est pas la première fois, hein, c’est une vraie passoire là-bas !
– On peut pas lancer un avis de recherche ? A la télé, ils passent leur temps avec leur « Alerte- enlèvement ». On peut pas faire pareil ?
– Euh… Première question : est-ce que votre mère est majeure ?
– Tu t’énerves pas, hein.
– On voit de tout, nous, ici.
– Une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ?

– Putain, j’ai reçu une carte postale de ma grand-mère !
– Ah ouais ? Faut que tu y ailles, faut que tu mènes l’enquête.

– Excusez-moi.
– Vous voulez vous suicider ?
– Euh… non.
– Parce qu’on a quand même le meilleur spot pour ça ici, hein. Alors écoutez, moi je veux pas m’immiscer dans votre vie privée (1), mais moi, en tant que professionnelle, je suis obligée de vous prévenir. Donc on longe la falaise comme ça, tac (2). On arrive ici, on saute, hein, on est venu pour ça. Sauf que en cas de vent, retour en arrière…
– Je compte pas (3) me suicider en fait. Je suis quelqu’un qui aime la vie et je…
– Ah bah il faudrait le dire à votre visage parce que là, on peut pas deviner, hein !

– J’en peux plus (4) qu’on décide tout pour moi. Tu comprends ?
– Elle a du caractère (5), ta mère. C’est bien le genre à (6) partir comme ça.
– Allez, à ta grand-mère !

Quelques détails :
1. s’immiscer dans la vie privée de quelqu’un : intervenir dans la vie de quelqu’un sans en avoir vraiment le droit.
2. Tac : c’est juste une onomatopée.
3. Je ne compte pas (faire quelque chose) : je n’ai pas l’intention de… On utilise souvent la question : Qu’est-ce que tu comptes faire ?
4. J’en peux plus : j’en ai assez, je ne supporte plus cette situation.
5. Avoir du caractère : avoir une forte personnalité.
6. C’est bien le genre à (faire quelque chose) : cela correspond bien à sa personnalité, ce n’est pas surprenant de sa part.

Tu et vous, ailleurs sur ce blog et sur France Bienvenue :
Tutoyer ou pas ?
Seule avec deux enfants
En rose et bleu
On se tutoie ou on se vouvoie ?

Et n’oubliez pas de lire les commentaires. Merci à Sabine et à Anne pour leurs éclairages !

Parce qu’elle était souriante

Un temps de PCette dame, je l’imagine petite, peut-être parce qu’elle est âgée, peut-être parce qu’elle me rappelle une de mes tantes qui a le même âge.
Cette petite conversation m’a accrochée jusqu’au bout:
Pour l’énergie de cette vieille dame, pour la façon si simple et digne dont elle parle de cette longue vie qu’on sent parsemée d’épreuves, pour sa curiosité encore, pour ses valeurs, pour son côté « les pieds sur terre ». Parce qu’elle s’étonne qu’on lui pose des questions.
Pour le tour parfois inattendu que prennent ses réponses.
Pour la façon dont les questions sont posées. J’aime Hervé Pauchon, qui écoute et sait susciter la parole des autres. Discret avec personnalité en quelque sorte, sans chercher à faire le beau, avec ses répliques un peu abruptes !
Et aussi parce que cette conversation se passe dans une bibliothèque de quartier et j’aime les bibliothèques depuis toujours.

J’ai beaucoup travaillé

Transcription :
– Bonjour Madame. Qu’est-ce que vous faites alors, là ?
– Je fais rien.
– C’est super, ça !
– Oh oui, alors vous pouvez le dire. J’ai beaucoup travaillé dans ma vie, alors de ne rien faire, c’est… c’est le rêve.
– C’est le bonheur, mais vous venez quand même devant un ordinateur pour rien faire, quoi.
– Non. Déjà (1), j’ai essayé de comprendre comment ça fonctionnait, Wikipedia, parce que je suis… J’étais très perplexe (2).
– Pourquoi vous étiez perplexe ?
– Parce que je me demandais… C’est pas une encyclopédie ordinaire, Wikipedia, et je me demandais si ça correspondait vraiment à des valeurs exactes, quoi, si c’était… s’il n’y avait pas… Mais j’ai appris que oui. Enfin…
– Il y a beaucoup d’erreurs, quand même, hein. On dit souvent…
– Oui, il y a des erreurs mais… Et j’ai su par exemple qu’on les… qu’on les sanctionnait, ces erreurs en quelque sorte.
– Ah oui. Comment ?
– Avec des personnes qui sont là pour ça, parce qu’ils travaillent pour savoir si c’est justifié en quelque sorte, ce qui est annoncé.
– Et vous, vous avez fait quoi ? Vous m’avez dit que vous avez beaucoup travaillé, que maintenant vous étiez contente de vous reposer ? Oui, vous… Vous avez fait quoi avant ?
– Déjà , j’ai élevé trois enfants, dont un fils qui a un handicap très grave. Donc je suis restée comme son ombre derrière lui. J’ai… J’ai quitté trois départements (3) pour le suivre. Donc déjà, ça m’a fait beaucoup (4). J’ai eu deux autres enfants. J’ai six petits-enfants. J’étais dans l’enseignement. Mon mari aussi. Et ça, vous savez, ça a été très lourd, parce que c’est quelque chose qui ne… qu’on n’imagine pas avant de l’avoir vécu. C’est quelque chose qui vous domine et qui vous prend tout entier. J’ai eu de la chance parce que j’avais une bonne santé.
– Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il est devenu, votre enfant ? […] handicapé.
– Oh, il a beaucoup travaillé et il a un très haut niveau, disons… C’est un intellectuel déjà. Et puis c’est quelqu’un qui a une certaine philosophie. Alors il a fini par (5) supporter le handicap, parce que tout le monde n’est pas comme ça. Par l’admettre, si vous voulez. Et puis il a utilisé toutes les ressources de son esprit pour travailler. C’est pas méchant, mais je pense qu’il n’avait plus rien d’autre à faire, qu’à faire travailler sa cervelle (6) puisque ses membres (7) ne marchaient pas. Je sais pas si c’est… si c’est… si on peut comprendre ça.
– Si. Moi je comprends ce que vous voulez dire. Mais ça veut dire qu’aujourd’hui, vous êtes plus derrière lui (8), ça veut dire qu’il…
– Oh pas du tout ! Puis il s’est marié. Il a soixante ans, mon fils ! C’est un… C’est presque un vieux monsieur. Pas aussi vieux que moi mais… Mais donc.. Et par dessus le marché (9), il a une femme qui le soigne et qui l’aime. Et ça, c’est quelque chose que l’on trouve rarement chez les gens qui ont un handicap, quel qu’il soit. Un handicap moteur (10) aussi, parce que le handicap moteur, c’est très lourd aussi pour ceux qui sont autour.
– Vous, vous avez pas regretté de porter ce fardeau (11) comme vous avez dit ?
– Pas du tout ! Non seulement je l’ai pas regretté mais je crois que j’ai fait quelque chose de mon existence. Parce que j’étais une femme ordinaire.
– Là, aujourd’hui, c’est le Festival du domaine public (12).
– Oui.
– Ça vous inspire quelque chose ?
– Moi j’ai pas de… Non, j’ai pas d’idée là-dessus mais… mais je crois que c’est intéressant. Et puis j’ai de l’estime pour tous les gens qui sont ici, parce que c’est une très petite bibliothèque mais elle fonctionne très bien. Et elle se met vraiment à la portée de (13) ceux qui sont autour, du quartier en particulier. C’est surprenant parce que moi, j’ai fréquenté des grandes bibliothèques, y compris à Paris, et c’est pas ça du tout (14)! Pourquoi est-ce que vous m’interrogez comme ça ?
– Parce que vous êtes souriante.
– Oh, oh, oh ! Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? C’est une bibliothèque où on est toujours bien accueilli, je vais pas vous faire… me mettre à faire… Déjà, je ne suis pas très compétente devant un ordinateur, alors j’avais peur de gêner la collectivité (15).
– Vous avez quel âge ?
– 82 ans.
– Bah dites-donc, vous les faites pas, hein ! (16)
– Peut-être mais enfin je les ai, et la fatigue avec.
– Par rapport au festival du domaine public, vous avez appris quelque chose aujourd’hui ?
– Non, je n’ai pas appris.
– Vous êtes pas déçue de pas avoir appris quelque chose ?
– Non, je ne suis pas déçue, et puis vous savez à mon âge, on a tellement à apprendre aussi dans une vie que… Mon beau-père disait toujours : La vieille ne voulait pas mourir parce qu’elle avait toujours quelque chose à apprendre. Etje trouve que c’est une très bonne formule.
– C’était qui, la vieille ?
– N’importe qui ! C’est anonyme.
– Moi je pensais qu’il parlait de sa femme ou…
– Ah non, non ! Non, il parlait pas de sa femme, c’est pas le style quand même ! Non. Non. C’est un… Je sais pas, c’est un dicton (17) je crois, qu’il avait chez lui. J’ai jamais entendu ça que par lui. Mais je trouvais que c’était très bien vu (18).
– Et votre prénom ?
– Je m’appelle Gilberte. Qu’est-ce que ça a à voir avec moi ?
– Bah c’est votre prénom !
– Oui. On m’appelle… Mais Gilberte, moi, ça me fait toujours bizarre.
– Pourquoi ? On vous appelle comment ?
– Je sais pas, mon mari m’appelle… Il m’appelle Mimi, mais je sais pas pourquoi il m’appelle Mimi !
– Bah faudrait peut-être lui poser la question quand même !
– Non. C’est pas la peine. Je m’en contente. Je suis… C’est bien comme ça.
– Gilberte, je vous remercie d’avoir répondu à mes questions.
– Oh, c’était pas des questions extraordinaires, de toutes les façons (19), hein.
– Je suis désolé ! Qu’est-ce que j’aurais pu vous poser comme questions extraordinaires ?
– Non, non, rien, rien ! Ça m’amuse, vous savez. Maintenant, je suis trop âgée pour me faire du souci pour des idioties.
– Oh bah non. Il y a pas d’âge ! Faut jamais se faire du souci…
– J’ai appris, j’ai appris, au fur et à mesure qu’il y avait des choses importantes et les autres. Les choses importantes sont pas tellement nombreuses mais… mais par contre, elles sont… Elles ont beaucoup d’intérêt.
– C’est quoi, ces choses importantes ?
– Par exemple, d’être en bonne santé, de pouvoir travailler, de pouvoir aider autrui (20), d’écouter les autres. Voilà, ça, c’est très important, je crois.
– Bah c’est ce que je fais, je vous écoute.
– Oui. C’est votre métier. Normal.
– Non, c’est mon plaisir.
– Ah bah, tant mieux ! (21)

Quelques détails :
1. déjà : ici, cela signifie Premièrement / Tout d’abord.
2. Être perplexe : se poser des questions parce qu’on ne comprend pas une situation.
3. un département : la France est divisée en départements. Donc elle veut dire qu’elle a dû déménager plusieurs fois.
4. Ça m’a fait beaucoup : c’est une phrase très orale, qui signifie que ces déménagements lui ont demandé beaucoup d’efforts, de temps, d’énergie. Par exemple, si on veut vous donner du travail, vous pouvez dire familièrement : Je ne sais pas si je vais y arriver. Ça me fait beaucoup.
5. Il a fini par… : il a mis du temps, il a suivi tout un processus avant d’accepter.
6. Faire travailler sa cervelle : c’est une façon familière de dire qu’il a fait travailler son cerveau, son intelligence. Quand on dit de quelqu’un qu’il n’a pas de cervelle, cela veut dire que cette personne agit sans réfléchir.
7. Ses membres : les bras et les jambes.
8. Derrière lui : être derrière quelqu’un, c’est être obligé de s’en occuper, de vérifier sans cesse qu’il fait bien les choses, le surveiller. Par exemple : Cet enfant n’est pas très mûr ! Il faut tout le temps que ses parents soient derrière lui.
9. Par dessus le marché : de plus, en plus de tout ça. (expression familière) Par exemple : Il est arrivé en retard. Et par dessus le marché, il avait oublié de faire son travail !
10. Un handicap moteur : c’est un handicap qui affecte la mobilité physique. Ce n’est pas un handicap mental.
11. Un fardeau : un poids très lourd, qui empêche d’avancer, de marcher, de vivre normalement.
12. Le domaine public : c’est le contraire des droits d’auteur pour une œuvre. On dit par exemple d’un livre qu’il est tombé dans le domaine public, ce qui autorise tout le monde à le reproduire, le diffuser, etc.
13. se mettre à la portée de quelqu’un : s’adapter pour que cette personne comprenne, puisse suivre ce qui se passe, etc.
14. c’est pas ça du tout ! : c’est totalement différent.
15. La collectivité : les autres, en tant que groupe.
16. Vous les faites pas ! : On ne dirait pas que vous avez 82 ans. (« Les » renvoie aux 82 ans)
17. un dicton : un proverbe
18. C’est très bien vu : c’est très juste, ça correspond bien à la réalité.
19. De toutes les façons = de toute façon
20. autrui : c’est une façon un peu plus soutenue de dire : Les autres.
21. Tant mieux : c’est ce qu’on dit quand on est satisfait de quelque chose, ou quand on est content pour quelqu’un. C’est un peu comme dire : C’est bien.

L’émission est ici.

Quand on n’a plus vingt ans

Dans les pays riches, nous vivons de plus en plus vieux. Et pourtant, tout est fait pour qu’accepter son âge ne soit pas chose facile.
D’ailleurs, pendant longtemps, c’est comme si on ne vieillissait pas, ou tout au moins, cela reste de l’ordre de l’abstrait, tant on est occupé à autre chose. Puis on devient mortel. Le temps passe vraiment. Et on continue à vivre, avec cette conscience et une autre acuité.
J’aime bien écouter les gens qui ont déjà vécu longtemps et qui savourent leur présent, avec sagesse.
Transcription :
– On a au téléphone Régine, qui nous appelle de Meudon (1). Régine, bonjour. Je peux donner votre âge, Régine ?
– Oui, bien sûr.
– Bon, je le fais, allez, de toute façon.
– Au contraire.
– Vous avez 74 ans.
– Oui.
– Et vous nous dites depuis tout à l’heure : « Dépêchez-vous ! Dépêchez-vous ! Je dois partir puisqu’il est bientôt 10 heures et demie. » Vous êtes donc une retraitée de 74 ans active.
– Absolument, absolument ! Tant que je le peux, absolument !
– Vous nous expliquez, Régine… enfin, c’est ce que vous disiez aux standardistes que la vieillesse a pour vous plein d’avantages. Pourquoi ?
– Eh bien, je trouve qu’elle a un avantage, c’est que tout le monde est plus gentil avec moi que quand j’avais 50 ans. Je sais pas… Je suis en bonne santé mais je me balade (2) avec une canne parapluie, et je trouve que dans les transports en commun, dans les musées, partout, tout le monde est aux petits soins (3), voilà, d’une part. D’autre part, je rencontre beaucoup de gens de ma génération qui sont un peu tristounets (4)… enfin, bon. Et alors je leur dis : « Ecoutez, on a, nous, un avantage, même deux, nous ne serons plus au chômage et nous ne mourrons pas jeunes. » Et ça a du mal à détendre l’atmosphère (5) parce que je crois que beaucoup courent après des éléments de jeunesse. Et moi, je pense qu’il y a des éléments de vieillesse qui sont pas inintéressants.
– Qu’il faut savoir accepter aussi, peut-être.
– Oui. Le temps, la disponibilité, je trouve. Par contre, je suis… j’étais intéressée par ce qu’a dit votre journaliste tout à l’heure… enfin, la journaliste tout à l’heure. Je me suis sentie vieille le jour où j’ai perdu ma mère et j’ai perdu ma mère, j’avais 69 ans. Donc je n’étais plus la fille de quelqu’un.
– D’accord.
– Voilà. Mais je ne suis pas encore arrière-grand-mère. Donc peut-être que ça m’aide à tenir le coup (6) aussi.
– Est-ce que pour vous, l’important, c’est plus du côté du médical ou plus du côté des relations sociales ?
– Ah, des relations, des relations ! Je… je fuis le médical ! Je ne sais pas si on doit le dire.
– Vous avez le droit de dire tout ce que vous voulez !
– Voilà, je fuis un peu le côté… Comment appelle-t-on ça… non pas prévention mais détection. Je suis plus pour la prévention que pour la détection. Et le fait d’avoir vu mes… vivre mes grand-mères d’une manière simple et en même temps active, ça m’aide beaucoup. Voilà.
– Bah je vous… je vous remercie, Régine. Je peux vous demander où vous devez filer (7), donc, à 10 heures et demie ?
– Dans une école maternelle où je vais lire à la récréation (8) auprès des petits enfants, voilà.
– Et quelque chose qui vous fait du bien aussi, j’imagine.
– Absolument ! Je suis mamie (9) de plusieurs petits enfants, voilà.

Quelques détails :
1. Meudon : c’est une ville de la banlieue parisienne.
2. Se balader : se promener (familier). Ici, elle veut dire qu’elle a une canne dès qu’elle sort. Par exemple, on peut dire : Il se balade toujours avec un couteau dans sa poche. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il se promène, mais juste qu’il a toujours un couteau dans sa poche.
3. être aux petits soins : être très attentionné vis-à-vis de quelqu’un et traiter cette personne avec beaucoup d’égards.
4. Tristounet : triste. On emploie cet adjectif un plus familier pour adoucir un peu cette idée de tristesse. Etre tristounet / tristounette, ce n’est pas le grand désespoir, c’est ne pas être très gai.
5. Détendre l’atmosphère : rendre la situation plus légère, faire en sorte que les gens soient plus détendus, en racontant quelque chose de léger, de drôle, etc…
6. Tenir le coup : résister, rester solide, ne pas se laisser atteindre par les difficultés. On peut l’employer aussi pour des objets, du matériel.
7. Filer (quelque part) : courir, se dépêcher d’aller quelque part. (familier) Si on dit à quelqu’un: Je file !, c’est qu’on est pressé parce qu’on a autre chose à faire et qu’on ne peut pas rester.
8. La récréation: c’est la pause de la matinée et de l’après-midi pour les enfants à l’école primaire et à l’école maternelle. En général, ils vont jouer dans la cour de récréation.
9. Mamie : c’est comme ça que beaucoup d’enfants appellent leur grand-mère.

Comment savoir quand on est vieux !

Il suffit de regarder cet épisode de la série Bref.
Où il est question en un peu plus d’une minute de ce qui se passe quand on fête… ses 30 ans ! C’est un tournant dans la vie d’un homme ! Il y a des signes qui ne trompent pas.

Dans cette série, tout va vite. Moins de deux minutes par épisode.
Alors, la diction est identifiable entre toutes, les mots, les images et l’humour se bousculent.
Bref, on est (presque) tous fans !
Une grande leçon de français comme on le parle. Un peu vite quand même ! Ne vous désespérez pas !

Bref, c’est bien sûr un adjectif qui signifie « court ».
Mais c’est aussi un adverbe qu’on utilise souvent quand on veut conclure ou résumer ce qu’on vient de raconter ou d’expliquer. C’est ce que fait à chaque fois le héros de cette mini-série.

Pour regarder, cliquez ici: Bref. J’ai eu 30 ans. – Episode du 08/02

Je ne sais pas si ça marche dans tous les pays ou s’il y a des restrictions.
Sinon cliquez ici.
Sinon voici juste le son:

Transcription:
« Happy birthday ! »
Bref, un jour, j’ai eu 30 ans. Tout le monde m’a répété: « Ça y est, tu es vieux. »
Et je crois qu’ils ont pas tort, parce que:
J’ai un pote (1) qui a eu un enfant, un pote qui est devenu médecin (2) et un pote qui est parti du jour au lendemain dans un pays étranger.
J’ai eu quatre pannes sexuelles très exactement.
Je me suis demandé ce que je voulais faire de ma vie.
J’ai dit: « Non, je préfère pas (3) me coucher tard » à des potes.
Je suis rentré chez moi, j’ai pris un bain et en plus, j’ai mis de la mousse.
J’ai dit à quelqu’un: « Tu dis ça maintenant, mais tu verras plus tard. »
Quand je vais aux toilettes, j’attends 1, 2, 3 4 secondes avant de pouvoir pisser.
Mes potes me parlent de crédit d’impôts (4) et de retraite (5).
Quand je joue avec mes Transformers, on me demande si je suis un collectionneur.
One more time des Daft Punk à 11 ans, Jurassic Park à 19 ans et les Simpsons en 23 ans.
L’hiver, je prends des vitamines.
J’ai déjà marché près de la mer avec un pull autour du cou (6) et j’ai aimé ça.
J’ai dit: « Baisse le son » à quelqu’un qui écoutait de la musique.
J’ai dit: « Oh, ça monte ! », essoufflé, dans une rue qui montait.
J’ai entendu des jeunes parler entre eux: « Trop […]. Elle voulait cé-su mais j’avais ap de pote-ca. » (7) Et j’ai rien compris. Je me suis rendu compte que je les appelais « des jeunes ».
Un dimanche, j’ai brunché. (8)
J’ai pris un taxi (9) parce que j’avais la flemme (10) de prendre le métro.
J’ai trouvé qu’un jeu vidéo allait trop vite.
J’ai acheté une théière et j’ai une marque de thé préférée (11).
Je suis trop vieux pour la carte 12-25 et pas assez vieux pour la carte senior. (12)
J’ai acheté des boîtes pour ranger.
Je mélange plus les couleurs quand je fais une machine (13) et je comprends l’étiquette de mes pulls. (14)
Je suis déjà parti en vacances pour me reposer et j’ai utilisé le mot « Farniente ».
Une bougie est restée allumée et j’ai hésité à la souffler. Kheiron l’a éteinte.
Bref, j’ai eu 30 ans.
Oh ! « Découverte autour du vin. Votre forfait oenologie« . (15) Depuis le temps que je dis qu’il faut qu’on le fasse ! Pas vrai, ma chérie ? Allez, je fais la bise à tout le monde !

Quelques commentaires:
1. un pote: un copain (familier)
2. être médecin: il faut  entre 8 et 12 ans d’études après le bac pour devenir médecin. Donc on le devient à la trentaine.
3. je préfère pas me coucher tard: il manque « ne » =  Je préfère ne pas me coucher tard. (style oral)
4. quand on est jeune, avant de travailler, on ne paie pas d’impôts évidemment. Donc ce n’est pas un sujet de conversation entre jeunes. C’est le truc des parents.
5. la retraite: quand on commence à travailler et qu’on a donc un salaire, les banques, les assurances vous contactent pour vous proposer des plans d’épargne retraite.
6. L’idée, c’est qu’il s’embourgeoise, va au bord de la mer quand il ne fait pas si chaud que ça (et fait attention à ne pas prendre froid), ou se balade en marchant le long de la plage le soir au lieu d’aller en boîte par exemple. Marcher pour le plaisir n’est pas si souvent que ça une activité de jeune!
7. Ils parlent en verlan: il est question de se faire sucer par une fille et de ne pas avoir de capotes (c’est-à-dire des préservatifs). (Conversation très crue bien sûr, pour épater les copains.)
8. bruncher: quand on est jeune, on se lève en début d’après-midi le dimanche pour récupérer d’une nuit blanche à faire la fête avec ses potes ou à jouer en réseau (toujours avec ses potes), donc trop tard pour un brunch.
9. Les taxis sont chers en France. Les jeunes ne les prennent pas, d’autant plus qu’avec le métro, à Paris, on va partout.
10. avoir la flemme: ne pas avoir le courage de faire quelque chose parce qu’on a l’impression que c’est un effort.
11. le thé: ce n’est pas la boisson la plus répandue chez les Français, notamment chez les hommes, et encore moins chez les jeunes. Boire du thé est souvent perçu comme une habitude de plus vieux, de quelqu’un qui fait attention à la qualité de sa vie, qui se tourne vers un certain raffinement dont ne se préoccupent pas les plus jeunes.
12. Ce sont les cartes de réduction de la SNCF pour voyager en train. Il y en a une pour les jeunes entre 12 et 25 ans. Donc après 26 ans, on n’y a plus droit. On entre dans l’âge adulte !
13. faire une machine = faire la lessive.
14. C’est donc la fin de la période des catastrophes de lavage où on faisait déteindre ses vêtements parce que ce n’était plus maman qui le faisait ! Savoir lire les symboles de lavage sur les vêtements est un des signes qu’on a vieilli !
15. Votre forfait oenologie: ce sont les boîtes cadeau qu’on offre (grande mode quand on est en panne d’inspiration) et qui donnent droit à des séjours quelque part, ou des cours de quelque chose, comme la découverte du vin. Quand on est jeune, le vin n’est pas la boisson alcoolisée qu’on consomme. Et apprendre à déguster les vins est un loisir qui coûte cher, donc qui vient en général quand on est un peu plus installé dans la vie.

Fossé des générations ?

Il paraît que les forfaits de téléphonie mobile en France sont parmi les plus avantageux.
Il y a des promos régulières, au moment de Noël par exemple. SMS illimités, accès à internet, etc… Il y en a pour tous les goûts et tous les budgets, à partir d’une vingtaine d’euros.
(Ce qui est sûr, c’est que contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, quand vous appelez quelqu’un sur son mobile, il ne paie rien, sauf s’il est à l’étranger. C’est celui qui appelle qui paie.)

Donc les téléphones portables sont partout et dans toutes les mains, et pas seulement pour téléphoner.
Voici une pub intergénérationnelle plutôt marrante.
Comme quoi, les mamies, ça comprend tout !


Pour la regarder, cliquez ici.

Transcription:
– Et donc en fait, moi j’ai un forfait (1) bloqué. Bloqué. Mais j’ai accès à tout internet.
– Ah, c’est bien, ça !
– Oui. Mamie, internet, c’est LA base. Tu devrais tellement t’y mettre. Tu pourrais lire le journal, trouver un coiffeur, chercher des recettes de cuisine.
– Tu permets ?
– Touche pas (5)[…]
– Il faut que je regarde si j’ai des nouveaux commentaires sur mon blog.

Quelques détails:
1. un forfait: c’est le nom donné au contrat qu’on a pour les téléphones mobiles. Ce forfait peut être bloqué ou pas. S’il est bloqué, cela signifie que quand le crédit est épuisé, vous ne pouvez plus appeler, sauf des numéros d’urgence. En revanche, on peut vous appeler. C’est le type de forfait que beaucoup de parents choisissent pour leurs enfants, pour éviter les mauvaises surprises quand la facture arrive ! Si le forfait n’est pas bloqué, quand vous dépassez ce à quoi vous avez droit, on dit que c’est du hors forfait. Et tout ce qui est hors forfait est facturé cher !
2. s’y mettre / se mettre à quelque chose: commencer à utiliser ou à faire quelque chose.
3. c’est bien connu, les mamies vont chez le coiffeur et font des bons petits plats !
4. Tu permets ?: c’est une façon de demander l’autorisation de faire quelque chose, mais de façon un peu autoritaire.
5. Touche pas: il faut normalement dire: « Ne touche pas… » Mais on oublie souvent « ne » à l’oral.(familier)

Cent deux bougies à souffler !

Cent deux ans… C’est l’âge de Marguerite qui vient de fêter son anniversaire. Elle fait partie de ces gens qui ont traversé le XXe siècle et vécu tant de bouleversements. A cent ans et des poussières*, elle en parle avec beaucoup de bonheur, de simplicité et de vitalité.

Transcription:
– Racontez-moi un petit peu, Mme Le Bihan. Vous êtes née quand ?
– Je suis née à Nantes, alors je sais pas, le 17 mai mille neuf cent… Bah je sais plus.
– Huit.
– Huit. Voilà.
– 1908.
– Oui.
– Ça vous fait cent… cent deux ans bientôt.
– 102 ans que je vais avoir au mois de mai, là, le 17 mai.
– D’accord. Ça vous fait quoi de… d’avoir dépassé les 100 ans ?
– Eh ben, je m’en suis jamais aperçue. Je peux pas croire, je dis, que j’ai dépassé cet âge-là. Pour moi, j’ai toujours mes… J’ai toujours mes quarante ans, vous savez, 40 ans.
– Mais quand vous voyez votre reflet dans la glace, vous vous dites quoi ?
– Oh bah je dis : « Marguerite, tu commences à vieillir. » C’est tout. C’est tout. Je dis pas: « Je suis malheureuse ». J’ai toujours été heureuse. Alors je peux pas dire que je suis malheureuse.
– Est-ce que c’est de la chance d’atteindre cet âge de 102 ans ?
– Oui, je crois. Oui.
– Le plus lointain souvenir que vous ayez ? Vous vous souvenez de quoi ?
– Pendant la guerre. Quarante. Non, quarante. Non, la guerre 14-18. J’étais à Pornichet. J’ai vu tous les blessés. C’est ça qui me… Ça, je les vois tout le temps, hein. J’étais dans les dunes, toujours dans les dunes. Et j’étais gosse (1). Mais je vois toujours ces jeunes gars, là, blessés qui venaient toujours se faire soigner, qui revenaient de la guerre.
– Vous êtes allée à l’école jusqu’à quelle classe ?
– Jusque… au Certificat (2), j’ai passé. J’ai été collée. J’ai été collée. (3)
– Pourquoi ? Parce que vous étiez mauvaise élève ?
– Mais j’ai voulu copier sur une fille à côté de moi ! J’ai pas été reçue, forcément !
– Madame Le Bihan, votre mari, il est mort en quelle année ?
– En quelle année il est mort, Papi ?
– Comme Bob Marley. 81.
– 81.
– Et c’est pas dur d’être veuve depuis… ?
– Non, j’ai eu quelqu’un. J’ai eu un monsieur… Combien de temps, Raymond ?
– Ah bah après , elle a eu des…
– Des quoi ?
– Des flirts.
– Je me suis jamais ennuyée. J’ai toujours trouvé quelqu’un avec moi.
– Ah bon ?
– J’ai toujours été heureuse, oui.
– Et le dernier flirt, il remonte à quand ?
– C’est Raymond.
– Ouais, bah…
– Il était gentil.
– Oh il avait ton âge à peu près, hein.
– Il était dans mes âges.
– Ah il… C’était bien là, ouais.
– Mais il était gentil.
– Bah il est mort, ouais… Tu es restée combien de temps avec lui ? Dix ans, dix-quinze ans ?
– Oui, dix ans, oui.
– Donc vous aviez encore un amoureux à 90 ans.
– Ouais.
– Oui. J’ai toujours aimé quelqu’un.
– A 102 ans, vous regardez encore les messieurs de la maison de retraite ?
-Oh non ! Non. Ils sont pas intér(essants)… Ils sont pas beaux. C’est… Ça vaut pas le coup.(4)
– Dis pas ça ! (5)

Quelques détails :
1. j’étais gosse : j’étais enfant. (familier)
2. Le Certificat d’Etudes (Primaires) : c’était l’examen qui marquait la fin des études obligatoires. (Créé en 1866) Il y avait beaucoup d’épreuves et ce n’était pas facile de l’avoir.
3. être collé (à un examen) : rater un examen / ne pas être reçu.
4. ça vaut pas le coup : ça ne vaut pas la peine / ça ne sert à rien. (familier)
5. Dis pas ça : Il manque « ne » : Ne dis pas ça. C’est fréquent à l’oral, dans un style familier.
* … et des poussières : et un peu plus. (familier)

Le temps qui passe

Marina est actrice.
Marina voit défiler les années, comme tout un chacun.
Marina pense au temps qui passe.
Marina en parle avec ses mots directs, très directs comme toujours.


Transcription:
Alors, est-ce que j’ai peur de vieillir ? J’ai peur de plus pouvoir faire certaines choses, ça va me faire chier !(1) Mais au-delà de ça, je préfère nettement la personne que je suis aujourd’hui que celle que j’étais, ne serait-ce que il y a dix ans, pour plein de raisons. On se libère de plein de trucs en vieillissant, j’ai l’impression.

Vous avez quel âge, vous ?
Moi, j’ai eu quarante ans cette année. Ça m’a foutu une tarte !(2) Ce qui est complètement contradictoire avec ce que je vous ai dit précédemment. Mais en fait, mais c’est pas ça. C’est juste l’objectivité du chiffre. Je trouve ça dingue (3) que ce soit arrivé si vite et sans qu’on me prévienne ! Ça m’a hallucinée (4). Mais bon, c’est comme ça. Et j’aimais bien Signoret (5). On lui disait la question sur la jeunesse intérieure, tout ça. Elle disait : « Ah oui, enfin bon, la jeunesse intérieure… C’est quand même dommage de loger tant de jeunesse dans ce vieux tas de débris. » Voilà… Vous voulez pas qu’on rentre ? On se caille (6).
D’ac ! (7)

Quelques détails :
1. ça va me faire chier : ça va m’embêter, m’ennuyer. Mais c’est la version très peu polie ! A utiliser avec précaution. Marina a son franc-parler.
2. une tarte : une claque, une gifle en argot. Normalement, on met une claque à quelqu’un. Ici, Marina emploie encore de l’argot et parle très familièrement : foutre une tarte. Elle veut dire que ça a été comme un gifle quand elle a réalisé quel âge elle avait. Un vrai choc !
3. dingue : fou. (Terme plus familier).
4. ça m’a hallucinée : cette expression familière est apparue il y a quelques années pour dire qu’on est compètement surpris, stupéfait. On entend aussi beaucoup : « J’hallucine !», pour exprimer une grande surprise.
5. Simone Signoret : actrice française.(1921-1985)
6. se cailler : se geler /avoir très froid = on se gèle. ( très familier)
7. D’ac’ : D’accord. (abréviation orale uniquement)

La retraite

Les retraites… Grand débat en France et sujet qui fâche…
Et si on écoutait ce que les enfants ont à en dire ? Ils ont aussi plein de questions à poser à leurs aînés.
Voici un dialogue délicieux entre ces gamins qui ont toute la vie devant eux et ce vieux monsieur qui joue aux boules après avoir beaucoup travaillé.


Transcription:
La retraite, c’est quand des gens, ils… ils arrêtent de travailler parce qu’ils sont vieux. Ils vont pas travailler indéfiniment !
T’en as un peu marre (1) à la fin.
Moi, je voudrais prendre la retraite à 66 ans.
Moi, je prendrai ma retraite à 60 ans.
Oui, en fait, 60 ans, c’est bien.
Moi, je prendrai ma retraite à 40 ans.
Un retraité, normalement, il a 64 ans. [ Un re…] 64 ans.
Moi, je veux bien prendre ma retraite maintenant, comme ça, j’aurai plus d’école et je pourrai traîner avec mes copains.
En fait, la retraite, on fait un peu moins d’avantages (2) parce que quand on est enfant, on peut plus…
On peut plus profiter de la vie. Et on peut faire plein de choses alors que quand on est vieux, on peut pas faire plein de choses. On peut pas faire du trampoline.
Bah, c’est pour ça que moi j’ai pas très envie d’être vieux parce que j’ai pas envie qu’on me traite de vieux con !
Oui, c’est pour ça. Moi, j’ai pas envie qu’on me pique mon sac (3).
Et ils ont aussi un dentier.
Justement, il y a… il y a des vieux qui jouent au bowling là-bas. Euh… au bowling, n’importe quoi !
Au… au pétanque (4)… Aux boules.
On pourrait leur poser des questions : « C’est quoi d’être vieux ? »
[…Viens… les questions… Qu’est-ce que ça fait d’être à la retraite ? ]
Ils sont tout courbés. Ils sont vieux avec des cheveux blancs et une moustache.

Est-ce que vous êtes à la retraite ?
Oui.
Est-ce que… Ça fait combien de temps que vous êtes à la retraite ?
Quatorze ans.
14 ans ? A quel âge vous avez pris votre retraite ?
Soixante… 60 ans. Mais quand même, 46 ans de travail, oui, dans les garages, dans la mécanique.
Hm. Et c’est quoi exactement, la retraite ?
Hein ?
C’est quoi exactement la retraite ?
La retraite, ben, normalement elle est faite pour les gens qui ont beaucoup travaillé.
[J’ai le droit de poser quelques questions, là !]
Combien vous gagnez à la retraite ?
Ah ça, c’est… c’est secret. Ça se dit pas. [ Oui, j’arrive. ] On ne porte jamais sa feuille d’impôt (5) en bandoulière. (6)
Vous êtes un vieux ?
Euh… De caractère, j’ai encore 25 ans. Vous me trouvez vieux ?
Non… Non… vous êtes…
C’est tout jeune.
On peut dire ça comme ça.
Oui.
Moi, je vous donnerais 56 ans.
Ah, bah ça va, tu me rajeunis, toi !
Oui, c’est vrai, 56 ans, c’est bien ! Pour toi !
Oui.
C’est bon la retraite ?
C’est bon, ça va. Faut pas se plaindre.
Je dois partir.
Au revoir, les enfants. Merci à vous.
Bon, bah la retraite, ça a l’air bien, hein, finalement !

Quelques détails :
1. en avoir marre : façon familière de dire « en avoir assez ».
2. Il devrait dire : « On a un peu moins d’avantages »
3. piquer : argot pour voler.
4. pétanque : Ils s’embrouillent un peu ! On dit qu’on joue à la pétanque ou aux boules.
5. En France, on remplit sa déclaration ou sa feuille d’impôts pour déclarer ses revenus.
6. en bandoulière : autour du corps. C’est une image pour dire qu’on ne montre pas sa feuille d’impôt, qu’on ne dit pas combien on gagne.

Quand amour rime avec toujours

Un joli petit reportage entendu à la radio, avec François et Thérèse, mariés depuis bientôt 66 ans. A l’heure où un mariage sur trois en France se termine par un divorce, à l’heure des familles recomposées, ils sont rafraîchissants, ces deux éternels amoureux !

Transcription :
1939, et François s’en souvient comme si c’était hier. Cette année-là, lui, le petit tailleur parisien commençait à fréquenter (1) une jolie couturière basque (2).
On est sorti deux ou trois fois ensemble. Et puis il y a eu la guerre. Et on s’est marié le 4 mars 44, en pleine guerre. Et ce jour-là, il neigeait. Alors, elle avait pas une robe blanche mais Paris s’était mis en blanc.

Les voilà donc 66 ans plus tard, toujours aussi amoureux.
Thérèse : Il est parfait. Il a tout ce que je n’ai pas. C’est pour ça.
Emilie : Vous l’aimez toujours autant après toutes ces années ?
Thérèse : Plus ! C’est comme ça.
François : Moi je l’ai toujours trouvée belle. Et elle, elle se trouvait pas belle parce qu’elle trouvait que son nez n’était pas beau. Moi, je l’ai toujours trouvée belle.
Thérèse : [… ]

Thérèse râle (3) donc à côté. Elle râle beaucoup, Thérèse. Mais François n’arrive pas à y voir un défaut.
Elle est butée (4), un peu…C’est… Mais c’est très bien, d’un autre côté, parce que les gens qui sont des mollasses (5), les gens qui ont pas de volonté, c’est pas drôle !

Peut-être que c’est ça, alors, le secret : voir des qualités là où d’autres verraient des défauts. Pour François, il faut aussi quelques gestes de tendresse, tous les jours.
Le matin, elle est couchée. Moi, je suis debout. Alors on s’embrasse les mains, on s’embrasse quand même.

Et aujourd’hui, François et Thérèse ne fêteront pas la Saint Valentin (6). Ils n’aiment pas trop les fêtes obligatoires, comme ils disent. Ils n’oublieront pas par contre leur anniversaire de mariage le 4 mars prochain. Ils le fêteront en compagnie de leur famille.
( Emilie Poux, France Bleu Belfort-Montbéliard, pour France Inter. )

Quelques petits détails :
1. Fréquenter : c’est le terme qu’on employait avant pour les amoureux avant le mariage.
2. Basque : du Pays Basque, région du sud-ouest de la France, qui s’étend aussi de l’autre côté de la frontière espagnole.
3. Râler : mot familier qui signifie « protester ».
4. Buté : têtu.
5. Mollasse : terme péjoratif qui vient de « mou, molle ». L’ajout de –asse au bout des mots leur donne un sens péjoratif en général.
6. La Saint Valentin : cette fête ne fait pas partie de la culture française. Mais les commerçants – fleuristes, bijouteries, parfumeries, restaurateurs – essaient de la développer, pour des raisons évidentes !

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