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Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

cite-orientee

metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

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A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

Ah, les Françaises !

Mère et fils
Le verdict était sans appel dans l’émission dont je vous ai parlé la semaine dernière: pour ces Allemandes installées en France depuis longtemps, nous ne sommes pas les rois en matière de propreté des rues. Ce n’est pas donné à tous les petits Français d’apprendre à jouer d’un instrument de musique. Nous avons des progrès à faire pour rendre nos villes et nos habitations plus écologiques. La ponctualité et nous, ça fait deux. Bref, peut mieux faire !
Néanmoins, elles nous ont toutes reconnu une qualité essentielle. Et celle-ci fait plaisir ! C’était l’occasion de ne pas oublier que ce qui paraît si évident ici et dans d’autres pays ne l’est pas partout.

Etre mère et travailler

Transcription
– Bonjour Laure.
– Oui, bonjour.
– Nous vous écoutons.
– Oui, merci. Alors voilà, j’ai fait une année Erasmus (1) en 2004-2005 à Berlin. J’ai gardé contact (2) avec ma colocataire d’alors (3) et lorsque nous échangeons (4), nous avons toujours un point sur lequel nos avis divergent, c’est sur le travail de la femme, à savoir que moi, il y a quelques années, je travaillais à temps complet, et j’avais mis ma fille cinq jours par semaine, dix heures par jour à la crèche (5), et ma colocataire ne comprenait pas que je n’aie pas réduit mon temps de travail pour m’occuper de ma fille. Et aujourd’hui, j’ai un second enfant, je travaille à la maison, j’ai créé mon entreprise. Et là, je l’ai mise chez la nounou (6) pour pouvoir travailler. Et là encore, elle ne comprend pas que je ne garde pas mon enfant à la maison en fait, pour… pour m’occuper de lui.
– On va soumettre votre cas à Michaela Wiegel.Qu’en pensez-vous ?
– Oui, Laure, merci beaucoup pour votre contribution, parce que effectivement, pour moi, je suis quand même allemande, mais ça reste quand même un des énigmes (7) : pourquoi la femme allemande doit encore se justifier quand elle veut travailler ET avoir des enfants. Et là, il faut dire que la France n’est pas assez fière du modèle qu’elle a créé, parce que vraiment, je trouve, en France, il y a déjà absence de pression sociale quand les femmes veulent continuer à travailler, et ça, c’est formidable (8) ! En Allemagne, on est en permanence, encore aujourd’hui, soumis à un regard un peu désapprobateur et quand on a un problème avec un enfant, ah bah c’est certainement parce que la maman travaillait. Et donc là, c’est vrai, on a instauré ce qu’on appelle le , c’est-à-dire les femmes après la naissance de leur enfant peuvent s’arrêter un an de travailler et sont remboursées, en quelque sorte rémunérées par l’Etat à 80 % de leur ancien salaire. C’est formidable mais c’est aussi une façon de… de dire : Voilà, vous êtes mieux auprès de votre enfant. Ne recommencez pas trop vite à travailler. Et ça renforce encore, à mon avis, une mentalité qui est à dire les enfants ne grandissent bien que quand la maman est là le plus de temps possible. Et ça, je trouve (9) en France, on a bien réussi quand même à réconcilier vie familiale et vie professionnelle.

Quelques détails :
1. une année Erasmus : c’est le programme européen qui permet de partir étudier à l’étranger, dans un pays de l’Union Européenne. Rappelez-vous le film L’auberge espagnole, dans lequel Xavier s’installe à Barcelone pour un an !
2. Garder contact avec quelqu’un : on peut dire aussi rester en contact avec quelqu’un : Je suis resté(e) en contact avec ma colocataire / Nous ne sommes pas restés en contact.
3. D’alors : de cette époque-là.
4. Échanger : correspondre
5. la crèche : c’est une structure dans laquelle les petits sont gardés en collectivité par du personnel qualifié. (entre la fin du congé de maternité, donc vers deux mois, et le début de l’école maternelle, à trois ans.)
6. une nounou : c’est comme ça qu’on appelle les femmes qui gardent les enfants à leur domicile. Ce terme vient du nom une nourrice. Le terme officiel pour désigner cette profession (reconnue et encadrée) est une assistante maternelle.
7. Une énigme : ce nom est féminin. Mais on entend « un ». Cette expression est courante pour dire qu’on ne comprend pas quelque chose. On dit aussi : ça reste / c’est un mystère pour moi.
8. C’est formidable ! : c’est vraiment très, très bien.
9. Je trouve : on utilise très souvent ce verbe pour donner son opinion, plutôt que Je pense, qui ne produit pas exactement la même impression.

La touche personnelle:
J’ai toujours travaillé, comme toutes mes amies. Je n’aurais jamais imaginé renoncer à ma vie professionnelle ni à mon indépendance financière pour élever nos enfants, même temporairement. D’ailleurs, mon conjoint n’aurait jamais accepté ! Mais j’ai bien sûr bénéficié des congés légaux mis au bout des vacances quand ça a été possible, nous avons jonglé avec nos emplois du temps, à égalité, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur des nounous de toute confiance, nous avons aimé que nos enfants aillent à la maternelle dès que possible, avec des maîtres et des maîtresses formidables, nous avons choisi d’habiter près de notre lieu de travail pour ne pas perdre un temps précieux dans les transports et ne pas avoir à bousculer nos petits gars, que nous avons eu le temps de voir grandir.

L’émission entière est à écouter ici.

Haro sur les paresseux !

Poil dans la main

Avoir un poil dans la main: être paresseux.
(expression familière)

L’extrait de l’interview est ici.
A écouter et regarder.
(Parce que la gestuelle en dit long aussi.)

Ou pour juste écouter:
Un poil dans la main

Transcription:
– […] la formation professionnelle, on a l’impression que c’est l’alpha et l’omega. C’est… C’est votre idée aussi ? Ou ça sert à déguiser les chiffres (1)?
– Je vais vous dire: la formation professionnelle, c’est indispensable. Ce qui compte le plus, c’est la motivation professionnelle. Nous avons des Français qui ont des poils dans la main (2), il faut le savoir, c’est-à-dire qui… « C’est trop dur », « C’est trop loin », « C’est pas ce que je veux. » « Vous comprenez, moi j’ai été formé pour faire du théâtre (3) et on me propose de faire du commercial. » Bah, non !
– Vous généralisez peut-être un tout petit peu ?
– Pas tant que ça ! Pas tant que ça !
– Le poil dans la main, c’est une formule qui risque de rester alors.
– C’est une vérité.
– Une vérité ?
– Tous les employeurs qui vous disent, il y a des jeunes qui viennent pointer chez moi et qui me disent: « Surtout, ne me proposez rien. J’attends plusieurs mois avant de » (4).

Quelques détails:
1. déguiser les chiffres: ce sont les chiffres du chômage. Les gens qui suivent une formation ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage.
2. des poils dans la main: ce n’est pas la bonne expression en français. On n’a pas des poils mais UN poil dans la main. Cette expression familière s’emploie à propos de ceux qu’on trouve paresseux.
3. formé pour faire du théâtre: l’exemple n’est pas choisi au hasard par cet homme politique de droite, qui a commencé sa carrière à l’extrême droite. S’attaquer à ceux qui travaillent dans la culture rencontre un écho favorable chez certains Français d’extrême-droite et de droite, qui les considèrent comme des inutiles, des parasites qu’on indemnise à ne rien faire. Le ton et le geste de ce politique expriment bien son mépris.
4. avant de: il ne termine pas sa phrase, qui est donc incorrecte. Il veut dire que certains préfèrent profiter de la période où ils ont droit aux allocations chômage pour ne rien faire plutôt que retrouver un emploi tout de suite. Il oublie de préciser qu’effectivement, les emplois proposés ne conviennent pas toujours, obligent les gens à déménager (sans leur famille), à faire de longs trajets, etc.

Un peu plus tard dans l’interview, il accuse les gens de vouloir commencer tard et terminer tôt.
Bref, le discours habituel – méprisant – sur la propension à la paresse des Français et la responsabilité des chômeurs dans leur situation.
Cela évite de parler de la responsabilité de la politique que nous font à tour de rôle ces hommes au pouvoir !

Haro ! : ce terme est utilisé pour susciter l’indignation, la réprobation des autres sur quelqu’un.

Tombés dedans quand ils étaient petits

Le troupeau
Des vaches dans des prés.
Des vaches qui vivent tranquillement leur vie.
Des vaches qui ont des prénoms.
Et deux jeunes éleveurs qui aiment leurs vaches et leur travail. Oui, il reste des agriculteurs qui font bien leur travail pour nous nourrir correctement. (Même si cette petite vidéo ne dit pas tout des difficultés que certains – ou beaucoup – rencontrent pour continuer à vivre de la terre.)

Pour regarder ces deux jeunes agriculteurs, c’est ici.

Transcription
– Chips, Azalée, Ballerine, Bavière, Energie, Douce, Cannelle.
– C’est moi qui les baptise et c’est important. Il y a pas… C’est pas un nom au hasard. (1)
– Fraise, Effrontée. Ah, Alaska aussi, j’ai pas dit. Ah, comment elle s’appelle, elle ?
Je suis un pur produit bio. Je suis né… je suis né dans la bio puisque c’est… On est la troisième génération du coup avec Stéphane. Je suis tombé dedans, comme Obélix dans la marmite. (2)
On a retrouvé un peu dans… dans notre travail, c’est… c’est ce qu’on avait oublié avec le système productiviste. On est vraiment reparti dans une vraie démarche (3) où bah on observe vraiment tout ce qui se passe.
– Allez, venez, venez, venez ! Doucement !
– Aujourd’hui sur la ferme (4), on a… on a des prairies à fleurs variées, ce qui fait qu’on a un lait qui est un lait doux, non acide, qui se rapproche du lait des montagnes.
On n’a pas forcément un métier facile. Mais on a quand même une situation vachement (5) agréable que… Tu es… Tu vis dans la nature, tu es pas pressé par le temps. Chez nous, on court plus (6), on prend le temps de vivre et tout. Puis bah je pense qu’on est fier aujourd’hui, au bout de… d’un demi-siècle, d’être encore là, que ce soit la troisième génération et que bah on peut faire perdurer ça, quoi, c’est… C’est ça qui est… enfin moi, je trouve vraiment génial (7), quoi.
Ça fait du bien de goûter au Vrai !

Quelques détails :
1. ce n’est pas un nom au hasard : c’est un nom choisi en fonction de la vache et de sa personnalité. Donc c’est assez amusant de voir une vache qui s’appelle Ballerine. Pas tout à fait l’image qu’on se fait d’une danseuse !
2. Être tombé dedans : cette expression vient de la bande dessinée que tous les Français connaissent : Astérix et Obélix, les deux Gaulois. Obélix, dont la caractéristique principale est sa force surhumaine, doit cette qualité au fait que lorsqu’il était petit, il est tombé dans une marmite (ou un chaudron) de potion magique. Donc quand on dit de quelqu’un qu’il est tombé dedans, à propos de ce qui fait sa personnalité, cela signifie qu’on parle du moment où cette passion est née et de la force de cette passion ou de ces qualités. Au contraire, lorsqu’on dit : Il n’est pas tombé dedans, cela signifie que la personne n’est pas vraiment douée pour une activité donnée !
3. une démarche : une façon de faire
4. sur la ferme : normalement, on dit : à la ferme. Ici, « sur » indique qu’il veut parler de leurs terres dans leur ensemble.
5. vachement = très (familier et seulement oral.) Et ça tombe bien d’utiliser ce mot quand on élève des vaches !
6. plus : écoutez comment il prononce ce mot : on n’entend pas le « L ». C’est fréquent dans certaines régions en France.
7. génial : super, très bien (familier, oral)

Pour simplement les écouter:

Les vaches de Stéphane et Gaetan

Et Obélix, qui est tombé enfant dans le chaudron de potion magique:

Asterix et Obélix

Joie de vivre

Le troupeau

En route pour un petit tour dans la nature, dans les montagnes des Alpes de Haute Provence, en compagnie de deux jeunes charpentiers. Je les ai trouvés bien agréables à écouter, ces deux garçons qui avaient l’air de savoir tout faire de leurs dix doigts et d’être si contents de leur vie.


La cabane du berger

Transcription:
– Bonjour.
– Bonjour.
– Qu’est-ce que vous faites ?
– On fait des travaux.
– On fait la cabane du berger.
– C’est vrai ?
– Ouais.
– Parce que vous êtes bergers ?
– Eh non, on est charpentiers. Sinon, on garderait les moutons.
– Ah oui, mais enfin vous pourriez redescendre. Là vous avez un chien dans le… l’arrière de votre camion.
– C’est pour garder les outils.
– Ah oui.
– C’est pour garder le chantier.
– Parce que autrement (1), on peut se faire voler les outils là-haut, même au bout du monde ?
– Non, j ‘y crois pas.
– Rabou (2) du monde.
– Eh ouais, c’est ça.
– Vous savez pourquoi Rabou, d’où ça vient, ce nom ?
– Aucune idée.
– Et alors là, vous allez où, là (3) ?
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
– On va acheter du bois.
– Ah oui, pour faire la charpente.
– Eh oui, oui, oui. Forcément. (4)
– Elle est à quelle distance d’ici la… la cabane ?
– Une heure à pied en marchant bien (5).
– Je peux avoir votre prénom ?
– Sylvain.
– Nico. (6)
– C’est exceptionnel de bosser dans un cadre pareil (7) pour vous, là !
– Oui oui. C’est pas mal ! (8) On l’a choisi.
– C’est vrai ?
– Eh oui, oui. On a répondu à l’appel d’offres (9), on a fait les plans, machin (10). On s’est afilé (11) un peu pour l’avoir, le chantier. Ça se fait pas tout seul.
– J’imagine qu’une cabane de berger, c’est pas non plus le chantier du siècle.
– Na…. (12) C’est pas celui qui fait le plus de sous (13) parce que c’est un appel d’offres, mais c’est celui qui est le plus agréable à bosser. Du coup, on choisit ce qu’on veut.
– Et vous en avez pour combien de temps ?
– On voudrait bien que ça soit fini dans trois semaines, pour partir en vacances.
– Ah, voilà ! En ce moment, c’est un peu… on parle de la rentrée (14), mais vous, la rentrée, ça n’existe pas.
– Non, non, non.
– La rentrée, non. Non, point de (15) rentrée.
– Pas de vacances, pas de rentrée.
– Et ça fait combien de temps que vous avez commencé le boulot là-haut ?
– Un mois, ouais.
– Quand vous me dites ça, un mois, encore trois semaines de boulot, je me dis : Mais c’est un… C’est pas une cabane qu’il a, le berger là-haut ! C’est… c’est un château, non ?
– Pas mal.
– Ah ouais, ça, il y a l’eau chaude, il y a l’électricité. Bah on remonte, là, dans dix minutes. Tu veux monter ?
– Ah bah, d’accord.
– On repasse, non, c’est vrai, dans dix minutes, on remonte. On va chercher le groupe.
– On fait ça ?
Ouais.
Allez ! (16)
A plus. (17)
– A plus.

– Ça secoue !
– Eh ouais, ouais, ça fait une bonne route, hein !
– Nous, c’est notre périph (18) quotidien.
– Eh oui, c’est ça, oui.
– C’est pas mal, hein !
– Ah oui, ça, non, c’est pas mal comme cadre !
– Même pas quotidien parce queon dort au chantier.
– Vous vivez là, alors ?
– Ouais. Bah la semaine un peu.
– Et le weekend, vous rentrez chez vous ?
– Ouais.
– Et donc là, on est devant la cabane du berger. Mais oui, je comprends mieux. C’est pratiquement (19) un chalet que vous êtes en train de construire !
– C’est une cabane autonome, avec l’eau, l’électricité, l’eau chaude, la douche. Tout, quoi !
– Qui finance cette construction ?
– C’est la commune.
– La commune de Rabou ?
– Ouais.
– Il y a un berger qui est rattaché à cette… ? Ou c’est pour tous les bergers qui passent dans le coin (20 ?
– C’est pour tous les bergers. Après, chaque… Les éleveurs, en gros (21), ils choisissent un berger chaque année. Là, c’est deux… deux femmes qui se… qui se relaient et… Bernadette et Claude.
– Elles sont où, les bergères, là ?
– Bah elles sont en montagne. Les moutons sont partis… sont partis ce matin, là. La bergère a couru après. Et du coup, je sais pas trop où elle est mais elle revient le soir en général vers… vers 7 heures.
– Là, le… le petit truc à l’entrée, là, c’est…
– C’est des toilettes.
– Ouais, c’est ce que j’allais dire.
– Toilettes sèches
– Des toilettes à l’entrée, là, juste…
– Eh ouais, ouais.
– Jette un œil. (22)
– Ouais, ouais, tu peux rentrer, là. Visite ! Il y a  mon lit qui est en haut, là déjà.
– Déjà, ouais.
– On sait pas si on la rendre en fait, c’est ça le problème !
– Oh bah ça, je comprends ! Quand vous avez fini les travaux, là…

Quelques détails :
1. autrement = sinon (cest-à-dire ici : si on n’a pas de chien de garde.)
2. Rabou : c’est le nom d’un village dans les Alpes de Haute Provence. Un peu perdu, ce qui explique le jeu de mots à partir de l’expression « au bout du monde », qui décrit un endroit isolé.
3.  : comme souvent, ce mot ne désigne pas un lieu mais signifie : en ce moment.
4. Forcément : il emploie cet adverbe pour dire que c’est logique puisqu’ils sont charpentiers. C’est normal qu’ils aillent acheter du bois.
5. En marchant bien : c’est-à-dire en ne traînant pas, en allant à un bon rythme.
6. Nico : c’est le diminutif de Nicolas.
7. Dans un cadre pareil : dans un aussi bel environnement, dans un lieu aussi beau.
8. C’est pas mal : cela signifie ici que c’est vraiment bien. Cette expression s’emploie aussi dans un sens moins fort (= c’est assez satisfaisant). Tout dépend du ton avec lequel on le dit.
9. Un appel d’offres : quand des villes, des organismes publics veulent construire quelque chose, acheter quelque chose, on propose ça aux entreprises. Chacune fait une offre, une proposition et il y a comparaison entre elles, avant de choisir parmi ces entreprises concurrentes.
10. Machin : il emploie ce mot au lieu de donner tous les détails du processus. Ce mot familier sert ici à écourter la présentation. Mais on devine tout le reste.
11. On s’est afilé = On s’est préparé. (c’est un verbe ancien qui n’est employé que dans certaines régions.)
12. Na (?) : on dirait qu’il va dire non mais en fait, ce qu’il dit n’est pas un mot !
13. Qui fait le plus de sous : qui rapporte le plus d’argent, qui permet de gagner le plus. (familier). Les sous est le mot familier qui désigne l’argent : J’ai plus de sous. / Il gagne beaucoup de sous. / Qu’est-ce que tu vas faire de tous ces sous ?
14. La rentrée : c’est le mois de septembre, lorsque l’école reprend et que c’est le début d’une nouvelle année scolaire.
15. Point de = pas de (Dans certaines régions, on entend cette négation qui était utilisée autrefois.)
16. Allez ! : ici, cela signifie qu’on est d’accord avec la proposition faite. C’est comme dire : c’est bon, on fait ça. C’est pour montrer que le marché est conclu.
17. A plus : c’est un raccourci de A plus tard. (style familier et oral)
18. le périph = le périphérique, c’est-à-dire les voies rapides qui font le tour de Paris et empruntées tous les jours par des millions d’automobilistes pour se déplacer à Paris. La plupart des gens utilisent l’abréviation.
19. Pratiquement : quasiment, presque.
20. Dans le coin : par ici, dans cet endroit
21. en gros : sans entrer dans les détails
22. jeter un œil : regarder, mais sans y passer trop de temps. (familier)

C’était un petit passage de cette émission.

Les dimanches

ReposLe débat sur l’ouverture des magasins le dimanche peut paraître étrange à ceux qui vivent dans des pays où tout fonctionne en permanence, quel que soit le jour, quelle que soit l’heure.

A Marseille, nous sommes habitués à ces discussions puisqu’une grande zone commerciale toute proche a pendant longtemps ouvert illégalement le dimanche, au grand dam des commerçants du centre-ville et pour le bonheur de ses clients – du dimanche – et de bon nombre de ses employés, qui y voyaient un moyen de compenser des salaires trop faibles ou, pour les étudiants, de concilier présence à l’université et nécessité de travailler pour financer leurs études.

Débat compliqué peut-être mais honnêtement, avons-nous besoin de pouvoir acheter encore et encore juste quand cela nous chante ? Ne sommes-nous plus capables de nous organiser et de prévoir ? J’avoue avoir du mal à comprendre qu’on aille faire la queue le dimanche encore, dans des zones commerciales embouteillées, sinistres et hideuses !
Et en fin de compte, lorsque le dimanche ne sera plus un jour spécial, quels avantages financiers restera-t-il à ceux qui pensent avoir choisi librement de travailler ce jour-là ?

Les Français sont donc partagés. Voici quelques témoignages divergents sur la question, avec quelques voix bien marseillaises !
Transcription :
– C’est dimanche aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on fait ?
– Bah en général, on est en famille. Mais si il faut travailler, on peut travailler aussi.
– Vous travaillez dans quoi ?
– Moi, je travaille à l’Agence Régionale de la Santé. Effectivement (1), je ne travaille pas le dimanche. Mais si il fallait travailler le dimanche, je le ferais. De nos jours (2), on peut plus dire que c’est sacré. Mais si il y a des gens qui veulent travailler le dimanche, pourquoi pas ? Moi, ça me permet aussi d’aller comme le samedi… Les commerces (3) sont ouverts, tout ça, effectivement.

– Vous aimez travailler le dimanche ?
– Bah écoutez, oui, je pense, comme beaucoup de personnes, j’aime travailler le dimanche parce que déjà, d’une (4), je pense que la clientèle est un peu plus décontractée le dimanche. Elle sait qu’elle a le temps pour faire son choix. On est plus sur une clientèle (5) un peu plus familiale. On est sur… vraiment un type de clientèle vraiment différent, et on sait malgré tout qu’on est payé double. Donc pourquoi ne pas travailler le dimanche ?
– Est-ce que des personnes se plaignaient (6) ?
– Non. Travailler le dimanche, il y en avait beaucoup qui se battaient pour travailler le dimanche. Et il est vrai qu’on a mis en place tout un système pour règlementer plutôt le dimanche, c’est-à-dire on ne ferait que deux dimanches par personne afin d’avoir un roulement (7) et que toutes les équipes aient une rémunération uniforme.

– Moi, je pars d’un principe que c’est interdit de travailler le dimanche. Il y a eu un Code du Travail qui a été bâti depuis des générations sur des acquis sociaux (8). Et le fait de réformer, ça veut dire qu’on veut tout démolir. Dans quel but ? De donner encore à ceux qui en ont le plus ? Qui c’est qui (9) remet en cause (10) sur le fond le dimanche ? Donc j’ai travaillé le dimanche, moi, par exemple.
– Dans quoi ?
– Dans la sidérurgie, à Fos, à l’usine Arcelor Mittal. Donc vous prenez (11) les activités sportives… Moi j’ai eu des enfants qui faisaient du sport par exemple. Bon, bah quand j’allais travailler, je suis désolé (12) mais je pouvais pas ni les accompagner, ni aller les voir, ni m’occuper d’eux. C’est mortel (13), intérieurement. Vous êtes obligé de vous priver de… de moments intimes que personne a le droit de vous enlever.

– Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? C’est dimanche.
– On fait un restaurant (14).
– Rien. On va à la plage. On se repose. On profite des petits-enfants. Sinon, on n’a plus de moments pour se réunir. On n’arrive plus à croiser les plannings. Déjà c’est difficile (15).
– Et est-ce que vous aimez le dimanche ?
– J’adore le dimanche. Faire du bateau, aller à la mer. Aller la regarder, c’est tellement beau. Plutôt que d’aller au supermarché.

Quelques explications :
1. effectivement : il est vrai que… / c’est vrai que…
2. de nos jours : aujourd’hui, maintenant
3. les commerces : les magasins
4. déjà, d’une : ces deux expressions familières montrent qu’on va donner une première raison.
5. On est sur une clientèle = on a affaire à une clientèle.
6. Se plaindre : protester. La question au passé fait référence au fait que certains magasins qui ouvraient illégalement le dimanche ont été contraints de fermer.
7. Faire un roulement : s’organiser de façon à ce que chacun fasse une activité à tour de rôle.
8. les acquis sociaux : tous les droits que les travailleurs et salariés ont obtenus au cours du temps, souvent par des luttes. (les congés payés, la sécurité sociale, l’assurance chômage, les contrats de travail, la réglementation du travail de nuit, du travail le weekend, etc…)
9. Qui c’est qui… ? : question très orale. Il faut dire : Qui est-ce qui… ?
10. Remettre en cause : essayer de supprimer quelque chose, en discuter le bien-fondé.
11. Vous prenez… : cette expression montre qu’il va prendre un exemple particulier.
12. Je suis désolé mais… : commencer la phrase de cette manière montre qu’on va faire une critique et qu’on veut donner de la force à cette critique. Lorsqu’elle est employée de cette manière, cette expression ne signifie pas qu’on s’excuse.
13. c’est mortel : c’est vraiment très désagréable.
14. On fait un restaurant : façon familière de sire qu’on va au restaurant. On dit aussi (plus souvent): On se fait un restaurant. / On s’est fait restaurant.
15. Déjà c’est difficile : ce qui est sous-entendu, c’est : Si en plus, on fait travailler les gens le dimanche, on ne réussira plus à avoir une vie de famille.

Si vous voulez savoir exactement qui peut travailler le dimanche en France et dans quelles conditions, voici la législation en vigueur.

Et allez écouter la discussion enregistrée par Gabrielle – et postée sur son site… dimanche !

Pas une miette !

La conjoncture économique n’est pas des plus favorables. Des entreprises disparaissent, d’autres sont rachetées. Alors les temps sont durs pour certains. Mais en France, comme vous le savez, les gens protestent, se mettent en grève et vont jusqu’à bloquer leurs usines pour se faire entendre. Et ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, en Europe en ce moment.
Paroles de grévistes et revendications salariales entendues l’autre jour à la radio, .

Transcription:
– Ça fait dix ans que je suis là. Je touche (1) 1200 € par mois en faisant les trois-huit (2). Alors le problème, c’est que c’est une entreprise qui fait quand même des bénéfices. Maintenant on a fusionné avec Brossard et il s’avère (3) que les salariés de Brossard, ils (4) sont encore mieux payés que nous. Donc on s’appelle Jacquet-Brossard et puis nous, on est mal payés, et puis Brossard, ils sont mieux payés que nous. Donc voilà, les gens, ils en ont ras-le-bol (5), quoi !

– Quelqu’un qui travaille de nuit, logiquement, il devrait forcément toucher bien plus qu’un travailleur journée. Aujourd’hui, il y a pas un gros écart (6). Donc c’est pas normal. Forcément, quand vous donnez pour une société (7), quand vous vous investissez, il faut qu’à un moment donné il y ait la récompense. Aujourd’hui, le gâteau, il est très, très mal partagé (8) !

– On a des gens qui nous ont rejoints. Donc là, c’est une belle lutte et la lutte, elle va continuer tant que la situation ne sera pas débloquée. On lâchera rien (9), ça c’est clair. Pas une miette (10), quoi !

Quelques explications:
1. toucher de l’argent, un salaire: gagner de l’argent. Cette expression est très fréquente.
2. les trois-huit: dans cette organisation du travail, il y a toujours une équipe qui travaille pour que la production ne s’arrête jamais. Donc pour quelqu’un qui fait les trois-huit, il y a des semaines où il est de l’équipe du matin, d’autres où il est de celle de l’après-midi et d’autres où il fait les nuits.
3. il s’avère que: il est prouvé que / le fait est que…
4. les salariés, ils sont: cette répétition du sujet (le nom puis le pronom tout de suite après) est propre à l’oral, dans un style plutôt familier.
5. en avoir ras-le-bol: en avoir vraiment assez. (familier). On dit qu’on en a ras-le-bol de quelque chose ou de quelqu’un. Et on peut parler du ras-le-bol des gens, d’un ras-le-bol général.
6. un écart: une différence
7. une société: une entreprise.
8. se partager le gâteau: cette image courante exprime l’idée que tout le monde doit bénéficier d’une situation. Tous ceux qui contribuent au succès de l’entreprise doivent avoir leur part du gâteau.
9. ne rien lâcher: ne pas céder, ne pas renoncer, aller jusqu’au bout avec détermination.
10. pas une miette: encore une image culinaire ! Une miette, c’est un tout petit morceau de pain ou de gâteau. Donc cette image renforce l’idée de ne rien lâcher du tout, de ne pas faire une seule concession, aussi minime soit-elle.

Ces images de gâteau et de miettes sont d’autant plus appropriées que ces deux entreprises qui viennent de fusionner fabriquent des pains et de la pâtisserie industrielle ! Ce sont des marques que tous les Français connaissent. Qui n’a pas mangé leurs biscuits ou leur pain de mie !

Bonheur et travail

Je suis sûre que vous vous êtes déjà dit à un moment ou un autre: Ah ! Si seulement je n’étais pas obligé d’aller travailler !
Pensée qui traverse l’esprit le dimanche soir ou quand les vacances se terminent. Plus de contraintes, plus d’horaires à respecter, plus de pression, plus de tâches inintéressantes, plus de collègues ou de chef difficiles à supporter…

Mais si on y regarde bien, dans le fond, que ferions-nous sans travail ? C’est un moyen de vivre bien sûr, mais pas seulement d’un point de vue financier. Si on a la chance de faire un travail qu’on a choisi, qu’on aime et auquel on croit, alors il est fondamental dans notre vie et il contribue à notre bonheur.
Mais pour ça, il faut que ce soit un travail qui donne les moyens de vivre, avec un salaire décent, un travail qui a du sens, qu’on a le sentiment de pouvoir faire correctement et qui nous permet de nous impliquer, un travail respecté et valorisé, qui ne soit pas précaire et uniquement soumis à des exigences de rentabilité. Bref, un travail qui soit tout à la fois un gagne-pain, un facteur de production et une source d’épanouissement personnel.
Voici Thomas et Roxanne. L’un est heureux au travail, l’autre un peu désabusée, déjà un peu usée. Comme c’est dommage de gaspiller l’enthousiasme des gens ! Et si peu productif.


Transcription:
– Alors mon travail, c’est tous les jours quelque chose de nouveau. Les terrains de sport n’ont peut-être… Ils se ressemblent peut-être tous mais ils sont tous différents au niveau de l’infrastructure, au niveau des personnes que l’on rencontre et c’est ça qui me passionne.
Les difficultés que vous avez connues dans votre parcours scolaire, c’est* une raison de plus d’être épanoui aujourd’hui, heureux dans votre travail ?
– Ah… C’est…
Fier en tout cas. Vous parliez de fierté.
– J’ai pas le Brevet (1). Donc oui, on va dire que par rapport à mon passé personnel, je peux dire que là où j’en suis actuellement, j’en suis fier parce que j’aurais jamais imaginé en être là il y a… il y a huit ans. Et je pense que ma famille n’aurait jamais imaginé que j’aurais pu être là où j’en suis actuellement. Par rapport à mes études, j’ai déjà fait pas mal de stages (2). J’ai dû faire à peu près une dizaine de stages et là, j’en suis à ma troisième entreprise.
Est-ce que le… le niveau de salaire fait partie aussi des critères d’épanouissement (3) pour vous ?
– Je pense que si on me propose un poste très intéressant qui me plaît où je peux vraiment m’épanouir, oui, je pense que je pourrai baisser mon salaire sans problème. A l’heure actuelle, je gagne 2200 euros net (4). Et ça dépend des journées: je peux commencer à 9 heures comme commencer à 6 heures du matin et terminer à 22 heures.
Vous avez bon espoir d’être tout aussi heureux dans votre travail tout au long de votre carrière ?
– Oui, J’e[…] j’espère garder cette longévité dans… d’apprentissage au jour le jour.

Ecoutons maintenant Roxanne. Alors Roxanne, elle a 34 ans, elle est technicienne, elle gagne 1800* euros net. Et elle, vous allez voir, elle… elle était enthousiaste. Et puis voilà la déception qui s’annonce.
– Je travaille dans* une équipe de trois techniciens et on fait l’entretien et le dépannage de… d’installations de production d’électricité.
Vous passez votre temps à… à grimper sur les éoliennes ?
– Euh, ouais !
Cette question de l’épanouissement au travail, elle résonne pour vous ? Elle a un sens pour vous ?
– Ah ouais, tout à fait ! Elle a un sens. Par exemple, je pourrais pas travailler dans le nucléaire (5). C’est vrai que c’était un peu, au départ, la belle idée, quoi, de travailler pour… dans les énergies renouvelables. Mais concrètement, finalement, ils ont changé leur… leur système de gestion et donc maintenant, on reçoit des ordres de travail, on est des… des petits soldats de l’instant (6), quoi. On… on nous envoie un ordre de travail pour faire telle chose, on reçoit ça sur notre ordinateur et puis on y va et on nous demande pas de réfléchir. On nous demande juste d’exécuter. Et parfois, on se rend compte que (7) si on nous demandait de réfléchir, ça i[rait]… ça irait mieux et plus vite. Le… le plus important, c’est de… une bonne ambiance et de bien rigoler (8) avec les collègues, au final (9). Ouais, la vie, elle est faite de ça, hein !

Quelques explications
1. le Brevet: c’est le diplôme qu’on on obtient en classe de 3ème au collège. Il se compose de plusieurs épreuves auxquelles on ajoute les résultats du contrôle continu, c’est-à-dire les notes obtenues pendant toute l’année. Mais ce diplôme ne vaut pas grand-chose sur le marché du travail. Quitter l’école à ce niveau-là signifie qu’on aura des emplois très peu qualifiés.
2. pas mal de stages: un nombre assez important de stages, c’est-à-dire qu’on est stagiaire dans une entreprise pour aprendre un métier sur le terrain, par la pratique.
3. l’épanouissement: c’est le fait de tirer de la satisfaction de ce qu’on fait et d’y trouver le bonheur. S’épanouir, c’est être heureux dans sa vie.
4. le salaire net: c’est le salaire versé réellement sur votre compte, une fois qu’on a déduit les cotisations pour la retraite, pour la sécurité sociale et la mutuelle de santé, pour l’assurance chômage. Avant ces déductions, on parle de salaire brut.
5. je pourrais pas travailler dans le nucléaire: elle veut dire que ce serait contre ses convictions car elle pense que le nucléaire est dangereux.
6. des petits soldats de l’instant: elle veut dire que son travail consiste à obéir aux ordres et c’est tout, sans prendre d’initiatives.
7. on se rend compte que: on s’aperçoit que / On comprend que / On voit que
8. rigoler: rire (familier)
9. au final: finalement, en fin de compte. Avant, personne ne disait au final. Puis c’est devenu une expression à la mode, surtout chez les jeunes. (Personnellement, je ne l’ai jamais employée.)

* Petite remarque sur certaines liaisons faites ou pas faites dans cet enregistrement:
c’est une raison: la liaison entre c’est et une n’est pas faite ici. Mais franchement, c’est plus joli quand on la fait !
1800 euros: la liaison entre mille huit cents et euros est faite ici. Mais tout le monde ne la fait pas, probablement parce que certains ne savent pas que dans ce cas, il y a un S au bout de cent. (Il faut dire que la règle d’accord du mot cent n’est pas si simple que ça!) Personnellement, je trouve que c’est plus confortable de la faire.
dans une équipe: Roxanne ne fait pas la liaison entre dans et une, ce qui fait vraiment bizarre. La plupart des gens la font dans ce cas. Donc c’est bien mieux si vous la faites !
Mais tout cela montre bien que le problème des liaisons n’est pas aussi simple que ce que racontent les manuels de français.

Fatigue et frustration

Les centres commerciaux et les supermarchés sont paraît-il pratiques: un seul endroit pour tout trouver, des parkings gratuits, de la musique en fond sonore pour nous détendre, un lieu clos à l’abri du froid ou de la chaleur. Le paradis sur terre ! Sauf que si on écoute les gens qui y travaillent toute la journée, ce n’est pas nécessairement le même son de cloche*. Comme ce serait bien si tout le monde pouvait avoir le sentiment de faire son travail dans de bonnes conditions ! Témoignages entendus à la radio.


Transcription:
Qu’est-ce que vous faites comme travail ici ? Toi Sébastien, tu fais quoi ?
– Alors moi, je travaille à Carrefour au rayon Fruits et Légumes. Donc je mets en… en rayon mes produits.
Bah tu travailles dans la verdure (1) !
– Oui ! Mais le problème, c’est que on travaille sous une lumière artificielle parce qu’on n’a pas accès à la lumière du jour. C’est… C’est assez pesant (2). En plus, c’est une lumière qu’ils ont refaite récemment, qui est très agressive. Et puis après, on… on vit aussi dans le…dans le frais, parce qu’on est entourés de… de frigos (3), de…de congélateurs. Et donc on a souvent un choc thermique quand on… quand on sort ou quand on va… Nous, on est sur deux niveaux. Alors quand on va au niveau 3, il fait très, très chaud, alors qu’au niveau 4, au rayon alimentaire, il fait très frais.
Et toi Marie-Hélène, qu’est-ce que tu fais ici au centre (4) ?
– Alors, moi je travaille au service après-vente de la FNAC.
Qu’est-ce qui est le plus fatigant dans ton travail ? Qu’est-ce qui est le plus pénible ?
– Le stress permanent. Le stress permanent, parce que on est stressés par notre hiérarchie (5) qui nous met toujours plus la pression. On est stressés par les clients qui sont donc exigeants, et ça, on peut le comprendre.
Ouais, mais le client est roi, non ?
– Non. Le… le client est roi… si on veut ! Mais ça n’empêche pas un minimum de respect pour les salariés qui sont là pour s’occuper d’eux. Et aussi le… le stress chaque fois qu’on va voir nos… nos supérieurs en leur disant: « Bon là, ça va pas. On manque de monde (6). » La réponse, elle est simple, hein ! « Si tu es pas content, il y a de la place ailleurs. »
– Il y a également aussi le stress du lieu en fait, avec énormément de monde dans le centre commercial, et quand on arrive dans des périodes comme Noël ou le Jour de l’An, le magasin est totalement rempli. Il y a une foule immense. On ne peut pas tra[…]… travailler et c’est vrai que c’est assez étouffant.
– On se sent oppressés en fait.
– On est oppressés.
Vaut mieux pas (7) être hôtesse de caisse et agoraphobe (8), quoi !
– Non, surtout pas.
– Je pense qu’il faut… Ouais, c’est très difficile.
Est-ce que vos conditions de travail pèsent sur votre santé ?
– Travaillant tout le… tout au long de la journée, le mal de dos qui se ressent énormément le soir, parce que c’est vrai qu’on doit porter certaines fois des colis qui font 20 kg. Et il existe des… des gestes « postures et sécurité » (9), mais on ne peut pas les mettre en pratique à chaque fois parce que sinon, on perdrait trop de temps, parce que là, notre chef, il est derrière (10). Et il dit: « Allez-y. Faut… Faut se dépêcher. Faut faire ci, faut faire ça. »
Est-ce que vous devenez irritables aussi ? J’ai vu ce mot-là dans l’enquête (11).
– Oui, oui. Tout à fait, oui. On a beaucoup de mal (12) le soir en rentrant… enfin, moi personnellement, j’ai un gamin qui bouge beaucoup. Quand je rentre le soir, il… Il faut qu’il soit beaucoup plus calme ! On a du mal à… à supporter qu’il bondisse dans tous les sens, qu’il fasse du bruit, que… Oui, on est irritables. Même vis-à-vis des clients, hein, le… le… dans la journée. C’est vrai que le matin pendant… dès qu’on commence le boulot, pendant deux heures, je… j’allais dire, on est relativement normaux, mais…
C’est ça, on est normaux !
– A peu près pendant deux heures et puis après, c’est vrai qu’on… on retombe dans une situation où effectivement (13), on est particulièrement irritables du fait de (14) ne pas pouvoir travailler correctement.
Est-ce que vos patrons ont pu jeter un coup d’oeil (15) à cette enquête et…et vous ont promis de changer des choses ?
– Alors, il faut être clair, hein, je pense qu’il faut pas se voiler la face (16): les patrons en ont rien à faire (17) des débouchés de l’enquête et des résultats, de savoir que les salariés vivent une certaine pénibilité. Ils s’en fichent complètement. Eux, ils sont là, il faut le dire, hein, pour faire du pognon (18), qu’il y ait de la rentabilité, que le chiffre d’affaires se fasse et que nos actionnaires soient bien contents. Voilà !
Pour supporter tout ça, vous touchez combien tous les mois ?
– Alors moi, personnellement, en net (19), je touche 3000… 1000. 3000 ! 1300 € à peu près.
Et toi ?
– Moi à Carrefour, je suis à peu près… un peu moins de 1100 € net par mois.

Quelques explications:
1. la verdure: tout ce qui est vert dans la nature: arbres, feuilles des arbres, plantes.
2. pesant: lourd, pénible à supporter.
3. un frigo: abréviation de frigidaire. (familier)
4. au centre = dans ce centre commercial.
5. notre hiérarchie = nos supérieurs hiérarchiques, ou plus familièrement, nos chefs.
6. on manque de monde: on n’a pas assez de personnel. On n’est pas assez nombreux pour faire le travail.
7. Vaut mieux pas: très correctement, il faut dire: Il vaut mieux ne pas… (style oral)
8. agoraphobe: cet adjectif s’applique à quelqu’un qui ne supporte pas d’être au milieu de la foule.
9. postures et sécurité: ce sont les précautions qu’il faut prendre quand on fait certains gestes pour ne pas se faire mal. (notamment au dos, par exemple quand on porte des objets lourds, ou quand on fait des gestes répétitifs)
10. il est derrière: il nous surveille.
11. l’enquête: il fait référence à un questionnaire qui a été donné aux salariés sur leurs conditions de travail.
12. avoir beaucoup de mal à faire quelque chose: faire quelque chose avec beaucoup de difficulté.
13. effectivement: c’est vrai que…
14. du fait de… : parce que…
15. jeter un coup d’oeil à / sur quelque chose: regarder rapidement.
16. Il ne faut pas se voiler la face: il ne faut pas se raconter de mensonges / Il faut regarder la réalité telle qu’elle est et ne pas se bercer d’illusions. (La face, c’est le visage.)
17. Ils en ont rien à faire de… : Ils s’en moquent complètement / ça ne les préoccupe absolument pas. (familier) C’est la forme plus polie de: Ils en ont rien à foutre.
18. le pognon: l’argent (argot). Faire du pognon: gagner de l’argent.
19. en net: il y a le salaire brut et le salaire net, c’est-à-dire ce que touche réellement un salarié quand on a déduit de sa paye les cotisations sociales comme l’assurance maladie, la cotisation pour la retraite par exemple.

* Ce n’est pas le même son de cloche: ce n’est pas la même opinion, la même vision des choses.

Réussir à tout concilier

Elle est mère de deux jeunes enfants. Mais elle a aussi toujours travaillé. Evidemment, ce n’est pas toujours facile de tout concilier. Mais internet est passé par là. Alors, comme d’autres jeunes femmes, elle a décidé de se lancer et de monter sa petite entreprise. Deux avantages: elle est son propre patron et elle peut travailler de chez elle.
Vous vous dites qu’elle aurait pu cesser de travailler pour élever ses enfants ? Peut-être… Pendant un temps… Mais honnêtement, l’autonomie et l’indépendance financière, ça n’a pas de prix !

Transcription:
– Vous allez vous laver les mains, pour passer à table (1).
– Tu as fait de la purée pour moi ?
– J’ai préparé très rapidement un déjeuner pour les enfants, somme toute (2) assez simple. Un repas de chef comme vous pouvez le constater ! C’est de la purée et des poissons (3). Ils adorent. Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Je n’aime pas la purée !
– Donc en général, c’est mon mari qui dépose les enfants (4) le matin, ce qui me permet dès 8h30 d’être à mon poste de travail. Je commence tout d’abord par regarder un petit peu les commandes. Par la suite (5), je fais mes colis. Donc je commence par les colis de la matinée.

– Tiens, ta fourchette, excuse-moi. On n’est pas obligé d’hurler (6) !

– Ou je déjeune avec eux, ou je les laisse à la cantine. Et alors il faut savoir que quand on a une… une petite société (7) comme la mienne, on est vraiment multi-tâches. On fait sa comptabilité, donc même si c’est vrai que j’ai un comptable, mais il y a quand même un…un travail de comptabilité à faire avant. Je passe mes commandes fournisseurs. Je les (8) récupère après donc… après la garderie (9). Donc je passe du temps avec eux on va dire à partir de 17h30, 18h. Une fois qu’ils sont couchés, bah, je me remets devant l’ordinateur, pour travailler jusque… enfin ça dépend, ça peut être minuit, 1h, 2h…

– C’est très joli ! Tu vas le poser sur ta petite table dans ta chambre ?

– Je savais dès le départ que c’est pas l’eldorado. Ce que je fais là, je veux dire, c’est pas l’idée du siècle (10). Après, je pense que la reconnaissance, elle ne passe pas forcément que par le salaire en ce qui me concerne. C’est vrai que je… je perds en terme de rémunération (11), oui. Par contre, je gagne en terme de flexibilté. Si j’ai une…une urgence avec mon enfant, eh bah, je prendrai rendez-vous chez le pédiatre si j’ai pas d’autre choix à 15h de l’après-midi. J’ai pas de patron qui va me regarder de travers (12), je vais pas avoir de petite réflexion assassine (13). Et puis une forme aussi de… de confiance en moi, de la satisfaction, parce que créer son entreprise, c’est aussi se lancer un défi et faire un pari sur soi-même.

– Amine, tu vas manger ? Oui ? Tu demandes à Inès un fromage. D’accord ?

– Je suis pas en train de m’occuper, je ne suis pas une desperate housewives (14) qui attend désespérement enfants et mari le soir. On travaille de chez soi, c’est sûr, mais on est des… des mères actives. J’ai envie que ma société marche, qu’elle se développe, qu’elle prospère. J’ai de l’ambition pour ma société. Donc là, c’est mon bureau.
– Justement, c’est important de poser la limite entre votre bureau et l’espace des enfants ?
– Oui, ouais. Je considère que leur espace est plus dans leur chambre. C’est vrai que les premiers mois, ma fille avait un regard assez… assez dur vis-à-vis de cet ordinateur qui lui prenait un peu sa maman. Finalement, elle sait que… que ça me rend heureuse de faire ce que je fais (15).

Quelques explications:
1. passer à table: on peut dire aussi se mettre à table.
2. somme toute: en résumé
3. de la purée = de pommes de terre en général. Des poissons: il s’agit sans doute de carrés de poisson panés surgelés. (C’est pour ça qu’elle se moque d’elle-même en parlant de « repas de chef ».)
4. qui les dépose: son mari dépose les enfants à l’école.
5. par la suite = ensuite
6. d’hurler: normalement, il faut dire « de hurler« .
7. une société = une entreprise
8. je les récupère: elle parle des enfants qu’elle va chercher à l’école.
9. la garderie: la classe proprement dite a lieu de 8h30 à 16h30 en général dans les écoles primaires. Et ensuite, les enfants peuvent rester à la garderie jusque vers 17h30 ou 18h.
10. l’idée du siècle: une idée géniale, très originale.
11. Elle fait la comparaison avec un travail dans une entreprise, à l’extérieur.
12. regarder quelqu’un de travers: montrer qu’on n’est pas content de cette personne, qu’on la désapprouve.
13. une réflexion assassine: une remarque très désagréable.
14. une desperate housewives: référence à la série américaine, en gardant le pluriel du titre au lieu de « housewife ».
15. elle sait que ça me rend heureuse: je ne sais pas si un enfant réfléchit en ces termes ! Mais s’il a l’habitude de vivre dans une société où les pères ET les mères travaillent, il trouve ça normal.

On s’habille comment aujourd’hui ?

Il y a des tenues vestimentaires adaptées à tout: pour faire du sport ou son jardin, pour décompresser à la maison, pour aller au travail. Dans les entreprises françaises, le code vestimentaire varie plus ou moins selon la fonction qu’on occupe et selon le secteur dans lequel on travaille. Mais globalement, ce n’est pas particulièrement décontracté. Pour les hommes, c’est souvent costume et cravate de rigueur*, si on est cadre ou si on a affaire à des clients. Du lundi ou vendredi. Toute l’année. Qu’il pleuve ou qu’il vente*.
Alors, certaines pratiques venues des Etats-Unis peuvent rencontrer un écho chez certains.
Présentation humoristique de l’une d’entre elles.
(Pas sûr que ça change grand-chose ! )


Transcription:
– Bon, si je vous ai réunis aujourd’hui, c’est pour vous communiquer une décision très, très importante.
– Ah !
– Bah on vous écoute, Bertrand.
– Voilà, j’ai longuement réfléchi, et c’est quelque chose qui se pratique beaucoup aux States, hein.
– Aux States ?
– Oui, aux Etats-Unis.
– J’avais compris.
– Bon alors, comme vous le savez, mon séjour là-bas a été très fructueux et j’ai donc décidé d’instaurer une nouvelle méthode dans l’entreprise.
– Ah ! On va enfin passer au Management participatif.
– Ah non, non, c’est pas du tout ça, non, non. Pour le moment, pas de participation, non, non. On reste comme on est, hein.
– Dirigiste (1), quoi !
– Voilà, c’est ça. Donc j’ai décidé que nous allions instaurer chaque fin de semaine le Friday Wear (2).
– Le Friday… ?
– Oui, le vendredi.
– Oh bah j’avais compris. On fait quoi le… le vendredi wear ?
– Eh ben on s’habille comme en weekend.
– Eh ben voilà, c’est exactement ça, hein. Ça va tout changer ! Qu’est-ce que vous en pensez ?
– Ah oui, ça, fallait y penser(3) ! Such a good idea ! Quelle bonne idée !
– Oui, bon bah j’avais compris.

(le vendredi suivant)
– Ah, bonjour Bertrand.
– Bonjour Catherine. Ça va comme vous voulez ?
– Ça va, ça va, comme en fin de semaine, hein.
– Ah bah oui, c’est vrai qu’on est déjà vendredi, hein.
– Ben oui. Vous l’avez pas oublié ?
– Ah bah non. Mais pourquoi vous me dites ça ?
– Ah non, non. Bah… A cause de la tenue (4), quoi. Je… Comme l’autre jour en réunion, vous aviez dit Friday wear, alors moi, j’ai…
– Bah oui, mais écoutez, je suis… je suis Friday wear à mort (5), là ! J’ai mis une cravate de couleur et regardez, pas de boutons de manchettes (6) !
– Ah oui ! Tout est relatif, hein.
– Ah ouais. Par contre, vous, Catherine, vous êtes quand même limite « garden Friday wear » (7).
– Oui, j’aime beaucoup le jardinage. Ça me détend.
– Bah Cédric ! Mais enfin, vous êtes fou ! Qu’est-ce que c’est que cette tenue ?
– Bah quoi, c’est comme chez moi le weekend (8), hein. Friday wear attitude. A donf ! (9)

Quelques explications:
1. dirigiste: autoritaire, qui ne délègue pas de pouvoir
2. le Friday wear: en anglais, ça fait mieux, mais avec un bel accent français !
3. fallait y penser : c’est une façon de dire que c’est une idée originale. (Mais ici, c’est ironique bien sûr.)
4. une tenue: les vêtements.
5. à mort: à l’extrême, totalement
6. les boutons de manchettes: ils servent à fermer le poignet d’une manche de chemise. (Tous les hommes qui portent des chemises n’en portent pas !)
7. limite garden Friday wear: il trouve que sa tenue est un peu limite, qu’elle va un peu trop loin dans la décontraction.
8. le weekend chez Cédric: c’est sport à la télé, bière et pizza.
9. à donf = à fond, en verlan, c’est-à-dire en lisant le mot à l’envers. Cette expression signifie « totalement », « carrément ».

* de rigueur: obligatoire
* qu’il pleuve ou qu’il vente: par tous les temps / tout le temps.

J’adore les réunions !

Selon vous, les réunions à votre travail sont:
□ nécessaires
□ productives
□ efficaces
□ stimulantes
□ interminables
□ trop fréquentes
□ inutiles
□ une perte de temps

Si vous avez coché les derniers adjectifs, si vous en avez assez d’aller à des réunions qui ne débouchent pas sur grand-chose, si vous ne supportez plus de voir votre agenda encombré, si votre entreprise est atteinte de réunionite*, vous allez vous reconnaître dans cette petite vidéo. De l’humour, mais comme dans toute caricature un fond de vérité !


Transcription:
– Bon alors, on se réunit aujourd’hui pour fixer la prochaine date de réunion, hein.
– Hm. Oui, c’est important, hein.
– Moi je suis partisan de (1) la fixer à lundi en huit (2).
– Lundi en huit… Ouais. Une idée, oui.
– Oui, c’est pas mal (3).
– Et alors, le thème de la réunion ?
– Justement, on a réunion demain pour en parler.
– Ah bah oui, c’est vrai.
– Au fait, c’est à quelle heure demain, la réunion ?
– Je te rappelle qu’on a réunion cet après-midi pour fixer l’heure de la réunion de demain.
– Ah oui, c’est vrai.
– Eh oui, bien sûr.

– Bon alors, vous notez sur vos plannings (4): réunion du lundi en huit, hein.
– On sera le 9.
– Oui. Donc lundi en huit, le 9. Ah, vous mettez un point d’interrogation, hein, parce qu’on connaît pas encore le pourquoi de la réunion, hein. Ah, notez aussi: réunion demain pour le thème de la réunion du 9. OK, c’est clair ?
– Clair.
– Clair.

– Ah ! Ah bah flûte (5) ! Je peux pas demain. J’ai déjà une réunion avec le Marketing.
– A quelle heure ?
– Bah, je sais pas. J’ai une réunion à 18 heures pour le savoir.
– Bah tu peux pas la déplacer ?
– Oh bah oui, mais alors faut (6) qu’on se réunisse pour trouver une autre date de réunion.
– Oh, écoute, ils sont gonflants (7) au Marketing ! Ils nous pondent des réunions (8) sans arrêt, là ! Appelle-les. Décommande.
– Ouais, ça nous arrangerait (9), ouais.
– OK.
– Allo ? Oui, c’est Linda. Oui, non (10) mais je comprends bien mais est-ce qu’on ne peut pas déplacer la réunion de 18h pour décider de l’heure de la réunion de demain? Oh bah… Oh bah oui, ça c’est super alors. Oui. Génial (11)! Merci, hein, merci. Ça y est ! (12) No problemo. (13)
– Ah bah super !
– Oh ouais, ils sont sympas (14), hein. Ils l’ont mis (15) lundi en huit, le 9.
– Bah non, Linda. On a déjà notre réunion.
– Ah bah oui ! Je suis bête !(16)
– Ça , on savait, oui…
– Oui, ça pour ça, pas besoin de réunion, hein…
– Hein ? (17)
– Non, non. Rien.

Quelques explications:
1. être partisan de quelque chose / de faire quelque chose: être pour quelque chose / pour faire quelque chose. Y être favorable.
2. lundi en huit: pas lundi prochain mais le lundi de la semaine suivante.
3. c’est pas mal: c’est plutôt une bonne idée.
4. un planning: c’est l’emploi du temps où on indique tout ce qui est prévu.
5. Flûte! : c’est une exclamation comme « Zut! », ou « Mince! », quand on réalise que quelque chose pose problème. Ce sont les versions polies. La version plus vulgaire serait: « Merde ».
6. Faut que: Il faut que… A l’oral, on ne dit pas « il », quand c’est un style familier.
7. gonflant: pénible, casse-pieds. (très familier). On peut dire aussi: Ils nous gonflent.
8. pondre des réunions: c’est péjoratif. Cela sous-entend qu’ils organisent des réunions pour un oui, pour un non, sans réel besoin, et sans arrêt. (familier)
9. ça nous arrangerait: ce serait bien pour nous / ce serait plus pratique.
10. oui non mais… : à l’oral, on emploie souvent ces mots contradictoires quand on veut dire qu’on comprend le problème ou la situation mais qu’on voudrait quand même faire autrement.
11. Génial! : c’est comme « Super ». (familier)
12. ça y est: on dit ça quand on a atteint un but, quand on a fini quelque chose, pour dire que c’est fait.
13. no problemo: c’est la version pseudo espagnole de « Pas de problème », que certains emploient parfois.
14. sympa: gentil. C’est la version courte et familière de « sympathique ». On emploie presque toujours la forme abrégée à l’oral.
15. Ils l’ont mis: il faudrait dire « Ils l’ont mise », en accordant au féminin, car il s’agit de la réunion. Mais beaucoup de Français ratent cet accord, un peu difficile, avec le complément placé avant le verbe, c’est-à-dire l’ qui remplace « la réunion ». On dit: ils ont mis la réunion le 9. (Pas d’accord car réunion est après le verbe). Mais on doit dire: Ils l’ont mise. (Accord car l’ est avant le verbe)
16. bête: stupide, idiot(e). On dit ça quand on se rend compte qu’on a fait une petite erreur.
17. hein ? : on peut dire ça quand on a mal entendu, pour faire répéter. Mais ce n’est pas considéré comme très poli. (C’est comme « Quoi? ») On apprend aux enfants qu’ils faut dire « Comment ? » dans ces cas-là.

* la réunionite: c’est la tendance à organiser trop de réunions, qui en général ne donnent pas de vrais résultats. Ce mot est fabriqué sur le modèle des noms de maladies (une bronchite, une laryngite, une tendinite, une phlébite, etc…) pour donner l’idée que c’est un des maux dont souffrent certaines entreprises. Et si c’est très grave, on parle même de réunionite aiguë !

Travailler plus longtemps ?

Pour avoir le droit de prendre sa retraite en France actuellement, il faut avoir 60 ans. Si vous n’avez pas cotisé assez longtemps pendant votre vie active, c’est-à-dire si vous n’avez pas travaillé pendant les 160 trimestres réglementaires, votre retraite sera plus faible. Sinon, vous pouvez continuer à travailler plus longtemps.

Le débat actuel porte sur l’âge de départ que le gouvernement veut reculer de plusieurs années. Donc plus personne n’aura la possibilité de partir à la retraite à 60 ans, retraite complète ou pas. Cela pose le problème des métiers pénibles. Mais qu’est-ce qu’un métier pénible ? Cela pose le problème du chômage des jeunes qui ont besoin que leurs aînés prennent leur retraite pour accéder à ces postes. Cela pose le problème de l’emploi des seniors – terme stupide pour éviter de dire « vieux » – qui ont un mal fou à retrouver du travail si par malheur ils sont licenciés vers 45-50 ans… Cela pose le problème de la qualité de vie de chacun dans notre société.
Oui, je sais, il y a des tas de pays où les gens sont obligés de travailler plus longtemps…

Voici quatre Français qui expliquent comment ils voient les choses, en fonction de leur parcours personnel et professionnel:
Paul et Marie, 62 ans.
Isabelle, 45 ans.
Michel, 55 ans

(Personnellement, je me souviens que quand j’étais élève, je préférais avoir des jeunes profs ! Alors, devoir enseigner jusqu’à 65 ans ou peut-être plus ! Je plains mes futurs étudiants !)


Transcription:
Paul :
Vous savez, le métier de consultant est pas un métier difficile. C’est un métier qui… qui nécessite de pas trop dormir mais… mais tout de même, c’est pas un métier très… très usant. Moi, je peux travailler jusqu’à 70 ans, même si j’ai déjà fait un infarctus. Ma santé me le permettra sans doute. Si ça nous fatigue pas de continuer à travailler, continuons à travailler ! Ça me plaît de travailler, et voyager, de rencontrer des gens, d’écouter.

Marie:
– Je me sens capable de travailler encore huit ans s’il le fallait. Moi, je suis d’un milieu de professions libérales (1). Les avocats et les médecins dans ma famille ont tous travaillé jusqu’à 70-72 ans sans aucun problème. Je suis très en forme physiquement. Intellectuellement aussi, je l’espère. On me demanderait d’arrêter, tout de suite, je me remettrais dans une autre activité professionnelle.
– Pourquoi ? La retraite vous fait peur ?
– Sûrement. Et puis, ça donne forcément un coup de vieux (2), faut bien le dire !(3)

Isabelle:
J’ai travaillé de 18 ans à 38 ans. Ensuite, j’ai été obligée de m’arrêter de travailler pour des raisons personnelles. Et maintenant, je n’ai que 80 trimestres (4), ce qui fait que si je veux avoir une retraite convenable, il faudrait que je travaille jusqu’à 70 ans, voire plus (5). Ça sera pas possible. J’habite en banlieue , j’ai une heure et demie de transports, j’ai eu un cancer, j’ai eu des tas de choses. Entre le stress, le mal-être, entre les grèves de RER (6), les… la météo comme ce matin où on part plus tôt de peur que… C’est… c’est usant. C’est pour ça que moi, je pense pas que ça soit (7) une bonne idée de prolonger trop… Et puis bon, bah, je pense qu’on va pas travailler en sifflant (8) le matin à cet âge-là. C’est ça le problème, quoi.

Michel:
Ce qui est très surprenant quand on est demandeur d’emploi à mon âge, c’est que, en fait, tout ce que l’on pensait être des qualités, c’est-à-dire son expérience, son savoir-faire, sa connaissance de la société, ça devient en fait un handicap. Je sais pas s’il y a une ségrégation anti-vieux mais je suis à peu près sûr que dans la sélection des CV par exemple, on fait partie du premier tas des gens sortis, c’est-à-dire qu’on est sorti tout simplement à cause de notre âge, point final (9). Et très concrètement dans mon cas, en un an et demi, si j’ai eu une dizaine de contacts avec des entreprises susceptibles de me recruter, c’est le maximum. Théoriquement, ma retraite, c’est dans six ans. J’ai encore deux ans de chômage (10) et entre les deux, je sais pas ce que je ferai. Je pense très clairement que je serai au RMI (11). C’est ce que j’ai dit à mon employeur quand… quand il me licenciait. Je lui ai dit « Quand… quand on licencie une personne de 55 ans, on la met au RMI, faut le savoir. » Moi j’ai envie de travailler plus longtemps,vous savez. Je pense qu’on peut apporter un certain nombre de choses à une entreprise, mais quand vous avez au-delà de 45 ans, vous ne trouvez pas de travail, point final.

Quelques détails :
1. les professions libérales : les professions où on n’est pas salarié d’une entreprise ou employé par une administration. On dit qu’on travaille en libéral.
2. donner un coup de vieux à quelqu’un : faire sentir tout d’un coup qu’on est vieux.
3. Faut bien le dire = Il faut bien le dire  : on est bien obligé de l’admettre. On ne peut pas le nier.
4. les trimestres : la retraite se calcule en France en fonction du nombre de trimestres pendant lesquels on a travaillé et donc cotisé pour la retraite.
5. voire plus : et même davantage
6. le RER : A Paris, il y a le métro et le RER. Les lignes de RER traversent Paris et desservent les banlieues plus lointaines. (RER = Réseau Express Régional) Elles sont identifées par des lettres : ligne A, B, etc… (Les lignes de métro portent des nombres.)
7. Elle prononce « ça soye », ce qui n’est pas correct. Mais c’est très courant comme faute à l’oral.
8. en sifflant : siffler montrerait que vous êtes content, joyeux.
9. point final : un point c’est tout. Il n’y a rien à rajouter.
10. Il a encore 2 ans de chômage : il va toucher les allocations de chômage encore 2 ans et après, il n’aura plus rien s’il ne retrouve pas d’emploi.
11. le RMI : Revenu Minimum d’Insertion : c’est une allocation qu’on touche quand on n’a plus droit à aucune allocation de chômage. Mais c’est vraiment très « minimum ». Il a été remplacé récemment par le RSA, le Revenu de Solidarité Active.

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