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Mercenaire

mercenaire

Quel bon film !
Le titre ne m’avait pas accrochée, il n’évoquait pas grand chose pour moi. Et ensuite, à cause de la vague idée que cela se passait dans le milieu du rugby, j’allais laisser passer l’occasion de voir ce très beau film !

Il y a donc des mercenaires dans le milieu du rugby: ce sont les jeunes Wallisiens ou Calédoniens venus de ces morceaux de France perdus à l’autre bout du monde, ces garçons achetés par les petits clubs de métropole et qui rêvent de faire une belle carrière ici.
C’est une histoire de famille et de traditions où les fils se déchirent avec leur père, une histoire de sport avec ses grands moments d’exaltation et ses petitesses sordides, une histoire de déracinement, de solitude et parfois de racisme.

C’est le récit du voyage de Soane, qui le mène et le malmène de la Nouvelle Calédonie au sud-ouest de la France et qui le fait entrer dans l’âge adulte, au prix d’épreuves qu’il n’imaginait pas en quittant sa terre natale et les siens.

La Nouvelle Calédonie n’y est pas l’habituelle carte postale aux plages parfaites et exotiques. Elle est rude, pauvre et belle. Les petits clubs de rugby, avec leurs vestiaires vétustes et leurs problèmes d’argent, n’y font pas rêver tous les jours de grande épopée sportive. On est dans la mêlée, dans la réalité, ici et là-bas, en français et en wallisien. On sort plus riche de cette découverte. (Et j’ai pensé à nos quelques étudiants calédoniens qui atterrissent chaque année à l’aéroport de Marseille pour étudier ici deux ans ou plus.)

mercenaire-bande-annonce
Regardez la bande annonce ici.

Transcription:
– Elles sont où, tes valises ? (1)
– J’en ai pas.
– Abraham, ton pilier (2) de 140 kilos, là, qui en a perdu vingt (3) dans l’avion, en tongs (4), en short, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?
– Tu crois quoi ? (5) Que je vais te trouver un contrat comme ça, en claquant des doigts (6) ? Pourquoi tu es pas rentré au pays  (7)?
– Tu es un All Black ?
– Je suis français. Wallis (8), c’est la France.
– Qu’il vienne me chercher ! Moi, je l’attends ! Il croit que j’ai peur de lui ?
– Tu connais pas l’histoire de ma famille. Si je pouvais, je l’effacerais.
– Soane, c’est qui, ces mecs  (9)?
– C’est tout ce que j’ai.

Quelques explications
1. Elles sont où, tes valises ? : cette question est uniquement orale, avec avec le pronom (elles) placé avant le nom (valises) qu’il remplace avec cette répétition du sujet et avec cet ordre des mots. (pas d’inversion du sujet et du verbe).
2. Un pilier : c’est l’un des postes dans une équipe de rugby, pour lequel on a besoin de joueurs très puissants et donc lourds.
3. Qui en a perdu 20 dans l’avion : c’est ironique. Soane vient de répondre au responsable du club de rugby qu’il pèse 120 kilos alors qu’Abraham leur avait promis un joueur de 140 kilos. Donc le responsable se sent trompé sur la marchandise !
4. Des tongs : ce sont des sandales en plastique très sommaires qu’on porte l’été.
5. Tu crois quoi ? : Autre question orale et très familière. La version plus standard = Qu’est-ce que tu crois ? Dans les deux cas, c’est ce qu’on dit quand on est en colère contre quelqu’un, quand on reproche à quelqu’un de ne pas voir la réalité. (Cette question ne sert jamais à demander à quelqu’un ce qu’il pense.)
6. En claquant des doigts : comme par magie, sans faire d’effort particulier.
7. Rentrer au pays : c’est retourner dans sa région d’origine.
8. Wallis : c’est un territoire d’outre-mer français, au nord de la Nouvelle Calédonie.
9. Ces mecs : ces hommes (très familier) Et en général, quand on pose cette question, on exprime un sentiment d’hostilité.

Dans les sous-titres du wallisien :
1. Tu te démerdes : tu te débrouilles, tu trouves une solution par toi-même. (très familier, plutôt vulgaire) C’est un ordre, comme Démerde-toi, mais encore plus abrupt.
2. Tu as beau te cacher : même si tu te caches…

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Mettre l’ambiance, tout un art !

France Irlande

Les choses sérieuses commencent vraiment maintenant paraît-il pour les amateurs de football. Les Français et les Irlandais attendent donc le match de cet après-midi avec impatience. Certains en font une possibilité de revanche sur un match où les Irlandais avaient été éliminés injustement à cause d’une main d’un joueur français qui avait changé le cours du match.

Mais pour les supporters irlandais, tout cela n’est que du sport et donc l’occasion de faire la fête à Lyon, pas de tout casser comme on l’a vu début juillet à Marseille lors d’un match Russie-Angleterre.

Voici les mots d’un supporter irlandais au français impeccable et de deux supporters français qui regrettent de ne pas savoir aussi bien chanter !

Supporters irlandais et français

Transcription

– On aime chanter et faire la fête. On essaye d’être sympas, on essaye d’être bien vus (1) par les autres parce qu’on n’a pas envie de faire mauvaise réputation (2) en dehors de notre pays, quoi ! (Parole d’Irlandais)

– On fait pas le poids (3). Les matchs de foot, les pubs, l’ambiance (4), c’est leur truc. (5)
– Ça va être dur. C’est pour ça qu’on est venus là, nous, pour montrer un peu qu’il y a aussi des Français qui sont prêts et qui sont aussi motivés qu’eux. Et… Les Français, il y a pas d’ambiance (4), il y a deux, trois chants comme ça qui viennent : la Marseillaise (6), Allez les Bleus, et voilà, on n’a pas vraiment de chants comme eux ils ont des centaines et des centaines de chants ! C’est ça, nous, on est censés (7) être meilleurs sur le terrain mais moins bons en tribune (7). (Parole de Français)

Quelques détails :
1. être bien vu : laisser une bonne impression et être apprécié. Par exemple : Il est bien vu par ses chefs car il a toujours une attitude positive. Le contraire : être mal vu. Et de façon dynamique, on dit : se faire bien voir / se faire mal voir. Par exemple: Si tu continues, tu vas te faire mal voir de tes profs. / Il essaie toujours de se faire bien voir.
2. Faire mauvaise réputation : ce n’est pas tout à fait ce qu’on dit en français. On a juste l’expression assez statique : avoir mauvaise / bonne réputation. On n’a pas vraiment de verbe qui va bien pour exprimer l’idée qu’il ne veut pas que les supporters irlandais soient la cause de la mauvaise réputation de leur pays. On pourrait dire aussi : On n’a pas envie de donner une mauvaise image de notre pays.
3. Ne pas faire le poids : cette expression signifie qu’on ne peut pas rivaliser, qu’on n’est pas assez bon en face des autres, qui eux sont plus forts, bien meilleurs. Par exemple : Les consommateurs isolés ne font pas le poids face aux intérêts des grandes entreprises.
4. L’ambiance : c’est l’atmosphère générale d’un événement. On dit qu’il y a une bonne ambiance ou au contraire une mauvaise ambiance. On dit aussi : Il n’y a pas d’ambiance (dans une fête par exemple), ce qui signifie que c’est très ennuyeux.
5. C’est leur truc = ils savent faire, ils sont bons dans ce domaine. (familier)
6. la Marseillaise : c’est l’hymne national de la France.
7. Être censé faire quelque chose : c’est ce qui est prévu, ce qu’on attend de la part de quelqu’un. Beaucoup de Français font une faute d’orthographe sur ce mot qui se prononce comme l’adjectif sensé (= raisonnable, intelligent)
8. en tribune : c’est-à-dire dans les tribunes, (le lieu où sont installés les spectateurs dans un stade), où les supporters créent une ambiance de fête et font le spectacle.

Petite remarque:
Les supporters français chantent bien eux aussi. Mais c’est au rugby et dans le sud-ouest de la France !

Et sur France Bienvenue, vous pouvez écouter ou réécouter Gaël et Thomas qui parlaient en 2009 du match France-Irlande gagné injustement par les Français.

Vous pouvez aussi y écouter Laurent qui avait apprécié l’ambiance irlandaise lors d’un voyage à Dublin.

Oh, ces Français !

128 - Berlin - L'Ampelmännchen est allemandC’est toujours intéressant d’écouter ce que pensent ceux qui vivent ailleurs que dans le pays de leur enfance. Ils mettent le doigt sur ce qui les gênent dans leur nouvelle vie, sur tout ce qu’on ne remarque pas quand on est né avec.
C’était le cas la semaine dernière à la radio, dans une émission où des Allemands et des Allemandes parlaient de leur vie en France. La France, pays d’adoption, aimé, choisi, mais dépeint comme agaçant par certains côtés !
Je me demande si on ne reste pas pour toujours attaché au pays qui nous a vus grandir, marqué définitivement par des habitudes, des façons de faire et de penser, ce qui entraîne ce regard lucide et critique sur l’ailleurs, très intéressant à condition de ne pas devenir caricatural, voire agressif et dépourvu de générosité et de tolérance. (C’est en général ce qui me fait arrêter la lecture de certains blogs d’expatriés dont les analyses tournent à l’aigreur!)

Oh,ces Français!

Transcription
– Vous avez un regard très amusé. Vous avez pas l’air d’être trop irrité par tout ça.
– Parce que c’est ça aussi… et peut-être, en tout cas c’est pour moi la raison pourquoi (1) je me sens bien en France, peut-être même mieux qu’en Allemagne, parce que il y a une certaine légèreté de prendre (2) les difficultés, de prendre la vie. Et j’adore aussi dans les rapports professionnels cette légèreté, l’humeur (3), la place à l’humour…
– L’humour.
– L’humour. Ici, on adore de jouer (4) dans le deuxième degré (5). Ça veut dire que on va toujours être un peu en décalage, la façon dans laquelle (6) on s’exprime, on fait des jeux de mots. On est assez souvent dans le deuxième degré et on s’exprime souvent entre les lignes (7). Et ça, c’est vraiment un art qui (8) maîtrisent parfaitement les Français.
– Vous riez plus en France qu’en Allemagne ?
– Tout à fait. Je passe plus de temps à la cafétéria (9), je ris plus, je tchatte (10) plus. Donc c’est moins efficace peut-être, mais plus vivant.

– Ils (Les Allemands) perdent pas de temps. Ils arrivent au boulot, bah ils s’y mettent et ça dépote (11). Par exemple, la prise de rendez-vous. Je prends rendez-vous avec quelqu’un, je dis : « C’est OK pour jeudi 11 heures. » Donc c’est noté dans mon agenda (12), pour moi, c’est bon (13). Systématiquement, ici, on me rappelle la veille : « C’est toujours bon pour demain 11 heures ? » Je dis : « Bah oui ! On avait convenu (14) demain jeudi 11 heures ». Donc pour moi, il y a pas besoin de le reconfirmer. En Allemagne, vous prenez un rendez-vous, plus personne vous le reconfirme parce que c’est comme ça, c’est noté dans l’agenda, point. (15)
– C’est vrai. C’est dans nos mentalités. On a été élevé comme ça, qu’une fois que tu t’engages à faire quelque chose, tu le dois et tu le finis. Et ici, c’est vrai, même quand j’étais étudiante, quand je suis arrivée, j’avais 19 ans, et je me rappelle très bien, avec mes copains de la fac (16) à l’époque (17), un rendez-vous à 15 heures, bah j’étais la seule à être là à 15 heures ! Déjà à l’époque ! Mais parce que c’était pas grave (18), c’était comme ça. C’est… Bah c’est aux alentours de…
– Et ce qui fait en même temps le charme des Français.
– Donc moi je dis, on peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre (19). Et on est quand même très bien ici. Moi, j’ai pas envie de partir. Quelque part, c’est aussi mignon, en fait. Parfois, c’est agaçant et j’ai envie de les baffer (20). Mais… mais c’est pas grave !
– Eux, je crois que très souvent, ils ont envie de nous baffer !
– Oui, bon ça, c’est une certitude ! Mais parfois, je démarre des rendez-vous en disant : « Je vous préviens, je suis allemande psycho-rigide. Maintenant on va pouvoir travailler. »

– Une vraie différence, je crois, et elle est visible : vous vous baladez (21) en Allemagne et vous vous baladez ici, c’est la propreté. Voilà. C’est peut-être un peu bête à dire mais les trottoirs à Paris, les trottoirs à Münich, c’est pas pareil. Et je trouve ça dommage parce que c’est un espace de vie qu’on partage et pour moi, c’est une question de respect d’autrui de ne pas salir cet espace-là. Je ne jette pas mes papiers par terre, je ne fais pas déborder une poubelle. Et ici quand même, c’est fait avec une allégresse désinvolte qui me fait halluciner. Je ne comprends pas. Ça a l’air bête comme ça, à Paris, je marche les yeux rivés sur le trottoir. Je ne peux pas regarder autour de moi parce que je suis obligée de voir où je marche. Enfin, moi… Je pense que c’est le cas pour tout le monde. Sinon tu risques de… Hein, non ?
– Vous pensez à la crotte de chien ?
– Par exemple! Oui. C’est exactement ça.
– Vous avez des enfants ?
– Oui.
– Donc ils sont à l’école ?
– Oui.
– Votre regard sur l’école en France versus (22) l’école en Allemagne ?
– Ah oui ! Il y a une chose quand même, je peux dire, parce que peut-être quelqu’un peut donner une réponse. Vous avez énormément d’heures de cours, enfin, mes enfants rentrent très tard, je trouve, de l’école. J’ai pas l’impression qu’ils apprennent plus de choses que ce que j’ai appris, moi, quand j’étais en Allemagne à l’école où on avait beaucoup moins d’heures de cours. Je n’ai pas l’impression d’être sortie de mon bac avec un bagage (23) inférieur à celui qu’auront mes deux filles. Alors, comment ça s’explique ? Je sais pas.
– Ils rentrent à 18 heures, ils ont encore des devoirs, ils doivent préparer des contrôles. Et entretemps, ils doivent manger et se laver les dents… je sais pas, j’ai… Ils font rien d’autre, quoi ! Et j’ai toujours l’impression qu’en Allemagne, à mon époque, c’est sûr, on finissait à 2 ou 3 heures de l’après-midi, on avait des devoirs, certes (24), mais après, on avait une vraie vie.
– A mon avis, on met pas assez le curseur sur les activités artistiques, culturelles, sportives. C’est ce qu’on a beaucoup eu en Allemagne. Un exemple tout bête : à l’école, en tout cas en Bavière, on apprend le solfège (24). Ça fait partie de l’enseignement. Je trouve ça important parce que beaucoup d’enfants en Allemagne apprennent un instrument sans être obligés d’aller au Conservatoire (25) ou de prendre des cours en plus.

Des explications :
1. c’est la raison pourquoi : normalement, on dit : c’est la raison pour laquelle… Sinon on dit : C’est pourquoi…
2. une légèreté de prendre la vie : il faut dire : une légèreté dans la façon de prendre la vie.
3. L’humeur : je ne sais pas si c’est bien ce qu’il dit, à cause de sa prononciation et parce qu’ensuite, il parle de l’humour. Si c’est bien le mot humeur, je pense qu’il voulait dire : la bonne humeur.
4. On adore : ce verbe n’est pas suivi de la préposition « de ». On dit : on adore jouer.
5. le deuxième degré : cette expression indique qu’on utilise des mots mais qu’il ne faut pas les prendre littéralement. Il faut les interpréter différemment, parce que la personne qui les dit veut faire de l’humour par exemple. En général, on dit plutôt : le second degré.
6. La façon dans laquelle on s’exprime : il faut dire : la façon dont on s’exprime
7. entre les lignes : cette expression fait écho à celle sur le second degré juste avant. Cela signifie qu’il faut dépasser les mots et comprendre ce qu’il y a derrière, les interpréter, décrypter le message.
8. Qui : ici, il faut dire : C’est un art que maîtrisent les Français. (Les Français maîtrisent l’art de jouer avec les mots.)
9. la cafétéria : en fait, il veut dire qu’il prend davantage le temps de déjeuner, comme le font un certain nombre de Français. (pas tous, contrairement aux clichés!)
10. tchatter : le mot anglais chat est passé dans la langue française, avec une orthographe transformée. Il aurait pu dire : bavarder, discuter.
11. Ça dépote : ça avance très vite, sans perte de temps. (familier)
12. un agenda : juste une petite remarque sur la prononciation : on ne prononce pas la deuxième syllabe avec le son « en » mais avec le son « ain »
13. pour moi, c’est bon : cela signifie qu’il n’y a rien de plus à faire, que c’est d’accord, comme elle l’explique ensuite.
14. On avait convenu = on avait décidé, on s’était mis d’accord. Normalement, ce verbe se conjugue avec l’auxiliaire «être» : nous étions convenus. Mais presque personne ne le sait, donc la plupart des Français pensent que ceux qui utilisent la forme correcte avec « être » font une faute.
15. Point : c’est le signe de ponctuation à la fin d’une phrase. Donc à l’oral, dire « Point » indique qu’il n’y a rien de plus à dire, que c’est comme ça. On dit aussi : Un point, c’est tout.
16. La fac : l’université. (abréviation familière de la faculté)
17. à l’époque : on utilise cette expression pour évoquer une période passée déjà un peu éloignée.
18. C’est pas grave : ce n’est pas important, ça n’a pas de conséquences. Cette phrase permet d’excuser quelque chose.
19. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : cette expression familière signifie qu’on ne peut pas avoir tous les avantages en même temps.
20. Baffer quelqu’un : mettre une baffe à quelqu’un, c’est-à-dire mettre une gifle / une claque à quelqu’un. (Très familier) On emploie cette expression au sens figuré en général pour dire qu’on est très irrité par quelqu’un. On entend plus souvent : j’ai envie de lui mettre des baffes.
21. Se balader : se promener (un peu plus familier). (avec un seul L, contrairement à ce qu’écrivent beaucoup de Français.)
22. versus : on entend de plus en plus ce mot qu’emploient les anglophones. En français, jusque-là, on disait par exemple : comparé à
23. un bagage : des connaissances, des compétences
24. Certes = c’est vrai
25. le solfège : l’écriture de la musique. Donc faire du solfège, c’est apprendre par exemple à lire une partition.
26. un Conservatoire: en général, c’est une école de musique, où il n’est pas toujours facile d’entrer, selon le niveau de ce lieu de formation musicale.

Clichés, idées reçues et vérités :
– Personnellement, je suis toujours à l’heure à un rendez-vous et au travail ! Dans mon entourage et dans mon milieu professionnel, je connais très peu de gens qui ne sont pas à l’heure. Mais c’est vrai que certains Français sont de façon chronique incapables d’être à l’heure, ce qui n’est pas particulièrement bien vu, même en France !
– Personnellement, je n’ai jamais jeté un papier par terre, je n’ai jamais fait déborder une poubelle, mes parents, mes grands-parents nous ont éduqués comme ça. Mes enfants, mes amis, mes connaissances sont respectueux eux aussi de leur environnement. Mais c’est très vrai que ce n’est pas le cas de tout le monde, à Marseille notamment ! Cela nous choque de voir ce manque d’éducation et de civisme qui salit une si belle ville. Haro sur les incivilités!
– Oui, beaucoup de propriétaires de chiens ont encore d’énormes progrès à faire! Oui, cela nous agace profondément de voir l’état des trottoirs quand les maîtres ne respectent pas les règles élémentaires de propreté.
– Oui, oui, oui, nous avons d’énormes progrès à faire pour que tous les enfants aient accès aux activités artistiques. C’est effarant de voir que si peu d’entre eux font de la musique, parce que le système est trop élitiste en France et que les cours de musique dans les collèges ne sont pas pris au sérieux. De quel plaisir tous ces enfants sont-ils privés !

Et pour finir, quel beau français ont ces deux Allemandes !

L’émission tout entière est ici.

Cartes de voeux

Cartes de voeux

C’est la période des traditionnels voeux de bonne année. Aujourd’hui, il n’y a que l’embarras du choix : par SMS, par mail, par cartes virtuelles, sur les réseaux sociaux, au téléphone. Mais aussi avec un vrai stylo et une vraie carte sur du vrai papier! C’est le moment de l’année où nos boîtes aux lettres se remplissent d’autre chose que des factures (d’ailleurs de plus en plus rares sur du papier) ou des publicités. Et apparemment, ces cartes-là tiennent bon, malgré tout ce qu’on pourrait penser. Pour le plus grand plaisir des commerçants qui n’ont donc finalement jamais cessé d’en vendre :

les cartes de voeux

Transcription :
Ah bé (1), la carte de vœux cette année, oui, c’est vraiment même surprenant ! C’est beaucoup, beaucoup plus que les années précédentes – je dirais presque le double – tant et si bien que (2) je n’en ai pratiquement plus. Faut (3) que j’en reprenne, là (4), très prochainement. Très, très vite (4). Très, très vite, je sais pas pourquoi, aussi bien (6) les cartes de… de Noël que les cartes de vœux sont parties (7). Ils (8) ont retrouvé ça parce que en fait, ça laisse une… une trace. Ils sont contents deux, trois ans (9) après de ressortir des tiroirs une carte qui a été envoyée par quelqu’un de la famille ou ami et ils ont plaisir à la relire, à revoir l’émotion du moment. La carte, elle laisse vraiment une trace. Paraît que (10) partout, partout la carte aurait repris, d’après mes fournisseurs, hein. Ah oui, oui, oui, il faut que je restocke un petit peu parce que sinon, je vais pas tenir le coup* (11), c’est pas possible. Mais tant mieux ! (12) Tant mieux, parce que c’est quand même un petit peu aussi la base des fêtes.

Quelques détails :
1. Ah bé : c’est comme Ah bah (qui est ce qui reste à l’oral de Eh bien). On entend le son « é » dans le sud de la France.
2. tant et si bien que : cette expression marque la conséquence. C’est comme : à tel point que / au point que.
3. Faut que : il faut que.
4.  : comme très souvent à l’oral, « là » a perdu son sens strictement spatial et s’intercale naturellement dans la phrase, pour désigner la situation dans laquelle on se trouve.
5. Très vite : il manque la question qui devait être quelque chose comme : Elles se sont bien vendues ? / Vous avez vendu vos cartes de vœux ?
6. Aussi bien… que… : cette expression sert à mettre en valeur de façon égale les deux choses qu’on mentionne. Par exemple: Je lis beaucoup, aussi bien de vrais livres que sur ma liseuse.
7. Les cartes sont parties : quand on parle de produits qu’on vend, le verbe partir indique que tout s’est vendu, qu’il n’en reste plus.
8. Ils = les gens
9. deux, trois ans : à l’oral, on omet souvent « ou » dans ce genre d’expression avec des petits chiffres qui se suivent : Il y avait quatre, cinq personnes. / C’était il y a sept, huit mois. / On se voit deux, trois fois par an. Mais on ne le dit pas avec un-deux. On dit : un ou deux ans / une ou deux fois / une ou deux personnes, etc.
10. Paraît que… : Il paraît que… A l’oral, de façon familière, on omet souvent ce pronom « il » impersonnel. Cette expression signifie qu’on a entendu dire ça.
11. Tenir le coup : résister, faire face à une situation compliquée. (familier) Donc ici, cela signifie qu’il ne pourra pas répondre à la demande.
12. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on se réjouit de quelque chose, pour soi-même ou pour les autres.

Cartes parfois convenues, poliment traditionnelles: « Bonne année, bonne santé. »
Mais aussi cartes qui permettent de renouer des liens distendus.
Ecritures variées, au stylo, à l’encre. Toutes ces choses dont on a un peu perdu l’habitude !
Cartes choisies, sincères, inattendues.
Je vous en lis quelques-unes :

Voeux

Transcription:
– En cette fin d’année, nous vous souhaitons tout ce que vous désirez, depuis les Antilles (1) où nous passons de bien agréables vacances. Amicalement.
– Chers tous, nous vous souhaitons une bonne année, une bonne santé et beaucoup de moments de bonne humeur et de joie. J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir et encore bonne année. Bises à tous.
– Bonjour à tous, et meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Qu’elle vous apporte beaucoup de bonnes surprises. Merci à Anne pour les nouvelles, cela fait toujours grand plaisir. Allez, gros bisous, et à bientôt j’espère.
– Toute la famille se joint à moi pour venir vous souhaiter à tous une bonne et heureuse année. Toutes nos amitiés.
– Nos meilleurs vœux à vous quatre, avec des satisfactions professionnelles et familiales. Tout le bonheur possible !
– Madame, je vous souhaite une bonne fête, une bonne année avec plein de bonheur. Je vous remercie beaucoup de toutes vos aides et de votre encouragement pour mes études ici. Ce tableau est l’image de la fête traditionnelle du Nouvel An au Vietnam. Un petit cadeau de tout mon cœur. Une étudiante vietnamienne en France.

* Tenir le coup : voici des exemples courants. On l’emploie souvent à propos de personnes mais pas toujours.
– Tu n’es pas trop fatigué avec ce décalage horaire ? Tu vas tenir le coup jusqu’à ce soir ?
– Elle était stressée. Elle n’a pas tenu le coup pendant son oral.
– J’espère que ma réparation va tenir le coup !

Tombés dedans quand ils étaient petits

Le troupeau
Des vaches dans des prés.
Des vaches qui vivent tranquillement leur vie.
Des vaches qui ont des prénoms.
Et deux jeunes éleveurs qui aiment leurs vaches et leur travail. Oui, il reste des agriculteurs qui font bien leur travail pour nous nourrir correctement. (Même si cette petite vidéo ne dit pas tout des difficultés que certains – ou beaucoup – rencontrent pour continuer à vivre de la terre.)

Pour regarder ces deux jeunes agriculteurs, c’est ici.

Transcription
– Chips, Azalée, Ballerine, Bavière, Energie, Douce, Cannelle.
– C’est moi qui les baptise et c’est important. Il y a pas… C’est pas un nom au hasard. (1)
– Fraise, Effrontée. Ah, Alaska aussi, j’ai pas dit. Ah, comment elle s’appelle, elle ?
Je suis un pur produit bio. Je suis né… je suis né dans la bio puisque c’est… On est la troisième génération du coup avec Stéphane. Je suis tombé dedans, comme Obélix dans la marmite. (2)
On a retrouvé un peu dans… dans notre travail, c’est… c’est ce qu’on avait oublié avec le système productiviste. On est vraiment reparti dans une vraie démarche (3) où bah on observe vraiment tout ce qui se passe.
– Allez, venez, venez, venez ! Doucement !
– Aujourd’hui sur la ferme (4), on a… on a des prairies à fleurs variées, ce qui fait qu’on a un lait qui est un lait doux, non acide, qui se rapproche du lait des montagnes.
On n’a pas forcément un métier facile. Mais on a quand même une situation vachement (5) agréable que… Tu es… Tu vis dans la nature, tu es pas pressé par le temps. Chez nous, on court plus (6), on prend le temps de vivre et tout. Puis bah je pense qu’on est fier aujourd’hui, au bout de… d’un demi-siècle, d’être encore là, que ce soit la troisième génération et que bah on peut faire perdurer ça, quoi, c’est… C’est ça qui est… enfin moi, je trouve vraiment génial (7), quoi.
Ça fait du bien de goûter au Vrai !

Quelques détails :
1. ce n’est pas un nom au hasard : c’est un nom choisi en fonction de la vache et de sa personnalité. Donc c’est assez amusant de voir une vache qui s’appelle Ballerine. Pas tout à fait l’image qu’on se fait d’une danseuse !
2. Être tombé dedans : cette expression vient de la bande dessinée que tous les Français connaissent : Astérix et Obélix, les deux Gaulois. Obélix, dont la caractéristique principale est sa force surhumaine, doit cette qualité au fait que lorsqu’il était petit, il est tombé dans une marmite (ou un chaudron) de potion magique. Donc quand on dit de quelqu’un qu’il est tombé dedans, à propos de ce qui fait sa personnalité, cela signifie qu’on parle du moment où cette passion est née et de la force de cette passion ou de ces qualités. Au contraire, lorsqu’on dit : Il n’est pas tombé dedans, cela signifie que la personne n’est pas vraiment douée pour une activité donnée !
3. une démarche : une façon de faire
4. sur la ferme : normalement, on dit : à la ferme. Ici, « sur » indique qu’il veut parler de leurs terres dans leur ensemble.
5. vachement = très (familier et seulement oral.) Et ça tombe bien d’utiliser ce mot quand on élève des vaches !
6. plus : écoutez comment il prononce ce mot : on n’entend pas le « L ». C’est fréquent dans certaines régions en France.
7. génial : super, très bien (familier, oral)

Pour simplement les écouter:

Les vaches de Stéphane et Gaetan

Et Obélix, qui est tombé enfant dans le chaudron de potion magique:

Asterix et Obélix

Transhumance

Hiver nomade1

J’étais en train de terminer ce billet mercredi matin quand les nouvelles terribles de l’assassinat des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ont commencé à tomber. Ce billet parlait de lenteur, de tranquillité, à la suite d’un beau documentaire sur lequel j’étais tombée quelques jours auparavant et qui m’avait emmenée sur des chemins et des petites routes de Suisse, aux côtés d’un grand troupeau de moutons, en plein hiver. Surprise car pour moi, la transhumance était synonyme d’été. Mais là, froid, neige, brume et silence. Voyage en compagnie d’un berger, d’une jeune bergère et de leurs chiens très habiles à conduire ce grand troupeau. Voyage d’un autre temps, très bien filmé. En voici un petit écho sonore. Quel dommage que vous ne puissiez pas voir ces images paisibles!

Transhumance

Transcription :
– Akem, viens, Akem ! Il y a combien de moutons, là, en tout ?
– Huit cents.
– 800 ! On dirait pas du tout, hein ! On dirait qu’il y en a nettement moins (1).
– Si vous les comptez, peut-être vous en trouverez nettement plus !
– Ah ouais ?
– C’est la première fois que vous voyez un troupeau de moutons ?
– Non, bah le voisin, là-bas en bas, il en a, des moutons. Donc c’est pas la première fois.
– Non, mais je parle d’un troupeau de transhumance.
– Non. Alors de… Oui. Oui, vu que déjà je sais pas ce que ça veut dire le mot transhumance.
– Vous savez pas ce que ça veut dire ?
– Pardon ?
– Transhumance ?
– Ouais ?
– Ça veut dire un déplacement d’un point à un autre, c’est un voyage.
– OK. Mais il y a un but défini ou bien…
– Alors le but, c’est de les faire… de les engraisser, de les faire manger. Et après, ils sont destinés à la consommation. Donc ils sont mangés.
– Les moutons.
– Oui.
– Vous faites ça pour combien de temps ?
– Quatre mois.
– Pendant quatre mois.
– Là, c’est la période morte, un peu, où la végétation est en repos. On glane (2) tout ce qui… tous les résidus, tout ce qui est resté.
– Ouais, ouais.
– Tout ce qui n’a pas pu être fauché ou récolté.

– Non, mais des jeunes, tu en connais qui… qui vont faire ce métier ?
– Non, malheureusement non.
– Ça va se perdre, ça. Ça va se perdre (3).
– Ouais. Oui, parce qu’il faut quand même… C’est une présence (4) quand même…
[…]
– Vingt-quatre heures sur vingt-quatre (5) avec le troupeau.
– Bah la semaine, c’est…
– Tu as pas de samedis, tu as pas de dimanches.
– Tu peux pas prendre de congés (6), hein.
– Et puis il faut être à tous les temps (7), je pense c’est comme un marin.
– Ouais.
– Il y avait beaucoup d’Italiens qui passaient chez nous avant. Que des Italiens.
– Ouais, parce que c’est vraiment une tradition bergamasque (8), tu vois. En fin de compte, j’ai commencé comme ça, avec des Bergamasques, en transhumance, pour apprendre. J’étais avec Piero Salmodeli. Alors, il parlait pas un mot de français, donc j’ai dû me mettre à (9) l’italien. Mais après, il était tellement content de moi – pourtant, j’étais à l’aide, moi, tu vois, alors j’étais […]. Alors après, il m’appelait l’Américain parce que je me débrouillais de partout (10), j’allais chercher la botte de paille, j’allais faire les courses, alors il était content. Puis en plus, j’étais motivé, quoi, parce que c’était quelque chose qui me tenait à cœur (11). Mais qu’est-ce que j’ai pu me prendre comme bordées (12), parce qu’ils sont… ils sont durs, les Bergamasques, hein ! En plus, pour le premier hiver, on buvait du lait, on allait chercher du lait dans la ferme, puis on mangeait du lard et puis… et puis du fromage, et puis terminé, hein ! On faisait même pas un feu !
– Même pas un feu !
– Non, on mangeait même pas chaud.
– Tu avais quel âge ?
– Bah j’avais vingt ans. Maintenant, ça fait quoi ? Trente-deux ans que je fais ça.
– Trente-deux ans ?
– Donc je tiens encore la route ! (13) Et puis…
– Tu as fait la première moitié !
– Tu en as encore pour… encore vingt ans !

– Oh Carole !
– Ouais !
– On passe par là, parce que le gars là, il veut pas qu’on traverse ses parcelles (14) là-bas.
– Ah, ils font chier (15), hein !

Des détails :
1. nettement moins / nettement plus : beaucoup moins / beaucoup plus.
2.Glaner : ramasser les épis de blé qui restent dans les champs après la moisson.
3. se perdre : ici, cela signifie disparaître. On peut l’employer à propos de traditions, de savoirs, de connaissances, de compétences par exemple.
4. C’est une présence : cela signifie que le berger est obligé d’être présent tout le temps.
5. 24 heures sur 24 : de la même façon, on dit : 7 jours sur 7.
6. des congés : des vacances.
7. Il faut être à tous les temps : cette phrase est un peu bancale. Il vaudrait mieux dire : Il faut être là par tous les temps, c’est-à-dire quelle que soit la météo.
8. Bergamasque : de la région de Bergame, en Italie.
9. Se mettre à quelque chose : commencer à faire quelque chose. Par exemple : il s’est mis au footing. / Il s’est mis au jardinage. / Elle s’est mise au bricolage.
10. De partout : il faut dire simplement partout.
11. Tenir à cœur : être important pour quelqu’un. En général, on l’utilise de la manière suivante, dans cet ordre : Que ses clients soient contents, c’est quelque chose qui lui tient à cœur. / Il fait tout pour ses clients. Ça lui tient à cœur.
On peut aussi utiliser l’expression avoir à cœur de + verbe : Il a à cœur de bien faire / de satisfaire ses clients.
12. Une bordée : en général, on parle d’une bordée d’injures, une bordée de coups, pour indiquer un nombre important de coups, d’injures.
13. Tenir encore la route : être encore en forme et capable.
14. Une parcelle : un morceau de terrain, dont les limites sont bien définies et qui appartient à quelqu’un.
15. Ils font chier : Ils nous cassent les pieds, ils sont pénibles. (C’est une insulte, peu polie évidemment.)

Le charcutier, les camping cars et les rillettes

Le charcutier au marchéVoici un autre écho de mes vacances. Un enregistrement pris sur le vif au marché dans une petite ville d’Ardèche.

Le charcutier et les clients juste avant nous s’étaient lancés dans une conversation haute en couleurs. Je vous en ai rapporté un petit bout car le temps que je sorte discrètement mon enregistreur, j’ai raté le début.

Sur les marchés, on entend souvent des choses comme ça, les gens discutent davantage que dans les magasins ordinaires. Sur les marchés, il y a du bruit ! Et quand en plus on a affaire à un charcutier qui a du baratin*, ça donne ce qui suit ! Rien d’impérissable, mais de l’authentique. Allez, je vous emmène au marché.

Pour que vous ne soyez pas trop perdus, voici les « personnages »:
– le charcutier qui fait de l’humour et s’y connaît en camping cars.
– une cliente et son mari.
– Gérard, un ami à eux et sa femme, qui venaient juste d’arriver de la Rochelle en camping car.

Ou ici : Le charcutier au marché

Transcription :
– Il est pas passé par la bonne route.
– Oui. Il s’est perdu. Il s’est perdu à… Il a pris la route de…
– Vernoux ?
– Vernoux. Il a pris en bas, là, le col (1). Il s’est trompé !
– Pas bon ! Vous avez fait le col (2) ? Oh là, là, là ! (3)
– Là, c’est mortel (4), hein.
– On s’était fait avoir (5) à l ‘Alpe d’Huez (6), avec le camping car (7). On avait fait l’Alpe d’Huez en descente. Et en bas, on s’est arrêtés. Eh bah, les enjoliveurs (8), on les a vus fondre. Il faut rouler parce que les freins, ils sont tellement chauds, il faut les refroidir.
– Non, non, mais c’est… C’est impressionnant, ouais, ouais.
Parce que les plaquettes de freins, à un moment donné, bah elles freinent plus, hein. Tu as beau appuyer (9) sur la pédale…
-Ah oui, oui oui. C’est pour ça, mais après, vous prenez la route et vous roulez.
– Parce qu’après aussi, quand on veut s’arrêter et ça freine pas, ça fait tout drôle (10), et qu’il y a une voiture devant aussi.
– Et avec ça, qu’est-ce qu’on met (11) ?
– Je sais pas. Je vais regarder. C’est quoi (12), là, derrière ?
– Hein ?
– C’est quoi ça, derrière ? Là, ça.
– De la rillette. (13)
– C’est de la rillette ? Eh bah, un petit bout de rillette alors. Vous l’aimez, vous ?
– Oh bah moi, j’aime tout, moi. Mais personne m’aime.
– Là, bon. Chéri ?
– C’est bon, moi.
– C’est pas du porc, hein, c’est du cochon, madame. (14)
– C’est pas pareil.
– Ouais, ça a pas le même nez.
– Eh non, rien à voir ! (15)
– Ah bah non.
– Voilà de la rillette.
– Et ça sera tout, chef. (16)
– Ça vous fera 19,55 € s’il vous plaît. Hop là ! (17)
– J’ai 55.
– Vous les avez ?
– Ouais.
– Bah alors, ça revient plus qu’à 19. C’est moins cher. (18)
– Merci.
– Bonne journée.(19)
– Merci.
– C’est Gérard qui porte ?
– Ah oui, oui.
– C’est un costaud (20), Gérard, ho ! A la Rochelle là-bas, ils sont costauds, il paraît.
– Allez…
– A bientôt.
– A la prochaine (21). Merci.

Des détails :
1. un col : c’est un passage en montagne qui permet d’aller d’une vallée à une autre.
2. Faire un col : franchir un col, passer par un col.
3. Oh là là ! : cette exclamation exprime le fait qu’il imagine comme ça a été difficile de passer le col avec un camping car.
4. C’est mortel : c’est vraiment difficile, ce n’est pas bon du tout de faire ça.
5. Se faire avoir : se faire piéger, se laisser embarquer dans une situation difficile qu’il aurait mieux valu éviter. (familier)
6. l’Alpe d’Huez : si vous suivez le Tour de France, vous savez que c’est un village et une station de ski dans les Alpes. La route qui y mène est difficile, avec ses très nombreux lacets. Et en descente, le problème, c’est que c’est très long, qu’il faut freiner. Or, si on freine tout le temps, cela peut être un problème pour les freins qui chauffent et ne sont donc plus efficaces. (Comme lorsqu’on redescend du Mont Ventoux en Provence.)
7. un camping car : c’est le terme qu’utilisent les Français pour désigner ces véhicules aménagés pour camper avec plus de confort que dans une tente. Il y a les adeptes du camping car et ceux de la caravane.
8. Un enjoliveur : c’est la partie de la roue qui « embellit » la roue.
9. Tu as beau faire quelque chose : même si tu fais quelque chose.
10. Ça fait drôle / ça fait tout drôle : c’est très bizarre, ça donne une étrange impression. (Ce n’est pas « drôle » dans le sens de amusant) (plutôt familier).
11. Qu’est-ce qu’on met ? : Il pourrait dire aussi : Qu’est-ce que je vous sers ?
12. C’est quoi, ça ? : question purement orale, familière.
13. De la rillette / des rillettes : c’est une sorte de pâté.
14. Du porc / du cochon : évidemment, c’est la même chose. Il fait de l’humour.
15. Rien à voir : cela signifie que c’est complètement différent. (ce qui n’est pas le cas bien sûr).
16. Chef : le ton de cette conversation est familier.
17. Hop là : il dit ça en lui tendant le sac avec la charcuterie qu’elle vient d’acheter.
18. Encore une fois, il fait de l’humour.
19. Bonne journée: les marchés se tiennent en général le matin. Donc le charcutier souhaite une bonne journée à ses clients à la fin de leurs achats.
20. Un costaud : quelqu’un qui est fort. (force physique)
21. A la prochaine : c’est une manière plus familière de dire A la prochaine fois.

* avoir du baratin: quelqu’un qui a du baratin, c’est quelqu’un qui parle beaucoup pour essayer de vous convaincre de tout et n’importe quoi. (familier)

Bleu blanc rouge

Bleu blanc rouge

Bleu, blanc, rouge, dans cet ordre, ce sont les couleurs du drapeau français. Donc j’ai des tasses très patriotiques ! Fête Nationale oblige ! Nous sommes le 14 juillet.

Le 14 juillet :
– c’est la date de la prise de la Bastille, pendant la Révolution Française. Tous les petits Français connaissent cette histoire, de façon plus ou moins caricaturale. Cela fait partie de notre mythologie: symbole de la fin de la monarchie absolue et de l’arbitraire royal, pour simplifier.
– c’est un des jours fériés en France. On dit juste « Le 14 juillet ». (Au passage, je n’ai jamais bien compris pourquoi les Américains l’appellent « Bastille Day ». Ils pourraient dire The 14th of July, comme nous disons Le 4 juillet en parlant de leur Fête Nationale.)
– Pour un certain nombre de Français, cette date coïncide avec le début de leurs vacances d’été, pour une durée variable, deux ou trois semaines en général. En fait, maintenant, les vacances ne sont plus aussi homogènes qu’il y a quelques années où en gros, elles s’étalaient du 14 juillet au 15 août. Désormais, c’est plus variable et plus fractionné.
– Cette année, comme c’est un lundi, ça tombe bien ! Les weekends prolongés sont appréciés par ceux qui ne sont pas encore ou plus en vacances.
– C’est une journée marquée par des défilés militaires dans certaines villes et à Paris sur les Champs Elysées. (Je n’y suis jamais allée.)
– C’est le jour où sont tirés des centaines de feux d’artifice dans tout le pays. (Dans certaines communes, le feu d’artifice du 14 juillet est tiré dans la nuit du 13 au 14 !)
– Et dans beaucoup de villes et villages, il y a ensuite un bal dans la rue. On dit toujours « le Bal du 14 juillet », comme autrefois, alors qu’il n’y a plus beaucoup de bals par ailleurs.

Et pour ceux qui auraient envie, voici un enregistrement où je vous parle un peu plus de cette fête : (Mais toute seule, alors c’est peut-être un peu plus ennuyeux !)

Le 14 juillet

Transcription :
Alors, le 14 juillet, donc, c’est la Fête Nationale en France, et après les défilés et les commémorations de la journée, le soir, bah il y a donc le feu d’artifice, le feu d’artifice du 14 juillet et ça fait vraiment partie des traditions françaises. Ils sont tirés partout en France, dans toutes les communes, à des horaires variables parce que en fait, il faut qu’il fasse nuit.
Lire la Suite…

Porte-bonheur

Muguet

Le 1er mai, la tradition veut qu’on offre du muguet. Les petites clochettes blanches et parfumées marquent le retour du printemps et on dit qu’elles portent bonheur.
Le muguet pousse dans les jardins et les sous-bois. Ce n’est pas une plante bien rare ! Mais producteurs (dans la région de Nantes essentiellement) et fleuristes en ont fait une vraie industrie et un véritable commerce. Il faut dire qu’à 1€ minimum le brin, ça peut rapporter gros. Le seul problème, c’est que cette petite fleur doit être prête pile pour le 1er mai, pas avant, pas après. Et selon les années, elle est en retard ou en avance. C’est une plante, elle vit au rythme de la nature quand même ! Et c’est très bien comme ça.

Cette année, après un hiver doux, le muguet était donc en avance et pressé de fleurir. Il parfume notre maison depuis plusieurs jours !

La nouvelle année

Bonne année 2014

Tous les ans, WordPress nous envoie un petit bilan de ce qui s’est passé sur nos blogs. Un petit résumé des statistiques qui nous sont accessibles tout au long de l’année. Des chiffres. Des noms de lieux.
Alors, j’imagine qui passe par ici. J’essaie de deviner.
Il y a bien sûr d’abord ceux qui apprennent le français, tout seuls ou avec un professeur, ceux qui l’ont appris autrefois et qui s’y remettent, ceux que cette langue fait rêver. C’est à eux que j’ai pensé en postant mon premier billet.
Il y a ceux qui passent ici pour d’autres raisons que l’envie d’apprendre le français puisqu’ils sont français et que je n’ai rien à leur apprendre là-dessus. Ce ne sont pas mes transcriptions qui les intéressent. J’aime bien faire des transcriptions. Sans doute parce que c’est écrire des mots et des histoires sans les inventer. J’aime les histoires.
Il y a ceux qui arrivent ici grâce à des sites de FLE – Français Langue Etrangère – ou par le bouche à oreille, par Facebook ou Twitter. On m’a demandé pourquoi je ne facebookais pas, pourquoi je ne tweetais pas, alors que pour beaucoup, c’est là que tout se passe. Pas le temps – vous vous en apercevez quand la fréquence des billets se ralentit ici – ni surtout l’envie de m’occuper de plusieurs maisons !
Il y a ceux qui veulent savoir si dire C’est un gros con, c’est vraiment méchant. Ils ont demandé à Google, qui les a amenés ici. Alors oui, ils savent maintenant que traiter quelqu’un de gros con, c’est grossier et agressif. Et qu’on ferait peut-être mieux de ne pas voir les rapports humains sous cet angle.
Il y a ceux qui se demandent comment insulter une femme – variante : comment insulter une salope – et ça, ça m’énerve, ça me déplaît profondément. Je me dis : Gros cons ! (Voilà, vous savez comment utiliser à bon escient ces deux mots ensemble.)
Il y a ceux qui se renseignent sur les gromos. C’est joli, les gros mots, écrit comme ça ! Ça rendrait presque poétique ce qui ne l’est pas.
Il y a ceux qui cherchent des expressions. Ils ont raison, il y a vraiment beaucoup d’expressions en français. Et quoi de plus intéressant que les expressions propres à une langue ? Mais ils doivent parfois se demander pourquoi Google les a conduits ici, car ce n’est pas très bien rangé et il faut lire des pages ou des articles entiers pour trouver ce que signifie la cerise sur le gâteau, entre chien et loup ou occupe-toi de tes oignons.
Il y a ceux qui ne m’aiment pas, que j’agace avec ce que j’écris sur le français – ici ou sur France Bienvenue – et qui m’envoient des mails où ils ne disent même pas Bonjour, ni Au revoir. Pour me dire que je n’ai pas le droit de faire ça, puisque que je ne suis pas prof de français, ni linguiste, ni spécialiste. Ils ont raison, je n’ai surtout pas envie de jouer à la prof de français parce que prof d’autre chose le reste du temps, ça me suffit amplement. Mais voilà, mon métier m’a amenée à réfléchir à ce qui se passe quand on apprend une langue et comment on peut s’y prendre pour avancer, ailleurs que dans un manuel ou dans une classe. Alors, ça me plaît de faire ce que je fais.
Il y a ceux qui laissent des commentaires. Pardon quand j’oublie de répondre. Oui, ce sont des oublis qui se produisent lorsque je ne réponds pas tout de suite. Je lis souvent les commentaires sur mon téléphone. C’est pratique mais je n’aime pas répondre sur ce petit écran. Je me dis : Je le ferai plus tard. Mais parfois, plus tard, ça me paraît trop tard. Alors, je dois passer pour indifférente. J’espère que vous ne m’en voulez pas !
Il y a ceux que je connais un tout petit peu plus parce qu’un jour, ils m’ont écrit un mail et parfois, nous continuons à correspondre quelque temps, ou longtemps.
Il y a ceux qui sont là depuis la première heure. Je me demande si j’ai encore quelque chose à leur apporter parce qu’à présent, ils doivent avoir fait le tour de mes manies, de mes idées fixes, de mes thèmes récurrents ! C’est que probablement mon petit univers fait écho au leur et que nous sommes touchés par les mêmes choses.

A vous tous, qui venez de 180 pays, une très bonne année !

Visiteurs 2013

Importation

Aujourd’hui est un jour très spécial. Comment ? Vous ne voyez pas ?
Mais si, voyons ! Black Friday, ça ne vous dit rien ?

Ceux qui font leurs courses sur internet ont peut-être remarqué que des enseignes françaises affichent aujourd’hui des réductions sur leur site. Certaines d’entre elles ne donnent pas de raison particulière et on se dit qu’il s’agit juste de promos dont on ferait peut-être bien de profiter. (Ça, c’est pour les gens organisés qui savent déjà ce qu’ils vont offrir à Noël !)

black friday darty2

Mais d’autres sites se la jouent à l’américaine. C’est sans doute plus classe. Alors, après Halloween, nouvelle tentative d’importation de ce qui est une tradition totalement américaine, cette journée de prix cassés et donc d’hyper consommation au lendemain de Thanksgiving. (J’ai toujours trouvé étrange ce contraste entre une journée de célébration et son lendemain de frénésie consommatrice.)

Donc nous y voilà aussi !
Encore timidement, mais en progrès depuis deux ou trois ans.
Avec ou sans traduction.
Et la prononciation, avec un beau R bien français ?

Black friday cdiscount

Black Friday

Et Thanksgiving, c’est pour bientôt ?
Nous devrions y songer peut-être. Le problème, c’est que c’est toujours un jeudi. Ils ne vont jamais vouloir nous donner un jour férié de plus !

Ça tombe bien !

Fin d’un long weekend pour beaucoup de Français. C’est que cette année, par le hasard des dates, deux jours fériés se suivaient dans la même semaine: le 8 mai et l’Ascension. Et comme c’était un mercredi et un jeudi, c’était l’occasion de faire ce que nous appelons Faire le pont, c’est-à-dire prendre aussi le vendredi pour enchaîner avec le weekend. Cette année, c’est bien tombé !

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Mais bien sûr, tous les ans, invariablement, il y en a pour nous expliquer que ça tombe très mal. Rendez-vous compte, l’économie est en danger, avec tous ces Français qui ne pensent qu’à se reposer. Quelle calamité, ces jours fériés qui tombent en mai-juin ! Eh oui, le 1er mai, fête du travail et le 8 mai tombent toujours en mai, et qui plus est, le même jour de la semaine … L’Ascension est toujours un jeudi, le lundi de Pentecôte – sans surprise un lundi – est (plus ou moins) férié aussi, en mai ou juin selon les années.

Ces gardiens de notre productivité oublient en général de dire que cela s’équilibre au fil du temps et que certaines années, le 1er et le 8 mai tombent le weekend. Tout comme Noël et le Jour de l’An.
Ils oublient aussi de mentionner que de plus en plus de Français travaillent ces jours-là, dans les magasins et les supermarchés, parce que ce serait dommage quand même de ne pas pouvoir consommer, acheter, dépenser !
Ils oublient aussi que la terre ne va pas s’arrêter de tourner pour ça.

Long weekend donc, et beaucoup de monde à Marseille, touristes (c’est bon pour l’économie!) et Marseillais, pour flâner du côté des nouveaux musées de la ville, installés dans des lieux rendus au public ou du côté du Vieux Port, qui vient de faire peau neuve, avec son ombrière aux multiples reflets.

Musée

Marseille L' Ombrière du Vieux Port

Une chose est sûre, c’est que ces jours fériés sont d’abord des jours de congé ! Certains et certaines sont un peu dans le vague quant au pourquoi de ces dates. (Ce qui reflète la place de la religion catholique et montre que les Français n’ont pas tous retenu les cours d’histoire !) A écouter ici:Transcription :
– Je me suis pas posé la question, je vous avouerais !
– Non non, je suis pas au courant (1). Il y a un jour férié ?
– Ben oui. C’est l’Ascension.
– Oui, oui, c’est l’Ascension, non ?
– Bien sûr, le 8 mai, c’est la fin de la deuxième guerre mondiale. Comme d’habitude, depuis toujours (2), un défilé et un hommage, sous l’Arc de Triomphe, au Soldat Inconnu.
– Le 8 mai ? L’Ascension !
– Alors, attendez, le 8 mai 45, c’était la Libération de Paris (3).
– C’est la Pentecôte, c’est ça ? Ou l’Ascension. Je sais plus. Je sais pas exactement.
– Moi, je sais pas. Tout ce que je sais, c’est que je bosse (4) pas !
– Bah, la Libération de 45. On fête la victoire, de l’arrêt de la guerre entre l’Allemagne et les pays alliés.
– Ça représente d’abord des souvenirs personnels puisque à cette époque-là, j’avais neuf ans et je venais de recevoir, sur les maisons que j’habitais, à deux reprises (5), des obus qui venaient de je ne sais où et où j’ai failli (6) perdre ma grand-mère d’une part et ma petite sœur d’autre part. Pour moi, c’est fondamental, d’une part parce que j’ai vécu cette période et puis d’autre part pour les jeunes générations. Ils ont besoin – et j’ai une petite fille qui a dix ans et qui a besoin de savoir – et donc il est important pour les générations qui viennent derrière nous que ces cérémonies se poursuivent dans le temps.

Quelques détails :
1. ne pas être au courant : ne pas savoir
2. depuis toujours : en fait, le 8 mai n’a plus été un jour férié pendant longtemps. Il a été rétabli en 1981.
3. la Libération de Paris : c’est en fait en août 1944. Le 8 mai 45 est le jour où a été annoncée la capitulation de l’Allemagne.
4. bosser : travailler (familier)
5. à deux reprises : deux fois
6. j’ai failli (+ verbe) : c’est presque arrivé mais finalement, non. Par exemple : J’ai failli l’appeler. Mais finalement, je me suis débrouillée toute seule. / Il a failli perdre la vie en faisant l’ascension de l’Everest. On emploie ce verbe (faillir) au passé composé uniquement aujourd’hui. (Parfois au plus-que-parfait: il avait failli… et au passé simple dans les romans: il faillit…)

Ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs

Groenland ManhattanJ’aime ce que dessine et raconte Chloé Cruchaudet. Dans son album Groënland Manhattan, elle donne corps aux récits d’exploration du Pôle Nord, au temps où Robert Peary ramenait de si loin des météorites et des Esquimaux pour les livrer à la curiosité de ses contemporains.
Histoire du déracinement de Minik, enfant puis adulte entre deux mondes.
Histoire vraie et reflet d’une époque encore si proche.
Histoire banale de la domination d’un monde sur un autre.

Chloé Cruchaudet
Chloé Cruchaudet explique dans cette petite vidéo pourquoi elle a eu envie d’entrer dans l’histoire de Minik, avec ses belles couleurs.

Transcription:
L’idée de ma bande dessinée Groënland Manhattan vient de mes goûts en matière de (1) lecture. J’aime beaucoup les récits de voyage, les récits d’explorateurs . C’est quelque chose qui est tellement à l’inverse de ma personnalité pantouflarde (2) que ça m’a toujours fascinée ! Un jour, je suis tombée sur (3) l’histoire vraie d’un petit esquimau qui s’appelle Minik, qui a vécu à l’extrême nord du Groënland, à la fin du 19ème siècle. Et ce petit garçon et quelques membres de sa tribu ont été ramenés par un explorateur américain du Groënland jusqu’à New York. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est que c’est une histoire de déracinement. C’est quelqu’un qui s’est jamais sent bien là où il était : à New York, on l’a traité comme le gentil Esquimau polaire, délicieusement exotique. Et une fois de retour chez lui, il a été traité comme un mythomane (4), parce que évidemment, tous les autres membres de sa tribu ne croyaient pas du tout au récit de sa vie New Yorkaise. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir les personnages à côté de moi. J’ai eu froid avec eux, j’ai senti les odeurs de New York avec eux et j’espère beaucoup que ça fera le même effet aux lecteurs.

Quelques détails :
1. en matière de lecture : dans le domaine de la lecture
2. pantouflard : cet adjectif décrit quelqu’un qui aime rester chez lui, tranquillement, un peu paresseusement, dans ses pantoufles (c’est-à-dire ses chaussons). Les pantoufles sont le symbole de l’attachement aux habitudes.
3. tomber sur quelque chose : trouver, découvrir quelque chose par hasard.
4. Un mythomane : quelqu’un qui s’invente des histoires auxquelles il croit.

Groenland Manhattan - La postfaceIl y a beaucoup à regarder et à lire dans cet album, qui se termine par une belle postface, écrite par Delphine Deloget, réalisatrice d’un documentaire antérieur (que j’aimerais bien trouver quelque part) sur Minik et ses descendants.
En voici un court extrait où Delphine la voyageuse parle de Chloé, celle qui se dit pantouflarde ! Lorsque Chloé m’a contactée au sujet de son projet de bande dessinée sur Minik, j’ai remis le nez dans mes cartons, ressorti des photos, des archives sur l’histoire des Esquimaux de New York. Avec elle, j’ai replongé dans mes souvenirs et mes impressions de voyage à Thulé. Chloé se révélait de son côté une véritable enquêtrice. Elle ne laissait rien passer. Elle relevait certains détails de l’histoire qui m’avaient échappé. Son imaginaire au travail, elle allait redonner chair à l’histoire de Minik. Moi qui n’avais fréquenté Peary et Minik que par l’intermédiaire de photos en noir et blanc, je les redécouvrais maintenant en couleur, animés d’expressions si pleines de vérité. Elle avait créé en nuances ce qui précède et ce qui suit les événements rapportés par les archives, reconstituant ce qui m’avait si souvent manqué lors de ma propre enquête. L’histoire prenait vie et dépassait les simples faits historiques pour toucher l’intime d’un récit à la fois rocambolesque et poignant.

Allez regarder ici aussi, pour vous en rendre compte.
C’est beau !

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