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Auto-portrait dans l’auto

Je suis tombée sur cette campagne de prévention sur le danger des selfies au volant. 😦
C’est l’occasion de se retrouver une fois de plus confronté à la force de cet appareil qui a envahi nos vies au point qu’il faille diffuser ce genre de message. Et bien sûr, c’est aussi l’occasion de parler du français et de la prononciation de notre langue. Et donc de remettre en route mon blog, quelque peu délaissé ces derniers mois ! Etes-vous toujours là ? J’espère !

Ceux qui ont rédigé ce message jouent avec les mots, pour lui donner la force d’un slogan facile à retenir: L’auto-portrait, oui. Dans l’auto, non.
J’avais presque oublié le mot auto-portrait, à force d’entendre le mot selfie en permanence. C’est vrai que selfie ne désigne que les auto-portraits pris avec un téléphone portable.
Et nous n’employons presque jamais le mot auto dans la vie quotidienne : nous n’achetons pas une auto (ni une automobile) mais une voiture. Nous avons des petites ou des grosses voitures. Certaines villes essaient de limiter la place de la voiture. Nous nous déplaçons en voiture. Jamais en auto. (En revanche, on peut aller au Salon de l’Automobile, pas de la voiture.)

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La vidéo est à regarder ici.

Transcription:
Allez !
Toi, ça va !
Oh, selfie !
[…] les gars !
Attention !

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Près de 7 jeunes sur 10 ont déjà pris un selfie en conduisant.
Malgré les apparences, le danger est bien réel.
Ne laissez pas ce selfie être le dernier.
La route ! La route !

Par curiosité, j’ai mis les sous-titres en regardant la vidéo. Cherchez l’erreur ! Ou plutôt les erreurs.

Première erreur :


– Le système automatique ne reconnaît pas le mot selfie, qui pourtant fait partie du langage de tous désormais, et le transforme en sale fille ! (et en plus avec un devant, incompatible avec le mot fille.)
Ou encore en ce qu’elle fit, ce qui serait vraiment très bizarre puisqu’il s’agit du passé simple du verbe faire, employé aujourd’hui seulement à l’écrit.

Deuxième erreur :

– Il n’entend pas tous les mots, comme le verbe être, oublié ici, sans doute à cause du mot qui précède: le danger est bien réel. C’est vrai que lorsque nous parlons, les deux sons (-er et est) s’enchaînent en général sans pause entre les deux mots.

Ecoutez la différence (infime) lorsqu’il y a une toute petite coupure entre les mots ou pas:

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Troisième erreur :

– Il ne perçoit pas la différence entre est et être: Ne laissez pas ce [selfie] être le dernier. (et non pas est). Bref, il ne connaît pas la grammaire bien sûr. Et il se laisse tromper par un accent très courant dans la majorité des régions de France.
Peut-être se débrouillerait-il mieux avec un accent du sud, dans lequel toutes les syllabes sont prononcées plus distinctement.

Ecoutez la petite différence:

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Les deux dernières erreurs :

– Il entend aptitude au lieu d’attitude.
– Il ne transcrit pas correctement le slogan et confond Donnons et d’un nom, contrairement à une oreille française qui entend bien la différence et sait aussi décider ce qui a du sens ou pas.

Bonne journée ! Et gardez bien les yeux sur la route.

Pour écouter ou ré-écouter comment nous « mangeons » les syllabes et les mots, c’est ici.

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Scène pour un portable

Alceste à bicyclette DVD
Dans ce film, on part pour l’île de Ré. Beaux paysages hors saison pour l’histoire d’un acteur qui a quitté la vie et les scènes parisiennes et qu’un ami vient déranger dans sa retraite pour lui proposer de remonter sur les planches dans une pièce de Molière. Un film qui se laisse voir ( mais pas inoubliable), notamment pour ses dialogues. Un peu bavard quand même !

En voici un, qui nous donne à entendre la langue de Molière mais qui reflète aussi notre époque !

Alceste à Bicyclette – Scène du portable

Transcription:
– « Mais ce flegme.. Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse…
 » (1)
Putain ! (2) Mais c’est infernal (3), ton truc, c’est infernal ! Je coupe mon portable (4), moi, quand je répète. Alors tu fais pareil !
– Non mais tu as pas à couper ton portable ! Tu as juste pas de portable ! (5)
– Si, j’ai un portable, mais personne n’a le numéro et personne m’appelle. Enfin c’est pas possible enfin ! (6) Ferme le portable (7) ! On répète Molière quand même !
– Oh, hé, tu te calmes, hein !
– Quinze fois ce portable sonne pendant qu’on répète !
– D’abord il a pas sonné quinze fois, il a sonné trois fois. Et puis je suis désolé, moi, j’ai tout laissé en plan (8) à Paris, alors il faut que je m’organise un peu. Alors, le portable, voilà, je vais l’éteindre. Voilà, il est éteint. Voilà, je le mets dans mon manteau. Le manteau, je le mets là, sur le lit. Voilà ! Ça va comme ça ?
– Je sais pas comment vous travaillez. C’est ahurissant (9). Un portable sur Molière, maintenant ! Je sais plus où j’en suis, moi.
– Bah tu as qu’à reprendre à « flegme ».
– « Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,
Que pour avoir vos biens, on dresse un artifice,
Qu’on tâche à semer de méchants bruits de vous,
Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux ?
 »
– Attends, attends, attends (10), stop, là ! Je comprends pas, là. Tu vas le jouer comme ça ? Tu vas le jouer aussi vite ?
– Comment ça, je vais le jouer aussi vite ?
– Eh bah oui, Alceste met ses tripes sur la table (11) et toi, tu dis ça à toute allure ?
Qu’est-ce que tu crois, toi ? Tu crois que c’est la première fois qu’ils se font cette scène ? Dix fois ils se sont fait cette scène ! Alceste et Philinte, ce sont deux amis. La base de cette scène, c’est l’amitié.
– Ah bah justement, l’amitié, je la vois pas là, je la vois pas. Il y a pas d’amitié, là. Voilà.
– Alors tu veux que je le fasse comment ? Tu voudrais que je le fasse comment ? C’est-à-dire : je me verrai… Attends, attends, toi, ce que tu veux, c’est : « Mais ce flegme, monsieur, qui résonne si bien, ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de… » C’est… C’est un peu installé, là, hein.
– Evidemment, comme ça, ça n’a aucun sens.
– C’est exactement comme ça que tu me demandes de le faire puisque tu dis que je vais trop vite.
– C’est incroyable ! Tu ne supportes pas qu’on te fasse la moindre remarque de jeu.
– Mais tu peux me faire toutes les remarques (12) que tu veux. Il faut simplement qu’elles soient sensées.

Des détails :
1. Il s’agit d’un passage de la pièce de Molière : Le Misanthrope, dans la première scène de l’Acte 1, entre Alceste et son ami Philinte.
2. Putain ! : cette exclamation est fréquente mais pas très raffinée, plutôt vulgaire. Ne pas l’utiliser dans n’importe quelles circonstances !
3. C’est infernal = c’est insupportable. On utilise cet adjectif à propos de choses ou de personnes. Par exemple : une chaleur infernale / un bruit infernal / un enfant infernal.
4. Couper son portable : on dit aussi éteindre son portable.
Un portable : ce terme désigne avant tout un téléphone et pas un ordinateur. Quand on veut parler d’un ordinateur, on dit presque toujours : mon ordinateur portable, en employant portable an tant qu’adjectif. Quant au terme « un mobile », il est employé avant tout par les opérateurs : Gardez votre numéro de mobile / Changez de mobile. C’est rare d’entendre quelqu’un dire : J’ai un nouveau mobile / Je te donne mon numéro de mobile.
5. Comme souvent à l’oral, il manque la première partie de la négation : Tu n’as pas à couper… – Tu n’as juste pas de portable.
6. Enfin c’est pas possible ! : cette exclamation, dite sur ce ton, exprime l’énervement. Par exemple : Mais c’est pas possible, on ne peut pas compter sur toi !
7. Ferme le portable ! : c’est très rare d’utiliser le verbe « fermer » à propos d’un appareil.
8. Laisser en plan quelque chose : s’interrompre soudainement dans une activité et la laisser inachevée.
9. Ahurissant : stupéfiant, très surprenant.
10. Attends… : On prononce le premier Attends correctement, mais ensuite, on ne dit plus que quelque chose comme ‘tends ‘tends ‘tends dans ce genre d’exclamation.
11. Mettre ses tripes sur la table : exposer ses sentiments intimes à tous, révéler ce qu’on a de plus profond. (familier). Les tripes désignent normalement le contenu du ventre des animaux, leurs boyaux.
12. Faire des remarques à quelqu’un : lui faire des critiques, bienveillantes ou pas selon les cas.

La langue de Molière :
La pièce est écrite en vers, avec des rimes et une syntaxe particulière. De plus, le vocabulaire n’est pas toujours simple pour les élèves notamment qui étudient Molière pendant leur scolarité. Dans ce passage, Alceste demande à Philinte s’il ne se mettrait pas en colère ( la colère = le courroux) si on cherchait à le tromper ou si on racontait des mensonges à son propos.

Une expression : faire une scène.
Une pièce de théâtre est en général découpée en plusieurs actes, eux-mêmes divisés en scènes. On répète, on joue une scène.
Mais faire une scène à quelqu’un, c’est se fâcher avec cette personne, se mettre en colère. Serge (Fabrice Luchini) fait une scène à Gauthier (Lambert Wilson) à cause du portable de ce dernier.

Cruauté ordinaire

harcèlement site gouvEtre populaire ou pas. Pour certains enfants ou certains adolescents, c’est une question angoissante lorsqu’ils se retrouvent les souffre-douleur des autres à l’école, au collège ou au lycée.

Victimes du sentiment de puissance que certains tirent de leur appartenance à une bande, à un groupe. Victimes de la cruauté quotidienne et lâche de ceux qui n’admettent pas les différences.

Les années collège sont probablement les plus difficiles de ce point de vue, avec des ados très grégaires, pour qui tout est dans le paraître et la conformité à ce que veut le groupe. C’est un phénomène qui a toujours existé, c’est vrai, mais qui est aujourd’hui amplifié par l’usage que font nos chers petits de leurs téléphones portables et des réseaux sociaux. Je me dis souvent que je suis soulagée que mes fils aient su / aient pu traverser tout cela sans encombre, et sans céder à la tentation de se ranger du côté de ceux qui se construisent en humiliant les autres.

Voici deux vidéos de la campagne du gouvernement français contre le harcèlement à l’école, toujours d’actualité. Des fictions qui n’en sont pas, hélas. Des mots et des actes qui collent parfaitement à la réalité:

harcèlement les injures

Transcription :
– On se dépêche. On se dépêche ! (1)
– Tu as vu ? Le gros porc (2) ! Ah, c’est dégueulasse (3)! Ça déborde de partout (4) !
– La tête qu’il a ! (5)
– Tu l’as déjà vu sortir avec quelqu’un ? (6)
– Tu es méchante !
– Non, mais je m’imagine !
– … tellement il est gros !
C’est bon (7), c’est pas méchant, c’était juste pour rigoler(8)!

Harcèlement les claques

Transcription :
– Alors Maxime, ça va ? Qu’est-ce (que) tu fais là ? (9)
– Tu sais quel jour on est aujourd’hui. On est quel jour aujourd’hui ? (10)
– Montre ton sac.
– On est lundi. Et lundi, c’est…? C’est le jour des claques !(11) Tu es au courant de ça ?(12)
– T’inquiète pas ! Reste-là, oh !
– Pourquoi ? Tu vas faire quoi ? Hein, qu’est-ce (que) tu vas faire ?
– Arrêtez.
– Quoi, arrêtez ! Arrêtez quoi ?
– Eh eh, eh. Reste tranquille, là !
– Il est juste là. Viens le récupérer. Tranquille.
– Qu’est-ce (que) tu regardes, toi ? Avance !
– Reste tranquille, reste tranquille.
– Eh, eh. Vas-y, prends ton sac. Bouge de là. Vas-y, dégage ! (13)
– C’est bon, on y va.
Lire la Suite…

Autoportraits d’aujourd’hui

Auto portraitLe terme autoportrait faisait sans doute un peu ringard ! Ou trop ambitieux, ou trop sérieux.

Le mot anglais s’est donc immédiatement imposé – parfois même, pour certains, sans la moindre idée de son origine. (Quand on vous dit que les Français sont mauvais en anglais !)

Alors voici l’autoportrait réinventé, au bout de nos bras et de nos téléphones portables.

Transcription:

– Si on se faisait un selfie, tous les deux ?
– Qu’est-ce que c’est que ça ? (1)
– Un selfie, c’est un autoportrait.
– Ah ouais, d’accord !
– On s’en fait un (2), tous les deux ?

– Vous le faites pas, vous ?
– Bah si. Si, si. Je l’ai déjà fait plein de fois (3). Ça sert à voir comment on est coiffé ou comment on est maquillé.
– C’est de l’ego  !
– Un besoin… Comment dire… de s’exprimer aux yeux des gens. Les réseaux sociaux, tout ça. On vit pas sans, en fait, c’est ça. C’est une habitude qui en devient une obsession.
– On se regarde tous le nombril (4) et…
– Ouais, c’est ça.
– On se rassure aussi, en fait. On se rassure bêtement. Dans le sens, bah on a passé un sale (5) weekend , on met une photo, on est content, il y a des like et… et on se dit : Ah mais en fait, non ! Les gens adorent ce que j’ai fait alors que c’était de la merde (6) ! C’est ça, on a des amis, ils font plein de voyages, ils voyagent tout le temps. Toi, tu dis: non, moi, j’ai rien fait depuis un mois. Eh bah voilà, allez, moi aussi, je vais dire que j’ai une vie ! Et voilà ! Peut-être qu’il y a ça aussi. On entretient aussi une image, quoi.
– L’image qu’on produit est devenue très importante. Enfin, beaucoup de gens sont un peu focalisés (7) là-dessus quand même.
– Ouais. Mais même ceux qui font des tests, hein, à partir (8) en weekend sans portable, ils galèrent (9), hein !
– C’est très nombriliste (10), donc… Et souvent, on passe finalement beaucoup de temps sur Facebook pour voir des photos pas si (11) intéressantes que ça. Mais il y a des gens qui disent que du coup, comme on regarde les photos des autres, bah on prend plus de nouvelles de ces personnes. On regarde juste les photos, on se dit : OK, la personne va bien, donc c’est pas la peine (12) que je lui envoie un message. Et… Puis on va exposer des parties de notre vie alors que pourtant, ça devrait être que nos vrais amis qui devraient voir ces photos-là. Donc je trouve plutôt que ça nous met dans quelque chose de superficiel. Surtout on sait plus… enfin quelles sont les vraies personnes avec qui on a envie de partager des choses. Ouais.
– On se rassure.
– On fait tous des selfies. Obama aussi l’a fait, voilà. Obama aussi l’a fait. Un président de la République qui fait même ça aussi, oui, c’est vrai, c’est…
– Pendant les obsèques.
– Ouais, c’est moyen (13). C’est moyen. Mais c’est moyen et c’est peut-être aussi adapté à la… à l’actualité. Tout ça, c’est nouveau, ce qu’on fait aujourd’hui, en fait. Chacun crée sa petite image, c’est vrai que c’est nouveau. Je pense pas que De Gaulle (14) jouait sur son image comme ça auprès des gens.
– Voilà.
– Bon, on va se le faire, ce petit selfie ? Je vais en faire un avec vous, ça vous embête pas (15) ?
– Oh bah non ! Allez !
– Allez.
– Oh p[…] (16) C’est pas la plus jolie photo du monde, je pense.
– Ça passera très bien…
– Mais ça ira !
– Ça ira très bien.

Quelques explications :
1. Qu’est-ce que c’est que ça ? : Normalement, on dit juste: Qu’est-ce que c’est ? Le fait de rajouter « que ça » rend la question plus orale et exprime davantage la surprise.
2. On s’en fait un: on ne peut pas juste dire : On se fait un. A cause de « un », on est obligé d’utiliser « en », qui est un petit mot souvent compliqué pour ceux qui apprennent le français !
3. Plein de fois : cette expression est plutôt familière. La forme plus soutenue serait : de nombreuses fois.
4. Se regarder le nombril : cette expression familière signifie qu’on se considère comme le centre du monde, symbolisé par ce qui serait en quelque sorte le centre de notre corps, c’est-à-dire notre nombril.
5. Sale : ici, cet adjectif a son sens de « mauvais ». Par exemple, on dit : Il fait un sale temps sur la France en ce moment. / C’est un sale type.
6. C’est de la merde = c’est nul, ça ne vaut rien. (très familier)
7. être focalisé sur quelque chose : être concentré sur quelque chose, y attacher une grande importance et ne plus voir le reste.
8. à partir = comme partir… ( « à » introduit un exemple des tests dont parle cette jeune fille.)
9. galérer : avoir beaucoup de difficultés, beaucoup de mal à faire quelque chose, se retrouver dans une situation compliquée.
10. Nombriliste : centré exclusivement sur soi-même
11. pas si intéressantes : elle fait une liaison impossible, en ajoutant un « s » entre si et intéressantes. Ce genre d’erreur à l’oral se produit lorsque qu’un mot terminé par une voyelle est suivi par un autre qui commence par une voyelle.
12. ce n’est pas la peine que (+ verbe au subjonctif) : ce n’est pas nécessaire / utile que…
13. c’est moyen : ici, cela signifie que ce n’est pas bien. Il s’agit d’un commentaire négatif, qui exprime la désapprobation.
14. De Gaulle : il a été président de la France après la seconde guerre mondiale. Pour cette jeune femme, il incarne probablement la tradition, l’absence de modernité.
15. Ça ne vous embête pas ? = ça ne vous dérange pas ? (familier)
16. Oh p[…] : on entend juste le début du mot, soit parce que ça a été coupé, soit parce qu’elle se retient au dernier moment. Il peut s’agir de l’exclamation « Putain ! » ou de sa version plus édulcorée, moins vulgaire : « Punaise ! »

On s’appelle ?

Nous avons tous – ou presque – des portables. Alors, ça devrait être un jeu d’enfant de réussir à se parler, là, tout de suite ! C’est sans compter ceux qui ne répondent jamais et laissent leur messagerie faire son office, ceux qui filtrent les appels en regardant qui s’affiche sur leur écran, ceux – ou plutôt celles – qui ne trouvent pas leur téléphone assez vite au fond de leur sac. Bref, ce n’est pas si simple !
Et quand de surcroît, on peut recevoir plusieurs appels en même temps, rien ne va plus, surtout si au même instant, votre fixe se met à sonner lui aussi.

Bref, voici un joyeux méli-mélo* – à peine caricatural – grâce auquel vous saurez ensuite parfaitement vous débrouiller au téléphone en français !

On peut regarder ici aussi.

Transcription:
Bref, ce soir-là, on devait aller au cinéma. J’ai appelé Ben pour savoir quel film on allait voir. Je suis tombé sur (1) sa messagerie. Je lui ai laissé un message.
Ouais, Ben, dis-moi. Je voulais savoir quel film on allait… Ah bah, attends, c’est toi qui me rapelles.
J’ai voulu prendre l’appel:
Allo ?
Mais comme d’hab (2), ça marchait pas (3). J’ai rappuyé. J’ai dit: Allo.
Il avait raccroché. J’ai rappelé, je suis tombé sur sa messagerie.
– Bon bah, rappelle-moi.
– J’arrive pas à te joindre.
J’ai écouté ma messagerie: Bon bah rappelle-moi. J’arrive pas à te joindre.
J’ai compris qu’on était piégés. J’ai décidé d’attendre qu’il me rapelle.
Je me suis dit qu’il devait faire la même chose, alors je l’ai rappelé. Je suis tombé sur sa messagerie: […] de Ben. Laissez-moi un message. Ciao.

J’ai raccroché. Mon téléphone a sonné: Allo ? Ouais.
C’était Baptiste qui me disait qu’il arrivait pas (4) à joindre Ben: J’arrive pas à joindre Ben.
Pendant que je parlais avec lui, Ben m’a rappelé:
Attends, il m’appelle, là.
– Cool. Dis-lui que j’essaie de le joindre.
J’ai mis Baptiste en attente.
– Allo ?
– Ouais ? (5)
– Ouais. C’était pour savoir quel film on allait…
– Attends, il y a… il y a Julien qui m’appelle.

Il m’a mis en attente.
– Ouais, Julien.
– Ouais, il y a Baptiste qui essaie de te joindre.
J’ai repris Baptiste.
Tu lui as dit que j’essaie de le joindre ?
Je lui ai dit que j’avais pas eu le temps, vu que Julien l’avait appelé. Mon téléphone fixe a sonné: Il y a mon fixe qui sonne. C’est chelou (6): Chelou, ça !
– Allo ?
C’était Charles, il appelait d’une cabine:
Eh ouais, c’est Charles. Putain (7), j’ai perdu mon portable ! Et tu es le seul qui es dans l’annuaire (8).
– Ouais, attends.
– C’est qui ? (9)

J’ai eu un double appel de Xavier.
– Ouais, Christophe, c’est Xavier.
Je connaissais pas de Xavier et je m’appelais pas Christophe. Alors j’ai dit: Désolé, c’est une erreur.
Charles a dit:
– Tu peux dire à Baptiste que je vais être en retard ?
– Charles sera en retard.
– Allo ?
– C’est qui, Charles ?
Charles a dit merci et a raccroché. Pendant ce temps, Ben avait fini avec Julien. J’ai raccroché avec Xavier et j’ai récupéré Baptiste.
– C’est qui ?
C’était Charles.
– Dis-lui que c’est moi qui ai son portable.
– Il a raccroché !
– Bon bah, je l’appelle.
J’ai voulu lui dire qu’il pouvait pas l’appeler, vu que c’est lui qui avait son portable. Mais il avait raccroché.

Pendant ce temps, Ben essayait de me reprendre mais il entendait rien. Il a raccroché.
Du coup, j’ai voulu le reprendre: Ouais, Ben ?
Il y avait plus personne au bout du fil (10).
Alors j’ai rappelé Ben: Ouais, Ben ?
Je suis tombé sur sa messagerie: Bon bah, rappelle-moi. J’arrive pas à te joindre.
Putain ! J’ai compris qu’on était re-piégés. J’ai décidé d’attendre qu’il me rappelle. Je me suis dit qu’il devait refaire la même chose. Alors je l’ai rappelé vite.
– Allo.
– Yes !
– Ouais. C’est pour te dire, il y a… il y a Baptiste qui essaie de te joindre.
– Ouais, ouais, Julien me l’a dit. Ouais, je l’appelle.
– Cool. A tout à l’heure (11).
J’ai raccroché… et je savais toujours pas quel film on allait voir. Bref, j’ai passé un coup de fil (12) !

Quelques explications:
1. tomber sur la messagerie de quelqu’un: c’est l’expression qu’on utilise quand on ne peut pas avoir la personne à qui on veut parler. (Sur un fixe, ce serait: je suis tombé sur son répondeur.)
2. comme d’hab: abréviation de comme d’habitude. C’est uniquement oral et familier.
3. ça marchait pas: il manque « ne »: ça ne marchait pas.
4. il arrivait pas = il n’arrivait pas à le joindre. On emploie ce verbe pour dire qu’on ne réussit pas à faire quelque chose: Je n’arrive pas à le joindre. Je n’y arrive pas. On peut poser la question: Tu y arrives ?
5. ouais = oui. C’est oral et familier. (On corrige souvent les enfants en leur disant qu’on ne dit pas ouais mais oui.)
6. chelou: c’est louche en verlan. (en inversant les syllabes, en les disant à l’envers). Cela signifie: bizarre.
7. Putain: cette exclamation est fréquente (dans la bouche de certains et dans certaines régions) mais très familière. Plus poliment, on dit « Zut« , « Mince » par exemple.
8. l’annuaire: c’est là où on trouve les numéros de téléphone des gens et leur adresse. (pour les téléphones fixes)
9. c’est qui ? : question très familière à cause de cette structure pas très grammaticale. Normalement on dit: Qui est-ce ?
10. au bout du fil: au téléphone, c’est comme si chaque interlocuteur était à un bout de la ligne, donc du fil qui les relie.
11. à tout à l’heure: c’est une façon de se dire au revoir mais uniquement quand on est sûr de se voir ou de se revoir, ou de se parler de nouveau un peu plus tard, dans la même journée. On peut l’employer en parlant à n’importe qui. On entend aussi: à toute, qui est l’abréviation très familière, qu’on n’emploie qu’avec ses amis par exemple, dans des situations très décontractées.
12. passer un coup de fil = passer un coup de téléphone. Cette expression continue à s’employer même si on utilise des téléphones sans fil, ou mobiles. Vieux reste d’une autre époque !

* un méli-mélo: une situation où tout est embrouillé, désordonné et confus.

Mon coeur !

Petite scène ordinaire que beaucoup d’ados vivent à un moment ou un autre !
La mère du pauvre Raphaël n’a pas vu son fils grandir… Ce sont des choses qui arrivent avec les mères – surtout les mères – quand elles sont un peu trop inquiètes et possessives ! Le problème, c’est le regard des copains et des copines qui, eux, ont la chance d’avoir des parents qui ne dépassent pas les limites, ou avec plus de subtilité !
Et le problème aussi, encore une fois, c’est l’utilisation des téléphones portables et les forfaits miraculeux qui sont proposés: vraiment aucune excuse pour ne pas donner de nouvelles. Difficile dans ces conditions de couper le cordon ombilical !

Pour regarder, c’est ici.

Transcription:
Raphaël ! Raphaël ! Tu nous écris (1), mon amour (2). Tu nous écris, mon coeur (2).

– Hein ? Tu… Tu m’appelles, hein (3) !
– Oui.

Tu nous écris ! Tu nous écris !

Tu m’appelles en arrivant ! Tu m’appelles en arrivant !

– Et donc avec le doublement de crédit et les textos illimités (4), tu peux nous appeler et nous écrire encore plus.
– Youpi ! (5)
– Tu es content ?

Quelques détails:
1. Tu nous écris / Tu m’appelles : c’est un ordre, une demande très pressante. Mais elle n’est pas formulée à l’impératif (Ecris-nous / Appelle-moi), ce qui lui donne encore plus de force: ce garçon n’a pas le choix ! Tout au moins dans la tête de sa mère…
2. Mon amour – Mon coeur : ce sont des termes affectueux pour s’adresser à ses enfants ou son conjoint.
3. hein: c’est le moyen de solliciter une réaction de la part de celui à qui on parle.
4. les textos illimités: on emploie indifféremment le terme texto ou SMS. On dit par exemple: J’ai les SMS / les textos illimités.
5. Youpi!: cette exclamation (plutôt enfantine) exprime normalement l’enthousiasme. Raphaël aurait pu dire « Super! », « Génial« . En disant « Youpi », il est ironique évidemment et fait exprès d’utiliser ce terme qu’il n’utiliserait plus, vu son âge, en réponse à sa mère qui continue à le traiter comme un bébé.

Petit catalogue de quelques « p’tits noms » utilisés dans l’intimité de deux personnes. (parents et enfants ou amoureux ou conjoints)
– Chéri(e) – Mon chéri / Ma chérie (Grand classique bien sûr)
– Mon trésor / Trésor
– Mon lapin
– Ma puce (et sa variante: Pupuce)
– Mon canard
– Mon poussin / Poussin
– Mon chaton / Chaton

Liste non exhaustive bien sûr car dans ce domaine, chacun est créatif et apporte sa touche personnelle ! Mais vous avez vu, il y a beaucoup d’animaux. Peut-être un reste de l’enfance où nous étions entourés par toutes sortes d’animaux en peluche.

Il y en a que ça énerve d’entendre les autres s’appeler par ces petits noms en public. C’est ce que chante Anaïs, très méchante avec ces couples !
Pour écouter, c’est ici.
Et les paroles sont là.

  • Et pour conclure, que se dit Raphaël tout bas ? Ça doit donner quelque chose comme ça. (Version pas très polie)
    – Ma mère, elle est gonflante.
    – Mais qu’est-ce qu’elle est chiante !
    – Mais lâche-moi deux minutes / trente secondes ! Je suis plus un bébé.
    – Lâche-moi les baskets !
    – Tu me gonfles !
    – Trop la honte !

    Fossé des générations ?

    Il paraît que les forfaits de téléphonie mobile en France sont parmi les plus avantageux.
    Il y a des promos régulières, au moment de Noël par exemple. SMS illimités, accès à internet, etc… Il y en a pour tous les goûts et tous les budgets, à partir d’une vingtaine d’euros.
    (Ce qui est sûr, c’est que contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, quand vous appelez quelqu’un sur son mobile, il ne paie rien, sauf s’il est à l’étranger. C’est celui qui appelle qui paie.)

    Donc les téléphones portables sont partout et dans toutes les mains, et pas seulement pour téléphoner.
    Voici une pub intergénérationnelle plutôt marrante.
    Comme quoi, les mamies, ça comprend tout !


    Pour la regarder, cliquez ici.

    Transcription:
    – Et donc en fait, moi j’ai un forfait (1) bloqué. Bloqué. Mais j’ai accès à tout internet.
    – Ah, c’est bien, ça !
    – Oui. Mamie, internet, c’est LA base. Tu devrais tellement t’y mettre. Tu pourrais lire le journal, trouver un coiffeur, chercher des recettes de cuisine.
    – Tu permets ?
    – Touche pas (5)[…]
    – Il faut que je regarde si j’ai des nouveaux commentaires sur mon blog.

    Quelques détails:
    1. un forfait: c’est le nom donné au contrat qu’on a pour les téléphones mobiles. Ce forfait peut être bloqué ou pas. S’il est bloqué, cela signifie que quand le crédit est épuisé, vous ne pouvez plus appeler, sauf des numéros d’urgence. En revanche, on peut vous appeler. C’est le type de forfait que beaucoup de parents choisissent pour leurs enfants, pour éviter les mauvaises surprises quand la facture arrive ! Si le forfait n’est pas bloqué, quand vous dépassez ce à quoi vous avez droit, on dit que c’est du hors forfait. Et tout ce qui est hors forfait est facturé cher !
    2. s’y mettre / se mettre à quelque chose: commencer à utiliser ou à faire quelque chose.
    3. c’est bien connu, les mamies vont chez le coiffeur et font des bons petits plats !
    4. Tu permets ?: c’est une façon de demander l’autorisation de faire quelque chose, mais de façon un peu autoritaire.
    5. Touche pas: il faut normalement dire: « Ne touche pas… » Mais on oublie souvent « ne » à l’oral.(familier)

    Difficile de s’en passer !

    Quand on est enseignant, pas toujours facile de capter l’attention des élèves ou des étudiants !
    Notre pire ennemi aujourd’hui, c’est le téléphone portable ! J’exagère à peine…

    Au tout début, il a fallu obtenir qu’il ne sonne pas pendant les cours. Puis nos étudiants sont devenus des pros du mode silence ou vibreur.
    Ensuite, les SMS ont mobilisé toute leur énergie et ils sont passés maîtres dans l’art de s’envoyer des textos à tout bout de champ*. Les Français (de tous âges) sont les rois du SMS.
    Et aujourd’hui, certains sont connectés en permanence à Facebook grâce à leur accès internet sur leurs mobiles.

    Alors en face de nous, regards baissés de certains, mais pas dans le vague, doigts en action sous les tables, besoin irrésistible de regarder leurs messages, esprit ailleurs, concentration zéro.
    Formidable distraction. Fascinante fascination !


    Transcription:
    – Est-ce que vous aimez ou pas qu’on parle d’addiction? Est-ce que vous pouvez, oui ou non, vous passer de (1) votre téléphone portable? Il y a Benjamin tout à l’heure qui nous disait qu’il pouvait s’en passer. Mais j’ai l’impression quand même que « addiction », c’est un mot qui vous choque ou pas quand on parle de téléphonie? Non? Addiction? Non? T’aimes pas?
    – Ça correspond… Non, ça correspond bien.
    – C’est ça, oui, addiction, ouais.
    – C’est un peu ça quand même .
    – Vous utilisez parfois le téléphone pendant les cours? Marion?
    – Ouais, ça m’est déjà arrivé à plusieurs reprises (2) de répondre à quelqu’un, même qu’il soit lui-même dans la même classe que moi. (3)
    – Ah bon? C’est plus simple que d’envoyer une boulette de papier (4).
    – La prochaine fois qu’on a tes parents au téléphone, hein, Marion…
    – Et… et Marion, tu me confirmes que c’est vraiment quelque chose qui se passe assez régulièrement?
    – Euh oui.
    – Dans ton collège en tout cas.
    – Je pense pas qu’il y a (5) un seul élève qui l’ait jamais fait, en tout cas.
    – Carrément! Ah ouais!
    – Oui.
    – Vous êtes tous d’accord?
    – Oui.
    – On verra ça en rentrant à la maison tout à l’heure!

    – Est-ce que vous vous envoyez des textos (6)en cours?
    – Ouais.
    – Oui.
    – Non ! Vous êtes pas sérieuses !(7)
    – Si.
    – Oh bah si.
    – La preuve, je me suis fait coller (8) à cause de ça.
    – Je sais pas. C’est… c’est un réflexe, quoi. On a l’habitude d’envoyer des messages, quoi.
    – Quand on en reçoit un, bah on a envie d’y répondre.
    – Eh bah… Bravo, tiens !
    – Certains opérateurs vont faire du SMS illimité mais légalement, vont quand même brider (9) un certain nombre de SMS utilisés. Alors on a une cliente qui il y a quelques mois est revenue en magasin parce que son forfait bloqué ne permettait plus d’envoyer les…d’ SMS (9). On a appelé l’opérateur: la cliente avait consommé 3 500 SMS en trois semaines. Je sais pas si vous vous rendez compte du rapport SMS-seconde ou SMS-heure. C’est hallucinant ! Et c’est pas la seule personne. C’est très courant !
    – Elle a les yeux verts?
    – Ouais.
    – Ah bah c’est…
    – Voilà.
    – Elle vient avec sa maman à chaque fois et c’est souvent qu’elle vient.
    – Bah c’est une copine à nous. (10)
    – OK. Donc c’est elle qui a le record.

    – Il y a … Il y a un temps où j’étais accro (11) à mort de… d’internet, quoi. Totalement. Bah je rentrais de l’école, direct (12) j’étais dessus jusqu’à 3 – 4 heures du matin, jusqu’à ce qu’on trouve quelque chose de mieux à faire.
    – Et qu’est-ce qui t’a fait changer d’attitude?
    – Bah c’est les filles qui font changer d’attitude! Enfin voilà.
    – La voix de la raison !

    Quelques explications:
    1. se passer de quelque chose : faire sans quelque chose, sans en éprouver un trop grand manque.
    2. à plusieurs reprises : plusieurs fois.
    3. même qu’il soit… : cette phrase n’est pas correcte. Il faudrait dire: « même s’il était dans la même classe que moi ». Mais on l’entend à l’oral.
    4. une boulette de papier : les élèves avant s’envoyaient aussi des messages, mais juste sur des petits bouts de papier qu’il roulaient en boule pour les envoyer plus facilement.
    5. Je pense pas que… : normalement, après cette forme négative, on met le subjonctif: « Je ne pense pas qu’il y ait un seul elève… »
    6. un texto = un SMS. On dit les deux indifféremment.
    7. Vous êtes pas sérieuses: cette phrase est ambiguë. On peut comprendre : « Ce n’est pas sérieux de faire ça pendant les cours. Vous devriez travailler plutôt que de vous envoyer des SMS ». Ou alors : « Vous plaisantez! », si on ne croit pas ce que quelqu’un vient de dire. Elles comprennent le deuxième sens, d’où leur réponse : « Si » = C’est bien la vérité, on fait ça en cours.
    8. se faire coller : avoir une punition qui consiste à venir travailler en plus au collège, en dehors des heures de cours normales.
    9. brider : limiter la capacité. Sa phrase n’est pas très bien dite. Il faudrait dire : « brider le nombre de SMS », ou « autoriser seulement un certain nombre de SMS »
    10. d’SMS: normalement, on dit plutôt « de SMS ». (On ne fait pas la liaison quand on dit « un SMS » donc on ne contracte pas « de ».)
    11. c’est une copine à nous = c’est une de nos copines. C’est plus familier et plus fréquent à l’oral de dire « C’est une copine à moi / à nous ».
    12. être accro : être complètement dépendant de quelque chose. On ne peut pas s’en passer du tout. (familier). Normalement on dit « accro à quelque chose ». Ici, il mélange les 2 constructions : accro à / dépendant de. Aujourd’hui, on entend aussi « être addict », qui est un anglicisme. (Mais « addiction » est français.)
    13. direct : directement = tout de suite. (style familier)

    * A tout bout de champ : en permanence, constamment

    Premier portable, premières surprises !

    Portable ou pas ? La question ne se pose même plus aujourd’hui !
    Tout le monde a le nez baissé vers l’appareil magique dans les transports, à la sortie des cours, du travail.
    Maintenant, faire une pause, c’est d’abord vérifier qu’on n’a pas eu d’appel ou de SMS. Partout, tout le temps. Et après, éventuellement, on lèvera les yeux sur le monde autour de soi, on écoutera ce qui se passe.

    Alors la question qui se pose, c’est plutôt à quel âge avoir son premier portable… Et on finira probablement par ne même plus se la poser.

    Petite conversation avec des jeunes qui n’imagineraient déjà plus vivre sans leur portable. Mais heureusement que les parents sont là pour payer !


    Transcription:
    – Bah, mon premier téléphone, je l’ai eu à… à 11 ans.
    – Mais à quoi ça peut servir, un téléphone à 11 ans ?
    – Bah je rentrais au collège (1), alors comme je voyais que toutes mes copines (2) avaient un téléphone, bah ma mère, elle m’a acheté un téléphone.
    – Alors, vous vous en servez pour vous appeler, pour vous envoyer des messages ?
    – Ah bah, tous les jours.
    – Tout le temps. Même trop.
    – Moi, j’ai pas tout le temps du crédit (3), ça coûte cher, hein.
    – Moi, je suis à carte (4).
    – En plus, vous êtes radines (5) !
    – Non, mais parce que moi, depuis que j’ai fait un forfait à ma mère super cher (6), maintenant, elle veut plus que j’aie de forfait. Maintenant, c’est pour ça que je suis à carte.
    – C’était super cher comment (7)?
    – Oh bah…
    – Elle est montée à presque 500 €!
    – Ouah ! Pour un mois?
    – Oui!
    – Bah c’est venu tout seul, le hors forfait (8). Bah je téléphonais, je téléphonais. Je me rendais pas compte.
    – Et bah la facture…
    – Non, mais on croyait que… le… la télé, c’était gratuit. Mais c’était pas gratuit en fait.
    – En fait, on allait… On allait sur internet, et tout. On savait pas que c’était payant.
    – Est-ce que le vendeur vous avait dit que c’était payant?
    – Bah non.
    – Non, parce qu’en fait, c’était la première fois que j’avais un forfait. Ils avaient dit que c’était pas payant. Bah, tout était compris (9) dedans. Et en fait, on s’est fait arnaquer (10).
    – Alors qu’est-ce que tu veux, toi?
    – Moi, je voudrais… bah… un nouveau téléphone, mais pas tactile, parce que tactile…
    – Vas-y (11), montre-moi dans la vitrine.
    – J’aime bien celui-là.
    – On va demander au vendeur. Monsieur ? Vous pouvez nous montrer un téléphone?
    – Alors, c’est vrai que c’est un téléphone qui est très performant. Vous allez pouvoir faire du SMS (12) très rapidement puisque vous avez un clavier AZERTY. A la base, cette marque-là a sorti des téléphones comme ceux-là souvent pour les chefs d’entreprise qui vont avoir besoin d’aller sur internet, avoir accès à des mails, la messagerie instantanée.
    – Voilà.
    – Est-ce que vous avez des jeunes pas majeurs (13) qui viennent acheter des portables?
    – Bien sûr. De toute façon, légalement, on n’a pas le droit de vendre à un mineur mais ils viennent avec les parents et on peut ouvrir un… un forfait bloqué la plupart du temps, parce que les parents préfèrent la sécurité. Les enfants maintenant s’équipent à partir de 13-14 ans. C’est assez hallucinant(14) mais c’est… ça commence beaucoup plus tôt que… qu’il y a quelques années.
    – Mon petit frère, il a 9 ans, il veut déjà un portable, hein.

    Quelques explications:
    1. rentrer au collège : on dit aussi « entrer au collège« . On entre au collège après l’école primaire, vers l’âge de 11 ans.
    2. mes copines : mes amies (familier). C’est le féminin de « copain« .
    3. avoir du crédit : quand on a un forfait, on a droit à un certain nombre de minutes ou d’heures, en fonction du prix qu’on paye pour ce forfait. Donc on a du crédit, qui s’épuise peu à peu.
    4. je suis à carte : au lieu d’un forfait pour lequel on s’engage pour 2 ans (ou 1 an), on peut acheter des cartes qui donnent droit à des durées différentes. Quand c’est fini, il faut racheter une carte.
    5. radine : féminin de « radin« , qui signifie assez avare. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent. (familier)
    6. depuis que j’ai fait à ma mère un forfait super cher : cette phrase n’est pas vraiment correcte. Cette ado veut dire qu’elle a obligé sa mère à payer très cher, en plus du forfait normal, qui n’était pas bloqué.
    7. C’était super cher comment? : il reprend les mots de cette jeune fille et fait une question très orale. Il veut savoir combien sa mère a dû payer.
    8. hors forfait : toutes les communications ou utilisations qui ne sont pas prévues dans le forfait, c’est à dire dans le contrat qu’on a signé, sont facturées très cher en plus.
    9. tout est compris : tous les frais sont inclus dans le forfait.
    10. se faire arnaquer : être victime de quelqu’un qui nous trompe volontairement. (familier)
    11. Vas-y : on dit ça pour encourager quelqu’un à faire ou commencer quelque chose.
    12. faire du SMS : on dit plutôt « envoyer des SMS« . C’est le jargon des vendeurs de portables.
    13. être majeur : avoir 18 ans. Avant d’atteindre l’âge de la majorité, on est mineur.
    14. hallucinant : très surprenant

    Prononciation : Comment prononcer « depuis », « dedans », « déjà » ?
    Tout dépend de la région où vous vivez. (J’ai ajouté quelques remarques à ce propos après la conversation.)

    Je poke, tu tagges, il like…


    Les langues s’échangent des mots. C’est à l’anglais – très largement en tête – et à l’italien que le français emprunte le plus de noms, d’adjectifs, de verbes.
    Alors, cette publicité d’ Orange qui vise ses clients de plus en plus nombreux à être sur Facebook entérine ce qu’on entend désormais : il m’a poké, je like et autres verbes étranges ! (Dans une autre de leurs pubs, on trouve aussi un joli Slidez.)

    Pour le moment, il faut bien reconnaître que c’est encore un peu bizarre, surtout quand on lit ces verbes à l’impératif en très gros sur les affiches dans les rues. Mais nous finirons sûrement par nous y habituer ! Nous nous sommes bien habitués à bugger, surfer, podcaster. Puisque dans les domaines technologiques ou informatiques, le français manque de mots, pourquoi pas ! Et les efforts de France Terme pour créer et imposer des équivalents français et bouter l’anglais hors du français sont souvent un peu vains, sauf dans les écrits officiels et administratifs où c’est obligatoire.

    Mais quand même, « Je like, tu likes, il like, nous likons,vous likez, ils likent », est-ce bien nécessaire ? Pas très joli. Juste plus branché*, plus jeune que le très ordinaire « J’aime »… Donc un peu stupide, non ? En viendrons-nous carrément à dire « Je hearte, tu heartes, il hearte, nous heartons,… » puisque certains anglophones utilisent maintenant des « I heart » à toutes les sauces* ?

    La bonne nouvelle, c’est que lorsque nous fabriquons des verbes comme ça, ils se conjuguent sur le modèle des verbes du 1er groupe, les plus faciles. Nous n’allons quand même pas continuer à inventer des verbes aux conjugaisons impossibles ! Nous avons beau* être français, nous aussi, nous souffrons pour apprendre tous nos verbes irréguliers ! Alors faisons simple ! (Et prononçons ces verbes à la française ! Evidemment !)

    Au fait, est-ce que vous avez remarqué l’astérisque à côté de « likez » ? Il nous suggère une traduction – en tout petit, en bas à gauche – pour deux de ces verbes uniquement : marquez et appréciez à la place de taggez et likez. Rien pour pokez ! Probablement parce que nous n’avons pas de verbe aussi simple pour exprimer cette action-là et désormais tellement associée à Facebook !

    * branché : à la mode. C’est plus branché de dire « branché » que « à la mode » !
    * à toutes les sauces : dans n’importe quelle situation. (familier et plutôt péjoratif)
    * nous avons beau être français : même si nous sommes français.

    Arrête de faire la tête !

    La famille modèle ! Bon chic, bon genre*.
    Les ados dans toute leur splendeur comme on en connaît tous ! Et comme on a tous été. Plus ou moins.
    Le téléphone portable, ou comment, pour certains parents, ne pas lâcher leurs petits ! Nos opérateurs téléphoniques pensent vraiment à tout, pour le plus grand bonheur de chacun. Enfin, presque…

    Alors, ces jeunes font la tête*.
    Plus familièrement encore, on appelle ça aussi faire la tronche.
    Le problème, c’est que c’est papa-maman qui paient le forfait…

    * bon chic, bon genre : d’une élégance traditionnelle, propre à certains milieux sociaux aisés. On utilise aussi l’abréviation BCBG.
    * faire la tête : bouder / montrer de façon très claire qu’on n’est pas content. (familier) En argot, on remplace « tête » par « tronche » : faire la tronche.

    Il n’est jamais trop tôt ?

    En voyant la petite Clémentine, comment ne pas s’émerveiller ? Comment ne pas la regarder d’un oeil attendri ? Trop rigolote*, trop mignonne. Les enfants sont prêts à tout apprendre. La technologie ne leur fait pas peur, surtout quand on la leur met dans les mains aussi tôt. La petite Clémentine, elle manipule tout ça d’un geste sûr, du haut de ses 20 mois ! Pas comme ces adultes qui font tomber leur iPhone ou leur iPad et s’étonnent ensuite que ça marche moins bien…

    Et puis, quand même, à la voir scotchée* à ses écrans (au contenu éducatif bien sûr), on se dit qu’il va falloir de la détermination aux heureux parents pour expliquer un peu plus tard à la petite Clémentine que « Non, tu ne joues pas à l’ordi tout le temps. Non, tu ne passes pas ton temps à regarder ton portable. Non, tu ne le laisses pas allumé la nuit de peur de rater les SMS des copains. Clémentine, tu éteins tout ça ! » . Parce qu’il faudra bien qu’ils se battent un peu, comme tous les parents, non ?

    Et puis, il va falloir qu’ils soient sacrément* inventifs pour lui trouver des cadeaux d’anniversaire ! Un téléphone portable à l’entrée à l’école maternelle, un iPad personnel en grande section*, un smartphone en primaire, un appart au collège* ? Bon, pour la voiture, il faudra quand même attendre ses 18 ans…

    Il n’est jamais trop tôt ?
    Apparemment non, vu le nombre de vidéos de « bébés iPad » sur internet !
    Moi, je me demande.


    Transcription:
    – Clémentine a 20 mois et elle va découvrir sous vos yeux et pour la première fois un iPad.
    – Le « allo », il est là.
    – Etant une habituée de l’iPhone, son étonnement n’est que très relatif. Elle déverrouille et allume l’engin (1) sans problème. Son premier clic, c’est sur l’icône « Galerie d’images », la même que l’iPhone. Mais elle n’y trouve pas les photos et vidéos qui lui sont familières. Elle essaye (2) d’autres icônes, s’amuse avec l’écran tactile mais elle reste un peu perplexe. Elle reste notamment bloquée dans le menu « Réglages » de l’iPad et là, sa conclusion est sans appel (3):
    Le allo , il est là. Il est cassé.
    –  Je décide donc de l’aider en lui montrant comment passer d’un menu à l’autre. Et là, c’est parti (4), Clémentine navigue à la recherche de ses applications favorites. Elle clique sur l’appli « Look baby » qui regroupe quatre petits jeux, dont celui de « Mon ours » qu’elle surnomme « Nono ».
    Non. C’est pas Nono.
    – Elle relance l’appli.
    Il est pas. Nono !
    – Toujours pas Nono. Elle relance une nouvelle fois l’application.
    – Clémentine trouve l’écran tactile peu réactif et elle se demande une nouvelle fois si l’iPad n’est pas cassé. Après avoir farté un peu son doigt, l’écran a l’air de mieux réagir. Clémentine est prise d’une folie destructrice.
    C’est la vache. Non c’est sa bache
    – Après quelques minutes, je décide de redonner à Clémentine l’iPhone qu’elle connaît très bien.
    C’est papa allo (5). Allo.
    – Comme avec l’iPad, Clementine va directement cliquer sur l’icône « Galerie d’images ». Elle vérifie que ses photos et vidéos favorites soient (6)là.
    « Je fais quand même un petit … »
    – Elle réitère l’expérience avec l’application « Boîte à Meuh (7)» et ses animaux favoris.
    La mouche. Cochon.
    – Une fois rassurée, Clémentine reprend l’iPad et décide de faire de la musique : du piano.
    Etonnament, elle reprend l’iPhone et lance l’application « Studio Mini », un enregistreur 4 pistes pour s’enregistrer.
    Ça n’a pas l’air d’enregistrer. Clémentine est déçue. Elle réitère l’expérience avec l’application « mélodica » sur l’iPad. Elle lance à nouveau le studio et tente de s’enregistrer. Ça ne marche toujours pas.
    Malgré le côté universel de l’écran tactile – je vois, je touche – et les interfaces simples et ergonomiques d’un iPhone ou d’un iPad, Clémentine devra attendre quelques mois, voire (8) quelques années avant d’enregistrer son premier tube (9).

    Quelques détails :
    1. l’engin : normalement, un engin, c’est une machine, un outil, un instrument ou un véhicule. On ne l’utilise pas à propos d’un téléphone ou d’un appareil de ce genre. Ici, c’est un peu comme « un truc », avec l’idée que c’est un objet qui fonctionne.
    2. elle essaye : on peut dire aussi « elle essaie ».
    3. être sans appel : être définitif. Une décision sans appel est une décision qui ne changera pas, qu’on ne peut pas discuter.
    4. c’est parti : c’est le début d’une activité qui va durer.
    5. c’est papa allo : la syntaxe des petits est simple ! C’est le «allo » de papa. Et comme le mot téléphone est compliqué à dire, « allo » représente l’objet en question.
    6. soient : après le verbe « vérifier », pas besoin de mettre le subjonctif. Donc il faut dire : elle vérifie que ses applications sont là.
    7. meuh : onomatopée qui correspond au cri de la vache en français.
    8. voire : et même
    9. un tube : une chanson qui a un succès énorme.

    * rigolo / rigolote : amusant (familier)
    * scotché : captivé, fasciné par quelque chose
    * sacrément : très (familier)
    * la grande section : la dernière classe de l’école maternelle, où les enfants ont à peu près 5 ans.
    * un appart : abréviation orale de « appartement ».
    * le collège : après l’école primaire (entre 11 et 15 ans à peu près)

    Allô ? Allô?… Zut, ça a coupé !

    59 millions : il paraît que c’est le nombre de Français qui ont un téléphone portable. Autant dire presque tout le monde. Et comme le propre de ces petits appareils, c’est d’être partout, c’est mission impossible d’échapper aux sonneries en tout genre, aux conversations plus ou moins discrètes et à l’utilisation quasi-permanente par certains de l’objet magique ! Il sert à tout, y compris à faire naître des conflits entre parents et ados et même à tricher pendant les examens !

    Alors la résistance s’organise…
    Un appareil en fait naître un autre.
    Normalement réservé aux prisons et aux salles de spectacle… Normalement…
    Voici le brouilleur de portable et ses adeptes !

    Bon, à quand le brouilleur de brouilleur de portable ? On n’arrête pas le progrès!

    Transcription :
    Place du Trocadéro : une femme blonde converse au téléphone à la terrasse d’un café. Hervé passe discrètement une main dans la poche intérieure de son manteau.
    – Regardez.
    La conversation de la dame est coupée net.
    – Regardez son visage. Elle se demande ce qui se passe. Regardez sa réaction. Elle regarde son… son portable. Et voilà !
    – Extrêmement discret !
    – Ah oui, oui, oui. C’est très discret.

    Des appareils comme celui-là, Pierre-Yves Domin en vend de plus en plus aux particuliers :
    Beaucoup de parents qui veulent brouiller leurs enfants qui sont constamment au téléphone, surtout tard le soir. Des chauffeurs de taxi qui sont un peu importunés par les clients qui téléphonent à tout-va (1). Des médecins qui ne sont pas tranquilles dans leur salle d’attente, voire même dans… dans leur cabinet. Ça se vend vraiment comme des petits pains (2). C’est vraiment la plus forte demande, celle qui émane des particuliers, oui.

    Et parmi eux, il y a Michel. Il est retraité. Il vient juste d’en acheter un, hier soir.
    – Je prends la ligne 68, le bus. Pendant une heure, des fois, il y a les gens qui racontent leur vie, qui racontent leurs histoires. « T’es où ? T’es où ? Qu’est-ce que tu fais ? » Ils parlent comme si ils étaient chez eux. Et ça, je m’en contrefous» (3). Je veux plus les entendre.
    – Qu’est ce que vous allez en faire de ce brouilleur ?
    – Je le mettrai dès que je vais entrer dans le bus et vous me foutrez la paix (4) jusqu’à l’arrivée !

    Patrick, c’est dans sa salle de cours qu’il le cache. Il est prof de Droit dans une Grande Ecole (5).
    J’ai pas vocation à écouter les tél… les sonneries les plus débiles (6) de mes étudiants. Ça me dérange, en fait. Ce qui me gêne surtout, c’est les étudiants qui se servent de leur téléphone portable pendant les examens. J’achète pour 300 euros (7) le prix de ma tranquillité et aussi le prix de l’égalité.

    Trois cents euros pour un amphi (8), quelques dizaines d’euros pour un petit périmètre (9), mais attention, l’amende, c’est 450 !

    Quelques explications:
    1. à tout-va : sans arrêt, sans limite, avec excès.
    2. ça se vend comme des petits pains : ça se vend très, très bien. Tout le monde en achète.
    3. je m’en contrefous : on dit souvent « Je m’en fous et je m’en contrefous ». C’est pour montrer que vraiment on s’en fiche. ( très familier )
    4. foutre la paix à quelqu’un : version très familière de « laisser quelqu’un tranquille ».
    5. une Grande Ecole : école où ne vont que les meilleurs étudiants recrutés par des examens très sélectifs. ( des concours ) Il y a un nombre de places limité.
    6. débiles : nulles, idiotes. ( On peut l’employer pour des choses et des personnes. )
    7. Trois cents euros : certains font la liaisons, d’autres non ! C’est plus joli avec la liaison, à mon avis !
    8. un amphi : abréviation de « amphithéâtre », une très grande salle où ont lieu certains cours à l’université.
    9. un périmètre : un espace, une surface.

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