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Echappée du weekend

Début d’un long weekend en France, puisque le lundi de Pâques, comme on l’appelle, est aussi un jour férié. Il y a donc du monde sur les routes pour profiter de ces trois jours. On entend parler de kilomètres de bouchons, de ralentissements, à la sortie de Paris et des grandes villes, vers l’ouest ou le sud notamment.

Appli petits voyages entre amisAlors, pour que vous preniez le train, voici une publicité de la SNCF (toujours d’actualité), pour son rythme de parole, les expressions utilisées et le caractère enlevé de la présentation ! (Mais comme toujours, difficile d’échapper à Facebook…)

Illustration humoristique de la façon dont une information, à force d’être relayée, est très vite déformée ! Nous en faisons l’expérience régulièrement avec nos étudiants. J’avoue que cela me stupéfie toujours de voir ce qu’ils colportent à partir de ce que nous leur disons !
« On m’a dit que…  »
« Ah bon ? Mais qui vous a dit une chose pareille ? »

Pour regarder cette pub, cliquez ici.

Transcription :
Eux, ce sont mes amis: Léna, Vincent, Bastien, et enfin Marion. Tous ensemble, on a décidé de partir en voyage. Mais voilà, entre les textos, les mails et les coups de téléphone, impossible de tomber d’accord (1) pour tout planifier.
Quand j’ai proposé à Léna de se faire une virée (2) à Sète (3) le weekend du 12 septembre, Léna a dit à Vincent : se faire une virée à douze la semaine du 7 novembre. Vincent a transmis à Bastien : se faire un volley à sept avant le coup de blues (4) de décembre. Et Marion a compris : se faire un vide-grenier (5) aztèque et un poulet au gingembre. Puis j’ai ajouté : Il y a un train de Paris-Gare de Lyon (6) le samedi 31 à 9h20 très exactement. Marion a transmis à Bastien : Il y a un train de Rungis par Toulon (7) le mercredi 20 à 6 heures du matin approximativement. Et Léna a fini par m’appeler en disant : Il y a un nain, une génisse et un maçon. Ils proposent un bon coin mais pour faire quoi exactement ?
Ce jour-là, on a décidé d’arrêter les frais ((8). Comme on est tous sur Facebook, on s’est mis à utiliser l’application « Petits voyages entre amis », pour organiser nos virées entre nous. Finie la galère, bonjour la simplicité ! (9)
Etape 1, je complète mon profil voyageur avec ma carte de réduction.
Etape 2, je crée le voyage et je sélectionne les participants. Toute la bande au grand complet (10)!
Etape 3, cochez l’option Voyage privé. Pas envie que Yohann sache que je parte avec son ex (12) et pas non plus besoin que ma cousine Suzie, reine de l’incruste, nous impose sa venue sans être invitée.
Dix minutes plus tard, mes amis ont confirmé leur participation.
Mais voilà, Bastien veut inviter Claire, Vincent veut amener sa mère et Marion, son petit frère.
Suggestions faites sur la page : tout le monde veut que la mère de Vincent dégage (13). Quant à Claire et le petit frère, ils sont du voyage.
Etape 4, je suggère un trajet au départ de Paris-Gare de Lyon, samedi matin à 9h20. Tout le monde a compris ? Oui, c’est clair, net et précis. Je réserve les billets. Les places dans le train sont bookées (14), et tout le monde sera assis à côté (15).
Et ma préférée, l’étape 5, je fonce faire ma valise !
Petits voyages entre amis, c’est sur la page Facebook de Voyage-SNCF.com

Quelques détails :
1. tomber d’accord : on peut dire aussi se mettre d’accord ou s’entendre (/ sur quelque chose / pour faire quelque chose ).
2. Se faire une virée : une virée est un petit voyage, comme une escapade. (style familier) On peut dire : faire une virée quelque part. Dire « se faire une virée » donne un côté plus oral et familier, comme lorsqu’on dit : se faire un resto, se faire un ciné.
3. Sète : c’est une ville du sud de la France, au bord de la Méditerranée, pas loin de Montpellier. Il y a ensuite un jeu de mots avec le chiffre sept, qui se prononce de la même façon. Se faire une virée à sept est donc possible : cela signifie que 7 personnes vont faire le voyage ensemble.
4. Avoir un coup de blues = avoir un coup de cafard, c’est-à-dire connaître un moment où on n’a pas trop le moral. Il y a un jeu sur les sonorités : douze, blues. C’est la même chose ensuite avec septembre, décembre, novembre, gingembre, ou aztèque, à Sète, à sept. Puis un nain / train, génisse / Rungis, Toulon / maçon.
5. Un vide-grenier : les villes organisent ce genre de journées où chacun peut essayer de vendre des objets, des vêtements, etc… pour s’en débarrasser, donc pour vider son grenier où on entasse tout ce dont on ne se sert plus. (Mais pas besoin d’avoir un grenier pour entasser des choses inutiles chez soi!)
6. Paris-Gare de Lyon : c’est l’une des grandes gares de Paris, celle qui dessert le sud-est de la France.
7. Rungis par Toulon : ça n’a aucun sens au niveau de l’itinéraire ! Si vous regardez les images, vous voyez un train avec des légumes, des fruits : parce que Rungis, dans la région parisienne est le plus grand marché en gros où transite une quantité énorme de produits alimentaires.
8. Arrêter les frais = arrêter de faire n’importe quoi et tout stopper. (familier)
9. Finie la galère, bonjour la simplicité : on utilise cette expression familière pour parler d’un changement radical. Ils passent de la galère (c’est-à-dire des complications) à quelque chose de simple. (Le mot galère est familier.)
10. au grand complet : tout le monde est là, sans exception. Par exemple : pour son anniversaire, il y avait toute la famille au grand complet.
11. Son ex = son ex-copine, celle avec qui il a rompu. (familier) On utilise aussi ce mot pour son ex-mari ou son ex-femme, après un divorce.
12. la reine de l’incruste : s’incruster, au sens figuré, c’est s’imposer dans un groupe, dans une fête, etc… alors qu’on n’a pas été invité. (familier). Donc Suzie réussit à aller partout, à participer à tout, alors que les autres n’ont pas envie de la voir.
13. Dégager : s’en aller, partir. (très familier) C’est souvent un terme plutôt agressif pour demander à quelqu’un de partir: Tu dégages ! Donc ici, c’est assez peu sympa pour la maman, qui bien sûr n’est pas la bienvenue. Et petit coup de griffe aussi vis-à-vis du garçon qui ne peut pas se passer de sa mère !
14. Bookées : anglicisme = réservées
15. À côté : les uns à côté des autres. Leurs places ne seront pas loin les unes des autres.

Ecran ou papier ?

J’aime les ordinateurs, quand ils ne sont pas gros et qu’on peut les emporter avec soi.
J’aime mon iPhone, mais pas particulièrement pour téléphoner.
Je n’ai pas spécialement envie d’avoir un iPad. Je suis étonnée par le poids !
Je ne suis pas très attirée par les livres électroniques. Il leur manque du corps, de la densité, de la permanence.
Et pourtant…
Cette petite conversation entendue l’autre jour m’a fait entrevoir d’autres perspectives. Affaire à suivre !

Mais au fait, comment ça s’appelle ?
On trouve plusieurs mots pour désigner ces nouveaux petits appareils:
un lecteur de livres numériques: c’est long ! Et on ne peut pas dire juste un « lecteur », car un lecteur, c’est une personne en chair et en os.
– alors pour faire plus court, autant se tourner vers l’anglais, toujours plus apte à créer de nouveaux mots: on trouve donc le mot « e-reader« , prononcé à la française, je suppose, avec des « r » bien durs et bien moches !
– pour éviter l’anglais, on trouve aussi « une liseuse« , mot féminin, sans doute parce qu’on pense à une tablette, féminin aussi. Mais honnêtement, je trouve ça bizarre parce qu’une liseuse, c’est déjà ça, et j’ai du mal à voir autre chose derrière ce mot pour le moment:
* veste de femme, souvent en tricot, qu’on porte à la maison.
* petite lampe destinée à la lecture.

Comme quoi, le français peine toujours à nommer ce qui est nouveau, coincé entre longueur de nos expressions et recours à l’anglais.
Alors, c’est sans doute le nom des marques qui va s’imposer, comme le souhaitent d’ailleurs les différentes entreprises qui ont chacune sorti leur propre modèle !


Transcription:
– Bonjour.
– Vous êtes parisien ? Non? Pas du tout?
– Non, pas du tout. Saint Max, une ville près de Nancy.
– Près de Nancy. Vous possédez un fnacbook, celui que j’ai entre les mains. Est-ce que vous en êtes satisfait? On essaye de voir un peu quels sont les avantages et les inconvénients du… du livre électronique ce matin.
– Bah très satisfait. Ça fait quelques années que je m’intéressais au domaine et puis, je me suis enfin décidé. C’était un beau cadeau d’anniversaire que j’ai eu là !
– Ça coûte combien, un fnacbook, pour avoir une idée?
– 200.
– Oui, d’accord, 200 euros. Un iPad? Environ ? Dans les 400…
– 450 euros.
– 400, 400 euros. D’accord. Minimum.
– Par contre, j’ai pris… J’ai choisi celui-ci parce que je tenais vraiment à (1) avoir une tablette à encre électronique dédiée à la lecture et pas une tablette multimédia avec des écrans rétro-éclairés parce que, bon vous n’en avez peut-être pas encore parlé, mais il y a des gens qui vont lire au coup par coup (2), alors qu’il y a encore des gens, bah comme moi, qui préfèreront lire des gros livres, qui préfèreront lire longtemps, et pour ça, c’est plus avantageux d’avoir une tablette dédiée avec une encre électronique qui fatigue moins les yeux que les écrans numériques.
– Mais, Cédric, je suis désolée de vous demander des précisions, mais quel intérêt, quel avantage y trouvez-vous ? C’est vraiment une histoire de (3) poids ? Vous n’avez plus besoin de transporter des livres avec vous ?
– […] Mais en fait, j’ai… J’avais arrêté de lire, quasiment (4), parce que en fait, ce qui me gênait dans le livre – et je vais faire rire, je crois, le… le… la personne de Hachette (5) qui est avec vous – c’est le livre ! Ce qui me gêne, c’est le livre, c’est de tourner les pages, c’est le poids, c’est le papier, c’est la manipulation de l’objet. Je m’étais détourné du livre pour ça. Et alors… Et moi ce qui m’intéresse, ça n’est pas l’odeur du papier, ça n’est pas le toucher. Moi, ce qui m’intéresse dans le livre, c’est le texte.
– C’est très original, comme point de vue !
– Mais justement, le fait aussi, même si n’étant pas (6) parisien, d’avoir un encombrement réduit (7) pour y mettre tous mes livres, c’est un avantage. Tout le monde n’a pas des étagères et une bibliothèque. Mais vraiment, le fait de plus avoir à manipuler le… l’objet, le livre, qui pour moi était très gênant, maintenant, je n’ai… J’ai juste à appuyer sur un bouton pour changer de page. Et j’ai mes centaines de livres sur moi, et…
– Ouais. Et c’est tellement simple que vous lisez plus (8)? Qu’est-ce que vous avez lu d’ailleurs récemment sur votre fnacbook ?
– Eh ben, quelques ouvrages que évidemment, je… j’ai téléchargés sur… sur le site de … de la Fnac, mais également, sur d’autres sites. Bah, des auteurs peu connus, des auteurs indépendants, des auteurs non édités, qui font paraître en version livre électronique sur leur site leurs ouvrages. Il y a beaucoup de gens qui ne se font pas éditer qui sont très talentueux. Et je prends beaucoup de plaisir, mais comme d’autres personnes j’imagine, à lire des gens dont personne ne veut parler, que personne ne veut éditer et qui pourtant écrivent des histoires très intéressantes, qui écrivent bien, qui écrivent de belles histoires, qui écrivent des histoires intéressantes. Je suis passé à peu près de trois-quatre livres par an à trois-quatre livres par mois.

Quelques explications :
1. je tenais vraiment à (+ verbe) : c’était vraiment important pour moi de…
2. au coup par coup : de temps en temps, pas régulièrement.
3. c’est une histoire de poids ? = la raison, c’est le poids ?
4. quasiment : presque complètement
5. Hachette : une des grandes maisons d’édition en France
6. même si n’étant pas… : cette phrase n’est pas très correcte. Soit on dit : « même si je ne suis pas parisien », soit on dit : « tout en n’étant pas parsisien ». En fait, il y a télescopage dans sa tête des deux constructions.
7. un encombrement réduit : le fnacbook ne prend pas de place.
8. plus = davantage. Il faut prononcer le « s » final quand il a ce sens là, alors qu’on ne l’entend pas dans la négation « ne… plus ».

La FNAC : c’est la chaîne de librairies la plus connue en France. (On prononce ce nom comme un mot, pas lettre par lettre.)  On y trouve livres, CD, DVD et matériel audio-visuel. Ils ont donc sorti récemment leur fnacbook.

Difficile de s’en passer !

Quand on est enseignant, pas toujours facile de capter l’attention des élèves ou des étudiants !
Notre pire ennemi aujourd’hui, c’est le téléphone portable ! J’exagère à peine…

Au tout début, il a fallu obtenir qu’il ne sonne pas pendant les cours. Puis nos étudiants sont devenus des pros du mode silence ou vibreur.
Ensuite, les SMS ont mobilisé toute leur énergie et ils sont passés maîtres dans l’art de s’envoyer des textos à tout bout de champ*. Les Français (de tous âges) sont les rois du SMS.
Et aujourd’hui, certains sont connectés en permanence à Facebook grâce à leur accès internet sur leurs mobiles.

Alors en face de nous, regards baissés de certains, mais pas dans le vague, doigts en action sous les tables, besoin irrésistible de regarder leurs messages, esprit ailleurs, concentration zéro.
Formidable distraction. Fascinante fascination !


Transcription:
– Est-ce que vous aimez ou pas qu’on parle d’addiction? Est-ce que vous pouvez, oui ou non, vous passer de (1) votre téléphone portable? Il y a Benjamin tout à l’heure qui nous disait qu’il pouvait s’en passer. Mais j’ai l’impression quand même que « addiction », c’est un mot qui vous choque ou pas quand on parle de téléphonie? Non? Addiction? Non? T’aimes pas?
– Ça correspond… Non, ça correspond bien.
– C’est ça, oui, addiction, ouais.
– C’est un peu ça quand même .
– Vous utilisez parfois le téléphone pendant les cours? Marion?
– Ouais, ça m’est déjà arrivé à plusieurs reprises (2) de répondre à quelqu’un, même qu’il soit lui-même dans la même classe que moi. (3)
– Ah bon? C’est plus simple que d’envoyer une boulette de papier (4).
– La prochaine fois qu’on a tes parents au téléphone, hein, Marion…
– Et… et Marion, tu me confirmes que c’est vraiment quelque chose qui se passe assez régulièrement?
– Euh oui.
– Dans ton collège en tout cas.
– Je pense pas qu’il y a (5) un seul élève qui l’ait jamais fait, en tout cas.
– Carrément! Ah ouais!
– Oui.
– Vous êtes tous d’accord?
– Oui.
– On verra ça en rentrant à la maison tout à l’heure!

– Est-ce que vous vous envoyez des textos (6)en cours?
– Ouais.
– Oui.
– Non ! Vous êtes pas sérieuses !(7)
– Si.
– Oh bah si.
– La preuve, je me suis fait coller (8) à cause de ça.
– Je sais pas. C’est… c’est un réflexe, quoi. On a l’habitude d’envoyer des messages, quoi.
– Quand on en reçoit un, bah on a envie d’y répondre.
– Eh bah… Bravo, tiens !
– Certains opérateurs vont faire du SMS illimité mais légalement, vont quand même brider (9) un certain nombre de SMS utilisés. Alors on a une cliente qui il y a quelques mois est revenue en magasin parce que son forfait bloqué ne permettait plus d’envoyer les…d’ SMS (9). On a appelé l’opérateur: la cliente avait consommé 3 500 SMS en trois semaines. Je sais pas si vous vous rendez compte du rapport SMS-seconde ou SMS-heure. C’est hallucinant ! Et c’est pas la seule personne. C’est très courant !
– Elle a les yeux verts?
– Ouais.
– Ah bah c’est…
– Voilà.
– Elle vient avec sa maman à chaque fois et c’est souvent qu’elle vient.
– Bah c’est une copine à nous. (10)
– OK. Donc c’est elle qui a le record.

– Il y a … Il y a un temps où j’étais accro (11) à mort de… d’internet, quoi. Totalement. Bah je rentrais de l’école, direct (12) j’étais dessus jusqu’à 3 – 4 heures du matin, jusqu’à ce qu’on trouve quelque chose de mieux à faire.
– Et qu’est-ce qui t’a fait changer d’attitude?
– Bah c’est les filles qui font changer d’attitude! Enfin voilà.
– La voix de la raison !

Quelques explications:
1. se passer de quelque chose : faire sans quelque chose, sans en éprouver un trop grand manque.
2. à plusieurs reprises : plusieurs fois.
3. même qu’il soit… : cette phrase n’est pas correcte. Il faudrait dire: « même s’il était dans la même classe que moi ». Mais on l’entend à l’oral.
4. une boulette de papier : les élèves avant s’envoyaient aussi des messages, mais juste sur des petits bouts de papier qu’il roulaient en boule pour les envoyer plus facilement.
5. Je pense pas que… : normalement, après cette forme négative, on met le subjonctif: « Je ne pense pas qu’il y ait un seul elève… »
6. un texto = un SMS. On dit les deux indifféremment.
7. Vous êtes pas sérieuses: cette phrase est ambiguë. On peut comprendre : « Ce n’est pas sérieux de faire ça pendant les cours. Vous devriez travailler plutôt que de vous envoyer des SMS ». Ou alors : « Vous plaisantez! », si on ne croit pas ce que quelqu’un vient de dire. Elles comprennent le deuxième sens, d’où leur réponse : « Si » = C’est bien la vérité, on fait ça en cours.
8. se faire coller : avoir une punition qui consiste à venir travailler en plus au collège, en dehors des heures de cours normales.
9. brider : limiter la capacité. Sa phrase n’est pas très bien dite. Il faudrait dire : « brider le nombre de SMS », ou « autoriser seulement un certain nombre de SMS »
10. d’SMS: normalement, on dit plutôt « de SMS ». (On ne fait pas la liaison quand on dit « un SMS » donc on ne contracte pas « de ».)
11. c’est une copine à nous = c’est une de nos copines. C’est plus familier et plus fréquent à l’oral de dire « C’est une copine à moi / à nous ».
12. être accro : être complètement dépendant de quelque chose. On ne peut pas s’en passer du tout. (familier). Normalement on dit « accro à quelque chose ». Ici, il mélange les 2 constructions : accro à / dépendant de. Aujourd’hui, on entend aussi « être addict », qui est un anglicisme. (Mais « addiction » est français.)
13. direct : directement = tout de suite. (style familier)

* A tout bout de champ : en permanence, constamment

Premier portable, premières surprises !

Portable ou pas ? La question ne se pose même plus aujourd’hui !
Tout le monde a le nez baissé vers l’appareil magique dans les transports, à la sortie des cours, du travail.
Maintenant, faire une pause, c’est d’abord vérifier qu’on n’a pas eu d’appel ou de SMS. Partout, tout le temps. Et après, éventuellement, on lèvera les yeux sur le monde autour de soi, on écoutera ce qui se passe.

Alors la question qui se pose, c’est plutôt à quel âge avoir son premier portable… Et on finira probablement par ne même plus se la poser.

Petite conversation avec des jeunes qui n’imagineraient déjà plus vivre sans leur portable. Mais heureusement que les parents sont là pour payer !


Transcription:
– Bah, mon premier téléphone, je l’ai eu à… à 11 ans.
– Mais à quoi ça peut servir, un téléphone à 11 ans ?
– Bah je rentrais au collège (1), alors comme je voyais que toutes mes copines (2) avaient un téléphone, bah ma mère, elle m’a acheté un téléphone.
– Alors, vous vous en servez pour vous appeler, pour vous envoyer des messages ?
– Ah bah, tous les jours.
– Tout le temps. Même trop.
– Moi, j’ai pas tout le temps du crédit (3), ça coûte cher, hein.
– Moi, je suis à carte (4).
– En plus, vous êtes radines (5) !
– Non, mais parce que moi, depuis que j’ai fait un forfait à ma mère super cher (6), maintenant, elle veut plus que j’aie de forfait. Maintenant, c’est pour ça que je suis à carte.
– C’était super cher comment (7)?
– Oh bah…
– Elle est montée à presque 500 €!
– Ouah ! Pour un mois?
– Oui!
– Bah c’est venu tout seul, le hors forfait (8). Bah je téléphonais, je téléphonais. Je me rendais pas compte.
– Et bah la facture…
– Non, mais on croyait que… le… la télé, c’était gratuit. Mais c’était pas gratuit en fait.
– En fait, on allait… On allait sur internet, et tout. On savait pas que c’était payant.
– Est-ce que le vendeur vous avait dit que c’était payant?
– Bah non.
– Non, parce qu’en fait, c’était la première fois que j’avais un forfait. Ils avaient dit que c’était pas payant. Bah, tout était compris (9) dedans. Et en fait, on s’est fait arnaquer (10).
– Alors qu’est-ce que tu veux, toi?
– Moi, je voudrais… bah… un nouveau téléphone, mais pas tactile, parce que tactile…
– Vas-y (11), montre-moi dans la vitrine.
– J’aime bien celui-là.
– On va demander au vendeur. Monsieur ? Vous pouvez nous montrer un téléphone?
– Alors, c’est vrai que c’est un téléphone qui est très performant. Vous allez pouvoir faire du SMS (12) très rapidement puisque vous avez un clavier AZERTY. A la base, cette marque-là a sorti des téléphones comme ceux-là souvent pour les chefs d’entreprise qui vont avoir besoin d’aller sur internet, avoir accès à des mails, la messagerie instantanée.
– Voilà.
– Est-ce que vous avez des jeunes pas majeurs (13) qui viennent acheter des portables?
– Bien sûr. De toute façon, légalement, on n’a pas le droit de vendre à un mineur mais ils viennent avec les parents et on peut ouvrir un… un forfait bloqué la plupart du temps, parce que les parents préfèrent la sécurité. Les enfants maintenant s’équipent à partir de 13-14 ans. C’est assez hallucinant(14) mais c’est… ça commence beaucoup plus tôt que… qu’il y a quelques années.
– Mon petit frère, il a 9 ans, il veut déjà un portable, hein.

Quelques explications:
1. rentrer au collège : on dit aussi « entrer au collège« . On entre au collège après l’école primaire, vers l’âge de 11 ans.
2. mes copines : mes amies (familier). C’est le féminin de « copain« .
3. avoir du crédit : quand on a un forfait, on a droit à un certain nombre de minutes ou d’heures, en fonction du prix qu’on paye pour ce forfait. Donc on a du crédit, qui s’épuise peu à peu.
4. je suis à carte : au lieu d’un forfait pour lequel on s’engage pour 2 ans (ou 1 an), on peut acheter des cartes qui donnent droit à des durées différentes. Quand c’est fini, il faut racheter une carte.
5. radine : féminin de « radin« , qui signifie assez avare. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent. (familier)
6. depuis que j’ai fait à ma mère un forfait super cher : cette phrase n’est pas vraiment correcte. Cette ado veut dire qu’elle a obligé sa mère à payer très cher, en plus du forfait normal, qui n’était pas bloqué.
7. C’était super cher comment? : il reprend les mots de cette jeune fille et fait une question très orale. Il veut savoir combien sa mère a dû payer.
8. hors forfait : toutes les communications ou utilisations qui ne sont pas prévues dans le forfait, c’est à dire dans le contrat qu’on a signé, sont facturées très cher en plus.
9. tout est compris : tous les frais sont inclus dans le forfait.
10. se faire arnaquer : être victime de quelqu’un qui nous trompe volontairement. (familier)
11. Vas-y : on dit ça pour encourager quelqu’un à faire ou commencer quelque chose.
12. faire du SMS : on dit plutôt « envoyer des SMS« . C’est le jargon des vendeurs de portables.
13. être majeur : avoir 18 ans. Avant d’atteindre l’âge de la majorité, on est mineur.
14. hallucinant : très surprenant

Prononciation : Comment prononcer « depuis », « dedans », « déjà » ?
Tout dépend de la région où vous vivez. (J’ai ajouté quelques remarques à ce propos après la conversation.)

657 amis sur Facebook

Vous êtes bon en géographie ? Vous connaissez tous les pays ?
Pourtant, il y en a un dont vous n’avez peut-être pas encore entendu parler: Groland.
Mais c’est où, ça ?

C’est sur Canal +, une des chaînes de télévision française (payante, mais certaines émissions ne sont pas cryptées). Et donc, c’est un pays imaginaire – mais qui ressemble bizarrement à la France – dont on peut suivre l’actualité tous les samedis (en clair). Cette émission est devenue absolument culte car elle est totalement irrévérencieuse et souvent « grossière » dans les situations et les mots, mais avec beaucoup d’à-propos !

Voici donc un des reportages de la télé grolandaise. Quand on commence à en regarder un, on se demande toujours quelle va être la chute, c’est-à-dire comment ça va se terminer ! (Pas d’inquiétude, cette fois-ci, c’est plutôt gentil.)

Pour regarder, c’est ici.

Transcription :
[…]Gilbert Bécaud, la solitude, ça n’existe pas (1). Surtout depuis qu’il y a Facebook. Mais ça, il pouvait pas le savoir parce qu’il est mort tout seul et avant l’invention d’internet.

Jivenchy Laroute (2) est fier.
« Je suis fier. »
Il a 657 amis sur Facebook.
« J’ai 657 amis sur Facebook ! » (3)

Mais aujourd’hui, il a un souci. Il doit déménager.
« Aujourd’hui, j’ai une galère (4). Je dois déménager mes meubles, mes affaires, tout ça. »

Jivenchy n’a pas d’argent pour payer des déménageurs. Mais heureusement, pour l’aider, il a 657 amis.
« Hier, j’ai envoyé 657 messages. »
Malheureusement aujourd’hui, il a eu zéro réponse.
« Merde (5)! 0 réponse ! »

Eh oui, bizarrement ce jour-là, Audrey était sur MSN, Castor était sur World of Warcraft, Nini sur Google Earth, Golga sur Limewire, Hull sur Call of Duty, Coro sur Digital Effects, Miska sur Jamendo. Tous avaient une bonne raison pour ne pas répondre à Jivenchy.

Alors Jivenchy Laroute s’est souvenu de Bruno, un vague copain (6) de sixième (7), avec qui il faisait du ping-pong, un vague copain qui n’a pas d’adresse internet mais qui a une adresse dans la rue à côté. Bruno, un vague copain de sixième qui n’a pas de PC mais qui a deux bras et deux jambes. Bruno, un vague copain pas très causant (8) mais qui vaut finalement mieux que 657 amis à la con(9).

Quelques détails :
1. La solitude, ça n’existe pas : ce sont les paroles d’une chanson de Gilbert Bécaud dans les années 70.
2. Jivenchy Laroute : les personnages de Groland ont toujours des noms idiots, mais qui pourraient presque être vrais.
3. La répétition des mêmes petites phrases très sommaires est une parodie de vrais reportages où le journaliste se contente de redire ce que la personne interrogée explique, sans rien apporter de plus.
4. une galère : un problème, une situation difficile. (argot)
5. Merde ! : plus poliment, on peut dire « Zut ».
6. un vague copain : un ami pas vraiment proche. Ils se connaissaient un peu.
7. la sixième : c’est la première classe au collège. Les élèves ont à peu près 11 ans. Donc cette « vague » amitié remonte vraiment à loin !
8. pas très causant : pas très bavard. Un peu ours, c’est-à-dire pas très sociable.
9. à la con : nul. (C’est péjoratif et plutôt grossier bien sûr.)

Je poke, tu tagges, il like…


Les langues s’échangent des mots. C’est à l’anglais – très largement en tête – et à l’italien que le français emprunte le plus de noms, d’adjectifs, de verbes.
Alors, cette publicité d’ Orange qui vise ses clients de plus en plus nombreux à être sur Facebook entérine ce qu’on entend désormais : il m’a poké, je like et autres verbes étranges ! (Dans une autre de leurs pubs, on trouve aussi un joli Slidez.)

Pour le moment, il faut bien reconnaître que c’est encore un peu bizarre, surtout quand on lit ces verbes à l’impératif en très gros sur les affiches dans les rues. Mais nous finirons sûrement par nous y habituer ! Nous nous sommes bien habitués à bugger, surfer, podcaster. Puisque dans les domaines technologiques ou informatiques, le français manque de mots, pourquoi pas ! Et les efforts de France Terme pour créer et imposer des équivalents français et bouter l’anglais hors du français sont souvent un peu vains, sauf dans les écrits officiels et administratifs où c’est obligatoire.

Mais quand même, « Je like, tu likes, il like, nous likons,vous likez, ils likent », est-ce bien nécessaire ? Pas très joli. Juste plus branché*, plus jeune que le très ordinaire « J’aime »… Donc un peu stupide, non ? En viendrons-nous carrément à dire « Je hearte, tu heartes, il hearte, nous heartons,… » puisque certains anglophones utilisent maintenant des « I heart » à toutes les sauces* ?

La bonne nouvelle, c’est que lorsque nous fabriquons des verbes comme ça, ils se conjuguent sur le modèle des verbes du 1er groupe, les plus faciles. Nous n’allons quand même pas continuer à inventer des verbes aux conjugaisons impossibles ! Nous avons beau* être français, nous aussi, nous souffrons pour apprendre tous nos verbes irréguliers ! Alors faisons simple ! (Et prononçons ces verbes à la française ! Evidemment !)

Au fait, est-ce que vous avez remarqué l’astérisque à côté de « likez » ? Il nous suggère une traduction – en tout petit, en bas à gauche – pour deux de ces verbes uniquement : marquez et appréciez à la place de taggez et likez. Rien pour pokez ! Probablement parce que nous n’avons pas de verbe aussi simple pour exprimer cette action-là et désormais tellement associée à Facebook !

* branché : à la mode. C’est plus branché de dire « branché » que « à la mode » !
* à toutes les sauces : dans n’importe quelle situation. (familier et plutôt péjoratif)
* nous avons beau être français : même si nous sommes français.

Il n’est jamais trop tôt ?

En voyant la petite Clémentine, comment ne pas s’émerveiller ? Comment ne pas la regarder d’un oeil attendri ? Trop rigolote*, trop mignonne. Les enfants sont prêts à tout apprendre. La technologie ne leur fait pas peur, surtout quand on la leur met dans les mains aussi tôt. La petite Clémentine, elle manipule tout ça d’un geste sûr, du haut de ses 20 mois ! Pas comme ces adultes qui font tomber leur iPhone ou leur iPad et s’étonnent ensuite que ça marche moins bien…

Et puis, quand même, à la voir scotchée* à ses écrans (au contenu éducatif bien sûr), on se dit qu’il va falloir de la détermination aux heureux parents pour expliquer un peu plus tard à la petite Clémentine que « Non, tu ne joues pas à l’ordi tout le temps. Non, tu ne passes pas ton temps à regarder ton portable. Non, tu ne le laisses pas allumé la nuit de peur de rater les SMS des copains. Clémentine, tu éteins tout ça ! » . Parce qu’il faudra bien qu’ils se battent un peu, comme tous les parents, non ?

Et puis, il va falloir qu’ils soient sacrément* inventifs pour lui trouver des cadeaux d’anniversaire ! Un téléphone portable à l’entrée à l’école maternelle, un iPad personnel en grande section*, un smartphone en primaire, un appart au collège* ? Bon, pour la voiture, il faudra quand même attendre ses 18 ans…

Il n’est jamais trop tôt ?
Apparemment non, vu le nombre de vidéos de « bébés iPad » sur internet !
Moi, je me demande.


Transcription:
– Clémentine a 20 mois et elle va découvrir sous vos yeux et pour la première fois un iPad.
– Le « allo », il est là.
– Etant une habituée de l’iPhone, son étonnement n’est que très relatif. Elle déverrouille et allume l’engin (1) sans problème. Son premier clic, c’est sur l’icône « Galerie d’images », la même que l’iPhone. Mais elle n’y trouve pas les photos et vidéos qui lui sont familières. Elle essaye (2) d’autres icônes, s’amuse avec l’écran tactile mais elle reste un peu perplexe. Elle reste notamment bloquée dans le menu « Réglages » de l’iPad et là, sa conclusion est sans appel (3):
Le allo , il est là. Il est cassé.
–  Je décide donc de l’aider en lui montrant comment passer d’un menu à l’autre. Et là, c’est parti (4), Clémentine navigue à la recherche de ses applications favorites. Elle clique sur l’appli « Look baby » qui regroupe quatre petits jeux, dont celui de « Mon ours » qu’elle surnomme « Nono ».
Non. C’est pas Nono.
– Elle relance l’appli.
Il est pas. Nono !
– Toujours pas Nono. Elle relance une nouvelle fois l’application.
– Clémentine trouve l’écran tactile peu réactif et elle se demande une nouvelle fois si l’iPad n’est pas cassé. Après avoir farté un peu son doigt, l’écran a l’air de mieux réagir. Clémentine est prise d’une folie destructrice.
C’est la vache. Non c’est sa bache
– Après quelques minutes, je décide de redonner à Clémentine l’iPhone qu’elle connaît très bien.
C’est papa allo (5). Allo.
– Comme avec l’iPad, Clementine va directement cliquer sur l’icône « Galerie d’images ». Elle vérifie que ses photos et vidéos favorites soient (6)là.
« Je fais quand même un petit … »
– Elle réitère l’expérience avec l’application « Boîte à Meuh (7)» et ses animaux favoris.
La mouche. Cochon.
– Une fois rassurée, Clémentine reprend l’iPad et décide de faire de la musique : du piano.
Etonnament, elle reprend l’iPhone et lance l’application « Studio Mini », un enregistreur 4 pistes pour s’enregistrer.
Ça n’a pas l’air d’enregistrer. Clémentine est déçue. Elle réitère l’expérience avec l’application « mélodica » sur l’iPad. Elle lance à nouveau le studio et tente de s’enregistrer. Ça ne marche toujours pas.
Malgré le côté universel de l’écran tactile – je vois, je touche – et les interfaces simples et ergonomiques d’un iPhone ou d’un iPad, Clémentine devra attendre quelques mois, voire (8) quelques années avant d’enregistrer son premier tube (9).

Quelques détails :
1. l’engin : normalement, un engin, c’est une machine, un outil, un instrument ou un véhicule. On ne l’utilise pas à propos d’un téléphone ou d’un appareil de ce genre. Ici, c’est un peu comme « un truc », avec l’idée que c’est un objet qui fonctionne.
2. elle essaye : on peut dire aussi « elle essaie ».
3. être sans appel : être définitif. Une décision sans appel est une décision qui ne changera pas, qu’on ne peut pas discuter.
4. c’est parti : c’est le début d’une activité qui va durer.
5. c’est papa allo : la syntaxe des petits est simple ! C’est le «allo » de papa. Et comme le mot téléphone est compliqué à dire, « allo » représente l’objet en question.
6. soient : après le verbe « vérifier », pas besoin de mettre le subjonctif. Donc il faut dire : elle vérifie que ses applications sont là.
7. meuh : onomatopée qui correspond au cri de la vache en français.
8. voire : et même
9. un tube : une chanson qui a un succès énorme.

* rigolo / rigolote : amusant (familier)
* scotché : captivé, fasciné par quelque chose
* sacrément : très (familier)
* la grande section : la dernière classe de l’école maternelle, où les enfants ont à peu près 5 ans.
* un appart : abréviation orale de « appartement ».
* le collège : après l’école primaire (entre 11 et 15 ans à peu près)

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