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Mercenaire

mercenaire

Quel bon film !
Le titre ne m’avait pas accrochée, il n’évoquait pas grand chose pour moi. Et ensuite, à cause de la vague idée que cela se passait dans le milieu du rugby, j’allais laisser passer l’occasion de voir ce très beau film !

Il y a donc des mercenaires dans le milieu du rugby: ce sont les jeunes Wallisiens ou Calédoniens venus de ces morceaux de France perdus à l’autre bout du monde, ces garçons achetés par les petits clubs de métropole et qui rêvent de faire une belle carrière ici.
C’est une histoire de famille et de traditions où les fils se déchirent avec leur père, une histoire de sport avec ses grands moments d’exaltation et ses petitesses sordides, une histoire de déracinement, de solitude et parfois de racisme.

C’est le récit du voyage de Soane, qui le mène et le malmène de la Nouvelle Calédonie au sud-ouest de la France et qui le fait entrer dans l’âge adulte, au prix d’épreuves qu’il n’imaginait pas en quittant sa terre natale et les siens.

La Nouvelle Calédonie n’y est pas l’habituelle carte postale aux plages parfaites et exotiques. Elle est rude, pauvre et belle. Les petits clubs de rugby, avec leurs vestiaires vétustes et leurs problèmes d’argent, n’y font pas rêver tous les jours de grande épopée sportive. On est dans la mêlée, dans la réalité, ici et là-bas, en français et en wallisien. On sort plus riche de cette découverte. (Et j’ai pensé à nos quelques étudiants calédoniens qui atterrissent chaque année à l’aéroport de Marseille pour étudier ici deux ans ou plus.)

mercenaire-bande-annonce
Regardez la bande annonce ici.

Transcription:
– Elles sont où, tes valises ? (1)
– J’en ai pas.
– Abraham, ton pilier (2) de 140 kilos, là, qui en a perdu vingt (3) dans l’avion, en tongs (4), en short, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?
– Tu crois quoi ? (5) Que je vais te trouver un contrat comme ça, en claquant des doigts (6) ? Pourquoi tu es pas rentré au pays  (7)?
– Tu es un All Black ?
– Je suis français. Wallis (8), c’est la France.
– Qu’il vienne me chercher ! Moi, je l’attends ! Il croit que j’ai peur de lui ?
– Tu connais pas l’histoire de ma famille. Si je pouvais, je l’effacerais.
– Soane, c’est qui, ces mecs  (9)?
– C’est tout ce que j’ai.

Quelques explications
1. Elles sont où, tes valises ? : cette question est uniquement orale, avec avec le pronom (elles) placé avant le nom (valises) qu’il remplace avec cette répétition du sujet et avec cet ordre des mots. (pas d’inversion du sujet et du verbe).
2. Un pilier : c’est l’un des postes dans une équipe de rugby, pour lequel on a besoin de joueurs très puissants et donc lourds.
3. Qui en a perdu 20 dans l’avion : c’est ironique. Soane vient de répondre au responsable du club de rugby qu’il pèse 120 kilos alors qu’Abraham leur avait promis un joueur de 140 kilos. Donc le responsable se sent trompé sur la marchandise !
4. Des tongs : ce sont des sandales en plastique très sommaires qu’on porte l’été.
5. Tu crois quoi ? : Autre question orale et très familière. La version plus standard = Qu’est-ce que tu crois ? Dans les deux cas, c’est ce qu’on dit quand on est en colère contre quelqu’un, quand on reproche à quelqu’un de ne pas voir la réalité. (Cette question ne sert jamais à demander à quelqu’un ce qu’il pense.)
6. En claquant des doigts : comme par magie, sans faire d’effort particulier.
7. Rentrer au pays : c’est retourner dans sa région d’origine.
8. Wallis : c’est un territoire d’outre-mer français, au nord de la Nouvelle Calédonie.
9. Ces mecs : ces hommes (très familier) Et en général, quand on pose cette question, on exprime un sentiment d’hostilité.

Dans les sous-titres du wallisien :
1. Tu te démerdes : tu te débrouilles, tu trouves une solution par toi-même. (très familier, plutôt vulgaire) C’est un ordre, comme Démerde-toi, mais encore plus abrupt.
2. Tu as beau te cacher : même si tu te caches…

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Mettre l’ambiance, tout un art !

France Irlande

Les choses sérieuses commencent vraiment maintenant paraît-il pour les amateurs de football. Les Français et les Irlandais attendent donc le match de cet après-midi avec impatience. Certains en font une possibilité de revanche sur un match où les Irlandais avaient été éliminés injustement à cause d’une main d’un joueur français qui avait changé le cours du match.

Mais pour les supporters irlandais, tout cela n’est que du sport et donc l’occasion de faire la fête à Lyon, pas de tout casser comme on l’a vu début juillet à Marseille lors d’un match Russie-Angleterre.

Voici les mots d’un supporter irlandais au français impeccable et de deux supporters français qui regrettent de ne pas savoir aussi bien chanter !

Supporters irlandais et français

Transcription

– On aime chanter et faire la fête. On essaye d’être sympas, on essaye d’être bien vus (1) par les autres parce qu’on n’a pas envie de faire mauvaise réputation (2) en dehors de notre pays, quoi ! (Parole d’Irlandais)

– On fait pas le poids (3). Les matchs de foot, les pubs, l’ambiance (4), c’est leur truc. (5)
– Ça va être dur. C’est pour ça qu’on est venus là, nous, pour montrer un peu qu’il y a aussi des Français qui sont prêts et qui sont aussi motivés qu’eux. Et… Les Français, il y a pas d’ambiance (4), il y a deux, trois chants comme ça qui viennent : la Marseillaise (6), Allez les Bleus, et voilà, on n’a pas vraiment de chants comme eux ils ont des centaines et des centaines de chants ! C’est ça, nous, on est censés (7) être meilleurs sur le terrain mais moins bons en tribune (7). (Parole de Français)

Quelques détails :
1. être bien vu : laisser une bonne impression et être apprécié. Par exemple : Il est bien vu par ses chefs car il a toujours une attitude positive. Le contraire : être mal vu. Et de façon dynamique, on dit : se faire bien voir / se faire mal voir. Par exemple: Si tu continues, tu vas te faire mal voir de tes profs. / Il essaie toujours de se faire bien voir.
2. Faire mauvaise réputation : ce n’est pas tout à fait ce qu’on dit en français. On a juste l’expression assez statique : avoir mauvaise / bonne réputation. On n’a pas vraiment de verbe qui va bien pour exprimer l’idée qu’il ne veut pas que les supporters irlandais soient la cause de la mauvaise réputation de leur pays. On pourrait dire aussi : On n’a pas envie de donner une mauvaise image de notre pays.
3. Ne pas faire le poids : cette expression signifie qu’on ne peut pas rivaliser, qu’on n’est pas assez bon en face des autres, qui eux sont plus forts, bien meilleurs. Par exemple : Les consommateurs isolés ne font pas le poids face aux intérêts des grandes entreprises.
4. L’ambiance : c’est l’atmosphère générale d’un événement. On dit qu’il y a une bonne ambiance ou au contraire une mauvaise ambiance. On dit aussi : Il n’y a pas d’ambiance (dans une fête par exemple), ce qui signifie que c’est très ennuyeux.
5. C’est leur truc = ils savent faire, ils sont bons dans ce domaine. (familier)
6. la Marseillaise : c’est l’hymne national de la France.
7. Être censé faire quelque chose : c’est ce qui est prévu, ce qu’on attend de la part de quelqu’un. Beaucoup de Français font une faute d’orthographe sur ce mot qui se prononce comme l’adjectif sensé (= raisonnable, intelligent)
8. en tribune : c’est-à-dire dans les tribunes, (le lieu où sont installés les spectateurs dans un stade), où les supporters créent une ambiance de fête et font le spectacle.

Petite remarque:
Les supporters français chantent bien eux aussi. Mais c’est au rugby et dans le sud-ouest de la France !

Et sur France Bienvenue, vous pouvez écouter ou réécouter Gaël et Thomas qui parlaient en 2009 du match France-Irlande gagné injustement par les Français.

Vous pouvez aussi y écouter Laurent qui avait apprécié l’ambiance irlandaise lors d’un voyage à Dublin.

Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Heureux sur le terrain

Ballon ovaleSi vous avez des enfants, vous savez que ce n’est pas toujours facile de leur trouver des activités dans lesquelles ils se régalent. Tendance à projeter sur eux nos envies, nos goûts personnels et à ne leur faire découvrir que ce qui nous attire vraiment. Et comme en plus, nos petits aujourd’hui sont souvent touche-à-tout, leur motivation peut être assez fluctuante ! Alors cela fait plaisir d’entendre des enfants qui ont trouvé où s’épanouir, avec l’énergie de la jeunesse !

Heureux sur le terrain

Transcription :
– Tout le monde assis ! Allez, tout le monde debout ! Debout, debout, debout ! Allez, sur le dos. On se lève (1), et on est reparti. Allez on y va !
– On sert la main de tous les entraîneurs comme ça ?
– Oui, c’est la règle.
– Ah bon ? (2) C’est vrai ?
– Au début d’année (3), ils nous donnent un papier où il y a marqué les règles (4). Et il y a marqué dans le papier (5) : Serrez la main de tous les entraîneurs, en les regardant droit dans les yeux.
– Vous avez perdu votre fils ?
– J’ai perdu le petit dernier (6) qui doit être quelque part sur le terrain, je pense. Mais…
– Il est là ! Non.
– Non, c’est pas lui. Avec leur casque, ils se ressemblent tous, hein !
– Si il y avait pas eu cette initiation (7) dans l’école de Charles, jamais vous vous seriez dit : Tiens, on va l’inscrire au rugby.
– Je pense qu’on aurait pu passer à côté (8), ouais.
– Effectivement, moi, j’étais pas très sports co (9). Me retrouver sur le bord d’un terrain, sous la pluie, sous le vent… Mais bon ! Mine de rien (10), quand on les voit comme ça, on craque (11) ! On peut que adhérer, que adhérer (12). On le sent épanoui, on le sent… Il est prêt une heure avant les entraînements à la maison. Il…
– Avec le sac déjà fait ?
– Avec le sac qui est fait. On n’a pas besoin de vérifier le sac. Il a envie ! Et il est souriant. Quand il parle rugby (13), c’est le sourire aux lèvres.
– Là, tu vas te faire mal. Mets-toi sur le côté et tu percutes avec ton épaule. Parce que là, tu as percuté, tu t’es pris ça dans la tête, et après tu vas te faire mal. D’accord ?
– Dans une équipe de rugby chez des jeunes comme ça, vous avez des prédisposés au sport, c’est-à-dire des gens qui sont costauds (14), de 25 à 50 kilos à dix ans, et tout le monde joue sur le terrain. Tout le monde, tout le monde, tout le monde, c’est-à-dire que l’entraîneur est pas là pour dire : Lui, il est pas bon, il va pas jouer. On fait jouer tout le monde. Et ça, j’ai découvert ça aussi, qui n’existe pas dans le foot. Par exemple, moi j’ai rien contre le foot, mais dès petit (15), ils font des sélections. Là, il y a une équipe, même si ils sont vingt et qu’il y ait douze sur le terrain, tout le monde va jouer. Et puis il y a une entraide entre le plus fort et le plus faible. Voilà. Et ça, ça, c’est propre au rugby. On ne trouve pas ailleurs.
– Vas-y ! Vas-y !
– C’est pas un ballon de rugby, ça !
– Non, mais comme on fait du rugby toute l’année, des fois, on peut faire un peu de foot.
– Pour nous détendre.
– Vous jouez au foot pour vous relaxer ?
– Pour pas avoir la pression sur nous.

Des explications :
1. On se lève : c’est une façon de donner des ordres. On emploie On au lieu d’utiliser l’impératif : Levez-vous. Cela donne davantage une impression d’équipe, c’est plus encourageant en quelque sorte.
2. Ah bon ? : c’est la façon très ordinaire de marquer sa surprise.
3. Au début d’année : normalement, il faut dire : Au début de l’année. Mais il mélange avec l’autre façon de dire : En début d’année.
4. Où il y a marqué les règles : style oral. Il faudrait dire : où sont marquées les règles, mais ce serait un style trop soutenu pour de l’oral. Il aurait pu dire aussi tout simplement : un papier avec les règles.
5. Dans le papier : normalement, on dit : sur le papier / sur ce papier. Mais dans sa tête, c’est comme s’il pensait : dans le règlement.
6. Le petit dernier : c’est la façon affectueuse de parler du dernier né dans une famille.
7. Une initiation : ce sont des cours de base, pour faire découvrir une activité. On ne l’emploie pas uniquement pour le sport. On peut parler par exemple d’une initiation au français, une initiation au dessin, etc…
8. passer à côté : ne pas découvrir quelque chose, avec toujours l’idée que c’est dommage.
9. Les sports co : c’est l’abréviation familière de sports collectifs, c’est-à-dire les sports d’équipe. (Elle n’était pas très tournée vers ce genre d’activité, pas très intéressée au départ)
10. Mine de rien : normalement, cela signifie « sans en avoir l’air ». Elle veut dire que finalement, sans s’en rendre compte, elle en est venue à penser que c’était vraiment une très bonne activité pour son fils.
11. On craque : le verbe craquer a plusieurs sens, quand on l’emploie dans un registre familier, et de façon surprenante, des sens plutôt opposés. Ici, cela signifie qu’on est conquis par quelque chose, on trouve ça parfait. On peut aussi craquer pour quelqu’un. (Dans d’autre cas, cela peut signifier qu’on ne supporte plus quelque chose : Il fait trop froid ici. Je craque, je rentre à la maison!)
12. adhérer : approuver
13. il parle rugby : la forme correcte, c’est parler de rugby. Mais on peut employer ce verbe sans sa préposition à propos d’activités : parler cuisine / parler voyages / parler voitures, etc. On peut aussi parler travail, et plus familièrement parler boulot.
14. Costauds : forts
15. dès petit : dès l’enfance, dès le plus jeune âge.

Ils courent, ils courent

BasketsVous courez ? Moi, non. Je préfère le vélo. Mais ces deux activités ont en commun le fait qu’il faut peu de choses pour s’y mettre. Un peu plus pour le vélo, mais comme la course à pied, on peut y aller quand on veut, où on veut. Nul besoin d’être inscrit dans un club.
Deux jambes, des chaussures, et c’est parti ! Et ça, c’est vraiment agréable.

Ils courent

Transcription :
– C’était le néant sportif ! (1) Je suis une ex-nulle (2) en sport. Je n’ai… Je n’ai jamais accroché (3) à un sport. Le sport, ça a toujours été une contrainte pour moi, c’était juste une matière à l’école. Je l’avais… Je me souviens d’ailleurs d’aversion particulière pour les séances d’athlétisme à l’école. Et je me suis mise (4) à la course à pied il y a un peu moins de deux ans, comme de nombreuses personnes (5), parce que… parce que je suis accessoirement(6) aussi maman de trois enfants. Mon petit dernier arrivait sur ses deux ans, j’avais un boulot très prenant et j’avais en vacances envie de prendre un peu de temps pour moi. Donc j’ai fait avec ce que j’avais sous la main (7), à savoir mes baskets (8), dix ans d’âge. Et puis au bout d’une, deux, trois sorties, j’ai accroché et je me suis vite rendu compte qu’il se passait quelque chose quand j’ai commencé à prendre une baby-sitter pour aller courir et pas pour aller faire les magasins (9). Et puis je me suis vite… enfin en quête de (10) challenge, je me suis inscrite à des courses. J’ai connu, voilà, la soif de dépassement de soi et le bonheur que c’est de passer une ligne d’arrivée. Et neuf mois après, en fait, je courais mon premier marathon en 3 h 44 de bonheur intense, et depuis…
– On a du mal à vous croire, notamment en régie (11), ils ont beaucoup de mal à vous croire parce qu’ils se disent que s’ils couraient un marathon, au bout d’un ou deux kilomètres, ils seraient… bah ils seraient pas vivants tout simplement ! 3h44 !
– Il faut qu’ils essayent, hein, tout bêtement ! (12)
– Je ne suis pas sûr qu’ils soient…
– Vous vous rendez compte, une anti-sportive, elle a été… Voilà, d’un seul coup, elle a découvert ce plaisir-là, parce que c’est vraiment du plaisir quand même la course. C’est une communion avec la nature, c’est une communion. Il faut courir dans la nature, à la base. Alors, les marathons, c’est vrai que c’est citadin (13), mais il y a aussi un plaisir d’être dans un environnement formidable, quoi !
– Mais 3h 44, c’est incroyable quand même !
– Ah, c’est formidable ! Pour un premier marathon, c’est super ! Bravo !

– Je voulais simplement signaler que pour moi, la course a révolutionné pratiquement ma vie. J’ai commencé à courir il y a dix-huit mois. J’ai… J’avais 45 ans et un petit peu… enfin beaucoup de surpoids. J’ai donc commencé à courir pour perdre du poids. Ça a été diaboliquement (14) efficace, j’ai perdu vingt kilos à peu près. Et ça m’a permis de découvrir en fait beaucoup de choses de ma personnalité, j’ai remis en cause (15) mon… ma façon de m’alimenter. J’ai remis en cause ma façon… mon appréhension (16) avec la nature. J’ai découvert que le fait d’aller courir le matin, à 6 heures ou 7 heures du matin, bah ça permettait de… Excusez-moi, je suis un petit peu ému de passer à l’antenne.
– Non, non, mais tout va bien, Christian.
– Ça me permettait de… bah d’être en relation avec… avec la nature, d’être en relation avec le temps, et du coup, j’ai modifié mon équilibre alimentaire, j’ai modifié pas mal de choses dans ma vie, et aujourd’hui, je me sens vraiment très, très bien grâce… grâce à la course, et j’ai couru le marathon de Paris dimanche, simplement après dix-huit mois de course. Je voulais simplement aussi préciser que, contrairement à ce qu’on peut penser, la course est quand même un… une activité sociabilisante, même si on pense qu’on va courir tout seul. Voilà, moi j’ai l’habitude de courir avec mes collègues à midi en allant… pendant la pause du déjeuner, le weekend avec mon frère, etc. Et donc pour moi, la course n’est absolument pas une activité égoïste.

Quelques détails :
1. le néant sportif : le néant est un terme très fort pour décrire un état de vide absolu. Donc elle veut dire qu’elle ne faisait vraiment jamais de sport.
2. Être nul(le) en quelque chose : ne pas être bon du tout. (plutôt familier)
3. accrocher : s’intéresser à quelque chose. On peut l’utiliser à propos de sports mais aussi pour d’autres choses qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Par exemple : J’ai commencé à faire du théâtre et j’accroche vraiment. / Je n’accroche pas du tout à ce genre de films, de livres. Ou encore : J’ai vu ce film. Mais je n’ai pas du tout accroché. (plutôt familier)
4. se mettre à quelque chose / à faire quelque chose : commencer à faire quelque chose, démarrer une activité. Par exemple : Il s’est mis au dessin, au piano, à la cuisine, au français,, etc.
5. comme de nombreuses personnes : plus souvent, on dit : comme beaucoup de gens.
6. Accessoirement : ce terme signifie que c’est en plus du reste. Donc ici, elle l’emploie de façon plutôt ironique car on imagine bien que ce qui compte, c’est d’abord le fait qu’elle ait trois enfants ! Elle veut juste insister sur le fait qu’elle doit trouver le temps de tout concilier : sa famille et sa passion pour la course à pied.
7. Avoir quelque chose sous la main : pouvoir utiliser quelque chose qu’on a déjà, sans avoir à se le procurer. Par exemple : J’ai fait un gâteau tout simple parce que j’avais juste sous la main deux œufs, du beurre, de la farine et du sucre.
8. Des baskets : c’est le nom que les Français donnent souvent aux chaussures de sport.
9. Faire les magasins : aller dans les magasins pour s’acheter des vêtements, des chaussures, etc. (C’est différent d’aller faire les courses, ce qui signifie qu’on va acheter de quoi manger et entretenir la maison).
10. En quête de : à la recherche de
11. en régie : ce sont qui travaillent à la technique à la radio, tous ceux qui s’occupent du son et de la retransmission à la radio. Ils sont en régie, pas directement dans le studio d’enregistrement.
12. Tout bêtement : tout simplement (un peu plus familier)
13. citadin : qui se fait en ville, pas à la campagne
14. diaboliquement : ici, cela signifie très. On ne l’emploie pas souvent en fait. Donc cet homme veut souligner le fait que c’est presque impossible à croire et pourtant, ça a extraordinairement bien marché pour lui.
15. Remettre en cause quelque chose : critiquer et changer quelque chose.
16. Mon apprehension de la nature : normalement, appréhension signifie crainte, peur. Mais je pense qu’ici, il veut parler de sa manière d’appréhender la nature, c’est-à-dire sa façon de la percevoir et de la vivre.

L’émission tout entière est ici. Vous pourriez la télécharger et l’écouter en allant courir !

Non, non, ma fille

RugbyNon, non, ma fille, tu n’iras pas jouer au rugby !

Encore tant de préjugés sur ce qui est « pour les filles » et ce qui est « pour les garçons ». Plus ou moins forts selon les pays et les cultures.
Et c’est comme ça dans la vie en général et dans le sport en particulier. Mais comme c’est bien que dans la tête des filles (et dans celles des garçons), il y ait désormais cette idée qu’elles peuvent tout faire ! Plus ou moins ancrée selon les pays et les cultures.
Et comme le XV de France n’est pas au meilleur de sa forme dans le tournoi des six nations, les filles seraient-elles l’avenir de l’homme ?

Les filles et le rugby

Transcription :
A douze ans, j’avais demandé à ma mère de faire du rugby. Elle avait dit non, parce que j’étais une fille. Voilà. Mes frères en faisaient et revenaient souvent un peu abîmés (1). Elle voulait vraiment pas que je me fasse mal (2), quoi.

C’est parti. (3)
Arrache, arrache, arrache !

Les contacts, faut apprendre à les encaisser (4), faut apprendre à tomber, faut… enfin, tout s’apprend, quoi. C’est pas plus dangereux que la danse.

Et une idée directrice à défendre, comme un besoin de toujours se justifier:
C’est pas parce qu’on joue au rugby qu’on n’est pas féminine.
Mais les mentalités ont évolué. Il y a quelques mois, le grand public s’est pris d’affection pour (5) des Françaises qui jouaient au rugby : la Coupe du Monde a changé bien des choses (6).
Ouais, beaucoup de bien. Ouais, ouais. Je me rappelle, la première diffusion (7), j’étais dans un café à Céret, que de mâles (8). Et quand le match a commencé, ils regardaient pas forcément les écrans. Puis, bah une action ou deux, et ils ont accroché à l’écran. Et après, on a vu, ouais, ils regardaient ça vraiment comme un match masculin, voilà. Ça nous a fait vraiment plaisir.

Quelques détails :
1. abîmé : normalement, ce terme s’emploie plutôt à propos d’objets. Mais employé ici à propos du corps humain, cela renforce ici l’idée qu’on peut se faire mal au rugby, prendre des coups et revenir amoché.
2. Se faire mal : se blesser, physiquement. C’est toujours involontaire. Ne pas confondre avec se faire du mal, qui implique une action dans laquelle on joue davantage un rôle : Il se fait du mal en fumant autant.
3. C’est parti ! : on dit ça pour marquer le début d’une action. (oral)
4. Les encaisser : le pronom « les » remplace ici le mot «contacts ». On dit en général qu’on encaisse un coup, c’est-à-dire qu’on le reçoit mais on résiste.
5. Se prendre d’affection pour quelqu’un : commencer à vraiment apprécier cette personne.
6. Bien des choses : beaucoup de choses.
7. La première diffusion : la première retransmission à la télévision.
8. Que de mâles : il n’y avait que des hommes dans ce café. En français, le nom « mâle » s’emploie pour les animaux. Quand on l’utilise pour un homme, c’est vraiment pour insister sur le côté viril de cet homme. Donc ici, elle veut dire que c’était un public très masculin à tout point de vue. (physiquement et dans la tête!)

Donc ça va mal chez les rugbymen français ! Voici ce qu’en disait leur entraîneur, dépité, après leur défaite du weekend.

Pas content le sélectionneur

Transcription :
– C’est les moments les plus difficiles que vous vivez en tant que sélectionneur ?
– En tant que sélectionneur… en tant qu’entraîneur ! Ça fait dix-sept ans que j’entraîne, bah j’ai jamais eu… voilà, des… des périodes difficiles comme ça.
– Vous avez l’impression que votre discours ne passe pas auprès (1) des joueurs ?
– Le discours passe pas… Le discours on est en train de le muscler !
– Vous ne quitterez pas le navire ? (2)
– Ah non, non ! C’est ce que j’ai dit, j’ai pas… j’ai pas l’habitude de… de quitter le navire. Je l’ai jamais quitté. On m’a donné une responsabilité, c’est de préparer cette équipe, point (3). La Coupe du Monde, je peux vous assurer qu’on va se préparer, on va bosser (4) , on va travailler comme des fous, pour y arriver avec ceux qui ont envie et ceux qui ont envie de… de porter fièrement le… le maillot de l’équipe de France.
En attendant, les Français ont du mouron à se faire (5) : leur prochain adversaire, l’Italie, est en forme. Les Italiens viennent de battre l’Ecosse, 22 à 19.

Quelques explications :
1. le discours ne passe pas : ce qu’il essaie de faire avec eux ne donne aucun résultat, comme s’il n’était pas entendu. Il y a vraiment mésentente entre eux.
2. Quitter le navire : cette image du capitaine qui abandonne son bateau dans la tempête exprime l’idée de renoncer.
3. Point : il s’agit du point qu’on met au bout d’une phrase. Cela signifie que préparer l’équipe est son objectif unique.
4. Bosser : travailler (familier)
5. avoir du mouron à se faire : avoir du souci à se faire, avoir des raisons de s’inquiéter. (familier) Se faire du mouron, c’est s’inquiéter.

Petite remarque sur ma photo pour terminer: la mode en matière de maillot de rugby a changé! Celui-ci, longtemps porté – il y a une culture du rugby dans cette maison – n’était pas moulant comme ceux d’aujourd’hui.

Ce bleu

DSC_4261 Morgiou
DSC_4265 Morgiou
DSC_4270 Morgiou
DSC_4278 entre morgiou et Sugiton
DSC_4279 Vue sur Cassis et La Ciotat
DSC_4295 Au-dessus de Sugiton

Ce bleu des calanques.
Marcher jusqu’au bout, avec Morgiou sur la droite, monter, descendre, atteindre le cap et basculer sur Sugiton, avec l’ocre de la falaise de Cassis dans le lointain et La Ciotat encore plus loin, remonter de la mer, puis redescendre vers les Baumettes, vers la ville. Marcher longtemps au soleil de février.

Ce bleu.
Et le poème de Shainesse:

Ce soir je fais le geste d’éteindre ma bouche
de suivre le noir
Je décolle toutes les pierres de mon visage
ce visage.
Je fais le geste de courir sur le ventre
vers le bleu, vers la rivière.
Et je jette ce visage
mon visage
en offrande à la mer.

Je lis ce poème ici:
Ce soir – Shainesse

Shainesse écrit des poèmes. Nous avons parlé de poésie sur France Bienvenue.

Survivants

Ils sont partis le weekend dernier des Sables d’Olonne, sur leurs grands voiliers, comme tous les quatre ans. Ils vont faire le tour du monde.
Cap de Bonne Espérance, de Leeuwin, Cap Horn: au cours des trois mois à venir, nous allons entendre les noms de ces lieux mythiques chez les navigateurs. Nous entendrons parler d’exploits, d’épreuves, de courage, de passion. Les Français aiment suivre ces marins.

Voici un beau petit reportage, à regarder ici , (vite, avant qu’il disparaisse!), sur trois d’entre eux qui ont vécu l’enfer lors des courses passées. Par delà la retenue de ces témoignages, on sent de profondes émotions. Le regard de Yann de Broc à la fin en dit plus que tous les mots.

Transcription :
Comment vivre et se reconstruire après avoir vécu l’apocalypse. Le Vendée Globe et ses marins. Ces têtes-brûlées (1) des mers ont vu la mort de près, de trop près parfois.
– J’ai pas paniqué, j’ai été bêtement lucide, à me dire : Bah, vu la situation où je suis, ça va certainement se finir là.
– La vague était trois fois plus grosse. Donc je me suis dit : Voilà. J’ai eu un flash en me disant : Voilà, c’est terminé, quoi.
– A ce moment-là, on devient un animal et une bête qui pense qu’à qu’une seule chose, c’est sauver sa peau (2).

Ils font partie des survivants du Vendée Globe, certainement la course la plus difficile au monde. Seuls, sans assistance et sans escale pendant plus de trois mois dans des mers démontées, trois histoires pour une même légende.

Petit matin d’octobre dans le port d’Etel (3). A l’intérieur de sa goélette, Thierry Dubois. Depuis 15 ans le rescapé du Vendée Globe boit chaque matin son café dans la même tasse, incontournable rituel.
– Alors cette tasse a… a une histoire particulière.
– Bah, c’est surtout que j’arrive à la conserver et… entière encore et personne a le droit d’y toucher. Ouais, c’est plus que symbolique parce que… Bah c’est sûr que c’est un souvenir : c’est la tasse que… qu’ils m’ont offert (4) à bord de la frégate Adelaïde quand ils me récupèrent (5). C’est la tasse qui me rappelle un petit bout de mon histoire, et puis… Et puis voilà.

Le 5 janvier 97, Thierry Dubois déclenche sa balise de détresse. Dans les Cinquantièmes Hurlants, la mer est démontée. Des vagues de 13 mètres, des déferlantes de plus de 20 mètres. Dans ces conditions dantesques (6), le bateau chavire. Thierry Dubois est alors seul au milieu du chaos. Les recherches s’activent.
– Après… Après les… les trois chavirages, au moment où par un concours de circonstances, finalement, je perds le bateau, je me retrouve dans l’eau, j’ai plus de radeau de survie… Voilà, il y a… A ce moment-là, bah c’est justement le moment où il y a pas d’images, les gens peuvent pas imaginer ce qui s’est passé à ce moment-là, et là, j’étais bien seul face à moi-même, quoi. Donc ce moment-là, oui, je m’en souviens. Je sais ce qu’il représente pour moi.

Localisé par miracle. En attendant les secours, un avion largue à Thierry Dubois des radeaux de survie. La frégate Adélaïde mettra* trois jours avant de le récupérer, trois jours interminables, passés à survivre.
– En sortant de là, quand tu as eu l’occasion de te dire : « Ça va se finir là, je fais le bilan de ma vie », forcément, on… En en sortant de façon assez inespérée, j’ai eu le sentiment (7) d’attaquer une deuxième vie et depuis ce jour-là, oui, j’ai un peu le sentiment d’avoir attaqué une deuxième vie. Donc c’est vachement (8) agréable de te dire ça : Moi, j’en suis revenu. Quel privilège j’ai ! Et ça, ce privilège-là, bah faut pas le gâcher, faut… faut vivre à fond (9).

(Journal télévisé de 20 heures sur France 2): Le sport, avec la voile. Seul en mer, avec une fracture au fémur, à 1500 km des côtes australiennes, c’est ce qu’est en train de vivre depuis quelques heures le navigateur Yann Eliès. Il s’est blessé à bord de son bateau alors qu’il est en course pour le Vendée Globe. Marc Guillemot a dérouté son bateau pour lui porter assistance. Bon courage à lui.

Décembre 2008, une manœuvre à l’avant du bateau, le monocoque qui enfourne (10), le choc est terrible. Yann Eliès, retenu par son harnais, est projeté à l’extérieur du pont. Jambe et bassin fracturés, au milieu de l’océan.
– Je me souviens du choc, de la vision de ma jambe cassée, de la douleur qui est associée, du sentiment (11) de vraiment être un… en très, très mauvaise posture (12) parce que j’étais à l’extérieur du bateau, retenu par mon… mon harnais.
Avec une volonté surhumaine, Yann Eliès réussit à ramper pour rentrer dans la cabine. Le skipper Marc Guillemot s’est dérouté pour réconforter son copain. Mais la frégate avec à son bord un médecin mettra* deux jours avant de porter secours au blessé. Deux jours d’insupportables douleurs, pendant lesquels Yann Eliès ne peut absolument pas bouger.
– Ce qui est sûr, c’est qu’on revient différent. En bien ou en moins bien. Ça dépend. Après, faut gérer l’atterrissage (13).

Fin octobre, sur les pontons des Sables d’Olonne. Parmi les curieux (14), le petit Jérémie, 8 ans, fait connaissance avec Bertrand de Broc.
– Tu sais qu’il s’est recousu la langue tout seul ?
– Tu as eu mal ?
– Super mal ! Je me suis anesthésié, pour pas avoir trop mal. Et puis après, hop ! J’ai soigné, cousu, et hop, reparti après pour de nouvelles aventures (15).

– Oh putain (16), ça recommence !
L’image a fait le tour du monde.
– Et puis, non, là, ça va… ça va s’arranger, quoi. Mais le bout (17) est passé comme ça, il m’a soulevé la gueule (18) et il m’a pété (19) la bouche. Salopard (20) ! Putain !

9 janvier 93, du côté des Kerguelen, Bertand de Broc prend un coup de bôme dans la tête. Bilan : visage tuméfié et langue ouverte. Trop loin de toute assistance, Bertrand de Broc doit se recoudre la langue tout seul.
– Bon, je vais pas rentrer dans les détails, hein, parce que c’était plutôt boucherie-charcuterie (21). Donc j’ai… j’ai tout remis en état (22), chiffon dans la bouche, pour pas… voilà. Et puis après, je suis rentré, je me suis soigné et… Puis j’avais l’impression quand même que voilà, il m’était arrivé quand même un gros truc, qu’il y avait… que j’avais réalisé quand même : se recoudre tout seul, dans des mers un peu hostiles. Je me disais que il pouvait plus rien m’arriver.

Le seul des trois à repartir cette année, c’est Bertrand de Broc. Un troisième Vendée Globe, pour le finir cette fois-ci. Partir, toujours, quitte à (23) revivre la même mésaventure.
– Oh, si il faut se recoudre, une deuxième fois, ouais ! Ouais, ouais ! Je le referai !
– Vous êtes complètement maso (24) !

Yann Eliès a remporté cet été la Solitaire du Figaro. Comme projet, la Route du Rhum dans deux ans. Pas de Vendée Globe cette année mais dans quatre ans, pourquoi pas !
– Non, on n’est pas dingues (25), hein !

Thierry Dubois a lui (26) refait un deuxième Vendée Globe. Mais depuis trois ans, l’aventure est ailleurs, direction le grand nord, à bord de La Louise, sa goélette et ses touristes en mal de grand frisson (27). Le Vendée Globe est bel et bien (28) derrière lui.
– La morale, c’est qu’il faut rester dans son canapé le dimanche soir et regarder Stade 2 (29)! Ça, c’est clair ! Tu la passeras (30), celle-là ?

Des explications :
1. une tête-brûlée : quelqu’un qui prend tous les risques.
2. Sauver sa peau : tout faire pour survivre. (familier)
3. Etel : petite ville du Morbihan en Bretagne. Beaucoup de navigateurs français sont bretons.
4. Qu’ils m’ont offert : il faut normalement faire l’accord féminin : c’est la tasse qu’ils m’ont offerte.
5. Quand ils me récupèrent : théoriquement, il devrait continuer au passé : la tasse qu’ils m’ont offerte quand ils m’ont récupéré. Il emploie le présent, ce qui donne l’impression que c’est un souvenir toujours très présent pour lui, on sent qu’ il revit la situation.
6. Des conditions dantesques : des conditions terribles, monstrueuses, dignes de l’enfer.
7. Avoir le sentiment de = ressentir et savoir.
8. Vachement : très (familier)
9. à fond : totalement, avec intensité.
10. Enfourner : dans le domaine de la navigation, cela signifie que l’avant du bateau entre profondément dans la mer à cause de très grosses vagues.
11. Le sentiment de… : l’impression de… et la quasi certitude de…
12. être en mauvaise posture : être dans une situation dangereuse, où ça risque de mal se terminer.
13. Gérer l’atterrissage : au sens figuré, cela signifie gérer le retour à une situation normale et ordinaire, savoir reprendre sa vie ordinaire.
14. Les curieux : les gens qui viennent regarder ce qui se passe.
15. Reparti pour de nouvelles aventures : c’est une expression toute faite pour décrire un tournant, le début de quelque chose de différent. On dit souvent : En route pour de nouvelles aventures !
16. Putain ! : exclamation fréquente mais pas particulièrement polie, pour exprimer toutes sortes d’émotions.
17. Le bout : quand c’est le terme marin, on prononce « boute ». C’est un cordage.
18. La gueule : le visage. (argot) La gueule, c’est normalement la bouche d’un animal.
19. Péter : casser, démolir. (familier)
20. Salopard ! : c’est une insulte, qu’on utilise normalement contre un homme, comme le mot salaud.
21. Boucherie-charcuterie : normalement, c’est un commerce, où le boucher-charcutier découpe et vend sa viande. Donc au sens figuré, quand on dit de quelque chose que c’est une boucherie, cela veut dire qu’il y a du sang qui a coulé, donc qu’il y a eu de grosses blessures.
22. Remettre en état : réparer, comme c’était avant.
23. Quitte à (faire quelque chose) : même si (cela signifie faire cette chose-là).
24. Maso : abréviation de masochiste, c’est-à-dire être quelqu’un qui s’inflige des blessures, des épreuves lui-même, qui aime souffrir. (familier). On dit souvent : Il faut être maso pour faire ça ! . Ou encore quand on refuse de faire quelque chose qui ne nous plaît pas du tout : Je ne suis pas maso !
25. Dingue : fou. (familier)
26. Il a, lui, refait… : lui sert à insister et à marquer le contraste avec d’autres = lui, par opposition à d’autres. On dit aussi : T. Dubois a quant à lui refait…
27. en mal de : à la recherche de…
28. bel et bien : vraiment. Cela permet d’insister.
29. Stade 2 : c’est l’émission de sport du dimanche soir sur France 2, une vraie institution pour les sportifs (les vrais ou ceux qui se contentent de suivre le sport à la télé, à la radio et en lisant l’Equipe. )
30. Tu la passeras ?: tu vas la passer à la télé ? / Tu vas la laisser dans ton reportage, au moment du montage de l’émission ? (la = cette plaisanterie)

* Petite remarque sur le futur employé ici: la frégate mettra trois jours…
Ce temps peut paraître étrange pour faire un récit passé. Mais c’est assez fréquent en français dans un récit historique. (même si des historiens refusent de l’utiliser.)

A écouter ici si vous ne pouvez pas accéder au site. Il faudra juste que vous mettiez des images sur ces récits émouvants:

Belle victoire !

Bien sûr, la Coupe du Monde de rugby a lieu à l’autre bout du monde. Bien sûr, il y a le décalage horaire. Bien sûr, le foot est le sport le plus populaire en France. Mais parler de la France sans parler du rugby, ce n’est pas possible.
Voici donc de quoi se replonger dans l’ambiance du match Angleterre-France d’hier. C’était un match décisif puisqu’à la clé, il y avait l’élimination ou l’accès à la demi-finale. Et comme le XV de France n’avait ébloui personne lors de ses premiers matches, l’enjeu était de taille !
D’abord les réactions à chaud de quelques joueurs et de l’entraîneur juste après la victoire, entre euphorie, esprit d’équipe et humilité – ce qui n’est pas la vertu la mieux partagée dans d’autres sports… Suivez mon regard !

Transcription:
– Je voudrais dire aussi, Thierry, parce que…
– Christian, Christian, excusez-moi, je vous coupe. Mais je suis avec le monstrueux Aurélien Rougerie. Aurélien, félicitations ! Quel match !
– Ouais, on est… on est très contents. On avait de quoi… de quoi faire (1) ce soir avec… avec une équipe anglaise valeureuse (2). Voilà. On avait aussi beaucoup de choses à se faire rattraper (3) par notre public, pour nous aussi. On est… on est très contents de tout ça, voilà ! Maintenant, il va pas falloir s’enflammer (4). Il va falloir penser au reste. On a de l’expérience, on a du talent, donc je pense qu’avec ce groupe, on va pouvoir aller loin.
– Tu parles d’état d’esprit. Tout à l’heure, je pense qu’il s’est passé un truc (5) dimanche dernier. Vous allez faire la même chose ?
– Ouais, il s’est passé un truc dans le groupe. Je crois que c’était l’étincelle qui nous manquait. Voilà, maintenant qu’elle est là, on va plus lâcher le morceau (6), on va tenir très fort et à la semaine prochaine!
– Merci. Bon match.

– Avec Thierry Dusautoir… Qu’est-ce qu’on peut dire ?
– On peut dire rendez-vous à la semaine prochaine déjà ! Ça sera… ça sera bien. Il faut… C’est un grand soulagement d’avoir passé… d’avoir passé ce cap-là, d’être en demi… en demi-finale. Maintenant qu’on est… qu’on sait qu’on est capables de jouer au rugby, il faut maintenir ce niveau la semaine prochaine aussi.
– On t’a vu hier sur une conférence de presse arriver avec l’oeil du tigre. C’est quoi, cette semaine ? La patte du tigre ?
– Ah, ça… Surtout rester concentrés, surtout pas s’emballer (7). On a connu ça en 2007, pour d’autres en 99, c’est qu’une demi-finale, l’air de rien (8), quoi, donc on n’a… on n’a rien gagné. Aujourd’hui, on a juste gagné le droit de revenir la semaine prochaine et on a montré à tous… aux gens qui nous supportent, à nos familles que… qu’elles pouvaient compter sur nous.
– Merci beaucoup, Thierry.

– Chacun a répondu présent, chacun a amené ce qu’il savait faire. Et je crois que c’est… c’est vraiment sur ça aujourd’hui que… qu’on a battu les Anglais.
– Imanol, comment s’est construit l’état d’esprit ?
– Arrêter de se poser des questions, regarder devant, se dire que… que voilà, il fallait choisir son destin, savoir si on voulait quitter la compétition demain matin ou… ou si on voulait continuer l’aventure tous ensemble. Et je crois que ça a fait toute la différence et comme par hasard, eh bé, en se posant moins de questions, par moment, je crois qu’on a… on a réalisé un beau rugby. C’est sûr, on va bien sa… savourer ça ce soir mais on est à deux matches de… de faire un truc énorme. Mais voilà, il faut qu’on se dise aussi que c’est le début, que c’est pas la fin. Il faut pas non plus qu’on s’enflamme ce soir.

– Heureux tout simplement. Ça a été une… une très belle semaine. Des semaines pendant lesquelles on se sent vivant, et voilà, la récompense, elle est là, au bout de… de 80 minutes de sacrifice, de souffrance, de solidarité. Et voilà. Je crois qu’aujourd’hui, les… les joueurs ont… ont rempli… ont rempli leur part de contrat, ont… ont remercié le public, les éducateurs. J’ai une pensée vraiment pour tous les gens qui nous ont soutenus. Maintenant, il nous reste une aventure. A eux… A eux de la vivre pleinement, de profiter de ces moments et moi j’ai très envie malgré tout de rebondir et puis… et de penser dès ce soir aux Gallois.
– C’est un énorme soulagement pour toi, hein. On t’a senti tendu à la mi-temps.
– Oh, évidemment. On a… on est tendu, mais bon, j’avais confiance. J’avais confiance parce que je savais que les mecs (9) se battraient, quoi. Je savais que les mecs iraient jusqu’au bout. Ça a été… ça a été compliqué, ça a été dur. Mais bon, battre les Anglais, quel pied (10) quand même !
– Merci Marc.
– Effectivement (11), quel pied !

Quelques détails:
1. avoir de quoi faire: avoir beaucoup de travail, d’efforts à faire, avoir une tâche difficile à accomplir.
2. valeureuse: courageuse.
3. à se faire rattraper: en fait, il s’embrouille dans les expressions. Soit il dit: à se faire pardonner. Soit il dit: à rattraper (c’est-à-dire à compenser du fait de leurs mauvais résultats des matches d’avant)
4. s’enflammer: être trop optimiste de façon irréaliste, se croire arrivé.
5. un truc: quelque chose (familier)
6. ne pas lâcher le morceau: ne pas cesser de faire des efforts, rester motivé et déterminé jusqu’au bout.
7. s’emballer: c’est comme s’enflammer. Croire que ça y est, la victoire est là.
8. l’air de rien: il voulait dire mine de rien, ce qui signifie au fond / si on y regarde de près.
9. les mecs: les gars (familier)
10. Quel pied ! : Quel plaisir ! Quelle satisfaction ! (familier)
11. effectivement: c’est vrai.

Puis les commentaires des journalistes avant et après le match, pour se rappeler comme les relations entre une équipe, son entraîneur, ses supporters, son public et les journalistes peuvent se situer dans le domaine des émotions ! Avec en filigrane le souvenir du fiasco de l’équipe de France de foot lors de la dernière Coupe du Monde de football et du comportement de joueurs censés faire rêver les gamins qui les regardent.
Le tout dans un français qui va vite !
J’aime bien les matches de rugby !
Transcription:
(Juste avant le coup d’envoi du match)
Un quart de finale de Coupe du Monde dans l’Eden Park d’Auckland face aux vices-champions du monde de 2007, voici l’affiche que l’on vous propose avec, on l’espère, une énorme équipe de France.

C’est le couperet (1), c’est le quart-de-finale: c’est la maison (2) ou c’est la demie (3). Maintenant attention, trop motiva[…], trop motivés, trop de tension, ça peut aussi nuire à l’expression. Donc on verra si on sait digérer cette pression côté français.

La détermination de Thierry Dusautoir. Hier en conférence de presse, je ne l’ai jamais vu avec un regard pareil. Ils veulent se racheter (4). L’équipe de France n’a pas commencé sa Coupe du Monde. La Coupe du Monde doit commencer ce soir pour le XV de France. L’intitulé du match est donc Angleterre-France. L’Angleterre est l’équipe A. On va donc assister aux hymnes nationaux en commençant par le God Save The Queen.

(Juste après le coup de sifflet final)
La France est en demi-finale de la Coupe du Monde ! Yahoo !
Bravo ! Enorme !
Bravo !
Ils l’ont fait !
Je voudrais dire un truc important concernant cette équipe de France. Ce groupe aurait pu exploser, avec tout ce qui s’est passé pendant dix jours. Ce groupe n’a pas explosé. Regardez-les ensemble. Franchement, c’est une immense équipe de France, c’est une immense équipe de France qu’on a sous les yeux. Je voudrais saluer l’intelligence de François Trinh-Duc, exemplaire, pas un mot dans la presse, malgré tout ce qu’il a vécu depuis dix jours, certaines humiliations. Il s’est tu. Il a joué. La réponse est venu du terrain. Imanol Harinordoquy, énorme en première mi-temps. Tous les Français, Thierry Dusautoir, Nicolas Masse, Aurélien Rougerie, qui a joué avec une épaule en carton (5) et qui a défoncé les Anglais. Ils ont été énormes ! Alors évidemment, c’est loin d’être terminé. Il y aura un match contre le Pays de Galles en demi-finale. Attention au Pays de Galles ! Mais quel match des Français ! C’est assez incroyable, Thierry, parce que cette équipe de France était la moins bien qualifiée des huit équipes des quarts-de-finale. Elle avait encaissé (6) 96 points depuis le début de la compétition, d’où (7) notre inquiétude. Mais on savait, Thierry, et on peut le dire maintenant, parce qu’on les a… on y a toujours cru, on savait qu’il y avait de l’intelligence et on savait que dans cette équipe, il y avait des champions.

Quelques explications:
1. c’est le couperet: c’est le moment déterminant. (Un couperet, c’est au sens propre une lame très tranchante.)
2. c’est la maison: c’est le retour à la maison, c’est-à-dire en France en cas d’élimination.
3. la demie: la demi-finale.
4. se racheter: se faire pardonner en agissant correctement.
5. une épaule en carton: il s’est blessé à l’épaule. Donc la comparaison avec du carton exprime l’idée qu’il n’était pas solide, que son épaule était fragile.
6. encaisser 96 points: ils ont concédé 96 points à leurs adversaires. Ils les ont laissés marquer tous ces points. Ce verbe a un côté négatif et donne l’idée que l’équipe a subi les attaques des autres. (On dit aussi par exemple: encaisser un but, encaisser un essai.)
7. d’où notre inquiétude: ce qui explique / ce qui a entraîné notre inquiétude.

Pubs et ballon ovale

La Coupe du Monde de Rugby a démarré il y a quelques jours. La France est bien sûr une nation de rugby ! Surtout le sud-ouest du pays. Il y en a qui se lèvent tôt pour regarder les matchs, décalage horaire oblige. C’est loin, la Nouvelle Zélande !
Les constructeurs automobiles aussi célèbrent l’événement, en sortant des séries spéciales, aux couleurs du XV de France. Et ensuite, il faut faire de la pub pour ces modèles. Plutôt marrant.

Pour regarder, c’est ici.

Transcription:
– Démarrage du test.
(sifflement admiratif)
– Belle bagnole (1), hein ! Ils ont même mis l’écusson à droite, regarde.
– Comme sur le maillot.
– Eh, les gars (2), vous avez vu la sellerie ? Imprimé anglais, hein. Ça nous rappelle des bons souvenirs, ça, hein !
– Heureusement (3) qu’on avait le GPS pour rentrer !
– Surtout la clim (4), hein, parce qu’on n’était pas frais (5), hein !
– Regarde la cocotte (6). Trop mignon sur l’appuie-tête.
– Ça, les gars, c’est une voiture de gentlemen.
– Les gars, oh ! Quand vous voulez (7) pour le test ! Bande de chiffes molles (8) !
Renault Mégane XV de France, testée et approuvée par le XV de France.

Quelques explications:
1. une bagnole: une voiture (argot)
2. les gars: façon familière de s’adresser à un groupe de garçons ou d’hommes.
3. Heureusement que… : c’est une chance que…
4. la clim: abréviation de climatisation. C’est devenu le mot courant quand on parle.
5. on n’était pas frais: on était fatigué, soit à cause d’un effort physique, mais souvent aussi parce qu’on a trop bu ! Référence ici à la troisième mi-temps, typique du rugby, c’est-à-dire l’après match où les joueurs font la fête.
6. une cocotte: une poule (mot familier employé par les enfants) En fait, l’emblème de la France dans le sport, c’est un coq.
7. Quand vous voulez ! : on dit souvent ça ( ou C’est quand vous voulez) quand on attend que quelque chose commence et qu’on s’impatiente.
8. une chiffe molle: c’est une personne qui a un caractère faible, peu de personnalité. (insulte) Evidemment, cette pub joue sur le cliché du rugbyman très viril et plein de force.
9. Bande de… : c’est comme ça qu’on commence une insulte qui s’adresse à plusieurs personnes à la fois. Par exemple: Bande de nuls ! Bande de paresseux !

Et pour finir, petit clin d’oeil à nos amis néo-zélandais dans cette autre pub, pour les paris sportifs cette fois: le haka des jockeys, poids-plumes face aux gros costauds du rugby, ça vaut le détour !

Cocorico !

Même quand on n’est pas passionné de cyclisme, le Tour de France fait partie des traditions françaises ! Chaque année, tout au long du parcours, pendant trois semaines, les spectateurs sont là, sur le bord des routes, dans le moindre petit village traversé par cette course mythique. Et les postes de télévision sont allumés dans les foyers français, pour un voyage à travers la France, avec de belles images aériennes des paysages français, des explications historiques sur les monuments filmés et bien sûr avec de grands temps forts sur le plan sportif dans les cols des Pyrénées ou ceux des Alpes. Il y en a pour tous les goûts !

L’étape d’hier a été très suivie car elle se terminait en haut de l’Alpe d’Huez, avec sa montée toujours riche en émotions. Et comme en plus c’est un tout jeune coureur français qui l’a emporté, c’était un grand moment de sport mais aussi de plaisir collectif !
Voici les premières impressions, à chaud de ce jeune Français qui n’en revient pas d’avoir gagné cette étape.


Transcription:
Maillot blanc (1), victoire d’étape ici à l’Alpe d’Huez, étape mythique (2) du Tour. C’est une journée exceptionnelle !
– Ouais ! Bah, c’était… Sur le papier, j’avais dit que je resterais avec Thomas (3). Enfin, je l’avais dit. Et… Ah, dans le col du Galibier, il m’a dit: « Pierre, vas-y. Saisis ta chance. T’occupe plus… T’occupe pas de moi. (4) » Donc voilà. J’ai dit: « Bon, bah si il m’a laissé ma carte (5), faut que je la joue jusqu’au bout. ». J’ai voulu prendre un petit peu d’avance au pied en attaquant dans la… dans la vallée. Je… Je la connais par coeur, hein ! Je l’ai dit, je l’ai montée (6) dix fois, l’Alpe d’Huez, l’année dernière en stage. Je savais qu’à partir de… du virage N° 6 (7), si j’avais une roue devant moi, c’était bien parce qu’il y avait ces grandes lignes droites vent de face. J’ai gardé mon sang-froid (8) face à deux Espagnols. Ils s’entendent très bien (9), je le sais, et…
– Et lesquels ! (10) Le Champion Olympique et Contador !
– Non, mais je sais qu’ils s’entendent très, très bien. Et depuis le départ, ils roulent un peu ensemble quand même pour faire perdre… enfin ou gagner Schleck, Evans. Donc je me suis dis: « Bon, bah je… C’est quitte ou double (11). Soit je gagne, mais je ferai pas 2! » (12) Et je l’ai laissé faire, je l’ai laissé faire. Et je savais qu’au virage N° 1, en l’ayant montée dix fois, je savais que je pouvais me mettre gros plateau et aller jusqu’à la ligne d’arrivée sur ce gros plateau, à bloc (13). Je… Vu que je la connais par coeur et que je l’ai fait chronométrer je ne sais combien de fois, ah là, je savais que si… Je pouvais monter jusqu’en haut à cette allure-là ! (14)
– Comme quoi (15), le travail, la préparation, la reconnaissance, tout cela, ça paie ! C’est une belle illustration.
– Oh ouais, j’ai… Vous savez, l’étape de l’Alpe d’Huez, j’ai regardé tout… tout… tout Armstrong, Pantani. J’ai regardé comment ils ont fait, comment ils montaient la cadence. J’ai pas du tout… Je dis pas que je suis Armstrong ou Pantani, mais je l’ai visionnée des… des… des ce[ntaines]… des dizaines et des dizaines de fois. Je me demandais comment ils faisaient pour aller aussi vite. Et… je… je viens de gagner l’étape de l’Alpe d’Huez ! Je… Va falloir un petit moment pour que je réalise ! (16)
Vous savez que le public français est en train de réaliser qu’il y a peut-être en Pierre Rolland, compte tenu de (17) votre jeune âge, un… un futur vainqueur français du Tour ! Pourquoi pas ? Ça va devenir votre prochaine ambition dans les années qui viennent ? Je ne précipite pas les choses en disant ça. Vous savez très bien les moyens dont vous disposez.
– Non, je… je sais, je connais. Mais bon, on m’a pas laissé beaucoup de temps. Je vais… Faut pas oublier que j’ai que 24 ans. Je vais fêter mes 25 ans cet hiver. J’ai encore dix ans, dix belles années (18) devant moi, et… enfin, dix ans et les dix plus belles (19). Voilà, Thomas, il arrive à maturité, il a 32 ans. Bon, je vais pas… Je dis pas que je vais gagner le Tour mais en tout cas, je vais m’entraîner pour un jour être au plus haut niveau et ne pas avoir de regrets quand j’aurai fini ma carrière, c’est surtout ça.
– Pierre, dernière question: quel est le nom du dernier Français qui avait gagné à l’Alpe d’Huez ?
– Ah… Là, vous me posez une colle ! (20) Parce que moi, j’ai commencé le vélo très tard.
Bernard Hinault.
– C’est vrai ? Bah je suis très content, je suis fier de… Je suis… je suis pas quelqu’un qui… qui… Mais là, je suis vraiment fier de mon travail.
Merci, bravo. Félicitations, sincèrement. Merci.

Quelques explications:
1. le maillot blanc: c’est le maillot que porte le meilleur jeune coureur du Tour de France. On est dans la catégorie « Jeune » jusqu’à 24 ans révolus.
2. une étape mythique: LA grande étape, que tout le monde connaît. On parle aussi de col mythique, de route mythique, etc…
3. Thomas: Voeckler, qui est le leader de l’équipe dans laquelle court Pierre Rolland, chargé avec ses équipiers de tout faire pour que Vockler gagne.
4. T’occupe pas de moi: normalement, on devrait dire: Ne t’occupe pas de moi. Mais à l’oral, c’est souvent comme ça. (familier)
5. il m’a laissé ma carte: l’idée, c’est qu’il lui a dit de jouer ses cartes, c’est-à-dire de s’appuyer sur ses atouts et ses forces pour rouler pour lui-même et essayer de gagner puisqu’il avait ses chances.
6. monter: c’est le verbe qu’on utilise pour décrire cette action. On dit qu’on monte un col, on monte le Galibier. Et on monte l’Alpe d’Huez, c’est-à-dire la route qui mène à la station de ski de l’Alpe d’Huez, au-dessus du vieux village. (Ce n’est pas un col. Arrivé en haut, il faut redescendre par la même route.)
7. Le virage N° 6: on dit « numéro six« . Il y a 21 virages, qui sont de vrais virages en épingle à cheveux. Le N°1 se trouve tout en haut de cette montée de 14 km.
8. garder son sang-froid: rester très calme, très maître de la situation.
9. ils s’entendent très bien: ils sont complices, ils sont amis.
10. Et lesquels ! : le journaliste veut dire que ce ne sont pas deux Espagnols ordinaires.
11. c’est quitte ou double: cette expression signifie qu’on peut gagner mais aussi tout perdre. Il n’y aura rien entre les deux.
12. je ferai pas deux: je ne finirai pas deuxième.
13. à bloc: à fond, à pleine puissance.
14. à cette allure = à cette vitesse
15. comme quoi = cela prouve que… / C’est la preuve que
16. réaliser: comprendre ce qui m’arrive, ce qui vient de se passer. Comprendre que ce n’est pas juste un rêve.
17. compte tenu de… : en raison de, à cause de, du fait de…
18. dix belles années: On ne peut pas employer « ans » avec un adjectif. Donc avec « belles », il faut changer « ans » en « années », et passer du masculin au féminin. Subtil et bizarre !
19. et les 10 plus belles: c’est pour cette raison qu’il dit « belles » et non pas « beaux », alors qu’il vient juste de dire 10 ans. (nom masculin)
20. poser une colle à quelqu’un: lui poser une question à laquelle il ne sait pas répondre. Dire « Vous me posez une colle« , c’est reconnaître qu’on ne sait pas du tout, qu’on n’a aucune idée de la réponse. (familier)

* Cocorico: c’est l’onomatopée en français pour le chant du coq. Or le coq est un des symboles de la France. Donc dire « Cocorico », c’est montrer qu’on est fier d’être français. (On l’utilise souvent de façon un peu ironique).

La petite reine

Juillet marque la fin de l’école pour les enfants et le début des vacances pour une partie des Français.
C’est aussi le début du Tour de France que suivent les passionnés de cyclisme bien sûr mais pas seulement: le Tour de France, c’est une vraie institution et un des événements sportifs les plus populaires en France, malgré les scandales récurrents liés au dopage.
On peut aller voir le départ ou l’arrivée des étapes, selon l’endroit où on habite ou bien où on passe ses vacances. On peut suivre les coureurs en direct tous les jours à la télévision ou regarder le résumé de chaque étape en fin d’après-midi. Les infos à la radio et les journaux télévisés font le point tous les jours.

Voici Bernard Hinault, un ancien coureur français très populaire qui raconte avec son petit accent breton ses souvenirs du Paris-Roubaix, une autre course très suivie en France, plus tôt dans l’année.

Transcription:
– Bon souvenir parce que on gagne. Mauvais souvenir parce que c’était pas ma course de prédilection (1). Et puis tous les incidents que j’avais pu avoir au niveau chutes, crevaisons, le clébard (2) qui me fout par terre (3)et… La totale (4), quoi, mais bon (5) ! A la sortie quand même, on a gagné. Surtout devant qui ! Je pense que j’ai… j’ai battu des gens qui étaient des spécialistes, donc c’était pas si mal (6) ! C’est un monument (7) quand même, hein, même si j’ai pas aimé ! Quand on sait le nombre de coureurs qui adorent cette course, bah, il faut… faut le respecter, ça !
– Est-ce que cette course a beaucoup changé ?
– Pas vraiment, non, parce qu’on arrive toujours sur les vélodromes. Il y a toujours 54 km de pavés. Bon, peut-être que il y a certains secteurs qui sont moins bons. Autrement, bah, il faut… faut toujours courir de la même manière, hein. Faut toujours être présent. Il faut être devant en permanence, en permanence, parce que si vous vous baladez (8) trop derrière, ça va… Vous avez vite fait de tout… de tout perdre (9), hein! Et puis les efforts que l’on (10) fait à chaque fois, on les paye à un moment donné.

Quelques explications
1. de prédilection: préféré(e)
2. un clébard: un chien (argot) On dit aussi un clebs.
3. foutre quelqu’un par terre: mettre quelqu’un par terre, le faire tomber. (très familier)
4. La totale! : on dit ça pour montrer qu’on a eu le maximum d’ennuis, de difficultés.
5. Mais bon: on dit ça pour exprimer que de toute façon, on a bien été obligé d’accepter la situation et qu’on s’en sorti.
6. c’est pas si mal: c’est plutôt bien, c’est plutôt un bon résultat.
7. C’est un monument: c’est une grande course, une course mythique.
8. se balader: se promener (familier)
9. vous avez vite fait de perdre: vous perdez très facilement.
10. que l’on = qu’on. L’utilisation de « l’on » est plus soutenue que « on » tout seul. Ce qui est amusant, c’est le contraste entre les mots familiers qu’il utilise et cette tournure plutôt écrite et recherchée.

* La petite reine: c’est le surnom du vélo. (qu’on appelle aussi une bicyclette, mais ce mot n’est plus très employé.)

Un bateau, du foie gras et de la passion

Il a grandi à Aix-en-Provence.
Il a d’abord passé du temps à faire des études et de la musique.
Mais finalement, sa vie, c’est parcourir les mers du globe sur des voiliers immenses. Commencer à naviguer sur un petit Optimist dans la baie de Marseille, ça mène au bout du monde !
Franck Cammas raconte tout ça avec des éclats de rire qui sentent bon le bonheur de faire ce qu’on aime par dessus tout.


Transcription:
– Ouais, vous êtes un petit gabarit (1), hein, si je peux me permettre (2), Franck.
– Exactement. On est… on est un peu pareils en fait.
– Ouais, c’est ça. Enfin, moi, un peu plus gros que vous, hélas pour moi. Mais bon… Mais vous êtes pas une force de la nature (3), quoi.
– Non, non, non. Non, non. Je… je… j’irais pas sur un terrain de rugby. Donc…
– En revanche, mental[ement]…
– Je me suis mis au vélo. Je me suis mis au vélo et j’en ai même adapté un sur… sur le bateau et ça me permet de hisser les voiles.
– Ah oui, oui. C’est comme ça. J’ai vu ça. Alors, en revanche, vous êtes une force de la nature psychologique. Tous les gens qui vous approchent disent (4) vous avez une capacité d’analyse incroyable. Et un gars comme Bruno Peyron, notre camarade, dit, en parlant de vous, vous ne pouvez pas vous empêcher de vouloir gagner, même une partie de pétanque (5). C’est drôle (6), moi, je m’en fous (7). Je perds, aux boules, j’en ai rien à faire (8). Lui, il veut gagner partout. C’est ça votre truc (9), quoi.
– Ouais, j’aime bien ça. Ouais. J’ai du mal… j’ai du mal à perdre (10), mais… mais ça m’arrive souvent aussi, malheureusement.
– Racontez-nous votre parcours. Pour les auditeurs qui adorent les navigateurs – on peut comprendre pourquoi – vous, Maths Sup, Maths Spé (11), le violon, le piano. Vous êtes atypique dans ce milieu-là.
– Ouais, déjà (12), je suis pas breton (13), donc je suis un peu atypique. Je viens d’Aix-en-Provence. Mais j’ai dû quand même prendre ma… ma carte d’électeur (14) en Bretagne.
– C’est dur, hein, la carte d’électeur en Bretagne !
– C’est dur !
– Et comment vous avez été admis chez les Bretons ?
– On est bien admis quand on a un bateau et qu’on invite des Bretons à bord. Donc ça s’est bien passé à ce niveau-là.
– Et qu’on picole (15) un peu ?
– Ouais, ça, j’ai eu… j’ai eu du mal, hein. J’ai pas encore l’âge, je crois.
– Vous avez pas encore l’âge. Mais qu’est-ce qui fait que à un moment donné, vous avez pris cette voie-là ? En tout cas, vous étiez pas parti pour faire autre chose dans la vie, vous ? C’était depuis tout petit, vous vouliez être sur un bateau et être navigateur ?
– Ouais, j’ai rêvé… j’ai rêvé de ça avant de… avant d’aller sur l’eau. Je… je lisais des livres. Je… j’avais… Mon livre de chevet à 10 ans, c’était Eric Tabarly qui faisait son tour du monde sur Pen Duyck 6.
– Ouais.
– Et donc ça m’a bien [envie]… ça m’a donné bien envie de… d’essayer ça. Bon, j’ai commencé en faisant de l’Optimist à Marseille, donc c’était quand même assez loin de ce que je fais maintenant.
– Ouais.
– Mais j’étais passionné parce que c’est un sport extraordinaire. Il y a beaucoup de facettes dans ce sport où… où on a à progresser. C’est en même temps un sport mécanique comme l’est la Formule 1. Et dans la conception des bateaux, c’est quand même génial de pouvoir travailler avec des… des ingénieurs et des architectes pour… pour trouver le meilleur bateau. Et ensuite, quand on est sur l’eau, bah, il y a beaucoup de… Il y a beaucoup de… beaucoup d’analyse à faire. C’est un sport intellectuel, c’est un jeu d’échecs avec… avec les adversaires et avec la météo. Et on a toujours l’impression que… qu’on peut progresser, et je pense qu’en une vie, on n’arrivera jamais être suffisamment bon, et on fait toujours des erreurs. Et c’est pour ça que c’est un… c’est un sport fascinant.
– Vous emmenez un instrument de musique sur le bateau ?
– Ah, malheureusement, un piano, ça serait un peu lourd. Et un violon… un violon, je pense qu’il se casserait assez vite parce que ça bouge trop à bord. Donc j’emmène un… un iPhone.
– Est-ce que les filles… Maintenant, il y a des super navigatrices, les Maud Fontenoy, etc…, les Ellen McArthur à l’époque. Est-ce que les filles aujourd’hui, elles sont aussi bonnes – Allez, Julie me regarde comme si je faisais un gros mot (16). Evidemment je connais l’égalité hommes-femmes – mais est-ce que franchement, elles sont compétitrices ?
-Bah il y en a certaines qui sont vraiment très… très compétitrices, ouais, ça… ça c’est sûr, et qui battent les hommes. C’est… C’est d’ailleurs un… un des seuls sports où… où une femme et un homme part[ent] (17) à égalité, parce que ça se joue pas uniquement sur le physique, loin de là. Et ça se joue sur la capacité d’analyse, la lucidité, le feeling que l’on a au réglage avec son bateau. Et… et une femme est largement aussi capable à ce niveau-là que un homme. Voilà.
– Combien vous gagnez si vous remportez la Route du rhum ?
– J’ai même pas regardé les prix mais je crois que c’est 50,000 €, donc…
– Quand on regarde [pas] les prix, ça veut dire qu’on n’a pas besoin généralement. C’est que… c’est qu’on vit bien, quand on regarde pas les prix.
– On n’a pas besoin pour vivre et de toute façon, j’ai déjà beaucoup de chance de pouvoir vivre de cette passion-là. Et… et en plus, en voile, on peut… on peut continuer à faire notre sport jusqu’à plus de 60 ans si on en a envie. Donc c’est génial. J’ai pas besoin de plus d’argent.
– Vous allez peu dormir. Et vous mangez quoi ? Du lyophilisé ?
– Ah là, je me suis fait des petits plaisirs pour cette Route du Rhum quand je suis tout seul. C’est… c’est plus simple. Donc…
– Caviar ?
– Ouais, du…
– Ouais ?
– Non, non ! Pas du caviar mais…
– Du foie gras !
– Du foie gras, ouais. Du foie gras, c’est… c’est pas mal. C’est pas mal dans le froid.
– Vous allez prendre du poids, faites gaffe (18), Franck, hein !
– Non, je crois pas. Je crois que j’ai de la marge (19) là-dessus.
– Vous avez de la marge. Et dormir ? C’est toujours par tranches de 15-20 minutes ?
– Ouais, on est obligés en fait. On est en complète surveillance permanente avec le bateau donc notre sommeil est dicté par les mouvements du bateau, par la météo. Et parfois on a le temps de dormir parce que la météo est stable et parfois, on est obligé de rester bien éveillé, que ça soit jour et nuit, pour régler et pour surveiller le bateau, pour surveiller ce qui arrive… ce qui arrive devant les étraves.
Vous êtes combien sur la ligne de départ, pour terminer ?
On est 85 et on est une dizaine par contre dans notre classe de grands multicoques.

Quelques explications:
1. un petit gabarit: c’est quelqu’un de petite taille, pas gros.
2. si je peux me permettre = si je peux me permettre de dire ça.
3. être une force de la nature: être grand, costaud.
4.ils disent vous… : normalement, il faudrait dire « Ils disent que vous… « . Mais à l’oral, ce n’est pas très gênant.
5. la pétanque: un jeu de boules populaire en France, notamment dans le sud.
6. c’est drôle: ici = c’est bizarre, c’est étrange.
7. Je m’en fous: ça m’est égal, ce n’est pas important pour moi. (très, très familier)
8. J’en ai rien à faire: ça n’a aucune importance pour moi. (très familier)
9. c’est votre truc: c’est quelque chose que vous aimez faire. (familier)
10. J’ai du mal à… : c’est difficile pour moi de…
11. Maths Sup et Maths Spé: c’est le nom des deux années de classe prépa qu’on fait pour essayer d’entrer dans une école d’ingénieur.
12. déjà: premièrement
13. breton: c’est quelqu’un qui est originaire de Bretagne. Les Bretons sont des marins, des navigateurs.
14. prendre sa carte d’électeur quelque part: on vote près de son domicile. Donc il veut dire par là qu’il s’est installé en Bretagne.
15. picoler: boire (trop, en général) (argot)
16. faire un gros mot: normalement, c’est plutôt « dire un gros mot ». Un gros mot, c’est une insulte, c’est un mot très impoli, incorrect.
17. part à égalité: il devrait dire « partent », au pluriel.
18. faire gaffe: faire attention ( familier)
19. avoir de la marge: en être très loin. Ce n’est pas vraiment un risque, car il n’est vraiment pas gros.
20. les étraves: l’avant du bateau. (il y en a plusieurs sur les multicoques)

Un peu fêlés ?

Ils aiment la vitesse. Ils aiment le ski. Voici deux des descendeurs français qui participent en ce moment aux Championnats du Monde de ski alpin.

Petite interview où il est question de sensations fortes, de peur, de plaisir, et aussi de ce qu’éprouve l’entourage de ces jeunes hommes qui prennent tous les risques.
Pas de tout repos sûrement d’être leur mère ou leur père !
Le tennis, c’est plus tranquille…


Transcription:
– Ouais, ça fait un peu peur. Moi, en plus, je suis quelqu’un qui s’est beaucoup blessé dans ma carrière. J’ai… J’ai chuté (1) cette année encore à Val Gardena (2), j’ai pris une… une grosse gamelle (3) à Val Gardena. Ça m’a un peu marqué. J’ai mis du temps à revenir. Je me suis battu pour revenir tout le mois de janvier et ça recommençait à revenir, là. Et me retrouver là-dessus (4), c’est qûr que ça me fait pas plaisir. Quand il va falloir mettre les chevaux (5), il va falloir engager (6). Il va y avoir plus de cartons (7) que ce qu’on croit à mon avis. Moi, je peux plus… je peux plus me permettre d’aller encore faire un séjour à l’hôpital, avec tout ce que j’ai eu déjà. C’est sûr que au niveau sécu (8), c’est pas… c’est pas optimum. On n’est pas au top, là, au niveau sécu.
– Votre mère, vos proches, ils sont au courant (9) que vous faites un sport pas comme les autres?
– Ah bah, vous me parlez de ma mère ! Ma mère, elle a jamais regardé une course à la télé, pour tout vous dire (10) ! Elle se refuse à (11) regarder parce qu’elle a la… la trouille (12). Je pense qu’elle sera… elle sera ravie quand j’arrêterai ma carrière. Elle est jamais venue me voir sur une course non plus. Et mon père, ça devient de plus en plus difficile, vu… vu les pistes qu’ils nous proposent. Après, voilà, ils savent que c’est mon choix et que ils font avec (13), de toute façon. Ils ont un fils qui aime la vitesse et qui… qui aime un peu prendre des risques de temps en temps, mais pas fêlé (14) quand même ! Je me considère pas comme fêlé!

Les descendeurs ne sont donc pas complètement fous mais suffisamment quand même pour se jeter dans la pente à plus de 130 km/h pour un plaisir assez mince, à en croire Adrien Théaux, l’un des outsiders de la descente d’aujourd’hui:
– Oh bah, la descente, c’est une combinaison qui fait à peu près deux millimètres d’épaisseur, un casque, un masque et une paire de skis qui fait 2,15 mètres. On n’a que ça. On n’a pas d’habitacle, rien autour et après, bah ici, c’est deux minutes que dans l’ombre. Donc c’est le noir complet. Deux minutes où on se fait secouer pas mal (15), et là, des skis de 2,15 m, quand ils commencent à taper, ça a beaucoup d’inertie. Donc il faut pas se faire tirer les pieds dans tous les sens.
– Adrien, à vous écouter nous parler de cette descente, on a le sentiment que il y a plus aucune notion de plaisir.
– Si, si ! On prend un peu de plaisir à la première porte. Et on prend du plaisir quand on est arrêté aussi. Dans l’arrivée, on se dit: »Ah, c’est bon (16), je suis en bas, je suis arrêté. » Non, non, il y a un petit peu de plaisir.

Vu d’en bas, il faut quand même une bonne dose d’imagination pour penser à prendre son pied (17) sur la piste du Kandahar !

Quelques détails:
1. chuter : faire une chute, tomber. (Tomber se conjugue avec l’auxiliaire « être », contrairement à chuter:  Je suis tombé.)
2. Val Gardena: c’est une vallée alpine en Italie, avec des stations de ski.
3. une gamelle : une chute (argot). On dit qu’on prend une gamelle.
4. là-dessus : il veut dire « sur cette piste », très difficile.
5. mettre les chevaux: c’est une image pour parler de la vitesse qu’il va devoir avoir.
6. engager: ici, ça veut dire qu’il va falloir prendre tous les risques.
7. un carton : ici, c’est une chute. (familier)
8. la sécu : abréviation de « sécurité ». Mais ce n’est pas si courant que ça de l’utiliser dans ce sens-là. D’habitude, si on parle de la Sécu, tout le monde comprend « la Sécurité Sociale », notre système d’assurance maladie.
9. être au courant : savoir.
10. pour tout vous dire : pour être honnête.
11. se refuser à faire quelque chose : c’est comme « refuser de faire quelque chose », mais c’est plus fort.
12. la trouille : la peur (argot)
13. faire avec : s’accommoder d’une situation qu’on ne peut pas changer. (familier)
14. être fêlé : être fou (familier)
15. pas mal : c’est presque aussi fort que « beaucoup ».
16. C’est bon : on dit ça quand tout va bien, qu’il n’y a pas de problème.
17. prendre son pied : prendre / éprouver du plaisir. (familier)

Je me sens moche !

Foie gras, bûche de Noël, chocolats, marrons glacés, bons vins ? Vous avez fait quelques excès pendant les fêtes de fin d’année ? Pas de panique, tous les magazines féminins vous donnent en ce moment des conseils pour oublier tout ça, avant de revenir sur la question en avril-mai ! Evidemment, comme d’habitude, ce sont surtout les femmes qui veulent être minces et qui subissent cette pression de la part de notre société.

Mais en fin de compte, les hommes aussi. Alors, pour une fois, voici le témoignage d’un jeune homme pas très content de son image et pas tendre du tout avec lui-même.

Transcription:
Je viens ici, bah, parce que je me… je me supporte plus, enfin… du… du cou jusque… jusqu’en bas des pieds en fait. Il y a… Il y a rien qui me plaît. Quand… quand je me déshabille, c’est atroce, je supporte pas de me regarder dans la glace. Il y a mon… mon torse qui me plaît pas. Il y a de la graisse, il y a des seins. Mon ventre, il y a de la graisse aussi. Et c’est depuis l’âge de… de 12 ans que… que il y a des choses qui vont pas chez moi, quoi, qui me plaisent pas, qui me conviennent pas, parce que c’est à partir de là où j’ai vraiment… vraiment grossi.
Ce qui me motive pour aller à la salle de sport, c’est de… de perdre ma graisse et de perdre mon torse (1) et pour pouvoir m’exprimer vraiment pleinement, et pouvoir peut-être aller plus facilement genre (2) à la piscine ou… ou des choses où on est dénudé, quoi. Déjà, là, je pourrais courir autour de la piscine au lieu de sauter dedans en arrivant.
Pour le moment, il y a pas vraiment d’effets… d’effets positifs, vu que ça marche pas et ça m’agace, donc je mange. Et ça y va (3). Je… je me rattrape sur la nourriture (4), ouais. Mais les effets sont pas là encore.

Tu le (5) fais dans quel but, en fait, ton sport ?
– Oh je le fais dans le but d’être bien dans ma peau (6) après et de… de pouvoir, comme en soirée (7), comme jeudi soir… hein, à la Loco (8), eh bah, pouvoir faire comme le mec (9) qui était en face de nous, là.
D’accord. Tu veux être vraiment le mannequin type, quoi!
– Ouais, ouais, entre autres, ouais. Dans un an, j’aimerais bien ressembler à un maître-nageur (10), à un prof de sport, mon prof de sport qui est bien, quoi ! A… à Tom Cruise, enfin des… des stars de la télé, où ils sont vraiment bien foutus (11), quoi. Enfin ça… Désirables.

Quelques détails :
1. perdre mon torse : il veut dire qu’il veut maigrir du torse.
2. Genre : par exemple (familier)
3. ça y va ! : il veut dire qu’il mange vraiment beaucoup.
4. Se rattraper sur quelque chose : compenser par quelque chose
5. tu le fais…, ce sport : le pronom « le » est placé avant le nom qu’il reprend, comme souvent à l’oral. On n’écrit jamais ça.
6. Être bien dans sa peau : se sentir bien, en accord avec son corps. Avoir une bonne image de soi.
7. En soirée : pendant une soirée (en boîte de nuit)
8. la Loco : c’est le nom d’une discothèque.
9. Un mec : un homme ( familier)
10. un maître-nageur : c’est celui qui surveille une piscine et qui donne des cours des natation.
11. Être bien foutu : être beau physiquement, avoir un beau corps (familier)

Vous pouvez aussi aller écouter Romain qui parle de sa salle de sport sur francebienvenue1. Pas de problème de poids pour lui, juste l’envie de bouger.

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