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Les mots des manifs

Il y a beaucoup à écouter dans une manifestation parce qu’une manif, c’est très bruyant.
Mais il y a aussi beaucoup à lire: banderoles, affiches de toutes tailles, tracts, auto-collants qui s’installent sur les vitrines des magasins, sur les kiosques à journaux, sur les abris-bus, les poubelles, les réverbères, les vêtements, et jusque sur les poussettes des bébés. Partout. Alors, après les sons de l’autre jour, petite balade en images.


A gauche, slogan qui rime et se scande pour dire les difficultés des uns et des autres, jeunes ou vieux.
A droite, slogan nostalgique d’un temps où on pouvait partir à la retraite après avoir travaillé et cotisé pendant 37 ans et demi.


Au centre, slogan en hommage au très fameux et très élégant « Casse-toi* pauvre con! », lancé par Nicolas Sarkozy, Président de la République, à un Français qui, je vous l’accorde, ne lui était pas très favorable.
A droite, slogan qui dénonce les mensonges du gouverneMENT.


Collé partout, slogan révolutionnaire qui réinvente la syntaxe française en transformant le nom en verbe et remet au goût du jour un concept que certains voudraient nous faire croire dépassé.


En lettres bien tracées, slogan qui joue avec les mots pour annoncer la résistance.


Slogan météorologique, sous un ciel marseillais très bleu.

Comme quoi dans les manifestations aussi, on peut apprendre du français :
* une manif : abréviation de manifestation. (familier)
* la galère : les difficultés. (familier)
* Casse-toi : va-t-en ! Très vulgaire et agressif, surtout associé au très méprisant « Pauvre con! », prononcé « pov’ con » ailleurs que dans le sud de la France. Dans le sud, on articule bien toutes les syllabes !
* battre en retraite : reculer sur un champ de bataille
* sale temps : mauvais temps. Au sens figuré, ça veut dire que ça va mal.

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Bras de fer

La presse étrangère évidemment se gargarise* des images de manifestations en France et des témoignages de Français qui ne supportent pas cette situation, se disent « pris en otages » * et prédisent la déroute totale de l’économie à cause des grévistes.

Alors voici quelques échos de ce qui se passe ici.
Non, ce n’est pas le chaos.
Non, tous ces gens dans la rue ne sont pas des crétins*  irresponsables qui ne comprennent rien à l’évolution du monde et refusent d’avancer.
Non, les gens ne font pas grève de gaieté de coeur*. Quel plaisir de perdre des journées de salaire et d’avoir des fins de mois difficiles !
Non, les plus de 50 ans ne sont pas des paresseux qui ne veulent plus rien faire et ne rêvent que de leur retraite. Le problème serait plutôt que quand on approche de cet âge-là, beaucoup d’entreprises ne veulent plus de vous…
Non, les jeunes ne sont pas complètement idiots au point de ne pas comprendre que tout se tient dans une société donnée. Ils voient bien que c’est difficile pour eux de trouver du travail et que le taux de chômage dans leur tranche d’âge ne va pas diminuer si leurs aînés restent plus longtemps au travail. Alors, ils se font entendre, et c’est normal. Et si à cet âge-là, on n’a pas le droit de penser à un autre avenir, quand le fera-t-on ?


Transcription :
Réforme des retraites, calendrier de la contestation chargé, journée d’action mardi dernier, aujourd’hui manifestation à Paris et en régions (1), et nouvelle journée d’action mardi prochain. Les syndicats donnent un coup d’accélérateur avant le vote définitif au Sénat. Toute la question est de savoir si la mobilisation va pouvoir suivre le rythme.
« Pour nous, les manifestations, c’est comme les courses d’obstacles. Plus les athlètes s’entraînent, plus ils sont en forme. Je pense que si sarkozy continue à nier qu’on soit dans la rue, on va finir tous par être de grands athlètes ! »

Dans la foule, beaucoup de salariés du privé. Parmi eux, des ouvriers du bâtiment, peu habitués à se manifester. Frédéric a 39 ans, le dos cassé, et la retraite à 60 ans, il y tient (2):
« Le travail, c’est dur, c’est très difficile. Et on peut pas se permettre de travailler jusqu’à 65 ans. »
Les Molex (3)sont également présents, les Continental (3)également, Airbus aussi, car dans les ateliers, ça discute. Et même si certains pensent que tout se paiera en 2012 (4), Eric croit encore que la mobilisation peut gagner.
Dans la manifestation, il y a aussi des lycéens, des étudiants et beaucoup de parents avec des enfants et même des chauffeurs routiers comme Alain :
« On a beaucoup à perdre avec la réforme de la retraite. »
A 54 ans, Alain Marcy travaille dans une usine d’aluminium de Dunkerque. Il fait tous les défilés parisiens avec sa combinaison de travail argentée, et face à l’intransigeance du gouvernement, le nombre de manifestants lui redonne espoir :
« Si tous les gens sont dans la rue – regardez le monde qu’il y a – c’est que la retraite à 60 ans, tout le monde y tient. Notre président devrait en tenir compte. Il est pas question de baisser les bras (5), et on baissera pas les bras. »

Erwan est un jeune machiniste de l’Opéra de Paris. Ce matin, il va en assemblée générale pour décider de la suite :
« On va voir tous ensemble est-ce qu’on est (6) assez nombreux pour continuer le mouvement. On a beaucoup plus de difficultés aujourd’hui à mobiliser les gens, ça peut venir des syndicalistes comme des salariés qui croient moins au syndicalisme ou alors qui ont plus peur de s’engager. Enfin, il y a toujours des gens qui ont des crédits, qui galèrent (7) et tout. Non, moi j’espère bien que ça va continuer. »

– Notre but, c’est pas de bloquer les Français. Mais il faut bien faire pression pour pouvoir avoir gain de cause (8). Il y a trois raffineries en Normandie. Il y a Esso Gravenchon, il y a la raffinerie Total de Gonfreville qui est également à l’arrêt et il y a celle à côté de Rouen qui est également à l’arrêt. On peut pas être plus bloqué que tout de suite, quoi. Et évidemment quand il y a plus de fabrication de produits, il y en a pas sur le marché, quoi. D’ailleurs, on entend déjà que certaines stations sont en pénurie et ça va pas tarder à ce que ce soit général, quoi, à 100 %. Il n’y a plus du tout de gasoil ou d’essence.
La dernière fois qu’il y a eu un conflit dur comme ça dans les raffineries, c’était quand ?
– Ah, la dernière fois qu’il y a eu un blocage comme ça à ce niveau-là de toutes les raffineries, c’est en 68, mai 68. (9)

– Si tous les gens se ruent comme ça dans les pompes (10), c’est sûr qu’il va finalement en manquer, quoi. Donc nous, professionnels, pour le moment, on assure d’avoir au moins un minimum pour assurer la livraison pour les clients.
– Donc bah le jour où il y aura plus d’essence, on n’ira pas travailler. Je pense que ça peut arriver, vu comment ça se passe en ce moment. Je pense que ça peut arriver.
– A mon avis, il y aura de l’essence pour tout le monde. C’est juste les gens qui s’affolent un petit peu. Après, si ça dure, c’est là où on s’inquiètera. Mais là, c’est un peu trop tôt pour s’inquiéter, je pense.
– Oh, je pense que ça va se débloquer quand même. On a l’habitude. Il y a eu quelques années où c’était un peu le même refrain (11). Donc inquiet, non, pas inquiet. Mais bon, on fait comme tout le monde, on fait la queue, on essaye d’en mettre un peu pour le weekend, là, et puis voilà.

« Ils (12) ont pas leur place dans la manifestation. Parce que nous (13) en fait, on est là pour passer un message, un bon message, je veux dire pour la bonne cause, comme on dit. Et puis eux, au contraire, ils nous cassent notre envie en fait. On est là pour manifester dans des bonnes conditions et tout ça, et puis on n’y arrive pas à cause de ça. C’est à cause de ça qu’on a une mauvaise image après. On se fait passer pour des mauvais lycéens, tout ça. En plus, on vient de banlieue, donc on n’a pas la… la meilleure image qu’on… qu’on devrait avoir et puis voilà. Je veux dire c’est dommage par rapport à ceux qui viennent là pour de bonnes choses, eh ben, je veux dire ils sont là pour nous embêter, en fait. »

« Mais c’est pas grave, on est là pour vous motiver, pour chanter, pour montrer à Sarkozy et à nos divers patrons que l’arrogance, que la provocation ne nous font pas peur, que nous sommes déterminés, que nous sommes solidaires dans les entreprises, entre les générations, les chômeurs, les sans-papiers, les salariés du privé, les salariés du public, les étudiants. Tous ensemble pour gagner. Tout le monde lève le bras ! Aux armes ! Aux armes ! Nous sommes des salariés et nous allons gagner, avec la CGT (14), pour nos emplois, pour nos salaires, pour nos retraites… »

Quelques détails :
1. en région : ailleurs qu’à Paris. Avant, on disait « en province ».
2. Il y tient : Il y est attaché. Il estime que c’est important à préserver.
3. Molex, Continental : grandes entreprises installées à Toulouse et qui licencient ou délocalisent. Les salariés – qu’on appelle « les Molex, les Continental »- sont mobilisés pour défendre leurs emplois.
4. 2012 : date de la prochaine élection présidentielle.
5. baisser les bras : renoncer
6. est-ce qu’on est assez nombreux : normalement ici, il faudrait dire « si on est assez nombreux ». Mais Erwan pose la question comme si elle était directe, dans une conversation.
7. galérer (argot) : avoir du mal à s’en sortir. Avoir des difficultés.
8. avoir gain de cause : (ou obtenir gain de cause) : obtenir satisfaction, gagner
9. mai 68 = mai 1968. Période de grève générale en France.
10. les pompes (à essence) : les stations services.
11. c’est le même refrain : c’est la même chose, on a déjà vu et entendu ça. (Un refrain dans une chanson, c’est la partie qui est répétée entre les différents couplets)
12. Ils = les casseurs, c’est-à-dire des personnes qui viennent pour affronter la police et causer du désordre, notamment en fin de manifestation.
13. Nous = les lycéens, les jeunes.
14. la CGT : un des grands syndicats français, dont les adhérents sont très présents dans les manifestations.

* nous sommes pris en otages / Ils nous prennent en otages : expression très à la mode, mais un peu exagérée, non ? Donc très agaçante car très creuse (quand on pense à ce qu’est un vrai otage).
* se gargariser de quelque chose : (familier) : savourer quelque chose. (terme péjoratif)
* crétin : idiot, imbécile
* ne pas faire quelque chose de gaîté de coeur : ne pas faire quelque chose par plaisir. Souffrir de la situation.

Un bras de fer : c’est quand il y a un conflit, une épreuve de force entre deux protagonistes qui ne veulent rien céder.

Travailler plus longtemps ?

Pour avoir le droit de prendre sa retraite en France actuellement, il faut avoir 60 ans. Si vous n’avez pas cotisé assez longtemps pendant votre vie active, c’est-à-dire si vous n’avez pas travaillé pendant les 160 trimestres réglementaires, votre retraite sera plus faible. Sinon, vous pouvez continuer à travailler plus longtemps.

Le débat actuel porte sur l’âge de départ que le gouvernement veut reculer de plusieurs années. Donc plus personne n’aura la possibilité de partir à la retraite à 60 ans, retraite complète ou pas. Cela pose le problème des métiers pénibles. Mais qu’est-ce qu’un métier pénible ? Cela pose le problème du chômage des jeunes qui ont besoin que leurs aînés prennent leur retraite pour accéder à ces postes. Cela pose le problème de l’emploi des seniors – terme stupide pour éviter de dire « vieux » – qui ont un mal fou à retrouver du travail si par malheur ils sont licenciés vers 45-50 ans… Cela pose le problème de la qualité de vie de chacun dans notre société.
Oui, je sais, il y a des tas de pays où les gens sont obligés de travailler plus longtemps…

Voici quatre Français qui expliquent comment ils voient les choses, en fonction de leur parcours personnel et professionnel:
Paul et Marie, 62 ans.
Isabelle, 45 ans.
Michel, 55 ans

(Personnellement, je me souviens que quand j’étais élève, je préférais avoir des jeunes profs ! Alors, devoir enseigner jusqu’à 65 ans ou peut-être plus ! Je plains mes futurs étudiants !)


Transcription:
Paul :
Vous savez, le métier de consultant est pas un métier difficile. C’est un métier qui… qui nécessite de pas trop dormir mais… mais tout de même, c’est pas un métier très… très usant. Moi, je peux travailler jusqu’à 70 ans, même si j’ai déjà fait un infarctus. Ma santé me le permettra sans doute. Si ça nous fatigue pas de continuer à travailler, continuons à travailler ! Ça me plaît de travailler, et voyager, de rencontrer des gens, d’écouter.

Marie:
– Je me sens capable de travailler encore huit ans s’il le fallait. Moi, je suis d’un milieu de professions libérales (1). Les avocats et les médecins dans ma famille ont tous travaillé jusqu’à 70-72 ans sans aucun problème. Je suis très en forme physiquement. Intellectuellement aussi, je l’espère. On me demanderait d’arrêter, tout de suite, je me remettrais dans une autre activité professionnelle.
– Pourquoi ? La retraite vous fait peur ?
– Sûrement. Et puis, ça donne forcément un coup de vieux (2), faut bien le dire !(3)

Isabelle:
J’ai travaillé de 18 ans à 38 ans. Ensuite, j’ai été obligée de m’arrêter de travailler pour des raisons personnelles. Et maintenant, je n’ai que 80 trimestres (4), ce qui fait que si je veux avoir une retraite convenable, il faudrait que je travaille jusqu’à 70 ans, voire plus (5). Ça sera pas possible. J’habite en banlieue , j’ai une heure et demie de transports, j’ai eu un cancer, j’ai eu des tas de choses. Entre le stress, le mal-être, entre les grèves de RER (6), les… la météo comme ce matin où on part plus tôt de peur que… C’est… c’est usant. C’est pour ça que moi, je pense pas que ça soit (7) une bonne idée de prolonger trop… Et puis bon, bah, je pense qu’on va pas travailler en sifflant (8) le matin à cet âge-là. C’est ça le problème, quoi.

Michel:
Ce qui est très surprenant quand on est demandeur d’emploi à mon âge, c’est que, en fait, tout ce que l’on pensait être des qualités, c’est-à-dire son expérience, son savoir-faire, sa connaissance de la société, ça devient en fait un handicap. Je sais pas s’il y a une ségrégation anti-vieux mais je suis à peu près sûr que dans la sélection des CV par exemple, on fait partie du premier tas des gens sortis, c’est-à-dire qu’on est sorti tout simplement à cause de notre âge, point final (9). Et très concrètement dans mon cas, en un an et demi, si j’ai eu une dizaine de contacts avec des entreprises susceptibles de me recruter, c’est le maximum. Théoriquement, ma retraite, c’est dans six ans. J’ai encore deux ans de chômage (10) et entre les deux, je sais pas ce que je ferai. Je pense très clairement que je serai au RMI (11). C’est ce que j’ai dit à mon employeur quand… quand il me licenciait. Je lui ai dit « Quand… quand on licencie une personne de 55 ans, on la met au RMI, faut le savoir. » Moi j’ai envie de travailler plus longtemps,vous savez. Je pense qu’on peut apporter un certain nombre de choses à une entreprise, mais quand vous avez au-delà de 45 ans, vous ne trouvez pas de travail, point final.

Quelques détails :
1. les professions libérales : les professions où on n’est pas salarié d’une entreprise ou employé par une administration. On dit qu’on travaille en libéral.
2. donner un coup de vieux à quelqu’un : faire sentir tout d’un coup qu’on est vieux.
3. Faut bien le dire = Il faut bien le dire  : on est bien obligé de l’admettre. On ne peut pas le nier.
4. les trimestres : la retraite se calcule en France en fonction du nombre de trimestres pendant lesquels on a travaillé et donc cotisé pour la retraite.
5. voire plus : et même davantage
6. le RER : A Paris, il y a le métro et le RER. Les lignes de RER traversent Paris et desservent les banlieues plus lointaines. (RER = Réseau Express Régional) Elles sont identifées par des lettres : ligne A, B, etc… (Les lignes de métro portent des nombres.)
7. Elle prononce « ça soye », ce qui n’est pas correct. Mais c’est très courant comme faute à l’oral.
8. en sifflant : siffler montrerait que vous êtes content, joyeux.
9. point final : un point c’est tout. Il n’y a rien à rajouter.
10. Il a encore 2 ans de chômage : il va toucher les allocations de chômage encore 2 ans et après, il n’aura plus rien s’il ne retrouve pas d’emploi.
11. le RMI : Revenu Minimum d’Insertion : c’est une allocation qu’on touche quand on n’a plus droit à aucune allocation de chômage. Mais c’est vraiment très « minimum ». Il a été remplacé récemment par le RSA, le Revenu de Solidarité Active.

La retraite

Les retraites… Grand débat en France et sujet qui fâche…
Et si on écoutait ce que les enfants ont à en dire ? Ils ont aussi plein de questions à poser à leurs aînés.
Voici un dialogue délicieux entre ces gamins qui ont toute la vie devant eux et ce vieux monsieur qui joue aux boules après avoir beaucoup travaillé.


Transcription:
La retraite, c’est quand des gens, ils… ils arrêtent de travailler parce qu’ils sont vieux. Ils vont pas travailler indéfiniment !
T’en as un peu marre (1) à la fin.
Moi, je voudrais prendre la retraite à 66 ans.
Moi, je prendrai ma retraite à 60 ans.
Oui, en fait, 60 ans, c’est bien.
Moi, je prendrai ma retraite à 40 ans.
Un retraité, normalement, il a 64 ans. [ Un re…] 64 ans.
Moi, je veux bien prendre ma retraite maintenant, comme ça, j’aurai plus d’école et je pourrai traîner avec mes copains.
En fait, la retraite, on fait un peu moins d’avantages (2) parce que quand on est enfant, on peut plus…
On peut plus profiter de la vie. Et on peut faire plein de choses alors que quand on est vieux, on peut pas faire plein de choses. On peut pas faire du trampoline.
Bah, c’est pour ça que moi j’ai pas très envie d’être vieux parce que j’ai pas envie qu’on me traite de vieux con !
Oui, c’est pour ça. Moi, j’ai pas envie qu’on me pique mon sac (3).
Et ils ont aussi un dentier.
Justement, il y a… il y a des vieux qui jouent au bowling là-bas. Euh… au bowling, n’importe quoi !
Au… au pétanque (4)… Aux boules.
On pourrait leur poser des questions : « C’est quoi d’être vieux ? »
[…Viens… les questions… Qu’est-ce que ça fait d’être à la retraite ? ]
Ils sont tout courbés. Ils sont vieux avec des cheveux blancs et une moustache.

Est-ce que vous êtes à la retraite ?
Oui.
Est-ce que… Ça fait combien de temps que vous êtes à la retraite ?
Quatorze ans.
14 ans ? A quel âge vous avez pris votre retraite ?
Soixante… 60 ans. Mais quand même, 46 ans de travail, oui, dans les garages, dans la mécanique.
Hm. Et c’est quoi exactement, la retraite ?
Hein ?
C’est quoi exactement la retraite ?
La retraite, ben, normalement elle est faite pour les gens qui ont beaucoup travaillé.
[J’ai le droit de poser quelques questions, là !]
Combien vous gagnez à la retraite ?
Ah ça, c’est… c’est secret. Ça se dit pas. [ Oui, j’arrive. ] On ne porte jamais sa feuille d’impôt (5) en bandoulière. (6)
Vous êtes un vieux ?
Euh… De caractère, j’ai encore 25 ans. Vous me trouvez vieux ?
Non… Non… vous êtes…
C’est tout jeune.
On peut dire ça comme ça.
Oui.
Moi, je vous donnerais 56 ans.
Ah, bah ça va, tu me rajeunis, toi !
Oui, c’est vrai, 56 ans, c’est bien ! Pour toi !
Oui.
C’est bon la retraite ?
C’est bon, ça va. Faut pas se plaindre.
Je dois partir.
Au revoir, les enfants. Merci à vous.
Bon, bah la retraite, ça a l’air bien, hein, finalement !

Quelques détails :
1. en avoir marre : façon familière de dire « en avoir assez ».
2. Il devrait dire : « On a un peu moins d’avantages »
3. piquer : argot pour voler.
4. pétanque : Ils s’embrouillent un peu ! On dit qu’on joue à la pétanque ou aux boules.
5. En France, on remplit sa déclaration ou sa feuille d’impôts pour déclarer ses revenus.
6. en bandoulière : autour du corps. C’est une image pour dire qu’on ne montre pas sa feuille d’impôt, qu’on ne dit pas combien on gagne.

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