Tag Archive | prononciation

Qu’est-ce qui se passe ?

Peut-être vous est-il arrivé de reprendre contact avec un ami que vous aviez un peu perdu de vue. Ou tout simplement d’appeler des proches pour prendre des nouvelles, parce que vous avez un peu laissé filer le temps. Alors quels sont les mots qui nous viennent naturellement en français?

Pas Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce qui se passe ? ou son équivalent dans un style un peu plus soutenu : Que se passe-t-il ? laissent toujours transparaître une certaine inquiétude de la part de celui qui pose la question. Ou de l’incertitude.
– Un de vos enfants, ou un proche ou un ami vous appelle, mais ce n’est vraiment pas l’heure, ce n’est pas le jour. Vous vous dites, à tort ou à raison, que ce n’est pas tout à fait normal. Alors, vous prenez l’appel et demandez, d’un ton qui n’est pas tout à fait léger : Allo ? Qu’est-ce qui se passe ?, en espérant que tout va bien.
– Vous êtes sans nouvelles d’un proche, qui aurait dû vous appeler ou vous contacter. Et cela vous met mal à l’aise. Alors vous envoyez un sms ou un message: Qu’est-ce qui se passe ? / Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? / Tout va bien ?
– Vous entendez vos enfants se disputer dans la pièce à côté. Vous entrez et vous demandez : Qu’est-ce qui se passe ici ?
– Vous allumez votre ordinateur mais il ne démarre pas : Qu’est-ce qui se passe ? Et si ce n’est pas la première fois que ça vous arrive : Qu’est-ce qui se passe encore ?

Ce qui est assez subtil, c’est que tout cela change dès qu’on ajoute quelque chose au bout de cette question ! Elle devient alors une simple interrogation sur des événements.
Qu’est-ce qui se passe à la fin du film ? Je ne m’en souviens plus !
Qu’est-ce qui se passe si j’oublie le code de ma carte bancaire ?
Qu’est-ce qui se passe quand un étudiant ne trouve pas de stage ?
(Petite remarque: on ne dit pas Qu’est-ce qui arrive… ? Ce n’est pas naturel.)

Pour en revenir à la situation du début de ce billet, alors que dit-on quand on prend tout simplement des nouvelles de quelqu’un ? On n’a pas beaucoup de choix dans le fond, comme souvent avec ces petites phrases de la vie quotidienne.
– Vous connaissez : Comment ça va ?
– Mais on dit aussi très souvent : Qu’est-ce que tu deviens ? / Qu’est-ce que vous devenez ?
– Ou encore : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Voici ces petites phrases enregistrées, à la vitesse où on les dit :

Qu’est-ce qui se passe

Donc à l’avenir, si vous trouvez que je laisse ce blog un peu trop en sommeil, vous pourrez me demander ce que je deviens, ou ce qui se passe !

Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Eté comme hiver

Baignade par tous les temps

Même quand on habite Marseille, c’est la saison où on oublie un peu que la plage n’est pas loin. La mer s’est refroidie, les maîtres-nageurs sont partis, le parfum des produits solaires s’est dissipé sur le sable qui semble moins accueillant. Pourtant, comme dans beaucoup d’autres endroits en bord de mer, il y a des gens – souvent pas si jeunes que ça – qui continuent à se baigner ! Pas longtemps, mais chaque jour, été comme hiver. Comme un rituel qui paraît leur faire du bien, mi-défi, mi-plaisir répété avec régularité, sous l’oeil des frileux qui passent par là en se disant que ce n’est vraiment plus de saison. Voici un écho de ces baigneurs acharnés, cette fois-ci sur la côte basque, entendus il y a quelques jours à la radio. Ils avaient l’air en pleine forme !


Eté comme hiver

Transcription :
– Ça s’appelle comment, cet endroit (1)?
– Ici, nous sommes au Port Vieux à Biarritz.
– Bonjour à tous et bienvenue au Port Vieux à Biarritz, où il fait très beau (2) et… Mais vous vous baignez toute l’année ?
– Toute l’année, tout à fait (3).
– En plein hiver (4) aussi ?
– En plein hiver. C’est le but de notre association.
– Le but, c’est de se baigner, quelle que soit la température de l’eau ?
– Exactement. C’est… C’est ce qu’on aime.
– Et alors, elle est à combien (5), la mer, l’hiver, quand vous vous baignez ?
– Eh bah ça peut aller jusqu’à 10°, 8 °. Voilà.
– Vous restez combien de temps dans l’eau ?
– Oh, à peu près dix-quinze minutes.
– Et vous avez un site, Les Ours Blancs ?
– Oui, il y a un site, Les Ours Blancs, vous pouvez le trouver sur internet. Vous faites (6) Les Ours Blancs, Biarritz, et vous verrez, on a un site internet, avec toutes les informations (7).
– Et pourquoi Les Ours Blancs ? Vous avez pas des têtes d’ours !
– Peut-être, mais les ours se baignent l’hiver, c’est pour ça, hein, dans l’eau très froide, et c’est ce que… ce que nous faisons.
– En tout cas, ça conserve (8), hein ! Vous êtes en forme olympique !
– On est tous comme ça ! On est tous comme ça. Ça conserve, en effet.
– Et vous êtes combien d’ours blancs ?
– Cent cinquante. On est une association de 150 personnes (9).
– Et ça… Elle a quel âge, cette association ?
– Elle a… Elle va avoir… Elle a, cette année, 85 ans.
– Bah vous les faites pas (10), dites-donc (11) !
– Bah oui, que voulez-vous (12), ça conserve !
– Ah oui !
– Venir nager avec une bande de fondus (13) tous les jours, quoi, c’est ça le but, hein, pendant… pendant quarante-cinq minutes, une heure, selon le… la température de l’eau.
– Le 1er janvier, c’est… Le plaisir est le même ?
– Ah bah même mieux ! On se caille (14), il doit y avoir un petit côté maso (15) là-dedans, quelque part (16). Mais non, non, il y a… il y a rien d’héroïque à ça. C’est ce que je répète souvent. Si on le fait tous les jours, il y a aucun problème, quoi. Voilà. Bien moins difficile que d’aller se foutre (16) dans… Remplir sa baignoire d’eau froide et à se mettre dedans. Ça, j’en (17) serais incapable !

Quelques détails :
1. Cet endroit : écoutez la prononciation de Cet. Il dit : « C’t’endroit », au lieu de bien prononcer toutes les syllabes. Dans le sud de la France, on dit bien : Cet endroit. On fait la même chose au féminin : Cette plage, cette dame, cette association.
2. Il fait très beau : Biarritz est presque à la frontière avec l’Espagne, sur la côte atlantique. Il y fait souvent très doux en hiver.
3. Tout à fait : c’est ce qu’on dit pour montrer qu’on est complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit.
4. En plein hiver : en plein milieu de l’hiver, au cœur de l’hiver. On le dit aussi à propos de l’été : En plein été. Mais très rarement à propos de l’automne, et jamais à propos du printemps ! (sans doute parce qu’il ne s’agit pas des extrêmes. Et pour le printemps, parce que ça ne sonnerait pas bien!)
5. elle est à combien ? : c’est la question qu’on pose pour avoir la température de l’eau. A combien est l’eau / la mer ? Si c’est pour connaître la témpérature (de l’air), on demande : Combien fait-il ? (Ou plus oralement : Il fait combien ? )
6. Vous faites… : à propos d’internet, on peut dire aussi : Vous tapez
7. les informations : contrairement à l’anglais, ce mot peut s’utiliser au pluriel. On pourrait dire aussi : les renseignements.
8. Ça conserve : cela signifie que ça aide à rester jeune, que la personne ne fait pas son âge, paraît plus jeune. On utilise aussi le participe passé : Il / elle est bien conservé(e).
9. 150 personnes : avec un nombre, on ne peut pas utiliser le mot gens.
10. Vous ne les faites pas : vous ne paraissez pas avoir cet âge-là, vous paraissez plus jeune. On dit : Il a 70 ans mais il ne les fait pas.
11. Dites-donc : C’est une exclamation pour exprimer sa surprise et mettre en valeur ce qu’on vient de dire. Si on tutoie la personne, on dit : dis-donc. Par exemple: Tu as beaucoup de courage, dis-donc !
12. Que voulez-vous : ce n’est pas une vraie question, c’est simplement une expression qui signifie à peu près : Oui, c’est vrai. / Vous avez raison, c’est comme ça. On peut l’utiliser avec quelqu’un qu’on tutoie : Que veux-tu.
13. Un fondu : un vrai passionné. Ce terme d’argot s’emploie à propos de quelqu’un qui est fou d’une activité.
14. Se cailler : se geler, avoir très froid. (argot)
15. maso : c’est l’abréviation de masochiste, qui signifie qu’on fait quelque chose volontairement alors que ça nous souffrir. (familier)
16. quelque part : ici, ce mot n’a pas son spatial mais signifie : en quelque sorte, d’une certaine manière.
17. Se foutre : se mettre (très familier et oral).
18. J’en serais incapable : en remplace « de se mettre dans une baignoire pleine d’eau froide ». On l’emploie car l’expression être incapable est suivie de « de ».

Je vous ai enregistré les deux façons de prononcer cet / cette :


La prononciation de Cet ou Cette

cet endroit : J’aime bien cet endroit.
cet hôtel : On est bien dans cet hôtel.
cet acteur: J’adore cet acteur.
cet appareil photo : Tu l’as payé combien, cet appareil photo ?
cet après-midi : Tu es là cet après-midi ?

cette année : C’est quoi tes projets cette année ?
cette semaine : Je vais à Paris cette semaine.
cette fille : Tu la connais, cette fille ?
cette femme : On pourrait demander à cette femme.
cette association: J’ai jamais entendu parler de cette association.
cette émission : J’écoute souvent cette émission.

Et pour écouter en entier ce reportage à la radio, c’est ici.

Plus ou moins (2)

Il y en a plus

Ces photos ne sont pas vraiment d’actualité ! Ni de saison !
Mais les voici bien utiles pour illustrer le deuxième sens de plus. Il y a deux ou trois ans, il avait commencé à neiger le matin. Et quelques heures plus tard, on voit qu’il y a plus de neige sur la table ! Donc à Marseille, on fait des photos de 10 cm de neige, sur une table banale, parce que c’est quand même rare. Et on les envoie même à sa famille, à ses amis, en France, en Australie, aux Etats-Unis… Ne vous moquez pas ! 😉

Mais revenons à nos moutons*, c’est-à-dire aujourd’hui au français :
Ici, plus est équivalent à davantage.
Dans ce cas-là, on prononce le S final.

Voici quelques exemples :
Où en êtes-vous avec la neige ? Eh bien, il y en a plus que tout à l’heure. Ça continue à tomber.
– Il y a plus de soleil que ce matin.
– Il faut que tu fasses plus d’efforts.
– Je suis sûre que tu peux faire plus.
– On aura plus de nouvelles demain.
– On en saura plus demain.
– Il t’en dira plus lui-même.
– lls ont plus de travail qu’avant.
– Travailler plus pour gagner plus.

C’est la même chose dans les phrases négatives. (avec ne… pas, ne… jamais)
Il ne faut pas confondre avec ne… plus. (comme dans le billet précédent)
Voici d’autres exemples :
Je n’ai pas besoin de plus d’argent.
– Je n’ai pas besoin de toujours plus. Ce que j’ai me suffit.
– Je ne veux pas faire plus d’heures.
– Je n’en sais pas plus pour le moment.
– Il n’en a pas dit plus.
– Non, tu n’en auras pas plus. Il faut en laisser aux autres.
– J’ai tout essayé. Je ne peux pas faire plus.

Pour terminer ce billet, j’en viens à ce qui se passe dans les conversations ordinaires et familières.
Vous savez que nous avons tendance à oublier « ne » dans les phrases négatives à l’oral, quand nous ne surveillons pas particulièrement notre façon de parler : Je sais pas au lieu de je ne sais pas.
Nous faisons la même chose avec ne… plus.
Je sais plus au lieu de Je ne sais plus.

La prononciation devient donc fondamentale pour le sens, et vous devez aussi bien écouter ce qu’on vous dit, sinon, vous risquez de comprendre le contraire !
J’ai plus de travail.
Avec le s prononcé, cela signifie que j’ai davantage de travail.
Avec le s muet, cela signifie à l’oral que je n’ai plus de travail, je n’ai plus rien à faire.

J’en veux plus. (Je n’en ai pas assez, j’en veux davantage.)
J’en veux plus. (ça me suffit.)

J’en ai plus. (Ce que tu vois là n’est qu’une partie de ce que j’ai.)
J’en ai plus. (Je n’ai plus rien.) Par exemple, à la boulangerie le soir :
– Je voudrais une baguette.
– Ah, je suis désolée, j’en ai plus.

Il y en a plus.
Par exemple au restaurant, au moment de commander:
– Je vais prendre le saumon, s’il vous plaît.
– Ah, excusez-moi mais il y en a plus. A la place, je peux vous proposer de la truite.

Voilà pour aujourd’hui ! Je vous en dirai plus la prochaine fois !
A suivre…

* Revenons à nos moutons: cette expression familière signifie que nous nous égarons et qu’il faut donc revenir au sujet après une digression.
Jolie expression, non ?

Pour écouter : Plus ou moins(2)

Ou ici:

Plus ou moins (1)

Il n'y en a plus
Et voilà, il n’y en a plus ! Terminé, tout mangé !

Mais au fait, comment prononce-t-on plus ? Et je ne parle pas seulement du problème du son U. Faut-il prononcer le S ? Et comment ?
Ligia, voici un premier billet pour commencer à répondre à ta question. J’ai essayé de séparer les problèmes. Donc il y aura une suite.

Donc il n’y a plus de gâteaux.
Dans ce cas, on ne prononce pas le « s ». C’est ainsi lorsque plus est le deuxième terme de la négation: ne… plus.
Promis, je ne le ferai plus.
Il ne répond jamais. A croire que son téléphone ne marche plus !
Non merci, je n’en veux plus.
Quand j’ai commencé ? Je ne sais plus. J’ai oublié.
Il n’y croit plus. Il a complètement renoncé.
Je n’en peux plus ! C’est trop fatigant.

Négatif aussi et donc muet :
Moi non plus / Eux non plus.
– Plus jamais ça !

Mais bien sûr, il y a toujours une petite subtilité.
Ce serait trop beau s’il n’y avait pas de cas particulier !
Le « s » est prononcé dans les phrases suivantes, comme un « Z », pas comme un « S ». Mais c’est juste pour faire la liaison si le mot qui suit commence par une voyelle:
Il ne reste plus un seul gâteau dans la boîte.
– Je n’ai plus assez de farine pour en refaire.
– Je n’ai plus envie de cuisiner.
(Mais: Je n’ai plus très envie de cuisiner.)

Cependant, cette liaison est facultative !
Ne pas la faire correspond à une façon de parler un peu plus familière, dans un style moins soutenu.

Et donc, troisième étape, en général, on va aussi laisser tomber « ne », ce qui est le niveau de langue le plus familier, mais très courant et naturel :
Il reste plus un seul gâteau.
– J’ai plus assez de farine.
– J’ai plus envie de cuisiner.

Donc en prenant le problème dans l’autre sens, ce serait bizarre de faire la liaison si vous ne dites pas « ne », il y aurait comme un téléscopage des styles. Et même, celui qui vous écoute pourrait comprendre le contraire de ce que vous vouliez dire… (Mais ça, on en parle dans le prochain billet !)

Pour terminer ce premier billet sur la question, voici deux expressions :
1- avec un « S » prononcé comme un « Z », à cause de la liaison qui est obligatoire: Plus ou moins.
Tu as compris ? C’est clair ?
– Plus ou moins.

(Cela signifie que ce n’est pas parfait, que ce n’est pas totalement clair. C’est entre les deux.)

2- avec un « S » toujours muet : Ni plus, ni moins.
Ils appellent ça un restaurant d’entreprise mais c’est une cantine, ni plus ni moins.
(Cela signifie que c’est équivalent, pareil.)

Et bien sûr, comme c’est un problème de prononciation, je vous ai enregistré tous ces exemples ici :
A suivre…

Parisien, célibataire et carnivore

Côté repas, il est à l’opposé de Patrick et Christine.
Mais comme eux, il trouve tout ce qu’il faut pour manger à Paris.
Et à Paris comme dans beaucoup de grandes villes du monde entier, on peut voyager dans son assiette !
Il s’appelle Julien, il est le seul maître à bord dans son appartement et il n’aime pas les poivrons.

Il raconte sa vie avant Paris et ses nouvelles habitudes parisiennes:

Julien à Paris

Transcription:
Deux, trois fois par semaine, elle rentrait à 9 heures, des trucs comme ça (1), quoi. Et dans ces cas-là, là c’est moi qui faisais à manger pour mes frangins (2) mais c’était, voilà, des patates (3) et des nuggets (4) au four, un plat de pâtes. Enfin, voilà, fallait (5) que ça… Je faisais pas la cuisine, quoi. Et puis en même temps, c’est aussi depuis que j’habite à Paris, disons que dans le sens, là où j’ai grandi chez ma mère, il y avait rien. Je pouvais pas aller manger dehors (6) sans prendre ma voiture. Et j’avais pas la voiture (7), donc c’était soit j’allais avec des amis qui avaient la voiture, on allait au McDo (8), des trucs comme ça, mais qui était au bled (9) d’à côté, quoi. Donc quand je suis arrivé à Paris, il y avait un truc, je trouvais ça génial, c’est : tu descends (10), tu prends à bouffer (11), tu remontes, c’est super, quoi ! Parce que moi, toute ma jeunesse… Enfin même ma mère, jamais elle pouvait dire : « Oh, ce soir, j’ai la flemme (12) de faire à bouffer, on va prendre une pizza. » Non. Enfin, la pizza, tu l’attends une demi-heure. On mangeait tout le temps, tout le temps à la maison. Donc c’est du fait que j’ai vécu seul parce… Mais c’est quand je suis arrivé à Paris, enfin, ces deux choses en même temps, et je trouvais ça vachement (13) bien, quoi, qu’on me fasse à manger en bas. Bah, je suis dans le quartier africain de Paris, enfin, je suis… Elle est… Tu as… Moi, je suis vraiment dans les rues du quartier africain. Juste derrière, c’est… tu as le quartier maghrébin (14). Enfin, moi, je suis Afrique noire. Juste derrière, tu as le quartier maghrébin. Tu vas un peu vers Gare du Nord (15), qui est à cinq-dix minutes à pied à peine (16), là, tu as tous les Pakistanais, les Indiens et tout. Et puis, bon, tu as pas mal de Chinois au milieu de tout ça, quoi. Donc c’est assez exotique, ouais. C’est… Moi (17), tu peux prendre du mafé à emporter en bas, quoi. Donc tu vas avoir tout ça à Paris, quoi.
Bah j’aime bien les voyages. Après, l’Inde, c’est le premier voyage que j’ai fait, et puis j’ai vraiment apprécié. Je sais qu’à chaque fois que j’y retournerai, je serai – enfin, à moins que ça change beaucoup – mais j’y serai toujours bien. Après, l’Inde, par exemple pour la bouffe (18), c’est que tu as 80 % de végétariens en Inde et que moi, c’est l’inverse, alors que j’adore la viande et les légumes, j’ai plutôt du mal (19), quoi. Donc c’était un truc, bon, fallait s’adapter un peu. Et bon, ça m’est arrivé d’avoir du riz au citron et aux poivrons – A la base (20), le poivron, j’aime pas, je mangerais pas du poivron. Tu me donnes un truc avec du poivron, j’aime pas – Je peux pas dire que j’ai adoré, mais ça allait, ça allait, tu vois, c’est… bon… Il y a pas mort d’homme (21), quoi ! C’est… c’est pas mauvais (22), c’est… Mais j’aurais su ce que c’était, je l’aurais pas commandé, tu vois. Le riz, le citron, ça va. Le poivron, ça m’emmerde (23).
Enfin, j’allais dire j’espère… Je pense qu’un jour… enfin, si un jour, j’ai une vie de famille, etc… je pense que ça changera, par… par la force des choses (24) de toute façon. Mais en plus, je pense que ça… Je le ferai de bon cœur (25), dans le sens où ça me changera, quoi. Mais tant que j’ai pas de raisons, bah ça me convient comme ça, quoi. Tout simplement.

Des explications :
1. des trucs comme ça : cette formule très orale et familière est très vague. Ici, cela signifie qu’il pense à des situations identiques, où sa mère n’était pas là au moment des repas.
2. Un frangin : un frère (argot) Au féminin, c’est une frangine, donc une sœur.
3. les patates : ce sont les pommes de terre (familier)
4. des nuggets : les Français ont adopté le terme américain car c’est ce qui est écrit sur les paquets de surgelés. (ou quand on mange au MacDo). Des nuggets en français, ce sont des pépites, mais pour nous, en cuisine, ce terme désigne des pépites de chocolat qu’on met dans les gâteaux.
5. Fallait : il manque le sujet du verbe : Il fallait… (tournure uniquement orale et familière)
6. manger dehors = manger ailleurs qu’à la maison. On dit aussi : Manger à l’extérieur.
7. J’avais pas la voiture : normalement, on dit Je n’avais pas de voiture. Mais souvent, à l’oral, on dit « la voiture» pour généraliser et paradoxalement, avec ce « la », on ne pense pas à une voiture en particulier.
8. Aller au McDo : les Français abrègent toujours ce nom. Et on emploie « au », comme lorsqu’on dit : je vais au restaurant / au café.
9. Un bled : une petite ville / un village, avec l’idée que c’est un endroit qui n’est pas très passionnant. (argot)
10. tu descends : il emploie ce verbe pour dire qu’on sort dans la rue en bas de chez soi. (car on habite en appartement, donc souvent en étage). Et ensuite, on remonte chez soi.
11. bouffer : manger (argot, très familier)
12. avoir la flemme : ne pas avoir l’énergie de faire quelque chose et donc ne pas avoir envie. (familier) : Il faudrait que j’aille courir. Mais j’ai la flemme. On peut dire aussi : je n’ai pas le courage.
13. Vachement : très (très familier)
14. maghrébin : on emploie ce mot pour désigner les pays du Maghreb, donc d’Afrique du nord. (Tunisie, Algérie, Maroc.)
15. vers Gare du Nord : Il ne dit pas: vers la Gare du Nord. Très souvent, on ne met pas les articles devant les noms de lieux à Paris car en fait, pour se repérer, on pense d’abord aux stations de métro : Tu vas à Champs Elysées / Tu descends à Châtelet / J’habite à Bastille. / Je travaille vers République.
16. C’est à 5 minutes à peine : ce n’est même pas à 5 minutes. Il faut 5 minutes grand maximum, normalement un petit peu moins.
17. Moi : il veut dire dans mon cas, donc ici, dans mon quartier.
18. La bouffe : la nourriture (argot)
19. j’ai du mal : c’est difficile pour moi => je n’apprécie pas.
20. À la base : on entend beaucoup cette expression maintenant, comme s’il y avait une influence de l’anglais avec basically. Cela signifie Au départ. On parle d’une situation qui est la base et on va montrer qu’elle évolue en quelque sorte.
21. Il y a pas mort d’homme : cette expression familière signifie que ce n’est pas grave dans le fond, qu’il n’y a pas de conséquences si importantes que ça.
22. C’est pas mauvais : quand on utilise cette expression à propos de nourriture, cela veut dire que c’est mangeable, mais qu’on n’apprécie pas tant que ça.
23. Ça m’emmerde : ça m’énerve, ça ne me plaît pas. (vulgaire)
24. par la force des choses : obligatoirement, sans qu’on ait vraiment le choix.
25. De bon cœur : avec envie, sans rechigner.

Detail personnel et de prononciation:
à la maison, nous aimons tous les poivrons. (Prononcez tous avec son « s », parce que je veux parler de tous les membres de la famille, pas de tous les poivrons. A l’écrit, c’est ambigu !) Donc nous aimons les poivrons. Mais sans la peau !

Parce que crus et avec la peau, franchement, c’est très moyen. Donc il faut prendre le temps de les placer juste sous le grill du four, puis quelques minutes dans un sac en plastique et ensuite, c’est un jeu d’enfant de les éplucher. Comment résister alors à des poivrons tout fondants ?

Les poivrons à griller

Bricolons !

OutilsJ’ai dit récemment dans un autre billet que la première personne du pluriel à l’impératif était rarement employée. Et voici qu’une publicité en use et abuse ! Mais bon, c’est de la publicité: attirons l’attention et marquons les esprits !

En tout cas, grâce à cette petite série en plusieurs volets, vous saurez tout sur le bricolage, vous saurez tout sur les prix, vous serez prêts pour les travaux (d’été) dans la maison.
Et vous saurez tout sur la vie de couple ! Ces dames mettent ces messieurs au travail, c’est bien connu… Mais il paraît aussi que les femmes bricolent de plus en plus. (Les chaînes de magasins de bricolage l’ont bien compris.) Même plus besoin des hommes !
(Enfin si, un peu, quand même.)

On trouve le début ici pour le moment.

Cliquez ici pour voir la première partie. Puis continuez en cliquant sur les unes après les autres.

Juste le son (mais c’est moins bien sans les images bien sûr):

Transcription :
Vidéo 1 :
Cassons, coupons, scions, démolissons, décollons, perçons, défonçons, arrachons, trouons, éclatons, abattons !
Castorama invente le Système C, comme Castorama, tout un système de solutions, prix, produits.
Alors changeons tout chez nous ! Réalisons tous nos projets ! Tout est enfin* permis, tout est enfin* possible.
Castorama, c’est castoche*.

Vidéo 2: (la cuisine)
– Vous avez des projets pour cet été ?
– On refait (1) du kayak.
– Et nous, la cuisine (2) !
– Mais enfin Jacqueline, ça coûte une tonne (3), une cuisine !
– Mais non ! Système C, comme Castorama !
– Pas comme kayak.
Deux cent cinquante-neuf euros plus tard, une cuisine design + un logiciel intuitif (4) gratuit pour la concevoir. C’est ça, le Système C…

Vidéo 3: (le sol)
Bonjour, c’est madame Duval. Je voulais juste annuler notre demande de prêt. Non, non, on renonce pas ! On va refaire le sol de la chambre de Thomas et puis peut-être la terrasse… Comment ça (5), avec quoi ? Système C…
Quatre-vingt dix-neuf euros plus tard, des lames de stratifié clipsables avec sous-couche + des plinthes et des angles prédécoupés assortis, c’est ça le système C…

Vidéo 4 : (la terrasse)
– J’aimerais tellement avoir une terrasse ! Mais bon, on n’a pas les moyens (6).
– Eh bah profitons-en  (7)! Faisons-là, cette terrasse !
– Mais avec quoi ?
– Système C , comme C. Et je vais te dire, non seulement on va la faire, mais on va en faire une belle !
Trois cent quatre-vingt dix-neuf euros plus tard, des lames de terrasse + des plots béton pour une pose facile sans dalle à couler, c’est ça le système C.

Vidéo 5 : (le dressing)
– J’avais une idée.
– Ouh là ! (8)
– Faire un dressing (9), avec toutes mes affaires (10)… et les tiennes.
– A moins de vendre toutes tes fringues (11), je vois pas comment on va se le payer.
– Système C… Et puis de toute façon, toi, tu as pas besoin de beaucoup de place.
– Bah, un peu !… Non.
Quatre cent quarante euros plus tard, un dressing facile à monter + un logiciel intuitif gratuit pour le concevoir.

Mise à jour: il y en a d’autres qui ont été ajoutées depuis. Mais je ne les ai pas transcrites. Demandez-moi si vous avez besoin.

Quelques explications :
1. refaire du kayak : cela signifie qu’ils en ont déjà fait aux vacances précédentes par exemple. Ils vont en faire de nouveau / à nouveau.
2. Refaire la cuisine : on utilise le verbe refaire pour parler des travaux de rénovation dans une maison: refaire la salle de bains, refaire les peintures, refaire le papier peint, refaire le carrelage, refaire le sol, etc…
3. ça coûte une tonne = ça coûte très cher. (Je n’avais jamais entendu cette expression !)
4. intuitif : facile à comprendre (sans avoir à lire un mode d’emploi compliqué)
5. Comment ça ? : cette expression sert à exprimer la surprise et l’incompréhension .
6. On n’a pas les moyens = on n’a pas assez d’argent pour se le payer = on ne peut pas se le permettre.
7. Profitons-en ! : il faut saisir l’occasion.
8. Ouh là ! : cette exclamation sert en général à montrer qu’on est un peu inquiet, qu’on se dit que ce qui va suivre n’est pas forcément parfait. Elle exprime la méfiance.
Par exemple : J’ai une grande nouvelle à t’annoncer.
Hou là !
( = Je crains le pire.)
9. un dressing : les anglophones vont rire de voir comment, encore une fois, la langue française incorpore un mot étranger en le transformant ! C’est comme : un parking, du shampoing, etc…
10. mes affaires = tout ce qui m’appartient. (les vêtements, mais pas seulement)
11. Les fringues : les vêtements, les habits (familier)

* Le jeu de mots dans le slogan : C’est castoche.
Ce mot n’existe pas. Normalement, on dit :C’est fastoche, qui est le mot familier pour dire que c’est facile. Donc avec ce magasin, le bricolage est un jeu d’enfant. (enfin presque…)

* Un peu de prononciation : Les deux liaisons dans Tout est enfin permis !
– La première entre Tout et est est obligatoire. Tout le monde la fait.
– La seconde, entre est et enfin est moins courante. Personnellement, je ne la fais pas de façon spontanée, probablement parce qu’il y a déjà une liaison avec un autre « t » juste avant.
En revanche, je dirai sans problème: C’est enfin terminé ou encore: Il est enfin permis de rêver en faisant la liaison, alors que certains ne la font pas. C’est une question de dosage !

Des nuages, encore des nuages

Nuages par la fenêtre

Nuages

Nuages du soir

En ce moment, tout le monde se plaint du temps qui ne correspond pas à ce que chacun attend d’un printemps qui touche à sa fin.
Mais cela nous donne des ciels nuageux plutôt inhabituels à Marseille. Profitons !

D’ailleurs, certains pensent qu’après tout, c’est aussi beau que « des ciels toujours bleus, des pays imbéciles où jamais il ne pleut, où l’on ne sait rien du tonnerre ». (Georges Brassens, L’orage)

Vous pouvez aussi aller écouter Romain qui nous explique tout sur les nuages ici.

Et comme les noms de nuages se terminent tous par le même son, qui est parfois un problème quand on apprend le français, voici les dix genres de nuages dans ce petit enregistrement, si vous avez envie de travailler votre prononciation !
les cirrus, les cirro-stratus, les cirro-cumulus, les alto-cumulus, les alto-stratus, les nimbo-stratus, les strato-cumulus, les stratus, les cumulus, les cumulo-nimbus

Comment ça se prononce ?

Pas toujours facile de prononcer correctement les noms de villes quand on n’a jamais eu l’occasion de les entendre ! Pourtant, ça peut être utile quand on voyage en France. Alors pour répondre à Fredrik, surpris par la prononciation de Val Thorens sur France Bienvenue, voici un tout petit enregistrement avec quelques exemples.
Dans certains cas, on entend la lettre finale alors que dans d’autres, en apparence pas très différents, elle est muette. Et quand en plus les Français eux-mêmes se trompent et écorchent certains noms (parce qu’ils ne vivent pas dans ces villes), il y a de quoi s’y perdre !

(Toutes ces subtilités viennent de l’origine des noms de ces villes, de leur histoire et de variations régionales dans la prononciation au fil du temps… Rien n’est simple en français !)

Bonheur et travail

Je suis sûre que vous vous êtes déjà dit à un moment ou un autre: Ah ! Si seulement je n’étais pas obligé d’aller travailler !
Pensée qui traverse l’esprit le dimanche soir ou quand les vacances se terminent. Plus de contraintes, plus d’horaires à respecter, plus de pression, plus de tâches inintéressantes, plus de collègues ou de chef difficiles à supporter…

Mais si on y regarde bien, dans le fond, que ferions-nous sans travail ? C’est un moyen de vivre bien sûr, mais pas seulement d’un point de vue financier. Si on a la chance de faire un travail qu’on a choisi, qu’on aime et auquel on croit, alors il est fondamental dans notre vie et il contribue à notre bonheur.
Mais pour ça, il faut que ce soit un travail qui donne les moyens de vivre, avec un salaire décent, un travail qui a du sens, qu’on a le sentiment de pouvoir faire correctement et qui nous permet de nous impliquer, un travail respecté et valorisé, qui ne soit pas précaire et uniquement soumis à des exigences de rentabilité. Bref, un travail qui soit tout à la fois un gagne-pain, un facteur de production et une source d’épanouissement personnel.
Voici Thomas et Roxanne. L’un est heureux au travail, l’autre un peu désabusée, déjà un peu usée. Comme c’est dommage de gaspiller l’enthousiasme des gens ! Et si peu productif.


Transcription:
– Alors mon travail, c’est tous les jours quelque chose de nouveau. Les terrains de sport n’ont peut-être… Ils se ressemblent peut-être tous mais ils sont tous différents au niveau de l’infrastructure, au niveau des personnes que l’on rencontre et c’est ça qui me passionne.
Les difficultés que vous avez connues dans votre parcours scolaire, c’est* une raison de plus d’être épanoui aujourd’hui, heureux dans votre travail ?
– Ah… C’est…
Fier en tout cas. Vous parliez de fierté.
– J’ai pas le Brevet (1). Donc oui, on va dire que par rapport à mon passé personnel, je peux dire que là où j’en suis actuellement, j’en suis fier parce que j’aurais jamais imaginé en être là il y a… il y a huit ans. Et je pense que ma famille n’aurait jamais imaginé que j’aurais pu être là où j’en suis actuellement. Par rapport à mes études, j’ai déjà fait pas mal de stages (2). J’ai dû faire à peu près une dizaine de stages et là, j’en suis à ma troisième entreprise.
Est-ce que le… le niveau de salaire fait partie aussi des critères d’épanouissement (3) pour vous ?
– Je pense que si on me propose un poste très intéressant qui me plaît où je peux vraiment m’épanouir, oui, je pense que je pourrai baisser mon salaire sans problème. A l’heure actuelle, je gagne 2200 euros net (4). Et ça dépend des journées: je peux commencer à 9 heures comme commencer à 6 heures du matin et terminer à 22 heures.
Vous avez bon espoir d’être tout aussi heureux dans votre travail tout au long de votre carrière ?
– Oui, J’e[…] j’espère garder cette longévité dans… d’apprentissage au jour le jour.

Ecoutons maintenant Roxanne. Alors Roxanne, elle a 34 ans, elle est technicienne, elle gagne 1800* euros net. Et elle, vous allez voir, elle… elle était enthousiaste. Et puis voilà la déception qui s’annonce.
– Je travaille dans* une équipe de trois techniciens et on fait l’entretien et le dépannage de… d’installations de production d’électricité.
Vous passez votre temps à… à grimper sur les éoliennes ?
– Euh, ouais !
Cette question de l’épanouissement au travail, elle résonne pour vous ? Elle a un sens pour vous ?
– Ah ouais, tout à fait ! Elle a un sens. Par exemple, je pourrais pas travailler dans le nucléaire (5). C’est vrai que c’était un peu, au départ, la belle idée, quoi, de travailler pour… dans les énergies renouvelables. Mais concrètement, finalement, ils ont changé leur… leur système de gestion et donc maintenant, on reçoit des ordres de travail, on est des… des petits soldats de l’instant (6), quoi. On… on nous envoie un ordre de travail pour faire telle chose, on reçoit ça sur notre ordinateur et puis on y va et on nous demande pas de réfléchir. On nous demande juste d’exécuter. Et parfois, on se rend compte que (7) si on nous demandait de réfléchir, ça i[rait]… ça irait mieux et plus vite. Le… le plus important, c’est de… une bonne ambiance et de bien rigoler (8) avec les collègues, au final (9). Ouais, la vie, elle est faite de ça, hein !

Quelques explications
1. le Brevet: c’est le diplôme qu’on on obtient en classe de 3ème au collège. Il se compose de plusieurs épreuves auxquelles on ajoute les résultats du contrôle continu, c’est-à-dire les notes obtenues pendant toute l’année. Mais ce diplôme ne vaut pas grand-chose sur le marché du travail. Quitter l’école à ce niveau-là signifie qu’on aura des emplois très peu qualifiés.
2. pas mal de stages: un nombre assez important de stages, c’est-à-dire qu’on est stagiaire dans une entreprise pour aprendre un métier sur le terrain, par la pratique.
3. l’épanouissement: c’est le fait de tirer de la satisfaction de ce qu’on fait et d’y trouver le bonheur. S’épanouir, c’est être heureux dans sa vie.
4. le salaire net: c’est le salaire versé réellement sur votre compte, une fois qu’on a déduit les cotisations pour la retraite, pour la sécurité sociale et la mutuelle de santé, pour l’assurance chômage. Avant ces déductions, on parle de salaire brut.
5. je pourrais pas travailler dans le nucléaire: elle veut dire que ce serait contre ses convictions car elle pense que le nucléaire est dangereux.
6. des petits soldats de l’instant: elle veut dire que son travail consiste à obéir aux ordres et c’est tout, sans prendre d’initiatives.
7. on se rend compte que: on s’aperçoit que / On comprend que / On voit que
8. rigoler: rire (familier)
9. au final: finalement, en fin de compte. Avant, personne ne disait au final. Puis c’est devenu une expression à la mode, surtout chez les jeunes. (Personnellement, je ne l’ai jamais employée.)

* Petite remarque sur certaines liaisons faites ou pas faites dans cet enregistrement:
c’est une raison: la liaison entre c’est et une n’est pas faite ici. Mais franchement, c’est plus joli quand on la fait !
1800 euros: la liaison entre mille huit cents et euros est faite ici. Mais tout le monde ne la fait pas, probablement parce que certains ne savent pas que dans ce cas, il y a un S au bout de cent. (Il faut dire que la règle d’accord du mot cent n’est pas si simple que ça!) Personnellement, je trouve que c’est plus confortable de la faire.
dans une équipe: Roxanne ne fait pas la liaison entre dans et une, ce qui fait vraiment bizarre. La plupart des gens la font dans ce cas. Donc c’est bien mieux si vous la faites !
Mais tout cela montre bien que le problème des liaisons n’est pas aussi simple que ce que racontent les manuels de français.

Le français de Wilkinson

Il est anglais et grand rugbyman. Lors de la Coupe du Monde en Nouvelle Zélande, il a bien sûr joué pour l’équipe d’Angleterre. Mais comme il joue aussi désormais pour le club de Toulon, pas loin de Marseille, il vit entouré de Français et a appris notre langue. C’est pour ça qu’il répond en français aux questions des journalistes français.
C’est le cas dans cette petite interview juste après la défaite de l’Angleterre contre la France à Auckland il y a quelques semaines.
En l’écoutant, je me suis dit qu’il parlait bien notre langue, que c’était agréable de l’entendre s’adresser au public français dans sa langue, que tout le monde ne faisait pas cet effort – quelle que soit la langue. Très, très sympathique !
Je me suis dit aussi que c’était intéressant de vous parler de ce qui fait qu’on entend cependant qu’il n’est pas français: sa prononciation de certains sons, le vocabulaire qu’il emploie, l’ordre des mots dans ses phrases. L’influence de l’anglais est là. Pas facile de gommer sa langue maternelle quand on parle une autre langue.

Voici donc ma petite correction pour que le français de Jonny Wilkinson devienne parfait !
En toute humilité, parce que son français est cent fois meilleur que mon rugby ! Evidemment !

Transcription:
– Jonny, gros match ce soir. Très, très gros match !
– Oui, c’est vrai. On est très déçus à l’équipe d’Angleterre…
Alors, un premier problème de prononciation typique des anglophones notamment. La prononciation des R, comme dans vrai et très. Et pour un anglophone, évidemment, c’est très souvent vrai, très, et le R n’a pas du tout cette sonorité-là en français. Alors, ça n’est pas gênant, on comprend tout à fait. Mais c’est vrai que si on veut gommer son accent étranger en quelque sorte, il faut réussir à… à prononcer ce R français à la manière des Français. En fait, c’est la langue dans la bouche qui ne se place pas du tout de la même façon. Dans… Pour les anglophones, elle a tendance à s’arrondir dans la bouche. Pour faire vrai, elle se recourbe et s’arrondit dans la bouche, alors que en français, elle est… elle reste totalement à plat. Et c’est ça qui donne cette sonorité un petit peu dure du R français.

– On a… on a donné tout ce qu’on avait pour ce match et on a… On savait avant…
Autre petit problème, mais c’est vraiment un détail, il dit « on savait avant », donc il prononce « on » alors qu’en fait on prononce juste on. On savait avant, et il rajoute ce N sonore alors qu’en français, on le fait pas.

Lire la Suite…

Grand hôtel

Lamalou-les-Bains, Hérault

Vous ne descendrez pas dans cet hôtel ouvert en 1880 car il a fermé pour laisser la place à d’autres établissements.
Des palmiers et des platanes.
Rose qui s’écaille sur les façades.
Bleu des volets désormais fermés.

Ce qu’on ne dit pas en français:
Je reste dans un hôtel du centre-ville.
Je reste au Grand Hôtel.
Rester ne convient pas du tout, sauf si on veut dire qu’on ne quitte pas cet hôtel, qu’on n’en sort pas, pour une raison ou une autre.

Ce qu’on dit:
Dans quel hôtel êtes-vous ?
Je suis au Grand Hôtel.
Nous sommes allés à l’hôtel.
Nous étions dans un bel hôtel.
Et dans un style un peu plus soutenu:
Nous sommes descendus au Grand Hôtel.
Dans / A quel hôtel sont-ils descendus ?

Et on fait la liaison entre hôtel et les mots qui précèdent,
car le h est muet:Un hôtel
Mon hôtel – Ton hôtel
Un petit hôtel – Un grand hôtel
Un bel hôtel – De beaux hôtels
Des hôtels
De petits hôtels – De grands hôtels

Plus de peur que de mal

Les TGV, comme l’indique leur nom, roulent vite, très vite. Les voies sur lesquelles ils circulent sont donc très protégées pour éviter toute collision avec quoi que ce soit. Mais ce weekend, fait rarissime, un TGV Atlantique, parti de La Rochelle, a eu un accident. En fait, il était encore sur une portion de voie classique où la vitesse maximum n’est que de 200 km/h environ. L’avantage, c’est qu’il n’était pas à pleine vitesse. L’inconvénient, c’est que sur les voies classiques, il y a encore des passages à niveau, là où les routes traversent les voies ferrées, ce qui est source d’accidents. Tout le monde s’en tire sain et sauf. Mais quand même, les passagers ont eu très peur ! Et puis aussi, il faut dire que ça tombait mal* car ce weekend était très chargé: ce sont les vacances scolaires d’hiver en France.

Voici donc un petit aperçu de ce qui s’est passé pendant ce voyage plutôt mouvementé.
Puis mes commentaires sur la façon de parler habituelle des journalistes qui présentent les infos à la radio ou à la télé.


Transcription:
Les passagers du TGV La Rochelle-Paris ont eu pour certains la peur de leur vie. Vers 21h15 hier soir près de Niort, le train a pulvérisé une voiture qui était restée coincée sur les voies. Son conducteur avait eu le temps de s’échapper. Le train, lui, a déraillé mais pas complètement. Il n’y a pas eu de blessés mais près de 300 personnes (1) ont dû être évacuées. Sur place, le reportage d’Anne-Laure L.
Sous la pluie vers une heure et demie du matin, les passagers du TGV accidenté arrivent enfin en gare de La Rochelle. Deux bus ont été affrêtés par la SNCF(2). A leur descente, des passagers qui ont eu plus de peur que de mal (3), comme Caroline et Julie.
– Moi, j’étais dans le bar avec… enfin la… la voiture-bar avec mes deux fils. Et puis, on est… On était en train de commander. Puis tout à coup, ça a bougé, mais (4) de façon hyper-violente. C’est très impressionnant, très, très impressionnant !
– Il y a eu un basculement (5)… Le train a eu des basculements, comme si on perdait l’équilibre et puis on se remettait sur les rails. Et c’est…ça… ça nous a fichu les jetons (6)!

Sur le trottoir devant la gare, les passagers semblent un peu perdus. La question, c’est de savoir où ils vont aller.
– Bah en fait, moi j’habite à Paris et là, j’ai aucun endroit où dormir. Donc on va voir ce qu’on peut faire.

Des agents de la SNCF en gilet rouge dirigent les voyageurs.
– Les personnes qui sont en couple, déjà.
– On est mineurs (7), nous.
– Alors, les personnes… Monsieur, là. Les personnes les plus âgées pour les… par rapport aux jeunes…

Par groupes, ils se dirigent vers:
– Un hôtel.
– Un hôtel à côté de la gare.
Et c’est avec quelques heures de sommeil à peine que tous pourront reprendre le TGV ce matin.

Et du monde dans les trains, il va y en avoir ce weekend, mais aussi sur les routes. C’est le premier chassé-croisé (8) de ces vacances de février et la zone B (9) commence ses congés. Bison Fûté (10) a colorié ce samedi en rouge (11) en Rhône-Alpes et dans le quart nord-est du pays.

Quelques explications:
1. près de 300 personnes : à peu près 300 personnes. Les TGV simples transportent environ 300 passagers. Les duplex (à deux étages) doubles peuvent transporter plus de 1000 passagers d’un coup.
2. la SNCF : c’est l’entreprise qui assure le transport en train des voyageurs et d’une partie des marchandises et gère le réseau ferré français.
3. ils ont eu plus de peur que de mal : c’est une façon de dire que tout le monde est sain et sauf, après une grosse frayeur.
4. mais de façon hyper violente: ce « mais » sert à renforcer la suite.
5. un basculement: le train a basculé, s’est penché.
6. ça nous a fichu les jetons : ça nous a fait très peur. (argot, donc familier)). On peut dire aussi: On a eu les jetons.
7. être mineur : ne pas être majeur, c’est-à-dire ne pas avoir encore 18 ans.
8. un chassé-croisé: c’est quand on échange en même temps sa place avec d’autres personnes. On l’emploie pour parler de la circulation en période de vacances, quand par exemple certains quittent Paris au début de leurs congés et croisent ceux qui rentrent. Par exemple, il y a le chassé-croisé des juilletistes – ceux qui sont en vacances en juillet – et des aoûtiens – qui partent en août. Ne circulez pas à ce moment-là si vous pouvez éviter!
9. la zone B: pour les vacances scolaires d’hiver, la France est divisée en 3 zones géographiques qui ne partent pas en vacances en même temps. C’est pareil pour les vacances de printemps.
10. Bison Fûté: le trafic est observé et régulé par le Ministère des transports qui donne des conseils aux automobilistes en période de grands départs en vacances ou de retours. Bison Fûté est la mascotte qui personnifie cet organisme. Etre fûté, c’est être malin, savoir se débrouiller. C’est un mot familier.
11. en rouge: les jours sont classés noirs, rouges, oranges, ou verts selon la densité de la circulation. (du plus chargé au très fluide) C’est annoncé à l’entrée des autoroutes, à la radio, à la télévision.
* ça tombait mal: ce n’était vraiment pas le bon moment.

Transcription de mes commentaires:
Alors, avec ce petit enregistrement, je voulais revenir sur une façon de parler typique de la radio actuellement, une diction qui est très reconnaissable, pas dans toutes les émissions de radio mais dans certaines, et notamment comme les infos. Et on retrouve ça aussi à la télé, au… dans le journal télévisé, dans le JT. Et cette façon de…de parler un peu particulière, c’est le fait de ne pas faire de pause naturelle à la fin des phrases, d’enchaîner justement ces phrases sans respirer du tout au bon moment. Alors, je vous fais ré-entendre un premier passage.

Lire la Suite…

Premier portable, premières surprises !

Portable ou pas ? La question ne se pose même plus aujourd’hui !
Tout le monde a le nez baissé vers l’appareil magique dans les transports, à la sortie des cours, du travail.
Maintenant, faire une pause, c’est d’abord vérifier qu’on n’a pas eu d’appel ou de SMS. Partout, tout le temps. Et après, éventuellement, on lèvera les yeux sur le monde autour de soi, on écoutera ce qui se passe.

Alors la question qui se pose, c’est plutôt à quel âge avoir son premier portable… Et on finira probablement par ne même plus se la poser.

Petite conversation avec des jeunes qui n’imagineraient déjà plus vivre sans leur portable. Mais heureusement que les parents sont là pour payer !


Transcription:
– Bah, mon premier téléphone, je l’ai eu à… à 11 ans.
– Mais à quoi ça peut servir, un téléphone à 11 ans ?
– Bah je rentrais au collège (1), alors comme je voyais que toutes mes copines (2) avaient un téléphone, bah ma mère, elle m’a acheté un téléphone.
– Alors, vous vous en servez pour vous appeler, pour vous envoyer des messages ?
– Ah bah, tous les jours.
– Tout le temps. Même trop.
– Moi, j’ai pas tout le temps du crédit (3), ça coûte cher, hein.
– Moi, je suis à carte (4).
– En plus, vous êtes radines (5) !
– Non, mais parce que moi, depuis que j’ai fait un forfait à ma mère super cher (6), maintenant, elle veut plus que j’aie de forfait. Maintenant, c’est pour ça que je suis à carte.
– C’était super cher comment (7)?
– Oh bah…
– Elle est montée à presque 500 €!
– Ouah ! Pour un mois?
– Oui!
– Bah c’est venu tout seul, le hors forfait (8). Bah je téléphonais, je téléphonais. Je me rendais pas compte.
– Et bah la facture…
– Non, mais on croyait que… le… la télé, c’était gratuit. Mais c’était pas gratuit en fait.
– En fait, on allait… On allait sur internet, et tout. On savait pas que c’était payant.
– Est-ce que le vendeur vous avait dit que c’était payant?
– Bah non.
– Non, parce qu’en fait, c’était la première fois que j’avais un forfait. Ils avaient dit que c’était pas payant. Bah, tout était compris (9) dedans. Et en fait, on s’est fait arnaquer (10).
– Alors qu’est-ce que tu veux, toi?
– Moi, je voudrais… bah… un nouveau téléphone, mais pas tactile, parce que tactile…
– Vas-y (11), montre-moi dans la vitrine.
– J’aime bien celui-là.
– On va demander au vendeur. Monsieur ? Vous pouvez nous montrer un téléphone?
– Alors, c’est vrai que c’est un téléphone qui est très performant. Vous allez pouvoir faire du SMS (12) très rapidement puisque vous avez un clavier AZERTY. A la base, cette marque-là a sorti des téléphones comme ceux-là souvent pour les chefs d’entreprise qui vont avoir besoin d’aller sur internet, avoir accès à des mails, la messagerie instantanée.
– Voilà.
– Est-ce que vous avez des jeunes pas majeurs (13) qui viennent acheter des portables?
– Bien sûr. De toute façon, légalement, on n’a pas le droit de vendre à un mineur mais ils viennent avec les parents et on peut ouvrir un… un forfait bloqué la plupart du temps, parce que les parents préfèrent la sécurité. Les enfants maintenant s’équipent à partir de 13-14 ans. C’est assez hallucinant(14) mais c’est… ça commence beaucoup plus tôt que… qu’il y a quelques années.
– Mon petit frère, il a 9 ans, il veut déjà un portable, hein.

Quelques explications:
1. rentrer au collège : on dit aussi « entrer au collège« . On entre au collège après l’école primaire, vers l’âge de 11 ans.
2. mes copines : mes amies (familier). C’est le féminin de « copain« .
3. avoir du crédit : quand on a un forfait, on a droit à un certain nombre de minutes ou d’heures, en fonction du prix qu’on paye pour ce forfait. Donc on a du crédit, qui s’épuise peu à peu.
4. je suis à carte : au lieu d’un forfait pour lequel on s’engage pour 2 ans (ou 1 an), on peut acheter des cartes qui donnent droit à des durées différentes. Quand c’est fini, il faut racheter une carte.
5. radine : féminin de « radin« , qui signifie assez avare. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent. (familier)
6. depuis que j’ai fait à ma mère un forfait super cher : cette phrase n’est pas vraiment correcte. Cette ado veut dire qu’elle a obligé sa mère à payer très cher, en plus du forfait normal, qui n’était pas bloqué.
7. C’était super cher comment? : il reprend les mots de cette jeune fille et fait une question très orale. Il veut savoir combien sa mère a dû payer.
8. hors forfait : toutes les communications ou utilisations qui ne sont pas prévues dans le forfait, c’est à dire dans le contrat qu’on a signé, sont facturées très cher en plus.
9. tout est compris : tous les frais sont inclus dans le forfait.
10. se faire arnaquer : être victime de quelqu’un qui nous trompe volontairement. (familier)
11. Vas-y : on dit ça pour encourager quelqu’un à faire ou commencer quelque chose.
12. faire du SMS : on dit plutôt « envoyer des SMS« . C’est le jargon des vendeurs de portables.
13. être majeur : avoir 18 ans. Avant d’atteindre l’âge de la majorité, on est mineur.
14. hallucinant : très surprenant

Prononciation : Comment prononcer « depuis », « dedans », « déjà » ?
Tout dépend de la région où vous vivez. (J’ai ajouté quelques remarques à ce propos après la conversation.)

Vraiment pas content !

Cela se passe dans une voiture.
C’est très court.
Mais c’est intense !
Eh oui, au volant, les émotions se libèrent, à travers des mots plutôt crus en général !
Petite scène de la vie quotidienne prise sur le vif.


Transcription :
– Bon on va se rentrer (1), hein !
– Ouais, ouais, parce que je crois que…
(- Au moins un derrière.)
– Merde ! Putain ! (2)
– Ah, on s’est planté ! (3)
– Ah ! Je me suis pris une prune ! (4) Non, bah, ça y est (5), j’y ai droit. (6)
– Ah ! Il y a le radar.
– Ah bon beh, ça va me coûter cher, cette affaire-là ! Deux points (7) !… A me faire parler (8), là ! Alors que je le connais, ce radar, nom de dieu ! Ah nom de dieu (9), je l’avais pas vu marcher depuis longtemps, celui-là, mais j’y ai droit. Y avait pas (10) une voiture à côté de nous ?
– Non, je sais pas. J’ai pas fait attention. (11)
– Si jamais (12) on est deux, je l’aurai peut-être pas, quoi…

Quelques explications :
1. se rentrer : retourner à la maison. Normalement, il suffit de dire «Bon, on va rentrer / Bon, on rentre » . Mais c’est très fréquent de dire ça comme ça, de façon familière. On dit aussi : « Allez, on se rentre ».
2. Merde ! : cette exclamation est évidemment un juron , pas très poli, mais très fréquent. Pour rester plus poli, on peut dire : « Zut ». Quant à Putain, c’est également impoli, mais très fréquent notamment chez les hommes. Les femmes le disent beaucoup moins.
3. se planter : se tromper (argot). Elle croit qu’il s’est trompé de direction.
4. une prune : une amende (argot) . On pourrait juste dire : « J’ai pris une prune». Mais de façon plus familière, on utilise le verbe : se prendre.
5. ça y est : c’est fait.
6. J’y ai droit : Je ne peux pas y échapper. Et donc ici, ça veut dire : je vais recevoir cette amende. Je me suis fait prendre par le radar.
7. deux points : il va perdre 2 points sur son permis (qui en compte 12 au maximum). Selon les infractions au code de la route, on perd plus ou moins de points. (Et on paie une amende). Et évidemment, quand on n’a plus aucun point, on n’a plus le droit de conduire.
8. à me faire parler : parce que vous m’avez fait discuter. Il veut dire que du coup, il était distrait et n’a pas fait attention à sa vitesse.
9. Nom de dieu ! : c’est un autre juron, comme « Putain ». En général, les jurons sont liés soit à la religion, soit au sexe.
10. Y avait pas… ? : Une phrase plus correcte serait : « Il n’y avait pas… ? » Mais tout le monde dit ça comme ça.
11. J’ai pas fait attention : je n’ai pas remarqué. (parce que je ne regardais pas ça)
12. Si jamais : au cas où.  Pas facile à entendre car il parle très vite et mange les mots !

A propos de la prononciation : comme d’habitude, certaines syllabes sont avalées et peu audibles. Pourtant, c’est comme ça que nous parlons !
Je crois devient j’crois.
cette affaire-là devient c’t’ affaire-là.
depuis devient d’puis
je sais pas devient chais pas.
Evidemment, n’écrivez jamais ça ! Ce n’est pas possible en français.

Vous pouvez aller écouter Romain sur francebienvenue1 : lui aussi s’est pris une prune il y a quelque temps !

%d blogueurs aiment cette page :