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Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Détecteur d’arnaque

Voici un mail que j’ai reçu hier, présenté comme envoyé par Free Mobile, à propos de ma facture de téléphone. Le problème, c’est que je ne suis pas chez Free et que tout va bien du côté de mon abonnement chez un autre opérateur.

Phishing

De toute façon,quand on reçoit ce genre de message, ce n’est pas très difficile d’éviter de tomber dans le panneau*. A condition d’avoir une bonne orthographe et un français correct.

Six lignes de texte, six sortes de fautes d’orthographe et de français:
1- L’absence de ponctuation: il manque une virgule après situation et après la formule de politesse. En français, nous aimons les virgules pour bien séparer les propositions. Et comme dans toutes les langues, nous mettons un point à la fin des phrases: il en manque un après facturée.

2- Le problème des articles: nous aimons les articles devant les noms, y compris dans la signature de ce mail: Le service clientèle. L’absence de « le » ne nous paraît pas naturelle.

3- Les fautes d’orthographe : elles ne sont pas encore la norme dans les courriers officiels ! C’est donc la moindre des choses de vérifier si un mot prend un « f » ou deux. Manque de chance, le verbe « référer » n’en prend qu’un.

4- Les fautes de frappe : elles ne passent pas très bien non plus : suspension conviendrait mieux que supsension !
Consul tez en deux mots sort de nulle part !

5- Les fautes de grammaire: elles sont plus que surprenantes. Veuillez est toujours suivi d’un infinitif. Ce n’est donc pas difficile de vérifier comment va s’écrire un verbe du premier groupe, en faisant cette petite manipulation qu’on apprend enfant: on remplace les verbes en -er par le verbe prendre et on se dit mentalement : Veuillez prendre, ce qui permet d’écrire: Veuillez vous référer, au lieu de mettre bêtement -ez, juste parce qu’il y a vous devant !

6- Les fautes de vocabulaire : mais qu’est-ce que c’est que ce charabia dans un courrier soit-disant officiel ?
Le verbe consulter ne s’emploie pas sans indiquer ce qu’il faut consulter: une facture, un compte, etc.
Lors d’échec de régularisation ne veut rien dire. En français, il ne s’agit pas d’un échec mais d’une absence de régularisation. La formule est donc : En l’absence de régularisation de votre part.

Comme quoi, avoir une orthographe correcte ne sert pas seulement à être bon en dictée à l’école ! Cela peut vous mettre la puce à l’oreille* et vous éviter de cliquer là où il ne faut pas.

Et comme ce genre de situation est monnaie courante, voici des expressions que nous employons pour en parler:
tomber dans le panneau. (plutôt familier): Cela signifie qu’on se laisse prendre au piège. Il est tombé dans le panneau et a donné ses coordonnées bancaires.
Plus familièrement, on emploie aussi l’expression se faire avoir:
Je me suis bien fait avoir ! / Elle s’est fait avoir. (pas d’accord féminin pour « fait » ici.)
Ou encore, se faire arnaquer:
Si tu n’es pas vigilant, tu risques de te faire arnaquer.

n’y voir que du feu : cela indique qu’on ne s’est pas rendu compte de la supercherie, de l’arnaque.
Le mail avait l’air tellement officiel qu’il n’y a vu que du feu et il a vraiment cru qu’il venait de sa banque.

mettre la puce à l’oreille (familier): attirer l’attention et susciter la méfiance.
Le style du message m’a mis la puce à l’oreille. Et effectivement, c’était bien un faux.

A écouter ici:
arnaques et orthographe

Perdus

Mont beuvray2
Mont Beuvray1
Mont Beuvray3

On peut se perdre dans la forêt !
(Petit billet inspiré par les commentaires d’Anne et Rick).

Une chose est sûre, c’est que si cela m’arrive (en compagnie de quelqu’un obligatoirement), je dirai spontanément: Je crois que là, on est perdus.
Dans l’incertitude du moment, jamais ne me viendra à l’esprit: Nous sommes perdus. Peut-être parce que je ne parle pas assez bien et qu’en disant « Nous », j’aurais vraiment l’impression de m’écouter parler. Et pourquoi surveillerais-je mon langage, perdue en pleine forêt et peut-être un peu contrariée, ou irritée ? Ou alors, ce serait précisément pour bien souligner le côté « dramatique » de la situation, ou pour ironiser, et je ne le dirais pas du tout sur le même ton que toutes mes autres phrases avec On:

Si tu veux mon avis, là, je pense que nous sommes perdus.

Tu crois pas qu’on est perdus ?
J’ai l’impression qu’on est perdus, là !
Tu es sûr qu’on n’est pas perdus ?

Pour écouter ces phrases: On est perdus

Donc oralement, On nous vient de plus en plus naturellement à la place de Nous, c’est un fait. Quand j’entends quelqu’un utiliser Nous, je le remarque immédiatement et je me dis en quelque sorte inconsciemment qu’il parle parfaitement parce que c’est comme ça dans son milieu ou parce qu’il surveille son langage. Ou alors, je me dis que c’est un étranger !
Encore quelques années et On employé à la place de nous ne nous semblera sans doute plus familier mais normal.

Et nous nous habituons voir le participe passé accordé au pluriel puisque même nos grammaires se sont adaptées et approuvent cet usage.

Pour le moment, je pense que je contourne le problème quand c’est possible: si je dois écrire, je continue à utiliser Nous, pour éviter d’avoir à faire cet accord qui paraît bizarre quand il est écrit noir sur blanc, imprimé, affiché comme dans cette publicité qui a attiré mon regard pour cette raison.
Mais je peux de moins en moins esquiver le problème puisque ce blog et son grand frère France Bienvenue sont nés de cette idée de transcrire des conversations dont je recherche avant tout le côté oral ! Alors, personnellement, je crois que je m’habitue à taper des S partout ! (Je vais d’ailleurs prêter davantage attention à ce que font les romanciers d’aujourd’hui.)

Pour finir, j’ai enregistré ce qui précède, mais pas exactement. Comme j’ai d’abord pensé cet article à l’écrit et pas comme un enregistrement, il y a de petites différences de style parce que je ne l’ai finalement pas lu à voix haute mais « reformulé » spontanément comme si je vous parlais. Alors, il y a des Bah, des Voilà, des négations imparfaites qui traînent !

Perdus Version orale

Et pour conclure vraiment, tout ça, c’était juste pour vous emmener vous perdre dans cette très belle forêt !

Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

La pause

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Dans la chaleur de l’après-midi, ce n’était pas une pause café mais une pause melon !
Melons du jardin. Mûrs et juteux à point.
Les délices de l’été.

Une pause, pas une pose comme je l’ai vu écrit l’autre jour. La prononciation est la même mais l’orthographe évoque instantanément deux choses bien différentes. Nous avons de nombreux homonymes en français.
J’ai remarqué qu’une des fautes classiques en ce moment, c’est la confusion entre une balade et une ballade. On lit sans cesse ballade, qui désigne une chanson ou un petit poème, à la place de balade qui est une promenade. Faire une balade ou une ballade, prendre une pause ou une pose, ça n’a rien à voir !

Que cherchaient-ils ? semaine 2

Voici ce qui a amené certains visiteurs la semaine passée, comme ils l’ont tapé dans leur moteur de recherche. Où il est question d’orthographe, de grammaire, d’expressions, de niveau de langue et de poésie.

que cherchaient ils« sens de tu me fais pas le poids »:
Est-ce une faute de frappe sur me ou une erreur ? Car il faut dire : Tu ne fais pas le poids, ce qui signifie que la personne ne peut pas rivaliser avec une autre, qu’elle est en position de faiblesse dès le départ.

« Moi et les maths sa fait deux »: tout d’abord, il ne faut pas confondre sa et ça. Ensuite, on ne commence pas par Moi. C’est la même chose quand on parle d’autres personnes: mon père et moi, mes collègues et moi.
Dire Les maths et moi, ça fait deux signifie qu’on n’est pas bon en maths. (familier) La phrase est toujours affirmative.
Donc cette autre recherche « Expression sa fait pas deux » présentait en fait deux erreurs.

« Si un Français te dit tu es terrible ça veut dire quoi »: Ce n’est pas un compliment mais un reproche. Par exemple: Tu as encore oublié de me prévenir. Tu es vraiment terrible ! Ou encore: Tu fais tout au dernier moment. Tu es terrible !
Cependant, parfois, on peut le dire gentiment, c’est-à-dire que le reproche n’en est pas réellement un: Je t’avais dit que je ne voulais pas de cadeau pour Noël. Tu es terrible ! Mais bon, ça me fait très plaisir. On est content de l’attention de la personne mais on lui reproche quand même un peu de ne pas nous avoir obéi.

« niveau de langue du mot flotte »: quand ce terme signifie l’eau et par extension la pluie, il est familier et réservé à l’oral. (Sinon, dans son sens ordinaire, il désigne un ensemble de bateaux par exemple: la flotte française. Ou d’avions: la flotte d’une compagnie aérienne.)

Il y avait également cette recherche, bien exprimée: « Comment faire comprendre la différence entre les mots familiers et les gros mots ». C’est vrai que la frontière est parfois ténue entre la familiarité et la vulgarité, la grossièreté et l’agressivité. Normalement, nous savons faire cette distinction, nous connaissons le poids des mots. Mais quand on est étranger, il faut être prudent ! Ou quand on est français, il faut se méfier de ce qu’on dit dans l’instant, de façon impulsive en se se laissant emporter par ses émotions !
J’ai donc aussi trouvé les questions suivantes:
« abruti est-ce une insulte ? » : Oui, c’est fort et agressif.
« Va te faire foutre est-elle une insulte ? » Oui, c’est vulgaire et agressif.
« Est-ce que le mot connare est un gros mot ? »: d’abord, ça s’écrit connard. Mais ce n’est pas très grave de se tromper sur la terminaison: ce n’est pas le genre de mot qu’on écrit puisque effectivement, c’est un gros mot, une insulte forte, qu’on dit sous le coup de la colère, à l’oral uniquement.

Et pour finir, un peu de poésie avec :« Qui a dit qu’elle connerie la guerre ? »
Oui, j’ai bien dit « poésie » ! Bien sûr, le mot « connerie » n’est pas poétique. Mais c’est ce que Jacques Prévert a écrit en 1946 dans son poème Barbara. Il y dénonce la bêtise des guerres et donne beaucoup de poids à son cri du cœur en utilisant ce mot d’argot.
Une petite remarque de grammaire: bien sûr, il faut écrire Quelle connerie ! (Enfant, à l’école, nous avons appris à ne pas nous tromper entre qu’elle et quelle en essayant de leur substituer qu’il. Si c’était impossible, comme ici, il fallait donc choisir quelle. Pas très compliqué.)

[…] Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Que cherchaient-ils ? semaine 1

Critères de rechercheLorsqu’on a un blog, il est possible de savoir comment certains visiteurs sont arrivés là: par quel autre site ou quels mots ils ont tapés dans leur moteur de recherche.
Je ne sais pas s’ils ont trouvé leur bonheur ici mais je trouve intéressant (et parfois drôle) de lire les requêtes qui ont été formulées.

J’ai donc envie d’en sélectionner quelques-unes à la fin de chaque semaine et de répondre aux questions qu’elles posent, lorsque j’ai l’impression de ne pas avoir vraiment abordé ces points auparavant, ou lorsque cela demande une clarification, ou si c’est l’occasion d’expliquer une nuance. On verra si c’est une bonne idée !

Voici donc quelques-unes des requêtes de la semaine. (Je vous les présente comme leurs auteurs les avaient exprimées.)

que cherchaient ils« Raptisser, cela se dit ? »
Oui, presque ! En fait, c’est le verbe rapetisser. Cela signifie devenir plus petit. Vous connaissez l’histoire de Pinocchio, dont le nez s’allonge puis rapetisse, au gré des mensonges qu’il raconte. Parfois, c’est moins magique: avec l’âge, il y a des gens qui rapetissent.

« Un mot rigolo pour désigner quelque chose »:
Je dirais un bidule, un bitouniau.

« J’ai du mal à lever le pied, français authentique »:
– Au sens propre, cela signifie qu’on a du mal à rouler moins vite: on n’arrive pas à soulever le pied de la pédale d’accélérateur en voiture.
Il adore la vitesse. Il a du mal à lever le pied.
– Et au sens figuré, on utilise cette expression pour dire qu’on a du mal à ralentir ses activités, à travailler moins.
ça a toujours été un bourreau de travail. Il a du mal à lever le pied.

« Expression avoir des miettes sur la planche »:
Ce n’est pas tout à fait ça ! C’est davantage que des miettes, c’est du pain !
– On dit donc qu’on a du pain sur la planche quand on a beaucoup de travail, quand il va falloir accomplir beaucoup de tâches pour atteindre un objectif.
Mettez-vous au travail tout de suite ! Vous avez du pain sur la planche si vous voulez avoir fini dans une semaine.
– Cela peut aussi signifier qu’il va falloir que quelqu’un fasse beaucoup d’efforts mais qu’on a des doutes sur sa capacité à réussir.
Il veut courir le marathon. Mais avec la forme physique qu’il a, il y a du pain sur la planche !

« Expression retards d’attere »:
Je suis tout d’abord restée perplexe. J’ai fini par comprendre en relisant ça à voix haute !
Il s’agit du mot un retardataire, c’est-à-dire quelqu’un qui est en retard.
On va attendre les retardataires pour commencer la réunion.

« Termes argotiques désignant la peur »:
la trouille, la pétoche (ce deuxième mot est moins fréquent aujourd’hui).
Et donc, on peut qualifier quelqu’un de trouillard ou de pétochard.

« Le courant ne passe pas »:
On dit ça quand deux personnes (ou plus) ne s’entendent pas bien, ne se comprennent pas et donc ne s’apprécient pas. C’est une image (plutôt familière) empruntée au domaine de l’électricité.

Donc si je vous dis qu’EDF (ou ERDF) est l’entreprise qui nous fournit l’électricité en France, qu’elle réclame une très grosse somme d’argent à ce couple dont le compteur apparemment était défectueux et qui refuse donc de payer cette facture, vous allez comprendre le jeu de mots dans ce journal régional:

le courant ne passe plus EDF

Parce que ça change le sens

Arbre motsLe hasard fait bien les choses ! Voici ce qu’une écrivaine disait il y a quelques jours à la radio, à propos de l’orthographe en général et de l’importance de ne pas être fâché avec les -é ou les -er en particulier. Cette fois, vous allez penser que c’est une obsession bien française.

Et en écrivant ce billet, je me suis dit aussi que certains allaient peut-être désormais hésiter à laisser des commentaires ici, par peur de faire ces fautes hors-la-loi ! Mais sachez que si elles me surprennent et me contrarient sous la plume de journalistes ou dans des publications où elles ne devraient pas avoir leur place, elles ne m’agacent jamais chez quelqu’un qui apprend le français. Et je vous admire de trouver votre chemin dans notre labyrinthe de règles de grammaire et d’orthographe !

Transcription 
Vous avez souvent tenu des propos (1), ou écrit dans des journaux, ou parlé à la radio – sur France Culture entre autres – et même écrit des livres sur la langue et sur l’enseignement, aussi. C’est quelque chose qui vous tient à cœur (2).
– Oui. Moi, ce qui m’intéresse le plus en tout cas, c’est la base, c’est-à-dire l’école primaire et les deux premières années du collège. C’est là que tout se joue (3), hein, vraiment. Regardez, l’autre jour, ouverture du journal télévisé – c’est formidable, ça, parce que c’est l’état de notre société : « Des patrons (4) se plaignent que les fautes d’orthographe font perdre de l’argent à leur entreprise ». Oh moi, j’étais contente – vous pouvez pas savoir ! (5) – que les patrons se plaignent, parce que si c’est moi, on va encore me dire que je suis attachée à des valeurs élitistes, alors que franchement, c’est le contraire, hein ! Moi, ce que je veux, c’est que ça soit pour tout le monde, justement. Enfin bon ! (6) Donc on me dira : « oui, oui, vous regrettez l’école d’avant ». Je regrette pas l’école d’avant, je déplore l’école de maintenant et je voudrais que l’école de demain soit mieux.
Alors, qu’est-ce que vous déplorez ?
– Alors, ce que je déplore, c’est qu’on pense que faire des fautes d’orthographe par exemple, c’est rien, que les… l’orthographe, c’est un truc de classe (7), que… Ce qui est faux ! Moi, je connais beaucoup de gens qui ont pas tellement fait d’études (8) et qui font pas de fautes d’orthographe. Au fond, la faute d’orthographe, c’est quoi ? C’est pas seulement parce qu’on n’accorde pas correctement un mot ou qu’on fait une faute de grammaire. Ça veut dire qu’on ne maîtrise pas forcément très bien les liens entre les mots, les rapports entre les mots, la logique de l’expression, donc la logique de la pensée. Et si vous écrivez comme la petite vignette (9) quand j’étais petite qui était… il y avait un écriteau (10) pendu à la cage : « Le dompteur a été manger ». Eh ben, si vous écrivez a été mangé -é accent aigu au lieu de a été manger -er, vous avez deux sens tout à fait différents (11). C’est arbitraire, l’accent aigu et le -er. Bah oui ! Bah oui, sens interdit, un trait blanc, c’est arbitraire aussi. Et bah, il faut l’apprendre, et puis c’est tout, et ça change le sens. C’est ça que je veux.

Quelques détails :
1. tenir des propos : dire quelque chose (style soutenu)
2. ça vous tient à cœur : c’est très important pour vous. On l’emploie à toutes les personnes: ça me tient à cœur. / C’est quelque chose qui lui tient à cœur, etc.
3. C’est là que tout se joue : c’est la période où tout se met en place. Ensuite, c’est trop tard.
4. Un patron : un chef d’entreprise (plutôt familier)
5. vous ne pouvez pas savoir ! : on utilise cette expression pour donner plus de force à ce qu’on dit. Par exemple : Je suis fatiguée, tu ne peux pas avoir ! / Tu ne peux pas savoir comme il m’agace ! (familier)
6. Enfin bon ! : c’est ce qu’on dit pour conclure en montrant qu’on se résigne à quelque chose, qu’on accepte quelque chose mais qu’on n’est pas totalement d’accord. Par exemple : Il dit qu’il fait tout pour réussir. Enfin bon…
7. c’est un truc de classe : il s’agit du mot classe au sens de classe sociale. (c’est-à-dire que la maîtrise de l’orthographe serait liée à l’appartenance à une classe sociale élevée).
8. Il n’a pas fait beaucoup d’études = il n’est pas allé longtemps à l’école, donc il n’a pas de diplôme.
9. Une vignette : une petite image.
10. Un écriteau : une pancarte
11. les deux sens différents : Le dompteur a été mangé est une voix passive, donc le lion a mangé le dompteur. Il a été manger signifie qu’Il est allé manger, dans un style oral et familier.

Une petite remarque pour finir, à propos de l’oral:
Vous avez dû entendre que Danielle Sallenave omet de dire « ne » dans ses phrases négatives. Même à la radio, même si le travail des mots est son domaine et même si elle est membre de l’Académie Française et travaille au dictionnaire. Côté oral et vivant de ses explications.

L’émission entière est ici.

Fâché avec les é

Voici ce qu’on pouvait lire il y a quelques jours sur le site d’un journal français tout en ligne*, dont le slogan est « Un vent nouveau sur l’info ». Mais apparemment, ce vent nouveau souffle aussi sur l’orthographe et la grammaire, plutôt malmenées tout au long de cet article sur les téléphones portables.
Un vrai concentré d’erreurs de terminaisons, classiques chez ceux qui sont fâchés avec l’orthographe et gênantes pour la compréhension: il faut s’y reprendre à deux fois, car un -é ou un -er à la fin d’un mot ne signifient pas la même chose. Quand l’écriture devient vaguement phonétique et aléatoire, la communication et la lecture se font un peu plus difficiles !

atlantico
En particulier ne prend pas de « s ». Il ne s’agit pas du nom un particulier, qui au pluriel devient effectivement des particuliers.
– Le verbe perturber s’accorde avec le sujet, même s’il n’est pas juste à côté de lui : Nos multiples écrans… perturberaient…

à l'inverse de ce que l'on penser
à l’inverse de ce que l’on pensait: comment peut-on écrire ici penser qui n’est pas une forme conjuguée ? L’auteur de ces lignes est peut-être du sud de la France : apparemment, il prononce de la même façon penser et pensait et écrit phonétiquement en quelque sorte. Ailleurs, on fait la différence entre les deux sons, si on a conscience de la grammaire évidemment !

deux fois plus de faciliter.
– Cette fois-ci, il y a confusion entre le verbe faciliter et le nom employé ici: deux fois plus de facilité.

il à démontrer.
Oh là, là ! Cela devient incompréhensible, on se dit qu’il manque des mots et on se demande ce qui est à démontrer. Mais non, il voulait bien dire: Un chercheur américain a démontré

discret est pratique.
Avec indulgence, on pense d’abord qu’il s’agit peut-être de ces erreurs que nous faisons tous sur nos écrans: on tape une première version qu’on modifie légèrement, en laissant des bouts de phrase qui ne s’enchaînent pas bien. Voulait-il dire : Le smartphone est discret, il est pratique ? Hélas, je pense qu’il voulait bien écrire: Il est discret et pratique.

rendre névroser.
Névroser est le verbe à l’infinitif. Mais rendre n’est pas suivi d’un infinitif. Il lui faut un adjectif ou un participe passé : Rend-il névrosé ?

Une expression: être fâché avec…
Normalement, on est fâché avec quelqu’un.
Mais on peut aussi être fâché avec l’orthographe, la grammaire, les maths par exemple, ce qui signifie qu’on n’est pas bon dans ces domaines-là.

* Petite remarque de vocabulaire: tout en ligne.
Le site France Terme vient de recommander de ne plus employer l’expression « pure player ». Dans ce cas précis, on peut reconnaître que l’expression française équivalente est plus parlante pour un francophone et comme elle passe bien, elle devrait être facilement adoptée.

tout en ligne

Et pour terminer avec humilité, j’espère ne pas avoir laissé d’erreurs, ne pas avoir oublié ma grammaire, ne pas avoir manqué un seul accord dans ce que je viens de publier !

Regrets et fautes d’orthographe

On apprend beaucoup avec les titres qui défilent sur nos pages internet. Une vraie mine de renseignements !
Du bon et du moins bon.

Vous y apprendrez des expressions françaises, et ça, c’est plutôt bien.
Vous y lirez aussi du franglais – totalement approximatif, comme souvent.
Vous y trouverez des fautes d’orthographe, de grammaire, de conjugaison.
Ça, c’est nettement moins bien.

En voici un exemple avec ce sujet aujourd’hui sur les acteurs qui ont refusé de grands rôles au cinéma.

Du franglais: snober (adaptation de « snub »), c’est dédaigner, refuser, ignorer quelque chose ou quelqu’un, parce qu’on se sent supérieur. C’est un mot entré dans la langue française depuis longtemps, avec comme souvent des modifications.
Une jolie expression: s’en mordre les doigts, c’est vraiment regretter ce qu’on a fait.

Du franglais beaucoup plus récent: Vous voyez ce cote de loose, en bas ? Les Français n’ont toujours pas compris que « loose » et « lose », ça n’a rien à voir, et qu’en plus, ça ne se prononce pas pareil. Quand ils parlent des perdants, ils pensent que ça fait branché de parler de « looser » et de dire qu’ils ont « la loose »… Très agaçant. Alors ce « cote de loose », ici, est du plus bel effet !
Un style familier: louper (tout en haut à gauche), c’est la version orale de « manquer » ou « rater ».


Du franglais: être au top de sa carrière devenu très banal, tout comme le box office.
Une faute de conjugaison: Le film fût un succès mondial. Au lieu d’utiliser le passé composé (a été), l’auteur de cet article veut employer le passé simple, pour donner un côté plus solennel à cette phrase. Mais « fût » avec un accent circonflexe, c’est le subjonctif imparfait, devenu très rare. (que je fusse, que tu fusses, qu’il fût », etc…) Au passé simple, c’est juste: Je fus, tu fus, il fut.
Des fautes d’orthographe:
sa côte de popularité au lieu de sa cote de popularité, sans accent circonflexe. Une côte, c’est par exemple une route qui monte, ou alors la limite entre la terre et l’océan.
grimper en flêche au lieu de en flèche, avec un accent grave.
Une faute de grammaire: en décrivant la comédie et le scénario de mal écrit. Il faudrait écrire: « mal écrits », car ce sont la comédie et le scénario qui sont décrits comme ça: accord de pluriel à cause des deux mots et masculin car quand on a un mot féminin et un mot masculin, c’est le masculin qui l’emporte. (La langue française est sexiste !)
Une faute de construction: en décrivant…de mal écrit. On qualifie quelque chose de mal écrit, mais on décrit quelque chose comme mal écrit.

Vous ne trouvez pas que ça fait beaucoup ?

On ne peut pas faire sans !

Florian m’a envoyé un message depuis l’Angleterre, donc tapé sur un clavier anglais, ce qui complique les choses quand on veut mettre les accents nécessaires en français ! Il s’excusait de n’avoir pas encore trouvé comment s’y prendre quand il n’y a pas les touches correspondant à nos accents aigus, circonflexes ou graves, ou notre tréma, ou notre cédille…

Il est tout pardonné évidemment mais je me suis dit que finalement, nous ne pouvions pas nous passer de tous ces signes, parfois menacés par les fautes d’orthographe et par l’envoi de SMS tapés à toute allure.

Nous avons eu un petit moment de doute avec les premiers e-mails ( pardon, courriels! ): taper ces signes bien consciencieusement rendaient méconnaissables nos phrases, qui arrivaient à leur destinataire parsemées de drôles de signes incompréhensibles à la place. Tous nos efforts d’enfants pour mémoriser tout ça allaient-ils être anénantis dans le monde virtuel ? Mais tout s’est arrangé: les informaticiens ont eu pitié de nous et nos accents sont revenus.

Même nos téléphones portables connaissent ces signes. Et comme ce n’est pas toujours pratique à taper, ils nous sauvent en nous suggérant les mots avec leurs accents bien comme il faut. Vraiment aucune excuse pour taper n’importe quoi !

Et c’est tant mieux parce qu’un accent oublié ou mal mis, et c’est le sens qui change, ainsi que la prononciation bien souvent.
Quelques petits trucs et des images pour ne pas s’embrouiller !

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