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Le poids des origines

cite-orientee-pauchonPas de surprise, selon le milieu dans lequel on naît et grandit, les possibilités offertes pour se construire un avenir ne sont pas les mêmes. Le premier obstacle, c’est tout simplement de connaître tous les choix possibles. C’est ce que raconte cette jeune femme qui a aujourd’hui trouvé sa voie mais après un parcours pas facile. Elle y est arrivée, mais cela lui a pris plus de temps et de tâtonnements qu’à d’autres. Et aussi, il lui a fallu une détermination et une ténacité que tous les jeunes face à ces freins sociaux n’ont pas nécessairement. C’est pour cela qu’elle croit fermement à des projets comme Cité Orientée dont il était question dans un billet précédent. Hervé Pauchon, avec ses questions posées comme toujours très directement et sans fioritures, a recueilli encore une fois un joli témoignage plein de sens.

Jeune productrice

Transcription:
– Vous êtes la productrice ?
– Oui. Enchantée (1). Vous êtes Hervé Pauchon ?
– Oui.
– Enchantée.
– Comment on devient productrice ?
– Eh bah, justement (2), c’était compliqué. C’est pour ça que j’ai pensé à Cité Orientée avec Jean Rousselot. C’est un concours de circonstances (3).
– Oui. Non, c’est pas un concours de circonstances qui fait qu’on devient productrice !
– Alors, moi, je vais vous raconter ma vie un petit peu mais moi, je suis issue (4) des quartiers (5), j’étais un peu…
– De quel quartier ?
– Je suis issue du 93 (6). J’avais des parents qui ont pas du tout dit ce qui existait comme métiers justement.
– Ils faisaient quoi, vos parents ?
– A ce moment-là, ils faisaient pas grand chose (7). Et du coup, je savais pas qu’il existait plein d’écoles, je savais pas qu’il existait plein de formations, je savais pas qu’il existait plein de choses. Et en fait, j’ai découvert ça sur le tard (8). Et pour éviter tout ce temps que moi, j’ai perdu à chercher une formation, à reprendre des cours, à prendre des cours du soir, à revenir à la fac, je me suis dit Cité Orientée, c’est bien parce que ça va peut-être permettre justement à des jeunes de comprendre et de connaître des formations, des métiers qui existent, que moi, je ne connaissais pas puisque j’avais pas accès à Cité Orientée quand j’étais lycéenne, au lycée.
– Et vous avez quel âge ?
– Trente-quatre ans.
– Donc aujourd’hui, vous auriez 14 ans (9), vous feriez quoi ?
– Ah bah aujourd’hui, j’aurais quatorze ans, j’irais sur Cité Orientée, je découvrirais plein de métiers, plein de formations qui existent et je me dirais : tout est possible.
– Et à 14 ans, vous vous disiez pas que tout était possible ? Dans le 93. Qu’est-ce que vous voulez dire ? C’est marrant parce que vous dites : J’étais dans les quartiers. Pourquoi vous dites pas le nom de la ville où vous étiez ? C’est un côté…
– J’étais à Pantin.
– Ouais.
– Et bah non, je… Il y avait plein de métiers que je connaissais pas, il y avait plein de formations que je connaissais pas, que j’ai découvert vraiment en reprenant mes études.
– Mais vous avez un regret ? Vous avez une formation que vous auriez aimé faire ?
– Il y en a plein !
– Donnez-moi un exemple.
– J’aurais bien aimé faire Sciences Po (10).
– Oui, c’est ça. C’est que vous ne connaissiez pas… Vous ne saviez pas que Sciences Po existait.
– Tout à fait. (11)
– Vous auriez su (12), c’est vraiment l’école que vous auriez aimé faire.
– Oui.
– Comment vous expliquez que vous connaissiez pas Sciences Po ? C’est parce que finalement, vos profs à Pantin ont jamais parlé de ça ?
– Jamais. On nous parlait pas… On nous parlait juste la classe au-dessus. On nous disait pas ce qui existait comme formations, comme orientation (13). On nous disait pas qu’il y avait des choses possibles et en général, ça s’arrêtait à des choses… Enfin, il y avait pas ce genre de discussions en fait !
– Et pourquoi ça vous plaît aujourd’hui, Sciences Po ?
– Pourquoi ça me plaît aujourd’hui, Sciences Po ? Parce que… Parce que du coup, j’ai rencontré des gens qui avaient fait Sciences Po et je trouvais que c’était une excellente formation.
– Et alors, dans votre Cité Orientée, il faut cliquer sur quel personnage pour faire Sciences Po ?
– Ah ! Pour l’instant, on n’en a pas encore !
– Ah, c’est vrai ?
– Ouais. On aimerait bien. On le fera ! Sur la saison 3.
– Comment on devient productrice ?
– Bah j’avais envie de faire du cinéma, j’avais un projet en cours et je me suis dit qu’au lieu d’aller taper aux portes (14) de tous les producteurs, j’allais monter une boîte de prod (15). J’étais à la fac (16).
– Une fac de quoi ?
– Une fac d’Histoire de l’Art.
– Rien à voir (16).
– Rien à voir. Et j’ai rencontré quelqu’un qui s’appelle Christophe Mahé.
– Le chanteur ?
– Le chanteur. Il était pas très connu à ce moment-là. Pour faire un film sur lui. Il devient connu, le film se vend bien.
– Donc vous avez de l’argent et là, maintenant, vous investissez votre argent dans des projets comme la Cité Orientée.
– Alors maintenant, en tout cas, j’investis mon temps dans des projets comme la Cité Orientée parce que vous savez, les producteurs en France sont pas ceux qui ont l’argent. On recherche l’argent.
– Alors, Cité Orientée saison 2, ça représente quel budget ?
– Alors, la saison 2 de Cité Orientée, ça représente environ 200 000 – 225 000 euros.
– Ah oui ! Quand même ! (17)
– Ouais.
– Parce que il faut tourner, faire tous les reportages.
– Un an et demi de travail.

Des explications :
1. Enchanté(e) : ce terme s’utilise quand on fait la connaissance de quelqu’un, dans un style soutenu. Sinon, ne fait, on dit juste : Bonjour, en serrant la main de la personne.
2. Justement : on utilise cet adverbe pour indiquer que c’est précisément ce dont on voulait parler.Cela permet de faire le lien. Par exemple :
– Alors, où en es-tu dans ton travail ?
– Ah, justement, je voulais te demander si tu pouvais m’aider un peu.

3. Un concours de circonstances : c’est lorsque plusieurs choses apparemment sans lien s’enchaînent pour aboutir, comme par hasard, à une situation particulière que rien ne laissait présager. Cela peut être positif et on dit alors : Par un heureux concours de circonstances. Si c’est négatif, on dira par exemple : Par un tragique concours de circonstances.
4. Je suis issue de… : je viens de… Par exemple, on dit aussi : Elle est issue d’une famille ouvrière / d’un milieu pauvre / d’un milieu modeste.. Par rapport au verbe venir de, cela permet peut-être d’insister davantage sur l’origine.
5. Les quartiers : c’est le terme employé maintenant pour parler des banlieues pauvres des grandes villes. Il prend ce sens seulement si on l’emploie au pluriel. C’est un emploi assez récent en fait, qui englobe tous les quartiers pauvres d’une ville, de toutes les villes.
Au singulier, un quartier, c’est simplement une partie d’une ville, sans indication du niveau social de ce quartier. Par exemple : J’habite un quartier tranquille / un quartier commerçant. / Notre quartier est en train de changer., etc. C’est pour ça que juste après, Hervé Pauchon demande de quel quartier exactement elle vient et qu’il est obligé de le lui redemander plus tard.
6. Le 93 : c’est le numéro du département de Seine-Saint Denis. Il y a quelques années, certains ont pris l’habitude de dire juste le numéro (ou même : « le neuf trois »), à cause de la mauvaise réputation de ce département. Ça ne change rien au problème ! C’est le seul département pour lequel on entend ça.
7. Ils faisaient pas grand chose : c’est un moyen de dire qu’ils n’avaient pas de travail stable.
8. Sur le tard : tardivement.
9. Vous auriez 14 ans = si vous aviez quatorze ans (On utilise le conditionnel présent à la place de Si + imparfait de l’indicatif). C’est fréquent.
10. Sciences Po : c’est le terme utilisé pour désigner L’Institut d’Etudes Politiques, une grande école parisienne au départ et qui a maintenant des campus dans plusieurs villes de France.
11. tout à fait : exactement / c’est tout à fait ça.
12. Vous auriez su = si vous aviez su (On utilise le conditionnel passé au lieu de Si + plus-que-parfait) C’est fréquent aussi.
13. L’orientation : pendant les études, il s’agit du choix de parcours qu’on fait. Par exemple : Il ne sait pas quoi choisir comme orientation. Il faut qu’il aille voir un conseiller d’orientation.
14. Aller taper aux portes: au sens figuré, cela signifie qu’on va voir des gens qui pourraient nous aider à obtenir ce qu’on veut. (de l’argent, de l’aide, etc.)
15. une boîte de prod = de production. Une boîte est le terme familier employé pour une entreprise. De façon plus neutre, on peut dire : une maison de production. Mais en fait, le terme « boîte de production » s’est généralisé et est presque devenu le terme normal.
16. J’étais à la fac : la fac = la faculté. Mais on emploie peu le terme entier. Cela signifie qu’on va à l’université. Mais tout le monde dit : Je suis à la fac / Je vais à la fac.
17. Rien à voir : cela signifie qu’il n’y a aucun rapport entre deux choses, qu’elles sont totalement différentes.
18. Ah quand même ! : on emploie cette exclamation pour montrer qu’on est surpris ou impressionné par quelque chose. Souvent, il y a l’idée d’une quantité qui nous surprend.

J’aime bien le style de ces petites interviews. Les questions sont simples et courtes, à la limite de la familiarité. Elles suscitent la parole et laissent toute leur place aux autres. J’ai beaucoup de mal avec les questions longues de certains (à la radio ou à la télé) qui ne savent pas s’effacer devant ceux qu’ils interrogent !

L’émission entière est à écouter ici.

Et Sciences Po est à explorer ici.

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Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

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metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

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Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

Une vie à pêcher

Marin pêcheur

En allumant la radio un midi de la semaine dernière, je suis tombée sur ces enfants qui posaient des questions à un marin pêcheur, avec le naturel et le sérieux des petits que tout intéresse. J’ai compris ensuite qu’il s’agissait d’un extrait d’un film qui raconte la vraie histoire d’une vraie famille, jouée par les membres de cette famille eux-mêmes.

Marin pêcheur – Tempête

Transcription:
– Est-ce que ça vous arrive de vous blesser en mer ?
– Alors, oui. Oh, ça m’est arrivé, hein ! J’ai… Parce que c’est quand même… Un bateau, ça bouge tout le temps. C’est toujours en train de bouger. Et notre outil de travail, c’est un couteau. Donc c’est quand même très dangereux, quand vous êtes comme ça, comme ça. Le bateau, il fait hop, hop, hop ! (1) Quand on est en train de travailler, on se loupe (2). Voyez, moi, j’ai des cicatrices plein les doigts (3), j’en ai… Je me suis mis un coup de couteau là, je me suis mis un autre coup de couteau ici. C’est très, très dangereux. Vaut mieux (4), des fois (5), quand on voit qu’on tombe, moi, je sais que je jette mon couteau par terre. Je préfère perdre mon couteau que me couper un bras, quoi. Donc faut faire… Faut faire gaffe (6). Eh oui, ça arrive souvent.
– Est-ce que ça vous est déjà arrivé de… de penser que vous allez mourir, dans une tempête ?
– Ça m’est déjà arrivé, oui, pendant des grosses tempêtes, bah où, tu vois, la vague, elle est très, très haute, elle nous pousse et le bateau, il surfe, comme ça. Donc bah, tu as un peu peur que le bateau, il se mette sur le côté, puis qu’il chavire, comme ça. Mais donc oui, ça m’est arrivé plein de fois (7). Dans les tempêtes, à partir du moment que (8) le vent, il y a plus de 90 km/h, on commence à avoir un peu peur. Faut (9) simplement avoir vraiment confiance dans le bateau, quoi ! Tu vois.
– Mais c’est que vers quel âge, vous avez aimé… bah… pêcher ?
– Oh, je crois que j’ai toujours aimé pêcher. Quand j’étais tout petit, j’étais déjà avec ma canne à pêche. Avant, j’étais déjà avec mon épuisette en train de pêcher des petites crevettes. Après, je suis passé avec ma canne à pêche pour pêcher des plus gros poissons. Et après, je voulais absolument aller à la pêche avec mon papa (10), et du coup, je suis parti. J’ai toujours aimé la pêche. Toujours, toujours !

Quelques détails :
1. le bateau fait hop, hop, hop : cette onomatopée exprime l’idée de sauter. Donc il mime le bateau en train de sauter à cause des vagues.
2. Se louper : rater ce qu’on veut faire, ne pas le faire correctement. (argot) Louper quelque chose signifie manquer quelque chose ou rater ce qu’on fait.
3. Plein les doigts = partout sur les doigts
4. vaut mieux = il vaut mieux (style oral)
5. des fois = parfois, quelquefois. Des fois est plus familier, plus oral.
6. faire gaffe : faire attention (argot)
7. plein de fois = très souvent (familier, style oral)
8. à partir du moment que : il faut normalement dire : à partir du moment où (= si)
9. Faut = il faut (style oral)
10. mon papa : normalement, on dit « avec mon père ». Mais comme il s’adresse à des enfants, il utilise le terme qu’ils emploient.

L’émission entière est à écouter ici, avec le réalisateur qui explique comment il a travaillé.

Tempête bande annonce

La bande annonce du film est à regarder ici.
Histoire de famille. Histoire de divorce et de garde d’enfants.
Histoire de mer.
Histoire vécue et rejouée par ses protagonistes.
.

Transcription:
– Tu restes combien de temps ?
– Quarante-huit heures. Je repars lundi matin.
– OK, super…
– Je croyais que tu avais changé de bateau et que tu allais rentrer tous les soirs.
– Bon, arrête tes conneries ! C’est moi qui ai la garde. Tu vas me la chercher, la gamine, avec ses affaires !
– Elle va nulle part ! Chez toi, elle est toujours toute seule !
– Moi, j’ai pas le choix ! Je vais à la mer. Tu vas me chercher la gamine, elle revient avec moi.
– Laisse-moi, tu me fais chier !
– Tu me fais quoi, là !
– Ah mais je suis pas sûre que le juge, cette fois-ci, aille dans votre sens, si vous ne changez pas votre organisation au niveau du travail.
– Non mais c’est vraiment important, faut vraiment que je reste à terre.
– Si tu viens pas, c’est pas la peine de revenir. Je prends quelqu’un d’autre.
– Si je dois m’acheter quelque chose, je vais m’acheter un petit bateau, pour justement être là tous les jours, avec mon gars, avoir un minimum de vie de famille.
– Il faut que tu le fasses. Il faut que tu te motives pour le faire bien comme il faut.
– Tu me fais confiance ?
– Oui.

Tombés dedans quand ils étaient petits

Le troupeau
Des vaches dans des prés.
Des vaches qui vivent tranquillement leur vie.
Des vaches qui ont des prénoms.
Et deux jeunes éleveurs qui aiment leurs vaches et leur travail. Oui, il reste des agriculteurs qui font bien leur travail pour nous nourrir correctement. (Même si cette petite vidéo ne dit pas tout des difficultés que certains – ou beaucoup – rencontrent pour continuer à vivre de la terre.)

Pour regarder ces deux jeunes agriculteurs, c’est ici.

Transcription
– Chips, Azalée, Ballerine, Bavière, Energie, Douce, Cannelle.
– C’est moi qui les baptise et c’est important. Il y a pas… C’est pas un nom au hasard. (1)
– Fraise, Effrontée. Ah, Alaska aussi, j’ai pas dit. Ah, comment elle s’appelle, elle ?
Je suis un pur produit bio. Je suis né… je suis né dans la bio puisque c’est… On est la troisième génération du coup avec Stéphane. Je suis tombé dedans, comme Obélix dans la marmite. (2)
On a retrouvé un peu dans… dans notre travail, c’est… c’est ce qu’on avait oublié avec le système productiviste. On est vraiment reparti dans une vraie démarche (3) où bah on observe vraiment tout ce qui se passe.
– Allez, venez, venez, venez ! Doucement !
– Aujourd’hui sur la ferme (4), on a… on a des prairies à fleurs variées, ce qui fait qu’on a un lait qui est un lait doux, non acide, qui se rapproche du lait des montagnes.
On n’a pas forcément un métier facile. Mais on a quand même une situation vachement (5) agréable que… Tu es… Tu vis dans la nature, tu es pas pressé par le temps. Chez nous, on court plus (6), on prend le temps de vivre et tout. Puis bah je pense qu’on est fier aujourd’hui, au bout de… d’un demi-siècle, d’être encore là, que ce soit la troisième génération et que bah on peut faire perdurer ça, quoi, c’est… C’est ça qui est… enfin moi, je trouve vraiment génial (7), quoi.
Ça fait du bien de goûter au Vrai !

Quelques détails :
1. ce n’est pas un nom au hasard : c’est un nom choisi en fonction de la vache et de sa personnalité. Donc c’est assez amusant de voir une vache qui s’appelle Ballerine. Pas tout à fait l’image qu’on se fait d’une danseuse !
2. Être tombé dedans : cette expression vient de la bande dessinée que tous les Français connaissent : Astérix et Obélix, les deux Gaulois. Obélix, dont la caractéristique principale est sa force surhumaine, doit cette qualité au fait que lorsqu’il était petit, il est tombé dans une marmite (ou un chaudron) de potion magique. Donc quand on dit de quelqu’un qu’il est tombé dedans, à propos de ce qui fait sa personnalité, cela signifie qu’on parle du moment où cette passion est née et de la force de cette passion ou de ces qualités. Au contraire, lorsqu’on dit : Il n’est pas tombé dedans, cela signifie que la personne n’est pas vraiment douée pour une activité donnée !
3. une démarche : une façon de faire
4. sur la ferme : normalement, on dit : à la ferme. Ici, « sur » indique qu’il veut parler de leurs terres dans leur ensemble.
5. vachement = très (familier et seulement oral.) Et ça tombe bien d’utiliser ce mot quand on élève des vaches !
6. plus : écoutez comment il prononce ce mot : on n’entend pas le « L ». C’est fréquent dans certaines régions en France.
7. génial : super, très bien (familier, oral)

Pour simplement les écouter:

Les vaches de Stéphane et Gaetan

Et Obélix, qui est tombé enfant dans le chaudron de potion magique:

Asterix et Obélix

Il y a des milliers d’années

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En 1994, des spéléologues ont découvert une grotte ornée fabuleuse en Ardèche, à Vallon Pont d’Arc. Sur ses parois, des dessins d’animaux d’une immense beauté, protégés depuis 30 000 ans par l’obscurité et l’isolement de ce lieu magique. Elle ne sera jamais ouverte au public, pour ne pas l’endommager comme la grotte de Lascaux. Alors à quelques kilomètres de là a été conçue une réplique. Des centaines de techniciens, d’artistes, de préhistoriens y ont travaillé. Une oeuvre incroyable aux dires de ceux qui l’ont vue se développer, en tout point conforme à la grotte elle-même et qui sera accessible dans quelques jours. J’ai hâte d’y aller. Manquera-t-il néanmoins l’émotion du lieu réel, celle qu’ont éprouvée tous ceux qui y ont pénétré ? Voici l’un d’eux, le préhistorien Jean Clottes, qui a vécu cette aventure avec passion.

La grotte Chauvet

Transcription :
– Vous imaginiez que ces peintures avaient plus de 30 000 ans ? (1)
– Non, à l’époque (2), je l’ai pas imaginé du tout. Quand j’ai fait l’expertise (3), non. Vous savez, quand on fait une expertise, on le fait toujours en fonction d’une expérience. Or on n’avait aucune peinture d’une telle qualité à plus de 30 000, aucune ! Donc moi, je l’ai pas imaginé un quart de seconde (4) ! Je pensais qu’il y avait deux périodes. Et il y avait une période où il y avait les mains négatives par exemple, je me disais ça, ça peut aller chercher 26 – 27 000. Quant aux chevaux (5) par exemple, moi, je les voyais entre 20 – 22 000, vous voyez, peut-être un choix comme ça, c’est-à-dire à peu près les mêmes dates que Lascaux (6). Et je me disais, ça, c’est de la même qualité que Lascaux, c’est pas très récent – enfin… très récent… ça n’a pas 12 000, 14 000 ans, c’est pas les périodes les plus récentes de l’art préhistorique, parce que par exemple, les bisons avaient les cornes en perspective… ce qu’on appelle en perspective tordue : la tête vue de face et le corps vu de profil. Et ça, c’est un caractère qu’on trouve pour les peintures assez anciennes, vous voyez. On les trouve pas au Magdalenien, on le trouve pas il y a 13 -14 – 15 000 ans. Alors je me suis dit : ça a plus de 20 000 ans, dans mon rapport, ça voulait dire peut-être 22, 23, vous voyez. Jamais j’aurais pensé que ce soit à plus de 30 000 !

Quelques détails :
1. 30 000 : trente mille
2. à l’époque : à ce moment-là. Mais pour utiliser cette expression, il faut quand même qu’elle nous paraisse un peu éloignée, comme appartenant à une période bien révolue.
3. Faire une expertise : ils ont expertisé les peintures, c’est-à-dire qu’ils ont déterminé leur âge.
4. Pas un quart de seconde : il n’y a donc absolument pas pensé. Cette idée ne lui a même pas effleuré l’esprit, tellement cela lui paraissait impossible.
5. Quant aux chevaux : en ce qui concerne les chevaux. Quant à / au / aux montre qu’on passe à un autre élément, après avoir en avoir décrit un premier.
6. Lascaux : la grotte ornée de Lascaux, en Dordogne, très célèbre aussi pour ses peintures rupestres.

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Vocation préhistorien, Jean Clottes

Transcription :
– Oui, quand j’étais jeune, j’aurais jamais pensé qu’il était possible de devenir préhistorien professionnel ! Ça n’existait pas à l’époque. Il y avait des préhistoriens, certes (1), mais en général, c’était des amateurs. Et par exemple, le Directeur des Antiquités Préhistoriques de la Région Midi-Pyrénées, bah c’était un juge à la Cour d’Appel de Toulouse, vous voyez, qui faisait ça en supplément. Ça ne m’était pas venu à l’idée (2). Bon. Donc…
– Ça vous intéressait un petit peu quand même !
– Oui, la préhistoire me fascinait un peu parce que toute ma vie, j’ai fait de la spéléologie (3). Mon père a fait de la spéléologie avant la seconde guerre mondiale, à une époque où il y avait très peu de gens qui en faisaient. Et mon frère, ma sœur et moi, il nous amenait dans les grottes. Et alors quelquefois, ça nous arrivait de trouver par exemple des tessons (4) de poteries cassées. Et on se dit : « Tiens, de quand ça date ? » Vous voyez, on aurait aimé en savoir un petit peu plus. Donc j’avais une certaine curiosité à cet égard (5). Mais je savais pas comment faire. Il fallait qu’on gagne notre vie (6), donc moi, je suis devenu professeur d’anglais, j’ai fait des études d’anglais, je suis devenu professeur d’anglais. Bon.
– Et vous avez exercé (7) jusqu’à l’âge de 42 ans, ce métier de prof d’anglais.
– Oui, oui,oui. Eh oui, c’est ça, oui, oui, j’ai exercé longtemps, oui, bien sûr. Et en plus, j’étais un professeur heureux, je m’entendais bien avec les élèves. Mon premier poste, ça a été au lycée de Foix, dans l’Ariège et j’ai eu un an avant de partir au service militaire, vous voyez, qui était à l’époque de deux ans et demi, hein, la guerre d’Algérie (8), quoi. Et alors, j’ai eu un an. Et cette année-là, je me suis dit : Non , je continue pas sur l’Agrégation (9), c’est trop de travail. Et je vais m’inscrire à Toulouse parce que j’avais vu qu’il y avait un enseignement de la préhistoire à Toulouse. A l’époque, il y avait trois universités, il y avait Toulouse, Bordeaux et Paris, où il y avait un enseignement de la préhistoire. Donc c’est un coup de chance. Et je me suis inscrit à ce cours, vous voyez.
– Tout en continuant (10) vos cours d’anglais.
– Ah bah bien sûr ! Bien sûr ! J’avais mes cours au lycée. Et j’ai fait ça en plus. Donc j’ai passé l’examen à la fin de l’année, très bien, bon. Le professeur m’a écrit… me dit : Ecoutez, j’ai vu que vous étiez intéressé au cours, je vous conseille de faire… je sais pas… une thèse de troisième cycle, voyez, un truc comme ça. Alors j’ai dit oui. Et j’ai commencé à y travailler, d’ailleurs au départ pour pas faire mon service militaire. J’ai vu la bibliographie. Et puis au fil des ans – j’enseignais toujours, hein – mais ça a pris de l’ampleur (11), j’ai fait des fouilles – de dolmens – et puis, c’est les dolmens…
– Vous avez été mordu. (12)
– Exactement, j’ai été mordu. Et petit à petit, ça a pris une place dans ma vie assez considérable. Et j’ai fait une thèse, un doctorat d’Etat. Et puis, comme j’avais fait des articles, etc., je suis devenu un peu connu. Et lorsqu’il y a eu ce poste de Directeur des Antiquités Préhistoriques de la Région Midi-Pyrénées, j’ai postulé et c’est moi qui l’ai eu !
– Et ça a commencé comme ça en fait.
– Eh oui ! Ça a continué, parce que j’avais commencé à faire du travail un certain nombre d’années auparavant.

Quelques explications :
1. certes : bien sûr, c’est vrai.
2. Ça ne m’était pas venu à l’idée : cette expression signifie qu’il n’y avait pas pensé du tout.
3. Faire de la spéléologie : explorer les grottes.
4. Un tesson : un morceau cassé
5. à cet égard : dans ce domaine
6. gagner sa vie : avoir un travail et donc un salire pour vivre
7. exercer un métier : avoir un métier. On dit : il a exercé le métier de professeur d’anglais. / Il a exercé comme professeur d’anglais. On peut aussi l’employer seul, si on sait de quel métier il s’agit : Il était prof d’anglais. Mais maintenant, il n’exerce plus.
8. La guerre d’Algérie : c’est la période de conflit qui a abouti à l’indépendance de l’Algérie, qui avait été colonisée par les Français.
9. L’Agrégation : c’est un des grades qui permet d’être professeur.
10. Tout en continuant : en continuant en même temps / simultanément
11. prendre de l’ampleur : devenir de plus en plus important.
12. Être mordu : être passionné

L’émission entière est ici.

Et aussi le site de la grotte Chauvet.

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Touche-à-tout

DSC_5229Des avions qui s’écrasent, des extrémistes qui massacrent des hommes et des femmes… L’actualité n’est pas joyeuse. Alors pour se redonner le moral, voici la petite histoire d’un jeune homme ordinaire, qui aime les chiens et qui essaie de mener sa vie tranquillement, avec humanité. Il m’a bien plu pour son envie de se mettre au service des autres et aussi parce qu’il rappelle à tous les parents du monde que les enfants ne font pas toujours ce qu’on avait imaginé pour eux !

Infirmier ou dresseur de chiens

Transcription :
– Elle est bien dressée. Végas ! Assis ! Assis ! Pas bouger (1). Pan, pan pan, pan (2). Je lui fais avec ma main comme si c’était un pistolet et elle se couche.
– C’est vous qui l’avez dressée comme ça ?
– Ouais. A la récompense (3), elle se couche et elle s’assoit. Elle cherche la truffe (4). J’en ai pas trouvé. Bon après, je suis pas un spécialiste non plus, mais qui ne tente rien n’a rien (5), hein ! C’est pas facile de dresser un chien quand même.
– Et vous, vous vous levez ? Vous vous couchez ?
– Oui. Je mange, je bois.
– Vous êtes bien dressé !
– Bah, le mot dressé, j’aime pas trop. C’est plutôt éduqué, on va dire. J’ai eu une bonne éducation. Oui, je sais pas, moi.
– C’est quoi, une bonne éducation ?
– Bah c’est d’essayer d’être épanoui (6), d’être heureux dans sa vie.
– Vous y arrivez ?
– J’essaye, on va dire. Donc c’est pour ça que j’ai fait plusieurs métiers. Moi j’ai touché un peu à tout (7). J’ai fait de la manutention (8), j’ai fait du jardinage, là, je vais travailler dans un centre d’handicapés, j’essaie de devenir infirmier. Moi, j’ai juste le bac, donc je fais une prépa (9) infirmier, pour me donner toutes les chances de réussir mon diplôme. Bon quand on est jeune et que on fait un peu ce qu’on a envie, les parents, souvent, on les écoute pas. Donc…
– Ils font quoi, vos parents ?
– Mes parents sont médecins. Donc bon, ils m’ont conseillé de faire des études mais quand j’ai passé le bac, après, j’ai eu envie de travailler. Mais bon, je vous cache pas que (10) ça leur aurait fait plaisir que je sois médecin. Faut avoir des capacités intellectuelles vraiment élevées. Je pense pas les avoir. Je pense plutôt qu’infirmier, ça me conviendrait parce que c’est vraiment un métier de communication, c’est-à-dire on est très proche des patients, mais en même temps, on fait des gestes techniques, c’est pas un métier anodin (11). Et vraiment c’est quelque chose qui m’a plu d’être proche des patients. Moi, j’ai toujours eu ce besoin de parler avec les gens. Donc je pense que c’est un métier qui me plairait. Et si j’y arrive pas, je ferai dresseur de chiens !

Quelques détails :
1. Pas bouger : ce genre d’ordre n’est pas utilisé, à part pour les chiens (ou les animaux qu’on peut dresser.) C’est en quelque sorte une phrase minimale, compréhensible par un animal.
2. Pan, pan, pan : c’est l’onomatopée qu’on utilise à propos des coups de feu. (donc avec une arme à feu). On la trouve par exemple dans les bandes dessinées.
3. A la récompense : sa chienne a appris à obéir car elle est récompensée (par un biscuit par exemple) si elle comprend les ordres de son maître.
4. Les truffes : ce sont des champignons qui poussent dans la terre et qui dégagent une odeur que les chiens dressés pour ça détectent. Ils grattent alors le sol et leur maître peut cueillir les truffes. Les truffes se vendent très cher !
5. Qui ne tente rien n’a rien : c’est un proverbe qui signifie qu’il faut oser essayer et ensuite, on verra le résultat.
6. Être épanoui : c’est lorsqu’on est parfaitement satisfait de sa vie et en équilibre.
7. Toucher à tout : faire des choses différentes, ne pas être spécialisé dans un domaine précis.
8. Faire de la manutention : transporter des marchandises dans un dépôt ou dans un supermarché par exemple.
9. Une prépa infirmier : c’est une formation qui prépare au concours pour devenir infirmier. Comme cet examen est sélectif, il est nécessaire de bien s’y préparer en s’entraînant exactement aux épreuves qu’on doit passer.
10. Je ne vous cache pas que… : C’est certain que…
11. anodin : ordinaire et sans grande importance.

C’était ici à la radio un matin.

Transhumance

Hiver nomade1

J’étais en train de terminer ce billet mercredi matin quand les nouvelles terribles de l’assassinat des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ont commencé à tomber. Ce billet parlait de lenteur, de tranquillité, à la suite d’un beau documentaire sur lequel j’étais tombée quelques jours auparavant et qui m’avait emmenée sur des chemins et des petites routes de Suisse, aux côtés d’un grand troupeau de moutons, en plein hiver. Surprise car pour moi, la transhumance était synonyme d’été. Mais là, froid, neige, brume et silence. Voyage en compagnie d’un berger, d’une jeune bergère et de leurs chiens très habiles à conduire ce grand troupeau. Voyage d’un autre temps, très bien filmé. En voici un petit écho sonore. Quel dommage que vous ne puissiez pas voir ces images paisibles!

Transhumance

Transcription :
– Akem, viens, Akem ! Il y a combien de moutons, là, en tout ?
– Huit cents.
– 800 ! On dirait pas du tout, hein ! On dirait qu’il y en a nettement moins (1).
– Si vous les comptez, peut-être vous en trouverez nettement plus !
– Ah ouais ?
– C’est la première fois que vous voyez un troupeau de moutons ?
– Non, bah le voisin, là-bas en bas, il en a, des moutons. Donc c’est pas la première fois.
– Non, mais je parle d’un troupeau de transhumance.
– Non. Alors de… Oui. Oui, vu que déjà je sais pas ce que ça veut dire le mot transhumance.
– Vous savez pas ce que ça veut dire ?
– Pardon ?
– Transhumance ?
– Ouais ?
– Ça veut dire un déplacement d’un point à un autre, c’est un voyage.
– OK. Mais il y a un but défini ou bien…
– Alors le but, c’est de les faire… de les engraisser, de les faire manger. Et après, ils sont destinés à la consommation. Donc ils sont mangés.
– Les moutons.
– Oui.
– Vous faites ça pour combien de temps ?
– Quatre mois.
– Pendant quatre mois.
– Là, c’est la période morte, un peu, où la végétation est en repos. On glane (2) tout ce qui… tous les résidus, tout ce qui est resté.
– Ouais, ouais.
– Tout ce qui n’a pas pu être fauché ou récolté.

– Non, mais des jeunes, tu en connais qui… qui vont faire ce métier ?
– Non, malheureusement non.
– Ça va se perdre, ça. Ça va se perdre (3).
– Ouais. Oui, parce qu’il faut quand même… C’est une présence (4) quand même…
[…]
– Vingt-quatre heures sur vingt-quatre (5) avec le troupeau.
– Bah la semaine, c’est…
– Tu as pas de samedis, tu as pas de dimanches.
– Tu peux pas prendre de congés (6), hein.
– Et puis il faut être à tous les temps (7), je pense c’est comme un marin.
– Ouais.
– Il y avait beaucoup d’Italiens qui passaient chez nous avant. Que des Italiens.
– Ouais, parce que c’est vraiment une tradition bergamasque (8), tu vois. En fin de compte, j’ai commencé comme ça, avec des Bergamasques, en transhumance, pour apprendre. J’étais avec Piero Salmodeli. Alors, il parlait pas un mot de français, donc j’ai dû me mettre à (9) l’italien. Mais après, il était tellement content de moi – pourtant, j’étais à l’aide, moi, tu vois, alors j’étais […]. Alors après, il m’appelait l’Américain parce que je me débrouillais de partout (10), j’allais chercher la botte de paille, j’allais faire les courses, alors il était content. Puis en plus, j’étais motivé, quoi, parce que c’était quelque chose qui me tenait à cœur (11). Mais qu’est-ce que j’ai pu me prendre comme bordées (12), parce qu’ils sont… ils sont durs, les Bergamasques, hein ! En plus, pour le premier hiver, on buvait du lait, on allait chercher du lait dans la ferme, puis on mangeait du lard et puis… et puis du fromage, et puis terminé, hein ! On faisait même pas un feu !
– Même pas un feu !
– Non, on mangeait même pas chaud.
– Tu avais quel âge ?
– Bah j’avais vingt ans. Maintenant, ça fait quoi ? Trente-deux ans que je fais ça.
– Trente-deux ans ?
– Donc je tiens encore la route ! (13) Et puis…
– Tu as fait la première moitié !
– Tu en as encore pour… encore vingt ans !

– Oh Carole !
– Ouais !
– On passe par là, parce que le gars là, il veut pas qu’on traverse ses parcelles (14) là-bas.
– Ah, ils font chier (15), hein !

Des détails :
1. nettement moins / nettement plus : beaucoup moins / beaucoup plus.
2.Glaner : ramasser les épis de blé qui restent dans les champs après la moisson.
3. se perdre : ici, cela signifie disparaître. On peut l’employer à propos de traditions, de savoirs, de connaissances, de compétences par exemple.
4. C’est une présence : cela signifie que le berger est obligé d’être présent tout le temps.
5. 24 heures sur 24 : de la même façon, on dit : 7 jours sur 7.
6. des congés : des vacances.
7. Il faut être à tous les temps : cette phrase est un peu bancale. Il vaudrait mieux dire : Il faut être là par tous les temps, c’est-à-dire quelle que soit la météo.
8. Bergamasque : de la région de Bergame, en Italie.
9. Se mettre à quelque chose : commencer à faire quelque chose. Par exemple : il s’est mis au footing. / Il s’est mis au jardinage. / Elle s’est mise au bricolage.
10. De partout : il faut dire simplement partout.
11. Tenir à cœur : être important pour quelqu’un. En général, on l’utilise de la manière suivante, dans cet ordre : Que ses clients soient contents, c’est quelque chose qui lui tient à cœur. / Il fait tout pour ses clients. Ça lui tient à cœur.
On peut aussi utiliser l’expression avoir à cœur de + verbe : Il a à cœur de bien faire / de satisfaire ses clients.
12. Une bordée : en général, on parle d’une bordée d’injures, une bordée de coups, pour indiquer un nombre important de coups, d’injures.
13. Tenir encore la route : être encore en forme et capable.
14. Une parcelle : un morceau de terrain, dont les limites sont bien définies et qui appartient à quelqu’un.
15. Ils font chier : Ils nous cassent les pieds, ils sont pénibles. (C’est une insulte, peu polie évidemment.)

Joie de vivre

Le troupeau

En route pour un petit tour dans la nature, dans les montagnes des Alpes de Haute Provence, en compagnie de deux jeunes charpentiers. Je les ai trouvés bien agréables à écouter, ces deux garçons qui avaient l’air de savoir tout faire de leurs dix doigts et d’être si contents de leur vie.


La cabane du berger

Transcription:
– Bonjour.
– Bonjour.
– Qu’est-ce que vous faites ?
– On fait des travaux.
– On fait la cabane du berger.
– C’est vrai ?
– Ouais.
– Parce que vous êtes bergers ?
– Eh non, on est charpentiers. Sinon, on garderait les moutons.
– Ah oui, mais enfin vous pourriez redescendre. Là vous avez un chien dans le… l’arrière de votre camion.
– C’est pour garder les outils.
– Ah oui.
– C’est pour garder le chantier.
– Parce que autrement (1), on peut se faire voler les outils là-haut, même au bout du monde ?
– Non, j ‘y crois pas.
– Rabou (2) du monde.
– Eh ouais, c’est ça.
– Vous savez pourquoi Rabou, d’où ça vient, ce nom ?
– Aucune idée.
– Et alors là, vous allez où, là (3) ?
– Qu’est-ce qu’on va faire ?
– On va acheter du bois.
– Ah oui, pour faire la charpente.
– Eh oui, oui, oui. Forcément. (4)
– Elle est à quelle distance d’ici la… la cabane ?
– Une heure à pied en marchant bien (5).
– Je peux avoir votre prénom ?
– Sylvain.
– Nico. (6)
– C’est exceptionnel de bosser dans un cadre pareil (7) pour vous, là !
– Oui oui. C’est pas mal ! (8) On l’a choisi.
– C’est vrai ?
– Eh oui, oui. On a répondu à l’appel d’offres (9), on a fait les plans, machin (10). On s’est afilé (11) un peu pour l’avoir, le chantier. Ça se fait pas tout seul.
– J’imagine qu’une cabane de berger, c’est pas non plus le chantier du siècle.
– Na…. (12) C’est pas celui qui fait le plus de sous (13) parce que c’est un appel d’offres, mais c’est celui qui est le plus agréable à bosser. Du coup, on choisit ce qu’on veut.
– Et vous en avez pour combien de temps ?
– On voudrait bien que ça soit fini dans trois semaines, pour partir en vacances.
– Ah, voilà ! En ce moment, c’est un peu… on parle de la rentrée (14), mais vous, la rentrée, ça n’existe pas.
– Non, non, non.
– La rentrée, non. Non, point de (15) rentrée.
– Pas de vacances, pas de rentrée.
– Et ça fait combien de temps que vous avez commencé le boulot là-haut ?
– Un mois, ouais.
– Quand vous me dites ça, un mois, encore trois semaines de boulot, je me dis : Mais c’est un… C’est pas une cabane qu’il a, le berger là-haut ! C’est… c’est un château, non ?
– Pas mal.
– Ah ouais, ça, il y a l’eau chaude, il y a l’électricité. Bah on remonte, là, dans dix minutes. Tu veux monter ?
– Ah bah, d’accord.
– On repasse, non, c’est vrai, dans dix minutes, on remonte. On va chercher le groupe.
– On fait ça ?
Ouais.
Allez ! (16)
A plus. (17)
– A plus.

– Ça secoue !
– Eh ouais, ouais, ça fait une bonne route, hein !
– Nous, c’est notre périph (18) quotidien.
– Eh oui, c’est ça, oui.
– C’est pas mal, hein !
– Ah oui, ça, non, c’est pas mal comme cadre !
– Même pas quotidien parce queon dort au chantier.
– Vous vivez là, alors ?
– Ouais. Bah la semaine un peu.
– Et le weekend, vous rentrez chez vous ?
– Ouais.
– Et donc là, on est devant la cabane du berger. Mais oui, je comprends mieux. C’est pratiquement (19) un chalet que vous êtes en train de construire !
– C’est une cabane autonome, avec l’eau, l’électricité, l’eau chaude, la douche. Tout, quoi !
– Qui finance cette construction ?
– C’est la commune.
– La commune de Rabou ?
– Ouais.
– Il y a un berger qui est rattaché à cette… ? Ou c’est pour tous les bergers qui passent dans le coin (20 ?
– C’est pour tous les bergers. Après, chaque… Les éleveurs, en gros (21), ils choisissent un berger chaque année. Là, c’est deux… deux femmes qui se… qui se relaient et… Bernadette et Claude.
– Elles sont où, les bergères, là ?
– Bah elles sont en montagne. Les moutons sont partis… sont partis ce matin, là. La bergère a couru après. Et du coup, je sais pas trop où elle est mais elle revient le soir en général vers… vers 7 heures.
– Là, le… le petit truc à l’entrée, là, c’est…
– C’est des toilettes.
– Ouais, c’est ce que j’allais dire.
– Toilettes sèches
– Des toilettes à l’entrée, là, juste…
– Eh ouais, ouais.
– Jette un œil. (22)
– Ouais, ouais, tu peux rentrer, là. Visite ! Il y a  mon lit qui est en haut, là déjà.
– Déjà, ouais.
– On sait pas si on la rendre en fait, c’est ça le problème !
– Oh bah ça, je comprends ! Quand vous avez fini les travaux, là…

Quelques détails :
1. autrement = sinon (cest-à-dire ici : si on n’a pas de chien de garde.)
2. Rabou : c’est le nom d’un village dans les Alpes de Haute Provence. Un peu perdu, ce qui explique le jeu de mots à partir de l’expression « au bout du monde », qui décrit un endroit isolé.
3.  : comme souvent, ce mot ne désigne pas un lieu mais signifie : en ce moment.
4. Forcément : il emploie cet adverbe pour dire que c’est logique puisqu’ils sont charpentiers. C’est normal qu’ils aillent acheter du bois.
5. En marchant bien : c’est-à-dire en ne traînant pas, en allant à un bon rythme.
6. Nico : c’est le diminutif de Nicolas.
7. Dans un cadre pareil : dans un aussi bel environnement, dans un lieu aussi beau.
8. C’est pas mal : cela signifie ici que c’est vraiment bien. Cette expression s’emploie aussi dans un sens moins fort (= c’est assez satisfaisant). Tout dépend du ton avec lequel on le dit.
9. Un appel d’offres : quand des villes, des organismes publics veulent construire quelque chose, acheter quelque chose, on propose ça aux entreprises. Chacune fait une offre, une proposition et il y a comparaison entre elles, avant de choisir parmi ces entreprises concurrentes.
10. Machin : il emploie ce mot au lieu de donner tous les détails du processus. Ce mot familier sert ici à écourter la présentation. Mais on devine tout le reste.
11. On s’est afilé = On s’est préparé. (c’est un verbe ancien qui n’est employé que dans certaines régions.)
12. Na (?) : on dirait qu’il va dire non mais en fait, ce qu’il dit n’est pas un mot !
13. Qui fait le plus de sous : qui rapporte le plus d’argent, qui permet de gagner le plus. (familier). Les sous est le mot familier qui désigne l’argent : J’ai plus de sous. / Il gagne beaucoup de sous. / Qu’est-ce que tu vas faire de tous ces sous ?
14. La rentrée : c’est le mois de septembre, lorsque l’école reprend et que c’est le début d’une nouvelle année scolaire.
15. Point de = pas de (Dans certaines régions, on entend cette négation qui était utilisée autrefois.)
16. Allez ! : ici, cela signifie qu’on est d’accord avec la proposition faite. C’est comme dire : c’est bon, on fait ça. C’est pour montrer que le marché est conclu.
17. A plus : c’est un raccourci de A plus tard. (style familier et oral)
18. le périph = le périphérique, c’est-à-dire les voies rapides qui font le tour de Paris et empruntées tous les jours par des millions d’automobilistes pour se déplacer à Paris. La plupart des gens utilisent l’abréviation.
19. Pratiquement : quasiment, presque.
20. Dans le coin : par ici, dans cet endroit
21. en gros : sans entrer dans les détails
22. jeter un œil : regarder, mais sans y passer trop de temps. (familier)

C’était un petit passage de cette émission.

Au féminin ou pas ?

Histoires de sous-marins

En France, l’Ecole a décidé de se préoccuper de l’égalité entre les hommes et les femmes dès le plus jeune âge pour que les petites filles ne se ferment pas la porte de certaines professions traditionnellement réservées aux hommes. Et l’inverse. Certains Français trouvent à y redire, au nom d’une prétendue nature féminine ou masculine.
J’ai entendu il y a quelque temps une interview à propos de l’ouverture de la profession de sous-marinier aux femmes dans l’Armée. Et je suis restée stupéfaite ! Je vous laisse écouter.

Premières femmes dans les sous-marins

Transcription :
Il y a eu la première femme pilote de chasse en 1946, la première femme contre-amiral en 2001. Eh bien, en 2017, il y aura le première femme sous-marinier, ou peut-être faudra-t-il dire sous-marinière (1). Annonce révolutionnaire du ministre de la Défense pour un des derniers corps totalement masculin de l’armée. Des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins accueilleront donc trois femmes qui vont être formées d’ici trois ans (2). Elles serviront ensuite pour des missions de plus de deux mois sous les mers. Personne ne devrait y trouver à redire (3) sauf… sauf les femmes de sous-mariniers. Mettez-vous à leur place. Valérie L. en a rencontré une. Son mari a embarqué pendant dix-sept ans:
– Ça me poserait un problème, ouais. Même si on est sûre de son mari, mais j’imagine que toutes les femmes ne… ne le sont pas, forcément. Donc il y a des femmes, forcément (4), qui vont se poser des questions pendant deux mois et demi, déjà (5). Et honnêtement, un sous-marin, moi j’en ai visité plusieurs : il faut le voir pour le croire, quoi ! (6) C’est pas du tout adapté… enfin, à une femme, quoi. C’est pas adapté à la mixité (7), déjà ça c’est sûr. Tout est petit… il y a pas tant que ça de (8)… de toilettes, tant que ça de douches, il y a pas tant que ça… Vous voyez ce que je veux dire ? Je suis contre. De toute façon, un sous-marin n’est pas du tout adapté à une femme. Et puis, je suis pas sûre que… Déjà, il faut avoir un sacré mental (9) pour faire ce métier-là, un sacré, sacré mental. Donc il faut vraiment qu’elle soit… Pfff ! (10) Parce que même des hommes… Beaucoup craquent (11), hein ! De toute façon, ils ne font pas une carrière complète parce que c’est tellement difficile, quoi !
Mais vous ne pensez pas que c’est aux femmes de le décider si elles veulent travailler dans ces conditions-là ou pas ?
– Ils peuvent essayer mais je pense que ça marchera pas (12), quoi.

Quelques détails :
1. sous-marinière : bien sûr, ce mot n’existe pas encore. Donc il faudrait créer un féminin, en calquant sur des mots qui fonctionnent comme ça. Mais ce n’est pas toujours évident: par exemple, on ne dit pas « une pompière ». On dit juste : Elle est pompier.
2. D’ici trois ans : dans les trois ans qui viennent au plus tard.
3. Trouver à y redire : cette expression signifie protester, critiquer.
4. Forcément : obligatoirement / c’est inévitable.
5. Déjà : ici, cela signifie qu’elle va donner plusieurs raisons et « déjà » annonce la première. On annonce la deuxième avec « ensuite » ou « et puis ».
6. Il faut le voir pour le croire ! : c’est une expression toute faite qui signifie que c’est incroyable.
7. La mixité : c’est le fait que les hommes et les femmes vivent ensemble et partagent les mêmes lieux. Par extension, on a aussi créé le terme de « mixité sociale » pour exprimer le fait que les classes sociales se mélangent.
8. Il n’y a pas tant que ça de (place, etc…) : cela signifie en fait qu’il y en a très peu. On peut dire par exemple : Ils n’ont pas tant que ça d’argent, pour ne pas dire directement qu’ils en ont peu.
9. Un sacré mental : une très grande force de caractère, un très grand équilibre psychique. Le terme « sacré » met en valeur le terme qui suit. (plutôt familier) Par exemple, on dit : C’est une sacrée bonne nouvelle. On peut le remplacer par « super », qui est familier aussi.
10. Cette onomatopée, ici, montre qu’elle ne peut même pas trouver les mots pour indiquer la force qu’il faut avoir pour faire ce métier.
11. Craquer : ici, c’est le sens de ne plus pouvoir résister, ne plus avoir la force (physique ou mental) de continuer. Par exemple : Il a couru 35 km sans problème. Mais il a craqué avant la fin. / L’ambiance à son travail était très mauvaise. Elle a craqué et a donné sa démission.
12. Ça ne marchera pas = ce sera un échec.

Ce que je me suis dit :
– Cette femme de sous-marinier a une bien étrange conception des relations hommes-femmes au travail ! Elle doit être contente du métier de son mari qui ne l’expose pas à d’autres femmes !
– Au lieu de se dire que ce sont en général les femmes qui ont à subir le harcèlement de leurs collègues masculins, surtout dans des milieux très masculins comme l’Armée, elle voit les femmes comme celles qui vont semer le trouble. Paradoxal !
– J’ai du mal à comprendre qu’on puisse vouloir travailler dans l’armée et dans un sous-marin mais en quoi ce métier serait-il inaccessible aux femmes? Est-ce inscrit dans les gènes? On a dit la même chose des femmes qui voulaient être astronautes, pilotes d’avion, etc… Certaines le sont devenues.

Une chose est sûre, c’est qu’en lisant Vingt mille lieues sous les mers, certains et certaines rêveront peut-être d’être sous-mariniers. Mais pas à la lecture du roman de Marc Dugain, Une Exécution ordinaire, inspiré du naufrage du sous-marin Koursk.

Allez, on coupe court !

Coiffeur
Je pensais qu’il n’y avait que les femmes qui discutaient de tout et de rien chez le coiffeur ! Mais apparemment, les hommes aussi racontent leur vie en se faisant couper les cheveux. Echange sympathique entendu à la radio entre un coiffeur originaire de l’autre côté de la Méditerranée et un habitué de ce salon convivial d’un quartier populaire.


Transcription :

– Qu’est-ce qui distingue un salon de coiffure pour hommes et un salon de coiffure pour femmes ?
– Les femmes, quand elles viennent dans un salon, elles [sait] (1) pas qu’est-ce qu’elles veulent (2). Et puis elles expliquent ça, après elles changent d’idée : Non je veux comme ça. Mais les hommes, quand on fait la coupe, ils demandent et puis on fait la coupe, et puis voilà, parce qu’on est dans la… dans la tête du client.
– Je lui demande d’interpréter de… de par mon visage, je veux dire de faire quelque chose.
– […] visagiste.
– Plutôt court ?
– Ouais.
– Vous allez payer combien ?
– Ah là… C’est… c’est marqué là-bas, voyez. C’est marqué 8€ la coupe.
– C’est… c’est un prix assez bas !
– Bah oui, non. Bah on fait, parce que vous savez, c’est un quartier… C’est pas Champs Elysées (3) ! Il y a toutes sortes de gens, et les gens, ils ont pas de moyens (4). Comme quoi, quelqu’un qui a deux gosses (5), trois gosses, il arrive pas à payer une coupe à 20 €. Ça fait… Quatre coupes, ça fait 80 €.
– Est-ce que c’est un lieu de sociabilité, le salon de coiffure ?
– Ouais. On énumère un petit peu ce qui s’est passé entre deux… deux passages. Et puis… et puis voilà, quoi. On se tient au courant (6) de… de notre petite vie.
– Des fois, si on coiffe le client, le client, il dort. Il a les yeux fermés. Quand c’est fini, on dit : Voilà, monsieur. Si le client, il veut couper avec ciseaux (7), il faut faire avec ciseaux. Le client, si il demande :Tu fais… de faire une coupe ciseaux, on fait une coupe avec ciseaux. On va pas faire une coupe tondeuse. Donc il faut faire… satisfaire le client.
– Pourquoi vous avez choisi ce salon ?
– Bah j’ai l’habitude ici.
– Et alors vous venez ici comme vous venez prendre un café ?
– C’est pareil, ouais. C’est ma maison. Chaque deux mois (8), je viens ici.
– Alors on parle de quoi ici ?
– Bah du temps. Comment ça va, les nouvelles, comment la famille, comment c’est… comme si c’est (9) un salon familial, salon des amis. On parle pas des problèmes. On parle pas ci, on parle pas ça (10). Le client, il se détend. Il fait couper les cheveux (11), il oublie un petit peu le… les problèmes, quoi. On essaie d’arranger […]. On n’est pas médecin mais quand même, quand on touche la tête au client, quand même ça fait plaisir. Ça dépend comment on touche la tête. On va pas… Un client, on prend la tête comme ça. On prend gentiment et puis on… on lui soigne la tête comme les… Comment ça s’appelle, les médecins, quand ils touchent la tête et puis il y a des… Comment vous appelez ça ?
– Les magnétiseurs.
– Ouais, ouais.
– Donc là, vous êtes en pleine consultation (12) !
– Voilà.
– Ouais. Il me prend la tête sans me la prendre (13).
– Voilà.
– Et alors, ça… vous… là, vous aurez le moral en ressortant alors ?
– Ouais. Après avoir vu votre sourire  (14)!

Quelques détails :
1. les femmes, elles [sait] : le bon accord, c’est : Elles savent.
2. Qu’est-ce qu’elles veulent : il faut dire : Elles ne savent pas ce qu’elles veulent. Qu’est-ce qu’elles veulent ? est la question directe. (Au passage, pas très féministe, ce monsieur ! Comme chacun sait, les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent!)
3. C’est pas Champs Elysées : il faut dire Les Champs Elysées. C’est bien sûr un quartier où tout est beaucoup plus cher et luxueux que dans ce quartier populaire.
4. Ils n’ont pas de moyens = ils n’ont pas beaucoup d’argent. On dit aussi : Ils n’ont pas les moyens.
5. Un gosse : un enfant (familier)
6. se tenir au courant : se raconter ce qui se passe, ce qui s’est passé.
7. Avec ciseaux : il faut dire : avec des ciseaux. On parle en fait d’une coupe aux ciseaux ou d’une coupe à la tondeuse.
8. Chaque deux mois : il faut dire : Tous les deux mois.
9. Comme si c’est : il faut dire : Comme si c’était…
10. on parle pas ci… : = On parle pas de ci, pas de ça. (Il fait en quelque sorte allusion à des sujets plus stressants, dans l’actualité par exemple.)
11. C’est plus correct de dire : Il se fait couper les cheveux. On dit: se faire coiffer / se faire couper les cheveux.
12. Une consultation : c’est le nom donné à une visite chez le médecin.
13. Il me prend la tête sans me la prendre : le client fait un jeu de mots. Prendre la tête de quelqu’un au sens figuré (et familier), c’est poser des problèmes à quelqu’un et le contrarier. On dit par exemple : Arrête de me prendre la tête avec tes histoires ! (= Laisse-moi tranquille, ne me stresse pas.) Donc là, le coiffeur aide au contraire le client à se détendre, parce qu’il lui prend la tête dans ses mains en lui coupant les cheveux.
14. Remarque très française sans doute ! Ce n’est pas du harcèlement, mais un compliment. Cela fait partie des codes de « séduction » des Français et des Françaises. Jusqu’à un certain point bien sûr.

Métiers d’hommes, métiers de femmes ?

Moteur La Journée de la Femme hier était l’occasion de rappeler qu’on est encore loin de l’égalité parfaite, aussi bien sur le plan des carrières que celui des salaires. On peut faire ses petits calculs en cliquant ici.

On peut aussi écouter ces deux Françaises. L’une conduit des engins de chantier dans une mine en Nouvelle Calédonie, l’autre travaille dans un atelier de mécanique en métropole.

Transcription :
On se dit à partir du moment qu’on (1) choisit ce métier d’homme, donc nous, on a ce côté homme. Certains, ils sont machos (2) mais après il faut les remettre en place (3) et leur répondre tac au tac (3), hein ! Si par exemple il dit : « Tu connais pas faire ça (5) », bah moi, je lui dis : « Si, je sais faire ». C’est pas parce que nous, on est des femmes qu’on peut pas le faire. On peut le faire. On est plus douces, on est plus consciencieuses, on fait attention aux règles de sécurité tandis que les hommes, ils sont un peu plus brutal (6). Maintenant que j’ai ma… ma petite (7) depuis 2011, c’est vrai que c’est dur. Mais à partir du moment où tu dis : Voilà, et tu veux travailler sur mines et tu veux avoir un enfant, tu es obligée de concilier les deux.

En bleu de travail (8), les cheveux courts (9), cette mécano (10) a toute la journée les mains dans le cambouis (11).
Quand les gens rentrent quelque part où j’ai mes collègues, ils disent : Bonjour messieurs. Et puis moi, je crie bien fort : Bonjour madame ! Ils ont même pas l’idée qu’il puisse y avoir une femme dans un métier technique.
Seule femme de son équipe, elle a constaté des écarts de salaire de 4 à 500 euros avec ses collègues.
Ça joue sur (12)… sur ma vie. Ça joue sur les études de mes enfants, sur plein de (13) choses. Donc effectivement (14), moi, régulièrement, j’entends les collègues dire : J’ai acheté une voiture, j’ai acheté une maison. Moi, aujourd’hui, je peux pas me permettre ça (15). J’ai le sentiment de (16) faire mon boulot (17) comme les hommes donc il y a pas de raison que j’aie pas le même salaire, quoi.

Quelques explications :
1. à partir du moment : cette expression est suivie de , pas de que. C’est équivalent à Quand / Si.
2. macho : abréviation de machiste, pour désigner les hommes qui considèrent les femmes comme inférieures.
3. remettre en place quelqu’un : on dit plutôt Remettre quelqu’un à sa place. Cela signifie qu’on fait comprendre à quelqu’un qu’on n’approuve pas ce qu’il ou elle vient de dire ou de faire et qu’on ne se laisse pas faire ou dominer par lui. Remettre en place s’applique plutôt aux choses et signifie qu’on les range.
4. tac au tac : l’expression complète, c’est répondre du tac au tac, ce qui veut dire répondre immédiatement à quelque chose, réagir et en général corriger ce qui a été dit.
5. tu connais pas faire ça : normalement, il faut dire : Tu ne sais pas faire ça. Le verbe connaître ne s’emploie pas suivi d’un autre verbe.
6. brutal : au masculin pluriel, c’est normalement : brutaux.
7. ma petite = ma fille
8. un bleu de travail : c’est la combinaison que portent les mécaniciens par exemple pour ne pas salir leurs vêtements.
9. les cheveux courts : je me demande bien pourquoi la journaliste mentionne ça ! On n’en est plus au temps où les femmes devaient absolument avoir les cheveux longs.
10. un(e) mécano : abréviation de mécanicien / mécanicienne. (familier)
11. avoir les mains dans le cambouis : Le cambouis, c’est la graisse qu’on trouve dans les moteurs. On utilise souvent cette expression pour décrire ce travail.
12. Ça joue sur… : ça a une influence / un impact sur… (On utilise souvent cette expression à propos du moral : ça joue sur mon moral.)
13. plein de : beaucoup de. (plus familier)
14. effectivement = c’est vrai que
15. ne pas pouvoir se permettre quelque chose : ne pas pouvoir faire quelque chose, notamment par manque d’argent. Par exemple : Il ne peut pas se permettre de partir en vacances à la montagne l’hiver car c’est trop cher.
16. J’ai le sentiment que : Je suis convaincue que / Je suis sûre que
17. mon boulot = mon travail (familier)

Taper plus vite que son ombre !

Populaire - Affiche du film Elle s’appelle Rose Pamphyle. Elle a une vingtaine d’années. Elle vit dans une toute petite ville de province où il ne se passe rien. Elle rêve d’être secrétaire, comme beaucoup d’autres à l’époque. On est à la fin des années 50. Les concours de vitesse dactylographique sont à la mode, organisés par les fabriquants de machines à écrire !

Voici une comédie très fraîche comme les Français en font peu, à la manière des comédies américaines. L’histoire est prévisible mais on ne s’ennuie pas un instant aux côtés de Rose et de Louis, son patron. Elle a du répondant, beaucoup de charme, c’est difficile d’avoir le dernier mot avec elle.

Bref, c’est une très jolie vision des années 50, où les femmes entraient enfin en masse dans le monde du travail salarié et commençaient à accéder à l’autonomie que donne un métier.

Et pour nous qui sommes tous aujourd’hui sur nos claviers d’ordinateurs avec plus ou moins de dextérité, (avec combien de doigts tapez-vous?), c’est aussi la découverte de ces compétitions pleines de suspense qui opposaient des dactylos entraînées comme des sportives de haut niveau ! J’adore le geste qu’elles font en relevant leurs mains du clavier quand la cloche de fin des épreuves retentit ! Le tout filmé avec un sens du rythme, des plans et des couleurs.

La bande annonce est ici.

Transcription :
– Etre secrétaire, c’est moderne. C’est rencontrer un tas de gens (1), faire le tour du monde (2), travailler pour de grands hommes.
– Enfin, si vous travaillez pour moi, vous ferez simplement le tour de Lisieux (3).

– Agence Echard et Fils, j’écoute.
– Elle est comment, alors ?
– Vous êtes une secrétaire lamentable (4).
– La seule chose que je fais vraiment bien, c’est taper à la machine.
– Enfin taper à la machine, c’est le minimum pour une secrétaire !

– Je ne pense tout simplement pas que votre avenir soit auprès de moi, à moins que vous acceptiez de faire un petit quelque chose.
– Si vous pensez que c’est aussi facile que ça de m’avoir dans son lit !
– C’est là que je vous veux. Pas dans mon lit !
– Particper à un concours ?
– Pas participer. Gagner ! Je vous entraîne, je prends tout en charge (5). (Plus vite) Je vous installe chez moi.

– On se croirait dans Autant en emporte le vent (6).
– Tu crois vraiment que je vais lui donner des cours de piano !
– Tu lui plais, Louis.
– Et elle te plaît.
– Rose ne doit penser qu’au championnat ! Elle se rend pas compte (7) du don qu’elle a. Je peux mettre le monde à ses pieds.

– Vous croyez vraiment que vous êtes l’homme de la situation (8) ?
– Tu comptes (9) l’appeler encore combien de fois avant de comprendre qu’il décrochera jamais ? N’importe quel homme qui passe à côté (10) de toi est un imbécile.
– Elle a l’impression que je me sers d’elle, à part que (11) c’est pour elle que je fais tout ça.
– Vous pensez vraiment que la vitesse dactylographique est un sport ?

Quelques détails :
1. un tas de gens : beaucoup de gens (familier, employé à l’oral)
2. faire le tour du monde : voyager dans le monde entier.
3. Lisieux : petite ville de Normandie, très provinciale (par opposition à la vie parisienne), où on imagine qu’il ne se passe rien de passionnant.
4. lamentable : très mauvais. Ce terme est fort et très critique.
5. Prendre en charge quelque chose : s’occuper de quelque chose, en prendre la responsabilité.
6. Autant en emporte le vent : c’est la traduction française du titre du roman de Margaret Mitchell (et du film de Victor Fleming) Gone with the wind.
7. Se rendre compte de quelque chose : comprendre quelle est la situation, ce qui se passe. Louis pense qu’elle n’a pas conscience du don qu’elle possède en tapant si vite.
8. L’homme de la situation : la seule personne capable de gérer tous les problèmes liés à une situation particulière et d’obtenir un résultat, un peu comme un sauveur.
9. Compter faire quelque chose: avoir l’intention de faire quelque chose. Par exemple, on peut dire: Tu comptes rester combien de temps ? / Que comptes-tu faire une fois là-bas ? / Il compte partir quelques mois à l’étranger et chercher du travail.
10. passer à côté de quelqu’un: ne pas se rendre compte de la valeur, des qualités de cette personne. On dit aussi, avec le même sens: passer à côté de quelque chose.
11. À part que = sauf que

Populaire - Making of 2
Allez aussi écouter le cinéaste et ses acteurs ici.
(Et en plus de cette petite vidéo, il y en a quatre autres sur d’autres aspects du film et de son tournage.)

Transcription:
– C’est une comédie romantique et sportive, presque d’action aussi parce que finalement, le sport, à filmer, c’est presque comme filmer des scènes d’action.
– C’est une jeune fille qui vient d’une petite ville et qui… qui devient quelque chose auquel elle s’attend pas, et voilà, quoi. Un premier regard sur… sur la ville, sur le monde, sur les garçons.
– Le personnage de Louis, il est quand même très sombre.
– C’est un vieux garçon (1), le Louis Echard. (2) Enfin il a mis un peu une croix (3) sur l’histoire d’amour.
– Et le personnage de Rose, dans sa transformation, n’est pas que une Julia Roberts. Elle est beaucoup plus que ça.
– Rose Pamphyle, elle sait pas que elle devrait faire comme ci ou comme ça parce que les filles sont censées (4) faire comme ça, parce qu’on lui a pas appris.
– Vous vous croyez malin (5) dans vos costumes comme il faut (6)? Vous me faites ni chaud ni froid (7), Monsieur Echard !
– Il y a l’histoire d’amour qui prend du début à la fin. Et où est-ce qu’elle naît exactement, comment elle va être nourrie, où est-ce qu’on va d’un coup lâcher ? C’est pas tout rose (8), quoi. C’est pas… On fait pas une histoire d’une championne et tout va bien, non, non, non. Il y a de l’âme, il y a du… il y a du tourment, voilà.
– Pourquoi une fille vaudrait (9) moins qu’un garçon ? Ou pourquoi une fille pourrait moins faire de choses qu’un garçon ? Et c’est vrai que c’est quelque chose qui est très, très… très moderne à l’époque (10).

Quelques détails :
1. un vieux garçon : un homme qui ne s’est pas marié. C’est péjoratif, contrairement à célibataire qui dit juste que la personne n’est pas mariée. L’équivalent féminin, c’est une vieille fille. L’idée, c’est que dans une société qui valorise le mariage, ce sont des gens qui n’ont pas réussi à se marier et qui mènent une vie plutôt sclérosée, monotone et rigide.
2. Le Louis Echard : ajouter le devant un nom propre, c’est en général plutôt péjoratif. (sauf dans le sud-ouest où ils le font souvent, contrairement aux autres régions où c’est rare)
3. mettre une croix sur quelque chose : renoncer à quelque chose. On dit aussi : faire une croix sur quelque chose.
4. Être censé faire / dire quelque chose : agir comme ce que les gens attendent, comme les conventions l’exigent.
5. Malin : intelligent, supérieur.
6. Comme il faut : convenable / respectable
7. ne faire ni chaud ni froid à quelqu’un : ne pas troubler cette personne, n’avoir aucun impact sur elle.
8. C’est pas tout rose: ce n’est pas facile tout le temps. Il y a des difficultés.
9. Vaudrait : c’est le conditionel du verbe valoir.
10. À l’époque : en ce temps-là / dans ces années-là.

Les beaux nuages

Agde
Les grandes chaînes de télévision en France ont toutes leur Météo, après les journaux télévisés. Regarder la météo est comme un rituel quotidien, préparation au lendemain et aux jours à venir.
La carte de France sous les yeux jour après jour, les noms des régions égrenés, les villes associées à leurs températures matinales et à celles de l’après-midi: voyage quotidien, organisé et commenté par des présentateurs et des présentatrices qui s’y connaissent*, à force de travailler avec les prévisionnistes de Météo France ! Et qui aiment ça !

Transcription :
Comment naît cette vocation, Catherine Laborde ? Comment devient-on présentatrice Météo ?
– Ah ! Eh bien je n’en sais rien, Guillaume. Franchement, si je…
D’abord, vous êtes frileuse, parce qu’il faut quand même le dire à nos auditeurs que vous êtes enfouie sous trois, quatre pulls…
– Ne me trahissez pas !
Donc voilà, apparemment vous avez froid. Alors peut-être que c’est la raison pour laquelle vous êtes devenue…
– Mais peut-être, en effet, c’est la raison inconsciente. En effet, j’ai… j’ai toujours froid. J’aime beaucoup, beaucoup la chaleur. Mais… mais c’est un secret ! Il faut pas dévoiler tous les secrets. Non, moi, je suis en effet très frileuse. Comment on devient présentatrice météo ? Je n’en ai pas la moindre idée (1). C’est… c’est le hasard. Moi, mon hasard, ça a été ma sœur Françoise Laborde qui travaillait à TF1 (2), copine avec Michel Cardoze qui cherchait quelqu’un pour la météo le matin. Moi j’étais une comédienne au chômage avec un enfant en bas-âge. Et puis voilà ! C’est… c’est les hasards de la vie vraiment, c’est….
Bon alors si vous ne savez pas comment on le devient, vous savez pourquoi on le reste en tout cas, puisque vous êtes une authentique passionnée par la météo aujourd’hui.
– Pourquoi on le reste ? Par passion. Ça, c’est vrai que le terme est juste. Parce que… parce que c’est… c’est jamais la même chose, parce que c’est toujours différent, parce que… Souvent, on me pose la question :
« Mais ça vous embête (3) pas ? » – Enfin, ça fait très longtemps que je présente la météo maintenant, plus de vingt ans – « Et ça vous embête pas ? » Bah non ! C’est… Ça change tout le temps, quoi ! C’est les nuages, les merveilleux nuages, quoi, de Baudelaire (4). C’est… c’est magnifique, la météo ! Il y a des situations qui se ressemblent mais il y a jamais exactement la même situation. Quelquefois, il faut resserrer la météo parce qu’il y a le programme précédent qui a été enregistré et qui est plus long qu’on ne le pensait. Donc on pense qu’on va avoir deux minutes de météo, ce qui est peu, et puis on se trouve avec quatre minutes, ou le contraire. Donc il faut s’adapter très, très vite. Et puis, c’est vrai que nous, à la météo, on peut pas non plus lire un prompteur (5) qu’on aurait écrit, on peut pas dire par coeur puisque les infos prévisionnelles arrivent deux heures avant. C’est-à-dire que moi, je fais fabriquer les cartes par les graphistes une fois que j’ai parlé avec les ingénieurs de Météo France, puisque ce sont eux qui ont… qui ont l’info, hein, c’est les ingénieurs de Météo France. Et puis je fais fabriquer par les graphistes et après, roule ma poule (6) ! C’est moi qui improvise. Mais je sais où je vais, je sais comment j’ai fait fabriquer les cartes, pourquoi, pour dire quoi. Et… et je pense qu’on a un… une… C’est un métier très pédagogique, quoi, c’est ça, notre truc: c’est de… de reprendre une parole scientifique pour essayer de la dire simplement, sans trop simplifier parce que dans ce cas-là, on trahirait les… les prévisionnistes.
Joël, vous, vous dites qu’il y a des météo-susceptibles (7), et des régions où il faut faire attention à ce que l’on dit !
– Oui, oui, oui. C’est vrai. Je pense que Catherine sera d’accord avec moi.
– Oh mais je sais de quelles régions tu vas parler !
Alors… alors, de quelles [régions, va] Catherine ?
– Faut pas (8) que tu te mettes devant, hein, sur la carte !
– Voilà, c’est la Bretagne ! C’est la Bretagne. Mais… mais pourquoi ? Parce que d’abord, comme dit Joël, il faut pas se mettre devant. Souvent, on a tendance à cacher la Bretagne parce que la Bretagne, c’est la pointe la plus occidentale (9). Mais aussi parce que la Bretagne est peuplée de Bretons qui, comme chacun sait, est un peuple de marins ; et la météo, les marins sont les premiers concernés par la météo. Ce sont d’excellents météorologues. D’ailleurs, à Météo France, il y beaucoup d’ingénieurs météo qui sont des bretons. Donc c’est… c’est une vraie culture, la météo. Donc ils s’agit pas de dire des bêtises ! (10)

Quelques détails :
1. Je n’en ai pas la moindre idée  = je ne sais pas du tout pourquoi. Mais cette façon de dire a plus de force car c’est un style plus soutenu, d’autant plus qu’ici, Catherine L. emploie bien une négation complète, avec ne… pas.
2. TF1 : l’une des chaînes de télévision principales en France. C ‘est la chaîne qui a été créée en premier. Elle a été privatisée il y a quelques années.
3. Embêter : ennuyer (familier).
4. Les merveilleux nuages : ce sont les derniers mots du poème de Charles Baudelaire, L’étranger : Et qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages. (1869)
5. un prompteur : c’est le système qui permet à un présentateur à la télé de lire le texte qu’il doit dire tout en regardant la caméra. Pas de risque d’oublier quoi que ce soit puisque cette machine lui souffle ce qu’il doit dire. Encore un exemple de l’assimilation d’un mot anglais, avec une orthographe à la française.
6. Roule ma poule ! : Vas-y, sans hésiter, sans te poser de question. (familier)
7. être susceptible : c’est se vexer facilement. Ce mot «météo-susceptible » n’existe pas mais signifie que certains se vexent, ne sont pas contents si on ne parle pas de leur région, ou si on en parle mal, ou trop vite.
8. Faut pas que… : tournure très orale puisque normalement, il faut dire : Il ne faut pas que… (= on ne doit pas / tu ne dois pas, etc…). Très orale mais très ordinaire dans les situations où on n’est pas obligé de surveiller sa façon de parler.
9. La pointe occidentale : la Bretagne a une forme particulière et c’est la partie la plus à l’ouest. D’ailleurs, un des départements de cette région s’appelle le Finistère, c’est-à-dire la fin des terres.
10. Il s’agit pas de dire des bêtises : il ne faut surtout pas raconter n’importe quoi, dire quelque chose qui soit faux. (style familier) C’est totalement exclu !

* s’y connaître: être compétent dans un domaine.
Si tu ne sais pas quel vin acheter, tu peux lui demander conseil. Il s’y connaît.

Si vous ne connaissez pas encore Romain, un autre passionné de météo, allez l’écouter ici !

Un poids plume dans un poids lourd

Y a-t-il une Barbie conductrice de poids lourd pour modeler les rêves des petites filles ? La réponse est non. Barbie conduit une voiture – en général rose et petite, genre une Fiat 500 ou une Mini Cooper, c’est redevenu la mode – ou un camping car. Mais pas de 38 tonnes. Les clichés ont la vie dure*. Pas facile de mettre les pieds dans des univers très masculins depuis toujours en France !
Alors voici Valentine qui a choisi de passer derrière le volant de ces véhicules longtemps réservés aux seuls hommes.
Jolie conversation où il est question de compétences, de machisme, de radio et du plaisir de faire jour après jour un métier qu’on aime. Elle m’a bien plu, Valentine. Pas question de lui dire qu’elle ne fait pas le poids !*

Transcription:
Bonjour Valentine.
– Bonjour Brigitte.
Alors, vous conduisez, Valentine, essentiellement des semi-remorques. Ça… Ça fait (1) quelle longueur, pour être très pratique ?
– Alors, en moyenne, ça dépend des remorques, mais en moyenne, ça fait dans les 16 mètres (2) de long.
D’accord. Comment êtes-vous devenue chauffeur routier (3), Valentine ?
– Bah, c’est un long parcours.
Oui ? Qu’on ne peut pas détailler mais… mais en bref (4), c’est un métier que vous avez pratiqué dès la sortie de vos études ?
– Non, non. En fait, j’ai fait un bac littéraire. Ensuite, j’ai fait un an aux Etats-Unis et je me destinais à des études de langues. J’ai gardé un peu ce… cette passion de l’anglais. Mais je voyais pas trop où ça allait me mener en fait à la fac (5). Du coup, j’ai arrêté. Comme j’avais des amis dans le transport, en partant une nuit avec eux, je me disais: « Oh là, là ! C’est trop bien (6) !… Enfin, c’est ça que je veux faire.  » Et en fait, ça me convient très bien. Là, ça fait six ans que je suis dans la même boîte (7). J’ai toujours autant de passion à faire ça.
Donc pour être chauffeur routier, il faut un permis poids lourds, hein, c’est… c’est la base, sans doute. Est-ce que c’est un examen difficile à passer ?
– Ouais ! C’est plus compliqué qu’on pense en fait. Il faut déjà avoir le permis B – le permis voiture. Ensuite le permis poids lourds. Et pour les véhicules comme je conduis, les véhicules articulés, les semi-remorques, c’est un permis EC. Donc un véhicule articulé mais de grande longueur. Mais, ouais, il y a deux parties. C’est un peu comme le permis moto. On a une partie théorique, une partie pratique, on a des manoeuvres (8) à faire. C’est beaucoup plus complet qu’un permis juste de voiture.
Faut-il apprendre la… la mécanique ?
– Il y a des notions de mécanique, oui, à apprendre. Et puis ouais, c’est vraiment complet… enfin… En plus du permis… en plus on peut pas travailler comme ça. On a aussi une FIMO (9): c’est une formation sur un peu tout ce qui est sécurité, lois. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses, qui régissent un peu tout ce métier-là. Donc ouais, c’est pas… Enfin, je dirais pas que c’est pas adapté à tout le monde, mais ouais, il y a quand même pas mal de choses à faire, à apprendre.
Et au niveau de… de la santé, évidemment, j’imagine qu’il faut être en bonne santé, mais par exemple, y a-t-il un poids minimum à avoir, pour… pour qu’on puisse représenter une certaine force ?
– Ah non ! Bah, pour vous dire (10), je fais 50 kg. Donc si ça peut vous donner une idée, c’est pas… C’est plus comme avant où justement, fallait (11)… C’était vraiment un travail de force. Après, ça dépend des… du métier qu’on fait parce que même dans le transport, il y a plein, plein de transports différents, mais aujourd’hui, il y a plus de… enfin, on n’a pas… on n’a pas besoin d’être très costaud (12) pour faire ce métier. Tout est assisté. Franchement, ça a beaucoup, beaucoup changé, hein. C’est…
J’imagine que si, oui, vous avez un problème technique avec votre… votre poids-lourd, eh bien, vous… vous êtes immédiatement assistée parce qu’aujourd’hui, il y a beaucoup d’électronique. Donc vous ne pouvez pas réparer toute seule, quoi.
– Même une roue en fait, on les change plus comme avant. Maintenant, enfin, tout le monde touche pratiquement plus (13) à rien. On connaît les notions de mécanique mais c’est vraiment rare qu’on fasse. Nous, on bidouille (14) un peu, mais on fait pas de…
Et Valentine, les employeurs embauchent-ils normalement ou facilement des femmes comme chauffeurs ou est-ce que c’est encore difficile ?
– Moi je trouve que c’est encore difficile. Après (15), ça… ça a quand même beaucoup évolué aussi. Ils sont moins réticents qu’avant. Mais après (15), enfin, on sait qu’il y a des endroits, c’est même pas la peine de (16) postuler parce que justement, ils ont encore cette mentalité assez macho (17), on va dire, ou… ou parce que justement, ils ont eu des exemples… enfin, il y a des femmes qui sont venues travailler, ça s’est pas bien passé. Mais dans l’ensemble, quand même si, ça… ça a bien évolué. Puis on est de plus en plus, donc ils voient bien que bah… la compétence n’a pas de sexe comme on dit tout le temps. On est capables ou… c’est pas parce qu’on est un homme ou une femme. C’est…
Alors, Valentine, on en vient quand même… Qu’est-ce qui est agréable pour vous dans ce métier ? Parce que vous faites… Vous faites combien d’heures par jour ? Vous faites neuf heures ?
– Au volant, ouais, je fais 9 heures à peu près, plus après, bah les… le chargement, le déchargement. Mais ouais, ça fait à peu près 9 heures de pure conduite, ouais.
Oui. Donc qu’est-ce que vous trouvez de… de… plutôt sympathique à vivre dans… au volant de votre… de… de votre poids lourd ?
– Bah déjà, oui, faut (18) aimer conduire. Donc moi, j’aime bien ça. Après, j’adore écouter France Inter, surtout. Donc toute la journée, je passe un peu… enfin, je connais toutes les émissions, à la suite. Ça permet de se cultiver. Et aussi alors après… Avant, je partais à la semaine. C’était vachement plus (19)… un peu l’aventure. On savait pas trop où on allait dormir…
Vous dormiez dans votre cabine ?
– Oui, oui, je dormais dans mon camion, ouais.
Qui sont très confortables, j’imagine.
– Oh oui, maintenant, c’est… c’est super. On a le chauffage de nuit.
Oui.
– C’est comme une petite maison, quoi. Moi, ça me plaisait beaucoup, ouais.
Et vous ne le faites plus ?
– Non, j’ai arrêté en fait. Et du coup, je fais toujours le même travail. Là, je fais vraiment la même route tous les jours. C’est une navette en fait.
Hm, hm. Et vos collègues, la plupart du temps, sont des hommes. Comment… comment ça se passe entre vous quand vous vous arrêtez dans les stations services ? Est-ce qu’il y a de la bienveillance ? Est-ce que c’est vraiment très macho ? Est-ce que c’est plutôt agréable ?
– Bah là aussi, c’est vrai que ça change beaucoup. Il y a un peu de tout (20). Et ça dépend pas forcément de l’âge, que ce soit des jeunes chauffeurs routiers ou des anciens, il y en a que ça dérange vraiment pas, qui nous prennent justement un peu sous… sous nos… sous leur aile (21), qui sont très bienveillants. J’ai eu beaucoup de collègues qui m’ont aidée, parce qu’ils sont contents justement, ça les change un peu d’avoir des femmes… des collègues femmes. Mais il y a toujours des gens qui vont faire des réflexions hyper machos… enfin, j’en ai entendu… Et on devient très féministe, hein, dans ce travail !
Oui, c’est ce que j’ai l’impression que vous êtes en train de devenir, très féministe ! Valentine, merci.
– Merci à vous.
Bonne journée.

Quelques explications:
1. ça fait combien de long ? : en français, on utilise très souvent le verbe faire pour parler des mesures : ce camion fait 16 mètres de long. / Il fait 30 tonnes.
2. dans les seize mètres: on ajoute dans quand un chiffre n’est pas précis, comme on dirait environ. (C’est un peu plus familier). Par exemple:  Cette jeune femme a dans les 30 ans je pense.
3. chauffeur routier: il n’y a pas de féminin pour le nom de ce métier qui a longtemps été exclusivement masculin.
4. en bref: sans entrer dans les détails. En revanche, on dit bien un conducteur / une conductrice. (Le problème, c’est qu’une chauffeuse en français, c’est tout à fait autre chose: il s’agit d’un sorte de petit fauteuil bas.)
5. la fac: abréviation de faculté qui est synonyme de université.
6. c’est trop bien: c’est vraiment très bien. Trop est souvent utilisé dans ce sens, différent de son sens de base, pour renforcer un jugement qu’on porte sur quelque chose. (plutôt familier et fréquent à l’oral)
7. une boîte: une entreprise (familier)
8. des manoeuvres: faire des manoeuvres (ou manoeuvrer), c’est déplacer son véhicule dans des situations différentes : reculer, se garer, faire demi-tour, etc…
9. une FIMO: une Formation initiale Minimale Obligatoire, c’est-à-dire une attestation nécessaire pour travailler dans les transports.
10. pour vous dire: on utilise cette expression pour annoncer qu’on va donner un exemple significatif de ce qu’on veut prouver.
11. fallait: il manque « Il« , comme souvent à l’oral dans ce genre d’expression. Mais ne l’oubliez pas à l’écrit, car ça fait bizarre, même si personnellement, vous ne le diriez pas à l’oral, dans des situations familières.
12. costaud: fort physiquement. (plutôt familier)
13. pratiquement plus = quasiment plus
14. bidouiller: bricoler, réparer quelque chose en bricolant. (familier)
15. après: ce n’est pas le sens temporel habituel. On l’emploie à l’oral pour marquer le contraste avec quelque chose qu’on vient de dire, pour nuancer. C’est comme dire: Bien sûr… Mais / Cependant
16. c’est même pas la peine de… : il manque ne. = ça ne sert absolument à rien de…
17. macho: abréviation de machiste, c’est-à-dire un homme qui fait sentir sa supériorité de mâle aux femmes. On peut l’employer comme nom: c’est un macho. Ou comme adjectif: Il est macho / Il a une attitude macho.
18. Faut = il faut (uniquement à l’oral, dans un style familier)
19. vachement plus = beaucoup plus (familier, oral)
20. Il y a (un peu) de tout: c’est varié. (familier)
21. prendre quelqu’un sous son aile: l’aider, le guider en le protégeant. (comme une maman oiseau avec ses oisillons)

* avoir la vie dure: résister, durer. (à propos de croyances, de clichés, traditions par exemple)
* ne pas faire le poids: ne pas avoir les capacités nécessaires pour faire quelque chose, pour réussir une mission en face d’un adversaire par exemple.
* Pas question de… : impossible de…

L’école et les chiffres

– Le budget de l’Education est passé de 28% à 21% du budget de l’Etat entre 2007 et 2010.
– 60 000 postes ont été supprimés entre 2007 et 2011.
– 14 000 autres suppressions sont prévues d’ici fin 2012.
– 1422 classes ont été supprimées dans le primaire en 2011.
– 1407 suppressions sont prévues en 2012.

– Les effectifs dans les écoles primaires, les collèges et les lycées ont augmenté de 65 000 élèves depuis 2008.
– Les heures supplémentaires des enseignants représentent l’équivalent de 40 000 postes.

Alors, on arrive à des situations comme celle qui a fait les titres hier dans la presse:

Et à la radio:Transcription:
Une des deux annonces a été publiée le 1er avril mais ce n’était pas une blague (1). Pour la FCPE (2), ce genre de démarche est une des conséquences des suppressions de postes dans l’Education.
– Quand le rectorat n’a plus personne sous la main (3), ils essaient de faire un peu comme ils peuvent, hein, pour trouver quelqu’un. Et c’est ça qui est gênant, parce que si le rectorat (4) n’a personne à proposer, c’est que ces suppressions ont amené à faire disparaître un vivier (5) de remplaçants et de remplacements. Donc pourquoi aller sur la Toile (6) que la maison-mère (7) n’a pas ? C’est du n’importe quoi (8) ! Aller sur la Toile, ça ne répond pas aux suppressions de postes, ça ne répond pas à la casse (9) de l’Education Nationale.
– Je crois qu’il faut quand même faire attention à la nature du support et je veux dire qu’on ne recrute pas un professeur (10) comme on achète une voiture d’occasion ou une salle à manger Louis XV.
Pour la FCPE, il y a rupture de contrat dans l’obligation de transmettre la connaissance et elle envisage d’aller en justice pour obtenir réparation.

Quelques explications:
1. le 1er avril, comme vous le savez, c’est le jour des poissons d’avril, où certains annoncent des nouvelles farfelues ou font des blagues aux autres.
2. la FCPE: la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves.
3. avoir quelqu’un sous la main: avoir quelqu’un qui est disponible.
4. le rectorat: c’est l’organisme qui gère tous les établissements d’enseignement dans un département.
5. un vivier: une réserve
6. la Toile: c’est le mot français pour Web (mais qui est assez peu utilisé en fait.)
7. la maison mère: ici, c’est le ministère de l’Education Nationale, dont dépend toute l’éducation en France. (ce qui garantit un accès équivalent à l’éducation sur tout le territoire, de façon égale. C’est un des principes de la République française.)
8. C’est du n’importe quoi = c’est absolument nul.
9. la casse = la destruction
10. le recrutement des professeurs en France: il se fait sur concours (des concours bien sélectifs, exigeants et uniformes pour garantir les mêmes conditions d’enseignement dans toute la France.) Les enseignants sont des fonctionnaires, recrutés par le Ministère de l’Education Nationale et qui savent quelle est leur mission.

C’était déjà annoncé avant la rentrée:

D’un côté, un gouvernement qui applique sa politique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et qui rend les conditions de travail des enseignants tellement difficiles que le métier finit par perdre toute attractivité auprès des jeunes.

De l’autre, ce même gouvernement qui fait des campagnes de pub (débiles) dans les journaux et sur internet pour vanter la grandeur du métier de prof ! On n’est pas à un paradoxe près.

Ce qui, pour finir, oblige, dans l’urgence, certains chefs d’établissements publics à passer des annonces pour trouver quelqu’un – n’importe qui – à mettre en face des élèves !

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