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Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Livres toujours

l'herbier des fées le site

Je lis sur du papier. Je lis au moins aussi souvent désormais sur une liseuse (que je tiens comme un livre grâce à son étui qui s’ouvre). Mais dans le fond, il y a peu de différence puisque mes lectures numériques ne sont rien de plus que les mêmes mots alignés sur un écran au lieu de l’être sur une page imprimée.
Mais en ce moment, je suis en train de lire une BD qui n’est pas imprimée et qui joue avec les possibilités offertes par les informaticiens. (Je vous en parle bientôt, quand je l’aurai terminée.)

Alors, j’ai repensé à ce que disait un illustrateur de livres pour enfants dans un petit reportage à la radio que j’avais gardé. Il y parle des deux versions de son livre, L’Herbier des fées, et des livres en général. Il est gai, enthousiaste. Il a cette fraîcheur créative et émerveillée qui ressemble à l’enfance.

Avant de l’écouter (ou après), voici où aller pour voir à quoi ça ressemble.

Papier ou écran

Transcription :
– Bienvenue.
– Je m’attendais à un atelier très numérique et je vois qu’il y a de la peinture partout !
– Oui. En fait, je fais du numérique, mais alors vraiment, je le fais en étant complètement… un peu étrange, parce qu’on a fait… par exemple, ce livre numérique qu’on a fait, L’Herbier des fées, on l’a fait qu’avec des techniques traditionnelles, c’est-à-dire c’est peint à la main, l’animation, elle est faite à l’ancienne, avec vingt-quatre dessins par seconde, etc. Donc on a fait un livre numérique avec une façon de le faire très, très archaïque.
– Et donc du coup, enfin pour vous, le numérique, c’est encore un…
– C’est un nouveau… un nouvel (1)… Alors, dans le numérique, ce qu’il y avait de formidable, c’est vraiment l’idée d’avoir l’animation. Ce sont des fées, entre guillemets (2), enfin en tout cas des êtres, et on va les voir bouger. On va les voir vivre. Et ça, c’est… Et en fait, filmés comme des… C’est ça qui est très drôle, parce qu’on l’a filmé comme des vieilles caméras Super 8, en vieillissant exprès la pellicule, en l’abimant, etc.
– Vous pouvez me montrer ?
– Alors, je vais vous montrer. Voilà, bah on arrive sur la page, il y a rien, il y a que le personnage. Et si on… Voilà, on passe le doigt. Et on peut faire apparaître… des êtres.
– C’est super !
– Donc là, on peut vraiment les faire disparaître devant nous. On peut voir comment elles se guident sur une espèce de chauve-souris. On a… On peut vraiment… Tout ça, ce sont des choses qu’on peut pas faire dans le livre papier.
– Est-ce que vous avez l’impression que c’est plus (3), un livre numérique ? C’est quelque chose de plus qu’un livre ?
– Non. Il y a des choses aussi dont je me suis rendu compte que… on pourrait jamais les avoir en livre numérique. Par exemple…
– Pourquoi ?
– Il y a une chose très importante, c’est l’échelle et le format. Ces… ces livres-là sont des livres objets. Donc là, le livre, là, L’Herbier des fées, quand vous le voyez, c’est un grand livre. Quand vous l’ouvrez, il vous prend un grand espace. Et quand vous avez des images comme celle-ci, vous avez une image qui vous prend beaucoup d’espace que vous voyez, que vous pouvez découvrir. Vous pouvez avoir votre tête complètement dedans. Il y a un rapport d’échelle qui est très important, qui rend le côté beau plus impressionnant aussi et…et qui vous immerge vraiment dans un univers. Il y a le rapport tactile, le papier, le calque, la découpe. Il y a même des gosses (4) qui se mettent derrière, comme ça, et tout. C’est… C’est… Voilà, il y a un côté…. Ça, jamais on l’aura dans le livre numérique ! Le travers (5) d’un livre numérique… D’un côté, c’est très chouette (6) pour les créateurs, parce que nous, on maîtrise tout, c’est-à-dire on maîtrise le temps, on maîtrise le son, on maîtrise le mouvement, on maîtrise la couleur – ça aussi, c’est un truc très important, c’est vrai que la couleur est parfaite. Mais quand on a un livre papier, on lit et on peut aussi s’arrêter. Il y a toute une place à l’imaginaire, les pauses qu’on peut faire. Un livre numérique, on est presque plus contraint par le créateur. On est vraiment obligé de suivre une narration. On va être beaucoup plus, finalement, guidé et moins…
– Moins de liberté ?
– Moins libre de sa lecture, je pense. Parce que voilà, c’est un médium qui est plus total, et donc qui est un peu comme la télé ou machin (7), c’est-à-dire attrape vraiment. Et le livre est le média de tous qui laisse le plus la place à l’imaginaire et qui rend la personne qui le… qui le détient le plus actif. C’est-à-dire qu’un livre, a fortiori (8) même les romans, enfin vraiment les livres sans illustrations, c’est vraiment le moment où on demande le plus de travail à… au lecteur. Dire que le livre papier devient obsolète face au livre numérique, je pense que c’est une erreur. Je pense que non (9), parce que le livre papier, il est parfait.

Des détails :
1. un nouveau… un nouvel… : Il cherche ses mots et pense à un mot masculin, mais qui commence par une voyelle puisqu’il dit « un nouvel »: par exemple, un nouvel outil, un nouvel instrument, un nouvel élément. Puis finalement, comme souvent quand on parle, il explique les choses autrement !
2. Entre guillemets : cette expression sert à montrer qu’on ne prend pas les choses au sens littéral du terme.
3. Plus : davantage. C’est pour ça qu’on prononce le S à la fin.
4. Des gosses : des enfants (familier et affectueux)
5. le travers : le côté négatif, le défaut
6. c’est très chouette : c’est très bien (familier)
7. ou machin : expression familière qui sert juste à ne pas entrer davantage dans les détails.
8. A fortiori : à plus forte raison, encore plus
9. Je pense que non : en français, pour donner son opinion, on utilise oui, non et si. Par exemple:
Ils ont vendu beaucoup de livres numériques ? => Je pense que oui. Ou l’inverse : Je pense que non.
Il n’a pas dû utiliser de peinture pour ses dessins. => Je pense que si. (parce que la phrase à laquelle on réagit comporte une négation.)

Depuis sa plus tendre enfance

Lectures d'enfant
Dans le train, le métro, le bus, au café, que faire quand on n’a pas grand-chose à faire ? De plus en plus souvent, sortir son téléphone. Geste réflexe, irrépressible, tête baissée vers ces petits écrans.
Mais certaines têtes continuent à se baisser vers des lectures, qui les emportent aussi ailleurs. Des lectures dont ils parleront peut-être à d’autres, dont ils ont eu envie parce qu’on leur en a parlé. Le goût de lire est toujours là, héritage familial ou conquête personnelle.
Lydia est de ceux-là.
De jour comme de nuit !
Transcription :
– Alors, Lydia, je vous dérange en pleine lecture (1), j’ai l’impression, là, hein !
– En effet !
– Qu’est-ce que vous êtes en train (2) de lire ?
– Je suis en train de lire un livre de Hwang Sok-Yong, qui s’appelle Shim Chong, fille vendue. C’est un livre coréen, qui parle de l’histoire d’une jeune fille coréenne, qui va être vendue. Très jeune, elle va être amenée en Chine, elle va être vendue en tant que prostituée. Voilà.
– Pourquoi la littérature coréenne ?
– Alors, c’est un livre que j’ai offert à mon colocataire (3) parce qu’il a vécu un an en Chine, quatre mois au Japon et… Voilà, c’est un cadeau d’anniversaire, qu’il a lu, puis qu’il m’a prêté, en disant que ce serait un livre qui me plairait. En effet, c’est une lecture très agréable.
– Du coup, le livre circule chez vous.
– Oui, c’est ça. Le livre circule en effet.
– Donc ça veut dire que pour vous, le livre est un partage ?
– Oui, oui, le livre est un partage, oui, oui. D’ailleurs, l’année dernière, avec des amis, on s’était amusé à (4) organiser des… des dîners qu’on appelait Littérature et Gastronomie. La personne qui recevait (5) choisissait un livre que tout le monde était censé (6) avoir lu pour le fameux dîner (7), qui était censé être un tant soit peu (8) gastronomique. Et on en discutait à table et c’était vraiment quelque chose d’assez intéressant à partager.
– Est-ce que vous avez toujours lu ?
– Oui, j’ai… j’ai toujours beaucoup lu, depuis ma plus tendre enfance (9). Ma mère m’achetait souvent des bouquins… m’a… m’a très vite formée à la lecture, et j’ai toujours beaucoup apprécié ça. Donc ça m’a souvent permis de m’évader, de rêver.
– Vous baignez dans ce… dans cet univers-là ?
– Non, pas du tout ! Je suis interne (10) à l’hôpital. Donc…
– Du coup, c’est un compagnon de garde (11), alors.
– Oui, c’est ça, en effet.
– C’est pas mal, hein !
– Entre deux patients ! (12)
– La nuit, par exemple, quand vous êtes de nuit (13)?
– Oui, oui, absolument. C’est-à-dire que, en effet, il arrive la nuit… par exemple, par exemple, en ce moment, je suis en pédiatrie et il est arrivé l’été que les Urgences soient moins fréquentées et qu’entre temps, bah, je lise mon bouquin, en attendant qu’un patient arrive et… Oui, c’est pas mal ! (14)
– Je vous laisse découvrir la suite, alors.
– Merci.
– Merci, au revoir.

Des explications :
1. en pleine lecture : Lydia est plongée dans son livre. On utilise cette expression pour montrer qu’on est totalement pris par une activité : Il est en plein travail. / Ils sont en pleine répétition, ne les dérange pas. / Nous sommes en pleins travaux de peinture à la maison. / Sur cette photo, on le voit en plein effort.
2. Être en train de faire quelque chose : c’est bien comme ça que s’écrit en train, en deux mots, contrairement à ce qu’on lit souvent : entrain. Ce mot existe aussi mais est synonyme d’enthousiasme, d’envie : Il travaille avec entrain. On peut être en train de faire quelque chose avec ou sans entrain !
3. Un colocataire : c’est quelqu’un avec qui on partage un appartement, pour réduire les frais de loyer et les charges pour chacun. Dans ce cas, on vit en colocation. Familièrement, on utilise l’abréviation coloc, la même pour ces deux mots : Je cherche une coloc à Paris. / Mon coloc est parti en vacances pour quelques jours.
4. S’amuser à faire quelque chose : faire quelque chose par jeu et par plaisir, sans se prendre au sérieux. Elle s’amuse à créer ses propres vêtements.
5. Recevoir : organiser un repas chez soi pour des amis, des invités. En France, on s’invite les uns chez les autres.
6. Être censé : être supposé. La « règle », c’est que chacun devait avoir lu le livre choisi.
7. Le fameux dîner : le dîner en question. Cela signifie qu’on mentionne quelque chose dont on avait parlé avant et qu’on le met en avant : C’est la fameuse vidéo dont je t’ai parlé. / Ah, voici la fameuse Lydia !
8. Un tant soi peu = un peu / un minimum.
9. depuis ma plus tendre enfance : c’est une expression toute faite, pour montrer que ça a commencé très jeune.
10. Un interne : dans le milieu hospitalier, c’est un étudiant en médecine qui a passé l’internat, un concours qui lui permet d’être attaché à un hôpital pour la suite de ses études.
11. Une garde : c’est une période pendant laquelle un interne ou un médecin est responsable d’un service. On dit qu’on fait des gardes: Il fait des gardes aux Urgences. / J’ai une garde la nuit prochaine. / Je suis de garde mardi toute la journée.
12. Un patient : c’est quelqu’un qui vient consulter un médecin.
13. Être de nuit : être chargé de travailler la nuit.
14. C’est pas mal : c’est plutôt bien. (familier)

Et si vous aimez lire des histoires vraies,
Si vous voulez vous plonger justement dans l’ambiance des gardes des étudiants en médecine, entre autre,
Si vous aimez ce qui est écrit avec entrain et précision, allez chez jaddo.
Et là, ce sera sur un écran ! (même si maintenant, il y a un livre. Comme quoi…) J’aime ce blog depuis le début ! Pour son nom et le reste.

Compagnons

Lecture

Les livres qu’on achète et qui sentent le papier neuf. Ceux qu’on emprunte dans les bibliothèques, parfois un peu trop usés. Ceux qu’on nous prête et qu’il faut rendre. Ceux qu’on prête et qui parfois ne reviennent pas.
Les livres nous accompagnent, prennent de la place, circulent. (C’est sans doute une des raisons pour lesquelles que je ne passerai jamais définitivement aux livres qu’on lit sur une liseuse: impossible de se les prêter. La liseuse est pratique mais égoïste!)
Pas de vie sans livres donc, comme le raconte ce lecteur qui ne les a pourtant pas toujours aimés.

Transcription :
– Est-ce que vous êtes attaché à… à l’objet livre ? Est-ce que c’est quelque chose qui est important pour vous de garder les… les.. une trace de votre lecture ?
– Pas forcément (1). Il y a des livres qu’on me prête, donc forcément, je les garde pas. Il y a des livres que j’achète, il y a… il y a des livres que je perds, il y en a que… qu’on me prête et puis que je rends pas. Il y a… il y a un peu tout qui se fait (2), quoi (3).
– Alors vous lisez partout, hein (4), j’ai l’impression.
– Oui, j’aime bien lire à coup de (5) petits quarts d’heure de lecture, dans le métro, dans le bus, en attendant quelqu’un. J’aime bien avoir un livre avec moi. Et puis bah, il y a un tout petit moment à tuer (6), je tue ce moment, une page ou deux et… C’est un petit compagnon, quand même, quoi.
– Est-ce que la lecture, c’est quelque chose qui vient petit à petit ou est-ce qu’il faut être initié à la lecture pour vous ?
– Bah moi, j’ai dû m’initier à la lecture dans le sens où (7) au départ, c’était un effort de… de lire. Et puis les premiers livres, eh bah quand on a n’a pas vraiment de goûts précis ou quoi (8), on se cherche (9) peut-être un petit peu. Et puis avec l’expérience, le temps, bon bah quand on se fait guider sur un livre, bon bah on sent plus facilement si ça va plaire ou pas, quoi.
– C’est quoi pour vous, un… un bon livre ?
– Un bon livre ? Bah celui qui m’accroche. Quand j’arrive à la fin, je me dis c’était une belle histoire, je me suis bien imprégné dedans (10), c’était surprenant, c’était émouvant, c’était quelque chose d’émotif (11), quoi. Chaque livre a sa patte (12) à lui, il y en a où c’est le style littéraire qui est plus intéressant que l’histoire. D’autres où l’énigme est drôlement bien alors que le style, il est… il est pas terrible (12). C’est… c’est un peu unique à chaque fois, quoi.
– Est-ce que vous avez du mal à… à vous en séparer ?
– Au départ, peut-être un peu, je suis sentimental. Et puis… puis bon, au bout d’un moment, je me dis après tout, il m’a beaucoup plu, donc si il peut plaire à quelqu’un, je le prête. Si il revient, il revient pas, c’est pas bien grave (14).
– Vous avez une… un certain détachement, par rapport au livre, non ?
– Par rapport à la propriété de l’objet, oui. Si… si je sens qu’il peut plaire à quelqu’un et qu’il rentre dans ses goûts, alors bah, qu’il le prenne, quoi !

Quelques détails :
1. pas forcément = pas obligatoirement / pas nécessairement. On utilise plus souvent « pas forcément » oralement. (mais ce n’est pas familier.)
2. il y a un peu tout qui se fait : il y a beaucoup de situations différentes. (plutôt familier)
3. quoi : comme souvent à l’oral, on entend ce petit mot qui sert à marquer la fin des phrases. Ce tic de langage est familier et plus ou moins fréquent selon les personnes.
4. Hein : autre tournure très orale, pour prendre à témoin la personne qui nous écoute.
5. À coup de… : grâce à quelque chose qui se répète.
6. Un petit moment à tuer : on utilise l’expression Tuer le temps. Donc c’est l’idée qu’on fait quelque chose pour ne pas s’ennuyer, pour remplir le temps.
7. Dans le sens où : c’est ici l’équivalent de parce que. Il donne une raison, une explication.
8. Ou quoi : cette expression orale permet de suggérer d’autres choses qu’on n’évoque pas.
9. Se chercher : affirmer peu à peu ses goûts, développer sa personnalité.
10. Je me suis imprégné dedans : ce serait mieux de dire : Je me suis bien plongé dedans. Ou alors :Je m’en suis bien imprégné. (On s’imprègne de quelque chose, pas dans quelque chose.) Téléscopage habituel à l’oral entre plusieurs formulations.
11. émotif : cet adjectif s’emploie plutôt pour des personnes. Quand on est émotif, on est facilement ému.
12. Sa patte : normalement, on parle de la patte de quelqu’un, c’est-à-dire son habileté à créer quelque chose, qu’on peut reconnaître. Ici, il veut dire que chaque livre est particulier.
13. Pas terrible : on emploie cette expression à propos de quelque chose qu’on ne trouve pas bien, pas passionnant, pas très réussi.
14. C’est pas bien grave : ça n’a pas beaucoup d’importance / ça ne fait rien.

Pour écouter d’autres lecteurs, vous pouvez faire un petit tour sur France Bienvenue.

Histoires pour grandir

AlbumsEnfant, il aimait lire. Puis il a aimé raconter des histoires à sa fille. Et il s’est mis à les écrire et à les dessiner lui-même.

Ce sont des livres qui habitent toujours sur mes étagères ! Impossible de m’en séparer, même si mes fils ont passé l’âge qu’on leur lise des histoires. Un univers de couleurs et de mots, de jeux avec les mots, l’univers de Claude Ponti. Ce sont de beaux voyages à chaque lecture.

Transcription:
Le peloton de la troupe (1) est un peu mièvre (2). Mais c’est aussi une demande. Les temps étant vraiment très durs, des gens ont du mal à prendre des livres pour leurs enfants qui soient pas un peu édulcorés (3) parce que ils croient protéger leurs enfants en leur donnant du doux, du tendre, du facile. Il y a des grands, grands en ce moment mais il y a un retour à la « cucunerie » (4), au bleu pour les garçons, au rose pour les filles, que je déteste.

Vous vous souvenez des illustrations (5) qui accompagnaient les histoires que vous lisiez, ou qu’on vous lisait quand vous étiez petit, ou pas ?
– Oh bah oui ! Oui, oui. Alors, déjà, il faut dire que je suis relativement jeune !
Oui !
– Et quand j’étais très, très jeune, il y avait beaucoup moins de livres quand même qu’aujourd’hui. Donc… Alors, j’avais…
Il y avait Le Père Castor (6), il y avait…
– Oui, il y avait tout ça mais j’avais aussi une mère enseignante (7). Donc j’avais accès à plus de livres que… que d’autres, de… de par (8) l’école. Mais j’ai eu à peu près les mêmes chose qu’avaient les autres: des Père Castor, des… des je sais plus quoi (9), machin Argent et truc (10), et tout ça. Et puis… A ma fille, j’ai beaucoup lu. J’ai beaucoup lu d’histoires. Je lui en ai inventé beaucoup. D’ailleurs, ce qui est… Elle m’a dit il y a pas longtemps que c’est… Elle s’est mise à (11) lire tard. Elle m’a dit: « C’est normal, tu me racontais des histoires tous les soirs et… Pourquoi veux-tu que… que j’aie envie de lire… »
Que j’aille les chercher ailleurs, c’est ça ?
– Moi je considère que ce que je fais est… est une simple transcription de la réalité. Donc je… je cache…
Ah oui ?
– Oui. Je cache rien. Bah il y a… il y a de la mort, il y a de l’accident, il y a des tas de (12) choses. Je cache (13) rien de… Mais je… je mets tout… C’est-à-dire, moi, ce qui m’intéresse, c’est que… c’est de considérer l’enfant évidemment comme une personne mais comme une personne en développement, c’est-à-dire que toute… toute l’activité d’un… d’un enfant, dès le départ, c’est… c’est de chercher à acquérir, comprendre, expérimenter et grandir. Donc moi, je travaille… je travaille…enfin (14), je fais… Je raconte de l’histoire que là-dessus. Donc… et pour montrer que… que quels que soient les problèmes, il y a toujours un moyen d’y arriver et de s’en sortir.
C’est vrai ! Parce que il y a des… Il y a des peurs, il y a des peurs terrifiantes dans… dans vos livres ! Il y a des monstres dévoreurs d’enfants.
– C’est normal d’avoir peur. C’est plutôt bien, si on y arrive, de la surmonter. Si on n’y arrive pas, on peut trouver des biais, contourner les murs, etc… Mais… Je pense qu’aux enfants et à voir comment… et leur dire que, non, c’est pas vrai, c’est-à-dire même si on te coupe les deux jambes au départ, tu arriveras à faire un truc. Il y a pas… Personne n’a pas d’enfance. C’est pas vrai, c’est de la mythologie. On dit: « Ah, j’ai pas eu d’enfance. » Mais si, tu as eu une enfance ! Elle était peut-être un peu merdique (15) mais tu en as eu une.Puis c’est… Il y a pas de quoi s’énerver (16) ! Tu arriveras à faire autre chose plus tard ou… Voilà, c’est… !

Des explications:
1. le peloton de la troupe: cela signifie la majorité, la plupart (ici, il parle de la majorité des auteurs pour enfants). En fait, on dit plus souvent: Le gros de la troupe.
2. mièvre: gentil et fade mais pas très intelligent.
3. édulcoré: adouci artificiellement, en gommant la réalité.
4. la cucunerie: je connais plutôt la cucuterie mais c’est pareil ! Cela désigne tout ce qui est « cucul« , c’est-à-dire pas méchant mais pas très intelligent. C’est la façon familière de dire mièvre, niais. On dit aussi: gnangan.
5. les illustrations: les dessins
6. Le Père Castor: c’est une collection d’histoires pour les enfants.
7. une mère enseignante: sa mère était institutrice.
8. de par: grâce à
9. des je sais plus quoi: façon familière de dire qu’il ne se souvient pas des titres.
10. machin Argent et truc: Il veut parler d’une collection qui s’appelait « Les petits livres d’argent ». Mais il ne se souvient pas précisément, donc les mots familiers « machin » et « truc » (très vagues) lui servent à suggérer ça.
11. se mettre à faire quelque chose: commencer à faire quelque chose.
12. des tas de: beaucoup de (familier)
13. je cache rien: on entend plutôt « Je casse rien », mais il ne se corrige pas.
14. je travaille… enfin… : l’utilisation de « enfin » signifie qu’il se corrige, qu’il veut nuancer le mot qu’il vient juste d’employer, pour mieux exprimer son idée.
15. merdique: raté (très familier, puisque basé sur « merde »).
16. Il y a pas de quoi s’énerver: on emploie cette expression pour dire à quelqu’un de rester calme, de prendre les choses, les problèmes tranquillement.

Voici un extrait que j’ai enregistré, pour que vous fassiez connaissance avec Hipollène, au cours de son voyage.
(J’aime les noms de toutes ses grand-mères. Et j’aime les miroirs qui réfléchissent !)

Le temps de lire


Il fait mauvais temps.
Un temps à ne pas mettre le nez dehors.
Un temps à prendre son temps.
Un temps propice à la lecture.

Transcription:
– Je suis en train de lire La couleur des rêves, de Rose Tremain.
– C’est un auteur (1) que vous connaissiez ?
– Pas du tout ! Je l’ai découvert en allant à la bibliothèque, la… la semaine dernière.
– Vous empruntez souvent des livres là-bas ?
– Oui, tout le temps.
– Qu’est-ce que vous aimez lire ? Quel genre de livres vous aimez lire ?
– J’aime beaucoup les livres historiques, et puis quelques policiers aussi.
– Là, en l’occurence (2), c’est un… c’est un policier ?
– Non, pas du tout. C’est l’histoire d’un couple qui va en Nouvelle Zélande pour trouver de l’or. C’est un livre qui… qui me plaît beaucoup.
– Ça vous plaît. Qu’est-ce qui… qu’est-ce qui vous plaît dans ce livre ?
– Bah c’est-à-dire que c’est une histoire qui est pas ordinaire, disons. Et puis, c’est bien écrit. Donc j’avoue que je suis assez tentée d’arriver à la fin pour savoir exactement ce qui va se passer.
– Est-ce que vous avez toujours lu ?
– Plus ou moins. Pas plus que moins à la limite (3) quand j’étais en activité (4), mais depuis que je suis à la retraite, oui, beaucoup.
– Et enfant par exemple, vous aimiez lire ?
– J’avoue que j’ai pas tellement de souvenirs de mon enfance. Comme j’ai… Comme je vais souvent à la bibliothèque, j’ai l’occasion de… de rencontrer des… des classes d’enfants qui viennent. Je trouve effectivement qu’on leur permet d’accéder à la lecture d’une manière sans doute plus importante que nous, on (5) ne le faisait à notre époque. Et moi-même, je vais lire des histoires aux enfants dans les écoles maternelles (6).
– Comment ils réagissent, les enfants, à ça ?
– Ils posent beaucoup de questions, ce qui est très bien, à mon avis, comme ça, ça leur permet d’apprendre un certain nombre de choses. Ils sont, oui, vraiment très vivants, très dynamiques.
– Est-ce que ça vous donne envie, vous, de… d’écrire par exemple ?
– Non, pas du tout. Je vois pas du tout comment on peut raconter une histoire avec tant d’imprévu, de… de surprises. J’ai du mal à le… à l’imaginer.
– Ça vous impressionne ?
– Oui, un peu, oui.
– Est-ce que vous sacralisez le livre, par exemple ?
– J’ai toujours fini mes livres, même ceux qui me plaisaient pas.
– Alors là, vous êtes impatiente. Il vous reste combien de pages ?
– Oh, il doit plus m’en rester beaucoup ! Une cinquantaine.
– Faut pas regarder le dernier mot, hein !
– Ah, non, non, non ! Ça, surtout pas ! Faut pas (7). Parce qu’après, on est déçu. Je l’ai fait une fois et depuis, je l’ai jamais refait.

Quelques détails:
1. un auteur: ce nom est toujours masculin mais il s’applique à tout écrivain, homme ou femme. Depuis quelque temps cependant, on trouve l’orthographe: une auteure, au  nom de l’égalité hommes-femmes.
2. en l’occurence: dans le cas présent / dans la situation présente.
3. à la limite: à la rigueur / je veux bien l’admettre
4. être en activité: à propos d’une personne, cela signifie qu’elle travaille, qu’elle  est dans la vie active.
5. que nous on le faisait… : à l’oral, c’est tout à fait naturel de mélanger nous et on. Normalement, d’un point de vue strictement grammatical, on devrait dire: …que nous, nous ne le faisions à notre époque. Mais c’est d’un niveau de langue plus soutenu, plus écrit.
6. une école maternelle: les enfants français peuvent être scolarisés dès l’âge de 3 ans, en maternelle, avec de vrais professeurs des écoles formés pour ça. Cette dame va lire des histoires aux petits bénévolement.
7. Faut pas: il ne faut pas. (style familier, à cause de l’omission du pronom il, très courante.)

Deux façons de parler très naturelles à l’oral:
Utiliser « ça » et non pas « cela »: ça vous plaît ? / ça vous donne envie… ? / ça leur permet… / ça vous impressionne ? (Cela est d’un niveau de langue soutenu et avant tout écrit.)

Mélanger « nous » et « on » dans une même phrase.
C’est même devenu tellement courant que ça se lit sur internet:

Ce qui est surprenant dans le titre, c’est l’emploi de « que l’on » (qui est soutenu), au lieu du très ordinaire « qu’on », qui serait plus cohérent ici puisque le mélange « on » et « nous » est plus familier.

Pour récapituler, voici tout ce qu’on pourrait dire:
– que l’on inflige à ses cheveux. (le plus correct grammaticalement et le plus soutenu)
– qu’on inflige à ses cheveux. (tournure impersonnelle tout à fait correcte)
– que nous infligeons à nos cheveux. (tournure plus personnelle, qui nous implique davantage et parfaitement correcte aussi)

– que l’on inflige à nos cheveux: cette phrase est correcte si ce « on » désigne quelqu’un d’extérieur, quelqu’un d’autre qui n’est pas « nous ». Or, en lisant la suite, on se rend bien compte que ce n’est pas le cas ici: On fait des gestes qui nuisent à nos cheveux. Ici, il est évident que on est utilisé à la place de nous, et non pas pour désigner quelqu’un d’autre.

Et pour conclure, de toute façon, « infliger une erreur » n’est pas très français !
A la place, ce serait plutôt: Les erreurs que nous faisons avec nos cheveux. Ou encore: Les mauvais traitements que nous infligeons à nos cheveux.

Plutôt BD ou jeux vidéo ?


Quand on va à la FNAC, au rayon BD, il y a toujours des tas de lecteurs, de tous âges, assis par terre ou debout, en train de lire. Je ne dis pas en train de feuilleter les albums, mais bien en train de lire. Et personne ne vous chassera si vous faites comme eux ! Même si vous lisez une BD du début jusqu’à la fin et même si, pour finir, vous ne l’achetez pas. Bref, le rayon BD, avec celui des livres de cuisine, doit être le plus fréquenté !
On y trouve des fans de BD comme Loïc. Parce que la BD, c’est tout un art.
(Et dans le fond, c’est pratique quand on apprend le français, parce que c’est plein de dialogues bien sûr.)

Transcription:
– Moi, j’ai un père qui est professeur, il a dit: « Tous les moyens en fait sont bons pour se mettre à lire, autant les magazines, que les BD, que les romans. » Et moi, je suis d’a[…] tout à fait d’accord parce que on commence avec une BD et après, si on voit qu’une BD nous plaît, on va se mettre à aimer lire et puis, on va [se] (1) lire de plus en plus en fait. Je lis beaucoup, beaucoup de romans fantastiques, de science fiction et puis, il y a des classiques comme Zola, etc…
Qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?
– On lit, ouais, Thorgal: La Bataille d’Asgard et il a été lu par, en France, plusieurs milliers de personnes.
Pourquoi ça marche, d’après vous, Thorgal ?
– Thorgal marche parce que en fait, déjà (2), les… les dessins, ils (3) sont plutôt bien faits. Ils sont même somptueux. Et ensuite, parce que l’histoire, ben, c’est de la mythologie nordique. C’est l’histoire de Loki qui se bat contre les humains, en fait. Il appelle tous les trolls et il les appelle à se battre contre le monde des humains et des Vikings. Thorgal, c’est un personnage qui est mythologique.
Alors pourquoi vous aimez, vous (4) ? Qu’est-ce qui vous plaît ?
– Je trouve que les combats sont plus épiques dans Thorgal et dans d’autres BD qui parlent en fait des dieux nordiques que dans les autres mythologies. Par exemple, Thorgal, lui (5), on sait qu’il est noble et qu’il va… se battra jusqu’au bout pour sa quête. Je trouve que ça a quelque chose de beau en fait. Thorgal, c’est les grands guerriers qui se battent et ils foncent dans le tas (6), comme on dit. Faut voir qu’il y a des bulles (7), quand même, elles sont très, très bien développées, le langage, il a été recherché pendant plusieurs BD. Si le travail est soigné, on se rend compte, oui, tout de suite que ça se passe autre part.
Et la BD, c’est un genre qu’on étudie en classe ?
– Ça dépend, oui, parce que je me rappelle qu’en collège, on a eu tout un cycle (8) là-dessus. Mais en lycée, plus du tout. En lycée, c’est plus que des classiques.
Est-ce que vous préférez lire de la BD ou jouer aux jeux vidéo, par exemple ?
– En fait, j’aime les deux, en même temps à part égale. Mais je préfère quand même un petit peu la BD. On se plonge plus dans un livre que dans un jeu vidéo. Un jeu vidéo, ça bouge mais on n’entre pas dans l’univers onirique (9), on rentre pas dans l’imaginaire, tandis que avec Thorgal, on peut après… on peut s’imaginer quelque chose, on peut s’imaginer des suites, etc… ce qui est pas le cas du jeu vidéo parce que ça se coupe net.
C’est un art pour vous ? C’est un art aussi bien que le… que le roman ou que la poésie ?
– Ben oui, pour moi, c’est un art parce que en fait, ça mêle dessin et littérature et donc texte. C’est un des vieux arts qui devrait même compter comme le premier.
Vous êtes fan (10), hein !
– Ah, oui ! Complètement.
Merci Loïc.
– Merci.

– Eh !  La BD, c’est définitivement un art, mais un art qui s’impose, hein ! C’est net, parce que il y a un gros, gros boulot (11) derrière. Ça se lit comme des livres de plaisir, plaisir esthétique, plaisir intelligent… Bon…
– Sans rire, on a longtemps été traités comme des enfants un peu stupides, les gens de la bande dessinée.
– C’est vrai.
– Et depuis quelques années, grâce à des auteurs, grâce à certains éditeurs, on obtient enfin une petite – je le dis parce que c’est un peu… ça m’a quand même un peu cassé les pieds (12) pendant quelques années – une toute petite légitimité artistique qui commence à se faire jour (13). Et ça, franchement, ça commence à faire du bien (14) parce que, comme je le disais tout à l’heure (15), il y a aussi des artistes chez nous. Il y a pas que ça, mais il y en a aussi quelques-uns.

Quelques détails:
1. se: ce mot est impossible ici avec ce qui suit. C’est pour ça que je l’ai mis entre parenthèses. En fait, Loïc voulait peut-être continuer en disant: On va se mettre à lire. Mais il a raccourci sa phrase en: On va lire de plus en plus.
2. déjà: ce mot est synonyme de premièrement ici =  C’est la première raison. Au passage, vous entendez comment il mange la première syllabe ? On entend juste quelque chose comme « d’jà », ce qui est fréquent partout ailleurs que dans le sud de la France.
3. les dessins, ils… : à l’oral, on met souvent deux sujets côte à côte: le nom et son pronom. C’est un style plutôt familier. Ne le faites pas à l’écrit, ni si vous devez faire attention à votre français oral (dans un examen par exemple.)
4. Pourquoi vous aimez, vous ? : la répétition de ce vous permet d’insister sur Loïc. Cela se fait à souvent à l’oral. (Mais ce n’est pas familier). Si vous vous en servez, attention, ce sont les pronoms suivants: moi, toi, lui / elle, nous, vous, eux / elles qu’il faut employer. 
Petit enregistrement pour illustrer ça:5. Thorgal, lui… : encore un pronom pour insister et singulariser Thorgal.
6. foncer dans le tas: foncer dans les autres, se jeter dans la bataille, sans regarder les détails.
7. une bulle: c’est là où sont écrits les paroles prononcées par les personnages de BD dans chaque dessin.
8. un cycle: un ensemble de textes, de documents sur un même thème. Plus généralement, on utlise ce terme quand dans les études, on se consacre à une activité précise pendant une certain temps. Par exemple, en sport, les élèves ont un cycle foot, ou un cycle athlétisme, etc…
9. onirique: lié au rêve
10. être fan (de quelque chose): aimer vraiment beaucoup quelque chose. (Style plutôt familier).
11. un gros boulot: beaucoup de travail (familier)
12. ça m’a cassé les pieds: ça m’a embêté, ça m’a contrarié (familier)
13. se faire jour: apparaître peu à peu.
14. ça fait du bien: ça fait plaisir.
15. tout à l’heure: vous entendez comment il avale les syllabes ? Un peu comme s’il disait juste: T’à l’heure. C’est très fréquent.

C’est vrai que les dessins sont plutôt beaux. Cliquez ici si vous ne connaissez pas, puis, par exemple, sur l’onglet « Planches », à gauche.

Stendhal, Astérix, ou comment grandir avec les livres

Souvenirs d’enfance, souvenirs de lectures.
Stendhal, Astérix: des classiques, chacun à leur manière !
Mais le même pouvoir, la même capacité à susciter l’envie et à donner le plaisir de lire, très tôt.
Ce serait si étrange une vie sans livres, qu’ils soient de papier ou un peu magiques sur nos liseuses aujourd’hui. Etre riche de tous ces univers, de tous ces mots, de tous ces possibles.
Voici ce que disent ces deux grands lecteurs.

Transcription
En fait, si on me demandait le combustible de ma vie, je dirais: ce sont les bouquins (1). Au gré des (2) lectures, on est amenés finalement à… à s’augmenter de la pensée des autres, hein, à être prolongés en quelque sorte. Moi, les livres, ils me prolongent. Je dirais que le théâtre aussi, hein, hein. Mais le livre, il a un avantage énorme, c’est qu’on l’a. Vous voyez, j’en ai amenés avec moi. Mais j’aime bien, je souligne, je marque des choses. Ça… ça fait vraiment partie de ma vie et des fois, je me dis: Mais d’où ça me vient, ça ? Familialement, je peux pas dire que ma famille était riche, riche en livres. Mais enfin, maman (3), elle considérait qu’on devait lire. Pour elle, c’était comme une espèce de code pour être un homme ou une femme, puisque j’ai des soeurs.On devait lire. Et ça a été un… un immense bonheur. Moi je dirais que le premier livre – j’avais douze ans, peut-être treize – que j’ai lu et qui m’a marqué pour la vie et que je relis d’ailleurs, c’est Le Rouge et le Noir de Stendhal. Je suis tombé amoureux de Mme de Raynal. Je me demande si je ne le suis pas toujours.

Maman est allée à l’école. Papa, il est allé travailler à la mine, il avait quatorze ans, donc c’était le plus jeune mineur du bassin de Charleroi (4). Et maman est allée à l’école jusque (5) quinze ans quand même. On habitait dans les anciens camps de prisonniers allemands. C’était des baraques (6). Donc c’était vraiment la… Le seul moyen de s’en sortir (7), c’était les livres. Voilà pourquoi ils ont décidé que leurs enfants seraient parfaitement intégrés par la culture. Donc ils nous ont inscrits en bibliothèque (8). Le jour où j’ai détesté ma mère le plus au monde, c’est quand elle m’a inscrite à la bibliothèque parce que en fait, à l’époque, pour pouvoir avoir un roman ou une histoire rigolote (9), il fallait prendre deux documentaires – un livre sur la vie animalière ou sur l’histoire des planètes ou…enfin peu importe (10), sur le Moyen Age (11), enfin peu importe. Et puis après, bah, j’ai découvert les bandes dessinées. Et j’ai découvert Astérix (11) et là, je me suis plongée… Enfin c’était délicieux. D’ailleurs je vais toujours en rechercher de temps en temps.

Quelques détails:
1. un bouquin: un livre (familier)
2. au gré de… : au hasard de… / en fonction de…
3. maman: je trouve toujours ça touchant quand un adulte dit « maman » en parlant à quelqu’un d’autre de sa mère. C’est intime. La plupart du temps, quand on parle aux autres de ses parents, on dit: Mon père, ma mère.
4. Charleroi: en Belgique. C’est un bassin houiller. (donc avec des mines de charbon, qui ont fermé.)
5. jusque 15 ans: on dit normalement Jusqu’à 15 ans.
6. des baraques: ce n’était pas des maisons en dur, juste des constructions en planches par exemple. Dans ce sens, ce mot n’est pas familier du tout. Mais dans d’autres contextes et très familièrement, il peut signifier « maison »,comme dans: Ils ont une belle baraque.
7. s’en sortir: réussir dans la vie
8. en bibliothèque: on dit aussi plus souvent: à la bibliothèque.
9. rigolo (rigolote au féminin): drôle, amusant (familier)
10. peu importe: ça n’a pas d’importance, ce n’est pas ça qui est important.
11. le Moyen Age: la période de l’histoire après l’Antiquité et jusqu’à la Renaissance.
12. Astérix: c’est ce Gaulois très malin qui fait partie de la culture française, avec ses aventures en compagnie d’ Obélix et du chien Idéfix et qui triomphe toujours des Romains. Tous les Français connaissent Astérix. (par les BD ou par les films qui en sont tirés.) Incontournable comme on dit aujourd’hui !

Des livres et des voyages

Les livres qui peuplent votre enfance. Puis ceux qu’on écrit.
Les voyages qui vous sortent de vous-même. Partir. Ailleurs.
Une vie où rien n’est tracé d’avance.
Une femme libre.
Elle est tout cela dans les mots qui la racontent.

Transcription:
– Moi, il m’est indispensable de voyager et d’écrire. Et je pense que j’aurais jamais écrit si j’avais pas voyagé, même si j’écris pas de récits de voyage, hein (1). Mais pour moi, c’est un peu le même état. Si je… Si… Si demain, pour une raison ou une autre, je n’écrivais plus, bon, il faudrait quand même que je voyage. Bah par exemple, quand on voyage, enfin, quand on voyage vraiment et tout ça, on a des galères (2). Tout d’un coup, plus rien ne va. On devait prendre telle voiture, bon, on est plantés dans un encombrement en Inde, on sait pas où on est, enfin bon, etc… Et on attend la récompense ! Enfin je veux dire, avec Kriss, c’était tellement important pour nous quand on avait une galère comme ça, c’était: « Tu sais ce qui se passe quand on est dans une galère comme ça. Vive la galère, parce que là, on va avoir la récompense. » Par exemple, plantées sur une route, je veux dire, je sais pas quoi (3), il y a des moustiques, il fait chaud, je veux dire, on a presque plus rien à boire et tout ça. Et tout d’un coup, on va rencontrer le type qui va changer tout le voyage, quoi ! Et en fait, je pense que moi, j’ai appris ça enfant (4), bah à… Parce que j’étais fille unique (5), je m’ennuyais, bon… Donc c’était des rêves, c’était des livres, c’était lire, c’était m’imaginer ailleurs, aller ailleurs. Et donc il y a toujours l’idée que il faut aller ailleurs pour que ça se passe (6).
Vous êtes la seule écrivain de la famille, vous ?
– Ah oui ! Moi je dirais même que je suis la seule lectrice de la famille, oui. Oui. Oui, oui, moi, c’est les… Les livres, ils ont débarqué chez moi par… ben je sais pas, par les prix que j’ai gagnés à l’école (7), quoi. Donc… Ou les livres que je prenais à la bibliothèque, etc… Donc oui, oui, oui, moi, c’est l’école qui m’a appris à lire. Enfin je veux dire au sens…Pas à lire A B C D, mais lire… lire des livres. M’échapper.
Est-ce que du coup, le fait que vous, vous écriviez et que vous lisiez, c’était bien vu (8)?
– Alors, que je lise, c’était bien vu, parce que de toute façon, on me demandait de bien travailler à l’école parce qu’il fallait que je m’en sorte (9) et il fallait pas que je sois dans la précarité (10) où mes parents s’étaient trouvés quand ils étaient jeunes, disons… enfin bon, faut dire que, bon, ils étaient jeunes pendant la guerre, donc évidemment. Mais après, quand… quand j’ai écrit, c’est-à-dire que j’ai… j’ai décidé de pas avoir une vie tranquille avec un métier, mais d’être à la fois comédienne, écrivain, bon etc…, c’était évidemment très mal vu. Mais bon par chance, comme j’ai… j’ai… ça s’est passé plutôt bien assez rapidement, donc mes parents ont été rassurés assez vite, donc finalement, après, c’était… Et même, ils se sont rendus compte que dans toutes les décennies qui sont passées avec toutes les crises qu’il y a eu de gens qui ont été au chômage, qui avaient des boulots, qui les ont perdus, etc… Moi, comme j’en avais jamais, je pouvais pas le perdre ! Il fallait… Moi je passais mon…. mon temps à inventer mon travail. Donc bon, bah… Oui, bah des fois, c’était… ça a été particulièrement difficile de l’inventer. Et beh des fois, c’était très facile. Bon, enfin, je veux dire, c’était… c’était comme ça.

Quelques explications:
1. Les formes négatives sont toutes incomplètes, comme très souvent à l’oral.
2. une galère: une difficulté, un problème dans la vie. (familier)
3. je sais pas quoi: elle dit ça car elle cherche des exemples qui vont illustrer ce qu’elle décrit.
4. j’ai appris ça enfant = quand j’étais enfant. (Raccourci très fréquent dans ce cas.) On peut faire la même chose avec les autres âges de la vie: il a vécu ça bébé. Il a découvert ça ado. Il a compris ça adulte.
5. fille unique: elle n’avait pas de frères et soeurs.
6. pour que ça se passe: pour qu’il se passe quelque chose.
7. les prix gagnés à l’école: c’étaient des livres en récompense du travail ou du comportement. Ils étaient donnés aux enfants à la fin de l’année scolaire en juin pendant la cérémonie de remise des prix.
8. c’était bien vu: c’était estimé, considéré comme important, apprécié. (Le contraire, c’est être mal vu)
9. s’en sortir: réussir.
10. la précarité: la pauvreté, dans laquelle tout équilibre est très fragile. Ça veut dire qu’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait.

Imparfait du subjonctif

Les conjugaisons en français sont un peu compliquées, il faut bien le reconnaître ! Heureusement, certains temps sont en voie de disparition, comme par exemple l’imparfait du subjonctif, remplacé par le subjonctif présent.

Peut-être avez-vous lu Le Petit Prince, d’Antoine de Saint Exupéry. On y trouve le verbe avoir et le verbe manger à ce temps:
Pourquoi fallait-il que j’eusse de la peine ?
– Pourquoi il était si important que les moutons mangeassent les arbustes.

Ces formes sont devenues très rares, même à l’écrit. Ce qui survit chez quelques écrivains contemporains, c’est la troisième personne du singulier, probablement parce qu’elle ressemble au passé simple – avec un accent circonflexe en plus – qui lui, est un temps toujours très utilisé à l’écrit dans les récits ou les romans.

Par exemple dans le roman allemand Le goût des pépins de pomme, de Katharina Hagena (2008), le traducteur français a choisi d’utiliser ces formes:
Mais comment se pouvait-il que l’on trouvât encore du persil dans ce potager ?
– Bien que cela me fût désagréable, je n’en étais pas moins soulagée.
– Elle avait eu besoin de quelque chose de solide. Quelque chose qui l’empêchât de tomber et l’aidât en même temps à oublier.
– Il n’était pas pensable que l’une ou l’autre des trois soeurs entretînt une liaison amoureuse sous les yeux d’Hinnerk.

Je ne sais pas si en allemand, le style est aussi soutenu et si l’effet produit est le même.

Espèce en voie de disparition donc, qu’il faut pourtant connaître pour lire la littérature des siècles passés et que certains continuent à apprécier et protéger.
Voici Malek et son amour du beau français. Pas traumatisé du tout !

Transcription:
Il pleut, vous êtes assis sur un banc et vous… vous lisez votre livre.
– Exactement.
Ça doit être un livre bien intéressant !
– Ah, oui, oui. C’est le Guide du français correct, pour apprendre à parler français correctement, conjuguer les verbes, les ver[…], surtout à l’imparfait du subjonctif.
C’est une chose qu’on utilise souvent, l’imparfait du subjonctif !
– Absolument ! Mais il y a un bistrot (1) ici, dans Paris où il y a un club, ils se déterminent, quoi, à n’employer que les imparfaits du subjonctif: il faudrait que je portasse (2) mon verre à votre santé, etc…
Vous rigolez ou quoi ! (3)
– Non, c’est vrai ! Je vous assure que ça existe, hein ! Voilà, comme ça, c’est des copains, ils se réunissent et ils ne parlent qu’à l’imparfait du subjonctif. Et il y a des verbes, c’est très difficile. Il aurait fallu que je ressassasse mes mots. Oui ! Vous avez là au moins sept « s ». C’est le verbe ressasser. Donc je ressasse. Mais il faudrait que je ressassasse (4). C’est formidable, ça, non ? Vous trouvez pas ? La langue française est merveilleuse, voilà. Je conseille à tout le monde: Jacques Capelovici, Guide du français correct: pièges, difficultés, chausse-trapes (5) de la langue française. Ah, il est formidable !
Et qu’est-ce qui vous fascine, vous, là-dedans, dans cette grammaire ?
– J’aime la langue française, quoi. J’aime cette grammaire. Les instituteurs, quand nous avions dix ans, nous donnaient des coups de bâtons sur les doigts si on faisait une faute d’orthographe, si on ne savait pas conjuguer un verbe. Et puis c’est resté comme ça et c’est extraordinaire, extraordinaire.
Vous trouvez que c’est un bon endroit, la… la rue, un banc public pour… pour se laisser aller ?
– Non, je vais à un club où se réunissent un peu tous les vieux justement, pour jouer au scrabble (6), à la belote (7), et conjuguer des verbes. Et puis voilà. C’est à 2 heures, alors j’ai 5 minutes devant moi, je me repose. Et à 2 heures, j’y vais.

Commentaire:
Donc ce subjonctif imparfait est effectivement très peu employé aujourd’hui. Et même les enfants, à l’école, ne passent pas autant de temps à l’apprendre que il y a, je sais pas, une quinzaine, une vingtaine d’années, ce qui montre qu’il est vraiment en régression totale. Et quand on l’entend, ça fait toujours rire, en fait, parce que c’est une forme tellement bizarre que on se rend bien compte que personne ne peut parler comme ça. Alors voici un petit extrait d’un sketch avec plusieurs de ces verbes employés au subjonctif imparfait, à la première personne du singulier, ce qui fait vraiment très, très, très bizarre !
« Fallait-il que je les aimasse, que je les sublimasse, qu’à eux, je m’identifiasse pour que moi, petite gosse de rien du tout, vers l’Olympe, je me hissasse ! »

Quelques détails:
1. un bistrot: un café (familier)
2. que je portasse: personne n’emploie plus vraiment cet imparfait du subonctif, sauf à l’écrit dans des textes au style très soutenu, et essentiellement à la 3ème personne du singulier, pour faire la concordances au passé, de façon stricte: Il aurait fallu qu’il portât.
On évite toutes les formes avec ces « s »: que je portasse, que tu portasses, que nous portassions, que vous portassiez qu’ils portassent. A la place, on emploie le subjonctif présent: que je porte, que tu portes, qu’il porte, que nous portions, que vous portiez, qu’ils portent.
3. Vous rigolez ou quoi ? = vous plaisantez ! / Vous voulez rire ! (familier, à cause de l’emploi de rigoler et de ou quoi.)
4. il faudrait que: est normalement suivi juste du présent du subjonctif. Pour utiliser l’imparfait, il faut parler au passé: il aurait fallu que…
5. une chausse-trape: une embûche, un piège. (Rien que l’orthographe de ce mot est un piège: il n’y a qu’un p, alors que plein de gens l’écrivent avec deux p. Et au pluriel, on met un s seulement à trape, pas à chausse.)
6. le scrabble: il prononce le nom de ce jeu comme la grande majorité des Français, à la française. C’est très fréquent de jouer au scrabble dans les clubs du troisième âge, comme on les appelle.
7. la belote: c’est un jeu de cartes très populaire en France. Une vraie institution. (chez les jeunes comme chez les plus âgés.)

Elle dévore…

… les livres.
Le verbe lire ne suffit pas pour parler de la passion dévorante de Nathalie pour les livres ! Personnellement, je serais incapable de dire combien de livres je lis par an, ou par semaine. Beaucoup, c’est sûr. Mais là, avec Nathalie, on est au-delà de beaucoup !
Comme beaucoup de Français depuis quelques années, elle a l’air dans sa période « romans policiers venus du nord ». Dans les librairies, il n’y a que l’embarras du choix, une multitude de collections et de bonnes traductions. (C’est-à-dire que ça ne sent pas la traduction.) Je découvre aussi, avec un roman d’un des auteurs dont elle parle: Hypothermie, de Arnaldur Indridason. Bon début ! Je sens que je vais le dévorer !

Petit détail: j’ai appris l’autre jour qu’aux Etats-Unis, la littérature étrangère traduite en anglais ne représente que 3% des livres publiés. Vraiment dommage pour les lecteurs américains !
Transcription:
– Moi, je suis une passionnée de littérature parce que je pense que les livres sont nos amis. J’ai eu une opération (1) très délicate quand j’étais très jeune. En en fait, j’étais assez isolée du monde et je n’avais que les livres pour moi. Donc j’en garde un souvenir très ému.
– Du coup, vous lisez beaucoup.
– Ah moi, je lis beaucoup, oui ! Je lis beaucoup puisque… à peu près 500 livres par an, c’est quand même…
– Vous lisez 500 livres par an ? Donc vous lisez plus d’un livre par jour ?
– Oui. Je lis à peu près entre cinq et dix livres en même temps, donc ce qui explique que ça avance assez vite. Et en fait, je lis à peu près quatre heures par jour.
– Qu’est-ce que ça vous apporte, qu’est-ce que ça vous procure, la lecture ?
– Oh bah ça apporte beaucoup de choses ! Ça apporte la connaissance. Ça apporte parfois des… des solutions aussi, je pense qu’on peut trouver dans les histoires qui sont racontées des solutions dans la vie.
– Comment vous faites pour stocker tous ces… tous ces livres chez vous ?
Alors là, j’en ai une partie chez moi, j’en ai une partie dans un garde-meubles. J’emprunte dans des bibliothèques. J’ai des amis, on fait des échanges. J’ai un bibliothécaire qui n’a pas le temps de lire ses livres, donc je lui fais des fiches, il me prête les livres. Donc en fait, c’est très organisé, si vous voulez, hein. Il y a une multitude de sources parce que sinon, concrètement, c’est difficile, hein.
– Alors Nathalie, qu’est-ce que vous lisez en ce moment, là, aujourd’hui ?
– Alors là, je lis un auteur que j’aime beaucoup qui est une jeune femme suédoise. C’est Altvegen . Elle a écrit quatre ouvrages (2). J’en suis à (3) Ténébreuses.
– Qu’est-ce que vous aimez dans la litérature nordique ?
– Dans le polar (4), hein, parce qu’ils sont très, très connus pour le polar, je pense qu’ils ont une vision assez lucide et assez âpre de la société, puisqu’il y a beaucoup de dénonciation, notamment de… de tout ce qui s’est passé au niveau de la deuxième guerre mondiale. On a pu voir ça avec Indridason et L’homme du lac, parce que ça, c’est un très, très, très beau livre. Millénium, bien sûr, parce qu’il a parlé évidemment de sujets tels que la prostitution, de l’extrême-droite… Des… des sujets qui touchent.
Merci, Nathalie.
– Merci à vous.

Quelques détails:
1. une opération: une opération chirurgicale pour la soigner. On peut dire aussi: j’ai subi une opération. (style plus soutenu) / J’ai été opérée. (style plus ordinaire)
2. un ouvrage: un livre (style plus soutenu)
3. J’en suis à… : c’est comme ça qu’on indique où on en est dans une série par exemple: J’en suis au premier tome. / J’en suis au début du livre. / J’en suis au chapitre 4.
4. un polar: un roman policier. On peut dire: J’aime les polars ou J’aime le polar, pour parler de ce genre.

Simone et les livres

Les livres comme premiers compagnons.
Les livres qui se méritaient.
Les livres, pour s’évader et pour vivre des romances.
Les livres toujours, compagnons de solitude quand on avance en âge.
C’est ce que racontait Simone l’autre jour à la radio.

Je me souviens de ces livres chez ma grand-mère.
Transcription:
– J’adore les vieux livres, comme vous voyez. Là, il date de 1947. Il y a une âme dans… dans ces vieux bouquins (1). Je pense que les jeunes ne doivent pas connaître ça.
Qui est l’auteur ?
Marianne Desmarêts. Et je me… je me rends compte qu’au fur et à mesure que j’avance, je l’ai déjà lu ! Je m’en souviens et j’apprécie toujours autant.
Qu’est-ce que ça raconte ?
– Tout simplement, ça se passait en Alsace, et c’est une jeune fille qui est avec des copains et des copines. Puis d’un seul coup, elle apprend que toute sa famille, son père, sa mère, sa soeur sont morts dans un… sont morts tous dans un accident de voiture. Et alors, elle est tellement… tellement, tellement déboussolée (2) – ils ont pas employé le terme, c’est moi qui l’emploie – tellement déboussolée qu’elle dit « Qu’est-ce que je vais faire ? « . Alors, elle réagit quand même, mais malgré tout, elle a des moments de… d’immense solitude. Elle attend une porte qui s’ouvre pour voir sa famille. Et elle… en feuilletant les… les… des photographies, elle va réaliser qu’elle avait un… un oncle et une tante en Afrique du Sud, à Johannesbourg.
Le livre et vous, c’est une histoire qui remonte à longtemps ?
– Bah, vous savez, je suis une génération où on ne nous offrait pas des bonbons parce qu’il y en avait pas, du chocolat, il y en avait pas. Par contre, quand on était bien, on avait bien été notés, on nous offrait des… des livres, style, attention (3), la Bibliothèque Rose, Verte (4), vous voyez, hein. Mais on a toujours eu, avec ma soeur d’ailleurs, des livres.
Le livre, c’était le savoir ? Un moyen, comme ça, de s’ouvrir au monde ?
– S’ouvrir au monde, oui. Vous… vous apprenez énormément de choses.
Vous continuez à apprendre, Simone ?
– Toujours, toujours. Mais tous les jours, on apprend ! Voyez (5), c’est ça qui est agréable. Le problème, c’est que, ben, on n’a pas tellement de possibilités de parler avec les gens. C’est ça qui est dommage.
C’est votre petit monde, la lecture, le… l’histoire ?
– Je m’échappe avec. Voyez, c’est une lecture qui est facile, quand même. Quand on des bons yeux ! Je vais chercher mes bonnes lunettes demain. Ça se voit que j’en ai besoin. Voilà.

Quelques détails:
1. un bouquin: un livre (familier)
2. déboussolée: perdue, au sens figuré. (familier) Ça vient de l’idée que quand on n’a pas de boussole, on ne sait plus dans quelle direction aller.
3. attention: ici, elle veut attirer l’attention de celle qui écoute sur un détail important.
4. La Bibliothèque Rose et la Bibliothèque Verte: ce sont les deux grandes collections de livres pour les enfants et la jeunesse qui ont été les seules pendant très longtemps.
5. Voyez: c’est un peu désuet de dire ça. Simone n’est pas toute jeune.

Dédicaces

Louise est étudiante.
La littérature, c’est son domaine. Elle aime donc lire.
Mais elle aime aussi rencontrer les auteurs des romans qu’elle lit.
Et se faire dédicacer ces livres. Brèves rencontres.
Alors, il y a quelques semaines, elle était au Salon du Livre qui a lieu tous les ans à Paris au printemps.


Transcription:
– Je suis étudiante en anglais à la Sorbonne Nouvelle. Je dévore les livres, vraiment. Bon j’en ai souvent donc qui sont imposés donc par la fac (1), que donc je suis obligée de lire. Parfois, j’ai de bonnes surprises. Parfois, c’est un peu plus pénible. Mais quand je lis vraiment pour mon plaisir un livre que j’ai choisi, ça se passe très, très rapidement. J’aime bien relire les livres aussi. Et donc en attendant la prochaine dédicace (2) qui va se passer à côté avec Nicolas Fargues, j’attends en lisant Cédric (3).
– Qu’est-ce qui vous plaît dans la dédicace ?
– La rencontre avec les auteurs. On a quand même… Alors, ça dépend avec lesquels, mais on a quand même le temps de leur parler, d’essayer de discuter avec eux.
– Alors, Nicolas Fargues, par exemple, qu’est-ce que vous avez perçu dans son écriture que vous avez retrouvé dans… en… en le rencontrant ?
– J’ai[…]… j’aime beaucoup comment il écrit. Donc j’ai eu l’occasion (4) de le rencontrer plusieurs fois. Souvent on a eu le temps de discuter un peu de comment (5) il est arrivé a écrire son dernier bouquin (6), donc « Tu verras ».
– Qu’est-ce qui vous plaît dans son univers, dans ce qu’il raconte ?
– C’est quelqu’un d’assez moderne, en fait. J’aime beaucoup. Et dans la façon dont il écrit, je trouve qu’il… qu’il est assez proche de ses lecteurs. Il a une façon de narrer (7) son histoire en fait qui inclut le lecteur dans sa narration. Par exemple dans son livre « J’étais derrière toi », enfin (8), c’est vraiment un personnage qui s’adresse à son lecteur comme si c’était son ami. On a l’impression d’être avec lui et d’être autour d’un café et qu’il nous raconte son histoire en fait, du début jusqu’à la fin.
– Pour vous la littérature, c’est donc une… une rencontre avec… avec un univers et avec l’auteur, le créateur ?
– Voilà, exactement. En fait, c’est à chaque fois un univers différent. Donc moi, je me suis spécialisée en littérature. Donc j’ai écrit un mémoire sur Emily Brontë, qui elle, pareil (8), a un univers assez… assez fascinant et très particulier. Bon évidemment, je ne pourrai jamais lui poser de questions, en fait, et je suis plutôt dans les recherches de ce qu’elle a voulu nous faire passer comme message. Et… oui, c’est pour ça que je m’intéresse particulièrement aux livres.
– Quand vous lisez, vous voyagez en leur compagnie ?
– Voilà, c’est ça, exactement.

Quelques détails:
1. la fac: c’est la façon courante et plutôt familière de parler de l’université. (C’est l’abréviation de « faculté », qu’on utilise rarement en entier.) Louise est donc en fac d’anglais.
2. une dédicace: c’est lorsqu’un auteur signe ses livres pour les lecteurs qui le lui demandent. On dit qu’il dédicace ses livres.
3. Cédric: c’est une BD.
4. j’ai eu l’occasion: beaucoup d’anglophones qui parlent français disent: « J’ai eu l’opportunité de… », mais c’est « occasion » qui est le plus naturel pour nous. Cependant, l’influence de l’anglais sur le français fait que vous entendrez des Français utiliser « opportunité ».
5. discuter de comment: style familier et oral, pour dire « discuter de la façon dont il est arrivé… »
6. un bouquin: un livre (familier). On utilise aussi le verbe « bouquiner » au lieu de « lire ».
7. narrer: raconter (style soutenu)
8. enfin: on entend à peine ce mot, mais il est là, comme très souvent en français oral.
9. qui elle, pareil…: qui elle aussi / qui elle, même chose…

Ecran ou papier ?

J’aime les ordinateurs, quand ils ne sont pas gros et qu’on peut les emporter avec soi.
J’aime mon iPhone, mais pas particulièrement pour téléphoner.
Je n’ai pas spécialement envie d’avoir un iPad. Je suis étonnée par le poids !
Je ne suis pas très attirée par les livres électroniques. Il leur manque du corps, de la densité, de la permanence.
Et pourtant…
Cette petite conversation entendue l’autre jour m’a fait entrevoir d’autres perspectives. Affaire à suivre !

Mais au fait, comment ça s’appelle ?
On trouve plusieurs mots pour désigner ces nouveaux petits appareils:
un lecteur de livres numériques: c’est long ! Et on ne peut pas dire juste un « lecteur », car un lecteur, c’est une personne en chair et en os.
– alors pour faire plus court, autant se tourner vers l’anglais, toujours plus apte à créer de nouveaux mots: on trouve donc le mot « e-reader« , prononcé à la française, je suppose, avec des « r » bien durs et bien moches !
– pour éviter l’anglais, on trouve aussi « une liseuse« , mot féminin, sans doute parce qu’on pense à une tablette, féminin aussi. Mais honnêtement, je trouve ça bizarre parce qu’une liseuse, c’est déjà ça, et j’ai du mal à voir autre chose derrière ce mot pour le moment:
* veste de femme, souvent en tricot, qu’on porte à la maison.
* petite lampe destinée à la lecture.

Comme quoi, le français peine toujours à nommer ce qui est nouveau, coincé entre longueur de nos expressions et recours à l’anglais.
Alors, c’est sans doute le nom des marques qui va s’imposer, comme le souhaitent d’ailleurs les différentes entreprises qui ont chacune sorti leur propre modèle !


Transcription:
– Bonjour.
– Vous êtes parisien ? Non? Pas du tout?
– Non, pas du tout. Saint Max, une ville près de Nancy.
– Près de Nancy. Vous possédez un fnacbook, celui que j’ai entre les mains. Est-ce que vous en êtes satisfait? On essaye de voir un peu quels sont les avantages et les inconvénients du… du livre électronique ce matin.
– Bah très satisfait. Ça fait quelques années que je m’intéressais au domaine et puis, je me suis enfin décidé. C’était un beau cadeau d’anniversaire que j’ai eu là !
– Ça coûte combien, un fnacbook, pour avoir une idée?
– 200.
– Oui, d’accord, 200 euros. Un iPad? Environ ? Dans les 400…
– 450 euros.
– 400, 400 euros. D’accord. Minimum.
– Par contre, j’ai pris… J’ai choisi celui-ci parce que je tenais vraiment à (1) avoir une tablette à encre électronique dédiée à la lecture et pas une tablette multimédia avec des écrans rétro-éclairés parce que, bon vous n’en avez peut-être pas encore parlé, mais il y a des gens qui vont lire au coup par coup (2), alors qu’il y a encore des gens, bah comme moi, qui préfèreront lire des gros livres, qui préfèreront lire longtemps, et pour ça, c’est plus avantageux d’avoir une tablette dédiée avec une encre électronique qui fatigue moins les yeux que les écrans numériques.
– Mais, Cédric, je suis désolée de vous demander des précisions, mais quel intérêt, quel avantage y trouvez-vous ? C’est vraiment une histoire de (3) poids ? Vous n’avez plus besoin de transporter des livres avec vous ?
– […] Mais en fait, j’ai… J’avais arrêté de lire, quasiment (4), parce que en fait, ce qui me gênait dans le livre – et je vais faire rire, je crois, le… le… la personne de Hachette (5) qui est avec vous – c’est le livre ! Ce qui me gêne, c’est le livre, c’est de tourner les pages, c’est le poids, c’est le papier, c’est la manipulation de l’objet. Je m’étais détourné du livre pour ça. Et alors… Et moi ce qui m’intéresse, ça n’est pas l’odeur du papier, ça n’est pas le toucher. Moi, ce qui m’intéresse dans le livre, c’est le texte.
– C’est très original, comme point de vue !
– Mais justement, le fait aussi, même si n’étant pas (6) parisien, d’avoir un encombrement réduit (7) pour y mettre tous mes livres, c’est un avantage. Tout le monde n’a pas des étagères et une bibliothèque. Mais vraiment, le fait de plus avoir à manipuler le… l’objet, le livre, qui pour moi était très gênant, maintenant, je n’ai… J’ai juste à appuyer sur un bouton pour changer de page. Et j’ai mes centaines de livres sur moi, et…
– Ouais. Et c’est tellement simple que vous lisez plus (8)? Qu’est-ce que vous avez lu d’ailleurs récemment sur votre fnacbook ?
– Eh ben, quelques ouvrages que évidemment, je… j’ai téléchargés sur… sur le site de … de la Fnac, mais également, sur d’autres sites. Bah, des auteurs peu connus, des auteurs indépendants, des auteurs non édités, qui font paraître en version livre électronique sur leur site leurs ouvrages. Il y a beaucoup de gens qui ne se font pas éditer qui sont très talentueux. Et je prends beaucoup de plaisir, mais comme d’autres personnes j’imagine, à lire des gens dont personne ne veut parler, que personne ne veut éditer et qui pourtant écrivent des histoires très intéressantes, qui écrivent bien, qui écrivent de belles histoires, qui écrivent des histoires intéressantes. Je suis passé à peu près de trois-quatre livres par an à trois-quatre livres par mois.

Quelques explications :
1. je tenais vraiment à (+ verbe) : c’était vraiment important pour moi de…
2. au coup par coup : de temps en temps, pas régulièrement.
3. c’est une histoire de poids ? = la raison, c’est le poids ?
4. quasiment : presque complètement
5. Hachette : une des grandes maisons d’édition en France
6. même si n’étant pas… : cette phrase n’est pas très correcte. Soit on dit : « même si je ne suis pas parisien », soit on dit : « tout en n’étant pas parsisien ». En fait, il y a télescopage dans sa tête des deux constructions.
7. un encombrement réduit : le fnacbook ne prend pas de place.
8. plus = davantage. Il faut prononcer le « s » final quand il a ce sens là, alors qu’on ne l’entend pas dans la négation « ne… plus ».

La FNAC : c’est la chaîne de librairies la plus connue en France. (On prononce ce nom comme un mot, pas lettre par lettre.)  On y trouve livres, CD, DVD et matériel audio-visuel. Ils ont donc sorti récemment leur fnacbook.

Lire, partout, toujours

On peut lire des romans sur son écran d’ordinateur, sur son iPad. C’est assez fascinant de savoir qu’on peut avoir avec soi des dizaines de livres qui ne pèsent rien. Disparue l’angoisse du choix du livre qu’on emporte en vacances ou pour occuper un trajet en train. Ils sont tous là, l’erreur est permise.

Mais quand même, peut-on se passer du plaisir de manipuler ce bel objet qu’est un livre bien réel, avec ses couleurs, l’odeur de son encre, ses pages qu’on tourne, sa couverture qui nous embarque déjà quelque part, son poids et son épaisseur ? Paradoxalement, je trouve qu’un livre « en chair et en os » se fait oublier alors que je garde la conscience que je suis en train de lire lorsque c’est sur un écran. C’est comme si c’était plus difficile de s’abstraire d’ici et maintenant.
Peut-être est-ce tout simplement parce qu’on n’oublie jamais ses premières sensations de lecteur, ses premières impressions d’enfance.
Voici le parcours de Richard que les livres accompagnent un peu partout, depuis si longtemps.


Transcription:
– J’ai beaucoup… beaucoup de plaisir à… à choisir, à aller acheter. Mais je peux acheter aussi sur… Je peux acheter aussi en ligne, hein. C’est pas… C’est pas un problème mais le… le… le… ce moment où on dit celui-là ou pas celui-là. On regarde le prix : « Oh, c’est un peu cher. » Ça, j’aime assez.
– Alors vous me disiez que c’était des moments un petit peu d’isolement, des petites pauses dans… dans la journée. Là, on est dans un café. Vous êtes pas vraiment isolé, là.
– Non, je suis pas isolé, mais je suis en attente d’un rendez-vous. Donc je… Voilà, j’ai un temps mort. Et j’ ai… J’ai pris mon bouquin (1). J’ai pas pris de boulot (2). Donc voilà, j’ai… j’ai une dizaine de minutes à… à passer. Je lis quelques pages. Ou je lis pas.
– Alors là, par exemple, qu’est-ce qu’il y a sur cette couverture ? Vous pouvez me la décrire?
– Oui, il y a une femme au bord d’un… d’un lac, donc dans les Rocheuses. Le livre s’appelle La Réserve. C’est un livre de Russell Banks et ça traite d’une histoire se déroulant aux Etats-Unis parallèlement à la guerre de… d’Espagne, une histoire de… de gens très riches.
– Ça vous plaît?
– Pas trop (3). Pas trop parce que c’est… Je trouve que c’est pas assez littéraire, c’est plus narratif et ça, c’est quelque chose qui me laisse un peu sur ma faim (4) dans la littérature. Mes premiers livres de gosse (5), c’était Bob Morane (6). Voilà. Puis il y a eu la Bibliothèque Verte (7), tout ça, ce truc-là. Et après, vers… jusqu’à 18-19 ans, j’ai peu lu. Et j’ai commencé vraiment à lire vers 19 ans. J’étais jeune étudiant, je m’emmerdais (8) beaucoup, j’étais beaucoup dans les cafés, j’ai commencé à lire beaucoup Henry Miller en fait, voilà, voilà. Ça a été le… le début. Après, ça a continué: Henry Miller puis les Russes, puis… Voilà.

Quelques détails:
1. un bouquin : un livre (familier). On utilise aussi le verbe « bouquiner » pour dire qu’on lit.
2. le boulot : le travail.(familier)
3. pas trop = pas vraiment. Il n’est pas très enthousiaste.
4. laisser quelqu’un sur sa faim : laisser un sentiment de frustration à cette personne qui s’attendait à autre chose, à plus. Elle est un peu déçue et reste sur sa faim.
5. un gosse : un enfant (familier)
6. Bob Morane: héros de centaines de romans écrits par Henri Vernes à partir des années 50 et très lus par les garçons surtout. Il a toujours ses fans.
7. la Bibliothèque Verte : une collection de romans pour enfants et ados apparue vers 1920 et très populaire car pendant longtemps, il n’y a pas eu autre chose pour cette tranche d’âge.  
8. s’emmerder : s’ennuyer (très familier, un peu grossier)

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