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Un blog, instagram, du français, Svetlana, Antonio et les autres

Ce billet est une réponse au commentaire d’hier de Svetlana :
« Bonjour Anne,
tu as déplacé tes derniers articles et ajouté d’autres choses en bref ? »

Dialogue imaginaire, sous forme de questions-réponses. (On n’est jamais si bien servi que par soi-même !) :

Pourquoi as-tu déplacé les commentaires à droite vers le haut de la page ?
Pas pour faire la maligne, du genre « Regardez, ils sont tous très contents de ce blog ». Mais parce qu’il s’y passe des choses que j’aime bien : des questions, des impressions, des fragments de conversations et mes essais d’explications, qui intéressent peut-être d’autres personnes.

BlogPourquoi as-tu ajouté un lien vers cette nouvelle page instagram en haut à droite ? Je croyais que tu n’aimais pas les réseaux sociaux.
Je n’aime pas Facebook : trop fouillis, trop de pubs et de sollicitations non souhaitées et peu de sympathie pour la philosophie de ses créateurs. Voilà, c’est dit ! Instagram me parle davantage, j’ai toujours regardé ce qui s’y passait (bien avant que Facebook le rachète). J’ai l’impression que je peux m’en servir dans un sens qui m’intéresse et qui me correspond.

Mais à quoi ça sert ? Pourquoi pas Twitter par exemple ?
– Pour le côté visuel de cet endroit ! J’aime toutes ces petites photos qui forment comme un journal et restent en place même si le temps passe.
– Parce que j’ai toujours eu un faible pour le format carré des photos et ce côté reposant et harmonieux d’un format unique.
– Parce qu’il y a la place d’écrire sans la contrainte d’un nombre de caractères très petit. Mais en même temps, il faut de la concision. Elaguer. Et apprendre à trouver les mots rapidement. C’est aujourd’hui, pas demain !
– Parce que ça me permet de garder une trace de l’écoulement des jours.
– Parce que j’ai beaucoup appris sur l’anglais à travers les échos quotidiens d’autres vies que la mienne, ce qui compense le fait de ne pas vivre tous les jours dans le pays dont on veut parler la langue. Peut-être puis-je faire la même chose avec mon français !

Pourquoi ne pas mettre ça directement sur ton blog alors ?
Pour lui laisser une certaine unité et ne pas l’encombrer de ces petits détails et instantanés peu travaillés, que certains trouveront sans intérêt parce que pas directement relié à leur apprentissage du français. Je le vois comme un prolongement qui me convient sous cette forme en ce moment. Cela ne durera peut-être pas !

Pourquoi ce titre à ton billet ? Pourquoi Svetlana et Antonio ?
Parce que justement, Svetlana se plonge tous les jours dans le français, lit, écoute, et prend tout ça pour elle : les mots, les expressions. Pour raconter sa propre vie. Pour parler une autre langue, il faut avoir cette envie d’emprunter et de collectionner !
Et petit clin d’œil à Antonio parce je pense qu’il fait pareil, à son rythme. Je le devine, aux petites signes discrets mais réguliers qu’il laisse de son passage, ici et sur France Bienvenue. Bonjour Antonio !
Et bonjour à tous les autres.

Si vous avez envie de répondre à ce que je mets sur Instagram et que vous n’avez pas de compte chez eux, faites-le ici sur ce blog, après n’importe quel billet, ou après le billet le plus récent, et ce commentaire apparaîtra dans la colonne de droite, dans la rubrique : Ce que vous dites.

C’est quoi, ce charabia !

Quel charabia

Mots nouveaux importés d’ailleurs et digérés à la sauce française, comme faire le buzz, recourir au crowdfunding, parler de bashing pour un oui pour un non.
Mots français qui (re)deviennent à la mode, sous l’influence de l’anglais bien souvent et de leur utilisation par les journalistes, comme impacter, implémenter, possiblement.
Tous ces mots qui vont et viennent, au gré des tendances, très justes et nécessaires parfois, horripilants souvent !

Parler de bashing, a l’air d’être plus évocateur pour beaucoup de journalistes que parler de dénigrement par exemple ! Parler de crowdfunding, c’est quand même mieux que dire financement participatif, non ? A écouter ici, pour la beauté de la prononciation française! Et là, on se surprend à dire: Oh là là*, c’est juste** pas possible !
* expression typiquement française.
** influence de l’anglais.

Pourtant, tout le monde ici peut deviner ce qu’il y a derrière les termes français, alors que l’anglais ne dit rien à la plupart des Français (qui ont probablement fait l’impasse sur les cours d’anglais). Et ce qui m’étonne aussi, c’est le peu de curiosité pour aller voir ce que cela signifie dans la langue d’origine. Adoption immédiate des expressions parce qu’elles sont partout dans les médias et sur internet.

Et aussi au travail, comme raconté ici avec humour:
Transcription :
– Alors, ce matin, vous jetez un sort à (1) ce globish, c’est-à-dire cette novlangue des managers qui se répand dans les entreprises.
– On peut raisonnablement parler de pandémie avec des responsables. D’abord, il y a la catégorie des collègues et des chefs tendance (2) qui adorent les expressions à la mode. Exemple : Alexandra, je reviens vers vous parce que cette émission, elle est juste (3) deceptive (4).
– Non !
Lire la Suite…

Une autre langue

Les languesParler d’autres langues que celle avec laquelle on naît, pour l’accès que cela vous donne à l’ailleurs. Amour d’un autre pays, amour d’une autre langue, dans cet ordre ou l’inverse, à travers les mots et la voix de Fanny Ardant.

Brièvement et intensément !
Transcription:
Moi, j’aime beaucoup l’Italie pour l’art de vivre. J’aime la nourriture, j’aime beaucoup Rome, où on a toujours le temps de déjeuner, de dîner, que d’arriver en retard n’est pas une catastrophe. Il y a quelque chose… Je me suis toujours demandé si les Romains étaient comme ça parce qu’ils avaient conquis le monde, il y avait eu l’Empire Romain. La beauté, le ciel, et tout d’un coup, on se souvenait que oui, que pour… il fallait vivre et pas être toujours des animaux productifs !
Et la langue italienne, que vous parlez cou[ramment] ?
Moi, j’ai appris l’italien parce que Vittorio, Ettore Scola, Marcello Mastroiani, ils parlaient tous ma langue, ils parlaient tous le français, et que je trouvais ça extrêmement élégant de s’adresser à une étrangère, qui arrivait dans une ville étrangère, avec sa langue. Donc petit à petit, j’ai voulu apprendre leur langue, comprendre les histoires drôles. On peut comprendre tout. Comment, je ne sais pas, mais on le sent.

Etrange étrangère

A l’autre bout du monde, en Afrique du Sud.
C’est un petit bout de la vie de Delphine, expatriée pour quelques mois loin de Paris.
Dans un pays où tout est différent:
Le mode de vie.
Les relations entre les communautés.
La langue… Les langues.

Dans un pays où elle ne travaille plus.
Un pays où comme elle le dit, elle ne sait plus rien faire des choses de la vie quotidienne.
Un pays où elle ne comprend pas tout ce que les gens disent. Où son français ne lui sert plus, où son français lui manque.


C’est sur Arte Radio.
Le vague à l’âme de Delphine Saltel, partagé avec sa meilleure amie restée à Paris, partagé avec nous.

Transcription:
Johannesbourg, mai 2009.
Ici, c’est l’automne. Les arbres sont jaunes, la nuit tombe à 5 heures et demie. On a allumé la cheminée.

Janvier, février, mars, avril, mai. Je suis là depuis quatre mois. Mais je me sens encore nouvelle, fraîchement débarquée. Et je crois que c’est vraiment l’histoire de… de la langue (1).
Je te jure (2), si on m’avait dit que je retournerais à l’école !
J’ai calculé que j’ai toujours écouté des chansons en anglais, depuis que je suis toute petite. J’ai eu une correspondante irlandaise que j’aimais beaucoup. Le premier garçon que j’ai embrassé sur la bouche, c’était pendant un échange linguistique, quand j’étais en quatrième (3).

Et… Bref, voilà, je baigne dans cette langue, j’ai l’impression. Et je comprends pas pourquoi je suis aussi mauvaise !

C’est la première fois que j’ai à vivre longtemps hors du français, hors de ma langue maternelle.

Et j’avais pas mesuré à quel point ma langue maternelle, le français, mon français est en moi, inséparable de moi et que c’est presque comme une partie de mon corps, c’est-à-dire que rien ne se passe en moi qui ne passe pas par la langue française, encore.

Ici, comme je suis dépossédée de cette langue, que je peux plus m’en servir pour parler aux gens, voilà, je comprends tout ce qu’elle est pour moi.
C’est épuisant d’avoir l’air si bête (4) et si perdue et de… Je me sens un peu minable (5) parce que, souvent, j’en ai ma claque (6) d’être loin et…
C’est un peu honteux. Enfin, moi je voudrais penser que je… je peux parcourir le monde, que je suis pas vissée (7) à mon petit monde d’origine. Et en fait de partir, d’abord, je pensais pas que ça serait si dur. Et puis je pensais pas que… que les choses me manqueraient autant. Je pensais qu’avec la nouveauté, le… le dépaysement, le côté exotique, je pensais que… que ça remplirait, voilà. Et en fait, ça remplit pas tout à fait. Et je m’aperçois qu’on peut pas… C’est comme on peut pas changer une fleur de pot comme ça. Enfin… Quand même, tu mets un moment, quoi. Et ici, j’ose pas trop le dire. Enfin tu sais, ça fait chauvin (8) de dire que ton pays te manque et en même temps, je sais très bien que… que ça me fait beaucoup de bien d’être dans cette… d’être celle qui en place pas une (9) au dîner, tu vois. Quand je suis invitée dans les dîners, ben, j’écoute les convives, en fronçant les sourcils (10), en essayant de comprendre, et… Voilà. Et ça me remet bien en place parce que avant, j’ai été prof, j’ai travaillé à la radio, j’avais l’habitude… Enfin, j’ai longtemps eu l’habitude d’être celle qui parle, qui connaît son affaire (11). Et puis là, bah, niet (13) ! On… On m’a coupé la chique (14) !

Et puis.. puis bon, je progresse parce que quand même, en anglais, tu vois, petit à petit, ça va mieux. Et puis ce qui est bien ici, c’est que l’anglais, c’est pas vraiment l’anglais. C’est un peu un esperanto, tu vois que tout le monde se partage, les Afrikaners, les Zoulous, les Suthus, les Kossas, les expatriés de tout bord. Et donc c’est un peu plus facile quand tu sais que… que les gens savent ce que c’est qu’avoir une langue maternelle et puis une… une autre langue. Voilà, mais ne t’inquiète pas. Je pleure mais ça… Je suis pas triste. Et je pleure parce que je suis… J’ai un problème d’hormones. Je pleure énormément parce que… Attends, il y a un avion qui passe… Je crois que c’est… En fait, je suis enceinte et je… j’ai lu que… C’est débile (15), j’arrête pas de pleurer! J’ai lu que c’était normal. En fait, tu pleures beaucoup parce que c’est les hormones, ça te rend fragile. Mais je pleure vraiment, hein! Je pleure pour un rien (16). Je pleure devant la télé, je pleure au téléphone. Je pleure dans la cuisine. Et c’est pas vraiment que je suis triste, hein. Je suis même heureuse, hein! Il fait beau, c’est grand, tout est grand. La dernière fois, on est parti dans un parc. J’ai vu une girafe, une vraie girafe de… sauvage. C’est quand même bien. Voilà, je t’embrasse fort (17).

Quelques explications:
1. C’est l’histoire de la langue: c’est à cause de la langue. (familier)
2. Je te jure: c’est une exclamation, pour renforcer l’idée qu’on est surpris.
3. la quatrième: c’est la troisième année du collège, vers l’âge de 13-14 ans.
4. avoir l’air si bête: avoir l’air si stupide, si peu intelligente.
5. minable: nul(le)
6. j’en ai ma claque de quelque chose / de faire quelque chose: j’en ai vraiment assez de… (familier)
7. être vissé: ici, être complètement accroché à son monde, ne pas pouvoir s’en détacher.
8. être chauvin: penser que son pays est le mieux. (et donc ne pas se montrer très ouvert aux autres cultures.)
9. ne pas en placer une: ne pas réussir à prendre la parole, rester muet. (familier)
10. en fronçant les sourcils: elle veut dire qu’elle doit faire beaucoup d’efforts pour suivre la conversation, et ça se voit sur son visage.
11. connaître son affaire: connaître son sujet, avoir des choses intéressantes à dire. (familier)
12. Niet: rien. (familier)
13. couper la chique à quelqu’un: rendre muet quelqu’un. On ne sait plus quoi dire. (argot)
14. c’est débile: c’est idiot. (familier)
15. pour un rien: pour des raisons sans importance, donc un peu n’importe quand.

16. Je t’embrasse fort: c’est la façon de conclure une lettre avec quelqu’un qui nous est vraiment proche et cher (famille ou ami). On y met beaucoup de sentiment.
En un peu moins fort, on peut dire juste « Je t’embrasse« , à des amis, à de la famille.
Et de façon plus banale, un peu passe-partout, avec des gens (amis ou collègues) assez proches mais pas tant que ça, on écrit juste « Bises« .
Quand on écrit « Bisous« , il y a un peu plus de sentiments que « Bises », mais ça fait un peu enfantin, et ce sont surtout les femmes qui l’emploient.

Champion avec papiers

Sharif a 18 ans. Il est afghan. Mais depuis peu, il est aussi français. Pourtant, ce n’est pas facile par les temps qui courent d’obtenir la nationalité française, surtout quand on vient de certains pays… enfin, surtout quand on est pauvre…

Il d’abord été un sans-papiers. Comme tous les enfants dans cette situation, il a été scolarisé car les écoles publiques françaises leur sont ouvertes. C’est ce qui lui a permis d’apprendre le français et d’avoir une vie la plus « normale » possible dans sa situation. Et ensuite, tout s’est accéléré pour lui, dans le bon sens. (Mais ce n’est pas le cas de tous…)


Transcription:
Je suis champion de France Espoir 2009 et… vice-champion en 2010, de boxe française. Je m’en souviens, en 2007, quand je suis arrivé ici que je ne savais pas du tout parler français. On ne savait pas dans quelle classe je pourrais y être (1), parce que j’avais presque 15 ans. Donc on m’a mis dans… dans une classe de… d’intégration.
Vous étiez scolarisé en Afghanistan ?
Non, pas vraiment.
Vous saviez déjà boxer avant d’arriver quand même ?
Non.
Non plus ?
Non, voilà…
Vous avez tout appris ici !
Je comprenais pas. D’un coup, tout le monde et tous les journalistes ont débarqué, TF1, France 2, tout le monde. Et j’avais pas de papiers (2) et que j’ai gagné un titre de champion de France. Champion de France sans papiers, quoi. L’année dernière, voilà, j’ai… j’ai été en finale. Donc il y avait le Championnat d’Europe derrière. Pour entrer en équipe de France, il prend (3) le finaliste et le vice-champion. Donc quand on n’est pas français, on peut pas rentrer en équipe de France. Et mon dossier, ça a duré… quoi… une semaine et après c’est bon. Tout est arrivé.
Vous vous sentez français depuis quand ?
Depuis que je suis français.
Depuis qu’il y a les papiers simplement ?
Voilà. Bah avant, j’avais peur de dire, voilà, « je me sens français », parce que j’étais pas français. Je pouvais… On peut pas dire ça.
Qu’est-ce que ça représente pour vous la nation française ?
Ah c’est… voilà, c’est la liberté. Et de deux, quand on a envie de réussir, il y a moyen ici. Quand on en veut, quand on a envie de faire quelque chose, il y a toujours moyen (4). Il faut y aller, faut être motivé.
Alors, on va voir votre ancienne classe ?
Oui, ça me ferait plaisir. C’est vrai que ça fait longtemps.

Bonjour. On est venu avec un ancien.
– Voilà.
Vous avez l’air ému de les voir ici, là.
– Bah, ça me fait plaisir de revoir Madame Delafonte. C’est vrai que j’ai pas eu le temps de passer après la […] les médias, ce qui s’est passé, tout ça. C’est… c’est des beaux souvenirs.
– Oui, oui, non. Et de le voir parler comme ça, c’est… Pour nous, c’est ce qu’il y a de mieux.
– Alors justement, ça paraît impressionnant. Il me dit qu’il y a encore trois ans, il parlait pas un mot de français. Vous confirmez d’ailleurs.
– Oh oui, tout à fait, pas un mot de français. Et quand il écrivait, ben, je me suis rendu compte qu’il avait appris à lire en copiant des livres. Donc il écrivait en Times New Roman. Donc voilà, il écrivait en police de caractères. C’est… C’était très curieux. Et il a été très, très vite.
– Bonjour, comment tu t’appelles ?
– Sarah.
– D’où est-ce que tu viens, Sarah ?
– Portugal.
– Portugal ?
– Et tu as quel âge ?
– J’ai 14 ans.
– Je m’appelle Michaela, j’ai 13 ans. Je suis roumaine.
– Roumaine ?
– Oui.
– Tu aimes le français ?
– Oui. Parce que je travaille bien, je lire (5) un petit peu. Mais j’écris pas bien.
– Bonjour, je m’appelle Sergo. Je suis géorgien. J’ai 12 ans.
– Alors, ici, on apprend à parler français surtout. Est-ce qu’on apprend aussi ce que c’est que la France, les valeurs de la France ?
– Tout à fait. Alors bon, pour les élèves qui sont ici, effectivement, c’est le niveau, bon ben, le…. le plus… le plus faible, on va dire. Ils apprennent vraiment à parler, à lire et à écrire. Et par la suite, quand ils vont passer dans le niveau supérieur, ce qui va être le cas de Sergo et de Sarah dès la semaine prochaine, ils vont prendre des cours d’histoire-géographie (6) et de civilisation française. Je crois que la langue représente l’esprit d’une nation, donc apprendre le français, c’est déjà apprendre à vivre en France.
– Donc vous constatez pas de problème d’intégration de ces élèves parmi le… le reste de la classe ?
Bah, il peut y avoir des personnalités problématiques parfois bien sûr, mais non, en règle générale, non. Je crois que nos élèves sont habitués au multiculturalisme. Enfin, ce genre de choses, ça leur pose pas du tout de problème, non, non. Par exemple, Sergo a un bon ami qui est Genzel. Genzel est russe, Sergo est géorgien, donc forcément, c’est reposant de pouvoir de temps en temps poser le sac et parler dans sa langue et voilà. Mais moi, je crois que c’est tout, Sergo a d’autres amis qui ne sont pas russophones. Donc voilà, non, non, enfin je lui fais tout à fait confiance pour avoir des amis français très, très vite.

Quelques détails :
1. dans quelle classe je pourrais y être : « y » est en trop car il y a le mot «classe».
2. les papiers : ce sont les documents officiels qui prouvent votre identité et votre statut pour vous autoriser à vivre sur le sol français. (carte de séjour, carte d’identité)
3. il prend : il faudrait dire soit « On prend », soit « ils prennent ».
4. il y a moyen de faire quelque chose : c’est possible de faire quelque chose. On peut dire le contraire : il n’y a pas moyen de…, pour dire que c’est impossible de faire quelque chose.
5. Je lire : il faut conjuguer le verbe : « Je lis »
6. l’histoire-géographie : dans les collèges et lycées français, ce sont deux matières qui sont enseignées ensemble, par le même professeur. On dit souvent juste « histoire-géo ».

Profession interprète

27 Etats
492 millions d’Européens
23 langues officielles, et d’autres
3 alphabets : latin, grec, cyrillique
1 500 personnes pour traduire des milliers de documents et des centaines de conférences
400 interprètes permanents
C’est aussi ça, l’Union Européenne.

Paule, Estelle et d’autres travaillent comme interprètes de conférence auprès des institutions de Bruxelles, Strasbourg et Luxembourg.
Franchement, ça m’a toujours impressionnée de voir les interprètes exercer leur métier parce que c’est une chose de comprendre et parler parfaitement une langue étrangère, mais c’en est une autre de passer d’une langue à l’autre dans l’instant avec autant d’aisance !


Transcription :
Quand après l’apprentissage de l’interprétation consécutive, on est passé à l’apprentissage de la simultanée, après la première séance, je me suis dit : « C’est impossible ! J’abandonne ! C’est pas possible d’écouter, de parler en même temps, de comprendre». Mais… mais c’est faisable, c’est-à-dire que on… on pratique cette technique et finalement on l’intègre.

C’est très enrichissant parce que forcément, on prépare les différentes réunions. Donc on apprend des tas de choses (1) en préparant. On découvre des tas de sujets intéressants. Ça peut aller de… de l’agriculture à la culture comme aujourd’hui. (On parlait du patrimoine culturel européen.)

Je pense que quelqu’un qui est attaché à la routine aurait beaucoup de mal à… à s’adapter à un métier d’interprète. Je trouve que ça demande beaucoup de facultés d’adaptation, un amour du changement et une curiosité pour des choses différentes et puis aussi de savoir maîtriser l’inattendu. Autre avantage, eh ben justement (2), les voyages, le fait de pouvoir se déplacer.

On voyage beaucoup, oui. Et les voyages ne se font pas uniquement dans l’Union Européenne. Ils se font dans le monde entier.

On est là pour rendre un service, pour permettre aux gens de communiquer entre eux dans la langue de leur choix et de faire en sorte justement qu’on ne nous remarque pas.

En travaillant ici, on travaille en plus dans de très, très bonnes conditions. C’est vraiment un… un métier très agréable à exercer, même s’il est stressant, même s’il est fatigant, même si parfois, on se déplace beaucoup. Mais malgré tout, je trouve que les retombées positives sont beaucoup plus importantes. Donc je garde mon enthousiasme !

Quand j’ai commencé à travailler, on m’a conseillé d’ajouter l’allemand (3) parce que c’était une langue déficitaire (4) en cabine française. Donc j’ai suivi ces conseils et ça a beaucoup changé le nombre de jours de recrutement quand j’étais free-lance. J’ai beaucoup plus travaillé à partir du jour où j’ai ajouté l’allemand.

Ce que l’on (5) a tendance à penser, c’est que l’interprète est un polyglotte qui maîtrise de nombreuses langues étrangères. Ce n’est pas ce que nous recherchons. Nous recherchons quelqu’un qui comprend de nombreuses langues étrangères mais qui maîtrise particulièrement bien la langue maternelle.

Quelques détails :
1. des tas de choses : beaucoup de choses (très fréquent à l’oral)
2. eh ben justement : eh bien précisement
3. l’allemand : le nombre d’élèves français qui choisissent allemand au collège a énormément diminué, sauf dans les départements frontaliers avec l’Allemagne. L’anglais domine évidemment et ensuite, c’est surtout espagnol.
4. une langue déficitaire : une langue pour laquelle on manque d’interprètes.
5. l’on : rajouter « l’ » devant « on » donne un style plus recherché.

Amoureux du français

Chaque langue a ses expressions et c’est passionnant de voir que ce ne sont pas les mêmes d’une langue à l’autre.  Souvent même, une expression n’a pas son équivalent en anglais, en espagnol, en allemand et inversement.  Ou alors, ce sont des images différentes. C’est une des choses que j’aime dans ce passage d’une langue à l’autre !

Alors voici un autre petit extrait de l’interview d’Alex Taylor. Il y parle, avec son regard de Britannique, de ce qui, pour lui, fait fondamentalement le charme du français : toutes les expressions que nous employons. Cette petite conversation ne pouvait que me plaire et me donner envie de la partager avec vous !


Transcription :
Mais j’adore les langues. Je suis tombé amoureux d’abord de la vôtre qui est l’une… l’une des plus belles du monde, après ces… ces années en Cornouailles où j’ai appris les langues. Je… je… J’adore par exemple… J’ai appris aussi le… la langue allemande. Je… je… Chaque langue a son truc (1). Et jevoulais écrire un livre où je fais part de ma passion. Je pose la question sur la couverture : Comment est-ce qu’on peut tomber amoureux d’une langue ? Et moi, c’est…C’est… c’est tout mon amour parce que je trouve par exemple que le français est plus drôle. J’adore…
Ah, je pensais que c’était… qu’on parlait souvent de l’humour britannique… Alors, non ?
Oui, mais les Britanniques, je pense, on est censé avoir un… de l’humour quoique l’humour britannique est souvent très différent maison que ce qu’on perçoit dans les produits vendus comme Monty Python, etc… par les services commerciaux de la BBC. Votre propre humour est un peu plus basé sur le… sur la langue justement.
Vous trouvez que notre grammaire et notre conjugaison sont… sont drôles ?
Non, ce sont vos expressions. Par exemple, il y a des expressions en français qui sont… Il suffit de les sortir (2) et les gens rient. Par exemple, je vais vous donner un exemple. J’étais dans une réunion l’autre jour et quelqu’un sort l’expression : « Ah bah celle-là, elle va pas être déçue du voyage ! ».(3)
Oui…
Donc vous voyez, vous riez. Et vous connaissez pas du tout vraiment le contexte ni de quoi il s’agit. C’est une expression qui est, de manière inhérente, drôle. Et ça, en français, il y en… il y en a plein !
Oui, mais enfin ça existe les… les expressions un petit peu imagées comme ça…
Pas tellement. Mais j’ai cherché… mais j’ai cherché en anglais. Non, l’humour n’est pas inscrit à même la peau de la… de la langue anglaise. Nous avons peut-être de l’humour, du deuxième degré (4), enfin du « understatement », etc… Mais ce… ce n’est pas dans les expressions comme c’est le cas en français. Mille fois par jour, j’entends des expressions qui sont…
Tout à l’heure, je vous ai dit… ce matin je vous ai dit : « Déposez vos… »
Ah oui, « Déposez vos frusques »(5).
« Déposez vos frusques. »
Je ne savais pas mais elle est géniale… Dès potron-minet (6), il y a des trucs comme ça. Ou, je sais pas, « Elle a vu la Vierge, ou quoi ? »(7) Enfin, ces… ces expressions qui sont délicieuses. Et le français a beaucoup plus d’expressions qui sont drôles par elles-mêmes.

Quelques détails :
1. son truc : ici, sa particularité.
2. sortir une expression : dire / utiliser une expression
3. Elle va pas être déçue du voyage  : on va faire quelque chose qui va la surprendre totalement.
4. c’est du deuxième degré : ça signifie qu’ il ne faut pas prendre les mots au pied de la lettre, de façon littérale.
5. les frusques : les vêtements, les habits. (mot d’argot)
6. dès potron-minet : dès l’aube / dès que le jour se lève.
7. Elle a vu la Vierge ou quoi ? : on dit ça si on trouve que la personne est trop surprise de façon naïve. On se moque de sa surprise.

Amoureux des langues

Passer les frontières au sein de l’Union Européenne se résume aujourd’hui à ralentir au niveau des anciens postes frontières, laissés plus ou moins à l’abandon, et recevoir un message sur votre portable qui vous informe des tarifs quand vous quittez la France. Plus besoin non plus, dans un certain nombre de pays, de faire fonctionner sa tête pour convertir les prix affichés dans une autre monnaie. L’euro est passé par là !

N’empêche ! On sait vite qu’on est ailleurs. Quelques drapeaux à la frontière, des limitations de vitesse qui changent un peu. Et surtout, bien sûr, la langue parlée dans cet ailleurs, d’un coup différente. Là, pas d’uniformisation: 23 langues officielles bien vivantes !

Et ça, pour Alex Taylor, journaliste et européen convaincu, c’est fascinant. Britannique, installé en France et en Allemagne, il racontait l’autre jour à la radio comment il est définitivement tombé amoureux des langues et du français en particulier. Une très jolie conversation, dans un français parfait, dont voici un petit extrait savoureux.
( A suivre… )

Transcription :
Les langues m’ont… m’ont complètement donné une… une vie que je n’aurais pas eue si… si il y avait pas ce besoin un peu inconscient d’apprendre des verbes irréguliers. J’étais fasciné. Je me rappelle, la toute première fois, je raconte dans le livre, quand on était… Je me rappelle comme si c’était hier, on était tous en cours de français. J’avais onze ans, en Angleterre, il y avait notre professeur de… de français, Mademoiselle Bridgewater qui écrivait… On savait tous que les Français utilisaient « oui » pour « Yes », donc on savait. Mais tout d’un coup, elle a écrit sur le tableau O.U.I. Et je me souviens d’une espèce de «Han !» comme ça dans la… Ça nous semblait tellement évident que ça s’écrivait W.E., « we » comme nous, nous le faisons en anglais ! Et… et là, ce choc m’est resté depuis parce que c’est… J’ai compris qu’en fait, il y avait d’autres façons de voir, d’autres façons de parler avec d’autres prismes de la réalité ailleurs.
Donc les langues pour moi, c’était un passeport. Ce petit garçon a compris que s’il apprenait les verbes irréguliers que Mlle Bridgewater écrivait au tableau… Acquérir, c’était son préféré, j’acquiers, tu acquiers, il eût fallu (1) que j’acquisse…(2)
Ouh là là ! Des choses qu’on… ne dit plus du tout d’ailleurs, mais bon !
Ouais, c’est ce que… C’est ce que nous apprenions. Et… C’est ce que nous apprîmes !(3)
Bravo !
Voilà. Moi tout ça, je sais grâce à elle. Il a compris que, en apprenant des langues étrangères, c’était pour lui un passeport pour pouvoir sortir d’un… d’un monde, parce que moi je… je… j’avais rien. Je viens d’un milieu assez modeste en Cornouailles. Donc si j’avais pas appris ces langues-là, si mon… mes parents ne m’avaient pas fait des tournées, parce qu’on partait, on n’avait pas de moyens mais on partait avec une tente, T.E.N.T.E (4), faire des tournées en Europe sur le continent. Et ça m’a donné le goût de tout ce qui est étranger, c’est le mot qui vient à l’esprit, mais tout ce qui était ailleurs. Et finalement, dès que je pouvais, à l’âge de vingt ans, je me sentais pas bien dans mon pays, donc je suis venu ailleurs où j’ai pu m’éclater (5) en parlant une autre langue, en étant peut-être débarrassé de plein de choses qui appartiennent à mon…mon enfance. Donc les langues… c’est pas étonnant que je sois amoureux des langues.

Quelques détails :
1. Il eût fallu : aujourd’hui, on dit plutôt : «Il aurait fallu ». Il y a 2 formes du conditionnel passé. Celle avec «eût » est très soutenue.
2. que j’acquisse : c’est le subjonctif imparfait. Aujourd’hui, on utilise le subjonctif présent : que j’acquière. On ne fait plus la concordance des temps de façon aussi stricte, parce que ces formes verbales sont difficiles ! Je suis sûre qu’il y a beaucoup de Français qui ne savent pas ces conjugaisons, surtout pour les verbes compliqués ! C’est ce que dit Rebecca juste après, avec son « ouh là, là », variante de « oh là,là ».
3. Nous apprîmes : c’est le passé simple (à l’indicatif). On ne le trouve plus qu’à l’écrit.
4. tente : Alex est obligé d’épeler parce que ça pourrait être le mot « tante ». Sa phrase aurait un sens aussi, mais différent. La prononciation est la même.
5. s’éclater : verbe familier = s’amuser, prendre beaucoup de plaisir en faisant quelque chose.

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