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Une vie à pêcher

Marin pêcheur

En allumant la radio un midi de la semaine dernière, je suis tombée sur ces enfants qui posaient des questions à un marin pêcheur, avec le naturel et le sérieux des petits que tout intéresse. J’ai compris ensuite qu’il s’agissait d’un extrait d’un film qui raconte la vraie histoire d’une vraie famille, jouée par les membres de cette famille eux-mêmes.

Marin pêcheur – Tempête

Transcription:
– Est-ce que ça vous arrive de vous blesser en mer ?
– Alors, oui. Oh, ça m’est arrivé, hein ! J’ai… Parce que c’est quand même… Un bateau, ça bouge tout le temps. C’est toujours en train de bouger. Et notre outil de travail, c’est un couteau. Donc c’est quand même très dangereux, quand vous êtes comme ça, comme ça. Le bateau, il fait hop, hop, hop ! (1) Quand on est en train de travailler, on se loupe (2). Voyez, moi, j’ai des cicatrices plein les doigts (3), j’en ai… Je me suis mis un coup de couteau là, je me suis mis un autre coup de couteau ici. C’est très, très dangereux. Vaut mieux (4), des fois (5), quand on voit qu’on tombe, moi, je sais que je jette mon couteau par terre. Je préfère perdre mon couteau que me couper un bras, quoi. Donc faut faire… Faut faire gaffe (6). Eh oui, ça arrive souvent.
– Est-ce que ça vous est déjà arrivé de… de penser que vous allez mourir, dans une tempête ?
– Ça m’est déjà arrivé, oui, pendant des grosses tempêtes, bah où, tu vois, la vague, elle est très, très haute, elle nous pousse et le bateau, il surfe, comme ça. Donc bah, tu as un peu peur que le bateau, il se mette sur le côté, puis qu’il chavire, comme ça. Mais donc oui, ça m’est arrivé plein de fois (7). Dans les tempêtes, à partir du moment que (8) le vent, il y a plus de 90 km/h, on commence à avoir un peu peur. Faut (9) simplement avoir vraiment confiance dans le bateau, quoi ! Tu vois.
– Mais c’est que vers quel âge, vous avez aimé… bah… pêcher ?
– Oh, je crois que j’ai toujours aimé pêcher. Quand j’étais tout petit, j’étais déjà avec ma canne à pêche. Avant, j’étais déjà avec mon épuisette en train de pêcher des petites crevettes. Après, je suis passé avec ma canne à pêche pour pêcher des plus gros poissons. Et après, je voulais absolument aller à la pêche avec mon papa (10), et du coup, je suis parti. J’ai toujours aimé la pêche. Toujours, toujours !

Quelques détails :
1. le bateau fait hop, hop, hop : cette onomatopée exprime l’idée de sauter. Donc il mime le bateau en train de sauter à cause des vagues.
2. Se louper : rater ce qu’on veut faire, ne pas le faire correctement. (argot) Louper quelque chose signifie manquer quelque chose ou rater ce qu’on fait.
3. Plein les doigts = partout sur les doigts
4. vaut mieux = il vaut mieux (style oral)
5. des fois = parfois, quelquefois. Des fois est plus familier, plus oral.
6. faire gaffe : faire attention (argot)
7. plein de fois = très souvent (familier, style oral)
8. à partir du moment que : il faut normalement dire : à partir du moment où (= si)
9. Faut = il faut (style oral)
10. mon papa : normalement, on dit « avec mon père ». Mais comme il s’adresse à des enfants, il utilise le terme qu’ils emploient.

L’émission entière est à écouter ici, avec le réalisateur qui explique comment il a travaillé.

Tempête bande annonce

La bande annonce du film est à regarder ici.
Histoire de famille. Histoire de divorce et de garde d’enfants.
Histoire de mer.
Histoire vécue et rejouée par ses protagonistes.
.

Transcription:
– Tu restes combien de temps ?
– Quarante-huit heures. Je repars lundi matin.
– OK, super…
– Je croyais que tu avais changé de bateau et que tu allais rentrer tous les soirs.
– Bon, arrête tes conneries ! C’est moi qui ai la garde. Tu vas me la chercher, la gamine, avec ses affaires !
– Elle va nulle part ! Chez toi, elle est toujours toute seule !
– Moi, j’ai pas le choix ! Je vais à la mer. Tu vas me chercher la gamine, elle revient avec moi.
– Laisse-moi, tu me fais chier !
– Tu me fais quoi, là !
– Ah mais je suis pas sûre que le juge, cette fois-ci, aille dans votre sens, si vous ne changez pas votre organisation au niveau du travail.
– Non mais c’est vraiment important, faut vraiment que je reste à terre.
– Si tu viens pas, c’est pas la peine de revenir. Je prends quelqu’un d’autre.
– Si je dois m’acheter quelque chose, je vais m’acheter un petit bateau, pour justement être là tous les jours, avec mon gars, avoir un minimum de vie de famille.
– Il faut que tu le fasses. Il faut que tu te motives pour le faire bien comme il faut.
– Tu me fais confiance ?
– Oui.

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Des vies arrêtées

Marseille

On est toujours touché par ces vies brutalement interrompues, celles d’inconnus ainsi que celles de champions qu’on connaissait à travers leurs parcours et leurs exploits plus ou moins récents, des hommes et des femmes qu’on suivait de loin en loin, dont on entendait régulièrement les noms au gré de grandes compétitions sportives: Camille, Alexis, Florence, jeunes ou moins jeunes.
Pour Florence Arthaud, cela avait commencé dans les années 80-90. Souvenir des images de sa victoire dans la Route du Rhum en 1990. J’ai toujours eu de l’admiration pour cette navigatrice et aimé écouter ce qu’elle racontait sur la mer, sur la voile, sur sa passion.

Florence et la mer

Transcription:
– Son destin est d’autant plus tragique qu’elle s’est sauvée de la mer dans des conditions, vous vous rappelez, elle est tombée de son bateau, dans la nuit, elle a réussi à prévenir des gens qui sont venus la chercher au milieu de la Méditerranée. Et puis cruellement, elle va mourir parce que deux pilotes peut-être ont accroché les pales de leur hélicoptère.
– La joie de vivre. Elle avait… oh là, là, là, elle avait choisi Marseille, parce que bon, c’est la mer, hein, c’est sa vie, c’est sa passion. Elle était toujours avec nous, elle venait nous voir quand on rentrait avec le poisson. C’est vraiment une catastrophe ! Catastrophe !

– Nous, on est hyper rustique, c’est-à-dire que nous, on doit fournir des efforts démesurés, sans dormir, sans manger, et ça, sur plusieurs jours, ou plusieurs dizaines de jours, ou plusieurs semaines ou plusieurs mois. Donc on peut pas dire qu’on soit à la… exactement préparés de la même façon que les autres sportifs de haut niveau (1). Nous, notre mental (2) est très important et puis on s’apparente… on peut se comparer davantage aux… aux gens qui font de la montagne (3).
Ah moi, celui que je préfère, c’est l’océan Pacifique, pour deux raisons, c’est que c’est le plus grand, donc on peut vraiment y passer du temps sans voir de côtes, ni de… ni d’êtres humains, en se sentant vraiment faire partie d’un autre monde. Et puis aussi pour des couleurs particulières qu’il peut avoir même avec 4000 mètres d’eau, en fait, de profondeur sous la quille. Il y a des jours où le Pacifique, il est turquoise, vraiment comme on peut le voir dans les lagons. Mais sinon, je crois qu’il y a rien qui ressemble plus à une vague qu’une autre vague. Ce sont les couleurs qui changent, et puis la hauteur des vagues.
Le chemin parcouru par les femmes jusqu’à ce que moi, je fasse mes trucs en liberté dans les Routes du Rhum, etc. autour du monde a été énorme. Moi, j’ai l’impression d’avoir profité à mort (4) de… du travail de Benoîte Groult (5), de Simone Veil et de bien d’autres femmes qui se sont battues pour la liberté.

Quelques détails :
1. un sportif de haut niveau : c’est le terme utilisé pour parler de cette catégorie de sportifs qui pratiquent leur sport de façon très intensive pour être des champions dans leur discipline. On parle de sport de haut niveau.
2. Le mental : c’est la force mentale, psychologique. Par exemple, on dit de quelqu’un qu’il a un mental de champion, un mental de gagnant.
3. Faire de la montagne : c’est l’expression utilisée pour parler des alpinistes.
4. Profiter à mort de quelque chose : profiter à fond, énormément de quelque chose. (familier)
5. Benoîte Groult et Simone Veil : ce sont des féministes, qui ont milité pour les droits des femmes. Benoîte Groult est écrivain. Simone Veil, quand elle était ministre de la Santé, a fait voter en 1974 la loi qui a légalisé l’IVG en France, pour éviter que les femmes n’aient recours aux avortements clandestins, si dangereux pour leur santé.

J’avais déjà partagé avec vous ce qu’elle disait de sa vie de marin ici et ici.

Ce bleu

DSC_4261 Morgiou
DSC_4265 Morgiou
DSC_4270 Morgiou
DSC_4278 entre morgiou et Sugiton
DSC_4279 Vue sur Cassis et La Ciotat
DSC_4295 Au-dessus de Sugiton

Ce bleu des calanques.
Marcher jusqu’au bout, avec Morgiou sur la droite, monter, descendre, atteindre le cap et basculer sur Sugiton, avec l’ocre de la falaise de Cassis dans le lointain et La Ciotat encore plus loin, remonter de la mer, puis redescendre vers les Baumettes, vers la ville. Marcher longtemps au soleil de février.

Ce bleu.
Et le poème de Shainesse:

Ce soir je fais le geste d’éteindre ma bouche
de suivre le noir
Je décolle toutes les pierres de mon visage
ce visage.
Je fais le geste de courir sur le ventre
vers le bleu, vers la rivière.
Et je jette ce visage
mon visage
en offrande à la mer.

Je lis ce poème ici:
Ce soir – Shainesse

Shainesse écrit des poèmes. Nous avons parlé de poésie sur France Bienvenue.

Eté comme hiver

Baignade par tous les temps

Même quand on habite Marseille, c’est la saison où on oublie un peu que la plage n’est pas loin. La mer s’est refroidie, les maîtres-nageurs sont partis, le parfum des produits solaires s’est dissipé sur le sable qui semble moins accueillant. Pourtant, comme dans beaucoup d’autres endroits en bord de mer, il y a des gens – souvent pas si jeunes que ça – qui continuent à se baigner ! Pas longtemps, mais chaque jour, été comme hiver. Comme un rituel qui paraît leur faire du bien, mi-défi, mi-plaisir répété avec régularité, sous l’oeil des frileux qui passent par là en se disant que ce n’est vraiment plus de saison. Voici un écho de ces baigneurs acharnés, cette fois-ci sur la côte basque, entendus il y a quelques jours à la radio. Ils avaient l’air en pleine forme !


Eté comme hiver

Transcription :
– Ça s’appelle comment, cet endroit (1)?
– Ici, nous sommes au Port Vieux à Biarritz.
– Bonjour à tous et bienvenue au Port Vieux à Biarritz, où il fait très beau (2) et… Mais vous vous baignez toute l’année ?
– Toute l’année, tout à fait (3).
– En plein hiver (4) aussi ?
– En plein hiver. C’est le but de notre association.
– Le but, c’est de se baigner, quelle que soit la température de l’eau ?
– Exactement. C’est… C’est ce qu’on aime.
– Et alors, elle est à combien (5), la mer, l’hiver, quand vous vous baignez ?
– Eh bah ça peut aller jusqu’à 10°, 8 °. Voilà.
– Vous restez combien de temps dans l’eau ?
– Oh, à peu près dix-quinze minutes.
– Et vous avez un site, Les Ours Blancs ?
– Oui, il y a un site, Les Ours Blancs, vous pouvez le trouver sur internet. Vous faites (6) Les Ours Blancs, Biarritz, et vous verrez, on a un site internet, avec toutes les informations (7).
– Et pourquoi Les Ours Blancs ? Vous avez pas des têtes d’ours !
– Peut-être, mais les ours se baignent l’hiver, c’est pour ça, hein, dans l’eau très froide, et c’est ce que… ce que nous faisons.
– En tout cas, ça conserve (8), hein ! Vous êtes en forme olympique !
– On est tous comme ça ! On est tous comme ça. Ça conserve, en effet.
– Et vous êtes combien d’ours blancs ?
– Cent cinquante. On est une association de 150 personnes (9).
– Et ça… Elle a quel âge, cette association ?
– Elle a… Elle va avoir… Elle a, cette année, 85 ans.
– Bah vous les faites pas (10), dites-donc (11) !
– Bah oui, que voulez-vous (12), ça conserve !
– Ah oui !
– Venir nager avec une bande de fondus (13) tous les jours, quoi, c’est ça le but, hein, pendant… pendant quarante-cinq minutes, une heure, selon le… la température de l’eau.
– Le 1er janvier, c’est… Le plaisir est le même ?
– Ah bah même mieux ! On se caille (14), il doit y avoir un petit côté maso (15) là-dedans, quelque part (16). Mais non, non, il y a… il y a rien d’héroïque à ça. C’est ce que je répète souvent. Si on le fait tous les jours, il y a aucun problème, quoi. Voilà. Bien moins difficile que d’aller se foutre (16) dans… Remplir sa baignoire d’eau froide et à se mettre dedans. Ça, j’en (17) serais incapable !

Quelques détails :
1. Cet endroit : écoutez la prononciation de Cet. Il dit : « C’t’endroit », au lieu de bien prononcer toutes les syllabes. Dans le sud de la France, on dit bien : Cet endroit. On fait la même chose au féminin : Cette plage, cette dame, cette association.
2. Il fait très beau : Biarritz est presque à la frontière avec l’Espagne, sur la côte atlantique. Il y fait souvent très doux en hiver.
3. Tout à fait : c’est ce qu’on dit pour montrer qu’on est complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit.
4. En plein hiver : en plein milieu de l’hiver, au cœur de l’hiver. On le dit aussi à propos de l’été : En plein été. Mais très rarement à propos de l’automne, et jamais à propos du printemps ! (sans doute parce qu’il ne s’agit pas des extrêmes. Et pour le printemps, parce que ça ne sonnerait pas bien!)
5. elle est à combien ? : c’est la question qu’on pose pour avoir la température de l’eau. A combien est l’eau / la mer ? Si c’est pour connaître la témpérature (de l’air), on demande : Combien fait-il ? (Ou plus oralement : Il fait combien ? )
6. Vous faites… : à propos d’internet, on peut dire aussi : Vous tapez
7. les informations : contrairement à l’anglais, ce mot peut s’utiliser au pluriel. On pourrait dire aussi : les renseignements.
8. Ça conserve : cela signifie que ça aide à rester jeune, que la personne ne fait pas son âge, paraît plus jeune. On utilise aussi le participe passé : Il / elle est bien conservé(e).
9. 150 personnes : avec un nombre, on ne peut pas utiliser le mot gens.
10. Vous ne les faites pas : vous ne paraissez pas avoir cet âge-là, vous paraissez plus jeune. On dit : Il a 70 ans mais il ne les fait pas.
11. Dites-donc : C’est une exclamation pour exprimer sa surprise et mettre en valeur ce qu’on vient de dire. Si on tutoie la personne, on dit : dis-donc. Par exemple: Tu as beaucoup de courage, dis-donc !
12. Que voulez-vous : ce n’est pas une vraie question, c’est simplement une expression qui signifie à peu près : Oui, c’est vrai. / Vous avez raison, c’est comme ça. On peut l’utiliser avec quelqu’un qu’on tutoie : Que veux-tu.
13. Un fondu : un vrai passionné. Ce terme d’argot s’emploie à propos de quelqu’un qui est fou d’une activité.
14. Se cailler : se geler, avoir très froid. (argot)
15. maso : c’est l’abréviation de masochiste, qui signifie qu’on fait quelque chose volontairement alors que ça nous souffrir. (familier)
16. quelque part : ici, ce mot n’a pas son spatial mais signifie : en quelque sorte, d’une certaine manière.
17. Se foutre : se mettre (très familier et oral).
18. J’en serais incapable : en remplace « de se mettre dans une baignoire pleine d’eau froide ». On l’emploie car l’expression être incapable est suivie de « de ».

Je vous ai enregistré les deux façons de prononcer cet / cette :


La prononciation de Cet ou Cette

cet endroit : J’aime bien cet endroit.
cet hôtel : On est bien dans cet hôtel.
cet acteur: J’adore cet acteur.
cet appareil photo : Tu l’as payé combien, cet appareil photo ?
cet après-midi : Tu es là cet après-midi ?

cette année : C’est quoi tes projets cette année ?
cette semaine : Je vais à Paris cette semaine.
cette fille : Tu la connais, cette fille ?
cette femme : On pourrait demander à cette femme.
cette association: J’ai jamais entendu parler de cette association.
cette émission : J’écoute souvent cette émission.

Et pour écouter en entier ce reportage à la radio, c’est ici.

A deux doigts

Mer hostile

Dimanche, c’était le départ d’une des grandes courses à la voile en solitaire, la Route du Rhum, entre la très belle ville de Saint Malo et Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Enormes trimarans de 30 mètres de long ou petits monocoques font route vers les Antilles. Mais les premières heures de navigation ont été éprouvantes pour certains navigateurs comme Thomas Coville, dont l’énorme voilier n’a pas fait le poids en face des cargos qui sillonnent aussi les océans.

A deux doigts de chavirer

Transcription :
Il fait nuit. Il y avait des grains (1) avec beaucoup de pluie, donc aucune visibilité. Et en fait, vous ne naviguez (2) qu’à l’écran, un peu comme finalement les pilotes d’avion qui ne… qui ne travaillent qu’au radar. Et j’avais bien vu (3) qu’il y avait deux cargos proches de moi. Je ressors de la cabine après avoir démarré le moteur, je cherche… je cherche le bon régime moteur et au moment où je lève la tête, je vois ce mur noir passer devant moi. Et je le touche à… d’environ 1,5 mètre (4) ou à… peut-être à… ouais, 3 mètres de son arrière. J’étais à deux doigts (5) de chavirer. J’ai eu le bon réflexe de choquer le J3*, c’est-à-dire la voile d’avant pour pas (6) chavirer. Ça a été très, très chaud (7). Et puis après, j’ai hurlé. J’ai hurlé (8). C’est l’instant… le moment où on… où je percute… je crois, le pire moment de ma vie.

Quelques détails :
1. un grain : c’est un phénomène météorologique pendant lequel le vent devient plus fort et change de direction rapidement avec souvent de la pluie.
2. vous ne naviguez : si vous écoutez bien, il prononce bien « ne ». On n’entend pas juste Vous naviguez.
3. J’avais bien vu : quand on ajoute « bien » dans ce genre d’expression au lieu de dire juste J’avais vu, cela renforce le sens. Il veut dire qu’il était tout à fait conscient de la présence de ces cargos, il savait qu’ils étaient dans les parages. Et souvent, on attend ensuite « Mais… ». Par exemple : Je savais bien que ce serait dangereux. Mais je n’avais pas imaginé ça.
4. 1,5 mètre : on dit toujours Un mètre cinquante, pas Un mètre et demi.
5. Être à deux doigts de (quelque chose ou de faire quelque chose) : être très proche de quelque chose. Il a été à deux doigts de mourir, de couler, de chavirer, d’être broyé par ce cargo. On retrouve la même idée quand on dit : Il a frôlé la catastrophe.
6. Choquer : ici, c’est un terme nautique, qui signifie relâcher la voile.
7. Pour pas… : il manque la négation « ne » (oral) : Pour ne pas chavirer.
8. Ça a été chaud : cette expression familière signifie que la situation a été très difficile, on l’emploie quand il y a eu du danger ou des complications sérieuses. On peut l’employer aussi au présent si on est plongé dans l’action: C’est chaud !
9. Hurler : ce verbe est bien plus fort que crier.

* Je ne sais pas comment s’écrit le nom de la voile dont il parle ! Est-ce une référence interne au fabricant ? J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un mot (jitrois ?) comme un autre. Mais impossible de trouver dans les listes qui énumèrent les noms des voiles: gennaker, spi, foc, etc… Bref, terme trop technique !

Thomas Coville

Effectivement, lorsqu’on voit le trimaran après l’accident, avec l’avant de son flotteur tribord et un morceau de sa coque arrachés par le cargo, on se dit que ce navigateur l’a échappé belle, qu’il s’en est fallu de peu, qu’il s’en est fallu d’un cheveu. L’histoire aurait pu se terminer beaucoup plus mal.

Les hasards décisifs

VoilierC’est ce que raconte ce scientifique navigateur (ou ce navigateur scientifique). Sa curiosité, comme il nous l’explique, l’a poussé à partir dans des endroits peu explorés. Pas de voyages touristiques pour Eric Brossier qui s’est découvert une passion pour la mer, sous des latitudes peu hospitalières. Les Iles Kerguelen, puis à l’opposé, le pôle nord. Il parle des chemins qu’il a choisi de prendre, aidé par de belles rencontres et de belles expériences. C’est un vrai plaisir de l’écouter.

Transcription :
– Je… J’étais en fin d’études dans un secteur du Génie Océanique, j’avais une possibilité de partir au Texas, travailler sur des…
Vous avez fait l’Ecole Centrale (1), hein.
– Oui, enfin, voilà, j’ai terminé par un master à l’Ecole Centrale en Génie Océanique et puis j’avais une proposition de travailler sur ces grands projets offshore au Texas pendant une coopération. Et puis j’apprends la possibilité de partir aussi dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Donc j’annule tout, je tente. Heureusement, ça marche et c’est là que j’ai, donc toujours guidé par cette curiosité – là on est sur une toute petite base, isolée au milieu de l’Océan Indien, territoire français mais bon, très peu habité ; il y a qu’une base – je découvre vraiment quelque chose qui me convient, qui me fascine. C’est une année extraordinaire, c’est un tournant (2), et c’est là aussi que je réalise que j’ai envie de continuer de travailler dans ces endroits qu’on connaît pas bien et que la mer est quand même plus qu’omniprésente et finalement, en ayant un bateau, on peut peut-être trouver un sens, quelque chose, inventer un mode de vie. J’avais pas envie de rester dans un laboratoire, j’avais pas envie de rester coincé dans un bureau d’études. Je me suis dit : Si je me concentre sur la partie acquisitions de terrain, observation, voilà, je serai ravi (3). Donc c’est… L’idée a germé (4) là. Après, il y a eu un parcours pendant quelques années dans la… dans une compagnie de prospection géophysique.
Vous vous êtes occupé des problèmes sismiques, je crois.
– C’est ça. Voilà. Par méthode sismique, on va sonder le sol, faire des échographies du sous-sol, pour des clients qui sont des compagnies minières et pétrolières en général. Et ça a été fascinant, une grande… un grand apprentissage pour moi, dans le… l’organisation de grosses équipes. Et puis, on travaille toujours avec des… du personnel local, donc toujours à l’étranger, dans les coins les plus perdus. J’étais prospecteur. C’est marrant (5) comme nom de métier ! Et donc j’étais tout le temps dans les endroits méconnus puisqu’on faisait la prospection. Forcément, j’étais ravi, j’étais servi(6) mais bon, il y avait un caractère un peu trop industriel, un peu trop vraiment guidé par le profit, le besoin de trouver des ressources, minières et pétrolières. Bon je… Mon idée persistait, quoi, de mettre à contribution mon énergie, mais pour un projet plus modeste, plus capable d’aller dans les coins qu’on connaît moins et puis je garde cette affinité avec la… avec la recherche scientifique – mon père a fait quarante ans de recherche – bon, même si je… j’ai jamais été chercheur, j’aime cette façon de… d’approcher le monde et c’est là que je me suis lancé.
Il y aussi une rencontre, je crois, qui a beaucoup compté, la rencontre avec Isabelle Autissier (7).
– Oui, j’ai… J’étais avec elle hier encore. C’est… c’est devenu une amie, mais c’est vrai qu’il y a vingt ans, tout juste vingt ans, Isabelle Austissier était lancée dans un tour du monde en course et elle a… elle a démâté (8). Elle a fait escale aux Iles Kerguelen (9). La petite bande (10) de… de… s’est vite passionnée pour son histoire, on a tout fait pour lui permettre de repartir, réparer son bateau. Et alors pendant ces trois jours intenses…
Oui, parce que vous-même, hein, vous étiez aux Iles Kerguelen.
– Oui, voilà, j’étais aux Kerguelen. Donc on la voit arriver. On n’était pas du tout des… ni des marins, encore moins des régatiers (11). On n’était pas équipé pour préparer un bateau de course mais avec les moyens du bord (12), de la base, et surtout beaucoup de bonne volonté, bien, on lui a permis de repartir. Bon, malheureusement, elle a recassé le bateau un peu plus loin. Mais alors (13), quelle rencontre ! Quelle expérience !
Pourquoi cette rencontre vous a marqué à ce point-là, à ce moment-là ?
Bah parce qu’elle était… elle était bien, elle était… Même si elle était en course – elle était en tête de la course – elle était bien dans son élément. Et alors que on (14) voit ce bateau – nous, on connaissait bien la région, ça faisait plus d’un an, ouais, ça faisait un an qu’on était là – on la voit arriver toute seule sur son bateau, sans mât. Elle était pas stressée, et voilà, ça fait partie du jeu, elle gérait bien son histoire. Elle a catalysé, quoi, le… le groupe qui s’est passionné pour son histoire, et… Et puis moi, j’ai compris qu’avec un bateau, même sans moteur, sans rien, avec très peu de moyens – bon, là, ce sont des bateaux de course – mais avec un bateau plus simple, on peut aller loin, longtemps, en autonomie, emmener des gens qui n’y connaissent rien (15). Et donc ça a confirmé quelque chose, une idée, quoi, qui… Ça a précisé plutôt une idée qui germait. Mais aussi, sa capacité d’entreprendre, de piloter un projet, et c’est elle, entre autres, que j’ai été voir (16), quand j’ai osé mettre tout ça noir sur blanc (17), six-sept ans plus tard. Et c’est une des rares personnes qui m’a pas dit : Bon, tu es farfelu (18). J’avais pas… j’avais pas un radis (19), je… enfin, j’avais pas de budget pour acheter un bateau, j’avais jamais eu de bateau, j’avais… j’étais pas marin, enfin, j’étais… j’avais tout à découvrir. Mais bon, le concept me plaisait beaucoup, quoi, me… Et elle m’a… elle m’a non seulement pas dit que j’étais… que j’allais au casse-pipe (20), mais elle m’a donné des conseils qui se sont avérés encore aujourd’hui très justes et encourageants et… Donc bon, c’est sûr que ça a… c’est une rencontre majeure pour moi.

Quelques détails :
1. l’Ecole Centrale : c’est l’une des grandes écoles prestigieuses en France.
2. Un tournant : dans la vie de quelqu’un, il s’agit d’un moment décisif, où on prend une direction déterminante, alors qu’on aurait pu en prendre une autre.
3. Ravi : très content. C’est un mot fort, qu’on emploie peu pour cette raison.
4. Germer : voici une image courante associée aux idées; on dit qu’elles germent, comme des graines.
5. Marrant : amusant (familier)
6. être servi : avoir tout ce dont on rêvait et donc être pleinement satisfait / être comblé. (familier)
7. Isabelle Austissier : une navigatrice française qui a fait le tour du monde en compétition, qui a participé au Vendée Globe.
8. Démâter : perdre son mât.
9. Les Iles Kerguelen : une de ces TAAF dont il parle au début.
10. La petite bande : il veut parler du petit groupe d’hommes qui se trouvait sur cette base perdue dans l’océan.
11. Un régatier : quelqu’un qui fait des régates, c’est-à-dire des courses en voilier.
12. Avec les moyens du bord = comme on pouvait, avec ce qu’on avait.
13. Mais alors ! : cela sert à renforcer l’exclamation qui suit. (à l’oral)
14. alors que on : normalement, on dit alors qu’on… Mais à l’oral, très souvent, vous entendrez que on, avec les deux mots prononcés bien distinctement. En fait, c’est comme si on pensait d’abord juste à dire alors que, sans encore savoir tout à fait ce qu’on va ajouter derrière. Puis vient on, mais on ne se corrige pas en répétant alors qu’on
15. Il n’y connaît rien = il n’est pas compétent dans ce domaine qui est totalement nouveau pour lui.
16. C’est elle que j’ai été voir = elle que je suis allé voir. A l’oral, on entend souvent cette forme avec le verbe être au lieu du verbe aller. C’est ce dont parlait Danielle Sallenave, avec son histoire de dompteur qui a été manger, et non pas mangé. (Pour savoir si on doit écrire -é ou -er, il suffit donc de remplacer le verbe du 1er groupe par un verbe comme voir.)
17. mettre quelque chose noir sur blanc : c’est être capable de rédiger un projet sur le papier, et donc de lui donner une vraie existence.
18. Farfelu : un peu fou, pas très réaliste, qui n’a pas vraiment les pieds sur terre. On peut employer cet adjectif à propos de quelqu’un mais aussi à propos d’une idée, d’une décision par exemple : Il a toujours des idées farfelues / Il a pris une décision farfelue / C’est un projet farfelu.
19. Je n’avais pas un radis : je n’avais pas d’argent du tout. (argot)
20. aller au casse-pipe : aller à la catastrophe, à l’échec. Casser sa pipe, en argot, c’est mourir. Donc on utilise cette expression aussi par exemple en parlant de soldats envoyés au combat: Les généraux ont envoyés leurs soldats au casse-pipe en 1914.

L’émission en entier est à écouter ici.
De quoi voyager ! Je me suis régalée.
(Le voilier que j’ai pris en photo ne résisterait pas aux conditions dans lesquelles évolue le bateau d’Eric Brossier, conçu pour la navigation dans les glaces! )

Survivants

Ils sont partis le weekend dernier des Sables d’Olonne, sur leurs grands voiliers, comme tous les quatre ans. Ils vont faire le tour du monde.
Cap de Bonne Espérance, de Leeuwin, Cap Horn: au cours des trois mois à venir, nous allons entendre les noms de ces lieux mythiques chez les navigateurs. Nous entendrons parler d’exploits, d’épreuves, de courage, de passion. Les Français aiment suivre ces marins.

Voici un beau petit reportage, à regarder ici , (vite, avant qu’il disparaisse!), sur trois d’entre eux qui ont vécu l’enfer lors des courses passées. Par delà la retenue de ces témoignages, on sent de profondes émotions. Le regard de Yann de Broc à la fin en dit plus que tous les mots.

Transcription :
Comment vivre et se reconstruire après avoir vécu l’apocalypse. Le Vendée Globe et ses marins. Ces têtes-brûlées (1) des mers ont vu la mort de près, de trop près parfois.
– J’ai pas paniqué, j’ai été bêtement lucide, à me dire : Bah, vu la situation où je suis, ça va certainement se finir là.
– La vague était trois fois plus grosse. Donc je me suis dit : Voilà. J’ai eu un flash en me disant : Voilà, c’est terminé, quoi.
– A ce moment-là, on devient un animal et une bête qui pense qu’à qu’une seule chose, c’est sauver sa peau (2).

Ils font partie des survivants du Vendée Globe, certainement la course la plus difficile au monde. Seuls, sans assistance et sans escale pendant plus de trois mois dans des mers démontées, trois histoires pour une même légende.

Petit matin d’octobre dans le port d’Etel (3). A l’intérieur de sa goélette, Thierry Dubois. Depuis 15 ans le rescapé du Vendée Globe boit chaque matin son café dans la même tasse, incontournable rituel.
– Alors cette tasse a… a une histoire particulière.
– Bah, c’est surtout que j’arrive à la conserver et… entière encore et personne a le droit d’y toucher. Ouais, c’est plus que symbolique parce que… Bah c’est sûr que c’est un souvenir : c’est la tasse que… qu’ils m’ont offert (4) à bord de la frégate Adelaïde quand ils me récupèrent (5). C’est la tasse qui me rappelle un petit bout de mon histoire, et puis… Et puis voilà.

Le 5 janvier 97, Thierry Dubois déclenche sa balise de détresse. Dans les Cinquantièmes Hurlants, la mer est démontée. Des vagues de 13 mètres, des déferlantes de plus de 20 mètres. Dans ces conditions dantesques (6), le bateau chavire. Thierry Dubois est alors seul au milieu du chaos. Les recherches s’activent.
– Après… Après les… les trois chavirages, au moment où par un concours de circonstances, finalement, je perds le bateau, je me retrouve dans l’eau, j’ai plus de radeau de survie… Voilà, il y a… A ce moment-là, bah c’est justement le moment où il y a pas d’images, les gens peuvent pas imaginer ce qui s’est passé à ce moment-là, et là, j’étais bien seul face à moi-même, quoi. Donc ce moment-là, oui, je m’en souviens. Je sais ce qu’il représente pour moi.

Localisé par miracle. En attendant les secours, un avion largue à Thierry Dubois des radeaux de survie. La frégate Adélaïde mettra* trois jours avant de le récupérer, trois jours interminables, passés à survivre.
– En sortant de là, quand tu as eu l’occasion de te dire : « Ça va se finir là, je fais le bilan de ma vie », forcément, on… En en sortant de façon assez inespérée, j’ai eu le sentiment (7) d’attaquer une deuxième vie et depuis ce jour-là, oui, j’ai un peu le sentiment d’avoir attaqué une deuxième vie. Donc c’est vachement (8) agréable de te dire ça : Moi, j’en suis revenu. Quel privilège j’ai ! Et ça, ce privilège-là, bah faut pas le gâcher, faut… faut vivre à fond (9).

(Journal télévisé de 20 heures sur France 2): Le sport, avec la voile. Seul en mer, avec une fracture au fémur, à 1500 km des côtes australiennes, c’est ce qu’est en train de vivre depuis quelques heures le navigateur Yann Eliès. Il s’est blessé à bord de son bateau alors qu’il est en course pour le Vendée Globe. Marc Guillemot a dérouté son bateau pour lui porter assistance. Bon courage à lui.

Décembre 2008, une manœuvre à l’avant du bateau, le monocoque qui enfourne (10), le choc est terrible. Yann Eliès, retenu par son harnais, est projeté à l’extérieur du pont. Jambe et bassin fracturés, au milieu de l’océan.
– Je me souviens du choc, de la vision de ma jambe cassée, de la douleur qui est associée, du sentiment (11) de vraiment être un… en très, très mauvaise posture (12) parce que j’étais à l’extérieur du bateau, retenu par mon… mon harnais.
Avec une volonté surhumaine, Yann Eliès réussit à ramper pour rentrer dans la cabine. Le skipper Marc Guillemot s’est dérouté pour réconforter son copain. Mais la frégate avec à son bord un médecin mettra* deux jours avant de porter secours au blessé. Deux jours d’insupportables douleurs, pendant lesquels Yann Eliès ne peut absolument pas bouger.
– Ce qui est sûr, c’est qu’on revient différent. En bien ou en moins bien. Ça dépend. Après, faut gérer l’atterrissage (13).

Fin octobre, sur les pontons des Sables d’Olonne. Parmi les curieux (14), le petit Jérémie, 8 ans, fait connaissance avec Bertrand de Broc.
– Tu sais qu’il s’est recousu la langue tout seul ?
– Tu as eu mal ?
– Super mal ! Je me suis anesthésié, pour pas avoir trop mal. Et puis après, hop ! J’ai soigné, cousu, et hop, reparti après pour de nouvelles aventures (15).

– Oh putain (16), ça recommence !
L’image a fait le tour du monde.
– Et puis, non, là, ça va… ça va s’arranger, quoi. Mais le bout (17) est passé comme ça, il m’a soulevé la gueule (18) et il m’a pété (19) la bouche. Salopard (20) ! Putain !

9 janvier 93, du côté des Kerguelen, Bertand de Broc prend un coup de bôme dans la tête. Bilan : visage tuméfié et langue ouverte. Trop loin de toute assistance, Bertrand de Broc doit se recoudre la langue tout seul.
– Bon, je vais pas rentrer dans les détails, hein, parce que c’était plutôt boucherie-charcuterie (21). Donc j’ai… j’ai tout remis en état (22), chiffon dans la bouche, pour pas… voilà. Et puis après, je suis rentré, je me suis soigné et… Puis j’avais l’impression quand même que voilà, il m’était arrivé quand même un gros truc, qu’il y avait… que j’avais réalisé quand même : se recoudre tout seul, dans des mers un peu hostiles. Je me disais que il pouvait plus rien m’arriver.

Le seul des trois à repartir cette année, c’est Bertrand de Broc. Un troisième Vendée Globe, pour le finir cette fois-ci. Partir, toujours, quitte à (23) revivre la même mésaventure.
– Oh, si il faut se recoudre, une deuxième fois, ouais ! Ouais, ouais ! Je le referai !
– Vous êtes complètement maso (24) !

Yann Eliès a remporté cet été la Solitaire du Figaro. Comme projet, la Route du Rhum dans deux ans. Pas de Vendée Globe cette année mais dans quatre ans, pourquoi pas !
– Non, on n’est pas dingues (25), hein !

Thierry Dubois a lui (26) refait un deuxième Vendée Globe. Mais depuis trois ans, l’aventure est ailleurs, direction le grand nord, à bord de La Louise, sa goélette et ses touristes en mal de grand frisson (27). Le Vendée Globe est bel et bien (28) derrière lui.
– La morale, c’est qu’il faut rester dans son canapé le dimanche soir et regarder Stade 2 (29)! Ça, c’est clair ! Tu la passeras (30), celle-là ?

Des explications :
1. une tête-brûlée : quelqu’un qui prend tous les risques.
2. Sauver sa peau : tout faire pour survivre. (familier)
3. Etel : petite ville du Morbihan en Bretagne. Beaucoup de navigateurs français sont bretons.
4. Qu’ils m’ont offert : il faut normalement faire l’accord féminin : c’est la tasse qu’ils m’ont offerte.
5. Quand ils me récupèrent : théoriquement, il devrait continuer au passé : la tasse qu’ils m’ont offerte quand ils m’ont récupéré. Il emploie le présent, ce qui donne l’impression que c’est un souvenir toujours très présent pour lui, on sent qu’ il revit la situation.
6. Des conditions dantesques : des conditions terribles, monstrueuses, dignes de l’enfer.
7. Avoir le sentiment de = ressentir et savoir.
8. Vachement : très (familier)
9. à fond : totalement, avec intensité.
10. Enfourner : dans le domaine de la navigation, cela signifie que l’avant du bateau entre profondément dans la mer à cause de très grosses vagues.
11. Le sentiment de… : l’impression de… et la quasi certitude de…
12. être en mauvaise posture : être dans une situation dangereuse, où ça risque de mal se terminer.
13. Gérer l’atterrissage : au sens figuré, cela signifie gérer le retour à une situation normale et ordinaire, savoir reprendre sa vie ordinaire.
14. Les curieux : les gens qui viennent regarder ce qui se passe.
15. Reparti pour de nouvelles aventures : c’est une expression toute faite pour décrire un tournant, le début de quelque chose de différent. On dit souvent : En route pour de nouvelles aventures !
16. Putain ! : exclamation fréquente mais pas particulièrement polie, pour exprimer toutes sortes d’émotions.
17. Le bout : quand c’est le terme marin, on prononce « boute ». C’est un cordage.
18. La gueule : le visage. (argot) La gueule, c’est normalement la bouche d’un animal.
19. Péter : casser, démolir. (familier)
20. Salopard ! : c’est une insulte, qu’on utilise normalement contre un homme, comme le mot salaud.
21. Boucherie-charcuterie : normalement, c’est un commerce, où le boucher-charcutier découpe et vend sa viande. Donc au sens figuré, quand on dit de quelque chose que c’est une boucherie, cela veut dire qu’il y a du sang qui a coulé, donc qu’il y a eu de grosses blessures.
22. Remettre en état : réparer, comme c’était avant.
23. Quitte à (faire quelque chose) : même si (cela signifie faire cette chose-là).
24. Maso : abréviation de masochiste, c’est-à-dire être quelqu’un qui s’inflige des blessures, des épreuves lui-même, qui aime souffrir. (familier). On dit souvent : Il faut être maso pour faire ça ! . Ou encore quand on refuse de faire quelque chose qui ne nous plaît pas du tout : Je ne suis pas maso !
25. Dingue : fou. (familier)
26. Il a, lui, refait… : lui sert à insister et à marquer le contraste avec d’autres = lui, par opposition à d’autres. On dit aussi : T. Dubois a quant à lui refait…
27. en mal de : à la recherche de…
28. bel et bien : vraiment. Cela permet d’insister.
29. Stade 2 : c’est l’émission de sport du dimanche soir sur France 2, une vraie institution pour les sportifs (les vrais ou ceux qui se contentent de suivre le sport à la télé, à la radio et en lisant l’Equipe. )
30. Tu la passeras ?: tu vas la passer à la télé ? / Tu vas la laisser dans ton reportage, au moment du montage de l’émission ? (la = cette plaisanterie)

* Petite remarque sur le futur employé ici: la frégate mettra trois jours…
Ce temps peut paraître étrange pour faire un récit passé. Mais c’est assez fréquent en français dans un récit historique. (même si des historiens refusent de l’utiliser.)

A écouter ici si vous ne pouvez pas accéder au site. Il faudra juste que vous mettiez des images sur ces récits émouvants:

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