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2017

serenite

Je vous ai quelque peu abandonnés. Et pourtant, ce blog continue d’être visité, avec même davantage de lecteurs ! C’est que les nouveaux visiteurs doivent trouver leur bonheur dans les articles plus anciens et s’ils les parcourent de façon méthodique, comme Jianjing, c’est vrai qu’ils ont de quoi lire et écouter.

Mais je n’aime pas avoir délaissé mes fidèles, qui se reconnaîtront et qui savent comme j’apprécie leur présence. Alors, je me remets au travail ! Dans l’état d’esprit suivant:
– Ne pas se poser de questions sur l’utilité d’écrire ce blog.
– Ne pas attendre d’écrire des billets parfaits et donc repousser, repousser… et se taire, alors que j’ai plein de choses à partager avec vous !
– Se dire que dans ce monde troublé, agressif, qui fait souvent douter des hommes, après tout, toute contribution pour partager, montrer, apprendre, donner envie, donner à réfléchir, faire sourire, faire aimer les belles choses, toute contribution, si petite et modeste soit-elle, a sa valeur.

Alors, je vous souhaite une bonne année, pleine de ce français que vous aimez !
Et pour cet article de retour, je vous laisse en compagnie d’un jeune Indien parti de son pays pour construire sa vie en France. Il parle bien, un français parfait et des idées qui réchauffent. C’est un gars bien ! Une belle interview sur France Inter.

Francais d’origine indienne

Transcription:
– Dites, qu’est-ce qui vous a amené en France ?
– Alors moi, je suis venu en 2004 pour des raisons économiques avec mes parents. Je voulais étudier et j’ai pas eu beaucoup de moyens (1) pour étudier en Inde. Et donc on a émigré en France.
– Il fallait les moyens d’émigrer déjà (2). Ça coûte cher de voyager comme ça, non ?
– Oui, ça coûte cher mais j’avais l’ambition et la détermination d’y arriver (3) et d’apprendre la langue française. Et voilà, du coup, j’ai fait un lycée, une classe prépa (4) et aujourd’hui, je suis diplômé de l’Ecole de Commerce de Reims.
– Vous aviez quel âge ?
– J’avais seize ans quand je suis venu. J’ai fait une année pour apprendre le français. Et puis j’ai directement intégré seconde générale, jusqu’au lycée avec mention (5), et puis classe prépa (6) à Paris.
– Bravo !
– Merci.
– Et vos parents, ils sont venus avec vous ?
– Oui, ils sont venus avec moi.
– Et ils font quoi comme métier ?
– Mon père a créé une entreprise dans le BTP (7), qui fonctionne bien, qui a six salariés maintenant. Et ma sœur travaille dans une agence de voyages, elle a fini son BTS (8) ici. Et mon frère a également… Il travaille également dans le BTP. Et ma mère est femme au foyer.
– Et votre père, il avait une entreprise dans le bâtiment public aussi en Inde ?
– Non, non. Il a tout appris sur le tas (9) et surtout, quand on travaille dans un nouveau pays, les métiers qu’on trouve facilement, c’est soit dans la restauration (10), soit dans le BTP. Donc il a commencé à travailler dans le BTP et puis on a monté une entreprise ensemble.
– Mais vous faisiez pas partie des classes privilégiées en Inde ?
– Non, on faisait pas partie des classes privilégiées, sinon on serait resté là-bas !
– Oui ! Non, mais c’est ça, c’est que vous avez fait le voyage et…
– Bah on a conçu tout de A à Z (11). On a travaillé jour et nuit. Je l’ai aidé pour tout ce qui était la comptabilité, tout ce qui est administrative (12). Je l’ai aidé également pour faire les stages pour la création de l’entreprise, et puis voilà, de bouche à oreille (13), on a commencé à travailler et ça a commencé à fonctionner.
– La vie est belle maintenant, j’ai envie de dire. Vous êtes sortis d’affaire (14).
– Non, je pense qu’on a beaucoup de choses à faire, surtout… enfin moi, j’ai été très bien accueilli en France et je pense que j’ai un devoir moral également de permettre à des jeunes de se réaliser (15), d’avoir des capacités de choisir leur voie. Je suis ambassadeur par exemple de Passeport Avenir, qui est une association qui fait des tutorats (16) aux élèves issus des milieux défavorisés. Je suis ambassadeur et du coup, mon projet, c’est qu’on intervient dans des lycées pour susciter des vocations et qu’ils choisissent leur voie librement.
– Pourquoi vous avez choisi la France ?
– Alors la France, c’était un peu par hasard. Mon père, qui était censé aller en Angleterre, avait trouvé du travail ici dans le bâtiment. Et donc…
– Au noir (17), j’imagine.
– Au noir, oui, au noir. Et puis du coup, il a travaillé, il a été régularisé (18) et puis, on est venus par le regroupement familial. (19)
– Ah, il est venu en premier et après, vous l’avez suivi.
– Oui.
– Et vous, vous rappelez la première fois que vous êtes arrivé en France ?
– Oui, je m’en rappelle très bien. Quand je suis arrivé, je parlais pas un mot de français ! Je me suis senti muet, moi qui quand même aime bien communiquer, aime bien parler. Donc ça a aussi forcé ma détermination, d’apprendre, discuter avec les gens. Enfin moi, je parlais déjà trois langues indiennes et du coup, j’avais… j’avais un peu de facilité (20) à apprendre les langues. Et puis quand je suis allé en classe d’accueil, pour apprendre le français, en rentrant de l’école, j’allais aux cours de mairie qui étaient organisés à la mairie du Bourget, dans le 93. Et puis le soir, je regardais le journal télévisé, où les infos défilent, les mêmes infos défilent plusieurs fois, pour avoir quelques mots et les réutiliser dans la communication. Voilà, petit à petit, ça a marché.
– Et aujourd’hui, vous avez envie de retourner en Inde ou vous vous dites maintenant, vous avez pris la nationalité française ?
– Je suis de nationalité française. Je considère que en France… enfin, j’ai été formé en France et donc je considère que j’ai un devoir moral à agir ici, à faire changer les choses, à faire bouger les lignes (21). On parle beaucoup d’immigration, donc apporter ma pierre (22) pour que les jeunes participent à la vie en cité, pour qu’on soit considéré comme des citoyens comme les autres.
– Vous avez voté aux dernières élections ?
– Oui, j’ai voté.
Vous pouvez me dire pour qui ?
– Non, c’est secret.
– Bon, bah je vous remercie. Vous avez un site ? Vous avez quelque chose ?
– Alors, j’ai un compte Twitter. @singh surgeet.
– Comment vous avez traduit Pauchon ? (= le nom du journaliste)
– J’ai pas traduit Pauchon. J’ai dit : On se retrouve demain, c’est fini pour aujourd’hui.

Quelques explications :
1. j’ai pas eu beaucoup de moyens : ce serait très naturel aussi d’utiliser l’imparfait (puisqu’il y a déjà Je voulais juste avant): je n’avais pas beaucoup de moyens.
2. Déjà : ici, c’est le sens fréquent de « Premièrement ».
3. y arriver : cette expression signifie réussir.
4. J’ai fait un lycée, une classe prépa = je suis allé au lycée et en classe prépa. En fait, on dit plus souvent : aller au lycée que faire un lycée. En revanche, on dit très souvent : faire une école de commerce / faire une prépa / faire une école d’ingénieur / faire une fac de droit / faire une fac d’éco. ( c’est-à-dire surtout quand il s’agit des études après le bac)
5. avec mention : au-dessus d’une certaine moyenne au bac, on a mention assez bien (entre 12 et 13,9 de moyenne), mention bien (entre 14 et 15,9) et mention très bien (à partir de 16).
6. une classe prépa : c’est une classe préparatoire pour entrer dans les Grandes Ecoles.
7. Le BTP : c’est le secteur du bâtiment (et des travaux publics : construction de routes, etc.)
8. un BTS : un brevet de technicien supérieur, qui se prépare en deux ans, après le bac, dans un lycée.
9. Apprendre sur le tas : apprendre sur le terrain, sans suivre une formation bien définie. (familier)
10. la restauration : le secteur des restaurants
11. faire quelque chose de A à Z : tout faire, du début à la fin, tout construire soi-même, tout apprendre.
12. Administrative : avec cette terminaison, cet adjectif est féminin. Ici, il faut le masculin : Tout ce qui est administratif.
13. De bouche à oreille : normalement, on dit : Par le bouche à oreille, c’est-à-dire grâce au fait que les gens recommandent quelque chose ou quelqu’un à leurs proches, à leurs amis, qui eux-mêmes font la même chose avec d’autres amis, etc.
14. être sorti d’affaire : avoir surmonté tous les obstacles (plutôt familier)
15. se réaliser : trouver sa voie et réussir
16. faire des tutorats : cela signifie que certains deviennent tuteurs des jeunes qui en ont besoin et les aident à réussir leurs études.
17. Travailler au noir : travailler sans être déclaré par l’employeur, ce qui est illégal.
18. Être régularisé : il a obtenu ses papiers officiels et a donc cessé d’être un travailleur clandestin.
19. Le regroupement familial : c’est la procédure qui permet à une famille de ne plus vivre séparée dans deux pays différents.
20. Avoir un peu de facilité : on dit souvent aussi : Avoir des facilités pour faire quelque chose / dans un domaine.
21. Faire bouger les lignes : cette image militaire (du champ de bataille) signifie faire évoluer les choses, apporter du changement.
22. Apporter sa pierre : l’expression complète est la suivante: apporter sa pierre à l’édifice, ce qui signifie contribuer au succès de quelque chose.

Cliquez ici pour retrouver cette interview que j’avais écoutée à la radio.

Son témoignage rappelle celui de deux de mes anciens étudiants, Myasnik et Zakari, que j’avais publiés sur France Bienvenue.
Les aviez-vous écoutés ? C’est ici pour Myasnik. Et ici pour Zakari. Admiration pour ces jeunes.

A ce propos, lorsque vous voyez que je suis moins présente sur ce site, allez écouter « mes » filles du projet France Bienvenue ! Elles travaillent avec enthousiasme et régularité.

Et pour finir, allez voir ce qui se passe sur le site de Federica, qui m’a écrit en décembre. Là aussi, plein de transcriptions d’émissions de radio, plein de mots et l’amour du français. Bravo Federica !

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Lecture silencieuse

J’ai découvert cet album lors d’un voyage en Australie un peu après sa parution là-bas. Regret de ne pas l’avoir rapporté ! Je l’ai donc retrouvé avec bonheur quelque temps plus tard dans une librairie en France, du côté des BD et romans graphiques, sous le titre Là où vont nos pères.
Tout est beau dans cet univers couleur sépia qui touche au fantastique, à la fois étrange et familier, féérique et réaliste, intemporel et actuel.

Là où vont nos pères 1

Vous n’y apprendrez ni l’anglais ni le français car cette histoire racontée par Shaun Tan ne passe pas par des mots écrits, mais par la minutie des détails de ses dessins magnifiques, que chacun habite de ses propres mots et remplit de ses émotions.
C’est une histoire cent fois répétée au cours des âges, par tous ceux qui ont un jour tout quitté pour vivre ailleurs, une histoire de déracinement, de départ, de solitude, qui devient une histoire d’intégration, une histoire de vie, quand là-bas finit par devenir ici. C’est aussi un très bel hommage à son père, arrivé de Malaisie en Australie en 1960.

Pour ne pas oublier d’où nous venons tous, d’où sont venus nos pères. Pour garder en mémoire qu’on naît quelque part par hasard et que le hasard fait plus ou moins bien les choses pour tous les enfants qui viennent au monde.

Là où vont nos pères2

Là où vont nos pères3

Là où vont nos pères4

Là où vont nos pères5

Pour lire une critique (en français) de cet album

Là-bas, là, ici: quelques exemples pour ne pas se tromper.
Là-bas, c’est ce lieu où n’est pas celui qui parle, ou un lieu un peu éloigné.
Il s’est installé en Italie. Il vit là-bas depuis dix ans. Il ne revient pas souvent ici.
– Il part en Australie. Il espère trouver du travail là-bas.
– Tu le vois, le lapin, là-bas, au fond du jardin ?
– Assieds-toi là-bas.

Là: cet adverbe signifie très souvent ici.
Tu peux repasser demain ? Il n’est pas là aujourd’hui. Il sera là demain matin.
Viens là.
– Mets-toi là, à côté de moi.

Gagner sa croûte

Gagner sa croûte

Elles ne sont pas jeunes. Elles ont l’accent d’ici.
Elles sont très françaises et ne se verraient pas vivre ailleurs.
Mais elles savent aussi d’où elles viennent.
Elles comprennent qu’on peut vouloir quitter son pays quand il n’offre pas l’avenir dont on rêve et devenir des immigrés, dans un ailleurs qui ne vous accueille pas à bras ouverts.

Transcription :
– Vous êtes pas migrantes ?
– Non, non, non. Pas du tout.
– Non plus.
– Mais les grands-parents, italiens.
– C’était donc des migrants, vos grands-parents.
– Oh bah nous, ils sont venus pour avoir une meilleure vie.
– C’était des migrants, hein, oui.
– Moi, je suis d’origine française. Grands-parents et arrière. (1)
– Jamais bougé (2) ?
– Jamais. Bougé, oui. Parce que je suis pas d’ici, je suis des Alpes, moi. Moi je suis partie de mon village parce que j’étais l’aînée de cinq et qu’il fallait gagner sa croûte.(3)
– Fallait (4) travailler.
– Parce que nous, vous savez, c’était pauvre, chez nous ! On n’avait qu’un peu d’élevage (5).
– Eh oui.
– C’est tout, il fallait travailler. J’envoyais l’argent à ma famille.
– Ah oui, donc vous avez immigré.
– J’étais ici. De Saint Meyran à ici.
– Pour gagner sa croûte.
– Et voilà. Oui, mais j’ai pas quitté ma… ma… Je suis française de… de… Mon village ici, c’est français.
– Ouais.
– Et si on était nés en Roumanie (6), nous ?
– Eh beh… C’est pour ça, ce sont des malheureux.
– Et vous, si vous étiez en Roumanie ?
– Eh beh, peut-être je ferais comme eux.
– Peut-être on ferait comme eux.
– Moi, je dis qu’en France, on ne doit pas se plaindre. Nous sommes bien soignés. On mange bien. Eh ? Faut dire, de bric et de broc (7), on se débrouille.
– Vous voulez pas immigrer, vous ?
– Non.
– Emigrer.
– Non, non, non. Moi, je suis bien en France. Je suis bien en France.
– Aux Etats-Unis, là. Hop (8), à New York !
– Non, non, non. Ouh là, là ! (9)
– You don’t speak English ?
– Non. Non.
– Donc pas de baluchons (10), là ? Qu’est-ce qu’il y a dans vos sacs, là ? C’est pas… Vous partez pas, là ?
– Ah non, non ! Les cartons du loto (11). Et les pions , vous savez, les pions, pour marquer les cartons.
– Et c’est pour quand, le grand départ ?
– Le grand départ ? Eh beh, ce sera quand on monte au ciel.
– Et voilà. Ce sera notre grand départ.
– Fin de vie.
– On s’en va. Et Ciao !
– Et là… et là, il y a pas de couleurs, il y a pas de rouges, pas de noirs. Il y a… Tout le monde est frère et sœur.

Quelques détails:
1. arrière : elle veut parler de ses arrière-grands-parents.
2. Jamais bougé ? = vous n’avez jamais bougé ? (style oral) = vous êtes toujours restée au même endroit ?
3. Gagner sa croûte : travailler et gagner un salaire pour pouvoir manger. (Il s’agit de la croûte du pain, qui est le symbole de l’aliment de base pour les Français depuis des générations.)
4. Fallait travailler : à l’oral, de façon familière, on supprime souvent Il avec le verbe falloir  : (Il) fallait / faut / faudra travailler. Mais c’est impossible au passé composé par exemple. On dit toujours : Il a fallu travailler. (C’est le cas des temps composés)
5. de l’élevage : ils avaient quelques moutons, ou des vaches, ou des chèvres par exemple. (Impossible de cultiver beaucoup en montagne.)
6. en Roumanie : elle prend l’exemple de ce pays parce que ces derniers temps, il y a eu des débats sur la situation non pas des Roumains en général mais celle des Roms venus de Roumanie, peu intégrés ici (comme ailleurs), expulsés de leurs campements de fortune et qui cristallisent les réactions sur l’immigration actuellement en France.
7. De bric et de broc : normalement, cela signifie que quelque chose est fait d’éléments hétéroclites. Par exemple : Il a construit sa maison de bric et de broc. Ici, elle veut dire qu’on trouve toujours une chose ou une autre pour manger et vivre.
8. Hop ! : cette onomatopée exprime l’idée de quelque chose de rapide et soudain. Ici, c’est comme si elle disait : Et là, tout d’un coup, vous partez à New York.
9. Ouh là, là ! : cette expression si française exprime des émotions : la surprise, la désapprobation par exemple. Ici, cela veut dire qu’elle ne s’imagine pas du tout à New York.
10. Un baluchon: c’est un sac de fortune dans lequel quelqu’un de pauvre transporte ses quelques affaires, notamment pour partir vivre ailleurs. Un baluchon est en quelque sorte symbole de départ pour échapper à la vie qu’on a et tenter sa chance ailleurs.
11. le loto : grande activité dans le sud de la France notamment ! On joue au loto, avec des cartons marqués de chiffres sur lesquels on place des pions quand les bons numéros sont tirés au sort. Quand on a placé tous les pions sur un carton, on dit « Carton plein » et on gagne quelque chose. (Le gros lot ou des lots plus modestes. Dans le sud-ouest, c’est souvent de la nourriture.) La différence avec le jeu similaire de la Française des Jeux et tiré en direct à la télé, c’est qu’au moins, les gens qui vont jouer au loto le dimanche après-midi y vont aussi pour rencontrer des gens !

Peut-être on ferait comme eux, disent-elles.
Cette petite remarque m’a fait penser à ce grand film espagnol, primé au festival de Cannes cette année mais peu diffusé: La jaula de oro (Rêves d’or en français), qui nous emmène avec trois jeunes – tellement jeunes – que la vie n’a pas gâté, à travers le Guatemala puis le Mexique, puis au-delà de ce mur terrible bâti pour fermer les Etats-Unis. Une histoire implacable, d’une sobriété qui bouleverse.
Peut-être on ferait comme eux.

Reves d'or

Ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs

Groenland ManhattanJ’aime ce que dessine et raconte Chloé Cruchaudet. Dans son album Groënland Manhattan, elle donne corps aux récits d’exploration du Pôle Nord, au temps où Robert Peary ramenait de si loin des météorites et des Esquimaux pour les livrer à la curiosité de ses contemporains.
Histoire du déracinement de Minik, enfant puis adulte entre deux mondes.
Histoire vraie et reflet d’une époque encore si proche.
Histoire banale de la domination d’un monde sur un autre.

Chloé Cruchaudet
Chloé Cruchaudet explique dans cette petite vidéo pourquoi elle a eu envie d’entrer dans l’histoire de Minik, avec ses belles couleurs.

Transcription:
L’idée de ma bande dessinée Groënland Manhattan vient de mes goûts en matière de (1) lecture. J’aime beaucoup les récits de voyage, les récits d’explorateurs . C’est quelque chose qui est tellement à l’inverse de ma personnalité pantouflarde (2) que ça m’a toujours fascinée ! Un jour, je suis tombée sur (3) l’histoire vraie d’un petit esquimau qui s’appelle Minik, qui a vécu à l’extrême nord du Groënland, à la fin du 19ème siècle. Et ce petit garçon et quelques membres de sa tribu ont été ramenés par un explorateur américain du Groënland jusqu’à New York. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est que c’est une histoire de déracinement. C’est quelqu’un qui s’est jamais sent bien là où il était : à New York, on l’a traité comme le gentil Esquimau polaire, délicieusement exotique. Et une fois de retour chez lui, il a été traité comme un mythomane (4), parce que évidemment, tous les autres membres de sa tribu ne croyaient pas du tout au récit de sa vie New Yorkaise. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir les personnages à côté de moi. J’ai eu froid avec eux, j’ai senti les odeurs de New York avec eux et j’espère beaucoup que ça fera le même effet aux lecteurs.

Quelques détails :
1. en matière de lecture : dans le domaine de la lecture
2. pantouflard : cet adjectif décrit quelqu’un qui aime rester chez lui, tranquillement, un peu paresseusement, dans ses pantoufles (c’est-à-dire ses chaussons). Les pantoufles sont le symbole de l’attachement aux habitudes.
3. tomber sur quelque chose : trouver, découvrir quelque chose par hasard.
4. Un mythomane : quelqu’un qui s’invente des histoires auxquelles il croit.

Groenland Manhattan - La postfaceIl y a beaucoup à regarder et à lire dans cet album, qui se termine par une belle postface, écrite par Delphine Deloget, réalisatrice d’un documentaire antérieur (que j’aimerais bien trouver quelque part) sur Minik et ses descendants.
En voici un court extrait où Delphine la voyageuse parle de Chloé, celle qui se dit pantouflarde ! Lorsque Chloé m’a contactée au sujet de son projet de bande dessinée sur Minik, j’ai remis le nez dans mes cartons, ressorti des photos, des archives sur l’histoire des Esquimaux de New York. Avec elle, j’ai replongé dans mes souvenirs et mes impressions de voyage à Thulé. Chloé se révélait de son côté une véritable enquêtrice. Elle ne laissait rien passer. Elle relevait certains détails de l’histoire qui m’avaient échappé. Son imaginaire au travail, elle allait redonner chair à l’histoire de Minik. Moi qui n’avais fréquenté Peary et Minik que par l’intermédiaire de photos en noir et blanc, je les redécouvrais maintenant en couleur, animés d’expressions si pleines de vérité. Elle avait créé en nuances ce qui précède et ce qui suit les événements rapportés par les archives, reconstituant ce qui m’avait si souvent manqué lors de ma propre enquête. L’histoire prenait vie et dépassait les simples faits historiques pour toucher l’intime d’un récit à la fois rocambolesque et poignant.

Allez regarder ici aussi, pour vous en rendre compte.
C’est beau !

Racines

Côte d'IvoireElle a fait sa vie en France, une vie qu’on devine pas toujours facile mais dont elle ne se plaint pas.
Elle a laissé son pays pour une vie qu’elle voulait meilleure.
Elle a un prénom dont elle s’amuse.
Elle a un joli rire !

Très bonne année à tous ceux qui passent ici !


Transcription :
– Vous venez du Mali aussi ?
– Côte d’Ivoire.
– Côte d’Ivoire.
– On est à la frontière, limite Mali-Côte d’Ivoire.
– Ça vous manque, l’Afrique ?
– Totalement !
– C’est vrai ?
– Ouais, c’est… Mais on a choisi. Donc on assume (1).
– Pourquoi vous avez choisi de vivre en France ? (2)
– Pour une vie meilleure. Pour nos enfants, c’est pas pareil. Je sais pas si vous connaissez la Côte d’Ivoire. Il y avait la guerre. Il y avait… pendant plus d’une dizaine d’années. Donc pour les enfants et pour nous. Et pour… Et ici, on peut aussi aider la famille qui se trouve en Afrique.
– Vous envoyez de l’argent régulièrement, c’est ça ?
– Forcément. Forcément, hein, c’est… c’est culturel. C’est… On est éduqué dans ce sens. Prendre la relève.
– Et vous travaillez dans quoi (2) ?
– Je suis en comptabilité. Dans l’immobilier.
– Vous êtes arrivée, vous aviez quel âge ?
– Vingt-cinq ans. J’avais fini mes études et j’arrivais pas à trouver du… du travail.
– Vous aviez fait vos études à Abidjan ?
– A l’Université d’Abidjan Cocody. J’ai fait une maîtrise en Sciences Eco. Gestion, option Finance (3).
– Et comme vous trouviez pas de travail, vous vous êtes dit : « Bon, bah, je vais aller en France. »
– Je préfère souffrir en France que souffrir chez moi, quoi.
– Pourtant, on aurait pu penser l’inverse en disant : Quitte à (4) souffrir, je préfère souffrir chez moi.
– Non, la souffrance chez toi, on l’accepte mais on se dit c’est chez soi, on doit être à même (5) d’avoir certaines opportunités. Mais si je les ai pas, que je vais de l’autre côté, même si je souffre pour avoir certaines choses, je pourrai me dire quelque part : Non, je… C’est pas chez moi.
– Donc c’est normal que je souffre.
– Voilà. Il faut que je lutte pour avoir ce que je veux, quoi. C’est… C’est comme ça. C’est plus facile à accepter.
– Je peux avoir votre prénom ?
– Fanta.
– Fanta !
– Comme la boisson.
– Vous êtes pétillante (6) aussi ?
– Ça dépend des jours !
– Vous disiez que vous aviez des enfants. Vous êtes venue, vous étiez mariée ou vous vous êtes mariée ici ?
– Non, ici. J’ai croisé le père de mes enfants ici.
– Croisé le père de vos enfants ?
– On s’est rencontrés.
– Ah oui ! C’est ça.
– C’est plus…
– Oui, c’est quand même… Quand on croise les gens, ça veut dire qu’on les revoit plus après.
– Qu’on les revoit… Non, on s’est rencontrés ici. On se connaissait pas.
– Et il travaille dans quoi, votre mari ?
– Non, il n’a rien… Il n’a pas fait d’études. Il n’a rien fait.
– Ah oui.
– C’est aussi ça, l’aventure ! Rencontrer plein de gens, des gens qui n’ont rien à voir (7) avec ce que nous on est à la base.
– Et il est de Côte d’Ivoire aussi ?
– Oui, oui. Il est de ma région. Il est de Côte d’Ivoire.
– Et pour vous, c’était important ça, qu’il soit du même pays que vous ?
– Oui. Pour les enfants. Pour ne pas qu’ils soient…. je sais pas « déculturalisés », si on peut le dire. Parce que quand on est d’une culture différente, même quand on vient de différents pays d’Afrique, il y a souvent ce problème. Au moins, lui, ses parents, je les connais, je sais d’où ils viennent. Mes enfants, que je sois aujourd’hui ou pas avec leur père, ils savent où trouver les parents de leur père et moi, mes parents, parce qu’on vient du même pays. Mais il aurait été (8), je sais pas, de l’Afrique du Sud, du Togo, du Zimbabwe, souvent c’est différent pour les enfants qui… parce que c’est… c’est l ‘Afrique. Ceux qui connaissent pas l’Afrique pensent que c’est un gros pays. Mais c’est des cultures carrément (9) opposées, différents, quoi… Différentes, ouais.

Des explications :
1. assumer quelque chose : accepter et ne pas se plaindre parce qu’on a fait ce choix consciemment.
2. Pourquoi vous avez choisi de… : ce journaliste pose toujours les questions de cette façon très orale, sans utiliser « Est-ce que… ? » ou une inversion : Pourquoi avez-vous choisi… ? ‘style plus soutenu)
3. une option : c’est une matière qu’on choisit parmi d’autres dans le cadre de ses études.
4. Quitte à (faire quelque chose) : Si je dois faire quelque chose
5. être à même de faire quelque chose : être capable de faire quelque chose, en avoir la possiblité.
6. Pétillant : cet adjectif peut s’employer à propos d’une boisson gazeuse, qui a des bulles (comme le Fanta qui est un soda très consommé dans le monde). Il s’emploie aussi à propos de quelqu’un, notamment quand on décrit son regard (des yeux pétillants), un regard plein de vie.
7. N’avoir rien à voir avec quelque chose : n’avoir aucun lien, aucun rapport.
8. Il aurait été : s’il avait été
9. carrément : vraiment / complètement

Fier de sa fille

Les pères sont-ils plus sévères que les mères ?
Est-ce plus dur pour l’aîné de la famille ?
Est-ce plus compliqué si en plus on est l’aînée ? (au féminin)
Petit témoignage de Leila sur ses rapports avec son père.

Transcription:
Un père sévère ?
– Au départ, qui l’était un peu mais il s’est assoupli (1). Et c’est vrai qu’avant, quand je demandais à sortir ou quelque chose comme ça, j’avais directement un « Non », sans essayer de comprendre, et j’allais voir ma mère qui négociait pour moi tout le temps. Et c’est vrai que du coup, ben, enfin maintenant, à 20 ans… une f[ois] (2)… enfin, à partir du moment où j’ai eu mon bac (3), il s’est rendu compte que, bah, j’étais une adulte, que je pouvais faire mes choses… les choses correctement. Et c’est vrai que maintenant, bah, quand j’ai envie de sortir, je lui demande à lui directement, sans passer par ma mère et c’est elle qui découvre que je sors, et elle me dit :  » Mais comment ça se fait que (3) tu sors ? J’ai rien… Tu m’as rien dit.  » Et je dis: »Bah j’ai demandé à papa directement. Il est d’accord. » Donc maintenant, je le fais. Et c’est vrai que, bah, on va dire que… enfin je suis… je suis l’aînée. Chez moi, j’ai… j’ai un frère et une soeur ensuite. Et on va dire que j’ai labouré le terrain (4) pour eux, quoi ! Et ils ont plus de liberté que moi je n’avais à leur âge. Mon père vient d’Egypte et c’est vrai que, bah, le jour où j’ai eu mon bac, il a appelé la famille directement au pays (5) pour leur dire: « Ma fille est diplômée ». Et on est partis en Egypte juste après, et c’est vrai que, bah la famille là-bas m’a organisé une fête avec des gros gâteaux et des cadeaux parce que je venais d’avoir mon bac. Et c’est vrai que ça m’a… ça m’a touchée. C’était super sympa (6) de… bah de se [rendre] (7)… bah de voir que mon père était fier. Et ma mère aussi, mais c’est vrai que là-bas, ça les a… ça les a plus touchés que ma famille maternelle qui vit en France.

Quelques explications:
1. s’assouplir: c’est devenir plus souple, au sens physique du terme, mais ausi au sens figuré. Ce père est devenu plus compréhensif, moins rigide.
2. une fois: elle ne le dit pas en entier, mais on devine que c’est ce qu’elle avait commencé à dire, avant de changer de formulation, comme souvent à l’oral.
3. le bac: c’est le diplôme qu’on obtient à la fin des études secondaires. C’est un vrai examen, avec différentes matières à passer. Avoir son bac, c’est entrer dans la vie adulte et pouvoir commencer des études à l’université par exemple. C’est LE grand événement dans la vie des familles françaises. On en parle à la radio, à la télé. Un vrai rite de passage !
4. Comment ça se fait que… ?: on pose cette question quand on veut une explication à une situation. Normalement, on emploie le subjonctif après. (Comment ça se fait que tu sortes ?)  Mais on s’est habitués à entendre l’indicatif aussi.
5. j’ai labouré le terrain: c’est une image pour dire qu’elle a préparé les choses – et leur père – pour son frère et sa soeur, comme un agriculteur prépare son champ en le labourant avant de le cultiver. Elle leur a simplifié les choses. On pourrait dire aussi: Je leur ai préparé le terrain.
6. au pays: cette façon de dire est fréquente dans les familles immigrées en France. Pour cette jeune fille, née en France et française, le pays, c’est aussi là où elle a encore une partie de sa famille.
7. super sympa: très gentil et agréable. (familier)
8. se rendre… : Elle allait dire : »se rendre compte » et utilise quelque chose de proche: « voir ».

Petit rappel sur bah, ben, beh:
Tous les « bah », « ben » qu’on entend viennent de la forme correcte: « Eh bien », que peu de gens prononcent en entier à l’oral. Je les transcris  car c’est ce qu’on entend, mais normalement, on n’écrit jamais ça. (sauf dans les BD par exemple). C’est purement oral et familier. Quand on surveille sa façon de parler, on dit toujours: Eh bien.

Un Roumain à Paris

Souvenirs d’un Roumain installé depuis longtemps à Paris.
Depuis ses inquiétudes et ses rêves de jeunesse, il a fait du chemin, il a passé sa vie à faire de la musique et nous avons tous dans l’oreille ses musiques de films.
J’aime beaucoup écouter ces gens qui ont vécu longtemps et intensément et qui savent raconter leur vie avec simplicité.
J’aime beaucoup les gens qui savent raconter leur vie et en font une histoire.

J’ai profité aussi de ce petit enregistrement pour parler un peu de son français (et de celui de Rebecca avec qui il dialoguait à la radio l’autre jour.)


Transcription:
– L’instrument sur lequel vous avez appris la musique, c’est quoi ?
– Je suis violoniste. Vous voyez, mon… mon violon est là. C’est un violon que j’ai de… depuis la Roumanie. Et je… Comme dans ma jeune enfance, j’avais pas… On vivait dans une chambre de… de service et j’avais pas la place d’avoir un piano, mes parents m’ont mis au violon qui est évidemment plus pratique. Et en attendant,…
– C’était à Bucarest donc ?
– A Bucarest, voilà, en attendant le jour où on aurait la place pour mettre un piano. Mais ce jour-là n’est arrivé que le jour où j’ai eu 15 ans.

– C’est surtout mon père qui rêvait de la France puisque mon père a fait ses études à Paris dans les années 30, et en revenant en Roumanie pour enterrer son père qui était mort dans les années 39 (1), la guerre l’a surpris sur place. Il a dû res[ter]… Il n’a pas pu revenir à Paris. Et ensuite le rideau (2)… les rideaux sont…
Sont tombés.
Sont tombés. Et à la fin de la guerre, les communistes sont arrivés en Roumanie, les Russes, etc… Donc il n’a pas pu revenir à Paris, puisque lui, il rêvait (de) vivre (3) à Paris avec ma mère. D’aillleurs moi, je suis procréé (4) à Paris. En fait, je suis né à Bucarest mais le moment de mon insémination (4), ça a été Paris. Donc voilà.
– Mais vous, ça vous a… Ça ne vous attirait pas plus que ça (5), Paris ?
– J’étais prêt (6) à faire ma vie en Roumanie. C’était mon père qui a organisé tout ça derrière moi, sans me dire d’ailleurs.
– Il a organisé ça dans votre dos. (7)
– Il a organisé ça dans mon dos parce qu’il avait un peu peur que s’il me disait qu’il était en train d’organiser notre départ, je parlerais à des amis ou à des gens, je ferais des indiscrétions, et c’était très grave. Donc moi, j’étais même assez désespéré au moment de mon départ parce que j’avais mes amis là-bas, j’étais amoureux. Je me disais « Qu’est-ce que je vais faire ? « On se dit: « Est-ce que ma musique va intéresser? Est-ce que je vais arriver au niveau de ces gens qui sont là-bas, qui sont extraordinaires ? », puisqu’il y avait un niveau qui me semblait fantastique par rapport à ce que je vivais, moi, en Roumanie. Ça me faisait peur. Ça m’attirait bien sûr beaucoup parce que pour moi, Paris, c’était Ravel, c’était Debussy, c’était toute la culture française. Et puis j’avais des musiciens que j’adorais, Michel Legrand ou toute une série de musiciens que j’aimais en France. Donc je… je me posais des questions de ce genre-là.
– De votre place, en fait.
– Oui, de ma place, de qu’est-ce que je pourrais faire. D’ailleurs, j’ai dit à mon père qui m’a dit: « Mais écoute, toi, tu arriveras là . Tu vas faire… refaire le Conservatoire. Tu vas faire toutes tes études et c’est moi qui va travailler. » . Mais moi, je le regardais un peu comme un zombie parce que je me disais « Mais il est fou, lui ! Qu’est-ce qu’il veut travailler à 50 ans, par rapport à ce qui se passe là-bas ! » Il m’a dit: »Mais enfin, tu n’as pas confiance en moi, etc… » et tout. Bon enfin, on est arrivé. Ça s’est passé un peu comme je pensais, c’est-à-dire que mon père, quand il est arrivé, était considéré déjà comme un… un vieil homme. Vous voyez, arriver en France à 50 ans, comme musicien, c’est pratiquement impossible. D’ailleurs, il est tombé malade, ce qui fait que moi, j’ai dû tout de suite commencer à travailler, à donner des… des concerts de… de violon et à… à traverser (8)le monde avec mon violon. Et voilà, ça… ça a été quelques années de… de bagarres (9) très, très difficiles. Mais enfin, voilà. L’avenir a été plus… m’a récompensé, si vous voulez, de…. de toute cette…
… Persévérance.
Voilà !

Quelques remarques:
1. dans les années 39: on ne peut pas dire ça comme ça, puisque 1939 est une année unique, pas un ensemble d’années. Il faut dire juste 1939. Ou alors, si on ne sait pas vraiment quelle année c’était exactement: aux alentours de 1939.
2. le rideau = le rideau de fer, c’est-à-dire cette fermeture entre le monde occidental et les pays communistes à partir de la guerre froide.
3. il rêvait: il faut introduire le verbe qui suit avec « de », mais il ne dit pas cette préposition.
4. j’ai été procréé / mon insémination: ces mots ne sont pas corrects. Il faut uiliser le verbe « concevoir » et le nom qui correspond: « la conception ». Donc il faut dire: « J’ai été conçu à Paris ». « Le moment de ma conception ». On utilise le mot « insémination artificielle » pour les femmes qui recourent à des techniques médicales pour tomber enceintes.
5. pas plus que ça: pas vraiment
6. prêt à faire: Il fait la liaison entre « prêt » et « à », ce qui ne se fait pas normalement. En fait, ça nous fait un peu bizarre parce qu’on imagine en entendant ça « prête », au féminin, ce qui évidemment ne marche pas pour lui qui est du sexe masculin.
7. dans votre dos / dans mon dos: sans que vous le sachiez / sans que je sois au courant. (familier) C’est ce qu’il voulait dire en utilisant « derrière moi », qui ne marche pas ici parce que cette expression ne peut avoir qu’un vrai sens spatial, pas un sens figuré.
8. traverser le monde: on dit plutôt « parcourir le monde ». Ou aussi: « voyager dans le monde entier ».
9. une bagarre: une lutte, un combat. (familier)

Voici donc quelques commentaires de plus, sur la façon de poser les questions en français et sur l’accent de Vladimir.


Transcription:
Les questions écrites et orales:
Le premier point sur lequel je voulais revenir, c’est la première question posée dans cette conversation par Rebecca quand elle veut savoir sur quel instrument Vladimir a appris la musique. Et donc elle lui demande: « L’instrument sur lequel vous avez appris, c’est quoi ?  »
Ça, c’est une question complètement orale qu’on n’écrira jamais et qui passe très bien à l’oral. Donc la question correcte, en fait, évidemment, parfaite, ce serait: « Sur quel instrument avez-vous appris la musique ?  » Et cette question-là, on va… on peut l’entendre à l’oral. Mais ça va donner quand même un style très soutenu. En revanche, à l’écrit, on va l’écrire sans problème du tou, aussi bien dans une… enfin, dans un style plutôt soutenu que par exemple dans un mail à un ami. Ce que je veux dire par là, c’est que, par exemple, je ne dirai jamais ça à l’oral, très rarement. Mais ça ne me gêne absolument pas de l’écrire. Et je n’ai pas l’impression en l’écrivant d’avoir un style trop recherché. Donc il y a vraiment une différence entre l’écrit et l’oral. Et c’est ça qui est… qui est assez important à retenir.
Alors, la deuxième façon de poser la question, ce serait de demander: « Sur quel instrument est-ce que vous appris la musique ? », en utilisant cette expression « est-ce que ». Donc ça, c’est une question qui à l’oral est très neutre, c’est-à-dire que elle n’est pas particulièrement rechercchée, ni familière. Elle est vraiment neutre. On peut l’utiliser à l’écrit aussi, sauf que, bien sûr, entre « Sur quel instrument avez-vous appris le musique? » et « Sur quel instrument est-ce que vous avez appris la musique ? », il y a une différence de longueur. C’est un petit peu plus long d’écrire « est-ce que vous avez appris la musique ». Donc c’est pour ça que finalement, je pense que ça ne nous gêne pas du tout d’écrire « Sur quel instrument avez-vous appris la musique ? « , parce que c’est plus court. Voilà. Ensuite, troisième solution, c’est de demander, à l’oral : « Vous avez appris la musique sur quel instrument ? « , avec… disons l’intonation qui va montrer qu’on pose une question. « Vous avez appris la musique sur quel instrument ? « Et donc la personne va répondre en reconnaissant parfaitement la question. Ça, c’est quelque chose qu’on écrira beaucoup moins, dans… dans un… dans un texte, ou dans un mail. Voilà, ça se sera beaucoup plus réservé à l’oral. Et c’est plus familier que la forme précédente avec « est-ce que ». Et puis pour finir, donc, la question de Rébecca: » L’instrument de musique sur lequel vous avez appris, c’est quoi ? « , avec ce quoi posé à la fin comme ça de la question. Et ça, c’est vraiment totalement oral. Ne l’écrivez pas. C’est trop familier à l’écrit.

Rouler les « r »:
Ensuite, je voulais parler un tout petit peu de l’accent de Vladimir, qui est donc roumain et qui vit en France depuis très longtemps mais qui a gardé ce petit accent particulier aux Roumains, c’est-à-dire qu’il roule les « r ». Quand il prononce la Roumanie, il dit la Roumanie. Et voilà, ça c’est typique de l’accent roumain. Les Roumains parlent en général très, très bien français probablement parce que nos deux langues sont quand même assez proches, avec des origines latines. Mais très souvent, ils gardent ce… cette prononciation un petit peu particulière des « r ». Ce que je voulais dire, c’est que ça n’est pas gênant du tout, pour nous. C’est-à-dire que ça donne un petit accent, bien sûr, mais çe ne peut jamais nous gêner pour comprendre. Ça n’est pas comme par exemple les… les étrangers qui mélangent les sons « u » et « ou », qui peuvent nous gêner, nous, parce que, voilà, ça peut donner des mots différents. Là, quelqu’un qui roule les « r », ça n’est jamais un problème. Ça n’est jamais un problème, d’autant plus que en France, dans certaines régions, certaines personnes roulent les « r » de cette façon-là. Je pense en fait à des personnes qui vivent dans le sud-ouest de la France notamment. Mais il y a aussi une question d’êge, c’est-à-dire que ce sont souvent des personnes plus âgées qui ont tendance donc à prononcer les « r » un peu différemment de ce qu’on entend en général. Voilà, donc ça, ça n’est pas un problème du tout.

Et pour finir, la différence entre « y arriver » et « arriver », « là » et « là-bas » et comment utiliser « C’est moi qui… »:


Transcription:
Y arriver / arriver:
Alors maintenant, je voulais parler d’une erreur que fait Vladimir en rapportant la réaction de son père quand il a vu que son fils n’avait pas très envie d’aller s’installer en France et de quitter la Roumanie. Et donc, on entend la phrase: » Tu arriveras là ». Le problème, c’est que le verbe arriver, tout seul comme ça, signifie quelque chose de spatial, et non pas ce que voulait dire Vladimir, c’est-à-dire: « Tu y arriveras ». C’est l’expression « y arriver ». « Y arriver, ça veut dire « réussir » à faire quelque chose. Donc ici, ça veut dire: « Ne t’inquiète pas, on va s’installer en France et tout va bien se passer pour toi. Tu vas t’en sortir. Tu vas y arriver. » Arriver, c’est tout seul avant tout un sens spatial: arriver quelque part, arriver dans un pays, arriver dans une ville. Et donc là, c’était différent.

Là-bas / là:
Et le problème aussi avec cette toute petite phrase, c’est la confusion entre « là »et « là-bas ». En fait, ici, il faut dire: « Tu y arriveras là-bas. » Là-bas, c’est ce qui est loin, c’est là où on n’est pas. Donc quelqu’un qui est en Roumanie et qui pense à la France dira: « Tu pourras vivre là-bas. Ils sont partis là-bas. Ils se sont installés là-bas il y a trois ans », etc… Donc là, c’était vraiment ça:  » là-bas ». « Là », c’est toujours plus proche. Et par exemple dans des phrases comme: « Je suis là ». En rentrant à la maison, par exemple, on dit: « Coucou, je suis là. » Ou bien on arrive chez quelqu’un et on dit: « Vladimir est là ?  » Et ensuite la personne répond: « Oui, oui, il est là. Je l’appelle. » On peut dire aussi à quelqu’un par exemple: « Assieds-toi là. » Et ça veut dire: Là, tout près de moi, juste à côté. Ou bien, en faisant visiter son bureau par exemple, on peut dire: « Tu vois, je travaille là ». Donc « là » est toujours plus proche et souvent synonyme finalement de « ici », alors que quand on veut parler d’un endroit plus éloigné, c’est forcément là-bas.

C’est moi qui:
Le dernier point, c’est un petit problème de conjugaison, un problème d’accord. Donc quand il rapporte les paroles de son père, il continue en disant: »C’est moi qui va travailler ». Et ça, c’est une faute vraiment, une faute de conjugaison. Il faut dire: « C’est moi qui vais travailler ». Parce que « moi », c’est en fait « je ». Et on dit bien: « Je vais travailler », et non pas « Je va travailler », évidemment. Ce qui gêne beaucoup d’étrangers, c’est le… le fait qu’il y ait « qui » au milieu. Donc ça, il faut pas oublier, il faut bien accorder avec « C’est moi ». Si on dit: « c’est nous », ça va donner « C’est nous qui allons travailler ». Si on utilise « vous », « C’est vous qui allez travailler ». Voilà, donc c’est… c’est cet accord qu’il ne faut pas oublier. Rassurez-vous, il y a des Français en fait qui se trompent là-dessus aussi, parce que finalement, ça n’est peut-être pas si facile que ça. Alors, je prends juste deux exemples encore sur lesquels on peut se tromper parce que il y a une différence entre « je », « tu », « il », etc… C’est avec le verbe « être ». On dit « c’est moi qui suis venu(e) hier », par exemple. Et puis: « C’est moi qui ai raconté ça ». Donc « ai », avec A.I. bien sûr. Donc voilà, il faut accorder à la première personne du singulier quand on fait ce genre de phrases.

Sauf que chez moi, y a rien

Etre né quelque part
Pour celui qui est né
C’est toujours un hasard
(Maxime Le Forestier)

Alors, il y en a qui n’ont pas les mêmes chances que les autres au départ et qui ne rêvent que de quitter l’endroit où ils ont grandi, pour échapper à la pauvreté, à la guerre, à la faim. Et en face, ils rencontrent des frontières fermées et des murs bâtis par ceux qui n’ont aucun mérite à être nés de l’autre côté.

Pour écouter cette chanson de Francis Cabrel, African Tour, qui dit avec sobriété le parcours souvent sans espoir de ces Africains vers l’Europe, c’est ici.


Les paroles :
Déjà nos villages s’éloignent
Quelques fantômes m’accompagnent
Y aura des déserts, des montagnes
A traverser jusqu’à l’Espagne
Et après… Inch’allah

Lire la Suite…

Champion avec papiers

Sharif a 18 ans. Il est afghan. Mais depuis peu, il est aussi français. Pourtant, ce n’est pas facile par les temps qui courent d’obtenir la nationalité française, surtout quand on vient de certains pays… enfin, surtout quand on est pauvre…

Il d’abord été un sans-papiers. Comme tous les enfants dans cette situation, il a été scolarisé car les écoles publiques françaises leur sont ouvertes. C’est ce qui lui a permis d’apprendre le français et d’avoir une vie la plus « normale » possible dans sa situation. Et ensuite, tout s’est accéléré pour lui, dans le bon sens. (Mais ce n’est pas le cas de tous…)


Transcription:
Je suis champion de France Espoir 2009 et… vice-champion en 2010, de boxe française. Je m’en souviens, en 2007, quand je suis arrivé ici que je ne savais pas du tout parler français. On ne savait pas dans quelle classe je pourrais y être (1), parce que j’avais presque 15 ans. Donc on m’a mis dans… dans une classe de… d’intégration.
Vous étiez scolarisé en Afghanistan ?
Non, pas vraiment.
Vous saviez déjà boxer avant d’arriver quand même ?
Non.
Non plus ?
Non, voilà…
Vous avez tout appris ici !
Je comprenais pas. D’un coup, tout le monde et tous les journalistes ont débarqué, TF1, France 2, tout le monde. Et j’avais pas de papiers (2) et que j’ai gagné un titre de champion de France. Champion de France sans papiers, quoi. L’année dernière, voilà, j’ai… j’ai été en finale. Donc il y avait le Championnat d’Europe derrière. Pour entrer en équipe de France, il prend (3) le finaliste et le vice-champion. Donc quand on n’est pas français, on peut pas rentrer en équipe de France. Et mon dossier, ça a duré… quoi… une semaine et après c’est bon. Tout est arrivé.
Vous vous sentez français depuis quand ?
Depuis que je suis français.
Depuis qu’il y a les papiers simplement ?
Voilà. Bah avant, j’avais peur de dire, voilà, « je me sens français », parce que j’étais pas français. Je pouvais… On peut pas dire ça.
Qu’est-ce que ça représente pour vous la nation française ?
Ah c’est… voilà, c’est la liberté. Et de deux, quand on a envie de réussir, il y a moyen ici. Quand on en veut, quand on a envie de faire quelque chose, il y a toujours moyen (4). Il faut y aller, faut être motivé.
Alors, on va voir votre ancienne classe ?
Oui, ça me ferait plaisir. C’est vrai que ça fait longtemps.

Bonjour. On est venu avec un ancien.
– Voilà.
Vous avez l’air ému de les voir ici, là.
– Bah, ça me fait plaisir de revoir Madame Delafonte. C’est vrai que j’ai pas eu le temps de passer après la […] les médias, ce qui s’est passé, tout ça. C’est… c’est des beaux souvenirs.
– Oui, oui, non. Et de le voir parler comme ça, c’est… Pour nous, c’est ce qu’il y a de mieux.
– Alors justement, ça paraît impressionnant. Il me dit qu’il y a encore trois ans, il parlait pas un mot de français. Vous confirmez d’ailleurs.
– Oh oui, tout à fait, pas un mot de français. Et quand il écrivait, ben, je me suis rendu compte qu’il avait appris à lire en copiant des livres. Donc il écrivait en Times New Roman. Donc voilà, il écrivait en police de caractères. C’est… C’était très curieux. Et il a été très, très vite.
– Bonjour, comment tu t’appelles ?
– Sarah.
– D’où est-ce que tu viens, Sarah ?
– Portugal.
– Portugal ?
– Et tu as quel âge ?
– J’ai 14 ans.
– Je m’appelle Michaela, j’ai 13 ans. Je suis roumaine.
– Roumaine ?
– Oui.
– Tu aimes le français ?
– Oui. Parce que je travaille bien, je lire (5) un petit peu. Mais j’écris pas bien.
– Bonjour, je m’appelle Sergo. Je suis géorgien. J’ai 12 ans.
– Alors, ici, on apprend à parler français surtout. Est-ce qu’on apprend aussi ce que c’est que la France, les valeurs de la France ?
– Tout à fait. Alors bon, pour les élèves qui sont ici, effectivement, c’est le niveau, bon ben, le…. le plus… le plus faible, on va dire. Ils apprennent vraiment à parler, à lire et à écrire. Et par la suite, quand ils vont passer dans le niveau supérieur, ce qui va être le cas de Sergo et de Sarah dès la semaine prochaine, ils vont prendre des cours d’histoire-géographie (6) et de civilisation française. Je crois que la langue représente l’esprit d’une nation, donc apprendre le français, c’est déjà apprendre à vivre en France.
– Donc vous constatez pas de problème d’intégration de ces élèves parmi le… le reste de la classe ?
Bah, il peut y avoir des personnalités problématiques parfois bien sûr, mais non, en règle générale, non. Je crois que nos élèves sont habitués au multiculturalisme. Enfin, ce genre de choses, ça leur pose pas du tout de problème, non, non. Par exemple, Sergo a un bon ami qui est Genzel. Genzel est russe, Sergo est géorgien, donc forcément, c’est reposant de pouvoir de temps en temps poser le sac et parler dans sa langue et voilà. Mais moi, je crois que c’est tout, Sergo a d’autres amis qui ne sont pas russophones. Donc voilà, non, non, enfin je lui fais tout à fait confiance pour avoir des amis français très, très vite.

Quelques détails :
1. dans quelle classe je pourrais y être : « y » est en trop car il y a le mot «classe».
2. les papiers : ce sont les documents officiels qui prouvent votre identité et votre statut pour vous autoriser à vivre sur le sol français. (carte de séjour, carte d’identité)
3. il prend : il faudrait dire soit « On prend », soit « ils prennent ».
4. il y a moyen de faire quelque chose : c’est possible de faire quelque chose. On peut dire le contraire : il n’y a pas moyen de…, pour dire que c’est impossible de faire quelque chose.
5. Je lire : il faut conjuguer le verbe : « Je lis »
6. l’histoire-géographie : dans les collèges et lycées français, ce sont deux matières qui sont enseignées ensemble, par le même professeur. On dit souvent juste « histoire-géo ».

Louisa, l’Algérie et la France

 Les parents de Louisa étaient venus en France après la seconde Guerre Mondiale. Ils étaient nés en Kabylie, dans le nord de l’Algérie qui était alors française. Leur parcours est celui de beaucoup d’autres Algériens : un travail en France, une intégration voulue, le déchirement pendant la Guerre d’Algérie, des enfants nés et élevés en France. Tout cela témoigne de cette histoire entre la France et l’Algérie, entre colonisateurs et colonisés. C’est ce que Louisa raconte dans ce petit extrait. Beau témoignage pour nous qui vivons aujourd’hui dans un pays où nos gouvernants mènent une politique peu glorieuse en matière d’immigration…
(A suivre…)


Transcription :
Je crois qu’en fait mes parents, ils (1) ont fait un choix d’emblée (2), hein. Ils ont posé le sol… Ils ont posé le pied sur le sol français… Papa a posé le pied sur le sol français en 1948 quand…
– Il est arrivé en 1948, il avait 27 ans.
En 48, il avait 27 ans, papa, oui.
– Il est venu pour travailler.
Ouais, il est venu pour travailler. Donc il est arrivé tout seul en 48. Il a travaillé à Péchiney comme manœuvre.
– Il a signé un contrat en Kabylie.
Il a signé un contrat en Kabylie parce que la France avait besoin de bras (3). Donc il est arrivé, il a travaillé… Il faisait les  trois-huit(4), même plus que les trois-huit parce qu’il travaillait pratiquement tout le temps. Et puis donc en 50, il y a eu maman. C’était une jeune fille qui est venue aussi d’Algérie.
– De Kabylie aussi ?
De Kabylie aussi, qui est arrivée en France avec son frère, son frère qui était venu combattre pendant la deuxième guerre mondiale, qui était reparti au pays, qui s’était marié, qui avait une jeune femme. Comme sa femme était très jeune, bah il avait amené maman pour pas que… pour pas qu’elle s’ennuie.
– Et votre maman avait douze ans quand elle est arrivée en France.
Et ma mère avait 12 ans quand elle arrive en France, à Port Vendres(5).

Et à la maison, alors à la maison, c’était…
– A la maison, on parlait quelle langue ?
On parlait français.
– Vos parents ne parlaient pas kabyle.
Que pour s’engueuler (6) !
– Qu’entre eux.
Qu’entre eux, oui.
– Ils vous parlaient français. Mais ça c’est un choix.
Ils nous parlaient systématiquement français. C’était un choix, oui, de leur part. De toute façon, je pense qu’ils avaient tout de suite compris que, en nous faisant naître en France, ils avaient plus le choix, quoi. A partir du moment où ils nous mettaient à l’école française, ils n’avaient plus le choix. Donc ils nous parlaient français. Ils nous parlaient français à la maison. On parlait français, ma mère cuisinait français. J’ai mangé du cassoulet(7), j’ai mangé… J’ai bu du vin. J’ai… j’ai… j’ai mangé des crêpes au lard de cochon. Voilà.
– Une enfance française.
Une enfance typiquement française.

Quelques détails :
1. Mes parents, ils… : à l’oral, dans une conversation familière, c’est fréquent d’utiliser à la fois le nom et le pronom : Mon père, il…  Ma mère, elle…
2. d’emblée : immédiatement, tout de suite.
3. avoir besoin de bras : avoir besoin de main d’œuvre, de travailleurs.
4. Faire les trois-huit : On travaille 8 heures dans différentes équipes selon le jour : l’équipe du matin, celle de l’après-midi, puis celle de  nuit. Comme ça, la production ne s’arrête jamais.
5. Port Vendres : ville située dans le département des Pyrénées Orientales.
6. que pour s’engueuler : seulement pour se disputer (familier)
7. le cassoulet : plat traditionnel du sud-ouest à base de haricots secs, de porc et de canard en général. Mais évidemment pas en accord avec les préceptes de la religion musulmane.

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