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L’ouvrir ou pas ?

louvrir

Non, non, je ne vais pas vous parler de bière – je ne suis vraiment pas spécialiste – ni des qualités esthétiques de cette pub – assez sommaires !
Sa principale qualité, c’est donc bien sûr de jouer sur les mots.

Vous savez ce que signifie le verbe ouvrir. On peut effectivement ouvrir une bouteille de bière.
Mais l’ouvrir, comme ça, tout seul ?

L’ouvrir, en langage très familier, c’est parler alors qu’on devrait se taire, c’est donner son avis alors qu’on devrait se faire discret :
Il m’énerve ! Il ne peut pas s’empêcher de l’ouvrir quand je lui fais des remarques !
Je te conseille de ne pas l’ouvrir ! Tu as compris ?
C’est plutôt agressif – et même vulgaire – de demander à quelqu’un de ne pas l’ouvrir.

Le contraire, en langage tout aussi familier et abrupt, c’est la fermer, ce qui laisse deviner que le pronom la ou l’ évoque la bouche, par où sortent les paroles.

Et donc, parfois, c’est vrai, il faut savoir l’ouvrir, c’est-à-dire oser exprimer son opinion, même si elle n’est pas la bienvenue, revendiquer au lieu de ne rien dire.

Pour en revenir à cette bière, ce n’est pas trop compliqué de l’ouvrir. C’est écrit (sans le pronom) sur la capsule.

Un renard, un loup, des poussins, des poules, etc.

le-grand-mechant-renardUne lectrice de ce blog m’a demandé récemment si j’avais des idées de lectures dans lesquelles on entendrait à travers les mots écrits des façons de parler très naturelles et familières. J’ai pensé à cette BD, faite d’une multitude de petites vignettes où les héros de l’histoire passent leur temps à discuter, à se chamailler, à se fâcher, à se réconcilier, à exprimer leurs émotions tout haut. C’est très drôle et c’est exactement comme si on entendait tout ce petit monde parler à voix haute : ça crie, ça piaille, ça pioupioute, ça caquète, ça couine, ça hurle et ça s’agite dans tous les sens !

Tout commence parce que les poules n’en peuvent plus de voir débarquer le renard dans leur village :

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Pourtant ce renard a un problème : il est incapable de faire peur à qui que ce soit, lui qui se voudrait chasseur terrifiant – un renard, ça devrait faire peur quand même !

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Ce pauvre renard en est donc réduit à se contenter des navets que lui laissent charitablement (et en se moquant) les animaux de la ferme. Mais des navets pour rassasier un renard, c’est très moyen et à la longue, vraiment déprimant. Alors, avec le loup, qui lui aussi rêve de croquer des poules, ils montent un plan d’enfer.

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Mais bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Normal, quand les renards se mettent à couver des oeufs de poule !

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Et c’est parti pour presque deux cents pages de folie, de délire, de rebondissements. Exclusion, identité, estime de soi, bonheur, solitude, amour maternel, maternité non désirée, famille, corruption, paresse, clichés, stéréotypes, tout y passe, avec cette histoire de poussins déchaînés qui ne savent plus très bien qui ils sont mais qui savent qui ils aiment et que tout le monde se dispute.
J’ai dévoré cette histoire. C’est qu’on s’y attache à ces petites bêtes ! N’est-ce pas, monsieur le grand méchant renard !

brennerEt voici une petite interview sympathique du dessinateur, en cliquant ici. Et on voit émerger son renard et son loup sous son crayon et son pinceau pendant qu’il parle.

Transcription:
Je m’appelle Benjamin Renner et je suis… Je travaille dans le dessin animé et la bande dessinée. Donc voilà, c’est à peu près tout ce que je fais. J’ai 32 ans et voilà. Je sais pas quoi dire de plus. Ah, je suis né à Saint Cloud. C’est une charmante petite bourgade (1).
En ce moment, je suis en train de travailler sur… toujours sur Le grand méchant renard, toujours pas terminé, puisque c’est la BD donc que j’avais sortie il y a un peu plus d’un an maintenant, et il se trouve que je suis en train de le faire en film d’animation. Et du coup, je l’ai bien dans la main en ce moment, le renard. Et j’ai décidé de vous dessiner une petite scène avec le renard et le loup, enfin une scène de la BD Le grand méchant renard. Voilà.
Alors en fait, moi, ce qui me faisait un peu peur en commençant ce projet, c’est que je me disais : Bon, cette histoire, je l’ai déjà racontée. Qu’est-ce que je vais bien (2) pouvoir faire en fait ? Peut-être c’est ennuyeux de recommencer à raconter la même histoire en animation. Et finalement, j’ai été surpris de me rendre compte que bah c’était beaucoup plus ardu. En fait, une bande dessinée, ça s’adapte pas en prenant simplement les cases et en les mettant les unes derrière les autres dans un storyboard, quoi. Il y a beaucoup plus de travail que ça à faire, le rythme est pas du tout le même. Comme moi, je suis un grand admirateur de Chaplin, Buster Keaton, des choses comme ça… c’est des choses qui ont vraiment bercé mon enfance (3), j’ai beaucoup plus travaillé l’humour visuel, c’est-à-dire les personnages qui parlent pas en fait et à qui il arrive beaucoup de choses, presque des acrobaties, des espèces de chorégraphies un peu… un peu plus comiques, quoi.
Donc en fait, j’écris pas de scénario, moi, jamais. Même en bande dessinée, je les écris pas. En fait, j’ai jamais été bon. Même petit, je voulais être écrivain mais tout ce que j’écrivais, je trouvais ça vraiment mauvais ! Enfin j’avais assez de recul (4) pour me dire que c’était vraiment pas bon. Et c’était une espèce de frustration d’enfance parce que je voulais vraiment raconter des histoires, et du coup, je passe beaucoup par le dessin pour raconter des histoires. Enfin, j’aime beaucoup les grands dessinateurs, ceux qui dessinent très bien, mais je sais que c’est pas quelque qui m’intéresse de faire, quoi, c’est-à-dire que dessiner comme Moebius, je sais que j’en serai jamais capable et j’ai pas envie de le faire. J’utilise vraiment le dessin plus comme une sorte d’écriture… enfin, souvent je fais un espèce (5) de petit brouillon au crayon à papier juste pour voir à peu près où je vais, et ensuite, je… j’affine les choses, mais c’est vraiment au fur. (6).. Je cherche avec le dessin, quoi. Je dis assez de bêtises, comme ça, à la minute, donc voilà, voilà.

Quelques explications :
1. une charmante petite bourgade : c’est une expression figée pour désigner une petite ville, en province, souvent un peu ennuyeuse. Le mot bourgade est un peu désuet. Ici, il y a une légère ironie dans son ton. C’est dans la banlieue chic de Paris, et ce n’est pas tout à fait le terme qui vient d’habitude à l’esprit en pensant à cette ville.
2. Bien : quand il est employé ainsi à l’oral dans des questions avec le verbe pouvoir, il sert à renforcer la question, à montrer qu’on se pose vraiment la question parce qu’on n’est vraiment sûr de rien. Par exemple :
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire ? = Je ne sais pas quoi dire.
Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire là-bas ? = On va s’ennuyer .
Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir inventer encore ? = Il a déjà fait plein de bêtises. Quelle est la prochaine ?
Où est-ce qu’ils ont bien pu passer ? = Ils se sont perdus, je ne sais pas du tout où ils sont.
3. Des choses qui ont bercé mon enfance : on emploie souvent cette expression pour parler de ce qui se répétait et nous a marqués et accompagnés dans notre enfance. (des histoires, des films, des musiques, etc.)
4. avoir assez de recul : être suffisamment lucide
5. un espèce de brouillon : il faut dire une espèce de… même si le mot qui suit est masculin. Mais on entend beaucoup de gens accorder avec le mot suivant.
6. Au fur et à mesure : peu à peu, à mesure qu’il dessine.

Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

La grande vie

En écoutant le monsieur devenu très riche dont il était question dans mon billet précédent, j’ai repensé à ce film de 2006 qui s’appelle Quatre Etoiles. Peut-être l’aviez-vous vu alors. Sinon, vous pourriez essayer de le trouver!

Isabelle Carré y est formidable en jeune femme ordinaire qu’un héritage inattendu rend assez riche pour qu’elle décide de larguer les amarres* d’une vie trop tranquille et plan-plan*. Pour elle aussi, direction la Côte d’Azur et ses palaces, ses voitures de luxe et sa vie facile, à laquelle elle se fait sans problème ! C’est une vraie comédie, où elle virevolte entre deux hommes, un riche plutôt niais qui tombe raide dingue d’elle et un escroc sympathique qui pense la contrôler mais qu’elle finit par mener par le bout du nez*, en joyeuse emmerdeuse qu’elle apprend à être. Un grand classique, à la sauce française.

La bande annonce, c’est dommage, ne donne qu’un très mauvais aperçu de cette histoire. Mais vous y aurez un avant-goût de son rythme et de ses dialogues qu fusent dans tous les sens, avec un José Garcia déchaîné comme d’habitude. Et puis les lieux peuvent faire rêver… en attendant de gagner au loto !

Quatre Etoiles DVD
La bande annonce est ici.

Transcription :
– On ne peut pas partager de… la même chambre d’hôtel, vous et moi. C’est pas possible.
– Et pourquoi ça ?
– J’ai envie de me balader (1) à poil (2), si j’en ai envie. Quelquefois, je fais monter les putes (3) russes à 4 heures du matin. Je fais des bains moussants. Je claque les portes.
– Oui, mais seulement, moi, ça me rassure d’être dans votre chambre. Comme ça, je sais où vous êtes.
– Je vous ai fait une reconnaissance de dettes (4), vous avez mon passeport. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?
– Vous avez peur de tomber amoureux de moi. C’est ça ?
– Attendez, que moi… Que moi, je tombe amoureux de vous ! Non, mais attendez, vous réfléchissez des fois à ce que vous dites ? Ou alors, les mots vous viennent comme ça, là ?
– Quoi ? Je suis pas votre genre ?
– Oui, c’est ça, voilà. Vous n’êtes pas mon genre, voilà.
– Oui mais alors, c’est quoi, votre genre ?
– Pour moi, vous êtes… Vous êtes un peu comme une Barbie, voyez, quand on est petit, on prend une Barbie, puis on soulève la jupe et on se dit : Qu’est-ce que je peux faire avec ? Et bah voilà, on joue avec les jambes, puis au bout d’un moment, on est super énervé, alors on lui arrache la tête. Voilà. Alors, de mon côté, moi, vous n’êtes pas une femme, voyez. Vous êtes comme une Barbie. Alors, vous faites comme si je n’étais pas un homme, voilà. Vous pensez que je suis Ken, habillé.
– Elle est assez unique dans son genre.
– Hého  !
– Vraiment, moi Tarzan, toi Jane, hein !
– Tu peux pas te passer de moi (5), hein !
– Aïe ! Mais qu’est-ce que vous faites, là !
– Oh bah dis-donc, ça vous allait pas d’être jeune (6), hein !
– Je vous emmerde, moi ! (7)

Des explications
1. se balader : se promener (ici au sens figuré)- Familier
2. à poil : tout nu, sans vêtements (argot)
3. une pute : une prostituée (argot)
4. faire une reconnaissance de dette à quelqu’un : c’est signer un document dans lequel on précise quelle somme a été prêtée.
5. Ne pas pouvoir se passer de quelqu’un : avoir besoin de cette personne tout le temps, avoir envie d’être avec elle en permanence. Cette personne nous est indispensable, pour une raison ou une autre.
6. Ça ne vous allait pas : elle ne le trouve pas très beau jeune ! Elle trouve que la jeunesse ne l’avantageait pas vraiment !
7. Je vous emmerde, moi ! = J’en ai rien à faire de ce que vous pensez, de ce que vous dites. Ce qui est drôle, c’est qu’il lui répond vulgairement et avec agressivité, mais il continue à la vouvoyer.

Tu m’emmerdes / Je t’emmerde:
Quand elle se moque de lui à cause de sa photo sur son passeport, il aurait pu lui répondre « Vous m’emmerdez », c’est-à-dire « Vous me cassez les pieds ». Mais en se mettant en position de sujet (Je), c’est comme s’il voulait reprendre le contrôle et c’est finalement plus agressif et encore plus grossier. Mais dans le fond, c’est ce qu’on dit quand on est à bout d’arguments.

* larguer les amarres: c’est comme sur un bateau qui quitte la terre ferme, lorsqu’on détache les cordes qui le retiennent à quai. Au sens figuré, c’est donc partir en abandonnant tout derrière.
* une vie plan-plan : ordinaire, très fade, routinière et sans surprise. (familier)
* mener quelqu’un par le bout du nez : lui faire faire tout ce qu’on veut, parce que cette personne est sous notre influence et n’a plus de sens critique. (familier)

Je te suis, tu me suis

Rosalie BlumUn moment de fantaisie avec ce film qui est à l’affiche en ce moment.

Une petite ville, avec une épicerie, un salon de coiffure désuet, des rues calmes, comme un décor imaginé pour quelqu’un qui aurait demandé : Dessine-moi une petite ville française. Un coiffeur trentenaire à l’air désuet lui aussi, dans sa vie bien réglée entre son salon et son appartement juste en-dessous de celui de sa mère plutôt envahissante. Une épicière au drôle de sourire un peu crispé et désenchanté. Une jeune fille qui trimballe son envie d’une autre vie sans oser y croire. Ses copines un peu foldingues et sympathiques. Des vies qui se croisent et s’entrecroisent, où les uns suivent les autres, puis l’inverse, comme ces histoires faites de mystères que les enfants aiment se raconter et se faire raconter. Tout commence lorsque Vincent Machot le timide demande à Rosalie Blum : On s’est pas déjà vu quelque part ?

On se laisse embarquer dans ce film où tout se dérègle puis se remet en place peu à peu, au travers de trois regards et de trois moments qui se recoupent. Il y a de l’humour, des émotions toutes simples, une touche de poésie et de très bons acteurs. C’est agréable !

La bande annonce est à regarder ici, pour découvrir vincent Machot, Rosalie Blum, Agathe et les autres.

Et juste le son :
Rosalie Blum-bande annonce

Transcription :
– Tu trouves qu’elle est bien, ma vie (1), maman (2) ? Que j’ai l’air épanoui, heureux ?
– Heureux ! Qu’est-ce que ça veut dire ? On dirait un magazine féminin à la con (3) !
– Ma vie est palpitante : (4)
– On a opté pour de la moquette dans toute la maison, même dans la salle de bains. (5)
-Ah oui !
– Ma mère est adorable.
– Mais tu peux pas faire un petit peu attention, espèce d’empoté (6)!
– Trous du cul ! (7)
– J’aurais jamais imaginé que les choses pouvaient changer.
– 8€40, s’il vous plaît.
– On s’est pas déjà vu quelque part ?
– Non, je crois pas.
– J’ai dû aller jusqu’à Montplaisir.
– Ah bon ?
– Tu la connais, l’épicière (8), là-bas ?
– Je suis sûr que je l’ai déjà vue. Rosalie Blum…
– Rosalie, tu te rends bien compte que c’est pas normal ! Depuis quand (9) on suit (10) les gens comme ça !
– Ça t’embêterait de le suivre ?
– Quoi ?
– Ce type, je vais le suivre avec toi. Dis oui, dis oui, dis oui.
– A vrai dire, ça m’intrigue plus que ça ne m’inquiète.
– Si ça se trouve (11), le type, c’est un serial killer.
– Mais vous êtes complètement malades (12)!
– Parce que suivre une femme inconnue, c’est pas un truc de malade ?
– Hé, il y en a qui taffent (13), là !
– Si on lui offrait un peu d’aventure, au psychopathe ? (14)
– Tu penses à quoi ?
– A des trucs.
– Je sais bien qu’il y a pas de hasard.
– Vous croyez ?
– Sois pas jaloux (15). Je m’amuse un peu. Ça me change. (16)

Quelques détails :
1. elle est bien, ma vie ? : un des signes qui montre qu’on est dans un style oral, c’est par exemple le fait de répéter le sujet du verbe, en commençant en plus par le pronom et non pas par le nom : elle vient avant ma vie. Normalement, il suffit de dire : Tu trouves que ma vie est bien ? Mais nous faisons ça tout le temps oralement. Cela donne plus de force à ce qu’on dit en général.
2. maman : il prononce M’man.
3. à la con : stupide, débile (très familier et péjoratif)
4. une vie palpitante : une vie passionnante.
5. de la moquette : en fait, la moquette n’est plus à la mode en France, et encore moins dans les salles de bains !
6. empoté : pas très doué, qui ne fait pas bien les choses, maladroit. (familier). Espèce de… ! est une insulte, une critique qu’on adresse directement à quelqu’un : Espèce d’imbécile ! Espèce de crétin !
7. Trou du cul ! : c’est bien sûr une insulte. (Dans le film, elle traite de trous du cul des gens qui sont entrés chez elle par effraction, pensant qu’elle n’était pas là. Elle les fait fuir en leur hurlant des insultes.)
8. Tu la connais, l’épicière ? : c’est la même chose que dans la remarque 1. Répétition cette fois du complément, en commençant par le pronom « la », qui annonce « l’épicière ».
9. Depuis quand…. ? : au sens figuré, les questions qui commencent par ces mots indiquent que quelque chose n’est pas normal, que ça ne se fait pas. Ce n’est pas une vraie question mais plutôt une exclamation qui exprime une critique. Par exemple : Depuis quand les enfants parlent-ils à leurs parents comme ça ?
10. On suit : ici, « on » a bien son sens totalement impersonnel. Suivre quelqu’un = suivre quelqu’un sans qu’il le sache, pour l’espionner.
11. Si ça se trouve : peut-être que…
12. malade : fou/folle (familier)
13. taffer : travailler (argot)
14. Même remarque qu’en 1 et 8. Le pronom « lui » annonce le nom « psychopathe ».
15. Sois pas jaloux : style oral et familier uniquement. La forme négative de l’impératif est normalement : Ne sois pas jaloux.
16. ça me change : en français, on ajoute le pronom (me, les, nous, etc.) dans cette expression qui exprime l’idée qu’il y a du nouveau, que la vie n’est plus aussi routinière.

Comme il pleuvait

Parlez-moi de la pluieJ’ai emprunté ce film à la bibliothèque de mon quartier. Petite séance de rattrapage puisqu’il est sorti il y a quelques années déjà.

Voici donc une comédie douce-amère pour passer un bon moment, avec de très bons acteurs, à condition de ne pas être agacé par le débit de parole de chacun d’entre eux ! Parce qu’il faut reconnaître que ça va vite et que les répliques fusent, comme toujours avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

Et quand en plus, Jamel Debbouze fait partie de la troupe, ça va vraiment très vite, pour raconter cet enchevêtrement de relations humaines et familiales bien observées et dépeintes avec humour. Avec, dans un des petits rôles, un troupeau de moutons très drôle, dans un épisode burlesque !

Voici le premier extrait, à regarder en cliquant ici.

Et pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 1

Transcription :
– Je voulais te voir pour te parler mais je… Je sais pas, tu as pas le temps, là ?
– Mais si, vas-y, vas-y (1), dis-moi.
– Je sais pas, là, comme ça, on peut pas… ?
– Je… Je peux te rappeler dans… dans cinq minutes ? Hein, je te rappelle. Vas-y, je t’écoute.
– C’est à propos d’un documentaire, parce que en ce moment, je travaille avec un reporter… enfin, un documentariste.
– Quoi ? Tu travailles avec un reporter ? Tu travaillais pas dans… dans un restaurant, ou dans… dans un hôtel ?
– Dans un hôtel. Je suis réceptionniste dans un hôtel. Mais je fais ça pour vivre, c’est pas une vocation. A côté de ça, je fais des petits films depuis pour…
– Ah bon ! Tu fais des petits films ? Mais c’est bien, ça ! Quel… Quel rapport avec moi ?
– C’est une série de films sur les femmes qui ont réussi.
– Les femmes qui ont réussi ? C’est ridicule !
– Voilà. Et on pense à toi.
– Plus elle sera à l’aise et plus elle parlera volontiers.
– Donc là, quand elle arrive, je lui dis pas : « Dis-donc grosse connasse (2), tu te prends pour qui (3) de nous faire attendre une demi-heure »? Je lui dis pas, ça.

Quelques explications :
1. Vas-y : c’est ce qu’on dit pour encourager quelqu’un à faire quelque chose ou à parler. Le « s » au bout du verbe à l’impératif n’est là que pour faire la liaison avec « y ». Dans les autres cas, à l’impératif, il n’y a pas de « s » : Va chercher du pain.
2. connasse: c’est le féminin de connard, qui vient de con et encore plus péjoratif. C’est donc une insulte. Très souvent, les termes d’argot qui se terminent par -asse sont péjoratifs.
3. Tu te prends pour qui ! : cette exclamation sert à exprimer la désapprobation, face à quelqu’un dont on critique l’attitude. On peut l’employer aussi indirectement : Non mais il se prend pour qui, celui-là !

Voici un second extrait à regarder ici.
Agriculture, politique, Union Européenne et gars du terroir, avec l’accent et le franc-parler ! Pas facile pour Agathe, parachutée pour cause de parité hommes-femmes pour faire campagne dans cette région qu’elle a quittée depuis un bon moment.

Pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 2

Transcription:
– Alors comme ça, il paraît qu’elle (1) fait de la politique ?
– Failli ! (2) Merci, hein, au fait, de nous accueillir comme ça. On vous envahit , là.
– Il faudrait peut-être un peu leur remonter les bretelles (3) aux technocrates, là-haut, à Bruxelles (4) ! Parce qu’ils y comprennent rien à l’agriculture. Il faut quand même qu’ils viennent nous emmerder (5), là, hein !
– Il y a pas que des technocrates à Bruxelles. Et puis ils y comprennent peut-être rien mais ils donnent d’énormes subventions pour l’agriculture, vous savez bien !
– Des subventions ? Mais j’ai rien du tout, moi ! Les subventions, c’est pour les gros (6) ! Avec mon frère, on se tape quinze heures par jour (7), sept jours par semaine. Vous savez ce qui nous reste à la fin ? Il y a plus personne qui voudrait travailler comme ça. Ça, de toute façon, tout le monde s’en fout (8) ! Nous, on compte pas (9), nous, on est des misérables. Et puis ce temps pourri, là, hé, depuis trois semaines, vous croyez que ça m’arrange (10), ça ?
– Enfin, le temps qu’il fait, c’est quand même pas la faute de la politique !
– Autrement dit, c’est jamais de votre faute !

Quelques explications:
1. elle : il lui parle en utilisant ce pronom au lieu de lui dire : Il paraît que vous faites de la politique. Cela donne l’impression qu’il met un peu de distance. Il a un ton méfiant. (envers elle, qui est une femme, et qui plus est une femme qui fait de la politique !)
2. Failli : tournure très elliptique ou qu’on entend très mal tellement Agathe parle vite. Elle veut dire qu’elle a failli faire de la politique. Dans le film, elle vient de manquer un rendez-vous important dans sa campagne de terrain et pense donc que sa carrière politique va s’arrêter là.
3. Remonter les bretelles à quelqu’un : critiquer quelqu’un de façon virulente, montrer qu’on n’est pas d’accord du tout. (familier). Cet agriculteur ne porte pas l’Union Européenne dans son coeur ! On dit aussi : Je me suis fait remonter les bretelles, pour dire qu’on s’est fait disputer par quelqu’un pour quelque chose qu’on n’a pas fait correctement.
4. Là-haut, à Bruxelles : Bruxelles, siège et symbole de la politique européenne, est « en haut » sur une carte par rapport à cette région du sud de la France. Il emploie ce terme qui insiste sur le fossé entre les décideurs et les agriculteurs.
5. Emmerder quelqu’un : causer des problèmes à quelqu’un, embêter quelqu’un (très familier)
6. pour les gros : pour les gros agriculteurs, pour ceux qui ont de l’argent et font des bénéfices.
7. On se tape 15 heures par jour : on fait 15 heures par jour, on est obligé de faire 15 heures par jour. (familier) Ce verbe argotique indique que c’est une contrainte, quelque chose qu’on subit. Par exemple, on dit : C’est moi qui me tape tout le boulot et lui, il ne fait rien !
8. Tout le monde s’en fout = tout le monde s’en fiche, ça n’intéresse personne, personne n’y prête attention. (très familier)
9. On ne compte pas : on n’a pas d’importance, personne ne s’occupe de nous.
10. Ça m’arrange : ça me convient, c’est bien pour moi.

Si vous avez envie d’en lire un peu plus sur ce film, voici un article paru dans Télérama en 2008.

Vous en reprendrez bien un peu !

Bonnes résolutions de janvierJ’ai d’abord vu ce panneau publicitaire dans la rue. Puis chez les marchands de journaux, impossible d’échapper à tous ces magazines qui parlent de régime après-fêtes, de bonnes résolutions diététiques et sportives, de détox de janvier. C’est la saison. Une des saisons, puisqu’il y aura nécessairement une autre offensive, printanière celle-là.

Pub IAlors, j’ai immanquablement pensé à cette publicité !

Un chien patapouf – légèrement retouché, espérons-le ! – et son maître sympathique, qui l’encourage sans relâche : « Allez ! Va chercher ! » et ne renonce jamais à s’occuper du bien-être de son compagnon à quatre pattes. Un garçon sympathique aussi parce qu’il aime recevoir ses amis !
Une vraie petite histoire, presque sans paroles, où tout est raconté en quelques plans et une chute réussie.

Et cette chute m’a rappelé une émission de cuisine comme il en fleurit à la télévision. Pas dans la catégorie des émissions culinaires qui mettent l’eau à la bouche dans une atmosphère conviviale, mais dans la catégorie des émissions compétition, évaluation, élimination des mauvais élèves et critiques permanentes et directes. Tout y est scénarisé et monté bien sûr pour créer cette atmosphère de défi qui apparemment est nécessaire pour faire revenir à la cuisine ceux qui ne cuisinaient pas. (C’est le seul avantage que j’y trouve mais personnellement, c’est ce qui fait que j’éteins la télé au bout de cinq minutes!)

Donc ce gentil maître qui aime faire à manger pour ses amis devrait probablement aller voir Norbert !

affreux fondant
Le concept de l’émission, comme on dit, c’est que Norbert dit leurs quatre vérités à des gens ordinaires qui font semblant d’être très satisfaits de leurs talents culinaires et qui découvrent grâce au franc parler de Norbert qu’ils étaient en fait absolument nuls. Et si on aime le style de l’émission, on apprend comment bien faire, grâce à plein de trucs et astuces.
Mais ça pourrait vous plaire aussi parce que c’est une vraie leçon de français oral!
Voici un petit extrait de cette émission en cliquant ici.

Ou juste le son si ce n’est pas accessible de votre pays ou quand ça aura disparu du site de l’émission. (Mais il manquera le gâteau, les couleurs et les mimiques. Dommage!)
Affreux fondant

Transcription :
– Bleu.
– Toi, ça te rappelle un peu le côté Arts Plastiques (1), non ? Bah c’est comme quand tu es sur ta palette et que tu mélanges tes couleurs.
– Voilà. La coloration, c’est vraiment mon truc (2), ma touche perso (3). On me reconnaît dans mes gâteaux.Quand il y a de la couleur, on sait que c’est moi.
– Et quand il y a du chewing gum en guise de (4) dressage (5) aussi. C’est carrément de l’élastique au sucre, son glaçage ! Tu m’étonnes (6) que son pote (7) Olivier en ait ras le bol (8) de s’en coller plein les dents.
– Juste à l’étaler (9), un peu… voilà, un peu à l’arrache (10).
– Là, ça te plaît, là !
– Là, ça me plaît, c’est bien lisse, c’est joli, donc là, j’aime bien. Le glaçage que j’ai réalisé, là pour le coup (11), il était vraiment bien. Il coulait un petit peu, c’était joli. Il était épais mais pas trop et le bleu était bien soutenu. Donc c’est exactement ce que je voulais.
– Ton gâteau, c’est un tableau…
– Voilà.
– … blanc.
– Ouais, là je peux…
– Là, tu vas pimper (12), là !
– Ouais, là, je vais… Ça va exploser, là !
– Là, c’est quel courant artistique, là ?
– Là, c’est un gâteau surréaliste. Voilà, puis on peut y voir ce qu’on veut. C’est le concept du surréalisme.
– Surréaliste (13), c’est ça ! J’aurais pas dit mieux.
– Donc là, il me reste juste à écrire un petit message. Je vais juste écrire : Mangez-moi. Voilà, comme ça, ça donnera encore plus envie.
– Ah, tu as mal fait le « i » quand même, hein ! Correctement, correctement.
– Il est très bien ! Donc là, c’est prêt.
– Ça fait… Il y a un mai. Mangez mai.
– Mais non, c’est un O ! Mon œuvre est terminée.
– Ouah ! Elle a même coloré de la crème anglaise (14) en rose !
– J’ai fait un joli raccord de couleurs entre les roses. Je suis plutôt satisfaite de moi. Je trouve ça joli. L’idée, c’était vraiment de faire un gâ[…] … un dessin qui se mange en fait. Sur le dressage, je pense vraiment que j’ai été épatante (15), que c’était, voilà, très coloré et très joli. Voilà, bon, ça a un petit peu bavé (16), c’est pas très grave (17). Non, il est très bon ! Il est bien fondant donc l’oeuvre est parfaite. Mon gâteau, là, c’est mon bébé. Il peut pas décevoir normalement. Si moi je le trouve bon, il est universellement bon, je dirais !
– Eh bien, goûtons l’oeuvre alors ! C’est sec et farineux. C’est la sécheresse dans ma bouche. Il me faudrait dix litres de sa crème trop liquide pour rattraper ça ! Et puis c’est beaucoup trop sucré, le glaçage est super dur et très désagréable à manger. Ah, et j’ai failli (18) m’étouffer avec sa déco !(19)

Quelques détails :
1. les Arts Plastiques : ce terme désigne la peinture, la sculpture, le dessin, etc.
2. c’est mon truc : cette expression familière montre que c’est quelque chose qu’on aime faire et qu’on pense faire correctement.
3. Perso : abréviation familière et orale de personnelle.
4. En guise de = comme. Mais en guise ajoute l’idée que c’est quelque chose qui remplace, qui est utilisé à la place d’autre chose.
5. Le dressage : en cuisine, c’est la façon dont on termine un plat, la façon dont on le dispose dans l’assiette ou dont on le présente.
6. Tu m’étonnes : cette exclamation exprime précisément l’inverse. Cela signifie que Norbert n’est absolument pas étonné, tellement c’est mal fait. Cela n’a en fait rien de surprenant.
7. Son pote : son copain (familier et oral)
8. en avoir ras le bol de quelque chose : en avoir assez, ne plus supporter. (très familier)
9. juste à l’étaler : il manque le début de la phrase, à cause du montage de cette vidéo d’extraits significatifs. Elle a dû dire : Il (me) reste juste à l’étaler.
10. À l’arrache : elle veut dire qu’elle fait comme elle peut. (très familier). Normalement, cette expression orale signifie qu’on termine quelque chose au dernier moment, comme on peut.
11. Là pour le coup : on entend sans cesse cette expression actuellement, même si elle ne signifie pas grand chose ! Elle veut dire en gros : dans cette situation-là.
12. pimper : dans certains magazines, ce verbe est employé entre guillemets (car angliscisme ?) pour indiquer qu’on donne un aspect plus attirant à quelque chose, qu’on renforce un effet.
13. surréaliste : cet adjectif peut faire référence au surréalisme. Mais familièrement, on l’emploie aussi pour décrire quelque chose de tellement incroyable que ça paraît irréel. Quand on dit : C’est surréaliste !, on veut dire que ce n’est pas possible, qu’on n’y croit pas. C’est en général péjoratif. C’est ce qu’exprime Norbert.
14. La crème anglaise : c’est le nom français d’une crème sucrée faite avec du lait et des œufs.
15. épatante : excellente, parfaite.
16. Ça a bavé : ça a coulé
17. c’est pas grave : ce n’est pas important. (familier)
18. j’ai failli m’étouffer: je me suis presque étouffé
19. la déco : abréviation orale de décoration.

Je peux pas !

Un jeune homme timide qui n’est pas sûr du tout de son charme et qui n’en croit pas ses yeux – ni ses oreilles – quand une femme fatale irrésistible semble n’avoir d’yeux que pour lui.
Un grand-père indigne à première vue, mais qui dans le fond ne l’est pas du tout.
Une jeune femme qui ne se laisse pas embêter par une voiture capricieuse et qui réussit à se mettre tout le monde – tous les automobilistes – dans la poche au lieu de se les mettre à dos !
Probablement pas très réaliste, tout ça. Quoique…

De l’humour et de la légèreté dans ces pubs pour le tennis qui a connu son heure de gloire mais n’attire plus autant, en France du moins. C’est bien fait, drôle et bien vu. Et bien dit ! Donc parfait pour entendre comment nous parlons tous les jours.

Tennis Femme fatale
La première pub est ici.

Transcription :
– Excusez-moi, ça vous dirait (1) de prendre un café ?
– Je peux pas, j’ai tennis. (2)

Tennis papyCliquez ici pour regarder la deuxième pub.

– Bonjour papa.
– Bonjour papy.
– Je vous attendais pas !
– Bah oui, on voulait te faire la surprise. Hugo veut passer la journée avec toi.
– Je peux pas, j’ai tennis.
– Toi aussi, tu vas aller au tennis ?
– Ah ! Bah dis donc (3), on voit que tu as eu un bon professeur, hein !
– Merci papy.

tennis en panneEt le troisième volet de cette campagne est ici.

– Oh ça va ! (4) Allez, démarre s’il te plaît ! S’il te plaît, s’il te plaît ! (5)
OK bah très bien, tu le prends comme ça ? (6) Parfait, je te laisse !
– Oh oh (7), qu’est-ce que vous faites ?
– Ah ! Bah tenez, garez-la moi. Je reviens dans deux heures.
– Mais revenez ! Vous bloquez toute la rue. Déplacez votre voiture !
– Je peux pas, j’ai tennis !
– Allo ?
– Oui, allo, bonjour. Madame Tessier est là ? C’est parce que j’ai garé sa voiture et je viens lui rendre les clés.
– Oui, mais elle peut pas vous répondre. Elle a tennis.

Des explications :
1. ça vous dirait de… ? : C’est la manière très courante de proposer quelque chose à quelqu’un. On peut utiliser le conditionnel présent comme ici. On peut aussi employer le présent de l’indicatif. Par exemple : Ça te dit / dirait de venir avec nous au ciné ce soir ? / J’ai fait un gâteau au chocolat pour le dîner. Ça te dit ? On peut répondre juste : Oui. Ou alors : Oui, ça me dit / dirait bien ! En général, on pose cette question directement à quelqu’un. Mais on peut aussi l’employer avec d’autres pronoms : Tu crois que ça lui / leur dirait ?
2. J’ai tennis : on n’emploie jamais d’article devant le nom tennis dans cette phrase qui sert à indiquer quelle activité on va faire, sport ou autre, à condition que ce soit une activité organisée : J’ai entraînement de foot. / J’ai dessin toutes les semaines. / J’ai chorale demain. / Je te laisse, j’ai piscine, là. On l’emploie aussi à propos des cours qu’on a si on est étudiant ou élève: J’ai anglais le lundi matin. / Quand est-ce que tu as maths ? En revanche, on dit: Je fais du tennis. / Il fait de la natation.
3. Bah dis donc : la plupart du temps, on ne prononce pas le « c » à la fin de donc dans cette exclamation, contrairement à ce qu’on fait quand on l’emploie dans son sens de conséquence : Il faisait froid. Donc j’ai mis un pull. (Le « c » est prononcé.) Cette exclamation exprime en général la surprise, l’incrédulité: Bah dis donc, c’est incroyable, ça ! / Eh bah dis donc ! J’en reviens pas ! / Eh bah dis donc ! Tu aurais imaginé un truc pareil ?Bah dis donc

4. Ça va ! : cette exclamation très courante exprime l’agacement, l’énervement, en réponse à quelqu’un qui fait ou dit quelque chose qui nous contrarie. Le ton est important, pour faire la différence avec son emploi dans d’autres situations, comme par exemple : Comment tu vas ? Ça va, merci.
ça va

5. S’il te plaît : un bel exemple de la façon dont on peut contracter ces mots à l’oral, dans certaines régions notamment. Cela devient quelque chose comme : « Steuplaît ». On trouve parfois cette façon de l’écrire – qui n’existe pas bien sûr – dans les commentaires sur les réseaux sociaux, pour donner un côté plus oral et plus vivant à des commentaires écrits.
6. Tu le prends comme ça ? : on répond ça à quelqu’un qui a une réaction plutôt hostile à laquelle on ne s’attendait pas. On peut dire aussi : Franchement, je comprends pas pourquoi tu le prends comme ça. / Mais pourquoi tu le prends comme ça ? Tu n’as pas compris ce que je voulais dire. / Ne le prends pas comme ça !
7. Oh oh ! : c’est comme ça qu’on peut appeler quelqu’un si cette personne n’est pas juste à côté de nous. Par exemple : Oh oh, il y a quelqu’un ? / Oh oh, tu peux venir m’aider ? On peut aussi interpeller comme ça quelqu’un qui ne nous écoute pas, pour attirer son attention : Oh oh, tu m’écoutes ? L’intonation est toujours la même.
Oh oh

Des expressions:
je n’en crois pas mes yeux: je suis totalement surprise. Dans sa version plus familière et orale, on dit: Je (ne) le crois pas !
Je n’en crois pas mes oreilles: c’est la même chose mais par rapport à quelque chose qu’on entend, donc ce que quelqu’un dit.
Il n’a d’yeux que pour elle : il est complètement sous son charme, complètement amoureux d’elle. Il ne remarque personne d’autre.
se mettre quelqu’un dans la poche: faire en sorte que cette personne nous soit totalement favorable, alors que ce n’était pas du tout évident. Par exemple: Avec sa gentillesse, il s’est mis tout le monde / tous ses collègues dans la poche.
se mettre quelqu’un à dos: c’est le contraire de l’expression précédente. Cela signifie qu’on fait ou dit quelque chose qui provoque l’hostilité des autres. Par exemple : Par son comportement grossier, cette étudiante s’est mis tout le monde à dos. (« mis » est invariable.) / Tu vas te mettre tout le monde à dos si tu continues comme ça. / Il a réussi à se mettre tous ses copains à dos ! / Elle accepte ça parce qu’elle ne veut pas se mettre toute sa famille à dos.

Un Parisien à la campagne

Ce soir, rugby à la télé – la France joue. Donc les pubs d’avant-match tournent autour des déodorants pour homme, de leurs sous-vêtements et des voitures. Les pubs pour les voitures jouent sur plusieurs registres: certaines exaltent la liberté, les grands espaces et personnellement, me laissent juste le souvenir de belles images, pas de la marque. D’autres racontent de petites histoires plus ordinaires, des histoires de famille. Côté pratique des voitures. En voici une sympathique et pleine d’humour. Chacun est dans son rôle, papa s’occupe du feu, maman étend le linge et le copain de Paris transplanté temporairement à la campagne est comme un ovni incrédule au milieu des salades. Petit clin d’œil aussi à ces citadins qui ont déserté la ville pour emmener leur famille pousser plus près de la nature.

Ford PubCette publicité est ici.

Transcription :
– Oh ouais, tu as eu raison de quitter Paris. Vous êtes bien ici.
– Vous avez pas de salade en sachet ?
– Votre père, il va pas au lavage automatique !
– Non.
– Et donc vous avez pas de sèche-linge !
– Oh ! Vous avez pas de console de jeux! Pfff…
– Et pour les œufs, vous… vous allez pas au supermarché ?
– Hop, tiens. Vous avez pas de charbon de bois non plus.
– Ah, tu as ça sur ta Ford !
– Ça, c’est super pratique. Surtout quand on se sert pas de ses mains. Tu viens ?
Ford Kuga avec hayon mains libres. Une autre façon de voir la vie.

Côté français, c’est parfait pour illustrer certaines petites transformations que nous faisons sans y penser mais qui peuvent gêner ceux qui apprennent le français:
A Paris, on a un sèche-linge. A la campagne, on n’a pas de sèche-linge.
A Paris, les enfants ont une console de jeux pour s’occuper. A la campagne, les enfants n’ont pas de console de jeux.
Un Parisien a du charbon de bois pour allumer un barbecue. Un expatrié en province n’a pas de charbon de bois.

Côté prononciation, on dit un hayon sans faire la liaison.
Quel luxe ! Il fallait y penser, le coffre qui s’ouvre en entier tout seul ( ou presque)!

Les mains dans les poches donc. Une expression à prendre au sens propre, quand on voit le Parisien au tout début, dans le potager: oui, il a bien les mains dans les poches. Et ensuite, il les garde tout le temps dans ses poches ! Pas le moindre petit coup de main pour passer les pinces à linge, ou pour frotter la voiture, ou ramasser du petit bois.

Alors, on en vient à l’autre sens de cette expression, son sens figuré : quand on dit de quelqu’un par exemple qu’il est là, les mains dans les poches, c’est qu’il ne fait rien. Ou encore, si on obtient quelque chose les mains dans les poches, on l’obtient sans faire d’effort, sans rien faire.

Il m’arrive de demander à certains étudiants pourquoi ils viennent en cours les mains dans les poches… Vous savez, ces étudiants qui ont oublié d’apporter de quoi travailler (leur matériel, leur tête et leur motivation) !

Et pour finir, juste le son, si vous n’accédez pas à cette publicité, pour le ton incrédule du visiteur qui va de surprise en surprise – Mais enfin, comment est-ce possible ? Et pour la petite pique de la fin pour celui qui « ne se sert pas de ses mains »:
Les mains dans les poches

Monsieur Muscle

L'Arabe du futur

Je garde un certain nombre de romans que j’ai vraiment aimés et je donne désormais les autres pour éviter d’être encombrée de livres dans la maison. Mais je conserve toutes mes BD ! Cela a probablement quelque chose à voir avec le fait qu’une BD, pour moi, n’est pas seulement une histoire racontée mais aussi un objet qu’on peut reprendre plus tard et feuilleter, en s’arrêtant à nouveau sur une image, un dessin, un détail.
Je viens donc tout juste d’acheter et de lire le tome 2 du récit d’enfance de Riad Sattouf, L’Arabe du futur, que j’attendais depuis la lecture du premier volume. J’attends maintenant le tome 3 !

Le sous-titre de ce récit autobiographique est Une jeunesse au Moyen-Orient et son résumé en quatrième de couverture dit que « Ce livre raconte l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez El-Hassad. » Et comme il le raconte, sa « mère venait de Bretagne et faisait ses études à Paris. [Son] père était syrien. Il venait d’un petit village, près de Homs. C’était un élève brillant et il avait obtenu une bourse pour venir étudier à la Sorbonne. Ils se sont rencontrés au restaurant universitaire. C’était au début des années 70. »

Le résultat, c’est Riad Sattouf, dessinateur de BD ! Voici un extrait d’une interview où il parle d’une autre de ses BD et de ce que c’est qu’être un homme. Humour et grandes idées.

Riad sattouf

Transcription :
– Ça correspond à quoi, la virilité, pour vous ?
– Bah ce qui est très intéressant, je trouve, dans le fait de se poser la question de qu’est-ce qui fait qu’on est un homme et qu’on est considéré comme un homme, c’est que ça définit un peu la société dans laquelle on vit. Et disons que toutes les sociétés qui permettent à un individu d’être libre dans sa personnalité quelle qu’elle soit, c’est-à-dire de pas forcément (1) être fan de football, de pas forcément aimer les sports de combat, ou de pas forcément jouer à la guerre, ou même, pour une fille, pour les petites filles, de pas forcément aimer s’habiller en princesses, sont des sociétés plus avancées. Enfin… Et en fait, Pascal Brutal, vivant en France dans un futur proche déliquescent (2), décrit cette façon moderne un peu de recul, de retour en arrière, c’est-à-dire on est… on est un homme parce qu’on aime le foot.
– C’est peut-être une BD politique en fait alors, Pascal Brutal.
– Oh, je sais pas si c’est politique mais en tout cas, je sais que, en tant qu’homme, quand je regarde la télé et que je vois des sportifs qui…. extrêmement musclés, qui savent à peine (3) parler et que tout le monde les trouve absolument fantastiques, j’ai envie de me… de créer un personnage qui pourrait se mesurer à eux. (4)
– Il faut peut-être rappeler comment il est né quand même, ce Pascal Brutal, où vous l’avez imaginé à partir de quoi, à partir de qui, surtout.
– Bah disons que, voyez, en 2005, je commençais mon activité de dessinateur de bande dessinée, je débutais, et je travaillais dans un atelier. Et un jour, voilà, ma porte était fermée, et soudain ma porte s’ouvre, personne n’avait frappé ! Et je vois un type (5) ultra musclé qui rentre, dans ma… dans ma pièce : c’était un libraire de bandes dessinées. Il rentre, sans un bonjour ni rien, il me regarde, il s’appuie sur mon bureau et il me dit : «  Alors, Toutouf, on (6) fait toujours sa petite BD ? » Et il se redresse, il s’étend (7), il s’étire un peu, il regarde autour de lui et il sort. Et en fait, à l’époque, je ne faisais des… que des histoires sur des petits mecs (8) malingres (9), qui avaient du mal avec les filles (10) et tout. Je me suis dit : « Mais voilà, voilà un vrai héros de bande dessinée, un type qui n’a pas peur de la confrontation physique, qui aime la baston (11), qui fascine les hommes, les femmes et qui n’a peur de rien ! » Et c’est comme ça qu’il est né. Voilà, c’est ce libraire. C’est une bande dessinée qui parle de la compétition, qui se moque de la domination virile effrénée, c’est-à-dire que Pascal Brutal ne peut pas supporter d’être plus faible qu’un autre, c’est-à-dire voilà, c’est le principe du roi des hommes, c’est-à-dire que dès qu’il y a un… enfin, s’il est au restaurant avec quelqu’un, il doit manger plus que l’autre personne. S’il est en moto, il doit rouler plus vite, si il doit se battre, il doit taper tout le monde jusqu’au dernier.
– On a l’impression que vous jouez, Riad Sattouf, que vous avez ce regard d’enfant sur Pascal Brutal, comme si c’était un… comme si vous étiez un gamin dans un bac à sable (12) avec une figurine (13) en… en plastique, une sorte d’ami imaginaire pour vous.
– Disons que je pense que pour beaucoup de garçons de ma génération, qui ont été enfants et ados (14) dans les années 80-90, la figure (15) de l’homme très musclé, combattant, est très importante… a été très importante. Et moi pour ma génération, Jean-Claude Van Damme, Stallone, Schwarzenegger, tous ces mecs-là, c’était des mecs très, très importants, ils étaient… On voyait leurs films à la télé doublés en français, à longueur de… d’année (16). Donc c’est vrai que j’ai dû être marqué inconsciemment par ça et je voulais moi aussi créer mon… mon propre Musclos (17), qui pourrait participer à Expendables plus tard.

Quelques détails :
1. pas forcément : pas nécessairement, pas obligatoirement.
2. déliquescent : qui est en train de disparaître, de se détruire.
3. À peine : presque pas => ils savent à peine parler = ils ne savent presque pas parler / quasiment pas parler.
4. Se mesurer à quelqu’un : affronter quelqu’un et essayer d’être le plus fort
5. un type : un homme (familier)
6. s’étendre : normalement, cela signifie s’allonger. Donc ici, ça ne va pas, c’est pour cela que Riad Satouf se corrige et utilise ensuite le verbe s’étirer, qui correspond au geste physique que fait le libraire, imposant physiquement.
7. On fait sa petite BD : l’emploi de On ici est un emploi particulier à la place de « vous » ou « tu ». C’est comme si on s’adressait de façon plus impersonnelle à la personne, ce qui donne l’impression de la dominer.
8. Un mec : un homme. (familier)
9. malingre : maigre et sans force
10. avoir du mal avec les filles : ne pas être à l’aise avec les filles, les femmes, ne pas savoir comment les impressionner et les séduire.
11. La baston : la bagarre (argot)
12. un bac à sable : c’est l’endroit où les enfants jouent à faire des pâtés de sable, des châteaux de sable dans un jardin public.
13. Une figurine : c’est un petit personnage en plastique.
14. Ado : adolescent
15. la figure de… : le personnage, l’image
16. à longueur d’année : tout le temps. Cette expression exprime l’idée que c’est trop, que c’est excessif.
17. Musclos : ce nom désigne un personnage tout en muscles, un Monsieur Muscle.

L’émission entière est ici.

Un café, s’il vous plaît

Mamie Nova Café

Les publicitaires ont le sens de la formule. Et ils savent jouer avec les mots. Voici une publicité qui me plaît bien !

– Au restaurant, à la fin du repas, c’est l’heure du café. Le serveur ou la serveuse vous pose la question rituelle : « Vous prendrez des cafés ? » La réponse peut être oui ou non mais très souvent, on en profite pour poser l’autre question rituelle, histoire de ne pas perdre trop de temps à la fin : « Un café / Deux cafés. (petite pause) Et l’addition, s’il vous plaît. »

– Alors, « Un café et l’addiction », c’est vraiment bien trouvé dans cette publicité pour une crème dessert au café ! Car c’est vrai que les yaourts Mamie Nova sont des gourmandises auxquelles on s’habitue très facilement. (J’ai un petit faible pour ceux au chocolat, crémeux, onctueux…) Impossible de résister à Mamie Nova. (Allez, il y a des addictions plus dangereuses que celle-ci )

Mamie Nova… Drôle de nom pour une marque, vous dites-vous peut-être. Pour nous, elle fait partie du paysage français. J’ai toujours vu des yaourts Mamie Nova, même si à un moment donné, ils ont traversé une passe difficile. Mais ils occupent à nouveau une place de choix au rayon yaourts de nos supermarchés. Bel exemple de ces marques qui traversent le temps et redeviennent à la mode, en changeant un peu d’image. Je vous en parlerai un de ces jours.

En attendant, petite leçon de fin de repas au restaurant, pour ceux qui viendraient en France un de ces jours :
– Le serveur : Des cafés ? / Combien de cafés ? / Qui prendra des cafés ? / Vous prendrez des cafés ?
– Vous : Un café / Deux cafés / Trois cafés (Le soir, certains demandent : Un déca*.) Et l’addition, s’il vous plaît. / Et vous nous apporterez l’addition, s’il vous plaît. / Vous nous porterez l’addition ? (ton interrogatif ou pas) / Et on peut avoir l’addition, s’il vous plaît ?
– Le serveur : Je vous apporte ça. / Je vous apporte ça tout de suite.

Vous pouvez refuser bien sûr !
Non merci, c’est bon.
Non merci, pas de café.

(* un déca : un décaféiné. Mais personne ne dit le mot en entier.)

En tout cas, ça se passe toujours comme ça. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison qu’ils ont pris soin d’écrire le C en plus gros dans cette publicité. Vous n’avez pas remarqué comme très souvent, quand on lit des formules toutes faites, très habituelles, on ne voit même pas les fautes de frappe ou les modifications orthographiques, volontaires ou non ?

Café

Et pour écouter :
ici :Un café et l’addition
Ou ici:

Echappée du weekend

Début d’un long weekend en France, puisque le lundi de Pâques, comme on l’appelle, est aussi un jour férié. Il y a donc du monde sur les routes pour profiter de ces trois jours. On entend parler de kilomètres de bouchons, de ralentissements, à la sortie de Paris et des grandes villes, vers l’ouest ou le sud notamment.

Appli petits voyages entre amisAlors, pour que vous preniez le train, voici une publicité de la SNCF (toujours d’actualité), pour son rythme de parole, les expressions utilisées et le caractère enlevé de la présentation ! (Mais comme toujours, difficile d’échapper à Facebook…)

Illustration humoristique de la façon dont une information, à force d’être relayée, est très vite déformée ! Nous en faisons l’expérience régulièrement avec nos étudiants. J’avoue que cela me stupéfie toujours de voir ce qu’ils colportent à partir de ce que nous leur disons !
« On m’a dit que…  »
« Ah bon ? Mais qui vous a dit une chose pareille ? »

Pour regarder cette pub, cliquez ici.

Transcription :
Eux, ce sont mes amis: Léna, Vincent, Bastien, et enfin Marion. Tous ensemble, on a décidé de partir en voyage. Mais voilà, entre les textos, les mails et les coups de téléphone, impossible de tomber d’accord (1) pour tout planifier.
Quand j’ai proposé à Léna de se faire une virée (2) à Sète (3) le weekend du 12 septembre, Léna a dit à Vincent : se faire une virée à douze la semaine du 7 novembre. Vincent a transmis à Bastien : se faire un volley à sept avant le coup de blues (4) de décembre. Et Marion a compris : se faire un vide-grenier (5) aztèque et un poulet au gingembre. Puis j’ai ajouté : Il y a un train de Paris-Gare de Lyon (6) le samedi 31 à 9h20 très exactement. Marion a transmis à Bastien : Il y a un train de Rungis par Toulon (7) le mercredi 20 à 6 heures du matin approximativement. Et Léna a fini par m’appeler en disant : Il y a un nain, une génisse et un maçon. Ils proposent un bon coin mais pour faire quoi exactement ?
Ce jour-là, on a décidé d’arrêter les frais ((8). Comme on est tous sur Facebook, on s’est mis à utiliser l’application « Petits voyages entre amis », pour organiser nos virées entre nous. Finie la galère, bonjour la simplicité ! (9)
Etape 1, je complète mon profil voyageur avec ma carte de réduction.
Etape 2, je crée le voyage et je sélectionne les participants. Toute la bande au grand complet (10)!
Etape 3, cochez l’option Voyage privé. Pas envie que Yohann sache que je parte avec son ex (12) et pas non plus besoin que ma cousine Suzie, reine de l’incruste, nous impose sa venue sans être invitée.
Dix minutes plus tard, mes amis ont confirmé leur participation.
Mais voilà, Bastien veut inviter Claire, Vincent veut amener sa mère et Marion, son petit frère.
Suggestions faites sur la page : tout le monde veut que la mère de Vincent dégage (13). Quant à Claire et le petit frère, ils sont du voyage.
Etape 4, je suggère un trajet au départ de Paris-Gare de Lyon, samedi matin à 9h20. Tout le monde a compris ? Oui, c’est clair, net et précis. Je réserve les billets. Les places dans le train sont bookées (14), et tout le monde sera assis à côté (15).
Et ma préférée, l’étape 5, je fonce faire ma valise !
Petits voyages entre amis, c’est sur la page Facebook de Voyage-SNCF.com

Quelques détails :
1. tomber d’accord : on peut dire aussi se mettre d’accord ou s’entendre (/ sur quelque chose / pour faire quelque chose ).
2. Se faire une virée : une virée est un petit voyage, comme une escapade. (style familier) On peut dire : faire une virée quelque part. Dire « se faire une virée » donne un côté plus oral et familier, comme lorsqu’on dit : se faire un resto, se faire un ciné.
3. Sète : c’est une ville du sud de la France, au bord de la Méditerranée, pas loin de Montpellier. Il y a ensuite un jeu de mots avec le chiffre sept, qui se prononce de la même façon. Se faire une virée à sept est donc possible : cela signifie que 7 personnes vont faire le voyage ensemble.
4. Avoir un coup de blues = avoir un coup de cafard, c’est-à-dire connaître un moment où on n’a pas trop le moral. Il y a un jeu sur les sonorités : douze, blues. C’est la même chose ensuite avec septembre, décembre, novembre, gingembre, ou aztèque, à Sète, à sept. Puis un nain / train, génisse / Rungis, Toulon / maçon.
5. Un vide-grenier : les villes organisent ce genre de journées où chacun peut essayer de vendre des objets, des vêtements, etc… pour s’en débarrasser, donc pour vider son grenier où on entasse tout ce dont on ne se sert plus. (Mais pas besoin d’avoir un grenier pour entasser des choses inutiles chez soi!)
6. Paris-Gare de Lyon : c’est l’une des grandes gares de Paris, celle qui dessert le sud-est de la France.
7. Rungis par Toulon : ça n’a aucun sens au niveau de l’itinéraire ! Si vous regardez les images, vous voyez un train avec des légumes, des fruits : parce que Rungis, dans la région parisienne est le plus grand marché en gros où transite une quantité énorme de produits alimentaires.
8. Arrêter les frais = arrêter de faire n’importe quoi et tout stopper. (familier)
9. Finie la galère, bonjour la simplicité : on utilise cette expression familière pour parler d’un changement radical. Ils passent de la galère (c’est-à-dire des complications) à quelque chose de simple. (Le mot galère est familier.)
10. au grand complet : tout le monde est là, sans exception. Par exemple : pour son anniversaire, il y avait toute la famille au grand complet.
11. Son ex = son ex-copine, celle avec qui il a rompu. (familier) On utilise aussi ce mot pour son ex-mari ou son ex-femme, après un divorce.
12. la reine de l’incruste : s’incruster, au sens figuré, c’est s’imposer dans un groupe, dans une fête, etc… alors qu’on n’a pas été invité. (familier). Donc Suzie réussit à aller partout, à participer à tout, alors que les autres n’ont pas envie de la voir.
13. Dégager : s’en aller, partir. (très familier) C’est souvent un terme plutôt agressif pour demander à quelqu’un de partir: Tu dégages ! Donc ici, c’est assez peu sympa pour la maman, qui bien sûr n’est pas la bienvenue. Et petit coup de griffe aussi vis-à-vis du garçon qui ne peut pas se passer de sa mère !
14. Bookées : anglicisme = réservées
15. À côté : les uns à côté des autres. Leurs places ne seront pas loin les unes des autres.

C’est quoi, ce charabia !

Quel charabia

Mots nouveaux importés d’ailleurs et digérés à la sauce française, comme faire le buzz, recourir au crowdfunding, parler de bashing pour un oui pour un non.
Mots français qui (re)deviennent à la mode, sous l’influence de l’anglais bien souvent et de leur utilisation par les journalistes, comme impacter, implémenter, possiblement.
Tous ces mots qui vont et viennent, au gré des tendances, très justes et nécessaires parfois, horripilants souvent !

Parler de bashing, a l’air d’être plus évocateur pour beaucoup de journalistes que parler de dénigrement par exemple ! Parler de crowdfunding, c’est quand même mieux que dire financement participatif, non ? A écouter ici, pour la beauté de la prononciation française!Et là, on se surprend à dire: Oh là là*, c’est juste** pas possible !
* expression typiquement française.
** influence de l’anglais.

Pourtant, tout le monde ici peut deviner ce qu’il y a derrière les termes français, alors que l’anglais ne dit rien à la plupart des Français (qui ont probablement fait l’impasse sur les cours d’anglais). Et ce qui m’étonne aussi, c’est le peu de curiosité pour aller voir ce que cela signifie dans la langue d’origine. Adoption immédiate des expressions parce qu’elles sont partout dans les médias et sur internet.

Et aussi au travail, comme raconté ici avec humour:
Transcription :
– Alors, ce matin, vous jetez un sort à (1) ce globish, c’est-à-dire cette novlangue des managers qui se répand dans les entreprises.
– On peut raisonnablement parler de pandémie avec des responsables. D’abord, il y a la catégorie des collègues et des chefs tendance (2) qui adorent les expressions à la mode. Exemple : Alexandra, je reviens vers vous parce que cette émission, elle est juste (3) deceptive (4).
– Non !
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Ils allaient si bien ensemble

Casse tete chinois
Séance cinéma d’une fin de dimanche qui remet de la couleur et de la légèreté dans une journée plutôt grise – région parisienne oblige !
Au programme, Casse-tête chinois, ou comment ne pas bouder son plaisir, en retrouvant tous les héros de L’Auberge espagnole et des Poupées russes. Un peu comme renouer avec de bons vieux amis qu’on avait perdus de vue. Et même si vous n’aviez pas vu les deux films précédents, vous entrerez dans les vies de Wendy, Martine et Isabelle, grâce à Xavier, le fil conducteur entre le passé et le présent et entre ces trois toujours délicieuses jeunes femmes.

casse tete chinois Bande annonceDes dialogues parfaits pour travailler son français ! (Et un peu son anglais puisque cette fois, tout ce petit monde se retrouve à New York.)

Cliquez sur l’image pour regarder la bande annonce :

Transcription :
La vie, pour la plupart des gens, c’est d’aller d’un point A à un point B. Tout ça est merveilleusement linéaire. Moi, donc, c’est pas comme ça. Pourquoi ça ressemble à ça, ma vie ?

– Depuis six mois, on est séparés, avec Wendy.
– Ah non, c’est pas vrai ! Vous alliez si bien ensemble !

– Xavier, faut (1) que tu fasses quelque chose (2), parce que tu vires con (3), là !
Pourquoi c’est à ce point-là portnawak (4)?
– Et les enfants ?

– Bonjour maman.
– Bonjour ! I want to live in New York. And I’m taking the children.
– Quoi ?
– Moi, j’ai pas envie d’aller vivre là-bas.
– C’est une super belle (5) ville, New York, je te jure !

Une nouvelle fois, j’ai décidé de partir. Oui, alors, il faut que je raconte les choses dans l’ordre.
Bon avant, je trouvais que ma vie, c’était pas simple, mais là maintenant, je m’en rends compte (6), bah ma vie avant, c’était super simple.

Je suis ici à New York, pour pouvoir vivre à côté de mes enfants, que j’ai eus avec une Anglaise qui s’est installée ici avec un Américain. J’ai un enfant avec deux lesbiennes.
– Tu seras pas obligé d’être un papa au sens classique du terme.
– There are rules and there are rules.
– Faut que tu baises (7). Ah, je te connais par cœur (8). Faut que tu te tapes une meuf (9), là !

– C’est marrant (10) que tu voies ça si compliqué, la vie.
– Ouvre !
– La vie, elle est pas si compliquée ? Enfin regarde la mienne !
– Bah ça se voit que tu as jamais vécu en Chine, hein !

– Maman veut pas qu’on mange au McDo (11) .
– Ah bon ? Pourquoi ?
– Elle dit que c’est pas bon.
– Ah merde (12)! Tu en veux plus, alors !

Quelques détails :
1. faut que = il faut que (style oral et familier)
2. Faut qu(e) tu fass(es) que(l)qu(e) chose : bel exemple de toutes ces syllabes – que j’ai mises entre parenthèses – que nous ne prononçons pas clairement ! (sauf dans le sud de la France)
3. virer con = devenir con, c’est-à-dire devenir stupide, idiot et donc insupportable. (très familier)
4. portnawak = n’importe nawak, qui est la forme en verlan de n’importe quoi, ce qui signifie que sa vie n’est pas rationnelle, pas bien rangée, pas bien en ordre. (familier)
5. Super belle = très belle (familier)
6. je m’en rends compte : je m’aperçois / je comprends
7. baiser : coucher avec quelqu’un. C’est la version non poétique de « faire l’amour ».
8. connaître quelqu’un par cœur : le connaître parfaitement, donc être capable de décrypter toutes ses réactions. Voici une autre expression similaire que nous utilisons : Je te connais comme si je t’avais fait(e).
9. Se taper une meuf : une meuf, c’est une femme en verlan (c’est-à-dire à l’envers, en inversant les syllabes). Et se taper quelqu’un, c’est coucher avec quelqu’un. (très, très familier). Evidemment, cette expression insiste sur le côté uniquement physique. Pas de sentiments !
10. Marrant : drôle, mais dans son sens de bizarre, étrange.
11. Le McDo : c’est l’abréviation que les Français utilisent tout le temps pour parler de McDonald’s. Personne n’utilise le nom complet. On va au McDo, on mange un McDo, etc…
12. Ah merde ! : ici, comme souvent, cette expression signifie qu’on est désolé. Il dit ça d’une façon délicieuse et faussement naïve, alors qu’il n’est pas désolé du tout bien sûr. Et la réaction de la petite fille en fait une jolie petite scène, je trouve ! Pour une fois où ce n’est pas un Français (mais Wendy la maman anglaise) qui critique la gastronomie McDo ! Rigolo.

Comme on parle

Vous le savez, j’aime écouter et « observer » comment nous parlons, dans notre vie quotidienne, quand nous ne faisons pas particulièrement attention à notre style !

Dans cette petite vidéo, cette écoute de la langue est à l’œuvre à deux niveaux: petit catalogue humoristique d’expressions ou de tics de langage recensés par Norman et que vous avez sûrement remarqués en nous écoutant. Pas toujours faciles à expliquer. J’ai un peu souffert pour mettre en mots ce que nous exprimons à travers ces expressions !
Et en même temps, écouter Norman, c’est être en direct avec ce français oral qui n’a pas grand chose à voir avec ce qu’on apprend dans les manuels.

Et vous saurez même éternuer en français !

Transcription :
Bon là, je voulais faire la liste des expressions ou des trucs que les gens font quand ils parlent, qui m’énervent.
Par exemple, dans la vie, des fois, il y a… il y a des mecs, quand tu les fais rire, ils t’insultent : Tu es con (1) !
Attends (2), moi, quand on me fait rire, je fais pas : Fils de pute, je te baise ! (3).

Après, il y a la phrase fantôme, c’est-à-dire c’est des… des mecs qui disent des mots, mais au final (4), ils ont toujours rien dit :
Ouais… Non mais… Mais voilà, après, bon… D’accord, mais personnellement, c’est vrai que bon… voilà, mais… Mais clairement, ouais.
Zéro idée exprimée !

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