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Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

cite-orientee

metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

Courir le vaste monde

Paloma CouvertureLes enfants ont la chance qu’on mette entre leurs mains des albums aussi beaux que celui-ci.

Il est beau par sa taille et la qualité de l’impression: c’est vraiment un grand livre, dans lequel les dessins de l’illustratrice, Jeanne Detallante, prennent toute leur force. C’est comme si on avait sous les yeux les dessins originaux, aux couleurs éclatantes comme des peintures de Frieda Khalo, ou dans des teintes de gris et de noir pour raconter le passé. Un bel objet à manipuler, à lire ensemble, penchés sur des pages où on peut en quelque sorte s’immerger.

Cet album est beau parce que les mots de Véronique Ovaldé sont riches, pour dire la belle histoire de Paloma, la petite fille qui sentait que le monde était là, à portée de main. C’est une histoire qui dit la présence du père disparu, la vie de famille dans des lieux où on a toujours vécu, l’amour d’une mère, le besoin d’aventure et de liberté. L’histoire d’une fille qu’on laisse partir – et qu’on aide à le faire – pour qu’elle ne devienne pas poussière. Une histoire qui dit que les filles aussi peuvent aller courir le vaste monde. De quoi donner des ailes à nos enfants. C’est un conte lumineux, qui, comme tous les contes, posent les questions essentielles. De ces livres qu’on garde précieusement.

Paloma Album

Si vous voulez écouter cette histoire (avec le bruit de ces grandes pages que je tourne!):
Paloma

Paloma Les 3 soeurs

Paloma Aventure

Courir le monde, courir le vaste monde, aller courir le vaste monde:
Cette expression signifie qu’on part à l’aventure, pour découvrir le monde, avec curiosité et l’envie de vivre des expériences dans des endroits qu’on va vraiment explorer.

PS: A mes lecteurs fidèles: Excusez-moi pour mon absence un peu prolongée sur ce blog ces derniers temps. Mais je ne vous oublie pas et me voici de nouveau avec ce que je veux partager avec vous !

La lionne

La lionne 1Couverture

Je ne connaissais que des bribes de la vie de Karen Blixen, à travers Out of Africa, lu il y a longtemps. J’ai lu d’une traite ce bel album, dont le sous-titre est Portrait de Karen Blixen. J’y ai découvert une vie étonnante, une vie de femme en un temps qui leur faisait la vie dure parce que nées femmes. Je me suis plongée dans cette vie racontée et dessinée avec beaucoup de poésie, de créativité et de talent.
Mais rien à voir avec une biographie ordinaire. A travers les mots et les aquarelles des auteurs, cette vie devient une histoire qu’on nous raconte comme un conte et où tous les détails prennent peu à peu leur sens, celui qu’y a mis Anne Caroline Pandolfo. Un beau livre (avec juste la petite frustration, comme toujours avec les BD et leurs pages lisses, de n’avoir sous les yeux qu’un reflet des aquarelles originales du dessinateur, Terkel Risbjerg.)

Un livre qui célèbre la puissance libératrice de la lecture :

La lionne 3 Lire

Un livre où certaines jeunes femmes se rebellent pour vivre autre chose que ce que la société avait prévu pour elles:

La lionne 4 Besoin d'air

LGL Karen BlixenUn livre d’aventure, d’amour, de voyage, de malheurs et de bonheurs. Ses auteurs en parlent ici, dans une émission qui passe le jeudi soir à la télévision et qui donne des tas d’idées de lecture. François Busnel sait y faire parler les écrivains qu’il invite, parce qu’il lit en profondeur leurs oeuvres. Il ne bouscule pas ceux qui ne sont pas des bavards mais rebondit sur leurs silences avec beaucoup de justesse. C’était le cas avec Anne Caroline Pandolfo.
Allez les regarder autant que les écouter!

La lionne LGL

Voici la transcription du début de cet entretien:
– Alors là, c’est le coup de cœur (1) ! J’adore les autres, mais là, je vous assure que j’ai été absolument scotché (2) quand j’ai lu – et relu d’ailleurs – La Lionne, le portrait de Karen Blixen, Anne Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg. Vous signez tous les deux cet album donc, La Lionne, un portrait de Karen Blixen. C’est aux Editions Sarbacane. Scénario, c’est vous, Anne Caroline Pandolfo, et puis le dessin,Terkel Risbjerg. Alors je dis « dessin », je devrais peut-être dire plutôt les aquarelles.
– Aussi, mais il y a quand même du dessin derrière.
– C’est plus un livre adapté en bande dessinée, c’est une BD biographique. Pour quelle raison avez-vous choisi Karen Blixen, cette romancière danoise, dont la vie a été une succession d’aventures ?
– Déjà, c’est pas… Pour moi, c’est pas vraiment une biographie. Je suis pas sa biographe. C’est un portrait que j’ai fait de Karen Blixen, un portrait intuitif. Et j’ai dû passer par la biographie parce qu’elle a un parcours exceptionnel. Et pourquoi elle ? C’est un hasard, c’est le hasard d’une rencontre. Je dessinais, j’écoutais une émission de radio qui parlait d’elle, la journaliste visitait Rungstellund, sa maison qui est devenue un musée près… dans la banlieue de Copenhague et racontait à grands traits (3) ce… ce parcours incroyable d’une femme qui… que la société a essayé d’étouffer finalement depuis le début, qui était complètement enfermée et…
– Rafraîchissez-nous un peu la mémoire (4), Anne Caroline Pandolfo.
– Danemark.
– On est à la toute fin (5) du dix-neuvième – début du vingtième siècle, au moment où elle est adolescente, au Danemark.
– Un Danemark…
Vous écrivez à un moment (6) : « C’est un pays replié sur lui-même. »
– Oui.
– « Et une famille repliée sur elle-même. »
– Religieuse, protestante, luthérienne, qui a la morale en tête comme… Elle a…. Bon, c’était une femme aussi à une époque où les femmes étaient des pots de fleurs (7). Donc elle était…
– Famille nombreuse (8).
– Famille nombreuse. On lui apprenait la musique, le dessin, le chant, pour faire un beau mariage. Et… Et puis, elle s’est dit très vite : A quoi bon ? (9) Et elle a eu envie de vivre, de s’exprimer et…
– Alors, vous avez raison de dire que c’est un portrait plus qu’une biographie. Ce qui m’a beaucoup, beaucoup intéressé, c’est ce que l’on voit là, magnifiquement dessiné, c’est-à-dire que pour raconter sa vie, vous passez par ses fées (10), les fées qui se penchent sur son berceau. C’est vrai qu’on pourrait pas dire ça dans une biographie très sérieuse, universitaire. Mais non, là, en bande dessinée, on peut tout s’autoriser ! Les fées s’appellent, regardez, William Shakespeare, Frédéric Nietzsche, ah, le Diable ! Eh oui, je vois le Diable ici. Et puis un lion bien sûr, l’Afrique, l’Afrique encore et une cigogne. Comment est venue…
– Et Shéhérazade.
– Et Shéhérazade, bien sûr. La raconteuse d’histoires. Comment avez-vous eu l’idée… j’allais dire de transgresser un petit peu les codes, pour en faire un monde onirique (11) ?
– Je crois que c’est un personnage qui a été très seul, enfin, une personne qui a été très seule, Karen Blixen, et qui avait une vie intérieure très riche. Et elle a eu des influences littéraires, philosophiques, mais pas seulement. Elle a eu aussi une passion nourrie pour la nature, une passion pour son père qu’elle a perdu tôt et qui n’est pas une fée mais qui l’accompagne comme un fantôme tout au long de sa vie (12).
– Qui se suicide, hein. Alors c’est un suicide non dit. Personne n’ose raconter la vérité. Elle l’apprendra (13) bien plus tard.

Quelques détails :
1. un coup de cœur : c’est lorsqu’on découvre quelque chose et qu’on trouve ça magnifique. On dit qu’on a / on a eu un coup de cœur pour quelque chose, ou que C’est / ça a été un coup de cœur, un vrai coup de cœur.
2. être scotché : cette expression signifie qu’on est totalement surpris et qu’on ne peut plus arrêter de lire ou de regarder quelque chose qui nous plaît. (Au sens propre, scotcher signifie qu’on colle quelque chose avec du scotch, c’est-à-dire du ruban adhésif.)
3. Raconter quelque chose à grands traits : c’est raconter quelque chose dans les grandes lignes, sans entrer dans tous les détails. Mais ça suffit pour donner une idée de ce que c’est, comme un dessin esquissé.
4. Rafraîchir la mémoire de quelqu’un : c’est lui rappeler quelque chose, lui remettre un événement en mémoire.
5. À la toute fin : complètement à la fin. On dit plus souvent: tout à la fin.
6. à un moment : quelque part dans le livre, à un moment donné du récit
7. un pot de fleurs : les femmes étaient en quelque sorte juste décoratives. On dit aussi : une potiche.
8. Une famille nombreuse : une famille dans laquelle il y a beaucoup d’enfants. Elle venait d’une famille de cinq enfants.
9. A quoi bon ? = A quoi ça sert de faire tout ça ? Cette expression exprime le découragement, un sentiment d’impuissance.
10. Ses fées : ou Ces fées. Je ne sais pas quelle orthographe choisir car on ne peut pas savoir ce qu’il veut dire : soit les fées de Karen Blixen (ses fées) ou les fées qu’il est en train de montrer, dont il parle (ces fées).
11. Un monde onirique : un monde irréel, comme dans un rêve, pas réaliste.
12. Tout au long de sa vie = pendant toute sa vie
13. elle l’apprendra : en français, on peut utiliser le futur pour faire un récit historique, au lieu d’employer un temps du passé, comme le passé composé ou le passé simple.

Pour avoir un avant-goût de ce bel album, allez le feuilleter ici.

La lionne 2Titre

Ah, les Françaises !

Mère et fils
Le verdict était sans appel dans l’émission dont je vous ai parlé la semaine dernière: pour ces Allemandes installées en France depuis longtemps, nous ne sommes pas les rois en matière de propreté des rues. Ce n’est pas donné à tous les petits Français d’apprendre à jouer d’un instrument de musique. Nous avons des progrès à faire pour rendre nos villes et nos habitations plus écologiques. La ponctualité et nous, ça fait deux. Bref, peut mieux faire !
Néanmoins, elles nous ont toutes reconnu une qualité essentielle. Et celle-ci fait plaisir ! C’était l’occasion de ne pas oublier que ce qui paraît si évident ici et dans d’autres pays ne l’est pas partout.

Etre mère et travailler

Transcription
– Bonjour Laure.
– Oui, bonjour.
– Nous vous écoutons.
– Oui, merci. Alors voilà, j’ai fait une année Erasmus (1) en 2004-2005 à Berlin. J’ai gardé contact (2) avec ma colocataire d’alors (3) et lorsque nous échangeons (4), nous avons toujours un point sur lequel nos avis divergent, c’est sur le travail de la femme, à savoir que moi, il y a quelques années, je travaillais à temps complet, et j’avais mis ma fille cinq jours par semaine, dix heures par jour à la crèche (5), et ma colocataire ne comprenait pas que je n’aie pas réduit mon temps de travail pour m’occuper de ma fille. Et aujourd’hui, j’ai un second enfant, je travaille à la maison, j’ai créé mon entreprise. Et là, je l’ai mise chez la nounou (6) pour pouvoir travailler. Et là encore, elle ne comprend pas que je ne garde pas mon enfant à la maison en fait, pour… pour m’occuper de lui.
– On va soumettre votre cas à Michaela Wiegel.Qu’en pensez-vous ?
– Oui, Laure, merci beaucoup pour votre contribution, parce que effectivement, pour moi, je suis quand même allemande, mais ça reste quand même un des énigmes (7) : pourquoi la femme allemande doit encore se justifier quand elle veut travailler ET avoir des enfants. Et là, il faut dire que la France n’est pas assez fière du modèle qu’elle a créé, parce que vraiment, je trouve, en France, il y a déjà absence de pression sociale quand les femmes veulent continuer à travailler, et ça, c’est formidable (8) ! En Allemagne, on est en permanence, encore aujourd’hui, soumis à un regard un peu désapprobateur et quand on a un problème avec un enfant, ah bah c’est certainement parce que la maman travaillait. Et donc là, c’est vrai, on a instauré ce qu’on appelle le , c’est-à-dire les femmes après la naissance de leur enfant peuvent s’arrêter un an de travailler et sont remboursées, en quelque sorte rémunérées par l’Etat à 80 % de leur ancien salaire. C’est formidable mais c’est aussi une façon de… de dire : Voilà, vous êtes mieux auprès de votre enfant. Ne recommencez pas trop vite à travailler. Et ça renforce encore, à mon avis, une mentalité qui est à dire les enfants ne grandissent bien que quand la maman est là le plus de temps possible. Et ça, je trouve (9) en France, on a bien réussi quand même à réconcilier vie familiale et vie professionnelle.

Quelques détails :
1. une année Erasmus : c’est le programme européen qui permet de partir étudier à l’étranger, dans un pays de l’Union Européenne. Rappelez-vous le film L’auberge espagnole, dans lequel Xavier s’installe à Barcelone pour un an !
2. Garder contact avec quelqu’un : on peut dire aussi rester en contact avec quelqu’un : Je suis resté(e) en contact avec ma colocataire / Nous ne sommes pas restés en contact.
3. D’alors : de cette époque-là.
4. Échanger : correspondre
5. la crèche : c’est une structure dans laquelle les petits sont gardés en collectivité par du personnel qualifié. (entre la fin du congé de maternité, donc vers deux mois, et le début de l’école maternelle, à trois ans.)
6. une nounou : c’est comme ça qu’on appelle les femmes qui gardent les enfants à leur domicile. Ce terme vient du nom une nourrice. Le terme officiel pour désigner cette profession (reconnue et encadrée) est une assistante maternelle.
7. Une énigme : ce nom est féminin. Mais on entend « un ». Cette expression est courante pour dire qu’on ne comprend pas quelque chose. On dit aussi : ça reste / c’est un mystère pour moi.
8. C’est formidable ! : c’est vraiment très, très bien.
9. Je trouve : on utilise très souvent ce verbe pour donner son opinion, plutôt que Je pense, qui ne produit pas exactement la même impression.

La touche personnelle:
J’ai toujours travaillé, comme toutes mes amies. Je n’aurais jamais imaginé renoncer à ma vie professionnelle ni à mon indépendance financière pour élever nos enfants, même temporairement. D’ailleurs, mon conjoint n’aurait jamais accepté ! Mais j’ai bien sûr bénéficié des congés légaux mis au bout des vacances quand ça a été possible, nous avons jonglé avec nos emplois du temps, à égalité, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur des nounous de toute confiance, nous avons aimé que nos enfants aillent à la maternelle dès que possible, avec des maîtres et des maîtresses formidables, nous avons choisi d’habiter près de notre lieu de travail pour ne pas perdre un temps précieux dans les transports et ne pas avoir à bousculer nos petits gars, que nous avons eu le temps de voir grandir.

L’émission entière est à écouter ici.

Non, non, ma fille

RugbyNon, non, ma fille, tu n’iras pas jouer au rugby !

Encore tant de préjugés sur ce qui est « pour les filles » et ce qui est « pour les garçons ». Plus ou moins forts selon les pays et les cultures.
Et c’est comme ça dans la vie en général et dans le sport en particulier. Mais comme c’est bien que dans la tête des filles (et dans celles des garçons), il y ait désormais cette idée qu’elles peuvent tout faire ! Plus ou moins ancrée selon les pays et les cultures.
Et comme le XV de France n’est pas au meilleur de sa forme dans le tournoi des six nations, les filles seraient-elles l’avenir de l’homme ?

Les filles et le rugby

Transcription :
A douze ans, j’avais demandé à ma mère de faire du rugby. Elle avait dit non, parce que j’étais une fille. Voilà. Mes frères en faisaient et revenaient souvent un peu abîmés (1). Elle voulait vraiment pas que je me fasse mal (2), quoi.

C’est parti. (3)
Arrache, arrache, arrache !

Les contacts, faut apprendre à les encaisser (4), faut apprendre à tomber, faut… enfin, tout s’apprend, quoi. C’est pas plus dangereux que la danse.

Et une idée directrice à défendre, comme un besoin de toujours se justifier:
C’est pas parce qu’on joue au rugby qu’on n’est pas féminine.
Mais les mentalités ont évolué. Il y a quelques mois, le grand public s’est pris d’affection pour (5) des Françaises qui jouaient au rugby : la Coupe du Monde a changé bien des choses (6).
Ouais, beaucoup de bien. Ouais, ouais. Je me rappelle, la première diffusion (7), j’étais dans un café à Céret, que de mâles (8). Et quand le match a commencé, ils regardaient pas forcément les écrans. Puis, bah une action ou deux, et ils ont accroché à l’écran. Et après, on a vu, ouais, ils regardaient ça vraiment comme un match masculin, voilà. Ça nous a fait vraiment plaisir.

Quelques détails :
1. abîmé : normalement, ce terme s’emploie plutôt à propos d’objets. Mais employé ici à propos du corps humain, cela renforce ici l’idée qu’on peut se faire mal au rugby, prendre des coups et revenir amoché.
2. Se faire mal : se blesser, physiquement. C’est toujours involontaire. Ne pas confondre avec se faire du mal, qui implique une action dans laquelle on joue davantage un rôle : Il se fait du mal en fumant autant.
3. C’est parti ! : on dit ça pour marquer le début d’une action. (oral)
4. Les encaisser : le pronom « les » remplace ici le mot «contacts ». On dit en général qu’on encaisse un coup, c’est-à-dire qu’on le reçoit mais on résiste.
5. Se prendre d’affection pour quelqu’un : commencer à vraiment apprécier cette personne.
6. Bien des choses : beaucoup de choses.
7. La première diffusion : la première retransmission à la télévision.
8. Que de mâles : il n’y avait que des hommes dans ce café. En français, le nom « mâle » s’emploie pour les animaux. Quand on l’utilise pour un homme, c’est vraiment pour insister sur le côté viril de cet homme. Donc ici, elle veut dire que c’était un public très masculin à tout point de vue. (physiquement et dans la tête!)

Donc ça va mal chez les rugbymen français ! Voici ce qu’en disait leur entraîneur, dépité, après leur défaite du weekend.

Pas content le sélectionneur

Transcription :
– C’est les moments les plus difficiles que vous vivez en tant que sélectionneur ?
– En tant que sélectionneur… en tant qu’entraîneur ! Ça fait dix-sept ans que j’entraîne, bah j’ai jamais eu… voilà, des… des périodes difficiles comme ça.
– Vous avez l’impression que votre discours ne passe pas auprès (1) des joueurs ?
– Le discours passe pas… Le discours on est en train de le muscler !
– Vous ne quitterez pas le navire ? (2)
– Ah non, non ! C’est ce que j’ai dit, j’ai pas… j’ai pas l’habitude de… de quitter le navire. Je l’ai jamais quitté. On m’a donné une responsabilité, c’est de préparer cette équipe, point (3). La Coupe du Monde, je peux vous assurer qu’on va se préparer, on va bosser (4) , on va travailler comme des fous, pour y arriver avec ceux qui ont envie et ceux qui ont envie de… de porter fièrement le… le maillot de l’équipe de France.
En attendant, les Français ont du mouron à se faire (5) : leur prochain adversaire, l’Italie, est en forme. Les Italiens viennent de battre l’Ecosse, 22 à 19.

Quelques explications :
1. le discours ne passe pas : ce qu’il essaie de faire avec eux ne donne aucun résultat, comme s’il n’était pas entendu. Il y a vraiment mésentente entre eux.
2. Quitter le navire : cette image du capitaine qui abandonne son bateau dans la tempête exprime l’idée de renoncer.
3. Point : il s’agit du point qu’on met au bout d’une phrase. Cela signifie que préparer l’équipe est son objectif unique.
4. Bosser : travailler (familier)
5. avoir du mouron à se faire : avoir du souci à se faire, avoir des raisons de s’inquiéter. (familier) Se faire du mouron, c’est s’inquiéter.

Petite remarque sur ma photo pour terminer: la mode en matière de maillot de rugby a changé! Celui-ci, longtemps porté – il y a une culture du rugby dans cette maison – n’était pas moulant comme ceux d’aujourd’hui.

Un nouveau film

Une nouvelle amie

Une fois n’est pas coutume, voici la bande annonce d’un film français qui vient de sortir et que nous sommes allés voir dès maintenant ! Soirée très agréable avec Une nouvelle amie. On se laisse conduire par François Ozon tout au long de cette histoire troublante, très bien racontée et filmée, tour à tour tragique et drôle. Il faut dire aussi que Romain Duris est parfait pour que le personnage de David qu’il joue avec un tel plaisir nous émeuve et nous fasse avancer à ses côtés, sous les yeux tantôt effarés, tantôt amusés, tantôt curieux et plein de désir de Claire, subtilement interprétée par Anaïs Demoustier.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Laura était ma meilleure amie. Je serai là toute ma vie pour veiller sur sa fille Lucie et sur son père, David.
– Au fait, je t’ai pas dit, j’ai eu David.
– David ?
– Ouais, comme tu l’appelais pas, bah je l’ai fait.
– Tu mets une robe ?
– Tu aimes pas ?
– Bah si ! Mais ça fait longtemps.
– On sort, je fais un effort.
– Ça va me faire du bien de prendre un peu de temps pour moi.
– Elle est charmante, non ?
– Elle a une très jolie robe, c’est vrai.
– Bah quoi, qu’est-ce qu’il y a (1)?
– Tu as été lourd (2), avec la serveuse (3). David vient de perdre sa femme, toi, tu le pousses à draguer (4) cette…
– Oh bah de toute façon, j’ai bien vu que ça l’intéressait pas, hein.
– J’adore ton rouge à lèvres. Ça te va très bien.
– Bah qu’est-ce qui t’arrive ?
– Pourquoi tu m’appelles ?
– J’ai besoin de te revoir.
– Tu couches avec (5) David ? C’est ça ?
– Mais non ! Qu’est-ce que tu racontes ? (6)
– Bonjour Madame. Je…
– Ne dis rien à personne. Que ça reste entre nous. (7)
– Je sais pas.
– Tu as rencontré quelqu’un ?
– Une femme Très douce. Elle me comprend, sans me juger.
– Tu es malade, David.
– Je veux pas passer à côté de (8) ma vie, Claire. C’est en moi.
– Ça pourra pas durer, David. C’est une folie.
– Je sais.
– Tu es un pervers. Il faut arrêter.

Quelques détails :
1. Qu’est-ce qu’il y a ? : on pose cette question quand on sent que quelque chose ne va pas.
2. Lourd : être lourd, c’est agir sans finesse, insister lourdement. On peut dire aussi un peu plus familièrement que quelqu’un est lourdaud.
3. Avec la serveuse : ici, cela signifie « à propos de la serveuse ».
4. draguer : c’est essayer de séduire quelqu’un mais pas finement et pas forcément pour démarrer une vraie histoire d’amour. On dit d’un homme comme ça : C’est un dragueur.
5. Coucher avec quelqu’un : quand on dit ça, on réduit la relation entre deux personnes à leurs relations sexuelles. C’est plutôt péjoratif.
6. Qu’est-ce que tu racontes ? : on pose cette question quand on ne veut pas croire ce que l’autre dit ou pour nier ce qu’il dit.
7. Que ça reste entre nous : c’est une façon de donner un ordre, mais assez peu utilisée, dans des expressions plutôt figées comme celle-ci. Par exemple: Que personne ne sache./ Que personne n’entre. / Que personne ne bouge. / Que je ne t’entende plus jamais parler comme ça.
8. Passer à côté de quelque chose : ne pas vivre pleinement (et avoir des regrets ensuite.) Par exemple : passer à côté du bonheur.

Et après avoir vu ce film, j’ai écouté François Ozon dans un entretien à la radio. Très agréable et intéressant. En voici un petit extrait, parce que ce qu’il dit me parle:

François Ozon sur Une nouvelle amie

Transcription :
– Moi, pour moi, le cinéma a à voir avec (1) le jeu, avec quelque chose de l’ordre de (2) l’enfance, du ludique (3). Donc je joue. Je joue avec le spectateur, je joue avec les acteurs, je joue avec moi-même, voilà, il y a un jeu permanent. Je trouve que le cinéma permet ça, tout en apportant une réflexion, des émotions. Mais l’idée est très… très, très importante.
– Mais il y a beaucoup d’humour quand même, et de théâtre quelque part (4), par exemple quand le personnage d’Anaïs Demoustier lui sort des piques sur (5) l’homosexualité, quand elle dit : C’est quand même moins grave de passer pour un homo (6) que de passer pour un travelo (7).
– C’est une réalité !
– C’est une réalité ?
– Bah, non, en fait, ce que… ce qui m’amusait, c’était de… de mettre dans la bouche des personnages, des clichés, des idées reçues (8) qu’on avait pu entendre justement au moment de la Manif pour tous (9), ou des choses banales que les gens disent tous les jours, et les intégrer dans l’histoire, dans la bouche des… des personnages, pour obliger le spectateur à être un peu déstabilisé et se dire : Est-ce que je pense ça ? Est-ce qu’il a raison ? Est-ce qu’il a pas raison ? Le cinéma, c’est un pouvoir incroyable pour véhiculer des idées, des idées reçues, des clichés et jouer avec tout ça.

Quelques explications :
1. avoir à voir avec quelque chose : avoir un rapport avec quelque chose
2. de l’ordre de… : lié à, de même nature que…
3. Ludique : lié à l’idée de jeu, sous forme de jeu.
4. Quelque part : d’une certaine manière
5. sortir des piques sur quelque chose : énoncer des critiques sur un sujet, mais sans être trop méchant ni trop violent.
6. Un homo : c’est l’abréviation de homosexuel. Elle est devenue plutôt courante et plus neutre qu’avant, ce qui reflète l’évolution positive des mentalités d’un grand nombre de gens.
7. Un travelo : c’est l’abréviation de travesti, c’est-à-dire un homme qui s’habille et se comporte en femme. Elle est dévalorisante, ce qui montre qu’il y a encore des progrès à faire vers l’absence de discrimination.
8. Une idée reçue : un préjugé.
9. La Manif pour tous : c’est ce mouvement qui s’est élevé en France contre le mariage homosexuel lorsque la loi qui l’institue a été votée. Ces gens ont revendiqué le droit de manifester leurs idées réactionnaires et violentes à l’égard des homosexuels.

Pour écouter l’émission entière, c’est ici.

Au féminin ou pas ?

Histoires de sous-marins

En France, l’Ecole a décidé de se préoccuper de l’égalité entre les hommes et les femmes dès le plus jeune âge pour que les petites filles ne se ferment pas la porte de certaines professions traditionnellement réservées aux hommes. Et l’inverse. Certains Français trouvent à y redire, au nom d’une prétendue nature féminine ou masculine.
J’ai entendu il y a quelque temps une interview à propos de l’ouverture de la profession de sous-marinier aux femmes dans l’Armée. Et je suis restée stupéfaite ! Je vous laisse écouter.

Premières femmes dans les sous-marins

Transcription :
Il y a eu la première femme pilote de chasse en 1946, la première femme contre-amiral en 2001. Eh bien, en 2017, il y aura le première femme sous-marinier, ou peut-être faudra-t-il dire sous-marinière (1). Annonce révolutionnaire du ministre de la Défense pour un des derniers corps totalement masculin de l’armée. Des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins accueilleront donc trois femmes qui vont être formées d’ici trois ans (2). Elles serviront ensuite pour des missions de plus de deux mois sous les mers. Personne ne devrait y trouver à redire (3) sauf… sauf les femmes de sous-mariniers. Mettez-vous à leur place. Valérie L. en a rencontré une. Son mari a embarqué pendant dix-sept ans:
– Ça me poserait un problème, ouais. Même si on est sûre de son mari, mais j’imagine que toutes les femmes ne… ne le sont pas, forcément. Donc il y a des femmes, forcément (4), qui vont se poser des questions pendant deux mois et demi, déjà (5). Et honnêtement, un sous-marin, moi j’en ai visité plusieurs : il faut le voir pour le croire, quoi ! (6) C’est pas du tout adapté… enfin, à une femme, quoi. C’est pas adapté à la mixité (7), déjà ça c’est sûr. Tout est petit… il y a pas tant que ça de (8)… de toilettes, tant que ça de douches, il y a pas tant que ça… Vous voyez ce que je veux dire ? Je suis contre. De toute façon, un sous-marin n’est pas du tout adapté à une femme. Et puis, je suis pas sûre que… Déjà, il faut avoir un sacré mental (9) pour faire ce métier-là, un sacré, sacré mental. Donc il faut vraiment qu’elle soit… Pfff ! (10) Parce que même des hommes… Beaucoup craquent (11), hein ! De toute façon, ils ne font pas une carrière complète parce que c’est tellement difficile, quoi !
Mais vous ne pensez pas que c’est aux femmes de le décider si elles veulent travailler dans ces conditions-là ou pas ?
– Ils peuvent essayer mais je pense que ça marchera pas (12), quoi.

Quelques détails :
1. sous-marinière : bien sûr, ce mot n’existe pas encore. Donc il faudrait créer un féminin, en calquant sur des mots qui fonctionnent comme ça. Mais ce n’est pas toujours évident: par exemple, on ne dit pas « une pompière ». On dit juste : Elle est pompier.
2. D’ici trois ans : dans les trois ans qui viennent au plus tard.
3. Trouver à y redire : cette expression signifie protester, critiquer.
4. Forcément : obligatoirement / c’est inévitable.
5. Déjà : ici, cela signifie qu’elle va donner plusieurs raisons et « déjà » annonce la première. On annonce la deuxième avec « ensuite » ou « et puis ».
6. Il faut le voir pour le croire ! : c’est une expression toute faite qui signifie que c’est incroyable.
7. La mixité : c’est le fait que les hommes et les femmes vivent ensemble et partagent les mêmes lieux. Par extension, on a aussi créé le terme de « mixité sociale » pour exprimer le fait que les classes sociales se mélangent.
8. Il n’y a pas tant que ça de (place, etc…) : cela signifie en fait qu’il y en a très peu. On peut dire par exemple : Ils n’ont pas tant que ça d’argent, pour ne pas dire directement qu’ils en ont peu.
9. Un sacré mental : une très grande force de caractère, un très grand équilibre psychique. Le terme « sacré » met en valeur le terme qui suit. (plutôt familier) Par exemple, on dit : C’est une sacrée bonne nouvelle. On peut le remplacer par « super », qui est familier aussi.
10. Cette onomatopée, ici, montre qu’elle ne peut même pas trouver les mots pour indiquer la force qu’il faut avoir pour faire ce métier.
11. Craquer : ici, c’est le sens de ne plus pouvoir résister, ne plus avoir la force (physique ou mental) de continuer. Par exemple : Il a couru 35 km sans problème. Mais il a craqué avant la fin. / L’ambiance à son travail était très mauvaise. Elle a craqué et a donné sa démission.
12. Ça ne marchera pas = ce sera un échec.

Ce que je me suis dit :
– Cette femme de sous-marinier a une bien étrange conception des relations hommes-femmes au travail ! Elle doit être contente du métier de son mari qui ne l’expose pas à d’autres femmes !
– Au lieu de se dire que ce sont en général les femmes qui ont à subir le harcèlement de leurs collègues masculins, surtout dans des milieux très masculins comme l’Armée, elle voit les femmes comme celles qui vont semer le trouble. Paradoxal !
– J’ai du mal à comprendre qu’on puisse vouloir travailler dans l’armée et dans un sous-marin mais en quoi ce métier serait-il inaccessible aux femmes? Est-ce inscrit dans les gènes? On a dit la même chose des femmes qui voulaient être astronautes, pilotes d’avion, etc… Certaines le sont devenues.

Une chose est sûre, c’est qu’en lisant Vingt mille lieues sous les mers, certains et certaines rêveront peut-être d’être sous-mariniers. Mais pas à la lecture du roman de Marc Dugain, Une Exécution ordinaire, inspiré du naufrage du sous-marin Koursk.

Amies, amis

Il n’y a pas très longtemps, un de mes étudiants se plaignait d’un enregistrement (en anglais) que je venais de leur faire écouter, en disant que la personne qui parlait s’exprimait mal. En fait, ce qui le gênait, c’était les répétitions, les hésitations, les « changements de direction » en cours de phrase, bref, tout ce qui caractérise l’oral. Il a eu du mal à reconnaître que nous faisons exactement la même chose en français, et même, à mon avis, de façon plus marquée qu’en anglais. Mais cela ne nous gêne pas car nous y sommes habitués.
Voici le petit enregistrement français avec lequel j’ai essayé de lui prouver ce que j’affirmais. Véronique Ovaldé, qui est écrivain, parle vite, virevolte d’un mot à l’autre mais qui lui reprocherait de mal s’exprimer ?

AmitieJe partage ce petit enregistrement avec vous pour d’autres raisons: d’abord, il y est question de la place des amitiés dans une vie, comment ce lien se construit puis se cultive. Cela me parle beaucoup plus que les « amis » qui se multiplient sur Facebook. (Oui, je connais ma meilleure amie depuis l’âge de trois ans. Une si longue histoire ! )
L’autre raison, c’est que cela fait un moment qu’on me dit qu’il faut lire les romans de Véronique Ovaldé ! L’écouter parler m’a rappelé que j’avais encore cette découverte à faire. Vous aussi peut-être !

Ou ici: Amitié selon Véronique Ovaldé

Transcription :
Il y a une très belle histoire d’amitié, entre deux femmes.
Ah oui, c’était très important pour moi, cette histoire de camaraderie. En fait, c’est quelque chose qui est important pour moi (1) dans… dans ma vie, c’est quelque chose que je… je… que j’aime beaucoup, c’est entretenir les camaraderies. Et la camaraderie, c’est quelque chose qui est entre les femmes, entre les hommes, ou entre les hommes et les femmes, c’est quelque chose qu’on peut vraiment bien cultiver. Et je… je… Dans les livres que je lisais, il y avait assez peu de femmes camarades, bonnes camarades. Et souvent, on vous explique (2) que les femmes sont… sont beaucoup plus en compétition, que ça va être… Vous les voyez, elles sont souvent pestes entre elles, quand vous lisez des livres sur des femmes entre elles. Et j’avais très envie de mettre en place deux personnages, deux amies, deux… deux grands camarades qui… qui sont à la fois (3) pleines de bienveillance l’une pour l’autre, pleines d’indulgence. C’est très important, l’indulgence dans la… dans l’amitié.
C’est presque comme deux sœurs, sauf que quelquefois, les deux… deux sœurs, ça peut être en terrain… La famille est un terrain hostile souvent.
La famille est un terrain hostile et en plus de ça, les sœurs, souvent, il y a quand même des… des jalousies, des compétitions…
Bien sûr.
C’est-à-dire des rivalités qui sont assez… assez fortes, alors qu’entre deux personnes qui se choisissent, évidemment, c’est totalement différent. Donc je trouvais ça important de les mettre… Important, et en plus, et très, très agréable pour moi et j’aime bien, en fait, ces deux… ces deux jeunes femmes ensemble, ces… qui sont colocataires (4) par hasard et qui finalement, vont s’entendre (5) pendant des années.

Quelques détails :
1. c’est quelque chose qui est important pour moi : on dit souvent aussi : C’est quelque chose d’important pour moi. Dans ce cas, il ne faut pas oublier la préposition de. Par exemple : Quelque chose de nécessaire / quelque chose de satisfaisant.
2. On vous explique… : ici, il s’agit du sens premier de On. C’est un pronom indéfini qui ne renvoie pas à quelqu’un en particulier.
3. À la fois : après cette expression, on attend deux éléments, deux idées (à la fois… et… ) . Ici, la première idée est exprimée : pleines de bienveillance et d’indulgence. Mais il n’y a pas le deuxième élément auquel elle avait pensé, sans doute parce que la journaliste intervient et la conversation part dans une direction un peu différente.
4. Des colocataires : des personnes qui vivent dans le même appartement sans former un couple ou une famille, mais avant tout pour partager le loyer et les dépenses liées au logement. On dit dans ce cas qu’on vit en colocation.
5. S’entendre (avec quelqu’un) : avoir de bonnes relations et partager beaucoup de choses avec quelqu’un. En général, on dit : Je m’entends bien avec lui / avec elle. (On ajoute bien) Et si le sujet est pluriel, on peut dire : Ils s’entendent / Ils s’entendent bien. On dit qu’il y a une bonne entente entre ces personnes.

Luis SepulvedaRécemment, j’ai lu un beau petit livre de Luis Sepulveda, joliment traduit de l’espagnol et joliment illustré par une dessinatrice française. Histoire d’un chat vieillissant, aux côtés de son « humain » attentionné et d’une petite souris délicieuse qui lui prête son regard.

Quelques jolies vérités mises en mots par Luis Sepulveda, égrenées tout au long de son récit :
Les amis veillent toujours sur la liberté de l’autre.
Les amis comprennent les limites de l’autre et lui viennent en aide.
Les amis pour de vrai* partagent aussi le silence.
Les amis pour de vrai veillent toujours sur l’autre.
Luis Sepulveda
Les amis pour de vrai partagent les rêves et les espoirs.
Les amis pour de vrai partagent aussi les petites choses qui égayent la vie.
Les amis pour de vrai s’entraident pour venir à bout de toutes les difficultés.
Les amis pour de vrai partagent ce qu’ils ont de meilleur.

Pour écouter ces jolies pensées:
Ou ici: Les amis pour de vrai

* Pour de vrai : c’est une expression enfantine. Elle donne à ces phrases tout le poids et la force des paroles des enfants : un ami pour de vrai, ce n’est vraiment pas n’importe quel ami !
* Venir à bout de quelque chose : réussir à finir quelque chose / triompher de quelque chose.
Ce livre était très long mais j’en suis venu(e) à bout !
Il est venu à bout de tout le travail qu’il avait à faire.

Dernière minute: Je découvre à l’instant que Lola, elle, a lu Véronique Ovaldé et vient juste de publier de quoi nous mettre l’eau à la bouche ! Dès demain, je me trouve un roman de cet écrivain !

Désillusions

Dimanche prochain aura lieu le premier tour des élections municipales, au terme desquelles seront nommés les maires de toutes les communes de France – petits villages, villes moyennes, grandes villes. Election de proximité, importante pour notre vie quotidienne. Mais certains annoncent une augmentation de l’abstention, notamment chez les jeunes.
Alors tous les moyens sont bons pour les encourager à voter, y compris leur parler dans un langage qui est soi-disant le leur. Et bien sûr, hors les réseaux sociaux, point de salut !
Voici donc ce qu’on lit sur la page qui s’affiche quand on se déconnecte de Facebook:

oui je vote page facebook accès

Et ailleurs sur internet:

Oui je vote c'est tweeter liker

Alors, les Français vont-ils liker, tweeter et aller voter ?
Si on écoute la petite conversation qui suit, pas sûr que les campagnes de communication du gouvernement soient très efficaces ! Transcription :
– Au début, on fait… Ils font de la lèche (1), ils font de la lèche pour qu’on vote pour eux. Et dès qu’ils ont obtenu ce qu’ils veulent, bah on peut plus rien faire, c’est fini. J’ai plus confiance.
– Vous aussi (2), vous ne voterez pas ?
– Non, je voterai pas non plus. Je voterai pas parce que pour moi, c’est un peu… c’est un peu des charlatans (3), en fait. Moi, quand je vois, c’est hallucinant, ce qu’ils mettent dans les décorations de Noël (4), ou même juste le feu d’artifice (5), vous imaginez pas combien ça coûte ! Et il y a plein de gens qui sont dans le besoin (6) et il y a personne pour les aider.
Pour moi, je dis, il faut qu’ils aillent sur le terrain (7).
– Parce que c’est sûr, on a des jolis espaces verts (8), mais après, il y a pas que l’environnement.
– Qu’est-ce que vous attendriez par exemple ?
– Bah… qu’ils fassent vraiment des choses pour les jeunes.
– Déjà pour les logements, il y a pas assez de logements sociaux (9). Si c’est pour donner un logement au bout de trente ans (10), où est l’intérêt ? C’est-à-dire pendant 30 ans, on attend un logement avant d’avancer dans la vie.
– Moi, je vois mon cas, moi j’ai fait une demande depuis super longtemps (11), sous prétexte qu’ils me disent : Vous n’avez pas d’enfant, vous n’êtes pas prioritaire. Et pourtant, je… je gagne un salaire, je paye mes impôts, et ils ont donné le logement à quelqu’un qui est au chômage mais qui a son parent qui travaille pour la mairie. On est mis de côté (12), en fait. On est mis de côté, on fait partie des habitants mais en même temps, on en fait partie quand ils ont besoin de nos voix (13), mais une fois que les élections sont passées…
– Clairement, on est pris pour des cons (14), hein !
– Par la politique ou par les politiques (15) ?
– Bah il y a encore des politiciens qui sont bien, faut dire ce qui est (16). Mais le problème, c’est qu’ils sont peu par rapport à tous les connards (17) qu’il y a ! C’est ça le problème. La politique en elle-même, il en faut. Dans tous les pays, c’est grâce à la politique qu’on a avancé. C’est normal. Mais maintenant, aujourd’hui, les politiciens, ils pensent qu’à leur gueule (18), ils pensent qu’à leur gueule.

Des explications :
1. faire de la lèche (à quelqu’un) : flatter servilement quelqu’un pour obtenir des avantages. (argot) Cela donne aussi l’expression : être lèche-bottes, ou lèche-cul.
2. vous aussi : ici, elle devrait dire : Vous non plus, vous ne voterez pas ?, car la suite est négative. Ça aurait été correct si elle avait dit : Vous aussi, vous vous abstiendrez.
3. Un charlatan : quelqu’un qui raconte n’importe quoi, en faisant croire qu’il a des connaissances dans un domaine. Cela signifie donc ici que ce sont des gens dont les discours ne sont que des mensonges.
4. Les décorations de Noël : au moment des fêtes de fin d’année, toutes les villes illuminent et décorent les rues. Donc c’est un budget pour une commune. Cette jeune femme trouve que c’est de l’argent gaspillé et qu’il y a d’autres priorités.
5. Le feu d’artifice : le 14 juillet, jour de la fête nationale, un feu d’artifice est tiré dans la plupart des communes. Et ça aussi, ça coûte cher.
6. Être dans le besoin : ne pas avoir assez d’argent pour vivre correctement. C’est une autre manière de dire qu’on est pauvre.
7. Aller sur le terrain : aller voir comment les gens ordinaires vivent vraiment.
8. Les espaces verts : c’est l’expression utilisée pour désigner tous les jardins publics et tous les massifs fleuris d’une ville.
9. Les logements sociaux : c’est ainsi qu’on appelle des logements accessibles et reservés à tous ceux qui ont des petits salaires et qui ne peuvent pas payer un loyer élevé à un propriétaire. Il y a des conditions de ressources. Le problème des loyers est devenu très sensible car ils ont beaucoup augmenté.
10. Trente ans : il veut dire par là que la liste d’attente est longue et donc que cela prend beaucoup trop de temps pour obtenir un appartement. En fait, il n’y a pas assez de logements sociaux.
11. Super longtemps = très longtemps (familier)
12. on est mis de côté = on est négligé, personne ne s’occupe de nous.
13. Nos voix : dans le domaine des élections, les voix sont les votes exprimés par les électeurs pour les candidats. On donne les résultats en nombre de voix.
14. On est pris pour des cons = on nous prend pour des imbéciles, on se moque de nous. (très familier). On pourrait dire aussi, avec le même niveau de langue: Ils se foutent de notre gueule.
15. les politiques = les hommes politiques et les femmes, mais on ne dit pas les femmes politiques – ce qui reflète la place peu importante des femmes en politique pendant longtemps. Donc on entend de plus en plus « les politiques », qui englobe les hommes et les femmes.
16. Il faut dire ce qui est : cette expression toute faite signifie qu’il faut reconnaître quelque chose, qu’on ne peut pas le nier. (plutôt oral)
17. un connard : c’est un terme insultant, très péjoratif, plus fort et vulgaire que « un con ».
18. ils pensent qu’à leur gueule = ils ne pensent qu’à eux-mêmes, ils ne sont guidés que par leur intérêt personnel. (très familier, quasi vulgaire).

Lire la Suite…

Etude de genre

Cette fois-ci, c’était les pommes de terre qui avaient retenu mon attention: photos appétissantes de recettes simples pour un aliment de base. De quoi nous redonner des idées pour varier les menus et les plaisirs. (« Nous », parce qu’à la maison, la cuisine est une activité partagée.)

Je n’avais pas remarqué le dossier spécial, consacré à la Saint Valentin. Commerçants, magazines et pubs reviennent à la charge tous les ans avec cette fête qui ne fait pas vraiment partie des traditions françaises.

J’ai donc lu le dossier spécial :

1SaintValentin le dossier
Des cœurs, du rose, du rouge, des fleurs. Rien que de très normal sans doute pour la « fête des amoureux ». Une tonne de conseils pour réussir ce jour si particulier.

2Introasexuée
Mais qui est aux commandes ? Qui va « sortir le grand jeu* » et préparer « des repas qui titillent ses papilles et eveillent ses sens » ? Jusque-là, aucun signe qui permette de savoir si ces conseils s’adressent plutôt aux hommes ou aux femmes. Bien sûr, me direz-vous, qui achète plutôt des magazines de cuisine ? Mais la plupart du temps, les recettes sont assez neutres pour être lisibles aussi bien par des cuisiniers que des cuisinières, puisque la cuisine est à la mode et qu’elle fait vendre.

3Maintenantc'est clair
Mais ensuite, tout devient parfaitement clair. Déjà, il y avait ce titre : « Je séduis » qui pouvait nous mettre la puce à l’oreille*. Eh oui, qui a été programmée pour plaire ?
Et plus loin, qui va tout faire pour profiter « de sa bonne humeur lorsqu’il rentre à la maison » ? (Il rentre bien sûr plus tard et attention, il pourrait être de mauvaise humeur car il a travaillé.)
Et qui lui prépare son déjeuner tous les jours – sa lunchbox, soyons modernes – et qui va s’appliquer le 14 février, comme ça « il fera des envieux parmi ses collègues » ? (Et vous, mesdames, comment épatez-vous vos collègues de travail à l’heure du déjeuner ?)

4Séduirepar la cuisine
Puis viennent les trucs de grand-mère et la sagesse populaire, les talents culinaires des femmes « bonnes à marier », les aphrodisiaques au service de la séduction féminine, le tout renforcé par des philtres d’amour. Rappelez-vous, on nous a promis le grand jeu ! Eh bien, le voilà, c’est sûr !
Alors, de l’humour à 100% ? Une parodie des conseils qu’on donnait à la femme au foyer parfaite dans des années pas si lointaines que ça ? Du second degré* ?

5Quicuisine
Certes, sur les photos, on voit que porter un tablier n’est pas exclusivement féminin. Mais en y regardant de plus près, qui fait goûter sa cuisine à l’autre, plein d’admiration ? Qui découpe la viande ? Bref, qui est le chef dans le fond ? Petit paradoxe dans un dossier destiné aux cuisinières, pas aux cuisiniers ! Paradoxe ou stéréotypes en action ?

6Une fille trèscool
Conclusion: vous saurez comment être « une fille très cool« , bien dans le rôle que la nature lui a prévu, parce que tout ça, c’est naturel, non ?

En ce moment, en France, il est question de chasser les stéréotypes sur les rôles féminins et masculins dans les manuels scolaires, dans les livres pour enfants, dans l’éducation que nous donnons à nos petits. Pour les plus grands, il ne faudra pas oublier, entre autres, les magazines de cuisine !

Allez visiter le site du gouvernement sur ce sujet, pour ne pas laisser la place aux idées fausses véhiculées par certains. C’est clair, c’est simple et c’est incontestable.

Remarque: Avec tout ça, nous n’avons pas encore testé les recettes de pommes de terre ! J’en ai retenu deux:
– un gratin aux deux pommes et au chèvre
– un paillasson de pomme de terre à la coriandre et crevettes sautées au gingembre.
Il va falloir que je retourne à mes fourneaux !

Des expressions:
* sortir le grand jeu: déployer de grands moyens pour arriver à son but, pour impressionner quelqu’un.
* mettre la puce à l’oreille: c’est lorsqu’un détail nous alerte sur quelque chose, éveille notre attention ou nos soupçons.
* c’est au second degré / c’est du second degré: cela signifie qu’il faut interpréter des paroles ou une remarque à l’opposé de ce que les mots ont l’air de dire. Normalement, il s’agit d’humour. Il ne faut pas en rester au sens littéral de ce qui a été dit.

Seule avec deux enfants

Au début

Seuls au monde. Au début.
Puis, quelques années plus tard, seule avec deux enfants. Peut-être.
Telle est souvent la définition de la famille monoparentale, comme on dit aujourd’hui. Voici le témoignage de Sonia, par petites touches, sur cette vie à trois.

Transcription
– [Arthur] est chez son papa. Il passe le weekend chez lui.
– Et Sybille dort toujours.
– Et Sybille dort. Mais je vais bientôt la réveiller.
– Elle a le sommeil lourd (1) en ce moment ?
– Voilà. Mais elle se couche tard aussi (2).
– C’est compliqué la… la logistisque au quotidien avec les deux enfants, toute seule ?
– Bah non, c’est plus compliqué (3). Maintenant, ils vont à l’école. Donc Sybille rentre toute seule puisqu’elle est au collège. Elle a les clés. Et Arthur, je le récupère à 18h30 à l’étude (4). Le mercredi (5), j’ai une personne, un jeune homme, qui vient garder mes enfants, voilà, et qui fait la cuisine, qui fait les devoirs (6), qui amène Sybille à la danse. … Tu viens ?
– Bonjour Sybille. Elle s’est couchée un peu tard hier ou pas ?
– Oui, hier soir, oui. Oui, oui, elle s’est couchée tard. Elle était sur internet.
– Vous limitez l’usage d’internet ou pas ?
– Oui, j’essaie ! J’essaie !
– Qu’est-ce que tu fais sur internet le soir ?
– Bah… ça dépend. Soit j’écoute de la musique, soit je suis sur Facebook, ou des trucs (7) comme ça.
– Et le petit frère, quand il est là, il se lève aussi tard que Sybille ?
– Non, non. Alors lui, c’est… c’est complètement l’inverse. Lui, c’est du 6 heures du matin (8). Il met son réveil. Il se lève. Il va sur internet, bien sûr. Il fait ses jeux.
– Vous êtes nombreux dans ton collège à être élevé par un seul des deux parents ?
– Oui. Hum (9).
– C’est difficile d’en parler devant maman, mais tu le vis comment, toi, le… la séparation des parents ?
– Bien, parce que j’étais tout bébé (10). Donc je m’en rappelle pas… enfin… Et mon père, je le vois aussi, donc ça me fait rien. (11)
– Il habite où, ton père ?
– A Paris.
– Tu vas à Paris pendant les vacances ?
– Ouais.
– Est-ce que vous touchez une allocation (12) pour élever seule vos enfants ?
– Non. Non non, non non. Je touche… bah les pensions alimentaires (13) des papas.
– Ça… ça fait quel montant, si c’est pas indiscret ?
– Les deux cumulés, ça fait 500 €.
– Ça vous suffit pour subvenir à leurs besoins ?
– Non, non, pas du tout ! Pas du tout, mais bon, c’est comme ça, hein.
– Comment ça se passe, le travail ?
– Ça va… ça va à peu près. Il y a des hauts, des bas. Mais ça va, je me débrouille bien. Je travaille beaucoup, donc c’est beaucoup de métro, boulot, dodo (14), quoi.
– Métro (15) ?
– Oui… enfin sans métro, mais voilà ! C’est un peu ça. Parce que la vie est chère, terriblement chère.
– Qu’est-ce qui vous coûte le plus cher ?
– Bah… la… la nourriture. Oui, la nourriture, ouais. Faire les courses (16), c’est une horreur, quoi ! Tu es obligée* d’aller dans des… des magasins style Lidl, Netto (17), les choses comme ça.
– Et vous pensez rester ici un petit moment à Douelle ?
– Bah, les enfants sont bien, donc voilà. Mais j’ai quand même dans l’esprit un jour de partir vivre ailleurs, oui.
– Vous êtes pas tellement attachée à Douelle.
– C’est un petit village, on s’y sent bien. Mais c’est particulier, quoi. On n’est pas douellais. Voilà, c’est comme ça, quoi. Les gens sont gentils, mais je sais pas, il y a un barrage, quoi. Il y a une distance.

Quelques détails :
1. avoir le sommeil lourd : dormir profondément. Donc ne pas se laisser réveiller par les bruits ambiants.
2. aussi : ici, cela signifie qu’il y a une deuxième explication au fait que Sybille dorme tard.
3. C’est plus compliqué = ce n’est plus compliqué. Il ne s’agit pas de la comparaison mais de la forme négative, dans laquelle il manque « ne .
4. L’étude : ce sont les heures qui suivent la classe à l’école primaire, après 16h30 en général. Les enfants dont les parents travaillent restent à l’étude, dans leur école, et peuvent faire leurs devoirs.
5. Le mercredi : il n’y a pas classe le mercredi en primaire (ni en maternelle), sauf dans les écoles qui ont commencé à appliquer la réforme des rythmes scolaires.
6. Qui fait les devoirs : elle veut dire qu’il fait les devoirs avec les enfants, qu’il les aide. Il leur fait faire leurs travail d’école.
7. Des trucs = des choses (familier)
8. c’est du 6 heures du matin : l’emploi de « du » devant un horaire n’est pas très fréquent. Cela signifie qu’on généralise, qu’on décrit un horaire habituel, de façon plutôt familière.
9. Hum : cette onomatopée signifie qu’on approuve, qu’on dit oui.
10. Être tout bébé = être toute petite, très jeune. Elle n’avait que quelques mois.
11. Ça me fait rien : ça ne me dérange pas, ça n’a pas de conséquences sur ma vie.
12. Toucher une allocation : recevoir une allocation, c’est-à-dire une aide financière de l’Etat.
13. Une pension alimentaire : c’est une somme versée à la mère par le père en cas de divorce.
14. Métro, boulot, dodo : cette expression familière indique qu’on a peu de temps libre, qu’on est esclave de la vie quotidienne, avec beaucoup de temps passé dans les transports pour aller travailler. Et donc ensuite, on est tellement fatigué qu’il ne reste que le temps de dormir (= faire dodo : cette expression est utilisée par les enfants, sauf ici, pour que les sonorités riment.)
15. Métro ?: là où vit cette famille, il n’y a pas de métro puisque c’est un petit village. Donc c’est juste une image pour décrire le rythme quotidien de cette femme.
16. Faire les courses = acheter ce qui est nécessaire pour mange (et entretenir la maison).
17. Lidl, Netto : ce sont des magasins discount implantés en France depuis quelques années. (Les Français utilisent le mot « discount », avec une prononciation à la française bien sûr !)

* Petite remarque sur le tutoiement et vouvoiement à propos de Tu es obligé(e) d’aller dans des magasins… :
Comme vous l’avez remarqué, les deux femmes ne se tutoient pas. Mais au lieu d’employer « On » dans son sens général et impersonnel, dans une conversation, on peut utiliser un pronom plus personnel, Vous et Tu: On est obligé / Vous êtes obligé / Tu es obligé. Ce qui est bizarre, c’est que de plus en plus de gens utilisent Tu dans ce cas-là, même si par ailleurs, ils ne tutoient pas la personne à qui ils parlent. C’est un peu comme si tu devenait impersonnel, alors que c’est le pronom qui de manière générale crée le plus de proximité entre les gens.

Ça vous occupe

La vie domestiqueÇa vous occupe: il s’agit de l’une des répliques d’un film français qui vient de sortir. Petit commentaire condescendant et banal d’un homme en réponse à l’héroïne qui parle de ce dont elle essaie de remplir ses journées de femme qui a cessé de travailler.
Transposition dans un décor français d’un roman de Rachel Cusk, Arlington Park, que j’avais beaucoup aimé il y a quelques années. Tableau de ces vies de femmes, remplies, grâce au travail de leur mari, de tout ce qui est (peut-être) matériellement désirable. De quoi pourraient-elles bien se plaindre, dans ce confort protecteur, qu’elles ont choisi ou cru choisir ? Et pourtant…

Je ne sais pas ce que vaut ce film. Mais apparemment, il pose cette question des raisons qui font que des femmes continuent à penser qu’elles n’ont pas besoin d’être autonomes et que les femmes sont faites pour la « vie domestique ». Les hommes n’envisagent jamais leur propre vie dans ces termes.

Pour vous faire une idée, la bande annonce est ici.
Encore une fois, un petit condensé de français parlé !

Transcription :
– J’étais prof (1). Mais j’ai arrêté. Et là, je cherche du travail dans l’édition (2). Et sinon, j’anime un atelier littéraire avec des jeunes filles en difficulté (3) dans un lycée professionnel et j’écris aussi quelques articles.
– Bah c’est bien, ça. Ça vous occupe.
– Là, on s’est fait chier (4) comme dans une réunion de copropriété (5).
– Tu es jamais satisfaite. Une sacrée emmerdeuse (6) ! Allez viens, on va se coucher.
– Non, je vais fumer une cigarette.
– On se fait un petit café ?
– Oui.
– J’ai juste une course à faire (7). Donc à la maison à 10 heures ? C’est bon (8)?
– Vous avez quoi ?
– Arpeggio. Vivalto. Ristretto. (9)
– C’est vrai ! Tu crois pas que tu aurais été mieux avec une grande Danoise simple et cool qui aime le canoë et la gymnastique du matin ?
– Vivement que (10) tu aies la réponse pour ton job (11), hein ! Tu seras moins chiante (12).
– Ça y est ? Vous avez enfin tué votre mari ?
– Le point positif, c’est que vous êtes plus que deux sur le coup (13). L’autre, c’est Martin Delhomme.
– Je vois très bien qui c’est, oui.
– Tu couches avec lui ?
– Madame, vous êtes allée chez le coiffeur ou quoi ?
– En France, les femmes sont libres, hein. Elles sont libres de travailler, de voter.
– Ah ben on doit pas toutes vivre en France alors !
– Oh ouais.
– C’est vrai, en plus maintenant, on est au courant de (14) tous les malheurs du monde. C’est complètement angoissant. Alors qu’en fait, nous, dans notre vie, on est plutôt heureuses.
– Je sais pas si ça vous fait ça (15) à vous, mais moi, cette heure-là, ça me noue l’estomac (16).
– Le prends pas mal (17) ! Un jour, ça sera l’inverse. C’est moi qui gagnerai moins d’argent.
– Tu es vraiment dégueulasse (18)!
– Tu avais déjà invité ton amant, à venir prendre le petit déjeuner ? C’est ça ?
– Ce serait un drôle d’amant, hein, si je l’invitais au petit déjeuner ! Ça serait un mari.

Quelques explications :
1. prof : abréviation de professeur. On l’utilise très souvent, même si c’est plus familier que le mot complet.
2. L’édition : c’est le secteur de la publication des livres, etc…
3. en difficulté : c’est le terme qu’on utilise pour parler des enfants ou des ados qui ont des problèmes scolaires (et sociaux, car c’est souvent lié)
4. se faire chier : s’ennuyer, trouver le temps très long. (très familier, vulgaire, à manipuler avec précaution). On entend souvent aussi : Je me suis fait chier comme un rat mort / On s’est fait chier comme des rats morts.
5. Une copropriété : c’est l’association de tous les propriétaires dans un lotissement ou un immeuble. Il y a des réunions annuelles pour prendre des décisions sur la gestion des espaces verts, les travaux à faire dans les parties communes, le budget, etc… C’est en général très ennuyeux et le lieu de disputes entre les copropriétaires !
6. Une emmerdeuse : une casse-pieds (très familier, assez vulgaire) Et quand on ajoute « sacrée » devant, cela renforce ce mot.
7. J’ai une course à faire : avec le mot « une course » au singulier, cela peut être n’importe quoi: aller chercher du pain, passer à la poste, faire une démarche administrative, etc… Alors que lorsqu’on dit « Je vais faire les courses » (au pluriel), cela signifie qu’on va acheter à manger ainsi que ce qui est nécessaire dans une maison (lessive, produits d’entretien, etc…)
8. 10 heures ? C’est bon ?: c’est comme ça qu’on demande à une personne si ça lui convient, si ça marche pour elle.
9. Ce sont les noms de différentes capsules de café vendues par Nespresso, très à la mode, qu’on ne trouve pas au supermarché afin de leur donner une image de produits plutôt haut de gamme.
10. Vivement que… ! : cela signifie qu’on a hâte que quelque chose arrive. Il faut utiliser le subjonctif : Vivement que tu sois là. / Vivement qu’il fasse tout tout seul !
11. Ton job : on entend souvent ce mot anglais en français, mais ça n’a pas le même effet que « travail ». Personnellement, je trouve que ça donne un côté moins sérieux à ce travail, à cet emploi. (comme dans un job d’été, un job étudiant)
12. chiant : casse-pieds, ennuyeux. (très familier, plutôt vulgaire)
13. être sur le coup : essayer d’obtenir quelque chose ou d’acheter quelque chose en faisant une bonne affaire. (familier): J’ai visité un appartement qui me plaît bien. Mais il y a d’autres personnes sur le coup. Je ne sais pas si je vais réussir à l’avoir.
14. être au courant de quelque chose : en être informé / savoir quelque chose. Par exemple : Il a déménagé. Tu es au courant ? / Je n’étais pas au courant. On utilise aussi : Tenir quelqu’un au courant, c’est-à-dire l’informer de quelque chose.
15. Si ça vous fait ça = si vous ressentez ça
16. ça me noue l’estomac = ça m’angoisse.
17. Ne le prends pas mal = ne te vexe pas / Il ne faut pas te fâcher pour ça. C’est ce qu’on dit quand on fait une critique à quelqu’un mais qu’on veut un peu adoucir les choses. Si on dit de quelqu’un : Il l’a mal pris / Il l’a très mal pris., cela signifie que la personne n’a pas été contente de ce qu’on lui a dit ou fait.
18. Dégueulasse = dégoûtant (très familier, assez vulgaire). Quand cet adjectif est employé à propos de quelqu’un, c’est une insulte, un reproche très fort. C’est qu’on n’apprécie pas du tout ce que cette personne a dit ou fait.

Cela m’a aussi fait penser à une série de photos d’une photographe que j’aime suivre. Photos inhabituelles pour elle, qui reflètent ce vide.

L’avez-vous lu ?

La plupart du temps, je ne lis pas les romans au moment où ils sont publiés. J’attends qu’ils paraissent en livre de poche. Vieux réflexe d’économie ! Mais aussi parce qu’un livre de poche, c’est léger, transportable. Et joli, exposé sur les présentoirs des librairies.
Je viens donc tout juste de lire ce petit roman, offert par ma mère qui n’arrive pas à récupérer l’exemplaire plus cher qu’elle a prêté et qui n’est pas encore revenu !

La liste de mes envies

Je l’ai lu d’une traite.
Histoire de Jocelyne, la mercière d’Arras, dont la vie change quand elle gagne au loto, mais pas forcément comme on l’imagine. Histoire racontée à la première personne du singulier, avec simplicité et acuité, au plus près de ce qui se passe dans sa tête.

apéro tricotEt pour vous donner envie d’ajouter ce livre à la liste de vos envies à vous, cliquez ici pour regarder une jolie petite présentation par l’auteur. Sympathique !

Transcription :
J’avais écrit L’Ecrivain de la famille qui était mon premier livre, qui racontait l’histoire de… d’une famille dans le nord et j’avais imaginé une mère comme elles étaient dans les années 60-70, des petites femmes grises qui fermaient leur gueule (1) et donc, en écrivant ce personnage de femme, j’ai eu tellement de plaisir à l’écrire que je me suis juré que s’il m’était donné d’écrire un deuxième livre, je serais une femme le temps d’un livre. Après, le sujet du livre, ce qui m’intéressait, c’est de se dire : Je prends une femme, elle a 48 ans, elle est à la moitié de sa vie, elle peut changer sa vie mais c’est un rêve.
Et un jour en lisant Le Parisien (2), j’ai vu que les Français dépensaient huit milliards par an en jeux de hasard : « Tu te rends compte ? (3) Si on gagne ! » Mais ils savent qu’on gagne pas mais ces petits rêves, ça vaut les 2€. Et donc, je me suis dit : J’ai… Je vais faire comme un petit chimiste, hein, je vais mettre maman (4), papa, les deux enfants et je vais foutre (5) une bombe qui s’appelle dix-huit millions, puis je vais regarder tout ce petit monde se foutre sur la gueule (6) et je me suis amusé, délecté (7) avec ça !
Pourquoi une mercerie ?
Je trouvais que c’est un très, très beau métier, je disais de… de… d’aimer faire des choses qu’on… dans lesquelles on va mettre les gens qu’on aime pour qu’ils… C’est comme un parfum en fait, de faire une veste, une chemise. C’est le parfum d’une mère qui donne à quelqu’un puis qui va partir. Et voilà, je trouve qu’il y a un côté très, très touchant d’une enfance qu’on veut pas laisser s’enfuir. Et je voulais rendre hommage à ces métiers de gens, ces femmes qui faisaient, qui tricotaient de l’amour en fait. Moi je suis parti de tout ça, j’ai bougé le saladier puis ça a donné La liste de mes envies.

Elle fait un blog qui est… Elle sait pas ce que c’est encore, si c’est commercial ou pas mais elle va utiliser un blog pour exactement ce qu’on disait tout à l’heure, c’est-à-dire renouer du lien social (8). Zola, il y avait la place du village. Après, il y a eu le… les crieurs sur les marchés et toute cette parole de… de village, même dans les villes, ça se perd. Et elle, elle dit : Tiens, je vais me servir du blog pour raconter ça, pour raconter tous ces gens seuls et tout et la première histoire que je raconte de cette vieille dame qui regarde son blog et qui tout d’un coup retrouve le… le… le… la joie de vivre. Et c’est extraordinaire, elle recrée du lien social. Moi j’ai été content d’avoir à la fois la mercerie qui est un truc (9) ancien, le blog, la modernité et comme elle dit à un moment, je crois  que ce qui est du passé n’est pas dépassé et ce qui est du futur est pas encore passé. Donc je pense qu’il y a de la place pour les deux, pour tout ça.

– Je crois que je vais adorer (10) ce livre ! De toute façon, j’ai adoré l’auteur, donc je vais adorer le livre !
– Moi, j’ai adoré le bouquin (11) et c’est… ce qui est de plus incroyable (12), c’est que mon mari a adoré le bouquin, alors qu’il lit pas du tout.
– J’ai beaucoup aimé ce livre parce que j’aime beaucoup rire et sourire. Et honnêtement, en le lisant, plusieurs jours, en deux-trois jours, j’ai régulièrement eu le sourire. Donc c’est un petit bonheur du quotidien, ce livre.

Quelques détails :
1. fermer sa gueule : se taire, c’est-à-dire aussi ne pas protester, accepter son sort sans rien dire. (très familier, à cause de l’emploi de « gueule », qui est de l’argot pour désigner la bouche, puis par extension le visage)
2. Le Parisien : c’est l’un des quotidiens français.
3. Tu te rends compte ! : cette expression sert à montrer comme quelque chose est incroyable.
4. Maman : écoutez comme il prononce ce mot, comme si c’était man-man, au lieu de bien prononcer le « a ». Beaucoup de Français, enfants ou pas, font ça.
5. Foutre : mettre (très familier)
6. se foutre sur la gueule : se disputer, se déchirer, s’affronter, se battre. (très familier)
7. se délecter avec quelque chose : trouver énormément de plaisir à faire quelque chose
8. renouer du lien social : c’est l’expression à la mode, pour exprimer l’idée qu’on lutte contre l’isolement des gens, contre l’individualisme et qu’on récrée une vie en société.
9. Un truc : une chose / quelque chose (familier)
10. adorer quelque chose : c’est plus fort que aimer quelque chose.
11. Un bouquin : un livre (familier). On emploie très souvent ce mot à l’oral.
12. Ce serait plus correct de dire : Ce qu’il y a de plus incroyable ou alors Ce qui est incroyable. Comme souvent à l’oral, il y a mélange de deux formulations très proches.

Mais qui va s’occuper de ton linge ?

Lessive
Les mères. Leurs fils.
Nos fils. Tout ce qu’on fait avec eux, pour qu’ils deviennent grands.
Et aussi ce qu’on jurait de ne jamais faire ! Parce qu’on ne savait pas encore.
Histoires de mères et de leurs fils devenus grands. Histoires d’amour pour toujours.
« Mais qui va s’occuper de ton linge ? » Question éternelle, posée avec humour ici !Transcription :
…Son fils partant, voulant partir, vers 18 ans, 19 ans, [elle] a dit – et c’est… c’est une phrase que j’ai mise dans le texte évidemment, dans… dans le scénario(1) : « Mais qui va s’occuper de ton linge ? » Et là, je me suis moquée. J’avais pas encore d’enfants.
J’ai dit : « Oh bah quand même ! (2) C’est pas… »
« Oui, ça va (3) ! Tu verras, tu verras ! »
J’ai vu ! Effectivement ! Il y a plein de mères qui sont trop contentes que leur fils arrive avec leur ballot (4) de linge à laver à la maison, alors qu’ils ont… Franchement, ils peuvent… il y a toutes les laveries de la terre à proximité, hein, si ils veulent. Parce que ça reste un lien, même s’il est nase (5)! Bon, on préfère avoir d’autres liens. Moi je préfère discuter… J’ai un fils qui est luthier (6), je préfère qu’il me parle de son métier plutôt que de me faire laver ses chemises, on va dire. Ce qu’il fait pas, d’ailleurs… Et que je fais de temps en temps… Quand il arrive, je dis: « Tu veux que… » «  Mais non. » « Si… » Voilà. Discrètos (7), mais je le fais discrètement.
Comment dire ? C’est vrai que une absence… Quand j’ai interviewé des fils, entre 20 ans et 50 ans, ce que j’ai réco[lté]… recueilli, à part un déni – parce que les gens sont dans le déni (8), voilà. Les mères disent :  » Mais c’est normal, mais c’est naturel qu’ils s’en aillent. Moi, j’ai aucun problème avec ça. » Bien sûr que c’est naturel et c’est normal. Il faut qu’ils s’en aillent ! Mais c’est barbare ! Je veux dire, quand on aime un homme, quand on aime quelqu’un, on fait tout pour le garder. On se fait le plus belle (9) possible, le plus intelligente, le plus drôle, le plus amoureuse, le plus tout…, le plus, le plus, le plus, pour le garder. Avec les enfants, on fait le plus, le plus, le plus, pour qu’ils s’en aillent. Ce qui est quand même donc biza[…] enfin, c’est pas bizarre, c’est naturel, c’est naturellement barbare. Mais bon, donc j’ai interviewé une vingtaine de garçons et ils m’ont tous dit : « J’adore ma mère. Mais elle est un peu lourde (10).» En gros (11), je résume. Il y a un Corse, un jeune acteur corse que j’avais rencontré au moment de Noël, et à qui je dis : « Qu’est-ce que tu vas faire à Noël ? Tu… tu vas en Corse ? » Il m’avait répondu : « Oh, bah si j’y vais pas, ma mère, elle m’envoie une équipe ! » Ce qui m’avait fait beaucoup rire et je m’étais dit : Ah ! Si moi j’avais le pouvoir d’envoyer une équipe ! C’est pas mon genre (12). Mais donc il y a des mères dont on sent que c’est incontournable. Moi je suis plus laxiste que ça. Je pleure dans les coins (13) mais jamais… Alors en plus, on pleure dans les coins ! On pleure pas… on pleure pas devant eux.

Quelques explications :
1. le scénario : Brigitte Rouan est cinéaste donc il s’agit du scénario de son dernier film: Tu honoreras ta mère et ta mère. (que je n’ai pas vu.)
2. Bah quand même ! : cette exclamation sert à protester et à affirmer le contraire de ce qui vient d’être dit. Par exemple :
Tu vas savoir faire ?
– Oh bah quand même !
(= bien sûr, ce n’est pas si compliqué que ça.)
Tu as pensé à son anniversaire ?
– Bah quand même !
(= je ne suis pas totalement idiot. Je suis capable de penser à ces choses-là. Ou bien : c’est tellement important que je ne risque pas d’oublier.)
Il faut que je lui fasse son repas.
– Oh bah quand même !
(= il est assez grand pour le faire lui-même.)
3. ça va : cette expression a beaucoup de sens différents. On peut l’utiliser comme ici pour « attaquer » la personne qui vient de nous dire quelque chose, quand on n’accepte pas une réflexion, une critique, pour montrer que ça nous irrite. Voici deux exemples :
– Je trouve que tu n’aurais pas dû lui dire ça.
– Oh, ça va ! Je dis ce que je veux !
– Tu te lèves trop tard le matin.
– Oh, ça va ! Je ne suis jamais en retard au travail.

Evidemment le ton n’est pas le même que quand on dit que tout va bien. C’est un ton agacé.
4. Un ballot : un sac, un paquet
5. nase : nul / mauvais (familier)
6. un luthier : il fabrique des violons, des altos.
7. Discrètos : discrètement. (Vous ne trouverez pas ce mot dans le dictionnaire, c’est juste oral et familier)
8. être dans le déni : refuser de voir la réalité en face
9. le plus belle possible : il faudrait dire : la plus belle possible. (Et même chose pour la suite : la plus intelligente, etc…) C’est bizarre de mélanger du féminin et du masculin comme ça, même à l’oral, qui est pourtant plus souple.
10. Elle est lourde = elle m’agace, elle est pénible.
11. En gros : sans entrer dans les détails
12. Ce n’est pas mon genre : ce n’est pas ma manière de faire.
Par exemple :
– Appelle-le ! Insiste !
– Oh, c’est pas mon genre (d’insister). J’attends qu’il prenne le temps de me répondre.

13. Dans les coins : en cachette, sans se montrer.

Et un peu de vocabulaire familier pour terminer, avec les mots qui se terminent par -os, en devenant de l’argot, comme discrètos:
calmos= calmement.
ça va calmos aujourd’hui. On n’a pas beaucoup de clients.
Oh ! Calmos ! C’est quoi, tout ce bruit ici ?
craignos: douteux / dangereux.
Il est craignos, ce type.
C’est craignos ici. Je reste pas !
nullos : nul
Tu es un gros nullos !
chicos: chic, élégant
Il était habillé chicos pour le mariage de sa sœur!
du matos: du matériel
Ce photographe, il a du super matos !
gratos: gratuitement
Dis-lui que tu viens de ma part. Il te réparera ça gratos.

On prononce le « s » à la fin de ces mots:

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