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Brindezingues !

Mon coup de coeur de ces dernières semaines ! Et je vais garder ce livre précieusement, pour ne plus quitter Nathalie et Eugène, les deux enfants / adolescents imaginés par Véronique Ovaldé et dessinés par Joann Sfar. Ce n’est pas une BD, mais une histoire qui naît des mots vivants, poétiques et drôles de l’écrivaine et des illustrations imaginées à partir du texte par le dessinateur. Vous savez, pour les moins jeunes d’entre nous, comme ces livres qu’on lisait enfant, où il y avait au détour des pages couvertes de mots quelques dessins qui tout à coup donnaient vie à ces histoires. (Mais là, il y a beaucoup plus de dessins, dans lesquels on peut se plonger pour regarder une multitude de détails.)

Donc c’est une histoire que j’ai trouvée formidable, très joliment racontée, où s’entremêlent les voix de la jeune et fantasque Nathalie, du timide mais valeureux Eugène, de la mère de Nathalie, des voisines, des parents d’Eugène, d’autres personnages, avec posés par dessus toute cette vie, les commentaires de la narratrice / Véronique Ovaldé. Les dernières lignes de l’avant-dernier chapitre sont très belles, je trouve. Et le dernier chapitre nous prend par surprise et dit toute l’ambiguïté de la vie, avec des mots très simples. (Je ne vous en dis pas plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte!) C’est beau, dense et profond, l’air de rien. Un vrai cadeau. Je n’avais pas envie que ça se termine. (Remarquez, on a le temps de partager leur vie, au fil des 150 pages de ce drôle de grand livre.)

Et voici des extraits d’une émission où les deux auteurs, qu’on sent très complices, parlaient de leur travail pour donner vie à cette histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu le mot « brindezingue » dans la bouche de quelqu’un ! (Les mots d’argot, ça va, ça vient.)

A cause de la vie Ovaldé Sfar

Transcription
– Je me suis dit : Mais en fait, ça va être vraiment quelque chose pour nous, pour lui et moi, vraiment un univers où il y a en effet des très jeunes gens, un peu… un peu inadaptés, et je crois que ça nous allait plutôt bien (1). J’imagine que tu étais un jeune garçon pas totalement adapté !
– Il vous ressemble un petit peu, ce Eugène, à la fois timide et qui tout à coup, parce qu’une jeune fille s’intéresse à lui et lui fixe des défis absolument improbables, parce qu’elle est quand même très, très culottée (2), hein, elle lui fait faire des choses… !
– Ce qui est beau, c’est que Véronique a écrit un vrai conte de chevalerie. C’est un jeune homme qui fait tout pour une femme, et puis on verra si il l’a ou pas à la fin, et ça se passe dans notre arrondissement (3), ça se passe dans le dix-huitième arrondissement parisien. Ça, je trouve ça formidable. Moi, comme beaucoup de gens de ma génération, je suis venu à la littérature par Quentin Blake et Roald Dahl et je savais pas à l’époque (4) qu’il y avait un écrivain et un dessinateur, le livre m’arrivait comme ça. Et en lisant le texte de Véronique, j’ai découvert quelque chose qui pour moi était de cet acabit (5), c’est-à-dire que ça s’adresse à tout le monde, puisque ça tape au cœur, puisque c’est émouvant. J’arrive pas à dire si ce livre est joyeux ou s’il est triste, je sais qu’en le lisant, j’ai pleuré. Et… Enfin, en même temps, je suis une énorme éponge, moi, je pleure tout le temps, mais là, c’était de bonnes larmes, si tu veux. Et j’ai fait ce que m’a appris Quentin Blake, j’ai dessiné le personnage, je lui ai demandé si ça lui allait, et après, je suis parti avec le texte et j’ai… Je vois ses phrases, je vois ce qu’elle raconte et on m’a fait l’amitié de me laisser autant de place que je voudrais. C’est en ça que ce livre est un peu atypique, c’est si parfois je veux dilater une petite phrase ou la redire, c’était autorisé. Après je me rends pas compte, j’éprouve un truc, je le dessine et si ça… si ça se communique, tant mieux. (6)
– Oui, parfois même la modifier : il y a le texte, très réussi de Véronique Ovaldé, et puis j’ai remarqué qu’à deux-trois reprises (7), vous prenez une ou deux libertés (8)– vous rajoutez une petite phrase, un sentiment, vous vous appropriez vraiment le texte de Véronique. Vous diriez que c’est un roman ? Un conte ?
– Je sais pas. J’aime bien quand tu dis roman de chevalerie. J’aime assez cette idée, je trouve que c’est assez juste. Roman de chevalerie qui se passe dans un vieil immeuble parisien à ce moment… finalement, les années 80, c’est juste après le vieux Paname (9), et juste avant que ça devienne Paris, dans un vieil immeuble, avec ces deux gamins qui sont à l’orée (10) aussi de l’âge adulte, cette métamorphose-là, métamorphose de Paris, de notre dix-huitième qu’on connaît si bien, et puis de… ce moment de transformation terrible où vous passez de… bah je sais pas, d’une espèce d’enfance un peu solaire, de ce… voilà, et puis, vous allez passer de l’autre côté. Donc c’est un moment un peu dangereux, un peu particulier, vous êtes pas toujours très content de passer ce moment d’adolescence, et il y avait tout ça à la fois dans ce… dans cette histoire. Alors pour moi, c’est une histoire un peu initiatique aussi, hein. Et une histoire d’amour.
– Je trouve que quand on lit tous les défis que la jeune fille lance au garçon, qui est amoureux d’elle, on se dit qu’on aurait aimé avoir une enfance comme ça. Et que chacun… chaque garçon aimerait avoir une fille comme ça, qui lui lance des défis de plus en plus difficiles et qu’il faut chaque fois réussir pour qu’elle continue à s’intéresser à lui, et ça, c’est sublime  !
– Est-ce que c’est pas ça, finalement, être romancière, Véronique Ovaldé : écrire pour réparer le passé, pour qu’advienne enfin ce qu’on aurait tellement aimé faire ?
Tout à l’heure, il disait quelque chose de merveilleusement juste, Romain Gary, quand il disait : Je… Quand j’écris, je veux vivre d’autres vies que la mienne. C’est… Alors, je pense qu’en fait, moi, je… dans ce genre de livre, je vis aussi d’autres enfances que la mienne. Donc je… C’est une espèce d’enfance fantasmée quand même de cette petite (11). Alors, le garçon, vous disiez, Monsieur Pivot, en fait le garçon qui voudrait… Tous les garçons aimeraient bien avoir une jeune fille un peu… un peu folle, brindezingue (12), un peu sauvage ,comme ça, un personnage romanesque (13) qui habite en-dessous de chez soi pour… et puis, qui nous lance des défis et qui nous donne des missions à remplir, bien sûr. Mais aussi, moi, j’aurais adoré être une jeune personne aussi libre que cette gamine, qui a onze, douze ans, qui a onze ans, par là, dans ces eaux-là (14), et qui en même temps, est en effet d’une liberté totale. Elle est… Elle ne va pas à l’école parce que ça ne l’intéresse pas. Elle vit seule avec sa mère, elles vivent dans des cartons (15) parce que les cartons n’ont jamais été ouverts, et elles sont… Et… Et puis elle vit dans un monde imaginaire qui est encore très, très proche de l’enfance. C’est ça que je trouve très beau, c’est ces moments… ce moment où en fait, on est encore avec les oripeaux (16) de l’enfance et puis, bah il va falloir passer de l’autre côté. Et puis là, ils sont… Ils ont pas envie tellement d’y aller, pour le moment.
– C’est un livre remarquable également sur… Il pose beaucoup de questions – c’est pour ça que c’est un bon livre – sur l’âge adulte aussi, quand on se retourne vers l’adolescent un petit peu mélancolique ou fou furieux que l’on pouvait être. Est-ce que c’est une bonne idée, Véronique Ovaldé, vingt-cinq ans plus tard de remettre ses pas dans ceux qui furent les nôtres lorsque nous étions adolescents, de chercher à revoir un premier amour, de chercher à revoir une sensation ?
– Ah non ! Je pense que c’est une très, très mauvaise idée, moi, j’en suis assez convaincue ! Alors moi, je suis… Je suis quelqu’un d’extrêmement mélancolique et en même temps d’un peu brindezingue comme cette jeune fille mais je suis absolument pas nostalgique. Ça n’existe pas, la nostalgie. Donc quand j’écris quelque chose qui se passe en 84, j’ai besoin de… Je réactive quelque chose qui me plaisait de ce moment-là – donc la musique.. J’adore en fait ce que tu as mis sur les murs, tu sais, les affiches qu’il y a sur les murs dans la chambre de la gamine. Moi, j’en parle pas. Joann, il met des affiches partout, sur tous… sur chaque mur – donc il y a Beetle juice, il y a plein de trucs qu’elle écoute, et du coup, qu’elle met, qu’elle affiche. Donc moi, j’ai beaucoup de mal avec le fait de retourner en arrière. C’est quand même… En fait, j’adore la réinventer. J’adore l’invention des choses. Donc moi, je réinvente les choses. Donc moi, j’irais jamais… j’irais jamais faire des pèlerinages sur les lieux… les lieux de mon enfance. Ça me viendrait pas à l’esprit ! (17)

Des explications :
1. ça nous allait bien = ça nous convenait bien / ça nous correspondait bien.
2. Être culotté : c’est avoir du culot, c’est-à-dire oser faire des choses interdites, défier les interdits. (familier)
3. un arrondissement : Paris, Lyon et Marseille sont divisées en arrondissements. A Paris, il y en a vingt. Si un Parisien dit par exemple : c’est dans le 15è / j’habite dans le 18è, tout le monde comprend qu’il parle du quinzième ou du dix-huitième arrondissement.
4. À l’époque = à ce moment-là (pour parler d’une période qu’on présente comme déjà un peu lointaine)
5. de cet acabit : de ce genre-là (familier)
6. tant mieux : cette expression signifie que c’est bien et qu’on est content de la situation.
7. À deux, trois reprises : deux ou trois fois
8. prendre des libertés : par exemple, prendre des libertés par rapport au texte d’origine signifie qu’on ne reste pas totalement fidèle au texte. On peut aussi prendre des libertés par rapport à un règlement.
9. Paname : c’est le surnom en argot de Paris, qui renvoie à l’image d’un Paris traditionnel, avant tous les changements de notre époque en quelque sorte.
10. À l’orée de : au début de… ( au sens premier du terme, il s’agit de l’orée de la forêt, c’est-à-dire là où commence la forêt, d’où son sens figuré.)
11. Cette petite : cette enfant
12. brindezingue : un peu folle (argot). On n’entend plus ce terme très souvent.
13. Romanesque : comme dans un roman. Ce terme évoque l’idée d’aventure, de vie pas ordinaire. On peut l’employer à propos d’une histoire ou de la vie de quelqu’un par exemple, mais aussi à propos d’une personne.
14. Par là / dans ces eaux-là : ces deux expressions familières signifient la même chose : environ, à peu près (à propos d’un chiffre, d’une quantité, d’une somme d’argent par exemple ou de l’âge de quelqu’un comme ici)
15. elles vivent dans des cartons = elles vivent au milieu des cartons (de déménagement) dans leur appartement.
16. des oripeaux : des vêtements, en général usés et dont on devrait donc se débarrasser. (Ce mot est toujours au pluriel.)
17. ça ne me viendrait pas à l’esprit : je ne peux absolument pas avoir cette idée, je ne peux absolument pas faire ça, ça m’est totalement étranger. On dit aussi : ça ne me viendrait pas à l’idée.

La vidéo entière, extraite elle-même de l’émission de télévision La Grande Librairie, est à regarder ici.

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Le poids des origines

cite-orientee-pauchonPas de surprise, selon le milieu dans lequel on naît et grandit, les possibilités offertes pour se construire un avenir ne sont pas les mêmes. Le premier obstacle, c’est tout simplement de connaître tous les choix possibles. C’est ce que raconte cette jeune femme qui a aujourd’hui trouvé sa voie mais après un parcours pas facile. Elle y est arrivée, mais cela lui a pris plus de temps et de tâtonnements qu’à d’autres. Et aussi, il lui a fallu une détermination et une ténacité que tous les jeunes face à ces freins sociaux n’ont pas nécessairement. C’est pour cela qu’elle croit fermement à des projets comme Cité Orientée dont il était question dans un billet précédent. Hervé Pauchon, avec ses questions posées comme toujours très directement et sans fioritures, a recueilli encore une fois un joli témoignage plein de sens.

Jeune productrice

Transcription:
– Vous êtes la productrice ?
– Oui. Enchantée (1). Vous êtes Hervé Pauchon ?
– Oui.
– Enchantée.
– Comment on devient productrice ?
– Eh bah, justement (2), c’était compliqué. C’est pour ça que j’ai pensé à Cité Orientée avec Jean Rousselot. C’est un concours de circonstances (3).
– Oui. Non, c’est pas un concours de circonstances qui fait qu’on devient productrice !
– Alors, moi, je vais vous raconter ma vie un petit peu mais moi, je suis issue (4) des quartiers (5), j’étais un peu…
– De quel quartier ?
– Je suis issue du 93 (6). J’avais des parents qui ont pas du tout dit ce qui existait comme métiers justement.
– Ils faisaient quoi, vos parents ?
– A ce moment-là, ils faisaient pas grand chose (7). Et du coup, je savais pas qu’il existait plein d’écoles, je savais pas qu’il existait plein de formations, je savais pas qu’il existait plein de choses. Et en fait, j’ai découvert ça sur le tard (8). Et pour éviter tout ce temps que moi, j’ai perdu à chercher une formation, à reprendre des cours, à prendre des cours du soir, à revenir à la fac, je me suis dit Cité Orientée, c’est bien parce que ça va peut-être permettre justement à des jeunes de comprendre et de connaître des formations, des métiers qui existent, que moi, je ne connaissais pas puisque j’avais pas accès à Cité Orientée quand j’étais lycéenne, au lycée.
– Et vous avez quel âge ?
– Trente-quatre ans.
– Donc aujourd’hui, vous auriez 14 ans (9), vous feriez quoi ?
– Ah bah aujourd’hui, j’aurais quatorze ans, j’irais sur Cité Orientée, je découvrirais plein de métiers, plein de formations qui existent et je me dirais : tout est possible.
– Et à 14 ans, vous vous disiez pas que tout était possible ? Dans le 93. Qu’est-ce que vous voulez dire ? C’est marrant parce que vous dites : J’étais dans les quartiers. Pourquoi vous dites pas le nom de la ville où vous étiez ? C’est un côté…
– J’étais à Pantin.
– Ouais.
– Et bah non, je… Il y avait plein de métiers que je connaissais pas, il y avait plein de formations que je connaissais pas, que j’ai découvert vraiment en reprenant mes études.
– Mais vous avez un regret ? Vous avez une formation que vous auriez aimé faire ?
– Il y en a plein !
– Donnez-moi un exemple.
– J’aurais bien aimé faire Sciences Po (10).
– Oui, c’est ça. C’est que vous ne connaissiez pas… Vous ne saviez pas que Sciences Po existait.
– Tout à fait. (11)
– Vous auriez su (12), c’est vraiment l’école que vous auriez aimé faire.
– Oui.
– Comment vous expliquez que vous connaissiez pas Sciences Po ? C’est parce que finalement, vos profs à Pantin ont jamais parlé de ça ?
– Jamais. On nous parlait pas… On nous parlait juste la classe au-dessus. On nous disait pas ce qui existait comme formations, comme orientation (13). On nous disait pas qu’il y avait des choses possibles et en général, ça s’arrêtait à des choses… Enfin, il y avait pas ce genre de discussions en fait !
– Et pourquoi ça vous plaît aujourd’hui, Sciences Po ?
– Pourquoi ça me plaît aujourd’hui, Sciences Po ? Parce que… Parce que du coup, j’ai rencontré des gens qui avaient fait Sciences Po et je trouvais que c’était une excellente formation.
– Et alors, dans votre Cité Orientée, il faut cliquer sur quel personnage pour faire Sciences Po ?
– Ah ! Pour l’instant, on n’en a pas encore !
– Ah, c’est vrai ?
– Ouais. On aimerait bien. On le fera ! Sur la saison 3.
– Comment on devient productrice ?
– Bah j’avais envie de faire du cinéma, j’avais un projet en cours et je me suis dit qu’au lieu d’aller taper aux portes (14) de tous les producteurs, j’allais monter une boîte de prod (15). J’étais à la fac (16).
– Une fac de quoi ?
– Une fac d’Histoire de l’Art.
– Rien à voir (16).
– Rien à voir. Et j’ai rencontré quelqu’un qui s’appelle Christophe Mahé.
– Le chanteur ?
– Le chanteur. Il était pas très connu à ce moment-là. Pour faire un film sur lui. Il devient connu, le film se vend bien.
– Donc vous avez de l’argent et là, maintenant, vous investissez votre argent dans des projets comme la Cité Orientée.
– Alors maintenant, en tout cas, j’investis mon temps dans des projets comme la Cité Orientée parce que vous savez, les producteurs en France sont pas ceux qui ont l’argent. On recherche l’argent.
– Alors, Cité Orientée saison 2, ça représente quel budget ?
– Alors, la saison 2 de Cité Orientée, ça représente environ 200 000 – 225 000 euros.
– Ah oui ! Quand même ! (17)
– Ouais.
– Parce que il faut tourner, faire tous les reportages.
– Un an et demi de travail.

Des explications :
1. Enchanté(e) : ce terme s’utilise quand on fait la connaissance de quelqu’un, dans un style soutenu. Sinon, ne fait, on dit juste : Bonjour, en serrant la main de la personne.
2. Justement : on utilise cet adverbe pour indiquer que c’est précisément ce dont on voulait parler.Cela permet de faire le lien. Par exemple :
– Alors, où en es-tu dans ton travail ?
– Ah, justement, je voulais te demander si tu pouvais m’aider un peu.

3. Un concours de circonstances : c’est lorsque plusieurs choses apparemment sans lien s’enchaînent pour aboutir, comme par hasard, à une situation particulière que rien ne laissait présager. Cela peut être positif et on dit alors : Par un heureux concours de circonstances. Si c’est négatif, on dira par exemple : Par un tragique concours de circonstances.
4. Je suis issue de… : je viens de… Par exemple, on dit aussi : Elle est issue d’une famille ouvrière / d’un milieu pauvre / d’un milieu modeste.. Par rapport au verbe venir de, cela permet peut-être d’insister davantage sur l’origine.
5. Les quartiers : c’est le terme employé maintenant pour parler des banlieues pauvres des grandes villes. Il prend ce sens seulement si on l’emploie au pluriel. C’est un emploi assez récent en fait, qui englobe tous les quartiers pauvres d’une ville, de toutes les villes.
Au singulier, un quartier, c’est simplement une partie d’une ville, sans indication du niveau social de ce quartier. Par exemple : J’habite un quartier tranquille / un quartier commerçant. / Notre quartier est en train de changer., etc. C’est pour ça que juste après, Hervé Pauchon demande de quel quartier exactement elle vient et qu’il est obligé de le lui redemander plus tard.
6. Le 93 : c’est le numéro du département de Seine-Saint Denis. Il y a quelques années, certains ont pris l’habitude de dire juste le numéro (ou même : « le neuf trois »), à cause de la mauvaise réputation de ce département. Ça ne change rien au problème ! C’est le seul département pour lequel on entend ça.
7. Ils faisaient pas grand chose : c’est un moyen de dire qu’ils n’avaient pas de travail stable.
8. Sur le tard : tardivement.
9. Vous auriez 14 ans = si vous aviez quatorze ans (On utilise le conditionnel présent à la place de Si + imparfait de l’indicatif). C’est fréquent.
10. Sciences Po : c’est le terme utilisé pour désigner L’Institut d’Etudes Politiques, une grande école parisienne au départ et qui a maintenant des campus dans plusieurs villes de France.
11. tout à fait : exactement / c’est tout à fait ça.
12. Vous auriez su = si vous aviez su (On utilise le conditionnel passé au lieu de Si + plus-que-parfait) C’est fréquent aussi.
13. L’orientation : pendant les études, il s’agit du choix de parcours qu’on fait. Par exemple : Il ne sait pas quoi choisir comme orientation. Il faut qu’il aille voir un conseiller d’orientation.
14. Aller taper aux portes: au sens figuré, cela signifie qu’on va voir des gens qui pourraient nous aider à obtenir ce qu’on veut. (de l’argent, de l’aide, etc.)
15. une boîte de prod = de production. Une boîte est le terme familier employé pour une entreprise. De façon plus neutre, on peut dire : une maison de production. Mais en fait, le terme « boîte de production » s’est généralisé et est presque devenu le terme normal.
16. J’étais à la fac : la fac = la faculté. Mais on emploie peu le terme entier. Cela signifie qu’on va à l’université. Mais tout le monde dit : Je suis à la fac / Je vais à la fac.
17. Rien à voir : cela signifie qu’il n’y a aucun rapport entre deux choses, qu’elles sont totalement différentes.
18. Ah quand même ! : on emploie cette exclamation pour montrer qu’on est surpris ou impressionné par quelque chose. Souvent, il y a l’idée d’une quantité qui nous surprend.

J’aime bien le style de ces petites interviews. Les questions sont simples et courtes, à la limite de la familiarité. Elles suscitent la parole et laissent toute leur place aux autres. J’ai beaucoup de mal avec les questions longues de certains (à la radio ou à la télé) qui ne savent pas s’effacer devant ceux qu’ils interrogent !

L’émission entière est à écouter ici.

Et Sciences Po est à explorer ici.

Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

cite-orientee

metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

La rentrée

rentree-des-classesLa rentrée est comme un second début d’année, au moins aussi important que le 1er janvier. Début septembre, après les vacances d’été, tout recommence, ou plutôt tout commence: rentrée scolaire et rentrée universitaire. Mais aussi rentrée littéraire, avec la parution de centaines de livres à ce moment-là. Rentrée dans les salles de spectacles avec une nouvelle saison jusqu’en juin prochain. Rentrée cinématographique aussi avec la sortie de films qui ont été primés au festival de Cannes. Et comme la rentrée entraîne des achats, les supermarchés et les centres commerciaux ont le droit d’ouvrir un ou deux dimanches début septembre. (Oui, en France, la plupart des magasins sont fermés le dimanche.)

Donc j’ai fait ma rentrée la semaine dernière. Et je fais aussi ma rentrée ici ! Un peu en retard car la rentrée est toujours une période chargée. La rentrée, c’est reprendre le rythme.
Etes-vous toujours là ?

il-y-a-des-reglesA la rentrée, on prend de bonnes habitudes, en classe notamment. Et cela concerne les petits et les grands ! J’ai trouvé cet album qui s’adresse aux petits écoliers. Mais je me demande si cela ne ferait pas du bien à certains de mes grands étudiants de méditer quelques unes des recommandations qu’on y lit !

Je vous ai donc sélectionné celles que je trouve tout à fait transposables aux bancs de l’université.
L’éducation, ça peut prendre du temps chez certains !

la-bonne-tenue

lecoute

les-gros-yeux

les-vacances

la-proprete-et-le-respect

Pour écouter ces quelques règles de base mais pas nécessairement évidentes pour tous :
Il y a des règles

Des expressions :
faire les gros yeux à quelqu’un: c’est lui faire comprendre par le regard qu’on n’est pas content du tout de son comportement.
Je ne suis pas un perroquet : cela signifie qu’on en a assez de redire les mêmes choses. (familier)

Bonne rentrée à vous !

Trois jours et une lecture

Il y a les livres qu’on attend de retrouver chaque jour (ou chaque soir) et dans lesquels on aimerait rester longtemps, en savourant le temps passé dans ces autres vies. Trois jours et une nuit n’est pas de ceux-là. On lit, le plus vite possible, tard, comme emporté jusqu’à la dernière page.
Parce qu’on veut connaître la clé de ce roman noir, très noir, parce qu’on veut terminer le puzzle en plaçant la dernière pièce. Parce qu’on est dans la tête d’Antoine à qui il est arrivé quelque chose de terrible, parce qu’on est bousculé par ses sentiments et ses pensées. Parce qu’il faut aller jusqu’au bout pour tenter d’estomper ce sentiment de malaise qui ne nous laisse pas de répit.

L’écriture très précise porte cette histoire implacable, où la tempête est partout, dans les têtes mais aussi dans la réalité des grandes tempêtes de Noël 1999. Une tragédie en trois actes, où le héros est ballotté par un enchaînement de circonstances, et où on cherche la réponse à la question qu’il / que le narrateur se pose : « Il avait menti et on l’avait cru. Était-il tiré d’affaire pour autant ? »

Trois jours et une nuit
Voici comment en parlait Pierre Lemaître à la télévision il y a quelque temps. Un modèle d’interview car on en sait assez pour avoir envie de lire cette histoire sans qu’elle nous soit dévoilée par son auteur dans une mauvaise paraphrase orale. Et aussi parce qu’il y est question de la façon dont les livres s’écrivent.

L’interview est à regarder ici.

En voici quatre extraits :

L’art d’entrer dans le vif du sujet :
Trois jours et une nuit 1Présentation

Transcription:
Il suffit parfois de quelques secondes pour qu’une vie bascule, hein, même quand on est un adolescent, un adolescent sans histoire (1), comme Antoine par exemple. Voilà, prenez Antoine. Il a douze ans. C’est un bon garçon, Antoine, hein, pas bagarreur, sympa, le genre de type qui construit des cabanes dans les bois, qui est timide avec les filles et qui un beau jour, par accident, tue l’un de ses petits camarades. Nous sommes en 1999, souvenez-vous, c’est le moment où la France est ravagée par cette grande tempête qui n’a laissé aucune région indemne. Nous, lecteurs, bah nous savons qui a commis le crime, dès les premières pages : c’est Antoine. Ce que nous ne savons pas en revanche, avant la dernière page, et même avant la dernière ligne, c’est comment Antoine va se débrouiller face à l’enquête, face à la culpabilité, face aux fantômes du passé.

La parole de l’écrivain :
Trois jours et une nuit 2 Un roman noir

Transcription:
– Comment est-ce qu’on écrit cela ?
– Eh bien, d’abord, c’est parce que on fait une claire distinction entre le roman policier et le roman noir.
– Ah !
– Dans le roman policier, si ça avait été un roman policier, je ne m’y serais pas pris (2) de la même manière. Dans le roman policier, vous avez besoin d’un mystère pour savoir qui a fait les choses. Si vous voulez écrire l’histoire d’un crime, c’est ce que vous faites. Mais moi, j’écris pas l’histoire d’un crime, moi, j’ai écrit l’histoire d’une faute. Il a douze ans – bien sûr que c’est un crime – mais nous, adultes, qui lisons cette histoire, nous voyons bien que c’est un crime du point de vue médico-légal. Mais du point de vue de la justice humaine, c’est une faute. C’est un accident, dramatique, mais c’est un accident qui a cette portée terrible, c’est que, au fond, la destinée de cet enfant va se jouer à un moment où la destinée n’existe pas encore. A douze ans, l’avenir n’existe pas. Ce qui existe, c’est demain, mais ce que je ferai à dix-huit ans, ce que je ferai à trente ans, quand j’aurai des enfants, tout ça, c’est abstrait. C’est quoi ? Ça n’existe pas ! On vit dans l’instant présent. Or il a le sentiment (3), tout de suite, dès qu’il commet ce crime, qu’il a fait quelque chose qui engage plus que ce qu’il peut comprendre. En fait, la destinée se joue avant même qu’il ait le sentiment de ce que c’est que la destinée.
– La réaction d’un enfant…
– Et là… juste pour finir. Et là, on est plus dans le roman noir, où la question n’est pas tellement de savoir comment ça va… comment on en est arrivé là, mais qu’est-ce qu’on fait quand c’est arrivé.

Les étincelles qui déclenchent l’écriture:
Trois jours et une nuit 3 De quoi se nourrit l’écrivain

Transcription:
– Comme dans Au revoir là-haut, après le livre, il y a ce que souvent, vous autres, romanciers, faites – et c’est très agréable pour nous, les lecteurs, il y a les remerciements, gratitude. Et là, vous remerciez pêle-mêle (4) Georges Simenon et Marc Dugain, Umberto Eco et Homère, l’auteur de True Detective et Jean-Paul Sartre – c’est un petit peu comme chez Orsenna, c’est très éclectique, hein, de Pizzolato à Jean-Paul Sartre. Qu’est-ce que vous leur avez emprunté ? De par… dans votre passé, puis par l’écriture d’un livre comme celui-ci.
– Quand on écrit, je pense que… là, ça serait intéressant de savoir comment mes confrères, ma consoeur travaillent, mais quand j’écris, moi, je repère assez facilement que un mot m’est venu de quelque chose que j’ai lu quelques jours avant, ou que j’ai lu il y a longtemps, mais le mot est resté et je sais que quand j’emploie une expression, je sais dans quoi je l’ai vue, dans quoi je l’ai lue. Si j’emprunte un trait de caractère à un personnage, je sais que je le prends dans un film que j’ai vu, dans… Voilà. On… On… Moi, je bricole avec des tas de choses que ma mémoire…
– Qui vous ont nourri.
– Oui. Que la mémoire me… me… Et chaque fois que je le vois, ça m’amuse de le noter et de me dire : « Tiens, ça, je l’ai pris à Amin Maalouf, ça, je l’ai pris à Marc Dugain, ça, je l’ai pris à Sartre. » Ça m’amuse de le faire et puis ça me paraît honnête à la fin de dire : « Bah voilà, je cite ceux que j’ai pu repérer. Vous savez, j’ai eu beaucoup de chance parce que la première ligne de la première page du premier livre que j’ai écrit, c’est une citation de Roland Barthes, qui dit : « L’écrivain est quelqu’un qui arrange les citations en retirant les guillemets. »
– Ouais !
– C’était la défintion dans laquelle je me reconnaissais.
– Pas mal quand même, attendez !
– Et en fait, je suis resté fidèle à cette idée, parce que plus j’écris de livres, et plus cette définition de la littérature, je me l’approprie, je la trouve très juste.

Comment un livre échappe à son auteur:
Trois jours et une nuit 4 Je vais le relire

Transcription:
– Ce qui est formidable, c’est une petite vie comme ça, et puis en même temps, il y a des éléments dès le départ, parce qu’il y a la forêt, qui joue un rôle énorme, et il y a la tempête. Donc il y a des gens qui sont perdus, comme ça – parce que même les adultes sont perdus comme des enfants, il y a quelque chose qui les dépasse – et comment est-ce qu’on peut être humain dans… face à des éléments qui sont tellement plus forts que nous. Et on chemine comme ça, comme des sortes d’insectes, comme ça, poursuivis par une sorte de malédiction. Non, non, c’est passionnant !
– Ça me donne envie de le relire ! (Ces mots sont ceux de l’auteur!)
– C’est passionnant !

Quelques détails :
1. un garçon sans histoire : un garçon qui ne pose pas de problème, avec qui tout se passe bien, sur qui on n’a rien à dire en fait, « normal ». On peut utiliser cette expression à propos de quelqu’un mais aussi à propos d’un lieu : C’est une petite ville sans histoire. Ou encore à propos d’une période : Nous avons passé des vacances sans histoire. / ça a été un voyage sans histoire.
2. s’y prendre : procéder d’une certaine manière. Par exemple : Je ne sais pas comment m’y prendre avec lui. Il est difficile à comprendre. / Comment tu t’y es pris pour obtenir cette couleur ? / Elle ne sait pas s’y prendre avec les ados.
3. Avoir le sentiment que : avoir la certitude que, être intimement convaincu de quelque chose.
4. pêle-mêle : en désordre, sans organisation, sans tentative de structurer les choses. Au sens propre : Les valises étaient entassées pêle-mêle dans le hall de l’aéroport. / Toutes ses affaires étaient pêle-mêle sur son lit. Au sens figuré : Je te donne mes idées pêle-mêle.

Question pour Edelweiss qui aime les romans de cet écrivain :
as-tu lu celui-ci ? 😉

Courir le vaste monde

Paloma CouvertureLes enfants ont la chance qu’on mette entre leurs mains des albums aussi beaux que celui-ci.

Il est beau par sa taille et la qualité de l’impression: c’est vraiment un grand livre, dans lequel les dessins de l’illustratrice, Jeanne Detallante, prennent toute leur force. C’est comme si on avait sous les yeux les dessins originaux, aux couleurs éclatantes comme des peintures de Frieda Khalo, ou dans des teintes de gris et de noir pour raconter le passé. Un bel objet à manipuler, à lire ensemble, penchés sur des pages où on peut en quelque sorte s’immerger.

Cet album est beau parce que les mots de Véronique Ovaldé sont riches, pour dire la belle histoire de Paloma, la petite fille qui sentait que le monde était là, à portée de main. C’est une histoire qui dit la présence du père disparu, la vie de famille dans des lieux où on a toujours vécu, l’amour d’une mère, le besoin d’aventure et de liberté. L’histoire d’une fille qu’on laisse partir – et qu’on aide à le faire – pour qu’elle ne devienne pas poussière. Une histoire qui dit que les filles aussi peuvent aller courir le vaste monde. De quoi donner des ailes à nos enfants. C’est un conte lumineux, qui, comme tous les contes, posent les questions essentielles. De ces livres qu’on garde précieusement.

Paloma Album

Si vous voulez écouter cette histoire (avec le bruit de ces grandes pages que je tourne!):
Paloma

Paloma Les 3 soeurs

Paloma Aventure

Courir le monde, courir le vaste monde, aller courir le vaste monde:
Cette expression signifie qu’on part à l’aventure, pour découvrir le monde, avec curiosité et l’envie de vivre des expériences dans des endroits qu’on va vraiment explorer.

PS: A mes lecteurs fidèles: Excusez-moi pour mon absence un peu prolongée sur ce blog ces derniers temps. Mais je ne vous oublie pas et me voici de nouveau avec ce que je veux partager avec vous !

Ah, les Françaises !

Mère et fils
Le verdict était sans appel dans l’émission dont je vous ai parlé la semaine dernière: pour ces Allemandes installées en France depuis longtemps, nous ne sommes pas les rois en matière de propreté des rues. Ce n’est pas donné à tous les petits Français d’apprendre à jouer d’un instrument de musique. Nous avons des progrès à faire pour rendre nos villes et nos habitations plus écologiques. La ponctualité et nous, ça fait deux. Bref, peut mieux faire !
Néanmoins, elles nous ont toutes reconnu une qualité essentielle. Et celle-ci fait plaisir ! C’était l’occasion de ne pas oublier que ce qui paraît si évident ici et dans d’autres pays ne l’est pas partout.

Etre mère et travailler

Transcription
– Bonjour Laure.
– Oui, bonjour.
– Nous vous écoutons.
– Oui, merci. Alors voilà, j’ai fait une année Erasmus (1) en 2004-2005 à Berlin. J’ai gardé contact (2) avec ma colocataire d’alors (3) et lorsque nous échangeons (4), nous avons toujours un point sur lequel nos avis divergent, c’est sur le travail de la femme, à savoir que moi, il y a quelques années, je travaillais à temps complet, et j’avais mis ma fille cinq jours par semaine, dix heures par jour à la crèche (5), et ma colocataire ne comprenait pas que je n’aie pas réduit mon temps de travail pour m’occuper de ma fille. Et aujourd’hui, j’ai un second enfant, je travaille à la maison, j’ai créé mon entreprise. Et là, je l’ai mise chez la nounou (6) pour pouvoir travailler. Et là encore, elle ne comprend pas que je ne garde pas mon enfant à la maison en fait, pour… pour m’occuper de lui.
– On va soumettre votre cas à Michaela Wiegel.Qu’en pensez-vous ?
– Oui, Laure, merci beaucoup pour votre contribution, parce que effectivement, pour moi, je suis quand même allemande, mais ça reste quand même un des énigmes (7) : pourquoi la femme allemande doit encore se justifier quand elle veut travailler ET avoir des enfants. Et là, il faut dire que la France n’est pas assez fière du modèle qu’elle a créé, parce que vraiment, je trouve, en France, il y a déjà absence de pression sociale quand les femmes veulent continuer à travailler, et ça, c’est formidable (8) ! En Allemagne, on est en permanence, encore aujourd’hui, soumis à un regard un peu désapprobateur et quand on a un problème avec un enfant, ah bah c’est certainement parce que la maman travaillait. Et donc là, c’est vrai, on a instauré ce qu’on appelle le , c’est-à-dire les femmes après la naissance de leur enfant peuvent s’arrêter un an de travailler et sont remboursées, en quelque sorte rémunérées par l’Etat à 80 % de leur ancien salaire. C’est formidable mais c’est aussi une façon de… de dire : Voilà, vous êtes mieux auprès de votre enfant. Ne recommencez pas trop vite à travailler. Et ça renforce encore, à mon avis, une mentalité qui est à dire les enfants ne grandissent bien que quand la maman est là le plus de temps possible. Et ça, je trouve (9) en France, on a bien réussi quand même à réconcilier vie familiale et vie professionnelle.

Quelques détails :
1. une année Erasmus : c’est le programme européen qui permet de partir étudier à l’étranger, dans un pays de l’Union Européenne. Rappelez-vous le film L’auberge espagnole, dans lequel Xavier s’installe à Barcelone pour un an !
2. Garder contact avec quelqu’un : on peut dire aussi rester en contact avec quelqu’un : Je suis resté(e) en contact avec ma colocataire / Nous ne sommes pas restés en contact.
3. D’alors : de cette époque-là.
4. Échanger : correspondre
5. la crèche : c’est une structure dans laquelle les petits sont gardés en collectivité par du personnel qualifié. (entre la fin du congé de maternité, donc vers deux mois, et le début de l’école maternelle, à trois ans.)
6. une nounou : c’est comme ça qu’on appelle les femmes qui gardent les enfants à leur domicile. Ce terme vient du nom une nourrice. Le terme officiel pour désigner cette profession (reconnue et encadrée) est une assistante maternelle.
7. Une énigme : ce nom est féminin. Mais on entend « un ». Cette expression est courante pour dire qu’on ne comprend pas quelque chose. On dit aussi : ça reste / c’est un mystère pour moi.
8. C’est formidable ! : c’est vraiment très, très bien.
9. Je trouve : on utilise très souvent ce verbe pour donner son opinion, plutôt que Je pense, qui ne produit pas exactement la même impression.

La touche personnelle:
J’ai toujours travaillé, comme toutes mes amies. Je n’aurais jamais imaginé renoncer à ma vie professionnelle ni à mon indépendance financière pour élever nos enfants, même temporairement. D’ailleurs, mon conjoint n’aurait jamais accepté ! Mais j’ai bien sûr bénéficié des congés légaux mis au bout des vacances quand ça a été possible, nous avons jonglé avec nos emplois du temps, à égalité, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur des nounous de toute confiance, nous avons aimé que nos enfants aillent à la maternelle dès que possible, avec des maîtres et des maîtresses formidables, nous avons choisi d’habiter près de notre lieu de travail pour ne pas perdre un temps précieux dans les transports et ne pas avoir à bousculer nos petits gars, que nous avons eu le temps de voir grandir.

L’émission entière est à écouter ici.

Heureux sur le terrain

Ballon ovaleSi vous avez des enfants, vous savez que ce n’est pas toujours facile de leur trouver des activités dans lesquelles ils se régalent. Tendance à projeter sur eux nos envies, nos goûts personnels et à ne leur faire découvrir que ce qui nous attire vraiment. Et comme en plus, nos petits aujourd’hui sont souvent touche-à-tout, leur motivation peut être assez fluctuante ! Alors cela fait plaisir d’entendre des enfants qui ont trouvé où s’épanouir, avec l’énergie de la jeunesse !

Heureux sur le terrain

Transcription :
– Tout le monde assis ! Allez, tout le monde debout ! Debout, debout, debout ! Allez, sur le dos. On se lève (1), et on est reparti. Allez on y va !
– On sert la main de tous les entraîneurs comme ça ?
– Oui, c’est la règle.
– Ah bon ? (2) C’est vrai ?
– Au début d’année (3), ils nous donnent un papier où il y a marqué les règles (4). Et il y a marqué dans le papier (5) : Serrez la main de tous les entraîneurs, en les regardant droit dans les yeux.
– Vous avez perdu votre fils ?
– J’ai perdu le petit dernier (6) qui doit être quelque part sur le terrain, je pense. Mais…
– Il est là ! Non.
– Non, c’est pas lui. Avec leur casque, ils se ressemblent tous, hein !
– Si il y avait pas eu cette initiation (7) dans l’école de Charles, jamais vous vous seriez dit : Tiens, on va l’inscrire au rugby.
– Je pense qu’on aurait pu passer à côté (8), ouais.
– Effectivement, moi, j’étais pas très sports co (9). Me retrouver sur le bord d’un terrain, sous la pluie, sous le vent… Mais bon ! Mine de rien (10), quand on les voit comme ça, on craque (11) ! On peut que adhérer, que adhérer (12). On le sent épanoui, on le sent… Il est prêt une heure avant les entraînements à la maison. Il…
– Avec le sac déjà fait ?
– Avec le sac qui est fait. On n’a pas besoin de vérifier le sac. Il a envie ! Et il est souriant. Quand il parle rugby (13), c’est le sourire aux lèvres.
– Là, tu vas te faire mal. Mets-toi sur le côté et tu percutes avec ton épaule. Parce que là, tu as percuté, tu t’es pris ça dans la tête, et après tu vas te faire mal. D’accord ?
– Dans une équipe de rugby chez des jeunes comme ça, vous avez des prédisposés au sport, c’est-à-dire des gens qui sont costauds (14), de 25 à 50 kilos à dix ans, et tout le monde joue sur le terrain. Tout le monde, tout le monde, tout le monde, c’est-à-dire que l’entraîneur est pas là pour dire : Lui, il est pas bon, il va pas jouer. On fait jouer tout le monde. Et ça, j’ai découvert ça aussi, qui n’existe pas dans le foot. Par exemple, moi j’ai rien contre le foot, mais dès petit (15), ils font des sélections. Là, il y a une équipe, même si ils sont vingt et qu’il y ait douze sur le terrain, tout le monde va jouer. Et puis il y a une entraide entre le plus fort et le plus faible. Voilà. Et ça, ça, c’est propre au rugby. On ne trouve pas ailleurs.
– Vas-y ! Vas-y !
– C’est pas un ballon de rugby, ça !
– Non, mais comme on fait du rugby toute l’année, des fois, on peut faire un peu de foot.
– Pour nous détendre.
– Vous jouez au foot pour vous relaxer ?
– Pour pas avoir la pression sur nous.

Des explications :
1. On se lève : c’est une façon de donner des ordres. On emploie On au lieu d’utiliser l’impératif : Levez-vous. Cela donne davantage une impression d’équipe, c’est plus encourageant en quelque sorte.
2. Ah bon ? : c’est la façon très ordinaire de marquer sa surprise.
3. Au début d’année : normalement, il faut dire : Au début de l’année. Mais il mélange avec l’autre façon de dire : En début d’année.
4. Où il y a marqué les règles : style oral. Il faudrait dire : où sont marquées les règles, mais ce serait un style trop soutenu pour de l’oral. Il aurait pu dire aussi tout simplement : un papier avec les règles.
5. Dans le papier : normalement, on dit : sur le papier / sur ce papier. Mais dans sa tête, c’est comme s’il pensait : dans le règlement.
6. Le petit dernier : c’est la façon affectueuse de parler du dernier né dans une famille.
7. Une initiation : ce sont des cours de base, pour faire découvrir une activité. On ne l’emploie pas uniquement pour le sport. On peut parler par exemple d’une initiation au français, une initiation au dessin, etc…
8. passer à côté : ne pas découvrir quelque chose, avec toujours l’idée que c’est dommage.
9. Les sports co : c’est l’abréviation familière de sports collectifs, c’est-à-dire les sports d’équipe. (Elle n’était pas très tournée vers ce genre d’activité, pas très intéressée au départ)
10. Mine de rien : normalement, cela signifie « sans en avoir l’air ». Elle veut dire que finalement, sans s’en rendre compte, elle en est venue à penser que c’était vraiment une très bonne activité pour son fils.
11. On craque : le verbe craquer a plusieurs sens, quand on l’emploie dans un registre familier, et de façon surprenante, des sens plutôt opposés. Ici, cela signifie qu’on est conquis par quelque chose, on trouve ça parfait. On peut aussi craquer pour quelqu’un. (Dans d’autre cas, cela peut signifier qu’on ne supporte plus quelque chose : Il fait trop froid ici. Je craque, je rentre à la maison!)
12. adhérer : approuver
13. il parle rugby : la forme correcte, c’est parler de rugby. Mais on peut employer ce verbe sans sa préposition à propos d’activités : parler cuisine / parler voyages / parler voitures, etc. On peut aussi parler travail, et plus familièrement parler boulot.
14. Costauds : forts
15. dès petit : dès l’enfance, dès le plus jeune âge.

Tu es nouveau ?

TomboyTomboy. Un titre anglais pour un film bien français. Je ne l’avais pas vu quand il est sorti il y a quatre ans. Un si beau film que je viens donc de découvrir, hier soir, sur une chaîne que je ne connaissais même pas !
Peut-être l’avez-vous vu et peut-être en gardez-vous un souvenir émerveillé. Tout y est juste, délicat, si bien vu et si profond, avec une finesse qui rend heureux. La cinéaste nous remmène sur les traces de notre enfance, on renoue avec des sensations et des sentiments qu’on n’oublie jamais. On a dix ans à nouveau, comme Laure, garçon manqué, mais surtout inventé pour pouvoir faire ce que font les garçons. On a six ans, comme Jeanne, sa petite soeur aux cheveux de princesse et prête comme les enfants à s’embarquer dans les histoires que leur raconte leur grand frère ou leur grande soeur. On respire à nouveau cette liberté des enfants qui passent leurs journées tous ensemble, sans les parents pour les surveiller sans cesse. On est aux côtés de Laure / Michaël, dans tous ses défis à elle-même et aux autres, on sourit, on rit, on s’inquiète, on veut savoir comment les choses vont se passer quand on brouille les repères entre ce que cela signifie être une fille ou un garçon. Tout est fluide, intelligent et subtil.

La bande annonce est ici.

Transcription :
– Tu es nouveau ? (1)
– Ouais, on est arrivés hier.
– Tu veux pas me dire comment tu t’appelles ?
– Michaël, je m’appelle Michaël.
– Hé ! C’est Michaël, le nouveau du bâtiment C.
– Laure, sors du bain.
– Coupe pas trop (2) pour pas que (3) maman, elle voit. Est-ce que tu coupes droit ?
– Oui, je suis pas débile ! (4)
– Tu as dit à tout le monde que tu étais un garçon ? Pourquoi tu as fait ça ?

Quelques détails :
1. Tu es nouveau ? : Dans d’autres langues, comme l’anglais, la nuance masculin-féminin de l’adjectif est perdue. En français, d’emblée, avec ce « nouveau », on sait de quel côté on est et c’est ce qui permet à Laure de s’inventer, au pied levé, cette identité de garçon à laquelle tous les enfants vont croire.
2. Coupe pas trop : forme orale de l’impératif négatif : Ne coupe pas trop. (Et non, il n’y a pas de « s » au bout de l’impératif des verbes du 1er groupe, contrairement à la faute très répandue maintenant!)
3. pour pas que : forme orale de « pour ne pas que… »
4. débile : idiot, bête.

Monsieur Muscle

L'Arabe du futur

Je garde un certain nombre de romans que j’ai vraiment aimés et je donne désormais les autres pour éviter d’être encombrée de livres dans la maison. Mais je conserve toutes mes BD ! Cela a probablement quelque chose à voir avec le fait qu’une BD, pour moi, n’est pas seulement une histoire racontée mais aussi un objet qu’on peut reprendre plus tard et feuilleter, en s’arrêtant à nouveau sur une image, un dessin, un détail.
Je viens donc tout juste d’acheter et de lire le tome 2 du récit d’enfance de Riad Sattouf, L’Arabe du futur, que j’attendais depuis la lecture du premier volume. J’attends maintenant le tome 3 !

Le sous-titre de ce récit autobiographique est Une jeunesse au Moyen-Orient et son résumé en quatrième de couverture dit que « Ce livre raconte l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez El-Hassad. » Et comme il le raconte, sa « mère venait de Bretagne et faisait ses études à Paris. [Son] père était syrien. Il venait d’un petit village, près de Homs. C’était un élève brillant et il avait obtenu une bourse pour venir étudier à la Sorbonne. Ils se sont rencontrés au restaurant universitaire. C’était au début des années 70. »

Le résultat, c’est Riad Sattouf, dessinateur de BD ! Voici un extrait d’une interview où il parle d’une autre de ses BD et de ce que c’est qu’être un homme. Humour et grandes idées.

Riad sattouf

Transcription :
– Ça correspond à quoi, la virilité, pour vous ?
– Bah ce qui est très intéressant, je trouve, dans le fait de se poser la question de qu’est-ce qui fait qu’on est un homme et qu’on est considéré comme un homme, c’est que ça définit un peu la société dans laquelle on vit. Et disons que toutes les sociétés qui permettent à un individu d’être libre dans sa personnalité quelle qu’elle soit, c’est-à-dire de pas forcément (1) être fan de football, de pas forcément aimer les sports de combat, ou de pas forcément jouer à la guerre, ou même, pour une fille, pour les petites filles, de pas forcément aimer s’habiller en princesses, sont des sociétés plus avancées. Enfin… Et en fait, Pascal Brutal, vivant en France dans un futur proche déliquescent (2), décrit cette façon moderne un peu de recul, de retour en arrière, c’est-à-dire on est… on est un homme parce qu’on aime le foot.
– C’est peut-être une BD politique en fait alors, Pascal Brutal.
– Oh, je sais pas si c’est politique mais en tout cas, je sais que, en tant qu’homme, quand je regarde la télé et que je vois des sportifs qui…. extrêmement musclés, qui savent à peine (3) parler et que tout le monde les trouve absolument fantastiques, j’ai envie de me… de créer un personnage qui pourrait se mesurer à eux. (4)
– Il faut peut-être rappeler comment il est né quand même, ce Pascal Brutal, où vous l’avez imaginé à partir de quoi, à partir de qui, surtout.
– Bah disons que, voyez, en 2005, je commençais mon activité de dessinateur de bande dessinée, je débutais, et je travaillais dans un atelier. Et un jour, voilà, ma porte était fermée, et soudain ma porte s’ouvre, personne n’avait frappé ! Et je vois un type (5) ultra musclé qui rentre, dans ma… dans ma pièce : c’était un libraire de bandes dessinées. Il rentre, sans un bonjour ni rien, il me regarde, il s’appuie sur mon bureau et il me dit : «  Alors, Toutouf, on (6) fait toujours sa petite BD ? » Et il se redresse, il s’étend (7), il s’étire un peu, il regarde autour de lui et il sort. Et en fait, à l’époque, je ne faisais des… que des histoires sur des petits mecs (8) malingres (9), qui avaient du mal avec les filles (10) et tout. Je me suis dit : « Mais voilà, voilà un vrai héros de bande dessinée, un type qui n’a pas peur de la confrontation physique, qui aime la baston (11), qui fascine les hommes, les femmes et qui n’a peur de rien ! » Et c’est comme ça qu’il est né. Voilà, c’est ce libraire. C’est une bande dessinée qui parle de la compétition, qui se moque de la domination virile effrénée, c’est-à-dire que Pascal Brutal ne peut pas supporter d’être plus faible qu’un autre, c’est-à-dire voilà, c’est le principe du roi des hommes, c’est-à-dire que dès qu’il y a un… enfin, s’il est au restaurant avec quelqu’un, il doit manger plus que l’autre personne. S’il est en moto, il doit rouler plus vite, si il doit se battre, il doit taper tout le monde jusqu’au dernier.
– On a l’impression que vous jouez, Riad Sattouf, que vous avez ce regard d’enfant sur Pascal Brutal, comme si c’était un… comme si vous étiez un gamin dans un bac à sable (12) avec une figurine (13) en… en plastique, une sorte d’ami imaginaire pour vous.
– Disons que je pense que pour beaucoup de garçons de ma génération, qui ont été enfants et ados (14) dans les années 80-90, la figure (15) de l’homme très musclé, combattant, est très importante… a été très importante. Et moi pour ma génération, Jean-Claude Van Damme, Stallone, Schwarzenegger, tous ces mecs-là, c’était des mecs très, très importants, ils étaient… On voyait leurs films à la télé doublés en français, à longueur de… d’année (16). Donc c’est vrai que j’ai dû être marqué inconsciemment par ça et je voulais moi aussi créer mon… mon propre Musclos (17), qui pourrait participer à Expendables plus tard.

Quelques détails :
1. pas forcément : pas nécessairement, pas obligatoirement.
2. déliquescent : qui est en train de disparaître, de se détruire.
3. À peine : presque pas => ils savent à peine parler = ils ne savent presque pas parler / quasiment pas parler.
4. Se mesurer à quelqu’un : affronter quelqu’un et essayer d’être le plus fort
5. un type : un homme (familier)
6. s’étendre : normalement, cela signifie s’allonger. Donc ici, ça ne va pas, c’est pour cela que Riad Satouf se corrige et utilise ensuite le verbe s’étirer, qui correspond au geste physique que fait le libraire, imposant physiquement.
7. On fait sa petite BD : l’emploi de On ici est un emploi particulier à la place de « vous » ou « tu ». C’est comme si on s’adressait de façon plus impersonnelle à la personne, ce qui donne l’impression de la dominer.
8. Un mec : un homme. (familier)
9. malingre : maigre et sans force
10. avoir du mal avec les filles : ne pas être à l’aise avec les filles, les femmes, ne pas savoir comment les impressionner et les séduire.
11. La baston : la bagarre (argot)
12. un bac à sable : c’est l’endroit où les enfants jouent à faire des pâtés de sable, des châteaux de sable dans un jardin public.
13. Une figurine : c’est un petit personnage en plastique.
14. Ado : adolescent
15. la figure de… : le personnage, l’image
16. à longueur d’année : tout le temps. Cette expression exprime l’idée que c’est trop, que c’est excessif.
17. Musclos : ce nom désigne un personnage tout en muscles, un Monsieur Muscle.

L’émission entière est ici.

Blonde avec des taches de rousseur

S Kiberlain

Une spontanéité toute en légèreté et simplicité.
Des souvenirs d’enfance qui prennent vie.
Une façon gracieuse de parler avec des mots familiers.
Une voix, de celles que j’aime écouter.
Voici un autre petit passage de l’interview de Sandrine Kiberlain qui avait retenu mon attention pour le billet précédent.

Actrice

Transcription :
– Je pense pas qu’on devienne acteur par hasard. Moi, je pense qu’on… Je passais mon temps, et encore maintenant, à regarder les gens, à regarder… J’aime beaucoup regarder les gens. Donc quand j’étais plus petite, comme j’étais pas d’une nature à aimer être en groupe et tout ça, je… j’étais assez solitaire mais je m’ennuyais pas, hein… Je… je regardais beaucoup les gens , leur façon d’être, et après, j’avais remarqué que ça faisait beaucoup rire quand j’essayais d’imiter ce que j’avais vu, ou observé. Et donc j’avais des premiers spectateurs, et donc je me suis dit que c’était très valorisant de… d’imiter les autres ou de jouer des situations que j’avais vues chez les autres, ou… Donc j’avais l’impression d’être plus… oui, d’être plus regardée. C’est comme dans le film de Truffaut, vous savez, quand la petite, je sais pas si vous… dans L’Argent de poche, quand elle est enfermée par ses parents parce qu’elle veut aller au restaurant avec un sac tout pourri (1) et que les parents lui disent : Bon bah finalement, tu restes là et tu mouftes (2) pas. Et tous les voisins lui envoient de la nourriture parce qu’elle prend le haut-parleur du gendarme qui est son papa et elle dit : « J’ai faim, j’ai faim ! J’ai faim ! » Et tous les g[ens]… tout… tout l’immeuble (3) lui envoie, dans des paniers, de la bouffe (4) et tout ça et elle est trop contente (5), et là, elle est plein cadre (6). Comme ça, elle prend tout le cadre en gros plan (7) et elle dit : « Tout le monde m’a regardée, tout le monde m’a regardée. » Eh bah moi, j’étais comme ça, je faisais que des conneries (8) et après, je me disais : « Tout le monde m’a regardée. » Voilà, j’avais un peu ce truc-là, petite. Et donc ça m’est resté, de vouloir être dans l’écran et que, j’imagine, j’avais quand même un truc de « tout le monde me regardera ».
– Vous êtes vachement (9) surprenante, parce que vous avez une tête… vous avez un visage d’ange et en même temps, est-ce qu’il y a… Vous voyez, c’est surprenant parce qu’il y a un contraste entre jusqu’où vous êtes capable d’aller et cette… ce physique (10)… très angélique (11).
– Parce qu’on n’est pas… on n’est pas… C’est intéressant, les apparences. C’est intéressant, ce qu’on montre et ce qu’on est. Moi, j’aimerais parler de ça, je trouve ça tellement intéressant ce qu’on vit, ce qu’on ressent. Moi, je ne sais pas ce que vous vivez, là pendant que vous me parlez. Si ça se trouve (12), vous êtes en miettes (13) parce qu’un homme vous a quittée ou j’en sais rien (14). Ou vous, vous êtes en miettes parce que je sais pas quoi (15), un drame familial (16), on ne sait pas. Moi, je suis comme ça, blonde avec des taches de rousseur et Rochant m’a choisie pour jouer une pute (17), espionne, parce qu’il est pas con (18) et qu’il a vu plus loin que le bout de son nez (19) en se disant : « Voilà, plutôt que de prendre celle qui a l’air de celle que je cherche, je vais prendre celle qui a l’air de l’inverse de ce que je cherche », et ça va être beaucoup plus fort, parce que ça donne deux indications différentes, ça donne deux lectures possibles.
– Mais il n’y en a pas beaucoup qui vous ont salie, ou des metteurs en scène, vous voyez, qui ont essayé de vous…
Bah moi, je trouve que je m’en sors pas mal (20) quand même, hein ! Parce qu’ils pourraient se cantonner à… à des rôles… bah de blonde, grande, plutôt lisse. Et si on fait le… Enfin, je me suis donné un certain mal inconscient pour qu’on ne me… pour qu’on ne m’enferme pas là-dedans, pour que je puisse montrer des folles furieuses, des bourgeoises déjantées, des filles… différentes.

Des détails :
1. un sac tout pourri : un sac très moche, en mauvais état. (familier)
2. tu mouftes pas : tu ne dis rien, tu ne protestes pas, tu te tais. (argot) Par exemple : Quand le prof a dit de refaire le travail, personne n’a moufté. / Il a pris ses affaires et est sorti sans moufter quand elle lui a dit qu’elle ne voulait plus le voir.
3. Tout l’immeuble : tous les habitants de cet immeuble.
4. De la bouffe : de la nourriture (argot, très familier)
5. trop contente = très contente. Ce n’est pas le sens habituel de trop. On l’entend souvent dans ce sens de « très, extrêmement », mais uniquement à l’oral et de façon familière.
6. Plein cadre : terme cinématographique, pour dire qu’on ne voit que son visage dans le cadre de la caméra.
7. En gros plan : vu de très près.
8. Des conneries : des bêtises (très familier)
9. vachement : très (familier et très oral). Personnellement, ça m’a fait bizarre d’entendre cette journaliste utiliser ce mot à la radio !
10. Le physique : c’est l’apparence physique qu’on a. Par exemple, on dit : Il a un physique de jeune premier (= il est très beau). / Il a un physique ingrat. (= Il n’est pas beau)
11. angélique : comme un ange
12. si ça se trouve : peut-être / Il est possible que… (plutôt oral)
13. être en miettes : aller très mal. (Cela correspond bien au terme anglais : devastated)
14. ou j’en sais rien : on utilise cette expression quand on veut donner l’idée qu’il y a d’autres exemples mais qu’on ne va pas les donner. On laisse imaginer d’autres situations aux gens qui nous écoutent. C’est un peu comme si on ajoutait : etc.
15. parce que je sais pas quoi : ce petit bout de phrase joue le même rôle que l’expression j’en sais rien. Tout le monde peut imaginer quelque chose sans qu’elle ait besoin de donner des exemples précis.
16. Un drame familial : le mot « drame » est fort en français. C’est une tragédie dans la famille, par exemple la mort de quelqu’un, un accident très grave.
17. Une pute : une prostituée (argot, vulgaire et fort). Elle emploie ce mot qui choque pour bien marquer le contraste entre son apparence d’ange, évoquée par sa blondeur.
18. Il est pas con : il n’est pas bête, il est intelligent. (très familier)
19. voir plus loin que le bout de son nez : être assez intelligent pour faire des choses plus subtiles. On emploie souvent cette expression à la forme négative : Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, pour indiquer que cette personne ne comprend pas grand chose parce qu’elle n’est pas capable de voir tout ce qui fait une situation.
20. Je m’en sors pas mal : ce que je fais est plutôt réussi.

Au cinéma

En mai, on va au cinéma ! Ou tout au moins, on suit ce qui se passe au Festival de Cannes. Certains films sortent en même temps à Cannes et dans les salles. Pour les autres, il faudra attendre encore un peu. Comme toujours, il y a un film hors compétition qui marque l’ouverture du festival. C’était hier. Voici sa bande annonce. Apparemment, ça n’est pas de tout repos ! Encore une fois, Catherine Deneuve a l’air impériale, face à un jeune garçon qui n’a pas l’air très gâté par la vie et qui ne grandit donc pas dans les meilleures conditions. Une bande annonce chaotique, à l’image du chaos dans la vie de cet adolescent en perdition.

La tête haute

La bande annonce du film est ici. Enfin, normalement… Toujours ces histoires d’accès interdit en fonction du pays où vous vivez ! Très agaçant !
Ou alors ici.
Ou ici
Ou sur cette page, j’espère que selon le pays où vous habitez, il y a un site qui vous est accessible !

Transcription:
– Je suis Juge des Enfants. Je ne suis pas la police, vous n’êtes pas devant un Tribunal. Un de mes rôles, c’est de protéger les enfants dits en danger.
-Eh bah garde-le, il y a pas de problème ! […] (1) parce que c’est un boulet (2) pour tout le monde, ce gosse ! (3)
– Madame Ferrando !
-C’est la dernière fois que tu me vois.
– Ça fait trois fois en quatre mois que tu viens dans ce bureau. Je peux pas dire que ça me fasse très plaisir de te voir.
– Parle-moi pas (4)! Je parle pas aux faibles.
– C’est dans les foyers (5) qu’il a pris le mauvais pli. (6)
– Enculés ! (7)
– Tu es qui, toi ?
– C’est lui ton éducateur (8) à partir d’aujourd’hui.
– Je reste pas là, là je te dis !
– Saisis ta chance, mon gars (9). Là, on t’en offre une. Alors prends-la, putain (10) ! Tu es ici pour ton bien.
– Ta capuche.
– Cours Malonet (11), cours.
– Reste avec nous, Malo, allez.
– Je suis un bon à rien.
– Ça, c’est à moi de le dire et je suis pas d’accord avec ça.
– Aucun incident à signaler ces derniers mois. Tu gères mieux tes émotions. Tu es d’accord avec ça ?
– Est-ce que la reprise d’une scolarité (12) vous paraît vraiment pertinente ? (13)
– Calme-toi, tout va bien, calme-toi.
– Ça s’est réglé, ses problèmes de violence ?
– Ecoute, on y travaille.
– Mais non !
– Je suis fatiguée de le suivre comme ça, dans les commissariats (14), devant la Justice (15). – J’en peux plus !
– Je veux maman. Je veux maman.
– Ce ne sont pas les murs sombres d’une cellule sombre qui vont l’aider à y voir clair (16), à un âge où on s’interroge.
– Ce môme (17), il va péter un câble (18) en prison.
– Moi, j’ai confiance en toi.
– C’est quoi que (19) j’ai fait de mal, hein ?
– Prends les mains qu’on te tend, Malony. C’est maintenant.

Des explications :
1.[…]: Je ne comprends pas ce qu’elle hurle ! (Peut-être est-ce davantage audible au cinéma…)
2. c’est un boulet : cela signifie que c’est lourd de s’occuper de lui, parce qu’il ne fait que des bêtises. Un boulet, c’est quelqu’un qui vous empêche de vivre comme vous le voulez, comme le boulet attaché au pied d’un prisonnier au bagne l’empêchait de se déplacer normalement.
3. Un gosse : un enfant (familier)
4. Parle-moi pas : ce n’est pas la forme correcte, mais on peut l’entendre à l’oral parfois, dans la bouche de quelqu’un qui n’a pas un très bon français ou chez les enfants. Il faut bien sûr dire : Ne me parle pas ! En fait, les enfants font souvent ça car il y a une logique : à la forme affirmative, on dit : Parle-moi. Et donc la forme négative correcte est en quelque sorte compliquée puisqu’on ne peut pas se contenter d’ajouter « pas ». C’est souvent comme ça en français !
5. un foyer: c’est le nom qu’on donne aux institutions dans lesquelles on place les enfants qu’on retire de leur famille, incapable de les élever pour une raison ou une autre.
6. Prendre le mauvais pli : prendre de mauvaises habitudes. (C’est une image, comme un vêtement qu’on plie mal, ou qu’on repasse mal et qui est donc froissé ensuite.)
7. Enculés ! : c’est une insulte très grossière et très forte.
8. Un éducateur : c’est un métier. Les éducateurs et éducatrices ont passé des diplômes pour s’occuper des enfants qui ont des problèmes de comportement ou qui ne peuvent pas être élevés dans leur famille.
9. Mon gars : mon garçon. (familier, et ici, le terme est utilisé de façon bienveillante)
10. putain : cette exclamation est familière. Certains l’emploient très souvent, pour exprimer de façon plus expressive leurs émotions, positives ou négatives.
11. Malony : c’est son prénom, et apparemment, ses copains utilisent des surnoms qui en sont dérivés.
12. La reprise d’une scolarité : il a été déscolarisé, c’est-à-dire qu’il ne va plus à l’école normalement. Donc il s’agit de savoir si on peut le faire retourner dans une école ordinaire, donc reprendre une scolarité normale.
13. Pertinent : style soutenu. Cela revient à se demander si c’est une bonne idée.
14. Un commissariat : c’est là où travaillent les policiers, où on va porter plainte, où certains sont emmenés juste après leur arrestation, etc. On dit aussi : un commissariat de police.
15. Devant la Justice : c’est-à-dire dans les différents tribunaux où il passe devant des juges.
16. Y voir clair : comprendre la situation, savoir quoi faire face à un problème. Par exemple : Cette discussion avec lui m’a aidé à y voir clair.
17. Un môme : un enfant (familier, et bienveillant)
18. péter un câble : perdre la raison, devenir fou. (familier) On dit aussi : péter un plomb / Péter les plombs
19. C’est quoi que… : c’est incorrect de poser la question de cette manière. Style très oral et dans un mauvais français. On dit : Qu’est-ce que j’ai fait ?

Pour lire une critique de ce film, vous pouvez aller sur Télérama en cliquant ici.

Et si vous avez envie d’écouter une jeune femme qui est éducatrice, j’avais parlé avec Marion de son métier sur France Bienvenue.

Et comment s’appelle-t-elle, cette petite fille ?

BébéDonner un prénom à un enfant a pendant longtemps été plutôt simple: le prénom d’un grand-père, d’une grand-mère, celui d’un oncle ou d’une tante faisait très bien l’affaire. Il était le reflet d’une époque, d’un milieu, d’une histoire familiale. Aujourd’hui aussi, mais il y a souvent l’envie d’être original, à nul autre pareil.

Mais parfois, on ne maîtrise pas tout !
C’est ce que racontait il y a quelques jours ce jeune papa tout frais à la radio. (J’ai découvert à cette occasion que le prénom que sa femme et lui ont choisi n’était plus exclusivement masculin en France.)
Il était question de paternité, de maturité et de manière plus inattendue d’actualité.

Ou ici: Prénom Charlie

Transcription:
Salut Charlie ! Et ce que je vous ai pas dit, c’est que la petite fille de Joseph s’appelle Charlie.
– Eh ouais ! Dire qu’on (1) croyait avoir trouvé un nom original ! Ouais… On a… On a été choqué comme tout le monde, et tout et tout (2). Mais c’est vrai que ça avait un écho particulier à cause de ce Je suis Charlie absolument partout. Moi, ça m’a fait chier (3) un petit peu parce que je me suis dit : Merde (4), maintenant on va… Son nom va devenir un symbole qu’on n’a pas choisi, et qu’elle a pas choisi. J’aurais pas appelé ma fille Liberté en 1793, voilà, je veux pas affubler (5) comme ça d’un truc politique, lourd, un enfant qui n’a pas choisi, quand bien même (6) le symbole est sympathique. Mais on va vivre avec, c’est pas un drame (7).
Et du coup, est-ce que c’est irresponsable de donner naissance à Charlie en 2015 ?
– Non, c’est pas irresponsable. Mais faut… faut arrêter. Tu imagines, là, les mecs (8) qui sont nés en… dans les années trente : il y avait Staline en URSS, il y avait Mussolini en Italie, il y avait Franco… Enfin, voilà ! Faut (9) remonter à la France des Guerres de Religions, où si tu crevais pas de faim (10), tu te faisais tuer par la énième (11) guerre. Les gens qui pensent que notre époque est la pire, alors qu’ on bouffe (12) bien, on a un toit au-dessus de nos têtes, je suis malade, j’ai la Sécu (13), notre intégrité physique est très, très rarement menacée, je veux dire, je pense pas du tout que notre époque est (14) terrible, hein. Loin de là ! Mais après, c’est… Elle a ses problèmes. Mais je suis très heureux de vivre en 2015 et de faire un enfant en 2015.
Je pense pas que ça m’a changé mais ma vie a énormément changé par contre. Donc même si c’est stupide de dire que ça rend adulte – il y a plein de choses qui rendent adulte, il y a pas que ça évidemment, et puis il y a pas besoin d’avoir d’enfant pour être adulte – mais ça fait quitter une forme d’adolescence que moi, j’ai prolongée assez longtemps, et je pense que c’est le cas de beaucoup de jeunes urbains (15), le côté sortir un soir sur deux. Moi, j’étais un mec (16) assez immature à la vingtaine. J’étais du genre à pas payer mes impôts, à payer trois plus cher (17) parce que j’avais juste oublié. J’étais pas… Je fermais les yeux sur (18) certains problèmes en espérant qu’ils disparaissent, quoi. C’est ça, être immature. Je me sens plus prêt maintenant en tout cas, c’est sûr !
Moi qui ai pas eu un père au jour le jour (19), je me suis toujours demandé ce que ça donnerait (20), si je le devenais. Ça fait partie des trucs, je pense qu’il y a beaucoup d’enfants de divorcés qui réfléchissent à ça des fois, parce que on se demande si on sera capable, soi (21), de faire quelque chose qu’on n’a pas vu, mettre l’accent sur (22) l’humour dans la vie, essayer de rire le plus possible, montrer une certaine… une certaine force. Parce que comme tout le monde, j’ai eu des moments difficiles. Effectivement, ma mère était très malade, très tôt. Et donc du coup, on avait un peu des problèmes financiers.
Tu avais quel âge, toi ?
– J’avais huit ans. Elle vivait dans une chambre stérile, je pouvais même pas la toucher, elle était dans une bulle de verre. Des trucs comme ça qui sont pas forcément faciles mais ça a été facile en fait, parce que j’étais tellement aimé – mes grands-parents chez qui je vivais m’aimaient tellement, me donnaient tellement d’affection que finalement, j’ai été bien plus heureux que beaucoup de mômes (23) qui avaient pas ce genre de soucis, en fait. Donc je vais essayer de… Je vais essayer de faire pareil à ce niveau-là.
Qu’est-ce que tu te poses comme questions sur ce qu’elle va devenir ? Elle sera comment ?
– J’en sais rien du tout. La question la plus importante, c’est : Est-ce qu’elle sera douée pour le bonheur, en fait ? Rencontrer des obstacles, avoir une vie difficile, c’est pas tant un problème si on est doué pour le bonheur. On a tous rencontré des gens qui avaient une vie difficile, qui étaient finalement beaucoup plus heureux que des gens qui n’avaient jamais rien vécu de dur mais qui avaient une inaptitude au bonheur. Voilà, ça, c’est les grandes inégalités. Elle sera ce qu’elle sera.
Et toi, tu seras son papa.
– Always !

Des explications :
1. Dire que… : Oralement, on utilise cette expression pour exprimer un regret.
2. et tout et tout : expression familière qui permet de faire allusion à d’autres choses qu’on ne développe pas, par exemple parce que celui qui nous écoute devine ce qu’on veut dire.
3. Ça m’a fait chier : ça m’a embêté, ça m’a ennuyé. (Très familier, à la limite du vulgaire, mais quand même souvent employé oralement.)
4. Merde : plus familier que Zut ou Mince, mais très courant.
5. Affubler : faire porter
6. quand bien même : même si.
7. C’est pas un drame : ce n’est pas très grave / ça n’a pas une importance majeure. On peut dire aussi : On ne va pas en faire un drame.
8. Les mecs : les gens, les hommes. (familier et oral uniquement)
9. Faut = il faut. (style oral, avec l’omission de Il) => Faut arrêter : cette expression signifie que ce n’est pas la peine d’accorder de l’importance à quelque chose qui n’en a pas vraiment.
10. Crever de faim : mourir de faim. (familier, donc ça donne un côté plus fort, plus violent à la situation.)
11. la énième guerre : on emploie ce mot pour indiquer qu’il y a eu beaucoup de guerres et que celle-ci est la nouvelle d’une longue série. Cela donne une impression de désillusion, de lassitude. Par exemple, on dit : c’est la énième fois que je lui demande de venir. / C’est la énième bêtise qu’il fait ! Je ne les compte même plus !
12. Bouffer : manger (familier)
13. avoir la Sécu : avoir la Sécurité Sociale, qui couvre nos dépenses de santé en cas de maladie. L’abréviation fait toujours référence uniquement à ce système.
14. Je ne pense pas que : ce début de phrase entraîne normalement le subjonctif : Je ne pense pas que notre époque soit terrible. Mais on entend de plus en plus l’indicatif, ce qui ne nous surprend plus vraiment.
15. Les jeunes urbains : c’est devenu le terme à la mode, à la place du mot citadin, pour parler de ceux qui vivent en ville.
16. Un mec : un gars (familier et oral). Si on veut dire la même chose de façon plus neutre, on dit : J’étais quelqu’un d’assez immature.
17. Trois fois plus cher : c’est une expression pour montrer qu’on doit payer vraiment plus cher. Si on oublie la date limite, on a une majoration de 10 % de la somme qu’on devait payer.
18. Fermer les yeux sur quelque chose : ignorer ça, faire comme si ça n’existait pas.
19. Au jour le jour : quotidiennement
20. ce que ça donnerait : comment ça serait, quel serait le résultat.
21. Soi : soi-même. C’est le pronom qui va avec On.
22. Mettre l’accent sur quelque chose : insister sur quelque chose, lui donner une place importante, comparé à d’autres choses.
23. Un môme : un enfant (familier). On peut dire aussi Un gamin.

A écouter ici en entier si vous voulez.

Cardamome, cannelle, aneth et enfance

Cuisiner

Elle parlait de cuisine avec une telle gourmandise l’autre jour à la radio !
Et à travers la cuisine, elle parlait de son pays natal et de son enfance.
Un petit morceau de Finlande à travers ses mots, à travers des noms de plats inconnus et ça sentait bon les épices dans son restaurant parisien.
Et un accent un peu traînant, proche des accents qu’on entend dans l’est de la France.

Saveurs de la cuisine finlandaise

Transcription :
– On sait pas vraiment d’où on vient finalement, les Finlandais, car on a une langue à part. On a aussi notre sauna. Ici, on dit sauna, hein, mais c’est sauna, voilà. Donc c’est un peu notre hammam. On est un peu comme les Arabes, quoi, du nord, quoi. Beaucoup de cannelle, on utilise de la cardamome, on fait des petits gâteaux avec, du pullat, qui est délicieux, c’est comme un pain au lait, avec de la cardamome. C’est hyper bon ! Moi, je peux pas concevoir de faire des boulettes de viande finlandaises sans mettre le piment de Jamaïque dedans. Ah non, ce serait pas des lihapullat.
Ah, la cloche ! Ça , c’est […]*. Gratin au saumon. En Finlande et en Scandinavie, on utilise énormément de l’aneth (1). On en met partout. Que quand l’été arrive, le printemps, on a des nouvelles pommes de terre (2), c’est comme une fête, hein. Donc c’est des petites pommes de terre et on les fait cuire avec de l’aneth, dans l’eau (3). Puis après qu’on a mangé ça, on est bien, quoi ! C’est de la cuisine qui vous pouponne (4) un peu.
Mes parents sont très gourmands, et ma mère est espagnole. C’est un peu un mélange. Et mon père est finlandais. Et toujours mes parents, entre eux, parlaient qu’est-ce qu’on va manger demain (5). Vous voyez. Ça faisait partie de la famille. Et je trouve que c’est très bien, car je trouve que… Je sais pas, je m’entends pas tellement bien avec des gens qui s’en foutent (6) de la bouffe (7). Je trouve que c’est triste. Mais maintenant, ça m’arrangerait (8) quelqu’un qui s’en fout de manger, comme ça, on reste mince, vous voyez.
– Vous y retournez souvent, en Finlande ?
– Au moins une fois par an. Je vais dans les lieux où j’allais avant, où mon grand-père m’amenait, dans des bons cafés. J’aime bien les vieux cafés à l’ancienne (9). Retrouver des goûts un peu d’enfance, quoi. Perunalebos*, le gâteau à la pomme de terre. C’est un petit gâteau sucré, quoi. Mais ils le font plus maintenant. C’est triste ! Tarte aux myrtilles, car il y a beaucoup de myrtilles en Finlande. Et ça fait partie de l’été, comme les fraises aussi, car les fraises en Finlande sont beaucoup plus rouges que les fraises qu’on trouve ici. C’est comme du sang.

Quelques détails :
1. énormément de : après énormément, il ne faut pas utiliser le, la ou l’. Donc il faut dire Enormément d’aneth. C’est comme Beaucoup d’aneth. Mais on dit bien : J’utilise de l’aneth.
2. Des nouvelles pommes de terre : en cuisine, on dit : Des pommes de terre nouvelles, pour parler des pommes de terre qui viennent d’être récoltées.
3. Dans l’eau : en cuisine, on dit plutôt : On les fait cuire à l’eau.
4. Pouponner : ce verbe signifie qu’on s’occupe d’un bébé avec tendresse et beaucoup d’attention. Donc ici, elle veut dire que cette nourriture vous fait du bien, comme si on vous dorlotait comme un bébé.
5. parlaient… : il vaudrait mieux dire : Ils parlaient de ce qu’on allait manger le lendemain. Ou alors, Ils se demandaient : Qu’est-ce qu’on va manger demain ?
6. S’en foutre de quelque chose : ne pas y attacher d’importance. (très familier)
7. la bouffe : la nourriture (argot)
8. ça m’arrangerait : ce serait bien / mieux pour moi.
9. À l’ancienne : comme autrefois, traditionnel.

L’émission entière est ici, avec ce petit reportage vers la fin.

* Si des lecteurs finnois passent par ici et écoutent leur compatriote, peut-être pourront-ils me donner les mots que je ne sais pas écrire !

La petite fugue

TGV sud est

C’est l’histoire d’un petit garçon qui a un jour décidé d’aller prendre le train tout seul, sans rien dire à personne. En écoutant ce petit reportage, on se dit que sa famille a dû passer un très mauvais moment – qui a dû leur paraître une éternité – et que ce petit bonhomme a la détermination tranquille et exploratrice des enfants !

Tout seul en train

Transcription :
– Je m’appelle Célia et je suis en CM1 (1). J’ai neuf ans, je suis née à Bourgoin-Jallieu (2) et mon frère est né à (3) une ville qui se trouve… à Calamar (4), ça se trouve à…
– A Clamart
– A Clamart . Ça se trouve à peu près…
– A Paris.
– Ouais, à Paris à peu près (5). Donc tu vois… Et je sais que mon frère, il aime vachement bien (6) les trains parce qu’un jour, il… Il m’a dit qu’il voulait partir (7) au parc de la Tête d’Or (8), tout seul, pour… pour visiter.
– Comment tu t’appelles ?
– Hans.
– Pourquoi tu as voulu aller voir le train ?
– Je m’ennuyais chez mamie (9). Je voulais prendre le train et j’ai parti ! (10)
– Et mais dis-moi, tu connais le chemin (11) d’ici pour aller chez… à la gare ?
– Bah oui.
– Tu es allé tout seul !
– Oui.
– En marchant ou en courant ? (12)
– En courant.
– Est-ce que tu as regardé à gauche et à droite ? (13)
– Non. Je voulais prendre le TGV ! [quelqu’un va] aller à Lyon, en plus va aller au parc, au parc de la Tête d’Or.
– Tu es monté dans le train, et qu’est-ce que tu as fait ?
– Les contrôleurs, ah bah, ils ont été gentils avec moi.
– Est-ce que tu aurais envie de recommencer à prendre le train ?
– Oui.
– Là, [il] va partir. Il vient où, ce train ? Il va devenir où ? (14)
– Il va à Lyon.
– Ah ! A Lyon.

Des explications :
1. le CM1 : c’est l’abréviation de Cours Moyen première année. (Personne n’utilise plus l’expression complète.) Il s’agit de la quatrième année à l’école primaire. (qui en compte cinq)
2. Bourgoin Jallieu : cette ville se trouve dans le département de l’Isère, au sud-est de Lyon.
3. il est né à une ville : il faut bien sûr dire : dans une ville. Sa petite confusion entre les prépositions vient du fait qu’on emploie « à » devant le nom d’une ville.
4. Elle se trompe sur le nom de la ville et se tourne vers un mot qu’elle connaît. Enfant, c’est souvent ce qu’on fait. On ramène tout à ce qu’on connaît et parfois, c’est amusant, comme ici. (Un calamar est une sorte de petite pieuvre. Célia a déjà dû en manger.)
5. à peu près : il faudrait dire « à côté de ».
6. vachement bien : ces mots ne vont pas ensemble ici. C’est l’un ou l’autre ! Dans d’autres situations, on peut dire : C’est vachement bien. (style familier).
Mais ici, avec le verbe aimer, soit on dit : Il aime vachement les trains. (style familier et oral), soit on dit : Il aime bien les trains. Et ces deux phrases n’expriment pas la même instensité : aimer vachement, c’est aimer beaucoup. Aimer bien est moins fort.
7. Partir : on entend souvent les enfants (et certains adultes) utiliser ce verbe au lieu du verbe correct : aller.
8. Le parc de la Tête d’Or : il se trouve à Lyon.
9. Mamie : c’est le nom très fréquent donné aux grand-mères. Mais aujourd’hui, il y en a d’autres utilisés par les familles, par exemple pour en donner un à la grand-mère maternelle et un autre à la grand-mère paternelle. Ou alors parce que des « mamies » se sentent aujourd’hui trop jeunes pour qu’on les appelle ainsi. (En effet, dire d’une femme, c’est une mamie signifie qu’elle est vieille.)
10. J’ai parti : c’est une faute courante quand on est petit ! Il faut un peu de temps pour retenir qu’on dit : Je suis parti.
11. Tu connais le chemin = tu sais comment on y va.
12. En marchant ou en courant : elle pose cette question car les petits citadins apprennent très tôt qu’on ne coure pas dans la rue, qu’on marche tranquillement pour éviter tout danger lié à la circulation.
13. Regarder à gauche et à droite : c’est une autre recommandation très précoce des parents aux enfants en ville : avant de traverser la rue, on regarde bien de chaque côté.
14. Il vient où / il devient où : là aussi, on voit qu’il faut un peu de temps pour qu’un enfant sache bien utiliser tous ces verbes qui se ressemblent.

Pour écouter en entier, c’est ici.

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