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Elle, avec les autres

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D’abord, il faut regarder et écouter. (Cliquez sur la photo)
Puis il faut écouter Marie-Agnès Gillot en parler.
C’est vraiment une belle interview, ces deux voix qui se répondent, si naturellement, sans bavardage, l’une qui suscite l’autre. Juste les mots nécessaires, pour dire la danse, l’enfance, le travail passionné. Il y a de l’intensité dans cet échange.

Marie-Agnès Gillot

Transcription:
– Ce qui est fascinant, Marie-Agnès Gillot, dans cette chorégraphie, et ce qui participe aussi de l’impact émotionnel, c’est quand même le nombre de danseurs, il faut dire près d’une cinquantaine, je crois.
– Cinquante-quatre, ouais.
– Qui forment un ensemble ?
– Une masse qui est…
– Organique ?
– Organique. Et j’ai rarement senti une émotion pareille (1) en… sur scène. Le groupe fait la force, c’est vraiment ça, quoi.
– Qu’est-ce qui se passe entre tous ces corps ?
– Une harmonie.
– Et en même temps, c’est un été très sombre.
– Oui… Nous, on le… Je me rends moins compte de ça parce que j’ai pas vu la pièce. Mais c’est… c’est surtout des états de corps qui sont très crispés en fait et je pense que c’est ça qui rend (2) la tension, et peut-être le déluge mais…
– Quelque chose de l’ordre de (3) la communion aussi entre vous… tous ?
– Ouais.
– On pourrait presque parler d’une communauté en fait, une communauté de corps.
– Exactement.
– Pourtant c’est un monde très hiérarchisé (4).
– Oui, mais c’est ça qui est beau justement, c’est que… c’est qu’on nous mette tous ensemble parce qu’en fait, c’est ce qu’on aime.
– On pourrait croire que l’Etoile de l’Opéra est là pour être mise en valeur (5), de manière ostentatoire.
– Oh, je l’ai été et je le serai encore. Mais…
– C’est pas le cas en tout cas dans cette chorégraphie.
– Non.
– C’est pas pour ça qu’on est au centre, qu’on devient étoile justement, pour qu’on nous voie ?
– On nous voit toujours, mais je pense que… ça fait tellement de bien de danser avec… avec des… avec des corps. Mais vraiment avec soi, c’est-à-dire pas sur le côté à vous regarder mais dans le même état que vous.
– Vous avez l’air émue.
– Non, mais j’adore, quoi ! Ça me… Je regrette (6) mes années Corps de ballet. J’ai adoré faire Corps… le Corps de ballet. C’est bien d’être Etoile, mais on est tout le temps seule, quoi ! Et là, c’est de nouveau une communion comme vous disiez. Et ça, c’est chouette (7), quoi ! Ça arrive pas souvent.
– C’est qui, votre étoile à vous, Marie-Agnès Gillot ?
– C’est… je sais pas, j’allais dire une bêtise ! (8)
– C’est ma mère !
– J’allais dire : C’est mon chien ! N’importe quoi ! (9)
– Celle qui vous a fait rêver, celle qui…
– Ah, c’est hyper dur parce que… Je sais pas du tout.
– Quand vous étiez petite ?
– Ah bah, moi, je connaissais pas les danseuses quand j’étais petite !
– Ah, c’est vrai ?
– Non, non, j’ai jamais… Moi, j’avais des posters de chiens dans ma chambre ! J’avais pas des posters de danseuses !
– Donc c’est venu complètement…
– Ah oui, c’est pas du tout une passion de… enfin que la mère a transmis (10) sur la petite fille, je dirais.
– Et c’est vous qui avez décidé de faire de la danse quand vous étiez toute petite ? Vous avez demandé de faire de la danse ?
– Non. Je crois qu’on m’a… Non , je crois que c’est parce que je levais les jambes déjà ! Et je mettais les jambes sur les tables, donc on m’a dit : Il y a un endroit pour faire ça.
– Tout de suite, on s’est rendu compte que vous aviez quelque chose (11)…
– Ouais, ouais.
– Quel âge ?
– Sept ans.
– Et ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire que… bah, c’est un peu tracé (12) quand même !
– Ça veut dire que ce sacrifice – parce que c’est aussi un sacrifice, je suppose, quand même – vous avez su très tôt que vous alliez le faire ?
– Ouais. Mais c’est pas un sacrifice parce que quand c’est une passion en fait, on… on supporte beaucoup de choses en fait. Je pense que si ça ne… si c’était pas sincère, je pense que j’aurais encore plus… En tout cas, je me souviendrais peut-être de la douleur. Mais je m’en souviens pas trop en fait.
– Jamais ?
– Non.
– Et pourtant, on souffre.
– Ouais, quelquefois mais…
– Au quotidien ?
– Non. Non, non. C’est quand même un plaisir. On a des courbatures (13) mais c’est pas de la souffrance.
– Ça veut dire quoi ? Ça veut dire énormément de travail après chaque spectacle, de… d’étirements, de… C’est un sport…
– Non. Mais plus on grandit, plus on connaît absolument bien son corps. C’est-à-dire que à vingt ans, on y va à fond (14). A trente ans, on commence à se découvrir. Quarante ans, on se connaît vraiment.
– Vous disiez : Je vais partir.
– Ouais.
– Vous allez partir quand ?
– Le 6 avril 2018.
– Vous l’appréhendez (15), ce moment ?
– Non, je l’attends en fait.
– Et vous allez faire quoi ? C’est un spectacle, un dernier spectacle ?
– Je vais danser Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Et donc c’est… Je trouve ça super de quitter la scène avec un ballet pareil. Et c’est une pièce où je ne suis pas regardée, parce que c’est l’histoire d’Orphée et Eurydice. Donc c’est aussi… Je trouve que c’est un clin d’oeil (16) à… à ne plus être regardée.
– Vous avez déjà commencé… à travailler ?
– J’essaye (17) de trouver une interprétation différente pour ma dernière… enfin, sans jamais changer ce que Pina voulait de moi, mais j’essaye de trouver des concordances avec ma… ma dernière scène, ma dernière vie, sur scène.
– Et ça sera quoi ?
– Je peux pas vous dire encore, j’ai un an et demi pour y réfléchir. Je vais bosser (18) en tout cas !
– Vous aimeriez que ce soit quoi ?
– Un… Un rêve.
– Merci, Marie-Agnès Gillot d’être venue faire un tour (19) dans Boomerang.

Quelques détails :
1. une émotion pareille : une émotion comme celle-ci, une telle émotion.
2. Rendre: ici, cela signifie exprimer.
3. c’est de l’ordre de la communion : cela ressemble à une communion, cela s’apparente à une communion.
4. Un monde très hiérarchisé : il s’agit du monde du Ballet de l’Opéra, où les danseurs et les danseuses font partie d’une hiérarchie, où chacun essaie de progresser de de gravir des échelons, jusqu’au grade d’Etoile de l’Opéra, et où on doit respecter cet ordre.
5. Mettre en valeur (quelque chose ou quelqu’un) : rendre quelque chose ou quelqu’un très visible, de manière positive.
6. regretter une époque, une période : avoir la nostalgie de cette époque et donc vouloir y être encore.
7. C’est chouette : c’est super, c’est vraiment bien. (familier)
8. dire une bêtise : dire quelque chose de faux, ou de stupide.
9. N’importe quoi ! : on utilise cette expression pour porter un jugement négatif sur quelque chose (une action, une pensée, une idée, etc.) qu’on trouve stupide. (familier)
10. il faudrait accorder le participé passé avec « une passion » et dire : Une passion que la mère a transmise
11. avoir quelque chose : avoir des qualités particulières, qui prédisposent à faire quelque chose de spécial et qui différencient des autres.
12. C’est tracé = c’est un destin tout tracé. Ce choix fait dans son enfance a déterminé tout le reste, sans surprise, car c’est le même parcours pour tous ceux qui choisissent cette voie.
13. Avoir des courbatures : avoir mal musculairement après des efforts physiques
14. y aller à fond : faire les choses sans retenue, sans se ménager, au maximum.
15. Appréhender quelque chose : en avoir peur par avance, avoir des inquiétudes avant quelque chose. Si on l’emploie avec un verbe, il faut dire : appréhender de faire quelque chose. Par exemple : Il appréhende sa retraite. / Il appréhende de se retrouver à la retraite.
16. C’est un clin d’oeil : cela renvoie symboliquement à autre chose, à une autre idée, etc.
17. J’essaye = j’essaie. Ce verbe a deux formes équivalentes.
18. Bosser : travailler (familier)
19. venir faire un tour quelque part : venir quelque part, pas trop longtemps. On l’emploie aussi avec le verbe aller : J’ai envie d’aller faire un tour en ville cet après-midi.

L’émission entière est ici.

Ce ballet est de nouveau programmé en mai 2018.
Bien tentant… Paris n’est pas loin en TGV !
Je l’avoue, je n’aime pas tellement les ballets classiques mais j’aime vraiment voir les danseurs classiques dans d’autres chorégraphies car ils y apportent la rigueur et la perfection incomparables de leur travail et l’harmonie de leurs corps capables de tout.

Et puisqu’on est dans la danse, vous vous souvenez, je vous avais parlé de ce film La Relève que j’avais vu au cinéma il y a quelques mois.
On le trouve maintenant en DVD ! Faites-vous plaisir !

Du jour au lendemain

EconomiesJe n’étais pas partie du tout pour écouter cette émission. Mais le témoignage de ce petit monsieur – allez savoir pourquoi je l’imagine petit ! – m’a accrochée. Un peu pour sa vie de chômeur qui change d’un coup de baguette magique, grâce à une grille gagnante au Loto. Mais surtout pour la façon dont il raconte cette histoire, avec des « je lui dis », « elle me dit » pour exprimer des émotions et des sentiments tout simples de gens simples qui savent comment marche le monde. Et pour son accent ! Pas un sudiste du tout, ce grand gagnant !

Grand gagnant

Transcription :
– On y va, on y va, on y va !
– Cinq grilles du Super Loto pour le vendredi 13.
– Oui. Et des bonnes, hein ! On y croit ! Chaud bouillant ! (1)
– Ce Flash (2), Jean-Jacques, que vous venez de faire, c’est exactement ce qui s’est passé ce jour d’avril 2015 ?
– Pareil. Un Flash. Je venais juste d’être licencié, j’étais à bout (3), à bout, à bout. J’ai dit : Bon bah allez, on va essayer de chercher la chance (4). Donc je suis allé faire un Loto. Bah la chance m’a souri. Un lundi soir, je passe devant le bureau de tabac (5) où j’avais joué pour aller faire valider mon bulletin et puis pour rejouer pour la semaine. Et puis je rentre dans le bureau de tabac, la dame était seule, alors je passe mon bulletin. Et elle me dit : Monsieur, je peux pas vous payer.
Ah bon ! Bah pourquoi vous pouvez pas payer ?
Parce que vous avez un gros lot.
Ah bon ?
Elle dit : Attendez, on va appeler la Française des Jeux.
Moi, j’ai pas tilté (6) en fait. Je dis : Bon bah j’ai un gros lot. Ça veut dire quoi, un gros lot ? Je sais pas.
Elle me dit : Voilà, vous avez gagné deux millions quatre-vingt-dix-sept mille euros.
Elle me dit : ça va ?
Bah… Je… Non, j’étais déjà pas bien dans la tête, ça vous assomme, quoi, quelque part ! Vous y croyez pas vraiment.
– Vous ne réalisez pas tout de suite ?
– Bah non, non ! C’est un coup de massue (7) sur la tête !
Je rentre à la maison et je me dis : Comment je vais l’annoncer à mon épouse ? Mon épouse rentrait à 8 heures et demie. Donc je mets la bouteille de champagne dans le frigo. Je mets sur un plateau dans la cuisine. J’entends la voiture qui arrive, elle rentre et je dis : Chérie, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
Tu as retrouvé du boulot ?
Non, mieux que ça. Tu sais que je joue au Loto.
Bah oui ! Je sais bien !
Je lui dis : J’ai gagné 50 000 euros.
Elle me dit : C’est pas vrai !
Bah je dis : Non, c’est pas vrai. J’ai gagné 500 000 euros.
Oh !
Je dis : Non, non, je vais te dire, on a gagné deux millions d’euros.
Et là, plus un bruit !
– C’est irréel. C’est pas possible, c’est une blague (8) ! On n’a même pas bu le champagne, on n’a même pas mangé, on n’a pas dormi du tout de la nuit. (9)
– Parce que la Française des Jeux m’avait dit : Attention, pas de ticket, pas d’argent.
– Vous me disiez : on ne réalise pas. Et à la remise de chèque, alors ?
– Bah, étonnamment, c’est bizarre, on se rend pas compte de ce que c’est toujours (10). C’est pas de l’argent, c’est… Vous voyez rien.
– C’est le jour où l’argent a été sur votre compte ?
– Voilà, là, on avait une grosse ligne, là, là, avec beaucoup de zéros, c’était bien ! On pouvait dire : Là, c’est bon, je l’ai, c’est à moi.
– Vous choisissez à ce moment-là de le cacher ?
– Non, non. La famille connaissant notre misère actuelle, du fait de ma perte de travail et tout ça, j’ai voulu faire partager ma joie et mon plaisir.
– On ne change pas de monde comme ça ?
– Non. Non.
– On ne passe jamais de cette vie-là à l’autre. On essaye d’apprendre, mais on n’est jamais pareil. A Saint-Tropez, où on est allé faire un tour (11), on va dans un magasin. Mon épouse demande le prix d’un sac. C’était chez… enfin une marque de luxe. Et la dame dit à mon épouse : C’est pas la peine (12), madame, vous pourrez pas vous le payer. Comme quoi, c’est pas si facile d’être riche du jour au lendemain (13). Il y a des codes qu’on n’a pas et qu’on n’aura jamais. Mais ça me dérange pas, hein !
– Vous avez suivi des ateliers (14) justement pour apprendre avec la Française des Jeux de…
– Oui, mais comme quoi (15), c’est peut-être pas suffisant.
– Alors, on sourit, là, mais beaucoup de grands gagnants parlent aussi d’angoisse. On frôle même la solitude.
– Oui, tout à fait. Oui, à vivre au quotidien, c’est pas toujours évident. On va au restaurant, bah on invite des gens, on paye l’addition (16) parce qu’on le veut bien. Mais si on le faisait pas, je suis sûr que les gens diraient : Bah, tiens, il est pingre (17). Ils sont… Ils peuvent même pas nous payer le restaurant, quoi, tu vois ! C’est difficile. C’est… On a perdu des amis comme ça. On pensait qu’ils étaient sincères et qu’ils nous aimaient pour ce qu’on était. En fait, on s’aperçoit que des gens, des fois, nous aiment pour ce qu’on a et pas pour ce qu’on est, du fait de notre position de grands gagnants en fait.
– Donc au risque de choquer certains auditeurs, c’est pas si simple, d’être grand gagnant !
– Non, c ‘est pas si simple, non ! On ne se plaint pas, mais c’est pas si simple que ça. La jalousie !
– Tant qu’on n’est pas passé par là, on peut pas savoir. C’est vrai que c’est deux mondes différents.
– Quand on a autant d’argent sur son compte en banque, est-ce qu’on a encore des rêves ?
– Bah, des rêves, on en a toujours, tout le temps.
– Et parmi eux, que ça recommence !
– Ah bah j’espère bien ! Peut-être ce weekend, ça serait bien !
– Avec moi ! Moi je joue…
– Allez, chiche (18)! On y va !

Des explications :
1. chaud bouillant : cette expression très familière (orale) signifie que la personne est prête à faire quelque chose, avec beaucoup d’excitation.
2. Un Flash : c’est un des types de jeux du Loto.
3. Être à bout : être épuisé moralement et physiquement.
4. La chance : en français, c’est toujours positif. Normalement, on dit : tenter sa chance :ce jour-là, il a décidé de tenter sa chance..
5. Un bureau de tabac : ce sont les magasins où on achète les cigarettes. Le propriétaire ou le gérant est un buraliste.
6. Je n’ai pas tilté : je n’ai pas réagi car je n’ai pas compris. On dit aussi : ça n’a pas fait tilt. (familier)
7. Un coup de massue : une massue sert à frapper très fort. Donc au sens figuré, recevoir un coup de massue, c’est être assommé par une nouvelle, par un événement, ce qui signifie qu’on ne même peut plus réagir, tellement on est surpris ou choqué.
8. C’est une blague ! : c’est une plaisanterie / Tu plaisantes. (familier)
9. ne pas dormir de la nuit : c’est passer la nuit sans dormir du tout. C’est la préposition « de » qui permet d’insister. On entend souvent cette structure, dans des phrases négatives. Par exemple : On n’a pas vu le soleil de la semaine. (= pendant toute la semaine) / Il ne m’a pas parlé de tout le voyage.
10. Toujours : cet adverbe n’est pas bien placé ici. Il faudrait dire: On ne se rend toujours pas compte… (= on continue à ne pas se rendre compte / à ne pas comprendre.)
11. aller faire un tour quelque part : aller se promener quelque part.
12. Ce n’est pas la peine : ça ne sert à rien.
13. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition.
14. Suivre un atelier : suivre une formation spécifique et pratique pour apprendre quelque chose
15. Comme quoi… : c’est la preuve que… / On voit bien que…
16. payer l’addition = payer le restaurant
17. pingre : avare, pas généreux. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent.
18. Chiche ! : c’est ce qu’on dit quand on accepte un défi, un pari. (familier)

L’émission complète est à écouter ici.
Avec d’autres témoignages de gens dont la vie a basculé de la même manière, des chiffres sur les chances de gagner de telles sommes, des questions, etc.

Et vous avez lu La Liste de mes envies ?

A fleur de peau

Il y a deux semaines, Aurélie Dupont, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, a pris sa retraite car il y a un âge couperet pour les danseurs de l’Opéra : quarante-deux ans et demi (oui, et demi!). Tournant majeur dans une vie, qui va continuer à être consacrée à la danse, mais il faudra trouver d’autres manières. Elle fait partie de ces personnes qui attirent la lumière et qui en renvoient tout autant. Une magnifique danseuse, une magnifique personne, qui rayonne avec simplicité et générosité.

Voici une très belle interview : belle parce que le visage d’Aurélie est beau, parce qu’on y sent une profonde sincérité et une grande complicité avec le cinéaste Cédric Klapisch qui la filme encore une fois. (Quel bonheur, ces gens qui savent être là juste ce qu’il faut, dire juste ce qui est nécessaire pour provoquer la vraie parole de ceux qu’ils veulent mettre en valeur !)

Je me suis aussi régalée à regarder le spectacle de ses adieux, (à voir ici), pas seulement pour la danse – les ballets classiques ne sont pas mes préférés – mais parce que Cédric Klapisch, justement, a filmé aussi ce qui se passe dans les coulisses. Et ça, c’est ce que j’aime vraiment, le pas de côté qui montre comment les choses se créent. Cela donne de beaux films comme celui qu’il avait déjà consacré à Aurélie Dupont il y a quelques années, des moments dont on ressort en état de grâce.

Aurélie DupontCette conversation est ici

Ou ici: (désolée pour la présentation mais je n’ai pas réussi à intégrer juste le lecteur du site)
http://culturebox.francetvinfo.fr/resultats/widgets/external.html?source_type=live&id=220963&player=advanced&width=530&height=300&size=auto

Ou juste le son si ce n’est pas accessible de votre pays. (Mais quel dommage de ne pas voir tout ce qu’expriment avec tant de grâce les yeux d’Aurélie !)
Aurélie Dupont

Transcription :
– Une vie de danseuse, c’est forcément beaucoup de travail et beaucoup d’assiduité. Après 32 années de danse, tu as l’impression que c’était plus (1) beaucoup de souffrance ou beaucoup de bonheur ?
– Beaucoup de bonheur. Bah oui. Souvent d’ailleurs, c’est ce que j’expliquais, c’est ce que je continue d’expliquer, parce que du haut de mes 42 ans (2), évidemment, tu es obligé de faire des… Tu réfléchis à ton départ, comment ça va se passer, tu fais le point (3), tu te poses des questions : qu’est-ce qui va te manquer ? (4) Qu’est-ce qui t’a manqué ? Qu’est-ce qui t’a fait souffrir ? Et je réalise que, on dit souvent que les danseurs, on bosse comme des malades (5), c’est vrai, mais on bosse comme des malades pour se libérer de ce travail pour pouvoir profiter et danser après. Du coup, il va falloir que je me réinvente, tu vois, un autre… une autre échappatoire (6) pour profiter.
– Après, tu veux dire ?
– Après, ouais.
– Pour pouvoir vivre différentes vies comme quand tu danses.
– Ouais. Oui, parce que c’est ça qui me plaît, tomber amoureuse de plein de (7) partenaires différents ! Tu vois, c’est quelque chose que je peux faire dans ma vie professionnelle, c’est génial ! Le temps d’un spectacle, le temps de deux heures, deux heures et demie de spectacle. C’est super de pouvoir te ré-… de t’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre – et c’est pas forcément quelqu’un avec qui tu serais dans la vie de tous les jours. C’est juste que c’est tellement déguisé, tu as tellement travaillé, tu es tellement dans ton personnage, dans ton ballet, que moi, mes partenaires, je les aime, profondément, tu vois. Et puis après, pfuit (8), c’est fini.
– Le 18 mai, ce sera ta soirée d’adieux. Ça fait quoi (9) de s’approcher de cette date ?
– Ah, c’est dur ! C’est… Moi, je… C’est beaucoup de pression, je trouve ! Je m’attendais pas à… Mais ça, c’est à cause de toi ! C’est parce que tu filmes.
– Non, j’espère que c’est pas à cause de moi !
– Non, je plaisante. Non, mais je me dis il y a le stress du départ, ce que ça représente : évidemment, c’est difficile de partir. Enfin, je crois qu’il y a des danseurs étoiles… c’est vraiment très personnel. Il y a des danseurs étoiles qui sont ravis (11) de partir, ravis d’arrêter, ravis de… de faire un break (12), ils ont mal partout, ils sont… Moi, je suis pas ravie du tout d’arrêter. Je … ça va me manquer et le 18 mai, ça représente cet adieu à la scène de Garnier (12) que je connais depuis tellement longtemps et c’est vrai qu’il y a beaucoup de pression autour de ce spectacle, quand même. Parce que c’est filmé et donc tu as le stress. Si tu veux, je suis… C’est un mélange de stress. C’est un mélange de stress parce que je veux en profiter, mais pour en profiter, il faut que je sois complètement détendue, mais c’est difficile d’être très détendue quand tu sais que ça va être regardé par je sais pas combien de millions… de milliers de personnes. Tu as envie que ce soit parfait parce que c’est ta dernière (13) et que tu as envie de laisser un truc incroyable, sauf que je peux pas savoir à l’avance ce que je vais faire. Je sais pas comment sera mon partenaire, je sais pas dans quel état je serai, je sais pas si j’aurai un trac fou (14) au point d’avoir les jambes tétanisées (15), ou si je vais être complètement libérée (16) au contraire et me dire : c’est ma dernière, on en profite, et je sais pas du tout, j’arrive pas à imaginer dans quel état physique et d’esprit je vais être. Donc ça, ça me stresse. Déjà, premier stress. Et puis, le stress de partir. La tristesse de partir. C’est sûr que c’est… c’est difficile et en plus, quand tu vois les gens autour de toi, la compagnie (17), les gens qui sont extrêmement gentils avec toi, qui te font (18) des preuves d’amour tout le temps, qui te regardent avec des yeux très bienveillants et tout, c’est… c’est dur !
– Comment tu vas réagir à la fin de cette représentation ? Est-ce que tu sais ?
– Je sais pas du tout. Je sais pas du tout. Je sais à quoi m’attendre, puisque j’ai vu plein d’autres danseurs étoiles partir avant moi. Donc je sais qu’à un moment donné, je vais me retrouver toute seule sur le plateau, qu’il va y avoir des gens debout (19), qu’il va y avoir des confettis, que je vais tourner la tête à droite, à gauche et que je vais voir des gens ou souriants, ou en larmes et que ça me donnera certainement envie de pleurer. Je t’avoue que je sais pas trop (20). Vu ma grande sensibilité, je pense que je serai plutôt en larmes, mais c’est possible aussi que j’ai un fou rire (21), je pense, tu sais, de stress. Je sais pas. Je sais pas. Je vais essayer de me contenir (22) parce que je suis… je suis à fleur de peau (23) souvent. Donc je vais essayer de m’y préparer, je m’y prépare d’ailleurs. Là, tu vois, j’ai envie de pleurer mais je ne vais pas pleurer, donc vraiment, je me… je me contiens. Je sais pas. On verra.
– Ecoute, on va te laisser tranquille. J’ai une dernière question. C’est… Si tu devais dire une chose à la petite fille que tu étais quand tu as commencé la danse, ça serait quoi ?
– Ça serait quoi ? Ça serait… ça serait : Vas-y, tu es faite pour ça. Ouais, c’est sûr.

Des détails :
1. c’était plus beaucoup de souffrance ou plus beaucoup de bonheur? : cette phrase passe bien à l’oral mais on ne l’écrirait pas. On écrirait : c’était plutôt beaucoup de… Il veut savoir si elle retient davantage le bonheur ou la souffrance dans son parcours.
2. Du haut de mes 42 ans : en général, on emploie cette expression plutôt pour les enfants ou les gens plus jeunes : Du haut de ses 10 ans / du haut de ses 20 ans. Elle sert à insister sur la personne en question qui pourtant est encore très jeune, mais qui a déjà comme de l’expérience, ou un regard particulier sur la vie, de la sagesse malgré son jeune âge.
3. Faire le point : faire le bilan, regarder où on en est.
4. ce qui va te manquer : pour les anglophones, attention à l’ordre des mots ! On dit : la danse va lui manquer, en commençant par l’objet du manque (contrairement au verbe miss en anglais.)
5. bosser comme un malade / comme des malades : travailler énormément (expression familière, d’autant plus que bosser est lui-même un terme familier.)
6. une échappatoire : c’est un moyen d’échapper à une situation qui nous embête.
7. Plein de : beaucoup de (familier). Attention, plein, dans ce cas, ne s’accorde pas, même si on emploie un mot pluriel après : plein de danseurs. Ce n’est pas l’adjectif plein, pleins, pleine, pleines qui, lui, s’accorde.
8. Pfuit : c’est une onomatopée qui exprime la fuite de quelque chose, le passage rapide et léger de quelque chose.
9. Ça fait quoi ? = comment est-ce que tu vis ça ? Quel impact cela a-t-il sur toi ? On attend que la personne décrive la façon dont elle réagit à un événement. On peut dire aussi : ça te fait quoi ?
10. Ravi (de faire quelque chose) : extrêmement content. C’est un terme soutenu et fort.
11. Faire un break : encore un anglicisme adapté au français, pour exprimer l’idée d’arrêter, de faire une pause à un moment donné de sa vie.
12. Garnier : c’est le nom de l’Opéra de Paris : le Palais Garnier
13. ta dernière : dans le monde du spectacle, la dernière, c’est la dernière représentation. (par opposition à la première). Et ici, c’est de plus le ballet d’adieu pour elle, donc sa dernière.
14. Avoir un trac fou : on associe toujours l’adjectif fou au nom trac pour indiquer qu’on a vraiment le trac, c’est-à-dire beaucoup d’appréhension avant d’entrer en scène. (impossible d’associer d’autres adjectifs synonymes.)
15.tétanisé : complètement raide et incapable de bouger. On peut l’employer aussi à propos de la personne tout entière : J’étais tétanisé quand j’ai vu le danger. Je ne pouvais rien faire.
16. Être libéré : être totalement à l’aise, sans aucune peur.
17. La compagnie : c’est l’ensemble des danseurs.
18. Faire des preuves d’amour : on dit plutôt : donner des preuves d’amour
19. des gens debout : c’est-à-dire les spectateurs debout pour l’acclamer
20. Je sais pas trop : je ne sais pas très bien. (plus familier)
21. avoir un fou rire : rire sans pouvoir s’en empêcher. C’est toujours dans cet ordre-là. (Sinon, dans l’autre sens : il a eu un rire fou, cela signifie vraiment que son rire était celui d’un fou, donc un rire inquiétant)
22. se contenir : maîtriser ses émotions, rester calme
23. être à fleur de peau : être très sensible et se laisser submerger par ses émotions.

Elle avait bien imaginé ce que serait cette soirée du 18 mai 2015 :
beaucoup d’émotion à fleur de peau,
des spectateurs debout pendant 25 minutes pour la célébrer,
et à la place des confettis, une pluie d’étoiles.

Together aloneEt pour la voir danser encore, pour la regarder faire tourner son partenaire du bout de la main comme avec Manuel Legris dans le ballet Le Parc d’Angelin Preljocaj, cette chorégraphie de Benjamin Millepied, sur une des études de Philip Glass:
Together alone

La tête sur les épaules

La tête haute2Il a la fraîcheur d’un jeune qui n’avait pas imaginé jouer un jour dans un film et se voir reconnaître si vite beaucoup de talent dans son tout premier rôle. Il sait bien qu’il n’a pas grandi dans un milieu qui le prédestinait à faire du cinéma. On le sent heureux de ce qui lui arrive, mais pas juste pour cette célébrité soudaine, si convoitée aujourd’hui. Il a l’émerveillement très simple de celui qui n’a pas encore tout vécu et qui a envie de tout découvrir. Il m’a bien plu avec sa confiance qui en quelque sorte court-circuite très naturellement toutes les remarques, sympathiques mais bien réelles, du journaliste sur son inexpérience et son statut de petit nouveau sorti de nulle part. On verra comment il grandit et s’il garde les pieds sur terre, lui, le p’tit gars qui n’a jamais cru qu’il avait un parcours tout tracé !

Rod Paradot

Transcription:
– Bonjour Rod Paradot.
– Bonjour.
– Comment vous êtes arrivé là, vous ? Comment vous arrivez en tête d’affiche (1) de ce film, La Tête Haute ?
– Bah j’étais tout simplement au lycée et on m’a proposé un casting (2) sauvage. On m’a un peu expliqué justement l’histoire de Malony. Et je me retrouve là aujourd’hui, et… enfin, c’est plutôt une très bonne nouvelle !
– Vous connaissiez Catherine Deneuve avant ?
– Alors, je la connaissais pas du tout, je l’avais jamais rencontrée. Mais en tout cas, je connaissais c’était qui cette dame-là (3) et je savais que c’était une très grande dame dans le cinéma.
– Et votre première rencontre, elle s’est passée comment ?
– Bah ça a été… Notre première rencontre, ça a pas été sur le tournage en fait. Ça a été aux essais caméra. Et aux essais caméra, ça a pas été autant de pression que sur le tournage en fait. Sur le tournage, je me suis dis : « Mec (4), tu vas devoir jouer, te mettre dans la peau de Malony et jouer avec une grande personne (5) comme ça ». Donc je me suis dis : « Est-ce que tu vas réussir ? Ou est-ce que… » Mais en fait, ça s’est très, très bien passé et ça a été beaucoup plus dur de me mettre dans la peau de Malony que de jouer avec Catherine en fait… Deneuve.
– Et aujourd’hui, alors que le film sort dans les salles, qu’il est présenté en ouverture à Cannes, c’est encore plus de pression ? Ça fait encore davantage (6) peur ?
– Ça fait davantage peur mais c’est davantage du bonheur aussi, donc c’est mélangé en fait entre de l’émotion, de la peur et beaucoup de stress. Je sais pas comment je vais réussir à sortir de la voiture pour monter sur le tapis rouge, hein !
– Vous excluez pas de rester dans la voiture ?
– Ah, je crois que je vais rester dans la voiture ! Je crois que je vais pas sortir en fait.
– En même temps, dans le film, on vous voit, vous adorez conduire. C’est vrai ? C’est une passion chez vous ou pas du tout ?
– J’ai toujours aimé la voiture comme n’importe quel garçon, je pense, mais après, je suis pas fan non plus de ça et…
– Comment vous voyez la suite ?
– J’aimerais bien… enfin j’aimerais bien continuer dans ce milieu-là, c’est un milieu qui me plaît vraiment énormément et qui touche même énormément à l’intérieur de soi, alors après Cannes, je continuerai à vivre ma vie quotidienne, et si j’ai un autre rôle ou un autre film, bah je serai heureux de pouvoir continuer à faire ça et je donnerai toutes les capacités (7) pour le faire.
– Cette vie de jeune en difficulté, vous l’avez découverte ou vous la connaissiez déjà ?
– Alors, je l’ai découverte dans la peau de Malony mais je connaissais un peu déjà ce milieu-là parce que j’habite un peu dans la région parisienne, enfinen Seine-Saint-Denis (8). C’est un peu… on va dire c’est un peu quand même difficile. Mais ça a été quand même très émouvant et très dur de jouer ça, quoi.
– Et vos amis, votre famille, vos proches, vos copains, comment ils ont réagi ?
– Bah ils ont tous bien réagi. Ma famille, elle est folle, juste folle (9) ! Et ils se disent… ils se disent même, je pense : « Le petit con (10), là, qui nous faisait chier (11), maintenant, il fait un film, quoi ! Il… »enfin, c’est pour eux, je pense que c’est une très belle chose pour tout le monde, mes oncles, mes tatas (12), leurs petits-neveux. Moi, après, ça reste aussi très beau pour moi et je vais vivre cela comme un très beau moment et ça restera gravé.
– Vous avez pas peur de péter les plombs (13), de prendre la grosse tête (14), de vous prendre pour une star ?
– Alors, je me suis beaucoup posé cette question-là en fait, parce que justement, après la sortie, il y a eu beaucoup de gens qui sont venus me faire beaucoup de compliments, donc du coup, bah ça fait toujours un peu peur, on se dit… enfin moi, en tout cas, je me suis dis : « Faut que je reste sobre (15), quoi, malgré toute… malgré tout le bonheur depuis que j’ai tourné ce film, bah j’essaye de rester la tête assez froide (16) » et en fait, haute mais froide, et je pense que pour l’instant, ça marche bien et je vais veiller à ça, et…
– C’était quoi, votre avenir tout tracé, si il y avait pas eu le cinéma ?
– Tout tracé… Bah mon avenir était pas tracé, donc… J’avais plusieurs choix pour la vie quotidienne et pour ce que je voulais faire plus tard.
– Lesquels ?
– Bah j’avais un peu de passion (17) pour la menuiserie parce que j’ai quand même fait un CAP (18) de Menuiserie, mais à la base, je voulais faire de la plomberie. Et je m’étais dit aussi pourquoi pas, de faire un BAFA (19) et de pouvoir travailler…
– Brevet d’animateur ?
– De voyages, en tant qu’animateur, en fait j’aime beaucoup ça, moi, parler, mettre l’ambiance et surtout voyager dans des super (20) endroits, quoi, et voilà.
– Ce soir, vous conduirez la voiture pour aller monter les marches (21) ou pas ? Vous avez demandé à là conduire pour vous détendre peut-être ?
– Ah, non, non, parce que j’ai pas le permis, donc je pourrai pas conduire la voiture mais je pense que… même si je la conduis, il y aura quand même le stress et j’aurai du mal à sortir de la voiture, je pense.
– Vous avez le trac (22)?
– Ça commence à monter de plus en plus, oui !
– On dirait que vous vous excusez presque d’être là, Rod Paradot.
– M’excuser d’être là, non, non, mais bah, c’est… Je suis super émerveillé mais je préfère rester justement sobre et… bah de me dire que c’est juste un moment super et qu’après, tu vas continuer ta vie, si ça marche pas, et… mais voilà.
– Vous y croyez, ça ? Vous pensez vraiment que vous allez recommencer votre vie d’avant, retourner au lycée s’il le faut ?
– Bah je préfère me dire ça parce que honnêtement, après le tournage, c’était quand même très, très dur et ça a été beaucoup d’émotion parce que on est quand même une famille sur un tournage, et trois mois passés ensemble sur un tournage et après, se retrouver chez soi… Bon ça va parce que je suis parti en vacances, donc ça allait un petit peu mais une fois que je suis rentré chez moi, je me sentais pas très, très bien et je me sentais un peu seul…
– Une petite déprime ? (23)
– Et oui, j’ai un peu déprimé (23). Et du coup, je me suis un peu posé les questions sur ce que j’allais faire. Donc du coup, aujourd’hui, je me dis que ça reste une très belle expérience et que si ça marche pour moi, c’est très bien, c’est très beau et je vais mettre toutes les capacités possibles pour le faire, donc du théâtre, plein de choses qui pourraient m’aider. Et si ça marche pas, bah de me dire que ça reste une très belle expérience et un très beau moment, et que je continue ma vie au quotidien, quoi.
– Là, il y aura tous les réalisateurs du monde, tous les meilleurs à Cannes, votre rêve, là, tac, le rôle le plus fou avec qui vous aimeriez tourner ? Si il y avait juste à dire : « Moi, je veux. »
– Ah, je connais pas encore vraiment exactement ce monde-là, et je connais pas tout le monde, donc je prendrai ce qu’on me propose et avec les personnes avec qui je suis entouré en ce moment, et je pense qu’ils m’aideront à aussi bien savoir avec quelles personnes tourner ou… parce qu’on m’a quand même dit que je faisais un film… apparemment, il y a la barre, la barre haute (24), très haute, là. Donc après, là, on m’a dit que si je refaisais un film, j’allais sûrement redescendre de…
– D’un étage.
– D’un étage, voilà, donc du coup, bah, je sais pas et on verra comment ça vient. Je préfère laisser les choses venir.

Quelques détails :
1. arriver en tête d’affiche : être parmi les acteurs principaux, dont les noms sont imprimés en gros sur l’affiche du film.
2. Un casting : les Français ont emprunté un mot à l’anglais pour désigner cette séance pendant laquelle sont choisis les acteurs d’un film.
3. Je connaissais c’était qui… : cette phrase n’est pas correcte du tout. Il faudrait dire : Je savais qui était cette dame-là. / Je connaissais cette dame-là.
4. Mec : un mec est un homme (argot). Certains l’utilisent pour s’adresser à un homme de façon familière: « Hé mec, qu’est-ce que tu fais là ? »
5. Une grande personne : normalement, cette expression désigne un adulte, par opposition aux enfants. Ici, il voulait dire qu’il allait devoir jouer avec une actrice célèbre et talentueuse, une grande dame du cinéma comme on dit, lui, le petit débutant.
6. Davantage peur : on peut dire aussi : plus peur (en prononçant le S de plus)
7. je donnerai toutes les capacités : ça ne se dit pas vraiment. Soit il faut dire : Je donnerai tout / Je ferai tout pour y arriver. Soit on dit : Je me donnerai les moyens d’y arriver. Le mot capacité s’emploie par exemple en disant : J’ai la capacité à jouer ce rôle. / Il a des capacités.
8. La Seine-Saint-Denis : il s’agit d’un des départements de la région parisienne, le 93. Le taux de chômage y est élevé, les jeunes des banlieues ont du mal à trouver du travail.
9. Folle : il veut dire que sa famille est survoltée à l’idée que leur fils devienne acteur.
10. Le petit con : c’est une insulte.
11. Faire chier quelqu’un : énerver quelqu’un (vulgaire)
12. une tata : une tante (terme utilisé par les enfants)
13. péter les plombs : faire n’importe quoi, sans réfléchir
14. prendre la grosse tête : se croire meilleur que tout le monde et devenir prétentieux. (familier). Le résultat ensuite, c’est qu’on a la grosse tête.
15. sobre : simple. C’est un peu bizarre de l’employer comme ça car quand on l’utilise à propos de quelqu’un, cela signifie plutôt que cette personne ne boit pas. Mais quand on parle d’une vie sobre par exemple, cela signifie qu’elle est simple, sans excès. C’est ce sens-là auquel il pense.
16. Rester la tête froide : la véritable expression, c’est garder la tête froide, c’est-à-dire garder son calme, ne pas s’emballer, ne pas se laisser bercer d’illusions, rester réaliste face au succès, qui peut être passager. On dit aussi : garder la tête sur les épaules ou encore garder les pieds sur terre. Il joue avec les mots puisque l’autre expression, qui donne son titre au film, garder la tête haute, signifie qu’on ne cède pas, qu’on garde sa dignité.
17. Un peu de passion : normalement, ces deux termes ne vont pas ensemble, puisque par définition, la passion n’est pas du côté du peu, du modéré ! Il emploie souvent « un peu » d’une manière bizarre, comme pour atténuer certaines choses qu’il dit.
18. Un CAP : c’est un diplôme professionnel qu’on doit avoir pour exercer certaines professions mais qui ne représente pas un haut niveau d’études.
19. Faire un BAFA : c’est le diplôme qui permet de s’occuper des enfants ou des jeunes dans les centres aérés, ou les centres de vacances.
20. Des super endroits : il fait une liaison impossible car super ne prend jamais de S. Mais c’est effectivement inconfortable de ne pas faire la liaison ! Donc souvent, on se débrouille pour inverser et dire : des endroits super, ce qui résout le problème.
21. Monter les marches : c’est presque devenu un symbole du Festival de Cannes. La montée des marches du palais des festivals est un spectacle !
22. Avoir le trac : avoir peur avant d’entrer en scène quand on est acteur. Mais on l’emploie aussi pour toute situation où il y a des gens qui vous regardent, par exemple un examen oral.
23. Une déprime / J’ai un peu déprimé : c’est un moment de la vie où on ne va pas très bien moralement, mais ça n’a pas l’intensité d’une dépression. On dit qu’on est déprimé. Ici, il emploie le verbe déprimer de manière incorrecte, mais qu’on entend de plus en plus souvent. Normalement, on dit : cet échec m’a déprimé. / Le fait de me retrouver seul m’a déprimé. / ça m’a déprimé de me retrouver à la maison, de ne plus voir l’équipe de tournage. On ne l’emploie pas avec un nom de personne comme sujet, comme il le fait en disant : J’ai déprimé.
24. Il y a la barre haute : l’expression correcte, c’est : placer la barre très haut (pas haute, contrairement à ce qu’on entend souvent), ce qui signifie que c’est difficile et ambitieux. Donc par glissement, on entend des gens dire aussi : la barre est haute / la barre est très haute.

L’interview à la radio est ici.

Des vies arrêtées

Marseille

On est toujours touché par ces vies brutalement interrompues, celles d’inconnus ainsi que celles de champions qu’on connaissait à travers leurs parcours et leurs exploits plus ou moins récents, des hommes et des femmes qu’on suivait de loin en loin, dont on entendait régulièrement les noms au gré de grandes compétitions sportives: Camille, Alexis, Florence, jeunes ou moins jeunes.
Pour Florence Arthaud, cela avait commencé dans les années 80-90. Souvenir des images de sa victoire dans la Route du Rhum en 1990. J’ai toujours eu de l’admiration pour cette navigatrice et aimé écouter ce qu’elle racontait sur la mer, sur la voile, sur sa passion.

Florence et la mer

Transcription:
– Son destin est d’autant plus tragique qu’elle s’est sauvée de la mer dans des conditions, vous vous rappelez, elle est tombée de son bateau, dans la nuit, elle a réussi à prévenir des gens qui sont venus la chercher au milieu de la Méditerranée. Et puis cruellement, elle va mourir parce que deux pilotes peut-être ont accroché les pales de leur hélicoptère.
– La joie de vivre. Elle avait… oh là, là, là, elle avait choisi Marseille, parce que bon, c’est la mer, hein, c’est sa vie, c’est sa passion. Elle était toujours avec nous, elle venait nous voir quand on rentrait avec le poisson. C’est vraiment une catastrophe ! Catastrophe !

– Nous, on est hyper rustique, c’est-à-dire que nous, on doit fournir des efforts démesurés, sans dormir, sans manger, et ça, sur plusieurs jours, ou plusieurs dizaines de jours, ou plusieurs semaines ou plusieurs mois. Donc on peut pas dire qu’on soit à la… exactement préparés de la même façon que les autres sportifs de haut niveau (1). Nous, notre mental (2) est très important et puis on s’apparente… on peut se comparer davantage aux… aux gens qui font de la montagne (3).
Ah moi, celui que je préfère, c’est l’océan Pacifique, pour deux raisons, c’est que c’est le plus grand, donc on peut vraiment y passer du temps sans voir de côtes, ni de… ni d’êtres humains, en se sentant vraiment faire partie d’un autre monde. Et puis aussi pour des couleurs particulières qu’il peut avoir même avec 4000 mètres d’eau, en fait, de profondeur sous la quille. Il y a des jours où le Pacifique, il est turquoise, vraiment comme on peut le voir dans les lagons. Mais sinon, je crois qu’il y a rien qui ressemble plus à une vague qu’une autre vague. Ce sont les couleurs qui changent, et puis la hauteur des vagues.
Le chemin parcouru par les femmes jusqu’à ce que moi, je fasse mes trucs en liberté dans les Routes du Rhum, etc. autour du monde a été énorme. Moi, j’ai l’impression d’avoir profité à mort (4) de… du travail de Benoîte Groult (5), de Simone Veil et de bien d’autres femmes qui se sont battues pour la liberté.

Quelques détails :
1. un sportif de haut niveau : c’est le terme utilisé pour parler de cette catégorie de sportifs qui pratiquent leur sport de façon très intensive pour être des champions dans leur discipline. On parle de sport de haut niveau.
2. Le mental : c’est la force mentale, psychologique. Par exemple, on dit de quelqu’un qu’il a un mental de champion, un mental de gagnant.
3. Faire de la montagne : c’est l’expression utilisée pour parler des alpinistes.
4. Profiter à mort de quelque chose : profiter à fond, énormément de quelque chose. (familier)
5. Benoîte Groult et Simone Veil : ce sont des féministes, qui ont milité pour les droits des femmes. Benoîte Groult est écrivain. Simone Veil, quand elle était ministre de la Santé, a fait voter en 1974 la loi qui a légalisé l’IVG en France, pour éviter que les femmes n’aient recours aux avortements clandestins, si dangereux pour leur santé.

J’avais déjà partagé avec vous ce qu’elle disait de sa vie de marin ici et ici.

A vue d’oeil

Pour aller à l’Institut Pasteur le matin, je traverse le jardin du Luxembourg. Chaque année, un jour de printemps, en pénétrant dans le jardin, je ressens le même choc, la même stupéfaction. Chaque année, c’est le même émerveillement devant les bourgeons qui éclatent et commencent à éclore; devant ces débuts de feuilles, cette dentelle verte qui décore les branches et tremble sous la brise,comme si elle craignait de rater son coup. Mais le stupéfiant, c’est qu’elle ne le rate jamais. C’est que, une fois encore, le système fonctionne. Une fois encore, les jours vont s’allonger, la lumière et la chaleur revenir, les feuilles se former, puis les fleurs et les graines. Animaux et végétaux vont exploser de vie et de croissance. Pas le moindre accroc, pas la moindre défaillance. Le programme est immuable. Indifférente aux affaires des hommes, la grande machine de l’univers continue de tourner, inexorable.
Plus que l’océan et les tempêtes, plus que la montagne et ses glaciers, plus que la voûte céleste et ses galaxies, le retour de ce petit frisson vert qui parcourt les arbres et vous surprend un matin de printemps me donne, avec la force de l’évidence, l’impression d’assister au spectacle grandiose qui, depuis quelque douze milliards d’années, agite la grande scène de l’univers.

François Jacob. La souris, la mouche et l’homme (Chapitre 1)

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Plaisir des textes et des expériences qui résonnent en nous.
Plaisir de trouver dans les mots des autres ce qu’on ne dit pas assez bien.
Emerveillement toujours renouvelé de ces rencontres.

* à vue d’œil: De la pluie qui alterne avec du soleil, des températures douces, et tout pousse à vue d’œil, c’est-à-dire tellement vite qu’on a presque l’impression de voir les métamorphoses du jardin se produire sous nos yeux.
Au sens figuré, on dit aussi d’un enfant qu’il grandit à vue d’œil, de quelqu’un qu’il maigrit (ou grossit) à vue d’œil, d’un paysage qu’il change à vue d’œil, d’un glacier qu’il fond à vue d’œil.

Survivants

Ils sont partis le weekend dernier des Sables d’Olonne, sur leurs grands voiliers, comme tous les quatre ans. Ils vont faire le tour du monde.
Cap de Bonne Espérance, de Leeuwin, Cap Horn: au cours des trois mois à venir, nous allons entendre les noms de ces lieux mythiques chez les navigateurs. Nous entendrons parler d’exploits, d’épreuves, de courage, de passion. Les Français aiment suivre ces marins.

Voici un beau petit reportage, à regarder ici , (vite, avant qu’il disparaisse!), sur trois d’entre eux qui ont vécu l’enfer lors des courses passées. Par delà la retenue de ces témoignages, on sent de profondes émotions. Le regard de Yann de Broc à la fin en dit plus que tous les mots.

Transcription :
Comment vivre et se reconstruire après avoir vécu l’apocalypse. Le Vendée Globe et ses marins. Ces têtes-brûlées (1) des mers ont vu la mort de près, de trop près parfois.
– J’ai pas paniqué, j’ai été bêtement lucide, à me dire : Bah, vu la situation où je suis, ça va certainement se finir là.
– La vague était trois fois plus grosse. Donc je me suis dit : Voilà. J’ai eu un flash en me disant : Voilà, c’est terminé, quoi.
– A ce moment-là, on devient un animal et une bête qui pense qu’à qu’une seule chose, c’est sauver sa peau (2).

Ils font partie des survivants du Vendée Globe, certainement la course la plus difficile au monde. Seuls, sans assistance et sans escale pendant plus de trois mois dans des mers démontées, trois histoires pour une même légende.

Petit matin d’octobre dans le port d’Etel (3). A l’intérieur de sa goélette, Thierry Dubois. Depuis 15 ans le rescapé du Vendée Globe boit chaque matin son café dans la même tasse, incontournable rituel.
– Alors cette tasse a… a une histoire particulière.
– Bah, c’est surtout que j’arrive à la conserver et… entière encore et personne a le droit d’y toucher. Ouais, c’est plus que symbolique parce que… Bah c’est sûr que c’est un souvenir : c’est la tasse que… qu’ils m’ont offert (4) à bord de la frégate Adelaïde quand ils me récupèrent (5). C’est la tasse qui me rappelle un petit bout de mon histoire, et puis… Et puis voilà.

Le 5 janvier 97, Thierry Dubois déclenche sa balise de détresse. Dans les Cinquantièmes Hurlants, la mer est démontée. Des vagues de 13 mètres, des déferlantes de plus de 20 mètres. Dans ces conditions dantesques (6), le bateau chavire. Thierry Dubois est alors seul au milieu du chaos. Les recherches s’activent.
– Après… Après les… les trois chavirages, au moment où par un concours de circonstances, finalement, je perds le bateau, je me retrouve dans l’eau, j’ai plus de radeau de survie… Voilà, il y a… A ce moment-là, bah c’est justement le moment où il y a pas d’images, les gens peuvent pas imaginer ce qui s’est passé à ce moment-là, et là, j’étais bien seul face à moi-même, quoi. Donc ce moment-là, oui, je m’en souviens. Je sais ce qu’il représente pour moi.

Localisé par miracle. En attendant les secours, un avion largue à Thierry Dubois des radeaux de survie. La frégate Adélaïde mettra* trois jours avant de le récupérer, trois jours interminables, passés à survivre.
– En sortant de là, quand tu as eu l’occasion de te dire : « Ça va se finir là, je fais le bilan de ma vie », forcément, on… En en sortant de façon assez inespérée, j’ai eu le sentiment (7) d’attaquer une deuxième vie et depuis ce jour-là, oui, j’ai un peu le sentiment d’avoir attaqué une deuxième vie. Donc c’est vachement (8) agréable de te dire ça : Moi, j’en suis revenu. Quel privilège j’ai ! Et ça, ce privilège-là, bah faut pas le gâcher, faut… faut vivre à fond (9).

(Journal télévisé de 20 heures sur France 2): Le sport, avec la voile. Seul en mer, avec une fracture au fémur, à 1500 km des côtes australiennes, c’est ce qu’est en train de vivre depuis quelques heures le navigateur Yann Eliès. Il s’est blessé à bord de son bateau alors qu’il est en course pour le Vendée Globe. Marc Guillemot a dérouté son bateau pour lui porter assistance. Bon courage à lui.

Décembre 2008, une manœuvre à l’avant du bateau, le monocoque qui enfourne (10), le choc est terrible. Yann Eliès, retenu par son harnais, est projeté à l’extérieur du pont. Jambe et bassin fracturés, au milieu de l’océan.
– Je me souviens du choc, de la vision de ma jambe cassée, de la douleur qui est associée, du sentiment (11) de vraiment être un… en très, très mauvaise posture (12) parce que j’étais à l’extérieur du bateau, retenu par mon… mon harnais.
Avec une volonté surhumaine, Yann Eliès réussit à ramper pour rentrer dans la cabine. Le skipper Marc Guillemot s’est dérouté pour réconforter son copain. Mais la frégate avec à son bord un médecin mettra* deux jours avant de porter secours au blessé. Deux jours d’insupportables douleurs, pendant lesquels Yann Eliès ne peut absolument pas bouger.
– Ce qui est sûr, c’est qu’on revient différent. En bien ou en moins bien. Ça dépend. Après, faut gérer l’atterrissage (13).

Fin octobre, sur les pontons des Sables d’Olonne. Parmi les curieux (14), le petit Jérémie, 8 ans, fait connaissance avec Bertrand de Broc.
– Tu sais qu’il s’est recousu la langue tout seul ?
– Tu as eu mal ?
– Super mal ! Je me suis anesthésié, pour pas avoir trop mal. Et puis après, hop ! J’ai soigné, cousu, et hop, reparti après pour de nouvelles aventures (15).

– Oh putain (16), ça recommence !
L’image a fait le tour du monde.
– Et puis, non, là, ça va… ça va s’arranger, quoi. Mais le bout (17) est passé comme ça, il m’a soulevé la gueule (18) et il m’a pété (19) la bouche. Salopard (20) ! Putain !

9 janvier 93, du côté des Kerguelen, Bertand de Broc prend un coup de bôme dans la tête. Bilan : visage tuméfié et langue ouverte. Trop loin de toute assistance, Bertrand de Broc doit se recoudre la langue tout seul.
– Bon, je vais pas rentrer dans les détails, hein, parce que c’était plutôt boucherie-charcuterie (21). Donc j’ai… j’ai tout remis en état (22), chiffon dans la bouche, pour pas… voilà. Et puis après, je suis rentré, je me suis soigné et… Puis j’avais l’impression quand même que voilà, il m’était arrivé quand même un gros truc, qu’il y avait… que j’avais réalisé quand même : se recoudre tout seul, dans des mers un peu hostiles. Je me disais que il pouvait plus rien m’arriver.

Le seul des trois à repartir cette année, c’est Bertrand de Broc. Un troisième Vendée Globe, pour le finir cette fois-ci. Partir, toujours, quitte à (23) revivre la même mésaventure.
– Oh, si il faut se recoudre, une deuxième fois, ouais ! Ouais, ouais ! Je le referai !
– Vous êtes complètement maso (24) !

Yann Eliès a remporté cet été la Solitaire du Figaro. Comme projet, la Route du Rhum dans deux ans. Pas de Vendée Globe cette année mais dans quatre ans, pourquoi pas !
– Non, on n’est pas dingues (25), hein !

Thierry Dubois a lui (26) refait un deuxième Vendée Globe. Mais depuis trois ans, l’aventure est ailleurs, direction le grand nord, à bord de La Louise, sa goélette et ses touristes en mal de grand frisson (27). Le Vendée Globe est bel et bien (28) derrière lui.
– La morale, c’est qu’il faut rester dans son canapé le dimanche soir et regarder Stade 2 (29)! Ça, c’est clair ! Tu la passeras (30), celle-là ?

Des explications :
1. une tête-brûlée : quelqu’un qui prend tous les risques.
2. Sauver sa peau : tout faire pour survivre. (familier)
3. Etel : petite ville du Morbihan en Bretagne. Beaucoup de navigateurs français sont bretons.
4. Qu’ils m’ont offert : il faut normalement faire l’accord féminin : c’est la tasse qu’ils m’ont offerte.
5. Quand ils me récupèrent : théoriquement, il devrait continuer au passé : la tasse qu’ils m’ont offerte quand ils m’ont récupéré. Il emploie le présent, ce qui donne l’impression que c’est un souvenir toujours très présent pour lui, on sent qu’ il revit la situation.
6. Des conditions dantesques : des conditions terribles, monstrueuses, dignes de l’enfer.
7. Avoir le sentiment de = ressentir et savoir.
8. Vachement : très (familier)
9. à fond : totalement, avec intensité.
10. Enfourner : dans le domaine de la navigation, cela signifie que l’avant du bateau entre profondément dans la mer à cause de très grosses vagues.
11. Le sentiment de… : l’impression de… et la quasi certitude de…
12. être en mauvaise posture : être dans une situation dangereuse, où ça risque de mal se terminer.
13. Gérer l’atterrissage : au sens figuré, cela signifie gérer le retour à une situation normale et ordinaire, savoir reprendre sa vie ordinaire.
14. Les curieux : les gens qui viennent regarder ce qui se passe.
15. Reparti pour de nouvelles aventures : c’est une expression toute faite pour décrire un tournant, le début de quelque chose de différent. On dit souvent : En route pour de nouvelles aventures !
16. Putain ! : exclamation fréquente mais pas particulièrement polie, pour exprimer toutes sortes d’émotions.
17. Le bout : quand c’est le terme marin, on prononce « boute ». C’est un cordage.
18. La gueule : le visage. (argot) La gueule, c’est normalement la bouche d’un animal.
19. Péter : casser, démolir. (familier)
20. Salopard ! : c’est une insulte, qu’on utilise normalement contre un homme, comme le mot salaud.
21. Boucherie-charcuterie : normalement, c’est un commerce, où le boucher-charcutier découpe et vend sa viande. Donc au sens figuré, quand on dit de quelque chose que c’est une boucherie, cela veut dire qu’il y a du sang qui a coulé, donc qu’il y a eu de grosses blessures.
22. Remettre en état : réparer, comme c’était avant.
23. Quitte à (faire quelque chose) : même si (cela signifie faire cette chose-là).
24. Maso : abréviation de masochiste, c’est-à-dire être quelqu’un qui s’inflige des blessures, des épreuves lui-même, qui aime souffrir. (familier). On dit souvent : Il faut être maso pour faire ça ! . Ou encore quand on refuse de faire quelque chose qui ne nous plaît pas du tout : Je ne suis pas maso !
25. Dingue : fou. (familier)
26. Il a, lui, refait… : lui sert à insister et à marquer le contraste avec d’autres = lui, par opposition à d’autres. On dit aussi : T. Dubois a quant à lui refait…
27. en mal de : à la recherche de…
28. bel et bien : vraiment. Cela permet d’insister.
29. Stade 2 : c’est l’émission de sport du dimanche soir sur France 2, une vraie institution pour les sportifs (les vrais ou ceux qui se contentent de suivre le sport à la télé, à la radio et en lisant l’Equipe. )
30. Tu la passeras ?: tu vas la passer à la télé ? / Tu vas la laisser dans ton reportage, au moment du montage de l’émission ? (la = cette plaisanterie)

* Petite remarque sur le futur employé ici: la frégate mettra trois jours…
Ce temps peut paraître étrange pour faire un récit passé. Mais c’est assez fréquent en français dans un récit historique. (même si des historiens refusent de l’utiliser.)

A écouter ici si vous ne pouvez pas accéder au site. Il faudra juste que vous mettiez des images sur ces récits émouvants:

Amitié

Deux belles histoires, racontées par les dessins et les mots d’Emmanuel Guibert. Dans un de ces deux livres, il fait le récit de l’enfance de son ami américain, Alan. Dans l’autre, c’est l’histoire de sa guerre en Europe, qu’Alan présente par ces mots: « Quand j’ai eu 18 ans, Uncle Sam m’a dit qu’il aimerait bien mettre un uniforme sur mon dos pour aller combattre un gars qui s’appelait Adolf. Ce que j’ai fait. »
Deux très belles oeuvres, qu’on peut lire et relire.
Une belle rencontre pour moi.

Mais je pense que j’aime autant ces deux livres que la façon dont ils sont nés. Leur écriture est l’histoire et le fruit d’une profonde amitié, commencée tardivement et vécue d’autant plus intensément, entre Alan et Emmanuel.
La lecture de la préface de « La guerre d’Alan » est en soi un vrai bonheur. Deux pages où tout est dit sobrement sur l’amitié, le temps qu’on donne, qu’on prend pour être ensemble, le temps qu’il ne faut pas perdre, la constance toujours, même (ou surtout) quand la vie se fait plus dure, et la fidélité jusqu’au bout du chemin. La fidélité au-delà du temps, par l’art, cet art de raconter des choses si simples mais si uniques et ainsi les rendre éternelles.
Voici un passage de cette préface que j’ai eu envie de vous lire:J’ai rencontré Alan Cope par hasard, en lui demandant mon chemin dans la rue. C’était en juin 1994, il avait soixante-neuf ans et moi trente. Il vivait avec sa femme sur l’île de Ré, où je mettais les pieds pour la première fois. L’amitié nous est tombée dessus.
Alan était né en Californie en 1925 dans la ville d’Alhambra, faubourg de Los Angeles. Il avait grandi à Pasadena et Santa Barbara. Il avait fait la guerre en Europe. Après guerre, il était venu s’installer en France et n’était plus retourné aux Etats-Unis. Il avait travaillé comme employé civil pour l’armée américaine, en France et en Allemagne. Depuis sa retraite, il vivait dans l’île.
Quelques jours après notre rencontre, un après-midi, il a commencé à me raconter des épisodes de sa guerre. Nous faisions des allées et venues sur une plage, le long de l’océan. Il parlait bien, j’écoutais bien. Ses anecdotes, hormis deux ou trois, n’avaient rien de spectaculaire. Elles n’évoquaient que de très loin ce que les films ou les récits de la seconde guerre mondiale m’avaient appris. Pourtant, elles me captivaient par leur accent de vérité. Je voyais littéralement ce qu’il disait. Quand il a interrompu son récit, je lui ai proposé : « Faisons des livres. Vous raconterez, je dessinerai. »
Alan avait un jardin à un kilomètre de sa maison. C’est là, dans un petit chalet rouge et blanc, que nous avons commencé à enregistrer son témoignage sur un magnétophone à cassettes. Nous étions heureux d’avoir trouvé une bonne raison de passer du temps ensemble. A la fin de ce mois de juin, j’avais déjà quelques heures d’enregistrement, et l’envie ferme de continuer. Dès septembre, j’étais de retour. On a repris nos conversations. Nous étions devenus importants l’un pour l’autre.
On ne savait pas qu’on n’aurait que cinq ans pour être amis, mais on a fait comme si on le savait. On n’a pas perdu notre temps. On a nagé, fait du vélo, jardiné, vu des films, écouté des disques, joué du piano, cuisiné, échangé des dizaines et des dizaines de lettres, de coups de fil, de cassettes et de dessins. On a conversé éperdument. On ne s’est jamais engueulé* ni éloigné.

* s’engueuler: se disputer (argot)

C’est aussi un vrai bonheur d’écouter cette émission de radio avec Emmanuel Guibert, dont voici un petit extrait:Transcription:
– Donc on est dans la gare de La Rochelle, là, on vient d’arriver. Et Alan m’attendait généralement plus ou moins planqué (1) derrière un pilier, là. Et on allait rejoindre sa Volkswagen orange, qui était un peu sa marque de fabrique (2) dans l’île: il était connu comme l’Américain à la Coccinelle (3) orange. Et à l’arrière, il y avait son chien, Cherokee, sur une peau de bête, qui était en train de se… de se léchouiller (4) le bas-ventre. Et puis on grimpait dans la voiture et on partait ensemble pour l’île. Et on allait vers le pont (5), vers la mer, ce qu’on va faire en empruntant la bagnole (6) qu’on va louer là.
Très américain, Alan ?
– Alan, c’était un Américain pour les Européens et c’était devenu un Européen pour les Américains. Comme beaucoup d’exilés, il était pas vraiment… plus vraiment d’un bord et pas vraiment de l’autre. Et il avait d’américain, de prime abord (7), pour les… pour les gens de l’île, sa pointe d’accent (8), ses blue-jeans un peu tire-bouchonnants (9), ses grosses canadiennes (10) l’hiver, ses chemises à carreaux. Et puis… Et puis il avait, j’imagine, d’européen pour les Américains qui venaient le voir, toutes les habitudes de vie, toute la culture qu’il s’était forgée en vivant ici depuis l’âge de vingt… de vingt-deux ans, sans… sans discontinuer.
Donc en fait, ce 16 juin 1994, j’étais avec mon père et on montait tous les deux cette rue. Et c’est en arrivant là que je l’ai aperçu pour la première fois. Il était en train de scier du bois devant sa porte. Et je me suis approché de lui et je lui ai dit… enfin, à vrai dire, je me suis approché de lui pour lui poser une question sur mon chemin (11). Mais au fond, si je suis allé le voir, c’est parce que j’avais envie de passer un peu de temps dans cette maison et peut-être d’en savoir un peu plus. Et donc, je lui ai dit: « Pardon monsieur, la rue de la République » ou « la place de la République (12) », et on a discuté un bon quart d’heure (13), en fait. Et j’ai perçu tout de suite que c’était quelqu’un de très singulier et que j’aimerais bien passer du temps avec lui.
C’est un coup de foudre (14) ?
– C’est un coup de foudre, oui.

Quelques détails:
1. planqué: caché. (style familier). Se planquer = se cacher.
2. sa marque de fabrique: son signe particulier, ce qui le différencie de tous les autres.
3. une Coccinelle: c’est le nom donné à ce modèle de voiture allemande qui a été si populaire, d’après le nom du petit insecte rouge à pois noirs.
4. se léchouiller: se verbe n’existe pas, il est fabriqué à partir de « se lécher ».
5. L’île de Ré est maintenant reliée au continent par un beau pont.
6. une bagnole: une voiture (argot)
7. de prime abord: au premier contact.
8. une pointe d’accent: un très léger accent
9. tire-bouchonnant: on utilise ce mot pour décrire un pantalon qui fait des plis en bas, sur les chaussures, parce qu’il est un peu trop long. Il n’est pas bien lisse et tire-bouchonne.
10. une canadienne: c’est une grosse veste.
11. demander son chemin: se renseigner sur la route à prendre quand on est perdu.
12. la rue de la République: toutes les villes françaises ( ou presque) ont une rue de la République, souvent une des rues principales, en écho à l’histoire du pays, pour souligner l’importance de l’abolition de la royauté.
13. un bon quart-d’heure: plus d’un quart d’heure.
14. un coup de foudre: en général, on l’utilise à propos de gens qui tombent amoureux l’un de l’autre. Ici, cela souligne la force de cette amitié. (On peut aussi avoir un coup de foudre pour un lieu, pour un livre, un film, etc…)

Sale temps sur la France !

C’est l’automne, il pleut, il y a du vent. Rien de surprenant. Mais dimanche, dès le matin, il a fait vraiment très mauvais temps en Vendée, sur la côté atlantique. Et l’après-midi, Marseille et les alentours ont été touchés. Les prévisionnistes de Météo France ne s’était pas trompés. Mais ce qui a pris tout le monde au dépourvu, ce sont les deux tornades qui se sont formées dans ces régions: sur une petite ville en Vendée et dans une zone commerciale très fréquentée le dimanche près de Marseille.

Transcription:
(Le bulletin météo du matin:)
Vigilance Orange (1) sur sept départements entourant le Val de Loire, de la Vendée et de la Loire-Atlantique jusqu’au Loiret pour cause de pluies intenses qui arrosent actuellement ces départements, en outre (2) exposés à de fortes rafales de vent. Cette zone très pluvieuse va se décaler au cours des prochaines heures du sud du Bassin Parisien vers le nord-est du pays: Champagne-Ardennes et Lorraine.

– C’est l’orage qui m’a réveillé. Je me suis levé pour débrancher… Je voulais débrancher ma télé, je voulais débrancher deux-trois trucs (3), quoi. Je suis sorti (4) donc dans le couloir, là, de la maison, hein, et j’ai entendu un espèce (5) de brouhaha (6) impressionnant. Ça venait sur la maison. Tout d’un coup, j’ai entendu la toiture se lever et j’ai entendu des tuiles qui retombaient après sur la toiture. Ça a pas duré longtemps, hein! Ça a pas duré une minute, je pense pas, hein. C’est impressionnant, très, très impressionnant quand même !
– Vous avez eu peur ?
– Oh bah, oui ! Pour avoir eu peur, oui, j’ai eu peur (7), oui ! J’ai jamais connu ça. Ça fait tout drôle (8), hein ! J’ai un grand sapin qui faisait 25 à 30 mètres qui est tombé aussi. J’ai cru que c’était un… je sais pas… Ça m’est jamais arrivé, j’ai cru que c’était un avion ou je sais pas trop ! Mais c’est vrai que c’est venu d’un seul coup, en l’espace d’une fraction de seconde, hein. On n’a pas le temps de réagir, je vous le dis tout de suite, hein. C’est impressionnant ! Impressionnant, impressionnant ! On a eu la trouille (9).

La maison s’est mis (10) à trembler. On avait l’impression qu’il y avait des explosions et puis j’ai pris les enfants. Tout de suite, je les ai mis en sécurité. Et en passant dans une des pièces, les… les volets (11) étaient pas fermés, il y avait plein de débris qui volaient de partout par… enfin les… les toits s’envolaient. C’était l’apocalypse !

Il y a une branche qui est tombée sur la maison, quoi, qui m’a cassé toutes les tuiles, tout. Moi j’attends les pompiers. Mais bon, le nécessaire est fait. Il faut attendre que, bon, que ça sèche. J’ai les maçons qui viennent demain. J’ai mis des seaux partout parce que les plafonds… Il y a plein de boue, quoi. Bon, ça me fait mal. C’était mon dernier chantier, en plus, que j’ai fait.

(La suite du bulletin météo:)
D’autres pluies abondantes sont par ailleurs prévues pour l’après-midi dans le sud-est sous forme d’orages, de la Provence-Côte d’Azur aux Alpes, des orages qui atteindront la Corse en soirée. Pour l’instant, c’est plutôt du beau temps dans le sud et le sud-est du pays.

La tornade nous est arrivée dessus. Il y a plein de ferraille, de… Tous les panneaux publicitaires de la zone se sont envolés. Les voitures qui étaient là sur le bord ont pris des panneaux publicitaires dessus, donc elles ont les pare-brise cassés. C’est un paysage incroyable ! Cinq minutes, ça a duré ! Même pas plus ! Tout le monde était paniqué et courait dans tous les sens. Tout le monde essayait de trouver un abri mais franchement, c’était… Tout le monde était en panique (12), hein !

Quelques explications
1. Vigilance orange: Météo France place des zones en vigilance lorsque des conditions météo plus extrêmes le nécessitent, pour que les gens prennent leurs précautions. Selon la couleur, c’est plus ou moins intense.
2. en outre: de plus, également
3. un truc: une chose. On emploie ce mot familier quand on ne fait pas l’effort de chercher le mot exact dont on a besoin. Ici, cet homme  aurait pu employer le mot appareil, pour parler de tout ce qui fonctionne à l’électricité.
4. sortir: ce verbe s’emploie avec l’auxiliaire « être ». (sauf s’il s’agit de sortir quelque chose: par exemple: j’ai sorti la poubelle. / J’ai sorti mes clés de ma poche.) Pourtant, on dirait qu’il dit « J’ai sorti ».
5. un espèce: il faut dire une espèce de, même si le mot qui suit est masculin. Beaucoup de Français se trompent, alors qu’avec « une sorte de », qui est synonyme, personne ne fait la faute.
6. le brouhaha: beaucoup de bruit.
7. Pour avoir eu peur, j’ai eu peur! : Le début de la phrase n’exprime pas le but ici. C’est un moyen de renforcer ce qui est dit. (style familier)
8. ça fait tout drôle: c’est très bizarre. (familier)
9. avoir la trouille: avoir peur (familier)
10. s’est mis à trembler: il faudrait dire: La maison s’est mise à trembler, en accordant « mise »  car le mot maison est féminin.
11. Les volets: voilà une situation dans laquelle les volets (dont sont équipées les maisons françaises) peuvent servir, pour protéger contre les intempéries !
12. tout le monde était en panique: ce n’est pas très correct comme expression en français. Si on veut employer le nom, il faudrait dire: C’était la panique.

En rose et bleu


Le bleu est la couleur de l’UMP, le parti du Président sortant Nicolas Sarkozy.
Le rose est la couleur du Parti Socialiste qui a donc gagné les élections dimanche.
Les sondages, depuis plusieurs semaines, donnaient ce résultat. Donc le suspense n’a pas été totalement insoutenable jusqu’au bout !
De plus, dès avant 20 heures, heure à laquelle les premières estimations sont officiellement rendues publiques à la télévision et à la radio, les informations avaient circulé sur internet et les réseaux sociaux, au vu notamment des premiers résultats du dépouillement pour les bureaux de vote qui ferment à 18 heures. (Seuls les bureaux des grandes villes sont ouverts jusqu’à 20 heures.)

Echos de cette soirée électorale, en province puis à Paris.
Paroles de Président.
Paroles de Français, les heureux et les mécontents.
Espoir pour beaucoup, teinté de réalisme souvent.

Infos locales: Le département des Bouches-du-Rhône vote toujours à droite.
Mais cette fois, la gauche l’emporte à Marseille, alors que nous avons un maire UMP.
(Toutes les grandes villes françaises ont voté à gauche, sauf Nice.)

Transcription:
(à la télévision, 20 heures, sur France 2)
Voici notre estimation du résultat de la Présidentielle en ce 6 mai 2012: c’est François Hollande qui est élu Président de la République.

(En Corrèze)
– François, regardez. Regarde un peu, hein.
– C’est un couple maintenant, hein.
– François, hein ?
– Elle connaît monsieur Hollande depuis des décennies et des décennies. Et c’est quelqu’un qui a toujours été là et qui la touche profondément. C’est un petit peu son fils d’adoption.
– Dis-moi, François, quand tu seras à l’Elysée (1), est-ce qu’on pourra continuer à te tutoyer (2) ?
– Bah toi, oui, tu as tous les droits !
– Moi, j’ai tous les droits ?
– Tu pourras rentrer sans badge, toi.
– Vous pensez qu’il va changer s’il devenait Président ?
– Non, il est trop profond pour ça. Bien sûr, il sera obligé de devenir autre. Il est construit sur des valeurs sûres, je pense vraiment. C’est quelqu’un de droit. Peut-être trop.
– Comment ça ?
– Parce qu’il faudra qu’il s’arme. La vie n’est pas facile, surtout dans ce milieu-là.

(A l’aéroport de Brive)
– C’est tout à fait émouvant d’avoir cet accueil partout. Toute la route que j’ai faite entre Tulle et l’aéroport de Brive (3), ça n’a été que des saluts, des signes d’encouragement, des amitiés rappelées. Donc, voilà, je voulais m’arrêter un moment pour saluer les jeunes qui sont là. Je vais prendre l’avion parce que je vais…
– Où est-ce que vous allez Monsieur Hollande ?
– Je vais atterrir d’abord, après avoir pris l’avion, et puis ensuite je vais à la Bastille (4). Voilà. Merci.

(Place de la Bastille à Paris)
Mes amis, je ne sais pas si vous m’entendez, mais moi, je vous ai entendus. J’ai entendu votre volonté de changement, j’ai entendu votre force, votre espérance, et je veux vous exprimer toute ma gratitude. Je veux vous dire mon émotion d’être celui qui peut vous représenter. Je veux aussi vous dire ma fierté, la fierté de cette France que vous offrez, la France de la diversité (5), de l’unité, rassemblée, réunie, ma fierté aussi, 31 ans jour pour jour, ici à la Bastille, d’avoir permis que la gauche ait un successeur à François Miterrand. Merci ! Merci à tous !

François Hollande, 51,7% des voix, un score quasi identique à celui de François Mitterand un certain 10 mai 81 (6), comme un air de déjà vu.
– Ouais, c’est la même ambiance. Ouais, c’était pareil, ouais. François Miterrand, c’était un grand moment aussi, ouais, ouais. Parce que c’était le premier aussi.

Le premier Président socialiste, Fredie et Nadine s’en souviennent eux aussi:
– Il y a plus de jeunes qu’en 81.
– Il y a plus de jeunes et plus de diversité. Il y a des gens… il y a des gens du monde entier, de tous les continents. Le monde entier est là.
– Je crois que c’est un peu différent parce que on a déjà connu le socialisme. J’ai peut-être un peu moins d’illusions.
– Ma mère, elle m’en parle tout le temps et j’ai l’impression d’avoir un peu vécu la même chose que… qu’elle aujourd’hui, quoi.
– Le plaisir d’élire un Président de gauche, pour nous la première fois qu’on vote aussi.
– La première fois qu’on vote aussi.
– C’est important.
– Moi, j’ai voté par élimination (7). J’avais pas le choix, j’ai voté Hollande, pour pas que Sarkozy soit réélu. On l’a bien vu pendant les cinq dernières années ce qui s’est passé. Mais bon, pour Hollande, on va pas rêver, quoi.
– Bah en même temps, moi, j’ai pas voté parce que je me sentais pas représentée et puis, je suis pas de la gauche, mais je suis pas trop de la droite non plus. Enfin, je suis plus de la droite mais j’aurais pas voté pour Sarko. Mais avec Sarko, on a vu ce qui s’est passé, avec Hollande, on sait pas du tout.
– Plutôt déçu, parce que je pense pas qu’il sera en mesure de garder le cap financier à la France.
– Ma fille vient de m’appeler, elle est hyper contente ! Je suis vraiment content. Du changement. Je veux pas être méchant envers Sarkozy mais je suis hyper, hyper content.
– Beaucoup d’espoir pour la suite.
– Tout va bien, les gens ont compris. C’est super !
– Enfin, on va pouvoir espérer un peu de changement. Et c’est tout ce qu’on attend, Hollande ou pas Hollande, on veut juste du changement et essayer de voir ce que ça peut donner un peu de l’autre côté de la politique et on est vraiment contents que on puisse enfin, nous les jeunes, voir un gouvernement de gauche.

Quelques détails:
1. L’Elysée: c’est là où réside et travaille le Président de la République.
2. tutoyer: cette question montre bien que tutoyer est un signe de familiarité et que vouvoyer exprime le respect. Cette amie de longue date pose cette question parce qu’elle n’aurait jamais imaginé tutoyer un jour le Président de la République !
3. Tulle, Brive: ce sont les deux villes principales de la Corrèze, département où François Hollande est élu depuis de longues années. (C’est un département rural). C’est à Tulle qu’il a voté et attendu les résultats.
4. La place de la Bastille: c’est un lieu symbolique à Paris (à cause de la Bastille, qui était une prison, symbole du pouvoir royal absolu et qui a été prise et détruite pendant la Révolution en 1789.) Ce lieu de est toujours sur le parcours des manifestations à Paris quand les Français se mettent en grève.
5. la diversité: c’est l’idée que la France est faite par et pour tous ses citoyens, qu’ils soient français depuis très longtemps ou plus récemment. C’est une référence au fait que la France est constituée par son immigration. Evidemment, François Hollande s’oppose là aux idées développées par l’extrême droite de Marine le Pen et par une une partie de la droite représentée par Nicolas Sarkozy, des idées faites pour diviser les Français.
6. le 10 mai 81: date symbolique dans l’histoire de la gauche en France puisque c’était l’élection du premier Président socialiste de la 5è République, après des décennies de gouvernement de droite.
7. voter par élimination: au deuxième tour de l’élection présidentielle, il ne reste toujours que les deux candidats qui ont eu le plus de voix au premier tour. Donc bien sûr, les électeurs peuvent avoir à choisir un des candidats,  même s’il ne représente pas parfaitement leurs idées, parce qu’ils ne veulent pas que son adversaire soit élu.

Et si vous voulez vous entraîner à dire ou à comprendre chiffres et grands nombres, j’ai enregistré ces résultats pour vous:

Ah ! Le temps n’est plus ce qu’il était…

La France a un climat tempéré qui la met normalement à l’abri de phénomènes météorologiques comme les tornades. Normalement…

Mais dimanche, ce n’était pas un orage ordinaire qui s’est formé sur Toulouse et sa proche région. De quoi surprendre, inquiéter, ou fasciner tous ceux qui ont observé la supercellule – c’est le nom de ces énormes nuages d’orage – qui est apparue dans le ciel et a donné naissance à une tornade.

Endroit bien choisi puisque c’est à Toulouse que se trouve Météo France, le centre météorologique national !
Moment bien choisi aussi car les élèves de l’Ecole de Météo France avaient eu un cours là-dessus vendredi – j’ai mes sources ! – cours dont la conclusion était que c’est un phénomène très rare en France. Gâtés donc, les jeunes météorologues: ils ont eu la théorie dans la semaine et le TP* d’observation sur le terrain le weekend !

Mais ce n’est pas un bulletin météo que vous allez regarder maintenant.
Petite vidéo amateur. Et réactions à chaud dans la voiture !
Exactement le genre de conversation difficile à suivre mot par mot dans une langue étrangère: peu de vocabulaire pourtant, mais des émotions exprimées sans filtre et comme elles viennent, avec l’accent toulousain. La vie, donc !


Transcription:
– Elle… Elle est solide, votre voiture ?
– Regarde, regarde, il y a des trucs (1) qui tombent, là, hé ! On va pas rester là, hein !
– Non. Bah non, parce que ça va déglinguer (2) la carrosserie…
– Regarde, regarde ! C’est de la neige !
– Non, c’est des grêlons.
– Va (3) par là-bas. Au soleil, au soleil, au soleil !
– Bon vas-y (3), avance ! J’ai… J’ai trop… J’ai la trouille (4) quand même.
– Mais non. Mais non.
– C’est de la neige. C’est pas des grêlons. C’est de la neige.
– Si on passe dedans, ça craint pas (5). C’est pas comme aux Etats-Unis.
– Oh oh oh ! Attends ! Là, il y a un sacré truc (6) quand même ! Regarde-moi ça (7) ! Tu as filmé ?
– Je filme.
– Arrête-toi, arrête-toi ! Je vais filmer. Attends, je sors l’appareil.
– Vous êtes sûrs que vous voulez traîner (8) là ? ça sert à rien, oh putain (9) !
– Il y a une voiture qui arrive derrière. ça vient vers nous, on peut attendre si vous voulez. On le voit…
– Regarde les trucs ! Regarde, on voit les trucs dedans !
– On avance, on avance ! C’est pas tranquille, là !
– On va être en plein dedans, ça va être sympa.
– Regarde dedans: on voit les trucs qui volent. Mais là, c’est… il y a des maisons, non ?
– Tu filmes, Mimine (10) ou pas ?
– Oui, oui, je filme, là.
– Mais qu’est-ce que c’est que ce truc de branques (11), là ?
– Mais attends, mais on n’est pas aux Etats-Unis !
– Mais qu’est-ce que c’est que ce pays ? Nous sommes bien à Toulouse, ne vous inquiétez pas.
– Regarde. Il y a des trucs qui sont pris dedans qui tournent.
– Elle se termine, là.
– Ouais, elle se termine.
– Regarde-moi ça !
– ça y est, elle s’arrête.
– ça y est, c’est parti…
– Ah, mais c’est au milieu d’un champ, ou il y a des maisons quand même ? C’est impressionnant, hein!
– C’est impressionnant. C’est la première fois de ma vie que je le vois en vrai, hein.
– Une tornade, quoi.
– Première fois. Ouais. Moi aussi, ouais.
– Tu as filmé, Mimi ?
– Ouais, ouais, j’ai filmé.
– C’est la première fois que… Et parce que si on le dit par chez nous (12), ils vont nous prendre pour des tarés (13) !
– Non, non, mais c’est clair (14), hein !
– Ils vont… Ils vont nous prendre… C’est comme aux Etats-Unis, hé !
– J’en avais jamais vu de ma vie !
– Mais c’était impressionnant quand même, hein !
– Ouais, franchement ! Franchement ouais, impressionnant, quand même!
– Regarde les enfants ! Ils ont les oreilles bouchées tous les deux.
– Regarde le mec (15), c’est pareil, il regarde. Je crois qu’il a jamais vu ça de sa vie non plus, hein.
– Bah non mais attends ! (16)
– J’ai le coeur qui a battu super vite, moi. J’imagine ma baraque (17) là-bas et tout ! Allez, on s’en va.
– Non, non (18), mais impressionnant quand même !

Quelques détails:
1. des trucs: des choses (familier)
2. déglinguer: casser (argot)
3. Va par là / Vas-y: à l’impératif, Va, qui est la forme normale, prend un « s » pour faire la liaison avec « y ».
4. avoir la trouille: avoir peur (argot) Quelqu’un qui a la trouille est un trouillard (ou une trouillarde.)
5. ça craint pas: ce n’est pas dangereux. (argot) Le contraire, c’est : ça craint.
6. un sacré truc: on utilise le mot sacré pour renforcer le mot qui suit. Ce n’est pas un truc ordinaire, c’est quelque chose d’incroyable.
7. Regarde-moi ça: c’est comme « Regarde ça », mais le fait d’utiliser « moi » montre que la personne qui parle exprime une vraie émotion.
8. traîner là: s’attarder là.
9. Putain ! : cette exclamation, qui exprime toutes sortes d’émotions (la peur, la surprise, la satisfaction) selon les situations, est très fréquente dans le sud de la France. Style très familier, pas très poli.
10. Mimine: surnom affectueux.
11. un branque: un fou (abréviation de branquignol) (argot)
12. par chez nous: ce « par » est très toulousain.
13. un taré: un fou / un idiot (familier)
14. c’est clair = c’est vrai / c’est sûr.
15. le mec: l’homme (familier)
16. Bah non mais attends ! : il ne faut surtout pas prendre les mots séparément, avec leur sens habituel. Il n’est pas question d’attendre, mais et non ne sont pas employés dans leur sens ordinaire. C’est donc juste une exclamation (courante) qui sert à commenter ce qui a été dit avant. Ici, ça signifie quelque chose comme: « c’est normal » (que le gars n’ait jamais vu ça de sa vie.)
17. une baraque: une maison (familier)
18. non, non mais… : très souvent, dans les conversations familières, non n’a pas son sens habituel de refus ou de dénégation. Ici, la personne ne refuse pas de partir. Ce non sert à enchaîner et à renforcer la réaction qu’on a. C’est comme auparavant, dans la note 14: « Non non mais c’est clair« , qui au contraire sert à approuver ce qui a été dit juste avant. (« Ils vont nous prendre pour des tarés. »)

* TP : abréviation de travaux pratiques. On l’utilise comme un nom à part entière, plus souvent que l’expression entière. Donc on peut dire: un TP, des TP. (Vous avez remarqué, il n’y a jamais de « s » de pluriel au bout des abréviations, contrairement à l’anglais.)

Et pour conclure, petit clin d’oeil, dans la rubrique culture:
Si vous regardez attentivement la page de La Dépêche – le quotidien régional du sud-ouest – en haut de ce billet (cliquez dessus pour mieux lire), vous verrez des publicités régionales.
Très régionales…
Pas de doute, on est bien dans le sud-ouest.

Le sud-ouest, pays du foie gras

Belle victoire !

Bien sûr, la Coupe du Monde de rugby a lieu à l’autre bout du monde. Bien sûr, il y a le décalage horaire. Bien sûr, le foot est le sport le plus populaire en France. Mais parler de la France sans parler du rugby, ce n’est pas possible.
Voici donc de quoi se replonger dans l’ambiance du match Angleterre-France d’hier. C’était un match décisif puisqu’à la clé, il y avait l’élimination ou l’accès à la demi-finale. Et comme le XV de France n’avait ébloui personne lors de ses premiers matches, l’enjeu était de taille !
D’abord les réactions à chaud de quelques joueurs et de l’entraîneur juste après la victoire, entre euphorie, esprit d’équipe et humilité – ce qui n’est pas la vertu la mieux partagée dans d’autres sports… Suivez mon regard !

Transcription:
– Je voudrais dire aussi, Thierry, parce que…
– Christian, Christian, excusez-moi, je vous coupe. Mais je suis avec le monstrueux Aurélien Rougerie. Aurélien, félicitations ! Quel match !
– Ouais, on est… on est très contents. On avait de quoi… de quoi faire (1) ce soir avec… avec une équipe anglaise valeureuse (2). Voilà. On avait aussi beaucoup de choses à se faire rattraper (3) par notre public, pour nous aussi. On est… on est très contents de tout ça, voilà ! Maintenant, il va pas falloir s’enflammer (4). Il va falloir penser au reste. On a de l’expérience, on a du talent, donc je pense qu’avec ce groupe, on va pouvoir aller loin.
– Tu parles d’état d’esprit. Tout à l’heure, je pense qu’il s’est passé un truc (5) dimanche dernier. Vous allez faire la même chose ?
– Ouais, il s’est passé un truc dans le groupe. Je crois que c’était l’étincelle qui nous manquait. Voilà, maintenant qu’elle est là, on va plus lâcher le morceau (6), on va tenir très fort et à la semaine prochaine!
– Merci. Bon match.

– Avec Thierry Dusautoir… Qu’est-ce qu’on peut dire ?
– On peut dire rendez-vous à la semaine prochaine déjà ! Ça sera… ça sera bien. Il faut… C’est un grand soulagement d’avoir passé… d’avoir passé ce cap-là, d’être en demi… en demi-finale. Maintenant qu’on est… qu’on sait qu’on est capables de jouer au rugby, il faut maintenir ce niveau la semaine prochaine aussi.
– On t’a vu hier sur une conférence de presse arriver avec l’oeil du tigre. C’est quoi, cette semaine ? La patte du tigre ?
– Ah, ça… Surtout rester concentrés, surtout pas s’emballer (7). On a connu ça en 2007, pour d’autres en 99, c’est qu’une demi-finale, l’air de rien (8), quoi, donc on n’a… on n’a rien gagné. Aujourd’hui, on a juste gagné le droit de revenir la semaine prochaine et on a montré à tous… aux gens qui nous supportent, à nos familles que… qu’elles pouvaient compter sur nous.
– Merci beaucoup, Thierry.

– Chacun a répondu présent, chacun a amené ce qu’il savait faire. Et je crois que c’est… c’est vraiment sur ça aujourd’hui que… qu’on a battu les Anglais.
– Imanol, comment s’est construit l’état d’esprit ?
– Arrêter de se poser des questions, regarder devant, se dire que… que voilà, il fallait choisir son destin, savoir si on voulait quitter la compétition demain matin ou… ou si on voulait continuer l’aventure tous ensemble. Et je crois que ça a fait toute la différence et comme par hasard, eh bé, en se posant moins de questions, par moment, je crois qu’on a… on a réalisé un beau rugby. C’est sûr, on va bien sa… savourer ça ce soir mais on est à deux matches de… de faire un truc énorme. Mais voilà, il faut qu’on se dise aussi que c’est le début, que c’est pas la fin. Il faut pas non plus qu’on s’enflamme ce soir.

– Heureux tout simplement. Ça a été une… une très belle semaine. Des semaines pendant lesquelles on se sent vivant, et voilà, la récompense, elle est là, au bout de… de 80 minutes de sacrifice, de souffrance, de solidarité. Et voilà. Je crois qu’aujourd’hui, les… les joueurs ont… ont rempli… ont rempli leur part de contrat, ont… ont remercié le public, les éducateurs. J’ai une pensée vraiment pour tous les gens qui nous ont soutenus. Maintenant, il nous reste une aventure. A eux… A eux de la vivre pleinement, de profiter de ces moments et moi j’ai très envie malgré tout de rebondir et puis… et de penser dès ce soir aux Gallois.
– C’est un énorme soulagement pour toi, hein. On t’a senti tendu à la mi-temps.
– Oh, évidemment. On a… on est tendu, mais bon, j’avais confiance. J’avais confiance parce que je savais que les mecs (9) se battraient, quoi. Je savais que les mecs iraient jusqu’au bout. Ça a été… ça a été compliqué, ça a été dur. Mais bon, battre les Anglais, quel pied (10) quand même !
– Merci Marc.
– Effectivement (11), quel pied !

Quelques détails:
1. avoir de quoi faire: avoir beaucoup de travail, d’efforts à faire, avoir une tâche difficile à accomplir.
2. valeureuse: courageuse.
3. à se faire rattraper: en fait, il s’embrouille dans les expressions. Soit il dit: à se faire pardonner. Soit il dit: à rattraper (c’est-à-dire à compenser du fait de leurs mauvais résultats des matches d’avant)
4. s’enflammer: être trop optimiste de façon irréaliste, se croire arrivé.
5. un truc: quelque chose (familier)
6. ne pas lâcher le morceau: ne pas cesser de faire des efforts, rester motivé et déterminé jusqu’au bout.
7. s’emballer: c’est comme s’enflammer. Croire que ça y est, la victoire est là.
8. l’air de rien: il voulait dire mine de rien, ce qui signifie au fond / si on y regarde de près.
9. les mecs: les gars (familier)
10. Quel pied ! : Quel plaisir ! Quelle satisfaction ! (familier)
11. effectivement: c’est vrai.

Puis les commentaires des journalistes avant et après le match, pour se rappeler comme les relations entre une équipe, son entraîneur, ses supporters, son public et les journalistes peuvent se situer dans le domaine des émotions ! Avec en filigrane le souvenir du fiasco de l’équipe de France de foot lors de la dernière Coupe du Monde de football et du comportement de joueurs censés faire rêver les gamins qui les regardent.
Le tout dans un français qui va vite !
J’aime bien les matches de rugby !
Transcription:
(Juste avant le coup d’envoi du match)
Un quart de finale de Coupe du Monde dans l’Eden Park d’Auckland face aux vices-champions du monde de 2007, voici l’affiche que l’on vous propose avec, on l’espère, une énorme équipe de France.

C’est le couperet (1), c’est le quart-de-finale: c’est la maison (2) ou c’est la demie (3). Maintenant attention, trop motiva[…], trop motivés, trop de tension, ça peut aussi nuire à l’expression. Donc on verra si on sait digérer cette pression côté français.

La détermination de Thierry Dusautoir. Hier en conférence de presse, je ne l’ai jamais vu avec un regard pareil. Ils veulent se racheter (4). L’équipe de France n’a pas commencé sa Coupe du Monde. La Coupe du Monde doit commencer ce soir pour le XV de France. L’intitulé du match est donc Angleterre-France. L’Angleterre est l’équipe A. On va donc assister aux hymnes nationaux en commençant par le God Save The Queen.

(Juste après le coup de sifflet final)
La France est en demi-finale de la Coupe du Monde ! Yahoo !
Bravo ! Enorme !
Bravo !
Ils l’ont fait !
Je voudrais dire un truc important concernant cette équipe de France. Ce groupe aurait pu exploser, avec tout ce qui s’est passé pendant dix jours. Ce groupe n’a pas explosé. Regardez-les ensemble. Franchement, c’est une immense équipe de France, c’est une immense équipe de France qu’on a sous les yeux. Je voudrais saluer l’intelligence de François Trinh-Duc, exemplaire, pas un mot dans la presse, malgré tout ce qu’il a vécu depuis dix jours, certaines humiliations. Il s’est tu. Il a joué. La réponse est venu du terrain. Imanol Harinordoquy, énorme en première mi-temps. Tous les Français, Thierry Dusautoir, Nicolas Masse, Aurélien Rougerie, qui a joué avec une épaule en carton (5) et qui a défoncé les Anglais. Ils ont été énormes ! Alors évidemment, c’est loin d’être terminé. Il y aura un match contre le Pays de Galles en demi-finale. Attention au Pays de Galles ! Mais quel match des Français ! C’est assez incroyable, Thierry, parce que cette équipe de France était la moins bien qualifiée des huit équipes des quarts-de-finale. Elle avait encaissé (6) 96 points depuis le début de la compétition, d’où (7) notre inquiétude. Mais on savait, Thierry, et on peut le dire maintenant, parce qu’on les a… on y a toujours cru, on savait qu’il y avait de l’intelligence et on savait que dans cette équipe, il y avait des champions.

Quelques explications:
1. c’est le couperet: c’est le moment déterminant. (Un couperet, c’est au sens propre une lame très tranchante.)
2. c’est la maison: c’est le retour à la maison, c’est-à-dire en France en cas d’élimination.
3. la demie: la demi-finale.
4. se racheter: se faire pardonner en agissant correctement.
5. une épaule en carton: il s’est blessé à l’épaule. Donc la comparaison avec du carton exprime l’idée qu’il n’était pas solide, que son épaule était fragile.
6. encaisser 96 points: ils ont concédé 96 points à leurs adversaires. Ils les ont laissés marquer tous ces points. Ce verbe a un côté négatif et donne l’idée que l’équipe a subi les attaques des autres. (On dit aussi par exemple: encaisser un but, encaisser un essai.)
7. d’où notre inquiétude: ce qui explique / ce qui a entraîné notre inquiétude.

Le voile noir

En ce moment, je ne sais pas bien quoi lire. Je ne tombe pas sur le livre qu’on ne lâche pas, qu’on a envie de retrouver dès que les occupations de la vie quotidienne le permettent, le livre qu’on veut continuer à découvrir et terminer mais sans le terminer jamais ! Il y a des périodes comme ça.
Comme en plus j’ai fait du rangement et du tri, j’ai retrouvé des livres aimés. Alors, relire et redécouvrir.
Et comme aussi, j’ai, cette année encore, une étudiante qui a perdu sa maman, le beau livre d’Anny Duperey m’a à nouveau touchée.

Histoire de son enfance bouleversée, histoire de ses parents, à travers les photos conservées. Des mots pour dire la vie et la mort. Des photos pour garder et comprendre ce passé, avec lequel elle s’est construite. C’est une très belle histoire, qu’elle présente ainsi:

J’avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents – de mon père, surtout, l’auteur de ces photos, qui sont la base et la raison d’être de ce livre. Curieusement, je n’en ai pas envie.
J’en suis surprise. Mais je suppose que d’autres surprises m’attendent dans cette aventure hasardeuse que j’entreprends. On ne s’attaque pas impunément au silence et à l’ombre depuis si longtemps tombés sur ce qui a disparu.
Non, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés, pourquoi ferais-je aujourd’hui l’offrande de ces pages au vide ?
Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. J’avais depuis des années envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d’écrire sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l’une l’autre. Car ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. Je n’ai aucun souvenir de mon père et de ma mère. Le choc de leur disparition a jeté sur les années qui ont précédé un voile opaque, comme si elles n’avaient jamais existé.
Si au début de ce livre, où paradoxalement je ne vais faire qu’une chose: tendre vers eux, je leur refuse le statut d’existants – Où ? Quand ? Comment ? Sous quelle forme ? – c’est sans doute à cause de ce sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort. Il ne me reste rien d’avant, d’eux, que ces images en noir et blanc. L’usage que j’en fais ne les concerne donc pas plus que ce que je suis devenue. Sans doute aussi parce que, obscurément, je leur en veux (1) d’avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l’excuse de la maladie, sans même l’avoir voulu, si bêtement (2), quasiment par inadvertance (3). C’est impardonnable.
C’est pourquoi, avant de tenter d’écrire en marge de ces photos je vais une dernière fois – comme je l’ai fait désespérement jusque-là – me détourner de la blessure qu’ils m’ont laissée à la place de leur amour et à m’adresser à ce qui me reste de plus proche, l’autre survivante, à ma plus semblable au monde, ma soeur, qui a eu, je crois, encore plus de mal que moi à vivre avec leur absence.
A Pitou, donc.

Le voile noir, Anny Duperey

Quelques détails:
1 – en vouloir à quelqu’un de quelque chose: reprocher quelque chose à quelqu’un, être fâché contre lui ou elle à cause de cette situation.
2- bêtement: de façon stupide
3- par inadvertance: parce qu’on n’a pas fait attention.

Plus de peur que de mal

Les TGV, comme l’indique leur nom, roulent vite, très vite. Les voies sur lesquelles ils circulent sont donc très protégées pour éviter toute collision avec quoi que ce soit. Mais ce weekend, fait rarissime, un TGV Atlantique, parti de La Rochelle, a eu un accident. En fait, il était encore sur une portion de voie classique où la vitesse maximum n’est que de 200 km/h environ. L’avantage, c’est qu’il n’était pas à pleine vitesse. L’inconvénient, c’est que sur les voies classiques, il y a encore des passages à niveau, là où les routes traversent les voies ferrées, ce qui est source d’accidents. Tout le monde s’en tire sain et sauf. Mais quand même, les passagers ont eu très peur ! Et puis aussi, il faut dire que ça tombait mal* car ce weekend était très chargé: ce sont les vacances scolaires d’hiver en France.

Voici donc un petit aperçu de ce qui s’est passé pendant ce voyage plutôt mouvementé.
Puis mes commentaires sur la façon de parler habituelle des journalistes qui présentent les infos à la radio ou à la télé.


Transcription:
Les passagers du TGV La Rochelle-Paris ont eu pour certains la peur de leur vie. Vers 21h15 hier soir près de Niort, le train a pulvérisé une voiture qui était restée coincée sur les voies. Son conducteur avait eu le temps de s’échapper. Le train, lui, a déraillé mais pas complètement. Il n’y a pas eu de blessés mais près de 300 personnes (1) ont dû être évacuées. Sur place, le reportage d’Anne-Laure L.
Sous la pluie vers une heure et demie du matin, les passagers du TGV accidenté arrivent enfin en gare de La Rochelle. Deux bus ont été affrêtés par la SNCF(2). A leur descente, des passagers qui ont eu plus de peur que de mal (3), comme Caroline et Julie.
– Moi, j’étais dans le bar avec… enfin la… la voiture-bar avec mes deux fils. Et puis, on est… On était en train de commander. Puis tout à coup, ça a bougé, mais (4) de façon hyper-violente. C’est très impressionnant, très, très impressionnant !
– Il y a eu un basculement (5)… Le train a eu des basculements, comme si on perdait l’équilibre et puis on se remettait sur les rails. Et c’est…ça… ça nous a fichu les jetons (6)!

Sur le trottoir devant la gare, les passagers semblent un peu perdus. La question, c’est de savoir où ils vont aller.
– Bah en fait, moi j’habite à Paris et là, j’ai aucun endroit où dormir. Donc on va voir ce qu’on peut faire.

Des agents de la SNCF en gilet rouge dirigent les voyageurs.
– Les personnes qui sont en couple, déjà.
– On est mineurs (7), nous.
– Alors, les personnes… Monsieur, là. Les personnes les plus âgées pour les… par rapport aux jeunes…

Par groupes, ils se dirigent vers:
– Un hôtel.
– Un hôtel à côté de la gare.
Et c’est avec quelques heures de sommeil à peine que tous pourront reprendre le TGV ce matin.

Et du monde dans les trains, il va y en avoir ce weekend, mais aussi sur les routes. C’est le premier chassé-croisé (8) de ces vacances de février et la zone B (9) commence ses congés. Bison Fûté (10) a colorié ce samedi en rouge (11) en Rhône-Alpes et dans le quart nord-est du pays.

Quelques explications:
1. près de 300 personnes : à peu près 300 personnes. Les TGV simples transportent environ 300 passagers. Les duplex (à deux étages) doubles peuvent transporter plus de 1000 passagers d’un coup.
2. la SNCF : c’est l’entreprise qui assure le transport en train des voyageurs et d’une partie des marchandises et gère le réseau ferré français.
3. ils ont eu plus de peur que de mal : c’est une façon de dire que tout le monde est sain et sauf, après une grosse frayeur.
4. mais de façon hyper violente: ce « mais » sert à renforcer la suite.
5. un basculement: le train a basculé, s’est penché.
6. ça nous a fichu les jetons : ça nous a fait très peur. (argot, donc familier)). On peut dire aussi: On a eu les jetons.
7. être mineur : ne pas être majeur, c’est-à-dire ne pas avoir encore 18 ans.
8. un chassé-croisé: c’est quand on échange en même temps sa place avec d’autres personnes. On l’emploie pour parler de la circulation en période de vacances, quand par exemple certains quittent Paris au début de leurs congés et croisent ceux qui rentrent. Par exemple, il y a le chassé-croisé des juilletistes – ceux qui sont en vacances en juillet – et des aoûtiens – qui partent en août. Ne circulez pas à ce moment-là si vous pouvez éviter!
9. la zone B: pour les vacances scolaires d’hiver, la France est divisée en 3 zones géographiques qui ne partent pas en vacances en même temps. C’est pareil pour les vacances de printemps.
10. Bison Fûté: le trafic est observé et régulé par le Ministère des transports qui donne des conseils aux automobilistes en période de grands départs en vacances ou de retours. Bison Fûté est la mascotte qui personnifie cet organisme. Etre fûté, c’est être malin, savoir se débrouiller. C’est un mot familier.
11. en rouge: les jours sont classés noirs, rouges, oranges, ou verts selon la densité de la circulation. (du plus chargé au très fluide) C’est annoncé à l’entrée des autoroutes, à la radio, à la télévision.
* ça tombait mal: ce n’était vraiment pas le bon moment.

Transcription de mes commentaires:
Alors, avec ce petit enregistrement, je voulais revenir sur une façon de parler typique de la radio actuellement, une diction qui est très reconnaissable, pas dans toutes les émissions de radio mais dans certaines, et notamment comme les infos. Et on retrouve ça aussi à la télé, au… dans le journal télévisé, dans le JT. Et cette façon de…de parler un peu particulière, c’est le fait de ne pas faire de pause naturelle à la fin des phrases, d’enchaîner justement ces phrases sans respirer du tout au bon moment. Alors, je vous fais ré-entendre un premier passage.

Lire la Suite…

Un peu fêlés ?

Ils aiment la vitesse. Ils aiment le ski. Voici deux des descendeurs français qui participent en ce moment aux Championnats du Monde de ski alpin.

Petite interview où il est question de sensations fortes, de peur, de plaisir, et aussi de ce qu’éprouve l’entourage de ces jeunes hommes qui prennent tous les risques.
Pas de tout repos sûrement d’être leur mère ou leur père !
Le tennis, c’est plus tranquille…


Transcription:
– Ouais, ça fait un peu peur. Moi, en plus, je suis quelqu’un qui s’est beaucoup blessé dans ma carrière. J’ai… J’ai chuté (1) cette année encore à Val Gardena (2), j’ai pris une… une grosse gamelle (3) à Val Gardena. Ça m’a un peu marqué. J’ai mis du temps à revenir. Je me suis battu pour revenir tout le mois de janvier et ça recommençait à revenir, là. Et me retrouver là-dessus (4), c’est qûr que ça me fait pas plaisir. Quand il va falloir mettre les chevaux (5), il va falloir engager (6). Il va y avoir plus de cartons (7) que ce qu’on croit à mon avis. Moi, je peux plus… je peux plus me permettre d’aller encore faire un séjour à l’hôpital, avec tout ce que j’ai eu déjà. C’est sûr que au niveau sécu (8), c’est pas… c’est pas optimum. On n’est pas au top, là, au niveau sécu.
– Votre mère, vos proches, ils sont au courant (9) que vous faites un sport pas comme les autres?
– Ah bah, vous me parlez de ma mère ! Ma mère, elle a jamais regardé une course à la télé, pour tout vous dire (10) ! Elle se refuse à (11) regarder parce qu’elle a la… la trouille (12). Je pense qu’elle sera… elle sera ravie quand j’arrêterai ma carrière. Elle est jamais venue me voir sur une course non plus. Et mon père, ça devient de plus en plus difficile, vu… vu les pistes qu’ils nous proposent. Après, voilà, ils savent que c’est mon choix et que ils font avec (13), de toute façon. Ils ont un fils qui aime la vitesse et qui… qui aime un peu prendre des risques de temps en temps, mais pas fêlé (14) quand même ! Je me considère pas comme fêlé!

Les descendeurs ne sont donc pas complètement fous mais suffisamment quand même pour se jeter dans la pente à plus de 130 km/h pour un plaisir assez mince, à en croire Adrien Théaux, l’un des outsiders de la descente d’aujourd’hui:
– Oh bah, la descente, c’est une combinaison qui fait à peu près deux millimètres d’épaisseur, un casque, un masque et une paire de skis qui fait 2,15 mètres. On n’a que ça. On n’a pas d’habitacle, rien autour et après, bah ici, c’est deux minutes que dans l’ombre. Donc c’est le noir complet. Deux minutes où on se fait secouer pas mal (15), et là, des skis de 2,15 m, quand ils commencent à taper, ça a beaucoup d’inertie. Donc il faut pas se faire tirer les pieds dans tous les sens.
– Adrien, à vous écouter nous parler de cette descente, on a le sentiment que il y a plus aucune notion de plaisir.
– Si, si ! On prend un peu de plaisir à la première porte. Et on prend du plaisir quand on est arrêté aussi. Dans l’arrivée, on se dit: »Ah, c’est bon (16), je suis en bas, je suis arrêté. » Non, non, il y a un petit peu de plaisir.

Vu d’en bas, il faut quand même une bonne dose d’imagination pour penser à prendre son pied (17) sur la piste du Kandahar !

Quelques détails:
1. chuter : faire une chute, tomber. (Tomber se conjugue avec l’auxiliaire « être », contrairement à chuter:  Je suis tombé.)
2. Val Gardena: c’est une vallée alpine en Italie, avec des stations de ski.
3. une gamelle : une chute (argot). On dit qu’on prend une gamelle.
4. là-dessus : il veut dire « sur cette piste », très difficile.
5. mettre les chevaux: c’est une image pour parler de la vitesse qu’il va devoir avoir.
6. engager: ici, ça veut dire qu’il va falloir prendre tous les risques.
7. un carton : ici, c’est une chute. (familier)
8. la sécu : abréviation de « sécurité ». Mais ce n’est pas si courant que ça de l’utiliser dans ce sens-là. D’habitude, si on parle de la Sécu, tout le monde comprend « la Sécurité Sociale », notre système d’assurance maladie.
9. être au courant : savoir.
10. pour tout vous dire : pour être honnête.
11. se refuser à faire quelque chose : c’est comme « refuser de faire quelque chose », mais c’est plus fort.
12. la trouille : la peur (argot)
13. faire avec : s’accommoder d’une situation qu’on ne peut pas changer. (familier)
14. être fêlé : être fou (familier)
15. pas mal : c’est presque aussi fort que « beaucoup ».
16. C’est bon : on dit ça quand tout va bien, qu’il n’y a pas de problème.
17. prendre son pied : prendre / éprouver du plaisir. (familier)

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