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Tango, tango

Il ne sera pas dit que je n’aurai rien partagé avec vous en juillet ! Merci pour votre patience et votre fidélité !
Tango, tango, parce que à l’heure de la sieste – il fait chaud -, je suis tombée sur une émission sympathique sur Arte, sur le tango à Buenos Aires. (Elle sera probablement disponible pendant 7 jours sur Arte +7 très bientôt, si ça vous tente et que vous y avez accès de votre pays.)

Cela m’a fait repenser à un joli film sorti il y a quelques années. Danse, cinéma et expressions, quelques-uns des ingrédients qui me plaisent ! Dans Je ne suis pas là pour être aimé, il est question d’un huissier de justice, devenu ours à cause d’une vie pleine de ratés, de ses rapports avec son père devenu acariâtre et avec son fils timide et pas plus heureux, et de sa rencontre totalement surprenante avec le tango dans un cours auquel il s’inscrit. Rencontre avec le tango mais aussi avec une sorte de petite fée délicieuse et gracieuse. Et voilà ! Un beau film plein de pudeur. Et de coups de gueule de la part de ce quinquagénaire qui a un peu oublié de vivre.

Je ne suis pas là pour être aiméCliquez ici pour regarder un montage qui donne une bonne idée du film.

Transcription
– Bon, la tension (1) est bonne. L’examen cardiologique est bon. On ne peut pas exclure une petite insuffisance coronarienne. Faut bouger (2), quoi. Faut se dépenser (3) un peu, hein. Hein, parce que sinon, le cœur, un jour, il va dire stop.
– Ça vous plaît, les cours de danse ?
– Ça va, ça va. Je me trouve un peu nul, mais bon (4).
– Mais non, mais non.
– Si, si.
– Pourquoi vous dites ça ? Vous êtes pas nul du tout.
– Peso, peso…. En arrière, j’assemble. J’écarte, centre, jambe. C’est là que ça déconne (5).
– Ah non, mais non, c’est pas celle-là qu’il faut avancer, c’est l’autre.
– J’ai reçu des… une carte de maman, il y a pas longtemps.
– Ouais ?
– Alors, elle va peut-être venir en France dans quelques mois.
– Eh bah dis-moi quand ta mère arrive, j’essaierai de ne pas la croiser (6).
– Ecart, j’assemble, jambe.
– Non ! Pas celle-là. Celle-là.
– Ça a pas été encore très commode (7) cette semaine avec votre papa. Si vous pouviez (8) lui dire d’être un peu plus gentil.
– Oh ! Merde !
– Bon, bah je vais y aller, hein. Comme ça, tu pourras dormir.
– C’est ça, tire-toi (9) ! De toute façon, tu attendais que ça, alors !
– C’est pas trop dur ce que vous faites comme métier ?
– Maître Dussart, huissier de justice. Je viens procéder à l’enlèvement des meubles et vous demanderai de quitter les lieux (10) à l’issue de (11) cette procédure.
– Evidemment que les gens chez qui on va sont dans la merde (12) ! Bien sûr, on n’est pas… On n’est pas aveugle ! Mais tu es pas là pour y penser, tu es là pour faire appliquer une décision de justice.
– Tu me fais chier, tu me fais chier ! Tu me fais chier ! (13)
– J’écarte, j’assemble, et là, c’est celle-là qui commence.
– Celle-là.
– Mais pourquoi tu l’as pas donné, le papier ? Tu aurais pu ! Tu le laisses sous la porte, tu le glisses.
– Les voisins, ils m’insultaient. Qu’est-ce que je pouvais faire, moi ?
– Tu fais ton boulot ! Tu les laisses t’insulter, si ça leur fait plaisir. Tu fais comme si tu entendais pas. Tu entends pas.
– Avec qui vous avez envie de danser ?
– Je sais pas… Jean-Claude.
– Il est comment alors ?
– Il est normal.
– Tu vas tout remettre en question (14) avec Thierry pour un homme normal ? Est-ce qu’il t’aime au moins ? Est-ce qu’il te l’a dit ? Est-ce qu’il t’a fait un cadeau ?
Peso, peso… Et la jambe.

Quelques explications :
1. la tension : c’est la tension artérielle. Le médecin prend la tension pour vérifier qu’elle n’est pas trop basse ou plus souvent, trop élevée. Dans ce cas, on dit qu’on a de la tension, ou qu’on fait de l’hypertension.
2. Faut bouger : cela signifie qu’il faut avoir une activité physique, ne pas avoir un mode de vie trop sédentaire.
3. se dépenser : ce verbe pronominal s’applique toujours aux personnes. Se dépenser, c’est faire des efforts physiques, du sport.
4. Mais bon : on emploie souvent cette expression, pour indiquer qu’on accepte une situation. Cela signifie : Mais bon, c’est comme ça. Il ne se trouve pas bon danseur, mais il continue à danser quand même.
5. Ça déconne : ça ne va pas / ça ne marche pas. (style très familier, à la limite du vulgaire). Si on veut rester plus neutre, on peut dire : c’est là que ça coince.
6. Croiser quelqu’un = rencontrer cette personne.
7. commode = facile. Cet adjectif s’utilise aussi pour quelque chose qui est pratique. Par exemple : Prends le métro pour aller en ville. C’est plus commode qu’en voiture. Il s’emploie aussi à propos de quelqu’un qui a mauvais caractère, qui n’est pas facile à vivre. Dans ce cas, il est toujours dans une phrase négative : Ce vieux monsieur n’est pas commode ! Il râle tout le temps.
8. Si vous pouviez… : cette structure avec le verbe pouvoir exprime une demande = Pouvez-vous…
9. Tire-toi = Va-t’en ! (argot, et donc agressif). C’est comme Casse-toi !
10. Quitter les lieux : partir (style soutenu, langage officiel). En tant qu’huissier de justice, il vient expulser les gens d’un logement quand ils ne peuvent plus payer le loyer par exemple.
11. à l’issue de : à la fin de (style soutenu)
12. être dans la merde : avoir beaucoup d’ennuis et pas de solution pour les résoudre. (très familier, plutôt vulgaire. ) On dit en général : On est dans la merde. Ou bizarrement, avec exactement le même sens : On n’est pas dans la merde, là ! (= tout va mal.)
13. Tu me fais chier = tu m’énerves au plus haut point. (vulgaire et agressif)
14. remettre en question quelque chose / remettre quelque chose en question : ne plus l’accepter, vouloir changer une situation qui était bien établie.

La grande vie

En écoutant le monsieur devenu très riche dont il était question dans mon billet précédent, j’ai repensé à ce film de 2006 qui s’appelle Quatre Etoiles. Peut-être l’aviez-vous vu alors. Sinon, vous pourriez essayer de le trouver!

Isabelle Carré y est formidable en jeune femme ordinaire qu’un héritage inattendu rend assez riche pour qu’elle décide de larguer les amarres* d’une vie trop tranquille et plan-plan*. Pour elle aussi, direction la Côte d’Azur et ses palaces, ses voitures de luxe et sa vie facile, à laquelle elle se fait sans problème ! C’est une vraie comédie, où elle virevolte entre deux hommes, un riche plutôt niais qui tombe raide dingue d’elle et un escroc sympathique qui pense la contrôler mais qu’elle finit par mener par le bout du nez*, en joyeuse emmerdeuse qu’elle apprend à être. Un grand classique, à la sauce française.

La bande annonce, c’est dommage, ne donne qu’un très mauvais aperçu de cette histoire. Mais vous y aurez un avant-goût de son rythme et de ses dialogues qu fusent dans tous les sens, avec un José Garcia déchaîné comme d’habitude. Et puis les lieux peuvent faire rêver… en attendant de gagner au loto !

Quatre Etoiles DVD
La bande annonce est ici.

Transcription :
– On ne peut pas partager de… la même chambre d’hôtel, vous et moi. C’est pas possible.
– Et pourquoi ça ?
– J’ai envie de me balader (1) à poil (2), si j’en ai envie. Quelquefois, je fais monter les putes (3) russes à 4 heures du matin. Je fais des bains moussants. Je claque les portes.
– Oui, mais seulement, moi, ça me rassure d’être dans votre chambre. Comme ça, je sais où vous êtes.
– Je vous ai fait une reconnaissance de dettes (4), vous avez mon passeport. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?
– Vous avez peur de tomber amoureux de moi. C’est ça ?
– Attendez, que moi… Que moi, je tombe amoureux de vous ! Non, mais attendez, vous réfléchissez des fois à ce que vous dites ? Ou alors, les mots vous viennent comme ça, là ?
– Quoi ? Je suis pas votre genre ?
– Oui, c’est ça, voilà. Vous n’êtes pas mon genre, voilà.
– Oui mais alors, c’est quoi, votre genre ?
– Pour moi, vous êtes… Vous êtes un peu comme une Barbie, voyez, quand on est petit, on prend une Barbie, puis on soulève la jupe et on se dit : Qu’est-ce que je peux faire avec ? Et bah voilà, on joue avec les jambes, puis au bout d’un moment, on est super énervé, alors on lui arrache la tête. Voilà. Alors, de mon côté, moi, vous n’êtes pas une femme, voyez. Vous êtes comme une Barbie. Alors, vous faites comme si je n’étais pas un homme, voilà. Vous pensez que je suis Ken, habillé.
– Elle est assez unique dans son genre.
– Hého  !
– Vraiment, moi Tarzan, toi Jane, hein !
– Tu peux pas te passer de moi (5), hein !
– Aïe ! Mais qu’est-ce que vous faites, là !
– Oh bah dis-donc, ça vous allait pas d’être jeune (6), hein !
– Je vous emmerde, moi ! (7)

Des explications
1. se balader : se promener (ici au sens figuré)- Familier
2. à poil : tout nu, sans vêtements (argot)
3. une pute : une prostituée (argot)
4. faire une reconnaissance de dette à quelqu’un : c’est signer un document dans lequel on précise quelle somme a été prêtée.
5. Ne pas pouvoir se passer de quelqu’un : avoir besoin de cette personne tout le temps, avoir envie d’être avec elle en permanence. Cette personne nous est indispensable, pour une raison ou une autre.
6. Ça ne vous allait pas : elle ne le trouve pas très beau jeune ! Elle trouve que la jeunesse ne l’avantageait pas vraiment !
7. Je vous emmerde, moi ! = J’en ai rien à faire de ce que vous pensez, de ce que vous dites. Ce qui est drôle, c’est qu’il lui répond vulgairement et avec agressivité, mais il continue à la vouvoyer.

Tu m’emmerdes / Je t’emmerde:
Quand elle se moque de lui à cause de sa photo sur son passeport, il aurait pu lui répondre « Vous m’emmerdez », c’est-à-dire « Vous me cassez les pieds ». Mais en se mettant en position de sujet (Je), c’est comme s’il voulait reprendre le contrôle et c’est finalement plus agressif et encore plus grossier. Mais dans le fond, c’est ce qu’on dit quand on est à bout d’arguments.

* larguer les amarres: c’est comme sur un bateau qui quitte la terre ferme, lorsqu’on détache les cordes qui le retiennent à quai. Au sens figuré, c’est donc partir en abandonnant tout derrière.
* une vie plan-plan : ordinaire, très fade, routinière et sans surprise. (familier)
* mener quelqu’un par le bout du nez : lui faire faire tout ce qu’on veut, parce que cette personne est sous notre influence et n’a plus de sens critique. (familier)

Le jeune papa qui voulait apprendre à cuisiner

CuisinerC’est très à la mode de raconter des histoires de la vie des gens ordinaires. C’est ce qu’ont compris les entreprises pour se faire de la publicité, poussant ainsi plus loin la vieille idée de mettre en scène des utilisateurs de leurs produits. Maintenant, ce sont de véritables petits films, à regarder sur leur site ou les réseaux sociaux. Et la cuisine est partout ! Je suis donc tombée sur de nouvelles vidéos qui mettent en scène un cuisinier plein d’énergie et des apprentis-cuisiniers, avec en arrière-plan cette fois-ci une marque d’huile qu’on trouve partout. (Mais ils ne passent pas leur temps à mentionner le nom de cette huile. Donc c’est regardable comme une petite tranche de vie.)

Fred et CédricEncore de la cuisine, allez-vous dire ! Oui, mais c’est surtout parce que j’ai trouvé que les échanges entre Fred et ceux qui ont besoin de ses conseils étaient une belle leçon d’oral, pleine de naturel, de mots familiers, la vraie vie donc! Et accessoirement, j’ai retenu une astuce pour faire une excellente mayonnaise, que je testerai un de ces jours !

Voici donc l’un de ces épisodes, en cliquant ici, où Fred apprend à Cédric comment s’y prendre et épater sa compagne en lui cuisinant de bons petits plats.

Transcription
Vous savez quoi ? Pour moi, la cuisine populaire, c’est à la fois des plats simples et gourmands. Bah ça, c’est tout ce que j’adore. Mais cuisiner au quotidien, c’est parfois compliqué pour ceux qui manquent de temps, d’expérience ou encore d’idées. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller à leur rencontre, pour partager avec eux toutes les petites astuces que j’ai pu glaner au cours de ma vie de cuistot (1) tout terrain (2). Parce que après tout, cuisiner sans en faire tout un plat (3), croyez-moi, c’est possible.

– Oui, oui, non non, t’inquiète pas, non, non, je t’attends, non, non. Je suis juste à la sortie du métro. Non, non, prends ton temps. Tout va bien, à toute (4), ciao.
Là, j’étais en ligne avec Cédric. Il est toujours à la bourre (6). Ça, on m’avait prévenu. En fait, il est éditeur de jeux vidéo, il bosse comme un dingue (7), et en plus de ça, il vient d’avoir un petit bébé avec sa compagne (8) Malène. Alors, jusqu’à présent, c’était elle qui était la préposée aux fourneaux (8). Mais là, depuis l’arrivée du petit, franchement, il a décidé de mettre la main à la pâte (9).

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Comme il pleuvait

Parlez-moi de la pluieJ’ai emprunté ce film à la bibliothèque de mon quartier. Petite séance de rattrapage puisqu’il est sorti il y a quelques années déjà.

Voici donc une comédie douce-amère pour passer un bon moment, avec de très bons acteurs, à condition de ne pas être agacé par le débit de parole de chacun d’entre eux ! Parce qu’il faut reconnaître que ça va vite et que les répliques fusent, comme toujours avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

Et quand en plus, Jamel Debbouze fait partie de la troupe, ça va vraiment très vite, pour raconter cet enchevêtrement de relations humaines et familiales bien observées et dépeintes avec humour. Avec, dans un des petits rôles, un troupeau de moutons très drôle, dans un épisode burlesque !

Voici le premier extrait, à regarder en cliquant ici.

Et pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 1

Transcription :
– Je voulais te voir pour te parler mais je… Je sais pas, tu as pas le temps, là ?
– Mais si, vas-y, vas-y (1), dis-moi.
– Je sais pas, là, comme ça, on peut pas… ?
– Je… Je peux te rappeler dans… dans cinq minutes ? Hein, je te rappelle. Vas-y, je t’écoute.
– C’est à propos d’un documentaire, parce que en ce moment, je travaille avec un reporter… enfin, un documentariste.
– Quoi ? Tu travailles avec un reporter ? Tu travaillais pas dans… dans un restaurant, ou dans… dans un hôtel ?
– Dans un hôtel. Je suis réceptionniste dans un hôtel. Mais je fais ça pour vivre, c’est pas une vocation. A côté de ça, je fais des petits films depuis pour…
– Ah bon ! Tu fais des petits films ? Mais c’est bien, ça ! Quel… Quel rapport avec moi ?
– C’est une série de films sur les femmes qui ont réussi.
– Les femmes qui ont réussi ? C’est ridicule !
– Voilà. Et on pense à toi.
– Plus elle sera à l’aise et plus elle parlera volontiers.
– Donc là, quand elle arrive, je lui dis pas : « Dis-donc grosse connasse (2), tu te prends pour qui (3) de nous faire attendre une demi-heure »? Je lui dis pas, ça.

Quelques explications :
1. Vas-y : c’est ce qu’on dit pour encourager quelqu’un à faire quelque chose ou à parler. Le « s » au bout du verbe à l’impératif n’est là que pour faire la liaison avec « y ». Dans les autres cas, à l’impératif, il n’y a pas de « s » : Va chercher du pain.
2. connasse: c’est le féminin de connard, qui vient de con et encore plus péjoratif. C’est donc une insulte. Très souvent, les termes d’argot qui se terminent par -asse sont péjoratifs.
3. Tu te prends pour qui ! : cette exclamation sert à exprimer la désapprobation, face à quelqu’un dont on critique l’attitude. On peut l’employer aussi indirectement : Non mais il se prend pour qui, celui-là !

Voici un second extrait à regarder ici.
Agriculture, politique, Union Européenne et gars du terroir, avec l’accent et le franc-parler ! Pas facile pour Agathe, parachutée pour cause de parité hommes-femmes pour faire campagne dans cette région qu’elle a quittée depuis un bon moment.

Pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 2

Transcription:
– Alors comme ça, il paraît qu’elle (1) fait de la politique ?
– Failli ! (2) Merci, hein, au fait, de nous accueillir comme ça. On vous envahit , là.
– Il faudrait peut-être un peu leur remonter les bretelles (3) aux technocrates, là-haut, à Bruxelles (4) ! Parce qu’ils y comprennent rien à l’agriculture. Il faut quand même qu’ils viennent nous emmerder (5), là, hein !
– Il y a pas que des technocrates à Bruxelles. Et puis ils y comprennent peut-être rien mais ils donnent d’énormes subventions pour l’agriculture, vous savez bien !
– Des subventions ? Mais j’ai rien du tout, moi ! Les subventions, c’est pour les gros (6) ! Avec mon frère, on se tape quinze heures par jour (7), sept jours par semaine. Vous savez ce qui nous reste à la fin ? Il y a plus personne qui voudrait travailler comme ça. Ça, de toute façon, tout le monde s’en fout (8) ! Nous, on compte pas (9), nous, on est des misérables. Et puis ce temps pourri, là, hé, depuis trois semaines, vous croyez que ça m’arrange (10), ça ?
– Enfin, le temps qu’il fait, c’est quand même pas la faute de la politique !
– Autrement dit, c’est jamais de votre faute !

Quelques explications:
1. elle : il lui parle en utilisant ce pronom au lieu de lui dire : Il paraît que vous faites de la politique. Cela donne l’impression qu’il met un peu de distance. Il a un ton méfiant. (envers elle, qui est une femme, et qui plus est une femme qui fait de la politique !)
2. Failli : tournure très elliptique ou qu’on entend très mal tellement Agathe parle vite. Elle veut dire qu’elle a failli faire de la politique. Dans le film, elle vient de manquer un rendez-vous important dans sa campagne de terrain et pense donc que sa carrière politique va s’arrêter là.
3. Remonter les bretelles à quelqu’un : critiquer quelqu’un de façon virulente, montrer qu’on n’est pas d’accord du tout. (familier). Cet agriculteur ne porte pas l’Union Européenne dans son coeur ! On dit aussi : Je me suis fait remonter les bretelles, pour dire qu’on s’est fait disputer par quelqu’un pour quelque chose qu’on n’a pas fait correctement.
4. Là-haut, à Bruxelles : Bruxelles, siège et symbole de la politique européenne, est « en haut » sur une carte par rapport à cette région du sud de la France. Il emploie ce terme qui insiste sur le fossé entre les décideurs et les agriculteurs.
5. Emmerder quelqu’un : causer des problèmes à quelqu’un, embêter quelqu’un (très familier)
6. pour les gros : pour les gros agriculteurs, pour ceux qui ont de l’argent et font des bénéfices.
7. On se tape 15 heures par jour : on fait 15 heures par jour, on est obligé de faire 15 heures par jour. (familier) Ce verbe argotique indique que c’est une contrainte, quelque chose qu’on subit. Par exemple, on dit : C’est moi qui me tape tout le boulot et lui, il ne fait rien !
8. Tout le monde s’en fout = tout le monde s’en fiche, ça n’intéresse personne, personne n’y prête attention. (très familier)
9. On ne compte pas : on n’a pas d’importance, personne ne s’occupe de nous.
10. Ça m’arrange : ça me convient, c’est bien pour moi.

Si vous avez envie d’en lire un peu plus sur ce film, voici un article paru dans Télérama en 2008.

Au fil de l’eau

Comme un avion

Pour une fois, nous avons vu un nouveau film juste à sa sortie ! Mais comme souvent, cela fait plusieurs jours que j’ai commencé à préparer ce billet sans parvenir à le terminer ! Un très bon moment de cinéma, à suivre le voyage de cet homme ordinaire, sans histoire comme on dit, mais qui se raconte plein d’histoires et a la tête encore pleine de morceaux de l’enfance. Il est légèrement agaçant, un peu pathétique, sincère, attachant, tout cela à la fois. Un voyage presque sur place, plein de fraîcheur, teinté d’un certain désenchantement, avec toujours cet humour intelligent et poétique qui fait du bien.
Il y a aussi Sandrine Kiberlain et ses intonations, ses rires. Et Charlélie Couture qui chante, Alain Bashung qui dit / chante sa très belle Vénus, et le deuxième prélude du Clavier bien tempéré de Bach.

Voici un petit extrait d’une émission avec Sandrine Kiberlain. Cela commence par un passage du film, qui donne parfaitement le ton et où le « non » de la fin répété trois fois par Bruno Podalydes dit tout. Je me régale à écouter comment on peut jouer avec un simple mot !
(Mais si vous préférez regarder d’abord la bande annonce, allez à la fin de ce billet.)

Comme un avion

Transcription :
(extrait du film)
– Tu étais passé où ?
– Bah en fait, j’étais sur le toit parce que j’avais plus de réseau. (1)
– De raison de quoi ? (2)
– De réseau.
– Et ça, c’est quoi ? C’est un genre de parachute, ça ?
– C’est pour flotter.
– Pour flotter ?
– Au cas où.
– Quel cas ? Pourquoi… Pourquoi tu veux flotter ? Non mais Michel, tu crois que je sens pas ce qui se passe, là. Tu complotes quelque chose de grave !
– Bon écoute, suis-moi.
– C’est quoi ? Tu construis un avion ?
– Non, c’est un kayak, un vieux rêve. Un vieux rêve auquel je te demande de croire.
– Ah là, là ! Déjà quand tu t’es mis au ukulélé, c’était un vieux rêve auquel tu me demandais de croire.
– Oui. Enfin là…
– Et tu comptes (3) ramer sur ce toit encore longtemps ?
– Non. Non. Non !

– Bonjour Sandrine.
– Bonjour, bonjour.
– Il y a deux films dans ce film. Vous êtes dans le premier. Et vous êtes celle qui… qui rend possibles les rêves de son mari. En fait, c’est un vrai film sur le bonheur conjugal (4).
– Ah mais je suis bien d’accord avec vous ! Ouais, pour moi, c’est le couple idéal. C’est… Ils s’aiment et en même temps, ils laissent l’autre libre, enfin tout ce dont on rêve, on rêverait. Elle lui donne des ailes (5) au moment où lui se cantonne à (6) fabriquer son petit kayak sur le toit de la maison. Elle lui dit : « Mais vas-y, prends l’eau ! » Et elle est celle qui, oui, qui lui donne la… un petit peu qui le pousse à l’eau (7), quoi.
– C’est ça l’amour.
– Bah c’est ça, l’amour. Et elle a confiance, et elle en profite d’ailleurs aussi pour elle aussi avoir une petite parenthèse (8) enchantée. Et ils ont cette façon d’oser se donner à chacun la liberté qui les rend heureux, et ils en sont d’autant plus… C’est… C’est… C’est d’ailleurs, à mon avis, c’est vachement bien décrit dans le film, ce qui se… ils se retrouvent avec d’autant plus de bonheur, quoi, voilà.
– Elle vit avec un petit garçon, quand même on peut le dire.
– Oui, mais je la trouve pas si maman que ça non plus, parce que je trouve qu’elle reste quand même sa femme, ils parlent de sexualité ensemble, ils ont un truc, on sent… on sent un couple un peu… un peu complet, quoi, je sais pas comment dire C’est un peu la… l’épouse, la mère, la maîtresse, la… Ils ont un peu traversé tous les stades des névroses de chacun sans doute !
Il part à un moment en kayak et il dit un truc très joli, il dit : « Cette femme est lumineuse. » Ça, c’est une pure indication de jeu, non ? Ou pas ?
Tout à fait, c’est vrai. Ouais. J’ avais intérêt à (9) être crédible là aussi !
– Et comment on fait pour être lumineuse ?
– « Ce que cette femme est lumineuse ! » et là, les spectateurs : « Ah ouais. Bon. (10) » Bah là… là, je m’en remets au metteur en scène, je me dis : « Tant pis pour toi ! C’est toi qui m’as choisie, voilà. Tu dis cette phrase, mais… » Non, mais je me dis que c’est lui qui me voit lumineuse. Donc à partir du moment où (11) lui me voit lumineuse, j’ai tendance à y croire, dans son regard en tout cas. Et donc peut-être que le spectateur me verra lumineuse. Mais tout ça, ça passe par la façon de plonger avec un réalisateur dans son histoire.
– Et puis Agnès Jaoui dit qu’ elle n’a jamais vu un metteur en scène avoir une gestion du temps comme la sienne, quoi, c’est-à-dire cette espèce de laisser-aller (12), de choses complètement…
– C’est même un peu… C’est désarçonnant (13) au début. On se dit : Mais il fait un film… ou il fait… quoi ? Qu’est-ce qu’il trafique (14) ? Il nous met dans un truc… Il fait un voyage en kayak ? Il fait… Et… Et très vite, on comprend que c’est très sérieux, il y a un vrai film, un vrai chef op (15), une vraie équipe et tout ça, mais…
– C’est pas en carton. (16)
– Voilà, c’est pas en carton. Mais c’est que dans la bonne humeur, dans la… dans la… Il nous communique, c’est ça, il nous… On… C’est contagieux, son truc de… de… « On va pas se compliquer la vie, on est là pour filmer ça, on connaît tous l’histoire, et allons-y, quoi. »

Quelques détails :
1. je n’ai plus de réseau : c’est la phrase clé au téléphone ! Avoir ou ne pas avoir de réseau. Quand on ne capte rien avec son téléphone portable, on dit : Je n’ai pas de réseau Ou bien : ça ne passe pas.
2. De raison de quoi : réseau / raison, elle mélange les deux mots car les sonorités sont assez proches. Ne pas avoir de raison de faire quelque chose signifie ne pas avoir de motif de le faire. Avec le mot raison, les expressions sont proches mais avec des sens bien différents :
J’ai raison de faire ça = c’est la bonne attitude, c’est ce qu’il faut faire. (Le contraire, c’est : J’ai tort de faire ça.)
Je n’ai pas de raison de faire quelque chose : donc je ne vais pas le faire, ce ne serait pas justifié.
– Et ne pas confondre avec : Il n’y a pas de raison. Par exemple : Tu crois qu’il va réussir ? Il n’y a pas de raison = Oui, je pense qu’il va réussir.
3. Compter faire quelque chose : envisager de faire quelque chose, avoir l’intention de faire quelque chose
4. conjugal : qui concerne la vie entre époux, au sein du mariage.
5. Donner des ailes : rendre très libre, pousser à agir (à s’envoler en quelque sorte). Normalement, on l’emploie plutôt en parlant de quelque chose qui donne des ailes : ça lui donne des ailes / Son succès lui donne des ailes. (familier)
6. se cantonner à faire quelque chose : ne pas faire davantage, faire juste ça, se limiter à cette activité.
7. Pousser quelqu’un à l’eau : normalement, cette expression ne s’emploie pas au sens figuré. Celle qui existe, c’est : se jeter à l’eau, qui au sens figuré signifie qu’on se décide à faire quelque chose qui n’est pas facile pour nous, qu’on ose le faire. Ici, elle l’aide donc à se jeter à l’eau.
8. Une parenthèse : au sens figuré, il s’agit d’un moment particulier au milieu du cours normal de la vie.
9. Avoir intérêt à faire quelque chose : cela signifie qu’il vaut vraiment mieux le faire. C’est un conseil. Par exemple : Si tu veux être sûr d’arriver à l’heure, tu as intérêt à prendre le train d’avant.
10. Bon : ce mot peut exprimer des choses très différentes, selon le contexte et le ton de la voix. Ici, le ton est vraiment dubitatif. Elle veut dire que si elle ne joue pas bien une femme lumineuse, les spectateurs ne vont pas être convaincus du tout.
11. À partir du moment où = Si…
12. le laisser-aller : c’est l’absence de rigueur, quand les choses ne sont pas structurées, pas strictes.
13. Désarçonnant : déstabilisant. Désarçonner quelqu’un, au sens propre, c’est le faire tomber d’un cheval.
14. Qu’est-ce qu’il trafique ? : On dit aussi : Qu’est-ce qu’il fabrique ? Ce sont des phrases synonymes de Qu’est-ce qu’il fait ?, mais avec une nuance légèrement péjorative. C’est familier.
15. Un chef op = un chef opérateur
16. Ce n’est pas en carton : ce n’est pas comme un décor en carton, ce n’est pas faux, imité.

L’émission entière est ici.

Comme un avion2La bande annonce du film est à regarder ici. Ou ici.

Transcription :

– Alors, essence OK. Pression OK. Checklist terminée.
– [Avec] tes surprises à la con ! (1)
– Mais Michel, il y a tout le monde, il y a tous tes amis. Il y a même Choupette et Félix.
– Est-ce que ça va, Michel ?
– Je vais partir.
– Partir ? Mais quand ? Où ?
– Pas loin. Mais pour être dépaysé.
– Avec tout ce matériel ?
– Oui. J’accorde une grande importance au matos (2).
– C’est bien, hein. Bah tu es prêt, là.
– J’ai super chaud en fait.
– Bonjour. C’est joli. Ici, c’est une buvette ? (3)
– Oui. Le monsieur en fait, il cherche un endroit où dormir.
– Vous pouvez vous mettre au fond du terrain si vous voulez.
– Tu viens de loin avec ton canoë ?
– Et tu vas où ?
– Bah le plus loin possible.
– Kayakiste à la con !
– Hein ?
– Quoi ! Tu m’as entendu, kayaconnard ! (4)
– Tu aimes bien te laisser porter par le courant (5), toi.
– Le courant, il faut savoir le sentir, l’accompagner.
– Faut savoir se laisser porter.
– Merci à tous, merci. Il fait beau et tu continues.
– Ah ! Un aventurier !
– Vous venez de loin, monsieur ?
– Eh ton cul ! (6)
– Bah monsieur, faut arrêter le kayak !

Quelques détails :
1. à la con : stupide, débile (vulgaire) Par exemple: C’est quoi ce truc à la con ? / Il m’énerve avec ses idées à la con.
2. le matos : abréviation familière de matériel.
3. Une buvette : un sorte de petit bar, avec juste un comptoir où sont servies les boissons.
4. kayaconnard : ce terme n’existe pas. Connard est une insulte, bien agressive.
5. Se laisser porter par le courant : le courant, c’est le mouvement de l’eau qui s’écoule. Donc au sens figuré, cela veut dire qu’on ne prend pas trop de décisions quant à la direction à donner à sa vie.
6. Ton cul ! : c’est bien sûr une insulte, qu’il marmonne et qui exprime son irritation.

Un nouveau film

Une nouvelle amie

Une fois n’est pas coutume, voici la bande annonce d’un film français qui vient de sortir et que nous sommes allés voir dès maintenant ! Soirée très agréable avec Une nouvelle amie. On se laisse conduire par François Ozon tout au long de cette histoire troublante, très bien racontée et filmée, tour à tour tragique et drôle. Il faut dire aussi que Romain Duris est parfait pour que le personnage de David qu’il joue avec un tel plaisir nous émeuve et nous fasse avancer à ses côtés, sous les yeux tantôt effarés, tantôt amusés, tantôt curieux et plein de désir de Claire, subtilement interprétée par Anaïs Demoustier.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Laura était ma meilleure amie. Je serai là toute ma vie pour veiller sur sa fille Lucie et sur son père, David.
– Au fait, je t’ai pas dit, j’ai eu David.
– David ?
– Ouais, comme tu l’appelais pas, bah je l’ai fait.
– Tu mets une robe ?
– Tu aimes pas ?
– Bah si ! Mais ça fait longtemps.
– On sort, je fais un effort.
– Ça va me faire du bien de prendre un peu de temps pour moi.
– Elle est charmante, non ?
– Elle a une très jolie robe, c’est vrai.
– Bah quoi, qu’est-ce qu’il y a (1)?
– Tu as été lourd (2), avec la serveuse (3). David vient de perdre sa femme, toi, tu le pousses à draguer (4) cette…
– Oh bah de toute façon, j’ai bien vu que ça l’intéressait pas, hein.
– J’adore ton rouge à lèvres. Ça te va très bien.
– Bah qu’est-ce qui t’arrive ?
– Pourquoi tu m’appelles ?
– J’ai besoin de te revoir.
– Tu couches avec (5) David ? C’est ça ?
– Mais non ! Qu’est-ce que tu racontes ? (6)
– Bonjour Madame. Je…
– Ne dis rien à personne. Que ça reste entre nous. (7)
– Je sais pas.
– Tu as rencontré quelqu’un ?
– Une femme Très douce. Elle me comprend, sans me juger.
– Tu es malade, David.
– Je veux pas passer à côté de (8) ma vie, Claire. C’est en moi.
– Ça pourra pas durer, David. C’est une folie.
– Je sais.
– Tu es un pervers. Il faut arrêter.

Quelques détails :
1. Qu’est-ce qu’il y a ? : on pose cette question quand on sent que quelque chose ne va pas.
2. Lourd : être lourd, c’est agir sans finesse, insister lourdement. On peut dire aussi un peu plus familièrement que quelqu’un est lourdaud.
3. Avec la serveuse : ici, cela signifie « à propos de la serveuse ».
4. draguer : c’est essayer de séduire quelqu’un mais pas finement et pas forcément pour démarrer une vraie histoire d’amour. On dit d’un homme comme ça : C’est un dragueur.
5. Coucher avec quelqu’un : quand on dit ça, on réduit la relation entre deux personnes à leurs relations sexuelles. C’est plutôt péjoratif.
6. Qu’est-ce que tu racontes ? : on pose cette question quand on ne veut pas croire ce que l’autre dit ou pour nier ce qu’il dit.
7. Que ça reste entre nous : c’est une façon de donner un ordre, mais assez peu utilisée, dans des expressions plutôt figées comme celle-ci. Par exemple: Que personne ne sache./ Que personne n’entre. / Que personne ne bouge. / Que je ne t’entende plus jamais parler comme ça.
8. Passer à côté de quelque chose : ne pas vivre pleinement (et avoir des regrets ensuite.) Par exemple : passer à côté du bonheur.

Et après avoir vu ce film, j’ai écouté François Ozon dans un entretien à la radio. Très agréable et intéressant. En voici un petit extrait, parce que ce qu’il dit me parle:

François Ozon sur Une nouvelle amie

Transcription :
– Moi, pour moi, le cinéma a à voir avec (1) le jeu, avec quelque chose de l’ordre de (2) l’enfance, du ludique (3). Donc je joue. Je joue avec le spectateur, je joue avec les acteurs, je joue avec moi-même, voilà, il y a un jeu permanent. Je trouve que le cinéma permet ça, tout en apportant une réflexion, des émotions. Mais l’idée est très… très, très importante.
– Mais il y a beaucoup d’humour quand même, et de théâtre quelque part (4), par exemple quand le personnage d’Anaïs Demoustier lui sort des piques sur (5) l’homosexualité, quand elle dit : C’est quand même moins grave de passer pour un homo (6) que de passer pour un travelo (7).
– C’est une réalité !
– C’est une réalité ?
– Bah, non, en fait, ce que… ce qui m’amusait, c’était de… de mettre dans la bouche des personnages, des clichés, des idées reçues (8) qu’on avait pu entendre justement au moment de la Manif pour tous (9), ou des choses banales que les gens disent tous les jours, et les intégrer dans l’histoire, dans la bouche des… des personnages, pour obliger le spectateur à être un peu déstabilisé et se dire : Est-ce que je pense ça ? Est-ce qu’il a raison ? Est-ce qu’il a pas raison ? Le cinéma, c’est un pouvoir incroyable pour véhiculer des idées, des idées reçues, des clichés et jouer avec tout ça.

Quelques explications :
1. avoir à voir avec quelque chose : avoir un rapport avec quelque chose
2. de l’ordre de… : lié à, de même nature que…
3. Ludique : lié à l’idée de jeu, sous forme de jeu.
4. Quelque part : d’une certaine manière
5. sortir des piques sur quelque chose : énoncer des critiques sur un sujet, mais sans être trop méchant ni trop violent.
6. Un homo : c’est l’abréviation de homosexuel. Elle est devenue plutôt courante et plus neutre qu’avant, ce qui reflète l’évolution positive des mentalités d’un grand nombre de gens.
7. Un travelo : c’est l’abréviation de travesti, c’est-à-dire un homme qui s’habille et se comporte en femme. Elle est dévalorisante, ce qui montre qu’il y a encore des progrès à faire vers l’absence de discrimination.
8. Une idée reçue : un préjugé.
9. La Manif pour tous : c’est ce mouvement qui s’est élevé en France contre le mariage homosexuel lorsque la loi qui l’institue a été votée. Ces gens ont revendiqué le droit de manifester leurs idées réactionnaires et violentes à l’égard des homosexuels.

Pour écouter l’émission entière, c’est ici.

Au féminin ou pas ?

Histoires de sous-marins

En France, l’Ecole a décidé de se préoccuper de l’égalité entre les hommes et les femmes dès le plus jeune âge pour que les petites filles ne se ferment pas la porte de certaines professions traditionnellement réservées aux hommes. Et l’inverse. Certains Français trouvent à y redire, au nom d’une prétendue nature féminine ou masculine.
J’ai entendu il y a quelque temps une interview à propos de l’ouverture de la profession de sous-marinier aux femmes dans l’Armée. Et je suis restée stupéfaite ! Je vous laisse écouter.

Premières femmes dans les sous-marins

Transcription :
Il y a eu la première femme pilote de chasse en 1946, la première femme contre-amiral en 2001. Eh bien, en 2017, il y aura le première femme sous-marinier, ou peut-être faudra-t-il dire sous-marinière (1). Annonce révolutionnaire du ministre de la Défense pour un des derniers corps totalement masculin de l’armée. Des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins accueilleront donc trois femmes qui vont être formées d’ici trois ans (2). Elles serviront ensuite pour des missions de plus de deux mois sous les mers. Personne ne devrait y trouver à redire (3) sauf… sauf les femmes de sous-mariniers. Mettez-vous à leur place. Valérie L. en a rencontré une. Son mari a embarqué pendant dix-sept ans:
– Ça me poserait un problème, ouais. Même si on est sûre de son mari, mais j’imagine que toutes les femmes ne… ne le sont pas, forcément. Donc il y a des femmes, forcément (4), qui vont se poser des questions pendant deux mois et demi, déjà (5). Et honnêtement, un sous-marin, moi j’en ai visité plusieurs : il faut le voir pour le croire, quoi ! (6) C’est pas du tout adapté… enfin, à une femme, quoi. C’est pas adapté à la mixité (7), déjà ça c’est sûr. Tout est petit… il y a pas tant que ça de (8)… de toilettes, tant que ça de douches, il y a pas tant que ça… Vous voyez ce que je veux dire ? Je suis contre. De toute façon, un sous-marin n’est pas du tout adapté à une femme. Et puis, je suis pas sûre que… Déjà, il faut avoir un sacré mental (9) pour faire ce métier-là, un sacré, sacré mental. Donc il faut vraiment qu’elle soit… Pfff ! (10) Parce que même des hommes… Beaucoup craquent (11), hein ! De toute façon, ils ne font pas une carrière complète parce que c’est tellement difficile, quoi !
Mais vous ne pensez pas que c’est aux femmes de le décider si elles veulent travailler dans ces conditions-là ou pas ?
– Ils peuvent essayer mais je pense que ça marchera pas (12), quoi.

Quelques détails :
1. sous-marinière : bien sûr, ce mot n’existe pas encore. Donc il faudrait créer un féminin, en calquant sur des mots qui fonctionnent comme ça. Mais ce n’est pas toujours évident: par exemple, on ne dit pas « une pompière ». On dit juste : Elle est pompier.
2. D’ici trois ans : dans les trois ans qui viennent au plus tard.
3. Trouver à y redire : cette expression signifie protester, critiquer.
4. Forcément : obligatoirement / c’est inévitable.
5. Déjà : ici, cela signifie qu’elle va donner plusieurs raisons et « déjà » annonce la première. On annonce la deuxième avec « ensuite » ou « et puis ».
6. Il faut le voir pour le croire ! : c’est une expression toute faite qui signifie que c’est incroyable.
7. La mixité : c’est le fait que les hommes et les femmes vivent ensemble et partagent les mêmes lieux. Par extension, on a aussi créé le terme de « mixité sociale » pour exprimer le fait que les classes sociales se mélangent.
8. Il n’y a pas tant que ça de (place, etc…) : cela signifie en fait qu’il y en a très peu. On peut dire par exemple : Ils n’ont pas tant que ça d’argent, pour ne pas dire directement qu’ils en ont peu.
9. Un sacré mental : une très grande force de caractère, un très grand équilibre psychique. Le terme « sacré » met en valeur le terme qui suit. (plutôt familier) Par exemple, on dit : C’est une sacrée bonne nouvelle. On peut le remplacer par « super », qui est familier aussi.
10. Cette onomatopée, ici, montre qu’elle ne peut même pas trouver les mots pour indiquer la force qu’il faut avoir pour faire ce métier.
11. Craquer : ici, c’est le sens de ne plus pouvoir résister, ne plus avoir la force (physique ou mental) de continuer. Par exemple : Il a couru 35 km sans problème. Mais il a craqué avant la fin. / L’ambiance à son travail était très mauvaise. Elle a craqué et a donné sa démission.
12. Ça ne marchera pas = ce sera un échec.

Ce que je me suis dit :
– Cette femme de sous-marinier a une bien étrange conception des relations hommes-femmes au travail ! Elle doit être contente du métier de son mari qui ne l’expose pas à d’autres femmes !
– Au lieu de se dire que ce sont en général les femmes qui ont à subir le harcèlement de leurs collègues masculins, surtout dans des milieux très masculins comme l’Armée, elle voit les femmes comme celles qui vont semer le trouble. Paradoxal !
– J’ai du mal à comprendre qu’on puisse vouloir travailler dans l’armée et dans un sous-marin mais en quoi ce métier serait-il inaccessible aux femmes? Est-ce inscrit dans les gènes? On a dit la même chose des femmes qui voulaient être astronautes, pilotes d’avion, etc… Certaines le sont devenues.

Une chose est sûre, c’est qu’en lisant Vingt mille lieues sous les mers, certains et certaines rêveront peut-être d’être sous-mariniers. Mais pas à la lecture du roman de Marc Dugain, Une Exécution ordinaire, inspiré du naufrage du sous-marin Koursk.

Elle et lui

Dans la cour FilmIl faisait trop beau pour aller s’enfermer dans une salle obscure aujourd’hui ! Un des ces soirs peut-être. Donc voici un film qui est sur la liste des possibles.

Pourtant, je ne suis pas tout à fait sûre !
– Je me rends compte que les grands films pour moi se passent rarement dans des univers qui me sont familiers. (C’est probablement pareil pour beaucoup d’entre nous : besoin de dépaysement)
– J’ai toujours un peu peur de ne voir que « Catherine Deneuve » et pas le personnage qu’elle incarne. C’est probablement le cas avec ces monstres sacrés du cinéma dont on garde les autres rôles en mémoire.

Mais ce contraste entre elle et lui dans cette cour d’un immeuble parisien a quelque chose d’attirant, avec leur côté un peu fêlé, pas glamour ! Et ça me plaît de voir que de grandes actrices comme Catherine Deneuve continuent à incarner des personnages au cinéma, encore et toujours. Et de toute façon, j’ai écouté Pierre Salvadori parler de son film, de son travail, de ses relations avec ses acteurs, de lui-même, de la vie, et je me dis que son film a forcément quelque chose. (Je partagerai ça avec vous dans un autre billet.)
Peut-être certains d’entre vous ont-ils déjà vu ce film. Alors, séduits aussi ?

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :
– Votre employeur, ces deux derniers mois, vous a trouvé angoissé. Il a préféré ne pas renouveler le contrat.
– Mais vous avez autre chose ?
– Gardien d’immeuble.
– Vous avez envie de faire ça ? C’est important pour vous ?
– Bah oui, c’est important pour moi. Nettoyer, dormir et plus penser, je pourrais tuer pour ça, moi !
– Ah oui, mais vous leur dites surtout pas ça, hein !
 
– Je le trouve très bien. Il est gentil, poli et il a pas l’air sûr de lui.
– Ah, formidable.
– Mais oui, formidable ! Moi, j’aime les gens pas sûrs d’eux. Au moins, ils s’appliquent. (1)

– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est parce qu’il y avait une tache (2), là, regardez.
– Mais il est trois heures du matin, monsieur !
– Ah !

– Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas parlé du salaire.
– J’imagine qu’il y a pas de surprise : pas de stock options, pas de golden parachute.
– Non.
– Bon ben, OK quand même, hein.

– Mais enfin (3) Mathilde, qu’est-ce que tu fais ?
– C’est cette fissure, là, qui m’inquiète depuis plusieurs jours.
– Ah ! Qu’est-ce que vous faites là ?
– C’est votre mari qui m’a demandé de poser du papier sur la fissure, là. [… faire quelque chose].
– D’accord, d’accord. On ne la voit plus !
– Ah bah non, non, on la voit plus.
– C’est bien ce que je dis, on voit plus rien !

– Antoine, je crois que Serge veut me faire interner. (4)

– Je me sens seule, tu comprends pas ? Personne ne m’aide. Personne ! Il y a qu’Antoine !
– Vous êtes tellement gentil, Antoine. Je sais pas si c’est vous qui me bouleversez ou si je suis dans une phase complètement déprimée.

– Il est en fonte (5), ce vélo !
– C’est parce que tu es en bas. C’est pour ça que c’est galère (6). Moi, ça va.

– Ça va pas. Je suis là, en train de tartiner du boursin (7), je ferais mieux…(8) je devrais vous dire quelque chose mais je… je sais pas quoi.
– Dites-moi que vous me comprenez.
– Je vous comprends.

– C’est pas un Vélib, ça ?
– Hein ?(9) Non. Non, non.

– Mathilde, regarde, il parle tout seul.
– Oui. J’ai toujours aimé le côté convivial (10) de la fonction. Oui, oui.
– Eh bah tant mieux ! Comme ça, au moins, il ne s’ennuiera pas.

Quelques détails :
1. s’appliquer : faire de son mieux, faire quelque chose consciencieusement.
2. Une tache : à ne pas confondre avec une tâche, comme je l’ai vu plusieurs fois dans des titres d’infos sur internet. Une tache est un endroit sali sur une surface. Une tâche est un travail qu’on doit accomplir. La prononciation est la même bien sûr mais à l’écrit, la présence de l’accent ou pas évoque immédiatement un sens ou l’autre.
3. Mais enfin : le fait de rajouter enfin montre qu’il est plus agacé que s’il disait juste « Mais Mathilde ». (Le ton est important bien sûr).
4. Faire interner quelqu’un = mettre quelqu’un en hôpital psychiatrique.
5. La fonte : matériau qui pèse lourd. Les Vélibs, les vélos parisiens qu’on peut louer en libre service, sont très lourds, pour être costauds et résister à tous les utilisateurs.
Autre remarque : Comme souvent à l’oral, on commence par le pronom sujet et on mentionne ensuite le nom (Il … ce vélo) Personne ne dira : Ce vélo est en fonte, dans cette situation. Ce serait trop plat, ça n’exprimerait pas ce que ressent celui qui a du mal à porter ce vélo.
6. C’est galère : c’est difficile. (familier)
7. Le Boursin : c’est un fromage à tartiner (à l’ail et aux fines herbes souvent) qui a eu son heure de gloire dans les années 70 ou 80 ! (Mais on le trouve toujours sans problème.) Pour les amateurs de fromage, ce n’est pas du fromage !
8. Je ferais mieux… : On n’entend pas bien ce qu’il dit. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ça. Si vous entendez mieux que moi, dites-le moi !
9. Hein ? : On dit ça quand on n’a pas compris ou entendu ce que quelqu’un a dit et si on veut que cette personne répète. On peut dire aussi : Quoi ? Mais Hein et Quoi sont familiers. Donc on apprend aux enfants qu’il faut dire à la place : Comment ?
10. Convivial : une situation qui favorise des relations sympathique avec les autres.
11. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on est content de quelque chose. Par exemple : J’ai terminé tout ce que j’avais à faire. Tant mieux ! Le contraire est Tant pis ! Par exemple : J’ai oublié de commander les pizzas. Tant pis, on va se débrouiller autrement.

Etude de genre

Cette fois-ci, c’était les pommes de terre qui avaient retenu mon attention: photos appétissantes de recettes simples pour un aliment de base. De quoi nous redonner des idées pour varier les menus et les plaisirs. (« Nous », parce qu’à la maison, la cuisine est une activité partagée.)

Je n’avais pas remarqué le dossier spécial, consacré à la Saint Valentin. Commerçants, magazines et pubs reviennent à la charge tous les ans avec cette fête qui ne fait pas vraiment partie des traditions françaises.

J’ai donc lu le dossier spécial :

1SaintValentin le dossier
Des cœurs, du rose, du rouge, des fleurs. Rien que de très normal sans doute pour la « fête des amoureux ». Une tonne de conseils pour réussir ce jour si particulier.

2Introasexuée
Mais qui est aux commandes ? Qui va « sortir le grand jeu* » et préparer « des repas qui titillent ses papilles et eveillent ses sens » ? Jusque-là, aucun signe qui permette de savoir si ces conseils s’adressent plutôt aux hommes ou aux femmes. Bien sûr, me direz-vous, qui achète plutôt des magazines de cuisine ? Mais la plupart du temps, les recettes sont assez neutres pour être lisibles aussi bien par des cuisiniers que des cuisinières, puisque la cuisine est à la mode et qu’elle fait vendre.

3Maintenantc'est clair
Mais ensuite, tout devient parfaitement clair. Déjà, il y avait ce titre : « Je séduis » qui pouvait nous mettre la puce à l’oreille*. Eh oui, qui a été programmée pour plaire ?
Et plus loin, qui va tout faire pour profiter « de sa bonne humeur lorsqu’il rentre à la maison » ? (Il rentre bien sûr plus tard et attention, il pourrait être de mauvaise humeur car il a travaillé.)
Et qui lui prépare son déjeuner tous les jours – sa lunchbox, soyons modernes – et qui va s’appliquer le 14 février, comme ça « il fera des envieux parmi ses collègues » ? (Et vous, mesdames, comment épatez-vous vos collègues de travail à l’heure du déjeuner ?)

4Séduirepar la cuisine
Puis viennent les trucs de grand-mère et la sagesse populaire, les talents culinaires des femmes « bonnes à marier », les aphrodisiaques au service de la séduction féminine, le tout renforcé par des philtres d’amour. Rappelez-vous, on nous a promis le grand jeu ! Eh bien, le voilà, c’est sûr !
Alors, de l’humour à 100% ? Une parodie des conseils qu’on donnait à la femme au foyer parfaite dans des années pas si lointaines que ça ? Du second degré* ?

5Quicuisine
Certes, sur les photos, on voit que porter un tablier n’est pas exclusivement féminin. Mais en y regardant de plus près, qui fait goûter sa cuisine à l’autre, plein d’admiration ? Qui découpe la viande ? Bref, qui est le chef dans le fond ? Petit paradoxe dans un dossier destiné aux cuisinières, pas aux cuisiniers ! Paradoxe ou stéréotypes en action ?

6Une fille trèscool
Conclusion: vous saurez comment être « une fille très cool« , bien dans le rôle que la nature lui a prévu, parce que tout ça, c’est naturel, non ?

En ce moment, en France, il est question de chasser les stéréotypes sur les rôles féminins et masculins dans les manuels scolaires, dans les livres pour enfants, dans l’éducation que nous donnons à nos petits. Pour les plus grands, il ne faudra pas oublier, entre autres, les magazines de cuisine !

Allez visiter le site du gouvernement sur ce sujet, pour ne pas laisser la place aux idées fausses véhiculées par certains. C’est clair, c’est simple et c’est incontestable.

Remarque: Avec tout ça, nous n’avons pas encore testé les recettes de pommes de terre ! J’en ai retenu deux:
– un gratin aux deux pommes et au chèvre
– un paillasson de pomme de terre à la coriandre et crevettes sautées au gingembre.
Il va falloir que je retourne à mes fourneaux !

Des expressions:
* sortir le grand jeu: déployer de grands moyens pour arriver à son but, pour impressionner quelqu’un.
* mettre la puce à l’oreille: c’est lorsqu’un détail nous alerte sur quelque chose, éveille notre attention ou nos soupçons.
* c’est au second degré / c’est du second degré: cela signifie qu’il faut interpréter des paroles ou une remarque à l’opposé de ce que les mots ont l’air de dire. Normalement, il s’agit d’humour. Il ne faut pas en rester au sens littéral de ce qui a été dit.

Qu’est-ce qui se passe, Lulu ?

Elle a pour prénom Lucie. Mais tout le monde l’appelle Lulu (ce qui est quand même moins élégant). Elle a toujours trouvé ça normal. Normal comme tout le reste de sa vie: un mari qui ne la traite plus très bien, une fille – sympa – en pleine adolescence et des jumeaux pleins de vie. Jusqu’au jour où elle s’échappe, dérape sans trop savoir comment et ne fait plus rien comme d’habitude. Simplement, elle décide de ne pas monter dans le train qui devait la ramener chez elle.

Lulu, femme nue, voici un film bien agréable, tiré d’une BD d’Etienne Davodeau. Un petit voyage sur les côtes de Vendée à la morte saison. Le cri des mouettes, l’ocre de l’Atlantique en hiver, les plages désertées et les campings inhabités, le sable humide. Et Lulu qui nous fait sourire et rire tout au long de sa petite odyssée peuplée de rencontres sympathiques.

Le truc drôle, c’est qu’à cause de son titre, les vidéos associées à la bande annonce sur YouTube sont des vidéos de couples nus, etc… Rien à voir avec le film ! (Si Lulu est nue, c’est qu’elle se retrouve en quelque sorte sans rien, un peu perdue, loin de tout ce qui remplissait sa vie quotidienne.)
J’ai donc intégré la vidéo directement ici, en enlevant les suggestions à la fin, ce qui devrait marcher pour le moment. J’ai fait ma chochotte ! (voir l’explication 14 pour comprendre cette expression.) Mais je trouvais que ces associations sans finesse dénaturaient l’atmosphère de ce film délicat et très bien joué.

Transcription :
– Je pense que je peux apporter à l’entreprise et ma maturité et ma motivation (1). Je suis très motivée.
– Tout à fait. Tout à fait.
– Pour la place de secrétaire, ça va pas marcher.
– Ah bah oui ! Bah j’en étais sûr, hein ! Tu as voulu faire ton intéressante (2). Eh bah voilà ! (3)
– A tout à l’heure. (4)
– Et les enfants, comment ça va ?
– Qu’est-ce qui se passe*, Lulu ?
– Dis-donc (5), j’ai… j’ai raté (6) le train ! Je sais pas comment je me suis débrouillée (7)!
– Vous êtes en vacances ?
– Oui. On peut dire ça comme ça (8).
– Qu’est-ce que je dis à Serge, moi (9) ?
– Je sais pas.
– Je me sens comme un chien en laisse avec ce truc (10) !
– Hop ! Voilà ! Plus de laisse !
– Pourquoi vous avez fait ça ?
– Votre mari a déclaré que la carte a été volée.
– Mais c’est pas possible !
– Ah ! Mon sac ! Au secours !
– Vous savez, c’est la première fois que je fais ça, hein.
– Ça, on a remarqué ! (11)
– Langouste grillée sur poêlon sur lit de radis et navets (12).
– Ils sont toujours comme ça ?
– Uniquement aux grandes occasions.
– Qu’est-ce que tu fais de tes journées ? Qu’est-ce qu’il y a à foutre (13) à Saint Gilles ? Tu rentres quand ?
– J’en sais rien. Dans quelques jours. Ça va, c’est pas la fin du monde !
– Ah oui, ça te fait rire en plus !
– On est bien, là.
– Ouais.
– Avec votre Charles, c’est comment ? Mieux qu’avec votre mari ?
– Oh, ça va ! Faites pas votre chochotte ! (14)
– Faut que je t’explique en fait ce qui se passe.
– Elle est où, maman ?
– Euh, bah c’est pas si simple que ça, tu vois.
– Moi, j’ai hyper les boules (15) contre toi. Et toi, tu t’en rends même pas compte (16).
– Je comprends que tu m’en veuilles (17) mais…
– Tu sais, la vie, elle est pas écrite d’avance, hein.
Sinon, après, un jour, tu te réveilles et puis tu es passée à côté.
– En même temps, c’est ça qui est bien. C’est toutes ces belles choses qu’il nous reste à faire, non ?
– Eh ! Comment ça s’appelle, ça, déjà… le… le…
– Le bonheur !
– Eh, le bonheur !

Quelques détails :
1. et ma maturité et ma motivation : le fait de dire etet… sert à renforcer ce qu’elle dit et à mettre en évidence les deux aspects qu’elle évoque. Ce n’est pas une simple énumération.
2. Faire son intéressant(e) : quand on dit ça à propos de quelqu’un, c’est péjoratif. On veut dire que cette personne cherche à attirer l’attention des autres, mais on estime qu’elle n’a rien d’intéressant.
3. Eh bah voilà ! = Et voilà le résultat.
4. A tout à l’heure : c’est ce qu’on dit à quelqu’un qu’on va revoir dans assez peu de temps. (ou avec qui on va être en contact dans peu de temps, par téléphone par exemple.) Mais il faut que ce soit le même jour, pas le lendemain. Par exemple : Je sors faire une course. A tout à l’heure. / Je suis au bureau. Je te rappelle. A tout à l’heure.
5. Dis-donc : C’est juste pour introduire une nouvelle un peu surprenante, et en quelque sorte préparer la personne qui nous écoute et capter son atttention.
6. Rater le train : on peut dire aussi manquer le train mais c’est un peu moins naturel à l’oral.
7. Je ne sais pas comment je me suis débrouillé(e) : On dit ça précisément quand on ne s’est pas débrouillé pour faire les choses correctement. C’est dire qu’on a raté quelque chose, qu’on n’a pas su faire quelque chose et on sent que c’est de notre faute.
8. On peut dire ça comme ça : cette expression très employée actuellement signifie qu’on est d’accord avec ce que l’autre personne vient d’exprimer, mais que dans le fond, c’est un peu différent, ou plus compliqué. Simplement, on ne veut pas en parler davantage.
9. Moi : cette tournure est orale. Elle sert à renforcer la question que se pose la personne sur le rôle qu’elle a à jouer, sur ce qu’elle doit faire.
10. Ce truc : on dit aussi ce machin, ce bidule. Tous ces termes servent à remplacer le nom exact d’un objet. (familier)
11. ça, on a remarqué ! : cette expression orale signifie que ce n’était pas la peine d’expliquer les choses, que c’était évident, que ça se voit. C’est ironique. Par exemple, à propos de quelqu’un qui fait des erreurs de calcul :
– Je ne suis pas très bon en maths.
– Ah bah ça, on a remarqué !

12. Langouste… : c’est la mode aujourd’hui dans les restaurants : le serveur donne le « titre » du plat qu’il apporte, avec en plus des noms parfois très pompeux pour une nourriture plutôt ordinaire ! (Pour imiter ce qui se fait dans les grands restaurants)
13. Qu’est-ce qu’il y a à foutre… ? : = à faire. (argot, assez vulgaire) La sœur de Lulu s’énerve parce qu’elle ne comprend pas pourquoi Lulu agit comme ça. L’utilisation de « à foutre » exprime cet énervement.
14. Faire sa chochotte : une chochotte est une femme qui est facilement choquée par des propos un peu crus. Donc Ne fais pas ta chochotte = Ne prend pas cet air choqué face à la réalité.
15. Avoir les boules : être très contrarié, en colère. (argot, très familier)
16. Tu ne t’en rends pas compte = tu ne le vois pas / Tu n’en as pas conscience.
17. En vouloir à quelqu’un : avoir des reproches à faire quelqu’un. / Etre en colère contre quelqu’un.

Qu’est-ce qui se passe ? : On pose cette question s’il se passe quelque chose d’inhabituel ou de bizarre, quand on sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Par exemple, vous recevez un coup de téléphone de quelqu’un de votre famille en pleine nuit et vous dites sur un ton inquiet:
Qu’est-ce qui se passe ?
Qu’est-ce qu’il se passe ?
Que se passe-t-il ?
Oralement, on entend surtout la première forme, avec qui.
La troisième question est la plus correcte, mais dans un style plus soutenu.

Si on veut juste savoir ce que quelqu’un a fait ces derniers temps, on ne peut pas lui poser cette question. Dans ce cas, on dit par exemple :
Quelles sont les nouvelles ?
Qu’est-ce que tu deviens ?

Amour

Cela faisait un moment que je pensais à partager ce film et cette interview avec vous, découverts pendant les débats sur le mariage pour tous.

Quelques petits faits de la vie quotidienne m’y ont fait revenir enfin:
– la programmation la semaine prochaine sur Canal +, une des chaînes payantes et très regardées en France, de ce film, Les invisibles.
– Des réflexions de la part de certains étudiants en face d’autres étudiants, qui disent le poids des préjugés et du chemin qu’il reste à parcourir.
– Peut-être tout simplement l’envie d’entendre parler d’amour, alors qu’on nous abreuve des histoires d’amour ratées ou naissantes de notre Président de la République, histoires qui ne nous intéressent pas. (mais qui nous prouvent que ces gens-là non plus ne travaillent pas toute la journée !)
– une émission à la radio avec un jeune écrivain qui disait comment des pères rejettent leurs fils homosexuels, comment on grandit difficilement dans certains milieux. (En finir avec Eddy Belle Gueule, un roman d’Edouard Louis)

Voici la bande annonce du film Les Invisibles:

Les invisibles bande annonce

Transcription :
– On s’est rencontrés dans un rétroviseur (1).
– Je ne sais pas exactement comment je suis redevenu homosexuel. D’ailleurs, je dois te dire que j’ai une femme et cinq enfants. Oh mon dieu ! (2)
– Alors donc ma vie amoureuse, elle a été , si tu veux, ballottée (3), entre hommes et femmes. Mais elle a été tout à fait heureuse puisque je me suis toujours adapté à la fonction qu’il pouvait y avoir. Je pouvais faire la femme et l’homme.
– Il faisait si beau ! Le soleil était si chaud et nous, si nues. Ça a été le bouleversement total, comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure.
– Le scandale à cette époque, c’était de le revendiquer.
– C’est contre-nature, ce qu’ils font quand même, hein.
– Moi, je trouve ça dégoûtant.
– Alors, les mal-baisées (4) ! Oui, oui, on est mal-baisées, oui, oui. Oh bah ça, tu as trouvé ! (5)
– J’ai eu une période où je m’habillais comme une folle (6). Mais le souvenir que j’en ai, c’est que ça m’a fait énormément de bien, ça m’a libéré.
– Et puis, parce que on était quand même des marginaux, c’est-à-dire qu’on était… La marginalité (7) nous rendait libre.
Un monsieur aimait un jeune homme. Surtout, ne nous affolons pas.
– Aujourd’hui, on en rigole (8). Et on en aurait pleuré il y a…
– On faisait… On me parlait de ça comme… d’une maladie. Je sais pas, ça te mettait un doute quand même ! Tu étais classé dans les maladies psychiatriques, quoi !
Le chasseur, la biche aux abois.
– Quand ils ont des cheveux gris, des cheveux blancs, je… je flashe (9) comme on dit maintenant.
– A chaque fois, des fois dans le métro, je vois des vieux ou des vieilles (10) qui me plairaient bien.

Quelques détails :
1. un rétroviseur : c’est le miroir qu’on a dans les voitures pour voir derrière sans se retourner. Donc ils se sont jeté des regards dans le rétroviseur de la voiture de l’un d’eux.
2. Oh mon dieu ! : c’est maintenant assez rare d’entendre des Français utiliser cette expression. Mais là, c’est justement pour imiter et se moquer de ce que dirait un catholique, offusqué par cette vie, pour montrer que cela choque une certaine morale.
3. Être ballotté : aller d’un côté à l’autre, avec aussi l’idée qu’on est tiraillé entre deux choses. Par exemple, on dit aussi de certains enfants de couples divorcés qu’ils sont ballottés entre deux maisons.
4. Mal-baisée : c’est une insulte prononcée contre les femmes, pour les décrire comme désagréables. L’idée sous-jacente, c’est qu’elles n’ont pas réussi à trouver un homme qui veuille bien les baiser, c’est-à-dire qui veuille bien coucher avec elles. (péjoratif) Mais on pourrait aussi le prendre dans le sens où ces femmes n’ont pas trouvé d’homme suffisamment capables de bien leur faire l’amour ! (C’est ce que fait cette femme, en expliquant que précisément, les hommes ne l’ont jamais satisfaites.)
5. Tu as trouvé ! = tu as trouvé la raison, tu as compris.
6. Une folle : ce mot a été très utilisé pour désigner les homosexuels considérés comme efféminés. (Il ne fait pas bon ressembler à une femme quand on est un homme, un « vrai ». )
7. la marginalité : c’est le fait de ne pas adopter tous les codes habituels d’une société. Donc on vit en marge, en dehors de ce que fait la majorité. Dire de quelqu’un que c’est un marginal, c’est péjoratif car il faut se conformer.
8. Rigoler : rire (familier). Ici, cela signifie qu’on n’y attache pas une grande importance, que ce n’est pas grave après tout.
9. Flasher (sur quelqu’un) : remarquer quelqu’un et être attiré par lui.
10. Des vieux et des vieilles : Thérèse est très libre dans sa façon de parler: elle fait exprès d’utiliser ces deux mots, remplacés aujourd’hui par « personnes âgées », « personnes du troisième âge », et plus récemment « seniors ».

Et voici une belle interview du réalisateur de ce film, à regarder en cliquant sur l’image:

Les invisibles - Interview

Transcription : (Elle ne vous sera peut-être pas nécessaire, car il prend son temps pour dire les choses clairement, de sa voix posée.)

Pour moi c’était important dans le film d’aller à la rencontre de gens anonymes et de gens qui n’ont pas eu nécessairement accès à des vies faciles, urbaines (1). Je voulais un peu prendre monsieur et madame Tout le monde (2), parce que dans le fond, l’homosexualité, si on imagine dans les époques des années 40, 50, 60, elle a beaucoup été racontée à travers des couples mythiques : Cocteau-Marais (3), Yves Saint Laurent- Pierre Bergé (4), et… voilà, etc… et… mais qui, dans le fond, étaient des gens qui vivaient à Paris, qui avaient des vies qui se déroulaient dans un milieu artistique et où, forcément, tout était facile, d’une certaine manière. Lire la Suite…

Séance cinéma

AfficheL’été touche à sa fin. Retour au travail depuis une semaine. Mais envie de s’évader encore ! Alors je vous emmène au cinéma.

Histoire romanesque à souhait mais histoire vécue, celle de la mère de la réalisatrice à la Libération, à laquelle Mélanie Thierry redonne vie avec intensité.
Je vous souhaite une bonne rentrée !

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :

Quand les parents disparaissent (1), ils ne nous laissent que quelques vieilles photos, et des questions sans réponse. On grandit sans savoir. J’ai imaginé mes parents ensemble, au temps où ils s’aimaient. Alors j’ai ouvert la valise de ma mère, la valise des secrets. Il ne me restait plus qu’à les faire revivre.

– On est français !
– Bravo !
– On est français !

– Michel, il y a un type (2) qui a sonné. Il me dit qu’il est ton frère.
– C’est pas possible. Il est mort dans les camps.
– Il arrive de Moscou.
– Je pensais que tu étais mort.
– Moi aussi, je pensais que tu étais mort.
– Tu es sûr que c’est ton frère ?
– Il y en a qui pensent que c’est une taupe (3).
– Et toi, qu’est-ce que tu penses ?

– Ça vous fait rire que les Communistes aient démissionné ?

– Elle est belle, Léna.
– La première fois que je l’ai vue, j’ai su que c’était la femme de ma vie.
– Et elle, elle a pensé que tu étais l’homme de sa vie ?

– Mais comment tu fais tout ce qu’il te dit ?
– Et toi, tu fais pas tout ce qu’il te dit ?

– Et lui, vous le connaissez pas non plus ?
– Enfin qu’est-ce qui se passe ? (4)
– Te retourne pas (5). Continue à marcher.
– Déserteur ? Espion ? C’est quoi, la vérité ?
– Tu sais pourquoi ils sont morts, nos parents ? Parce que des types comme toi ont obéi aux ordres. Voilà de quoi ils sont morts !
– [… ] chez moi.

– Je veux pas coucher avec la femme de mon frère.
– Il y a des bêtises qu’on regrette de pas avoir faites.
– C’est ton frère.
– Ça, mon frère ?

On grandit tant bien que mal, entre les non-dits (6) et les questions sans réponse. Et puis un jour, on regarde enfin ses parents comme un homme et une femme qu’on aurait croisés dans nos vies et qu’on aurait aimés simplement, pour ce qu’ils étaient.

Quelques détails :
1. disparaître : mourir. C’est une façon d’être moins direct pour parler de la mort.
2. un type : un homme (familier et plutôt péjoratif)
3. une taupe : un espion infiltré dans le milieu qu’il est chargé d’espionner.
4. Qu’est-ce qui se passe ? : on pose en général cette question quand il y a un problème. Ce n’est pas une question posée pour prendre juste des nouvelles de quelqu’un.
5. Te retourne pas : oralement, on omet la première partie de la négation : Ne te retourne pas.
6. Les non-dits : tout ce qui est caché mais dont on sent le poids et qui donne des situations compliquées, où on n’est jamais parfaitement à l’aise.

L’avez-vous lu ?

La plupart du temps, je ne lis pas les romans au moment où ils sont publiés. J’attends qu’ils paraissent en livre de poche. Vieux réflexe d’économie ! Mais aussi parce qu’un livre de poche, c’est léger, transportable. Et joli, exposé sur les présentoirs des librairies.
Je viens donc tout juste de lire ce petit roman, offert par ma mère qui n’arrive pas à récupérer l’exemplaire plus cher qu’elle a prêté et qui n’est pas encore revenu !

La liste de mes envies

Je l’ai lu d’une traite.
Histoire de Jocelyne, la mercière d’Arras, dont la vie change quand elle gagne au loto, mais pas forcément comme on l’imagine. Histoire racontée à la première personne du singulier, avec simplicité et acuité, au plus près de ce qui se passe dans sa tête.

apéro tricotEt pour vous donner envie d’ajouter ce livre à la liste de vos envies à vous, cliquez ici pour regarder une jolie petite présentation par l’auteur. Sympathique !

Transcription :
J’avais écrit L’Ecrivain de la famille qui était mon premier livre, qui racontait l’histoire de… d’une famille dans le nord et j’avais imaginé une mère comme elles étaient dans les années 60-70, des petites femmes grises qui fermaient leur gueule (1) et donc, en écrivant ce personnage de femme, j’ai eu tellement de plaisir à l’écrire que je me suis juré que s’il m’était donné d’écrire un deuxième livre, je serais une femme le temps d’un livre. Après, le sujet du livre, ce qui m’intéressait, c’est de se dire : Je prends une femme, elle a 48 ans, elle est à la moitié de sa vie, elle peut changer sa vie mais c’est un rêve.
Et un jour en lisant Le Parisien (2), j’ai vu que les Français dépensaient huit milliards par an en jeux de hasard : « Tu te rends compte ? (3) Si on gagne ! » Mais ils savent qu’on gagne pas mais ces petits rêves, ça vaut les 2€. Et donc, je me suis dit : J’ai… Je vais faire comme un petit chimiste, hein, je vais mettre maman (4), papa, les deux enfants et je vais foutre (5) une bombe qui s’appelle dix-huit millions, puis je vais regarder tout ce petit monde se foutre sur la gueule (6) et je me suis amusé, délecté (7) avec ça !
Pourquoi une mercerie ?
Je trouvais que c’est un très, très beau métier, je disais de… de… d’aimer faire des choses qu’on… dans lesquelles on va mettre les gens qu’on aime pour qu’ils… C’est comme un parfum en fait, de faire une veste, une chemise. C’est le parfum d’une mère qui donne à quelqu’un puis qui va partir. Et voilà, je trouve qu’il y a un côté très, très touchant d’une enfance qu’on veut pas laisser s’enfuir. Et je voulais rendre hommage à ces métiers de gens, ces femmes qui faisaient, qui tricotaient de l’amour en fait. Moi je suis parti de tout ça, j’ai bougé le saladier puis ça a donné La liste de mes envies.

Elle fait un blog qui est… Elle sait pas ce que c’est encore, si c’est commercial ou pas mais elle va utiliser un blog pour exactement ce qu’on disait tout à l’heure, c’est-à-dire renouer du lien social (8). Zola, il y avait la place du village. Après, il y a eu le… les crieurs sur les marchés et toute cette parole de… de village, même dans les villes, ça se perd. Et elle, elle dit : Tiens, je vais me servir du blog pour raconter ça, pour raconter tous ces gens seuls et tout et la première histoire que je raconte de cette vieille dame qui regarde son blog et qui tout d’un coup retrouve le… le… le… la joie de vivre. Et c’est extraordinaire, elle recrée du lien social. Moi j’ai été content d’avoir à la fois la mercerie qui est un truc (9) ancien, le blog, la modernité et comme elle dit à un moment, je crois  que ce qui est du passé n’est pas dépassé et ce qui est du futur est pas encore passé. Donc je pense qu’il y a de la place pour les deux, pour tout ça.

– Je crois que je vais adorer (10) ce livre ! De toute façon, j’ai adoré l’auteur, donc je vais adorer le livre !
– Moi, j’ai adoré le bouquin (11) et c’est… ce qui est de plus incroyable (12), c’est que mon mari a adoré le bouquin, alors qu’il lit pas du tout.
– J’ai beaucoup aimé ce livre parce que j’aime beaucoup rire et sourire. Et honnêtement, en le lisant, plusieurs jours, en deux-trois jours, j’ai régulièrement eu le sourire. Donc c’est un petit bonheur du quotidien, ce livre.

Quelques détails :
1. fermer sa gueule : se taire, c’est-à-dire aussi ne pas protester, accepter son sort sans rien dire. (très familier, à cause de l’emploi de « gueule », qui est de l’argot pour désigner la bouche, puis par extension le visage)
2. Le Parisien : c’est l’un des quotidiens français.
3. Tu te rends compte ! : cette expression sert à montrer comme quelque chose est incroyable.
4. Maman : écoutez comme il prononce ce mot, comme si c’était man-man, au lieu de bien prononcer le « a ». Beaucoup de Français, enfants ou pas, font ça.
5. Foutre : mettre (très familier)
6. se foutre sur la gueule : se disputer, se déchirer, s’affronter, se battre. (très familier)
7. se délecter avec quelque chose : trouver énormément de plaisir à faire quelque chose
8. renouer du lien social : c’est l’expression à la mode, pour exprimer l’idée qu’on lutte contre l’isolement des gens, contre l’individualisme et qu’on récrée une vie en société.
9. Un truc : une chose / quelque chose (familier)
10. adorer quelque chose : c’est plus fort que aimer quelque chose.
11. Un bouquin : un livre (familier). On emploie très souvent ce mot à l’oral.
12. Ce serait plus correct de dire : Ce qu’il y a de plus incroyable ou alors Ce qui est incroyable. Comme souvent à l’oral, il y a mélange de deux formulations très proches.

Bricolons !

OutilsJ’ai dit récemment dans un autre billet que la première personne du pluriel à l’impératif était rarement employée. Et voici qu’une publicité en use et abuse ! Mais bon, c’est de la publicité: attirons l’attention et marquons les esprits !

En tout cas, grâce à cette petite série en plusieurs volets, vous saurez tout sur le bricolage, vous saurez tout sur les prix, vous serez prêts pour les travaux (d’été) dans la maison.
Et vous saurez tout sur la vie de couple ! Ces dames mettent ces messieurs au travail, c’est bien connu… Mais il paraît aussi que les femmes bricolent de plus en plus. (Les chaînes de magasins de bricolage l’ont bien compris.) Même plus besoin des hommes !
(Enfin si, un peu, quand même.)

On trouve le début ici pour le moment.

Cliquez ici pour voir la première partie. Puis continuez en cliquant sur les unes après les autres.

Juste le son (mais c’est moins bien sans les images bien sûr):

Transcription :
Vidéo 1 :
Cassons, coupons, scions, démolissons, décollons, perçons, défonçons, arrachons, trouons, éclatons, abattons !
Castorama invente le Système C, comme Castorama, tout un système de solutions, prix, produits.
Alors changeons tout chez nous ! Réalisons tous nos projets ! Tout est enfin* permis, tout est enfin* possible.
Castorama, c’est castoche*.

Vidéo 2: (la cuisine)
– Vous avez des projets pour cet été ?
– On refait (1) du kayak.
– Et nous, la cuisine (2) !
– Mais enfin Jacqueline, ça coûte une tonne (3), une cuisine !
– Mais non ! Système C, comme Castorama !
– Pas comme kayak.
Deux cent cinquante-neuf euros plus tard, une cuisine design + un logiciel intuitif (4) gratuit pour la concevoir. C’est ça, le Système C…

Vidéo 3: (le sol)
Bonjour, c’est madame Duval. Je voulais juste annuler notre demande de prêt. Non, non, on renonce pas ! On va refaire le sol de la chambre de Thomas et puis peut-être la terrasse… Comment ça (5), avec quoi ? Système C…
Quatre-vingt dix-neuf euros plus tard, des lames de stratifié clipsables avec sous-couche + des plinthes et des angles prédécoupés assortis, c’est ça le système C…

Vidéo 4 : (la terrasse)
– J’aimerais tellement avoir une terrasse ! Mais bon, on n’a pas les moyens (6).
– Eh bah profitons-en  (7)! Faisons-là, cette terrasse !
– Mais avec quoi ?
– Système C , comme C. Et je vais te dire, non seulement on va la faire, mais on va en faire une belle !
Trois cent quatre-vingt dix-neuf euros plus tard, des lames de terrasse + des plots béton pour une pose facile sans dalle à couler, c’est ça le système C.

Vidéo 5 : (le dressing)
– J’avais une idée.
– Ouh là ! (8)
– Faire un dressing (9), avec toutes mes affaires (10)… et les tiennes.
– A moins de vendre toutes tes fringues (11), je vois pas comment on va se le payer.
– Système C… Et puis de toute façon, toi, tu as pas besoin de beaucoup de place.
– Bah, un peu !… Non.
Quatre cent quarante euros plus tard, un dressing facile à monter + un logiciel intuitif gratuit pour le concevoir.

Mise à jour: il y en a d’autres qui ont été ajoutées depuis. Mais je ne les ai pas transcrites. Demandez-moi si vous avez besoin.

Quelques explications :
1. refaire du kayak : cela signifie qu’ils en ont déjà fait aux vacances précédentes par exemple. Ils vont en faire de nouveau / à nouveau.
2. Refaire la cuisine : on utilise le verbe refaire pour parler des travaux de rénovation dans une maison: refaire la salle de bains, refaire les peintures, refaire le papier peint, refaire le carrelage, refaire le sol, etc…
3. ça coûte une tonne = ça coûte très cher. (Je n’avais jamais entendu cette expression !)
4. intuitif : facile à comprendre (sans avoir à lire un mode d’emploi compliqué)
5. Comment ça ? : cette expression sert à exprimer la surprise et l’incompréhension .
6. On n’a pas les moyens = on n’a pas assez d’argent pour se le payer = on ne peut pas se le permettre.
7. Profitons-en ! : il faut saisir l’occasion.
8. Ouh là ! : cette exclamation sert en général à montrer qu’on est un peu inquiet, qu’on se dit que ce qui va suivre n’est pas forcément parfait. Elle exprime la méfiance.
Par exemple : J’ai une grande nouvelle à t’annoncer.
Hou là !
( = Je crains le pire.)
9. un dressing : les anglophones vont rire de voir comment, encore une fois, la langue française incorpore un mot étranger en le transformant ! C’est comme : un parking, du shampoing, etc…
10. mes affaires = tout ce qui m’appartient. (les vêtements, mais pas seulement)
11. Les fringues : les vêtements, les habits (familier)

* Le jeu de mots dans le slogan : C’est castoche.
Ce mot n’existe pas. Normalement, on dit :C’est fastoche, qui est le mot familier pour dire que c’est facile. Donc avec ce magasin, le bricolage est un jeu d’enfant. (enfin presque…)

* Un peu de prononciation : Les deux liaisons dans Tout est enfin permis !
– La première entre Tout et est est obligatoire. Tout le monde la fait.
– La seconde, entre est et enfin est moins courante. Personnellement, je ne la fais pas de façon spontanée, probablement parce qu’il y a déjà une liaison avec un autre « t » juste avant.
En revanche, je dirai sans problème: C’est enfin terminé ou encore: Il est enfin permis de rêver en faisant la liaison, alors que certains ne la font pas. C’est une question de dosage !

Décomplexés

Christiane TaubiraL’Assemblée Nationale et le Sénat ont déjà voté en première lecture le texte de loi défendu par la Ministre de la Justice sur le mariage pour tous. Il ne s’agit pas de mariage religieux, il s’agit de donner les mêmes droits à tous et de protéger tous les enfants.
Mais les opposants ont contribué à créer une situation très malsaine vis-à-vis des homosexuels. Au nom de la morale, de l’intérêt de la famille et de l’enfant, ce sont en fait tout simplement des attitudes homophobes de rejet, de haine qui ont été encouragées.

De telles attitudes sont possibles car il est de bon ton chez certains aujourd’hui d’être « décomplexé » comme on dit, d’oser exprimer ouvertement et publiquement des opinions jusque-là considérées comme douteuses. Oser dire tout haut ce qu’on pense tout bas. Quand vous entendez le terme « décomplexé » aujourd’hui, traduisez-le selon les cas par raciste, xénophobe, homophobe, misogyne, antisémite ou contre les avancées sociales. Bref, tout ce qui est du côté de l’intolérance et de l’obscurantisme.

Voici d’abord deux témoignages sur ce climat.
Alors, comme cela fait du bien ensuite d’entendre des gens comme Christiane Taubira défendre des idées qui un jour paraîtront tellement évidentes que nos enfants, comme elle le souligne, se demanderont comment notre société pouvait être à ce point en retard !

Transcription :
En tout cas, il y a des gens qui se sentent, je crois, plus autorisés aujourd’hui, beaucoup plus autorisés aujourd’hui à dire des horreurs sur les homosexuels parce que vous avez les principaux leaders de l’opposition à l’égalité des droits, de l’opposition au mariage pour tous qui rajoutent de l’huile sur le feu (1) chaque jour et qui parlent d’un climat qui serait presque un climat de guerre civile . Mais de guerre civile contre qui ? Enfin voilà, donc je pense qu’il faut revenir un peu… qu’il faut… comment dire… revenir un peu à la raison, qu’il faut se détendre, être plus serein et aussi regarder les choses en face (2). Ce projet de loi, il va enlever aucun droit aux hétérosexuels, il va enlever aucun droit aux familles hétéroparentales. Par contre, il pourra permettre aux couples homosexuels, aux enfants qui grandissent dans ces familles qui existent de bénéficier des mêmes droits et des mêmes sécurités que tout le monde. Donc c’est un projet de vivre ensemble, c’est un projet de cohésion sociale, c’est l’inverse de la guerre civile qu’on voudrait nous… nous…. nous décrire. Et donc vraiment, j’appelle en tout cas les principaux leaders de l’opposition à tempérer leurs propos et… et à calmer le jeu (3), voilà.

Les mots sont les leurs : « Ça va péter (4). Nous mènerons jusqu’au bout ce combat. » C’est eux qui mettent en garde. On a peur de ce qu’on constate déjà, qui est un durcissement à la fois du ton et des violences sur la communauté… les communautés LGBT (5), c’est-à-dire que depuis… depuis quelques semaines, on assiste à des agressions ouvertement homophobes, à la fois sur des personnes, comme ça a été largement médiatisé (6) la semaine dernière, et aussi sur des bâtiments, et aussi sur des véhicules. Et on a peur et c’est réel, c’est-à-dire que le durcissement, il a déjà commencé à avoir lieu. On n’est plus dans le respect du processus démocratique. On a en France deux chambres qui votent des lois et on a maintenant des gens qui disent que ces lois ne sont pas démocratiques, qu’ils ne respectent pas le processus démocratique.

Pendant les débats à l’Assemblée:
Monsieur le député, vous n’allez pas nous faire croire que vous vivez dans un igloo et que vous n’avez aucune connaissance de la diversité des familles dans ce pays, que vous ignorez complètement qu’il y a des familles homoparentales dans ce pays, que vous ne savez pas qu’il y a autant d’amour dans des couples hétérosexuels que dans des couples homosexuels, qu’il y a autant d’amour vis-à-vis de ces enfants et que tous ces enfants sont les enfants de la France. Alors oui, monsieur le député, le gouvernement présente un texte de loi de grand progrès, de grande générosité, de fraternité et d’égalité (7). Et nous apportons la sécurité juridique à tous les enfants de France et je dois vous dire que j’en suis particulièrement fière.
Vos objections n’ont pas de fondement, sauf une réelle difficulté… sauf une réelle difficulté à inclure dans vos représentations la légitimité de ces couples de même sexe. Mais vos enfants et vos petits-enfants les incluent déjà et les inclueront de plus en plus. Et vous serez bien mal à l’aise lorsque, par curiosité, ils viendront voir les compte-rendus de nos débats.

Après le vote:
Merci à tous pour ces jours et ces nuits (8) passés ensemble pour ces… pour ces sourires, pour ces rires, pour ces confrontations aussi, convictions contre convictions. Les protections et les sécurités que promet ce texte concernent évidemment les conjointes et les conjoints (9), mais par dessus tout les enfants. En cas de séparation, le juge pourra s’en mêler. Il pourra donc protéger la plus vulnérable ou le plus vulnérable des conjointes ou conjoints, mais surtout préserver l’intérêt des enfants (10).
En définitive, en définitive (11) , ce projet de loi nous a conduits à penser autrui (12), à consentir à l’altérité. Penser autrui, disait Emmanuel Levinas, relève de l’irréductible inquiétude pour l’autre. C’est ce que nous avons fait tout le long de ce débat.

Des explications :
1. rajouter de l’huile sur le feu : l’expression habituelle, c’est verser / jeter de l’huile sur le feu. Mais l’idée est la même : cela signifie que quelqu’un cherche à agraver un conflit, une dispute et tient des propos qui ne vont absolument pas calmer la situation ni contribuer à une discussion.
2. Regarder les choses en face : être lucide et réaliste.
3. Calmer le jeu : tenter d’apaiser les colères, ramener le calme dans une situation conflictuelle. C’est le contraire de « Jeter de l’huile sur le feu ».
4. ça va péter : ça va exploser. Le mécontentement va mener à une vraie rupture de l’ordre. (familier)
5. LGBT : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres
6. médiatiser un événement : beaucoup en parler dans les médias (télé, radio, internet, presse écrite, etc…)
7. fraternité et égalité : il s’agit de deux des principes de la République Française, inscrits par exemple à l’entrée des écoles ou dans les mairies : Liberté, Egalité, Fraternité.
8. Ces jours et ces nuits : elle fait référence à la longueur des débats, qui ont eu lieu aussi la nuit.
9. Un conjoint / une conjointe : c’est le terme utilisé pour les gens mariés.
10. L’intérêt des enfants : elle répond là à l’accusation des anti-mariage pour tous de mettre en danger les enfants qui ne pourraient pas avoir un père et une mère, qui affirment qu’un enfant ne peut pas grandir normalement avec des parents homosexuels.
11. En définitive : pour conclure.
12. Autrui : les autres
13. l’altérité : concept qui renvoie au fait d’être autre et différent.

Vous pourriez aussi écouter et regarder Christiane Taubira ici. Elle y parle de différence, de respect et d’égalité des droits. Femme de culture, de conviction et de grande intelligence:
Christiane Taubira cite Damas face à Mariton par aussiebum80

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