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Un beau dimanche

Nouvelle séance de rattrapage cinéma ! Je préfère l’ambiance d’une salle de cinéma, comme un moment vraiment suspendu, mais les DVD ont du bon aussi. J’ai donc regardé ce beau film de Un beau dimanche DVDNicole Garcia.
Un enfant ballotté entre ses parents séparés, pas très installés dans la vie ni très parents, un jeune instituteur qui ne s’enracine nulle part et dont on devine des fragilités, une jeune femme qui ne sait pas toujours bien où elle en est mais poursuit son chemin coûte que coûte.

Nicole Garcia nous emmène là où on ne s’y attend pas et déroule peu à peu une histoire de famille racontée avec une grande poésie, dans une belle lumière, celle du sud de la France, avec des acteurs qui jouent vraiment bien. Il n’y a rien de trop, c’est simple mais profond, délicat mais implacable.
Et ce qui est bien aussi pour vous qui apprenez le français, ce sont les différentes façons de parler, qui reflètent bien les personnalités et les milieux d’où viennent les personnages de ce film. Baptiste et sa mère, Sandra et son fils, autant de dictions différentes.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Alors, vous faites des saisons (1).
– Je suis tombée dedans (2) quand j’étais petite. Mes parents, ils avaient une roulotte (3) de bouffe (4), ils faisaient des pizzas, des crêpes.
– Moi aussi, je fais des saisons. Je reste un trimestre, voire (5) deux à un poste. Après, je vais ailleurs.
– Pourquoi vous restez pas plus longtemps ?
– Une liberté.
– Il y a des hommes qui sont passés tout à l’heure. Ils vous cherchaient.
– Vous leur avez pas dit où je travaillais !
– Qu’est-ce que tu fous (6) sur les plages en France ? Tu devais pas ouvrir un restau à Saint Barth ?(7)
– Franchement, les gars (8), c’est pas le moment, là.
– Je dois de l’argent.
– Et tu dois combien ? Tu sais que je peux pas t’aider, là.
– Ramène-le à son père.
– Je te promets rien. (9)
– Tu me promets quoi ? (10)
– On part.
– Maman !
– Aux gens qui me demandent de tes nouvelles, je leur dis que tu habites en Suède, et ça arrête les questions.

Quelques explications :
1. faire des saisons : par exemple, travailler sur les plages l’été et dans des stations de ski l’hiver. Les gens qui travaillent comme ça sont des saisonniers.
2. je suis tombé dedans quand j’étais petit / enfant : on emploie cette expression familière pour indiquer qu’on a commencé à se passionner pour quelque chose à un moment donné. On l’utilise toujours au passé composé. Elle fait en fait référence à Astérix et Obélix, ces BD bien connues de tous les Français. Obélix le Gaulois ne prend jamais de potion magique (pour être fort avant les combats contre les Romains) car enfant, il est tombé accidentellement dans le chaudron de potion. Depuis, il est très fort.
J’en ai déjà parlé dans ce billet de septembre dernier.
3. Une roulotte : c’est une sorte de caravane
4. la bouffe : la nourriture ( familier)
5. voire = ou même
6. qu’est-ce que tu fous ? = qu’est-ce que tu fais ? Style très familier, et plutôt négatif ou agressif en général : c’est un moyen d’exprimer sa désapprobation à l’oral. Par exemple, quand on trouve que quelqu’un traîne trop ou ne fait pas bien les choses, on peut lui dire :
Mais qu’est-ce que tu fous ? Dépêche-toi !
Qu’est-ce que tu fous ? Ça marche toujours pas ! Je croyais que tu savais tout réparer.

On peut aussi dire ça à quelqu’un qu’on ne veut pas voir :
Qu’est-ce que tu fous là ? Je t’avais dit de pas venir.
7. Saint Barth = Saint Barthélémy : une des îles des Antilles françaises.
8. Les gars : façon familière de s’adresser à des hommes.
9. Je te promets rien : c’est ce qu’on dit quand on va essayer de faire quelque chose, par exemple pour aider quelqu’un, mais qu’on n’est pas sûr de réussir. Par exemple : Je vais essayer de le faire changer d’avis, mais je te promets rien. Il est très têtu.
10. Tu me promets quoi ? : cette question peut paraître paradoxale puisqu’il vient de lui dire « Je te promets rien ». Mais c’est justement parce qu’on dit « je te promets rien » lorsqu’on s’engage à essayer de faire quelque chose, sans être sûr du résultat. Or dans le film, il ne lui a pas expliqué du tout ce qu’il va faire. Il vient juste de prendre la décision de l’aider mais ne lui a encore rien dit. D’où cette question qu’elle lui pose.

L’imparfait :
Ils avaient une roulotte, ils faisaient des pizzas : l’imparfait sert à raconter comment c’était avant et souvent à décrire des habitudes dans le passé.
Des hommes sont passés. Ils vous cherchaient : cet imparfait sert à décrire ces hommes, à décrire la situation, la scène. Ils la cherchaient, ils voulaient lui parler.
Tu ne devais pas ouvrir un restau ? : ici, le verbe devoir à l’imparfait exprime l’idée que c’était prévu. Donc cette question interro-négative sert à exprimer la surprise (réelle ou feinte) et aussi très souvent la désapprobation. Par exemple :
A: Tu ne devais pas les appeler aujourd’hui ? B: Si, si, mais j’ai oublié. Je le fais demain matin. Promis.
A: Ils ne devaient pas venir nous aider ? B: Oui, mais finalement, ils n’étaient pas libres. On va se débrouiller sans eux.

Pour finir, peut-être aurez-vous envie de lire un article qui rend plutôt bien justice à l’atmosphère de ce film.

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Détecteur d’arnaque

Voici un mail que j’ai reçu hier, présenté comme envoyé par Free Mobile, à propos de ma facture de téléphone. Le problème, c’est que je ne suis pas chez Free et que tout va bien du côté de mon abonnement chez un autre opérateur.

Phishing

De toute façon,quand on reçoit ce genre de message, ce n’est pas très difficile d’éviter de tomber dans le panneau*. A condition d’avoir une bonne orthographe et un français correct.

Six lignes de texte, six sortes de fautes d’orthographe et de français:
1- L’absence de ponctuation: il manque une virgule après situation et après la formule de politesse. En français, nous aimons les virgules pour bien séparer les propositions. Et comme dans toutes les langues, nous mettons un point à la fin des phrases: il en manque un après facturée.

2- Le problème des articles: nous aimons les articles devant les noms, y compris dans la signature de ce mail: Le service clientèle. L’absence de « le » ne nous paraît pas naturelle.

3- Les fautes d’orthographe : elles ne sont pas encore la norme dans les courriers officiels ! C’est donc la moindre des choses de vérifier si un mot prend un « f » ou deux. Manque de chance, le verbe « référer » n’en prend qu’un.

4- Les fautes de frappe : elles ne passent pas très bien non plus : suspension conviendrait mieux que supsension !
Consul tez en deux mots sort de nulle part !

5- Les fautes de grammaire: elles sont plus que surprenantes. Veuillez est toujours suivi d’un infinitif. Ce n’est donc pas difficile de vérifier comment va s’écrire un verbe du premier groupe, en faisant cette petite manipulation qu’on apprend enfant: on remplace les verbes en -er par le verbe prendre et on se dit mentalement : Veuillez prendre, ce qui permet d’écrire: Veuillez vous référer, au lieu de mettre bêtement -ez, juste parce qu’il y a vous devant !

6- Les fautes de vocabulaire : mais qu’est-ce que c’est que ce charabia dans un courrier soit-disant officiel ?
Le verbe consulter ne s’emploie pas sans indiquer ce qu’il faut consulter: une facture, un compte, etc.
Lors d’échec de régularisation ne veut rien dire. En français, il ne s’agit pas d’un échec mais d’une absence de régularisation. La formule est donc : En l’absence de régularisation de votre part.

Comme quoi, avoir une orthographe correcte ne sert pas seulement à être bon en dictée à l’école ! Cela peut vous mettre la puce à l’oreille* et vous éviter de cliquer là où il ne faut pas.

Et comme ce genre de situation est monnaie courante, voici des expressions que nous employons pour en parler:
tomber dans le panneau. (plutôt familier): Cela signifie qu’on se laisse prendre au piège. Il est tombé dans le panneau et a donné ses coordonnées bancaires.
Plus familièrement, on emploie aussi l’expression se faire avoir:
Je me suis bien fait avoir ! / Elle s’est fait avoir. (pas d’accord féminin pour « fait » ici.)
Ou encore, se faire arnaquer:
Si tu n’es pas vigilant, tu risques de te faire arnaquer.

n’y voir que du feu : cela indique qu’on ne s’est pas rendu compte de la supercherie, de l’arnaque.
Le mail avait l’air tellement officiel qu’il n’y a vu que du feu et il a vraiment cru qu’il venait de sa banque.

mettre la puce à l’oreille (familier): attirer l’attention et susciter la méfiance.
Le style du message m’a mis la puce à l’oreille. Et effectivement, c’était bien un faux.

A écouter ici:
arnaques et orthographe

Six ans

Comme certains le savent, j’ai commencé à écrire ce blog il y a six ans, le 14 février (sans qu’il y ait aucun rapport avec la Saint Valentin, qui faisait alors encore moins partie de notre environnement qu’aujourd’hui.) Pas de bilan, juste l’étonnement d’être capable de persévérer, avec parfois des doutes, des absences. Et finalement, toujours un commentaire, un message, une question, qui font que je continue ! Alors, il y a aussi l’étonnement de voir que certains ne se sont pas encore lassés de lire, écouter, regarder ce qui m’intéresse. Pourtant, à force, je suis très prévisible ! Mais on dit aussi qu’un blog doit avoir une certaine unité, alors je me rassure de cette manière ! Parce qu’au-delà des thèmes récurrents dans mes billets, il y a toujours ce français que je partage avec vous qui l’apprenez à travers le monde, vous qui trouvez probablement ici un petit quelque chose qui vous rend notre langue et notre culture plus désirables.

Qui dit anniversaire, dit gâteau d’anniversaire !
Voici donc la recette d’un gâteau… invisible. J’ai succombé à la dernière mode mais surtout à un joli livre de cuisine, plein de couleurs et de recettes qui m’ont paru tenir la route. (A la longue, on sait dire si une recette devrait être bonne ou pas !) Elles sont toutes basées sur le principe qu’il y a peu de pâte et beaucoup de fruits coupés en fines lamelles – pommes, poires, mangues, etc. – pour donner la texture de ces gâteaux. (Il y a aussi des variantes salées, avec des légumes, tout aussi appétissantes.)

Oui, ce blog est un fourre-tout ! Donc voici la recette écrite pour ceux qui veulent juste faire les gourmands – je pense à mes amies instagram – et également la recette enregistrée et illustrée pour ceux qui veulent aussi « manger » du français.
Bon appétit !


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Ou juste l’enregistrement :
Le gâteau invisible citron myrtilles

Les ingrédients :
800 grammes de pommes coupées en lamelles régulières de 1 mm d’épaisseur
150 g de myrtilles (surgelées quand ce n’est pas la saison)
1 citron non traité
2 œufs
90 g de sucre en poudre
40 g de beurre fondu
120 g de farine
80 ml de lait
20 g + 10 g de sucre roux

La recette :
– Préchauffez le four à 180°C.
– Fouettez les œufs avec le sucre, en mélangeant bien pour que le sucre soit bien fondu.
– Ajoutez le beurre fondu, puis la farine, puis le zeste du citron râpé.
– Délayez avec le lait et le jus de citron. (un demi citron si le citron est vraiment gros)
– Epluchez les pommes, coupez-les en quartiers et faites de fines lamelles de 1 mm d’épaisseur (bien régulières.) On peut utiliser une mandoline ou un couteau qui coupe bien.
– Incorporez les lamelles à la pâte, en faisant attention pour qu’elles restent entières.
– Beurrez un moule et saupoudrez le fond avec 20g de sucre roux. Choisissez un moule juste à la bonne taille pour avoir une certaine épaisseur de pâte. (un moule rond de 24 cm de diamètre par exemple)
– Versez la moitié de la préparation dans le moule.
– Recouvrez avec les myrtilles, puis versez le reste de la pâte dessus, avec précaution pour que les myrtilles ne se mélangent pas avec le reste.
– Saupoudrez avec 10g de sucre roux.
– Faites cuire au four pendant 50 minutes.
– Laissez refroidir avant de démouler. On peut décorer avec des myrtilles et des morceaux de zeste de citron.

Bonne dégustation ! Et si vous ne mangez pas tout le jour même, mettez ce gâteau au réfrigérateur. Il est très bon frais également !

La petite touche de français: le temps des recettes
Les recettes de cuisine, qui sont des instructions, s’écrivent soit à l’infinitif, soit à l’impératif.
– l’infinitif donne un côté plus distant, plus neutre : Verser la pâte dans le moule.
– l’impératif a une tonalité plus directe, plus vivante, comme si quelqu’un était en train de vous guider dans cette recette. On vouvoie le lecteur : Versez la pâte dans le moule.
– Et dans les livres de cuisine pour les enfants – mieux vaut commencer tôt, fille comme garçon ! – on utilise la 2è personne du singulier: Verse la pâte dans le moule.

– Bien sûr, il faut être attentif à ne pas mélanger infinitif et impératif, notamment avec les verbes du 1er groupe, qui se prononcent de la même façon mais prennent soit -er, soit -ez.
– Et on n’oublie pas que les verbes du 1er groupe ne prennent jamais de « s » à la 2è personne du singulier à l’impératif : Verse, mélange, ajoute, fouette, beurre, démoule, laisse refroidir, etc.

Boisson fraîche

Les citrons
Il fait chaud.
Besoin de se rafraîchir et de se désaltérer.
Besoin de ne rien faire du tout.
Donc piscine, boissons fraîches et paresse au programme.

Voici une pub très estivale et très courte mais qui nous dit des choses sur le français et sur la France !

Cette publicité est ici.

Transcription
– Hum ! Super bonne, ta citronnade ! (1)
– Merci ! C’est moi qui l’ai pas faite. (2)
– Ah bon ? Et tu l’as pas faite comment ?
– Bah j’ai pas pressé de citrons, j’ai pas mis l’eau de source (3) et j’ai pas mis le sucre (4) non plus.
– Non mais tu as dû te lever hyper pas tôt ! (5)
– T’inquiète. (6)

Les citrons déjà pressés pour vous, de l’eau de source et une pointe de sucre (7). Pulco citronnade, la paresse a du bon. (8)

Juste le son:
La citronnade

Des explications :
1. de la citronnade : ce terme a un petit côté ancien. Avant toutes les boissons disponibles aujourd’hui, il y avait de la citronnade et de l’orangeade, mélanges de jus de citron ou d’orange avec de l’eau et du sucre.
2. C’est moi qui l’ai… : normalement, on dit : C’est moi qui l’ai faite. C’est ce à quoi tout le monde s’attend. De plus, comme c’est une phrase orale, il n’y a pas « ne » de la négation. Mais tout d’un coup, on entend la forme négative, ce qui nous fait sourire, d’autant plus qu’elle n’est pas vraiment correcte. (On dit normalement: Ce n’est pas moi qui l’ai faite.) Et on comprend sur quoi est basée cette publicité, tout entière à la forme négative de façon inattendue.
3. J’ai pas mis l’eau de source : la première chose, c’est qu’ils insistent sur le fait que c’est de l’eau très naturelle, pour donner un côté très sain à cette boisson industrielle. La deuxième chose, c’est qu’ils utilisent l’article « l’ », au lieu de dire : j’ai pas mis d’eau de source. Cela donne l’impression qu’il est évident que la boisson est à base d’eau de source. C’est comme si tout le monde connaissait la recette.
4. Le sucre : même remarque que précédemment. (le sucre au lieu de dire : j’ai pas mis de sucre)
5. hyper pas tôt : normalement, on n’emploie jamais hyper avec une forme négative.
6. T’inquiète ! : cette phrase, très orale, est fréquente. Normalement bien sûr, on dit : Ne t’inquiète pas (forme normale) / T’inquiète pas (familier). Mais depuis quelques années, on entend souvent la forme sans la négation, avec la même signification. Donc ce qui est bien fait dans ce dialogue, c’est qu’il y a des négations là où il n’en faut pas habituellement et inversement, elles ont disparu là où il en faudrait!
7. Une pointe de sucre : cette expression permet de donner l’impression qu’il y a très peu de sucre ajouté dans cette boisson, encore une fois pour donner l’idée que cette boisson est saine et comme ce qu’on ferait soi-même, bien qu’elle soit industrielle.
8. La paresse a du bon : Quand on dit de quelque chose que ça a du bon, c’est que c’est positif, que cela a un effet bénéfique. De plus, ici, il y a un jeu sur les mots puisqu’il s’agit d’une boisson, qui est bonne.

Petite remarque sur la conjugaison: il y a des Français qui accordent mal le verbe quand la phrase commence par C’est moi qui… On entend la faute: **C’est moi qui a… Bien sûr, on accorde à la première personne du singulier:
C’est moi qui suis paresseuse. / C’est moi qui irai faire les courses / C’est moi qui voulais arrêter. / C’est moi qui ai soif.
Et à la forme négative: Ce n’est pas moi qui ai fait ça. / Ce n’est pas moi qui dirai le contraire.

Eloge de la paresse, avec l’été et les vacances qui approchent, mais aussi préoccupation pour la santé – et la ligne.(Toutes les publicités pour de la nourriture ou des boissons doivent comporter le message du Ministère de la Santé sur le fait de manger 5 fruits et légumes par jour et sur la nécessité de bouger.)

Perdus

Mont beuvray2
Mont Beuvray1
Mont Beuvray3

On peut se perdre dans la forêt !
(Petit billet inspiré par les commentaires d’Anne et Rick).

Une chose est sûre, c’est que si cela m’arrive (en compagnie de quelqu’un obligatoirement), je dirai spontanément: Je crois que là, on est perdus.
Dans l’incertitude du moment, jamais ne me viendra à l’esprit: Nous sommes perdus. Peut-être parce que je ne parle pas assez bien et qu’en disant « Nous », j’aurais vraiment l’impression de m’écouter parler. Et pourquoi surveillerais-je mon langage, perdue en pleine forêt et peut-être un peu contrariée, ou irritée ? Ou alors, ce serait précisément pour bien souligner le côté « dramatique » de la situation, ou pour ironiser, et je ne le dirais pas du tout sur le même ton que toutes mes autres phrases avec On:

Si tu veux mon avis, là, je pense que nous sommes perdus.

Tu crois pas qu’on est perdus ?
J’ai l’impression qu’on est perdus, là !
Tu es sûr qu’on n’est pas perdus ?

Pour écouter ces phrases: On est perdus

Donc oralement, On nous vient de plus en plus naturellement à la place de Nous, c’est un fait. Quand j’entends quelqu’un utiliser Nous, je le remarque immédiatement et je me dis en quelque sorte inconsciemment qu’il parle parfaitement parce que c’est comme ça dans son milieu ou parce qu’il surveille son langage. Ou alors, je me dis que c’est un étranger !
Encore quelques années et On employé à la place de nous ne nous semblera sans doute plus familier mais normal.

Et nous nous habituons voir le participe passé accordé au pluriel puisque même nos grammaires se sont adaptées et approuvent cet usage.

Pour le moment, je pense que je contourne le problème quand c’est possible: si je dois écrire, je continue à utiliser Nous, pour éviter d’avoir à faire cet accord qui paraît bizarre quand il est écrit noir sur blanc, imprimé, affiché comme dans cette publicité qui a attiré mon regard pour cette raison.
Mais je peux de moins en moins esquiver le problème puisque ce blog et son grand frère France Bienvenue sont nés de cette idée de transcrire des conversations dont je recherche avant tout le côté oral ! Alors, personnellement, je crois que je m’habitue à taper des S partout ! (Je vais d’ailleurs prêter davantage attention à ce que font les romanciers d’aujourd’hui.)

Pour finir, j’ai enregistré ce qui précède, mais pas exactement. Comme j’ai d’abord pensé cet article à l’écrit et pas comme un enregistrement, il y a de petites différences de style parce que je ne l’ai finalement pas lu à voix haute mais « reformulé » spontanément comme si je vous parlais. Alors, il y a des Bah, des Voilà, des négations imparfaites qui traînent !

Perdus Version orale

Et pour conclure vraiment, tout ça, c’était juste pour vous emmener vous perdre dans cette très belle forêt !

Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

Fâché avec les é

Voici ce qu’on pouvait lire il y a quelques jours sur le site d’un journal français tout en ligne*, dont le slogan est « Un vent nouveau sur l’info ». Mais apparemment, ce vent nouveau souffle aussi sur l’orthographe et la grammaire, plutôt malmenées tout au long de cet article sur les téléphones portables.
Un vrai concentré d’erreurs de terminaisons, classiques chez ceux qui sont fâchés avec l’orthographe et gênantes pour la compréhension: il faut s’y reprendre à deux fois, car un -é ou un -er à la fin d’un mot ne signifient pas la même chose. Quand l’écriture devient vaguement phonétique et aléatoire, la communication et la lecture se font un peu plus difficiles !

atlantico
En particulier ne prend pas de « s ». Il ne s’agit pas du nom un particulier, qui au pluriel devient effectivement des particuliers.
– Le verbe perturber s’accorde avec le sujet, même s’il n’est pas juste à côté de lui : Nos multiples écrans… perturberaient…

à l'inverse de ce que l'on penser
à l’inverse de ce que l’on pensait: comment peut-on écrire ici penser qui n’est pas une forme conjuguée ? L’auteur de ces lignes est peut-être du sud de la France : apparemment, il prononce de la même façon penser et pensait et écrit phonétiquement en quelque sorte. Ailleurs, on fait la différence entre les deux sons, si on a conscience de la grammaire évidemment !

deux fois plus de faciliter.
– Cette fois-ci, il y a confusion entre le verbe faciliter et le nom employé ici: deux fois plus de facilité.

il à démontrer.
Oh là, là ! Cela devient incompréhensible, on se dit qu’il manque des mots et on se demande ce qui est à démontrer. Mais non, il voulait bien dire: Un chercheur américain a démontré

discret est pratique.
Avec indulgence, on pense d’abord qu’il s’agit peut-être de ces erreurs que nous faisons tous sur nos écrans: on tape une première version qu’on modifie légèrement, en laissant des bouts de phrase qui ne s’enchaînent pas bien. Voulait-il dire : Le smartphone est discret, il est pratique ? Hélas, je pense qu’il voulait bien écrire: Il est discret et pratique.

rendre névroser.
Névroser est le verbe à l’infinitif. Mais rendre n’est pas suivi d’un infinitif. Il lui faut un adjectif ou un participe passé : Rend-il névrosé ?

Une expression: être fâché avec…
Normalement, on est fâché avec quelqu’un.
Mais on peut aussi être fâché avec l’orthographe, la grammaire, les maths par exemple, ce qui signifie qu’on n’est pas bon dans ces domaines-là.

* Petite remarque de vocabulaire: tout en ligne.
Le site France Terme vient de recommander de ne plus employer l’expression « pure player ». Dans ce cas précis, on peut reconnaître que l’expression française équivalente est plus parlante pour un francophone et comme elle passe bien, elle devrait être facilement adoptée.

tout en ligne

Et pour terminer avec humilité, j’espère ne pas avoir laissé d’erreurs, ne pas avoir oublié ma grammaire, ne pas avoir manqué un seul accord dans ce que je viens de publier !

On verra demain

Ciel tourmenté

De temps en temps, je tombe par hasard sur des explications à propos du français qui ne me paraissent pas correspondre tout à fait à ce que nous disons. Ainsi, j’ai lu récemment que le futur simple n’exprimait pas un avenir proche, par opposition aux formes avec « aller » (Je vais l’appeler ce soir) ou au présent (Je l’appelle ce soir).

Pourtant, nous disons souvent: On verra demain / On verra ça demain. / Je terminerai cet après-midi. / Nous en parlerons tout à l’heure. / Tu m’expliqueras tout ça après-demain. / Je l’appellerai ce soir.

Dans nos conversations quotidiennes, le futur simple, plus qu’un problème de proximité ou d’éloignement, exprime souvent comme une promesse, un engagement, un rendez-vous que l’on prend avec quelqu’un ou avec soi-même:
On verra demain: On est dans l’attente et en général, c’est la promesse qu’on reviendra sur le sujet, sur le problème. (C’est aussi un moyen de se débarrasser de quelqu’un !)

Je terminerai cet après-midi. C’est ce qu’on dit par exemple quand on n’a pas le temps ou pas l’envie de finir maintenant ce qu’on est en train de faire.

Nous en parlerons tout à l’heure: c’est comme dire à quelqu’un que ce n’est pas vraiment le moment mais que le sujet sera bien abordé.

Tu m’expliqueras tout ça après-demain: c’est comme une sorte de rendez-vous.

Je l’appellerai ce soir : et ici, comme un engagement ou une décision qu’on vient de prendre.

Très bien mais, me direz-vous, quel rapport avec la photo du jour ?
C’est que la météo se raconte au futur. Et un futur pas très lointain, même si certains aimeraient déjà savoir s’il fera froid en mars, si le printemps sera beau et si nous aurons chaud cet été. Mais ça, ce n’est pas encore prévisible.
Donc si vous voulez entendre des verbes au futur, écoutez la météo !
Futur avec « aller » puisque ces prévisions s’appuient sur un travail scientifique et des observations. Mais aussi futur simple, comme un engagement de la part de nos météorologues qui savent prévoir le temps à quelques jours.

Transcription :
Un bon répit sur les régions de l’ouest et du nord. Cette journée dominicale se déroulera dans une atmosphère bien plus tranquille que ces derniers jours. Le vent, généralement orienté à l’ouest, de plus en plus discret, accompagnera un ciel assez changeant. Il y aura des averses de plus en plus espacées et ces averses en atténuation dans l’après-midi, alterneront avec de très belles périodes de soleil. Sur le centre, le Bassin Parisien et sur le quart nord-ouest, dans un air plus frais qu’hier, soleil et nuages se partageront le ciel. Les averses ne seront pas très nombreuses. En descendant vers l’Auvergne, vers le sud-ouest, le temps va s’améliorer. Les nuages, qui laisseront passer un peu de soleil, ne donneront que rarement une averse. En allant vers les Pyrénées, vers l’est de la chaîne pyrénéenne, l’amélioration sera un peu plus laborieuse. Puis sur les régions proches de la Méditerranée et sur les Alpes, les nuages, majoritaires aujourd’hui, peu menaçants sur le littoral méditerranéen où l’on apercevra un peu le soleil, ces nuages, porteurs de quelques gouttes dans l’arrière-pays provençal, donneront sur les Alpes de la neige. Ces chutes de neige, assez régulières dans la matinée, s’espaceront dans l’après-midi. Et puis les températures partout en baisse ce matin – il fera nettement plus frais qu’hier matin – comprises entre 8 et 11° sur le nord, ces températures atteindront 11 à 14° sur le sud, avec encore des pointes à plus de 20° sur le sud de la Corse.

Dans nos frigos français

En ce moment, il y a une campagne de sensibilisation au problème du gaspillage alimentaire, ce mauvais luxe des pays qui souffrent d’abondance, quand le reste de la planète a faim. C’est l’occasion de faire connaissance avec des Français qui représentent des types de comportements variés dans ce domaine.
Vie quotidienne, habitudes, traditions familiales et façons de parler: cette exploration de nos frigos est parfaite pour tous ceux qui s’intéressent à nous et à notre langue !
(Le frigo, c’est le frigidaire, ou le réfrigérateur.)

Frigo à nu
Toutes les vidéos sont ici.

Et voici l’un des portraits, celui de Christine et Patrick:cliquez sur l’image.
(La suite, demain: ils nous emmèneront faire les courses avec eux.)
christine et patrick1

Transcription :
(Pas beau ! Il est pas beau !)
– Ma femme et moi, on a quand même eu de… des parents qui cuisinaient, qui nous ont appris à cuisiner, qui nous ont appris à aimer les bonnes choses (1). Et du coup, si tu veux, bah c’est quelque chose qu’on a … qu’on a transmis aussi à nos enfants pour la bonne cause (2), c’est que… pour la bonne raison (3), c’est que Mathieu est cuisinier et il a été élevé dans la recherche du bon produit, de bien le préparer, de bien manger.
– Ouais, je suis née à Saint Jean de Luz (4) en plus, et si tu veux, j’ai… ouais, c’était un port de pêche à l’époque (5) et…
– Et puis ta maman, poissonnière, ton frère, poissonnier.
– Oui.
– Alors moi, je suis formatrice (6) en soins infirmiers.
– Et moi, je suis informaticien.
– Donc on est à 20 minutes de notre travail. Donc en fait, on n’a pas de transports, nous. Donc… Enfin, pas de transports… (7), pratiquement pas (8) de transports. Donc si tu veux (9), c’est aussi pour ça que… que j’ai du temps parce que je serais* une heure et demie dans le train, c’est sûr que cette heure et demie-là, je l’aurais* pas pour faire à manger.
– C’est… C’est une qualité de vie.
– Ça, c’est vrai que c’est un point important, pour avoir le temps de faire à manger.
– C’est un choix, tout à fait (10). C’est-à-dire qu’on a fait le choix de dépenser de l’argent dans des bons produits et puis de… d’acheter moins de choses par ailleurs (11), de… style (12) des vêtements. Enfin les vêtements, c’est vraiment quand on en a besoin, mais c’est pas… On va pas s’acheter des fringues (13) tous les weekends. On préfère… ouais, on préfère bien manger, des bons produits et puis les cuisiner nous-mêmes. C’est un choix de vie, absolument , ouais, ouais. C’est sûr !

– Ça fait quel âge, ça ? Regarde, combien il y a de bougies ?
– Deux ans et demi.
– Deux ans et demi. Non. Il y a combien de bougies là ? Regarde.
– Une…
– Deux…
– Trois, et…

Des explications :
1. les bonnes choses : pour un Français, cela signifie forcément des bonnes choses à manger et à boire.
2. Pour la bonne cause : ce n’est pas l’expression qu’il voulait employer en fait, car cela signifie qu’on fait quelque chose avec un but qui est noble, louable.
3. Pour la bonne raison : en fait, il s’est corrigé. Il voulait en fait donner la preuve de ce qu’il a dit juste avant, c’est-à-dire qu’ils ont transmis à leur fils leurs valeurs en ce qui concerne l’alimentation.
4. Saint Jean de Luz : c’est une ville du Pays Basque français, sur la côté atlantique, tout près de la frontière espagnole. On y pêche beaucoup. Il y avait beaucoup de marins pêcheurs, notamment des thoniers.
5. À l’époque : on utilise cette expression pour désigner une période passée. Ici, elle veut parler de l’époque de son enfance.
6. Un formateur / une formatrice : c’est quelqu’un qui forme les autres à des techniques, à un métier, quelqu’un qui leur permet donc d’acquérir des compétences professionnelles.
7. Enfin… : elle se corrige. Ce « enfin », comme souvent à l’oral, sert à nuancer ce qu’on vient juste de dire. (Et très souvent, ce mot est dit très rapidement. On entend souvent juste quelque chose comme : ‘fin)
8. pratiquement pas = presque pas
9. si tu veux : dans cette expression orale, le verbe « vouloir » n’a plus son sens premier. C’est juste une façon de prendre à témoin la personne qui nous écoute.
10. Tout à fait : on utilise cette expression quand on veut montrer qu’on est tout à fait d’accord avec ce qui a été dit, pour approuver quelque chose.
11. Par ailleurs : dans d’autres domaines
12. style.. : à l’oral, cela sert à introduire un exemple. Donc c’est synonyme de « comme par exemple… »
13. des fringues : des vêtements (familier)

* Une remarque sur les temps et la conjugaison:
Je serais une heure et demie dans le train, j’aurais pas cette heure et demie pour faire à manger:
elle imagine ce que serait la situation si elle avait un long trajet pour aller travailler.
Normalement, on dit :
Si j’étais une heure et demie dans les transports, je n’aurais pas cette heure-là pour cuisiner, avec l’imparfait et le conditionnel présent. C’est ce que vous avez dû apprendre.

Mais oralement, on fait très souvent ça : on n’utilise pas « Si… »
A la place, on conjugue les deux verbes au conditionnel.

=> Si j’étais (imparfait) à ta place, je ne ferais (conditionnel présent) pas comme ça.
= Je serais (conditionnel présent) à ta place, je ne ferais pas comme ça.

=> Si j’avais plus de temps, je courrais moins toute la journée.
= J’aurais plus de temps, je courrais moins.

Bricolons !

OutilsJ’ai dit récemment dans un autre billet que la première personne du pluriel à l’impératif était rarement employée. Et voici qu’une publicité en use et abuse ! Mais bon, c’est de la publicité: attirons l’attention et marquons les esprits !

En tout cas, grâce à cette petite série en plusieurs volets, vous saurez tout sur le bricolage, vous saurez tout sur les prix, vous serez prêts pour les travaux (d’été) dans la maison.
Et vous saurez tout sur la vie de couple ! Ces dames mettent ces messieurs au travail, c’est bien connu… Mais il paraît aussi que les femmes bricolent de plus en plus. (Les chaînes de magasins de bricolage l’ont bien compris.) Même plus besoin des hommes !
(Enfin si, un peu, quand même.)

On trouve le début ici pour le moment.

Cliquez ici pour voir la première partie. Puis continuez en cliquant sur les unes après les autres.

Juste le son (mais c’est moins bien sans les images bien sûr):

Transcription :
Vidéo 1 :
Cassons, coupons, scions, démolissons, décollons, perçons, défonçons, arrachons, trouons, éclatons, abattons !
Castorama invente le Système C, comme Castorama, tout un système de solutions, prix, produits.
Alors changeons tout chez nous ! Réalisons tous nos projets ! Tout est enfin* permis, tout est enfin* possible.
Castorama, c’est castoche*.

Vidéo 2: (la cuisine)
– Vous avez des projets pour cet été ?
– On refait (1) du kayak.
– Et nous, la cuisine (2) !
– Mais enfin Jacqueline, ça coûte une tonne (3), une cuisine !
– Mais non ! Système C, comme Castorama !
– Pas comme kayak.
Deux cent cinquante-neuf euros plus tard, une cuisine design + un logiciel intuitif (4) gratuit pour la concevoir. C’est ça, le Système C…

Vidéo 3: (le sol)
Bonjour, c’est madame Duval. Je voulais juste annuler notre demande de prêt. Non, non, on renonce pas ! On va refaire le sol de la chambre de Thomas et puis peut-être la terrasse… Comment ça (5), avec quoi ? Système C…
Quatre-vingt dix-neuf euros plus tard, des lames de stratifié clipsables avec sous-couche + des plinthes et des angles prédécoupés assortis, c’est ça le système C…

Vidéo 4 : (la terrasse)
– J’aimerais tellement avoir une terrasse ! Mais bon, on n’a pas les moyens (6).
– Eh bah profitons-en  (7)! Faisons-là, cette terrasse !
– Mais avec quoi ?
– Système C , comme C. Et je vais te dire, non seulement on va la faire, mais on va en faire une belle !
Trois cent quatre-vingt dix-neuf euros plus tard, des lames de terrasse + des plots béton pour une pose facile sans dalle à couler, c’est ça le système C.

Vidéo 5 : (le dressing)
– J’avais une idée.
– Ouh là ! (8)
– Faire un dressing (9), avec toutes mes affaires (10)… et les tiennes.
– A moins de vendre toutes tes fringues (11), je vois pas comment on va se le payer.
– Système C… Et puis de toute façon, toi, tu as pas besoin de beaucoup de place.
– Bah, un peu !… Non.
Quatre cent quarante euros plus tard, un dressing facile à monter + un logiciel intuitif gratuit pour le concevoir.

Mise à jour: il y en a d’autres qui ont été ajoutées depuis. Mais je ne les ai pas transcrites. Demandez-moi si vous avez besoin.

Quelques explications :
1. refaire du kayak : cela signifie qu’ils en ont déjà fait aux vacances précédentes par exemple. Ils vont en faire de nouveau / à nouveau.
2. Refaire la cuisine : on utilise le verbe refaire pour parler des travaux de rénovation dans une maison: refaire la salle de bains, refaire les peintures, refaire le papier peint, refaire le carrelage, refaire le sol, etc…
3. ça coûte une tonne = ça coûte très cher. (Je n’avais jamais entendu cette expression !)
4. intuitif : facile à comprendre (sans avoir à lire un mode d’emploi compliqué)
5. Comment ça ? : cette expression sert à exprimer la surprise et l’incompréhension .
6. On n’a pas les moyens = on n’a pas assez d’argent pour se le payer = on ne peut pas se le permettre.
7. Profitons-en ! : il faut saisir l’occasion.
8. Ouh là ! : cette exclamation sert en général à montrer qu’on est un peu inquiet, qu’on se dit que ce qui va suivre n’est pas forcément parfait. Elle exprime la méfiance.
Par exemple : J’ai une grande nouvelle à t’annoncer.
Hou là !
( = Je crains le pire.)
9. un dressing : les anglophones vont rire de voir comment, encore une fois, la langue française incorpore un mot étranger en le transformant ! C’est comme : un parking, du shampoing, etc…
10. mes affaires = tout ce qui m’appartient. (les vêtements, mais pas seulement)
11. Les fringues : les vêtements, les habits (familier)

* Le jeu de mots dans le slogan : C’est castoche.
Ce mot n’existe pas. Normalement, on dit :C’est fastoche, qui est le mot familier pour dire que c’est facile. Donc avec ce magasin, le bricolage est un jeu d’enfant. (enfin presque…)

* Un peu de prononciation : Les deux liaisons dans Tout est enfin permis !
– La première entre Tout et est est obligatoire. Tout le monde la fait.
– La seconde, entre est et enfin est moins courante. Personnellement, je ne la fais pas de façon spontanée, probablement parce qu’il y a déjà une liaison avec un autre « t » juste avant.
En revanche, je dirai sans problème: C’est enfin terminé ou encore: Il est enfin permis de rêver en faisant la liaison, alors que certains ne la font pas. C’est une question de dosage !

Promenons-nous dans les champs

Promenons nous dans les champs

Promenons-nous… Promenons-nous… C’est rare en français aujourd’hui de parler à l’impératif à cette personne. Promène-toi, Promenez-vous ne surprennent personne. Mais Promenons-nous… A la place, c’est plutôt: Allez, on va se promener.

Pourtant, voici ce qui se passe dans nos têtes en lisant ces mots. Impossible de ne pas entendre immédiatement une petite chanson que nous connaissons tous depuis l’enfance:
Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas.
Si le loup y était, il nous mangerait.
Mais comme il n’y est pas, il nous mangera pas.
Loup, y es-tu ? Que fais-tu ? M’entends-tu ?
Je mets ma chemise!

Promenons-nous dans les bois…
…Je mets ma culotte !
Promenons-nous dans les bois…
…Je mets mes bottes !
Et j’arrive !

Souvenir de la tension qui monte, frisson du danger qu’on sent approcher à mesure que le loup s’habille. Et le délice de la fuite pour finir.
Jeux d’enfants.
Promenons-nous…

Ça sert ou ça serre ?

Hier, c’était la cérémonie de passation des pouvoirs entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.
L’un quitte l’Elysée, l’autre s’y installe.
Tapis rouge.
Costumes stricts.
Couples présidentiels, l’ancien et le nouveau.
Poignées de main.

Et belle double faute d’orthographe sur internet, dans la légende à droite d’une des nombreuses photos de l’événement.
Comme quoi, on ne se relit jamais assez…

Orthographe à revoir !

Gros plan sur une grosse erreur

Gros plan sur une grosse erreur

Premier problème: de quel verbe s’agit-il ?
Se sert, c’est le verbe se servir. Or on ne se sert pas la main, on se serre la main, du verbe se serrer.

Deuxième problème: Le verbe est-il au singulier ou au pluriel ?
Ils sont deux à se serrer la main. Tout seul, c’est plus difficile !
Donc se sert est doublement bizarre puisqu’en plus d’être le verbe se servir, au pluriel ce serait de toute façon se servent.

Alors, ça ira beaucoup mieux en écrivant:
Nicolas Sarkozy et François Hollande se serrent la main !
La prononciation est la même, donc à l’oral, il n’y aurait pas de problème en fin de compte !
Mais un mot écrit renvoie immédiatement à une idée bien précise et l’orthographe (parfois compliquée certes) est un code commun qui sert à se comprendre, d’où ce petit moment de flottement* à la lecture d’une telle phrase.

J’ai lu récemment qu’il y a de plus en plus de fautes d’orthographe (et de frappe) dans la presse parce qu’il y a de moins en moins de personnes dont le travail consiste à relire ce qui va être publié. Et de moins en moins de temps consacré à cette étape si nécessaire.
Relecture d’autant plus importante aujourd’hui où, si on y réfléchit bien, les occasions d’écrire sont de plus en plus nombreuses pour tous: SMS, emails, forums, dans lesquels l’expression est souvent purement phonétique ou hautement approximative et donc très difficile à suivre !

Petit détail de vocabulaire aussi: je n’avais jamais entendu parler du parvis de l’Elysée. D’habitude, il est question du perron de l’Elysée, ce petit espace où se font les photos officielles avec les chefs d’Etat, juste en haut des quelques marches, à gravir ou descendre avec aisance et naturel quand les journalistes et les photographes sont là.
Un parvis, c’est beaucoup plus grand, comme le savent ceux qui se sont promenés sur le parvis de Notre Dame à Paris.

* un moment de flottement: un moment d’incertitude, d’hésitation.

Le français de Wilkinson

Il est anglais et grand rugbyman. Lors de la Coupe du Monde en Nouvelle Zélande, il a bien sûr joué pour l’équipe d’Angleterre. Mais comme il joue aussi désormais pour le club de Toulon, pas loin de Marseille, il vit entouré de Français et a appris notre langue. C’est pour ça qu’il répond en français aux questions des journalistes français.
C’est le cas dans cette petite interview juste après la défaite de l’Angleterre contre la France à Auckland il y a quelques semaines.
En l’écoutant, je me suis dit qu’il parlait bien notre langue, que c’était agréable de l’entendre s’adresser au public français dans sa langue, que tout le monde ne faisait pas cet effort – quelle que soit la langue. Très, très sympathique !
Je me suis dit aussi que c’était intéressant de vous parler de ce qui fait qu’on entend cependant qu’il n’est pas français: sa prononciation de certains sons, le vocabulaire qu’il emploie, l’ordre des mots dans ses phrases. L’influence de l’anglais est là. Pas facile de gommer sa langue maternelle quand on parle une autre langue.

Voici donc ma petite correction pour que le français de Jonny Wilkinson devienne parfait !
En toute humilité, parce que son français est cent fois meilleur que mon rugby ! Evidemment !

Transcription:
– Jonny, gros match ce soir. Très, très gros match !
– Oui, c’est vrai. On est très déçus à l’équipe d’Angleterre…
Alors, un premier problème de prononciation typique des anglophones notamment. La prononciation des R, comme dans vrai et très. Et pour un anglophone, évidemment, c’est très souvent vrai, très, et le R n’a pas du tout cette sonorité-là en français. Alors, ça n’est pas gênant, on comprend tout à fait. Mais c’est vrai que si on veut gommer son accent étranger en quelque sorte, il faut réussir à… à prononcer ce R français à la manière des Français. En fait, c’est la langue dans la bouche qui ne se place pas du tout de la même façon. Dans… Pour les anglophones, elle a tendance à s’arrondir dans la bouche. Pour faire vrai, elle se recourbe et s’arrondit dans la bouche, alors que en français, elle est… elle reste totalement à plat. Et c’est ça qui donne cette sonorité un petit peu dure du R français.

– On a… on a donné tout ce qu’on avait pour ce match et on a… On savait avant…
Autre petit problème, mais c’est vraiment un détail, il dit « on savait avant », donc il prononce « on » alors qu’en fait on prononce juste on. On savait avant, et il rajoute ce N sonore alors qu’en français, on le fait pas.

Lire la Suite…

Imparfait du subjonctif

Les conjugaisons en français sont un peu compliquées, il faut bien le reconnaître ! Heureusement, certains temps sont en voie de disparition, comme par exemple l’imparfait du subjonctif, remplacé par le subjonctif présent.

Peut-être avez-vous lu Le Petit Prince, d’Antoine de Saint Exupéry. On y trouve le verbe avoir et le verbe manger à ce temps:
Pourquoi fallait-il que j’eusse de la peine ?
– Pourquoi il était si important que les moutons mangeassent les arbustes.

Ces formes sont devenues très rares, même à l’écrit. Ce qui survit chez quelques écrivains contemporains, c’est la troisième personne du singulier, probablement parce qu’elle ressemble au passé simple – avec un accent circonflexe en plus – qui lui, est un temps toujours très utilisé à l’écrit dans les récits ou les romans.

Par exemple dans le roman allemand Le goût des pépins de pomme, de Katharina Hagena (2008), le traducteur français a choisi d’utiliser ces formes:
Mais comment se pouvait-il que l’on trouvât encore du persil dans ce potager ?
– Bien que cela me fût désagréable, je n’en étais pas moins soulagée.
– Elle avait eu besoin de quelque chose de solide. Quelque chose qui l’empêchât de tomber et l’aidât en même temps à oublier.
– Il n’était pas pensable que l’une ou l’autre des trois soeurs entretînt une liaison amoureuse sous les yeux d’Hinnerk.

Je ne sais pas si en allemand, le style est aussi soutenu et si l’effet produit est le même.

Espèce en voie de disparition donc, qu’il faut pourtant connaître pour lire la littérature des siècles passés et que certains continuent à apprécier et protéger.
Voici Malek et son amour du beau français. Pas traumatisé du tout !

Transcription:
Il pleut, vous êtes assis sur un banc et vous… vous lisez votre livre.
– Exactement.
Ça doit être un livre bien intéressant !
– Ah, oui, oui. C’est le Guide du français correct, pour apprendre à parler français correctement, conjuguer les verbes, les ver[…], surtout à l’imparfait du subjonctif.
C’est une chose qu’on utilise souvent, l’imparfait du subjonctif !
– Absolument ! Mais il y a un bistrot (1) ici, dans Paris où il y a un club, ils se déterminent, quoi, à n’employer que les imparfaits du subjonctif: il faudrait que je portasse (2) mon verre à votre santé, etc…
Vous rigolez ou quoi ! (3)
– Non, c’est vrai ! Je vous assure que ça existe, hein ! Voilà, comme ça, c’est des copains, ils se réunissent et ils ne parlent qu’à l’imparfait du subjonctif. Et il y a des verbes, c’est très difficile. Il aurait fallu que je ressassasse mes mots. Oui ! Vous avez là au moins sept « s ». C’est le verbe ressasser. Donc je ressasse. Mais il faudrait que je ressassasse (4). C’est formidable, ça, non ? Vous trouvez pas ? La langue française est merveilleuse, voilà. Je conseille à tout le monde: Jacques Capelovici, Guide du français correct: pièges, difficultés, chausse-trapes (5) de la langue française. Ah, il est formidable !
Et qu’est-ce qui vous fascine, vous, là-dedans, dans cette grammaire ?
– J’aime la langue française, quoi. J’aime cette grammaire. Les instituteurs, quand nous avions dix ans, nous donnaient des coups de bâtons sur les doigts si on faisait une faute d’orthographe, si on ne savait pas conjuguer un verbe. Et puis c’est resté comme ça et c’est extraordinaire, extraordinaire.
Vous trouvez que c’est un bon endroit, la… la rue, un banc public pour… pour se laisser aller ?
– Non, je vais à un club où se réunissent un peu tous les vieux justement, pour jouer au scrabble (6), à la belote (7), et conjuguer des verbes. Et puis voilà. C’est à 2 heures, alors j’ai 5 minutes devant moi, je me repose. Et à 2 heures, j’y vais.

Commentaire:
Donc ce subjonctif imparfait est effectivement très peu employé aujourd’hui. Et même les enfants, à l’école, ne passent pas autant de temps à l’apprendre que il y a, je sais pas, une quinzaine, une vingtaine d’années, ce qui montre qu’il est vraiment en régression totale. Et quand on l’entend, ça fait toujours rire, en fait, parce que c’est une forme tellement bizarre que on se rend bien compte que personne ne peut parler comme ça. Alors voici un petit extrait d’un sketch avec plusieurs de ces verbes employés au subjonctif imparfait, à la première personne du singulier, ce qui fait vraiment très, très, très bizarre !
« Fallait-il que je les aimasse, que je les sublimasse, qu’à eux, je m’identifiasse pour que moi, petite gosse de rien du tout, vers l’Olympe, je me hissasse ! »

Quelques détails:
1. un bistrot: un café (familier)
2. que je portasse: personne n’emploie plus vraiment cet imparfait du subonctif, sauf à l’écrit dans des textes au style très soutenu, et essentiellement à la 3ème personne du singulier, pour faire la concordances au passé, de façon stricte: Il aurait fallu qu’il portât.
On évite toutes les formes avec ces « s »: que je portasse, que tu portasses, que nous portassions, que vous portassiez qu’ils portassent. A la place, on emploie le subjonctif présent: que je porte, que tu portes, qu’il porte, que nous portions, que vous portiez, qu’ils portent.
3. Vous rigolez ou quoi ? = vous plaisantez ! / Vous voulez rire ! (familier, à cause de l’emploi de rigoler et de ou quoi.)
4. il faudrait que: est normalement suivi juste du présent du subjonctif. Pour utiliser l’imparfait, il faut parler au passé: il aurait fallu que…
5. une chausse-trape: une embûche, un piège. (Rien que l’orthographe de ce mot est un piège: il n’y a qu’un p, alors que plein de gens l’écrivent avec deux p. Et au pluriel, on met un s seulement à trape, pas à chausse.)
6. le scrabble: il prononce le nom de ce jeu comme la grande majorité des Français, à la française. C’est très fréquent de jouer au scrabble dans les clubs du troisième âge, comme on les appelle.
7. la belote: c’est un jeu de cartes très populaire en France. Une vraie institution. (chez les jeunes comme chez les plus âgés.)

Et la politesse ?

Toujours difficile de savoir si ce qui circule sur internet est véridique et vérifié*.
Mais voici ce qu’on peut lire en ce moment. Vrai ou pas, c’est l’occasion d’une petite leçon de français !
Et si ces mots ont bien été prononcés par ce Ministre, c’est quand même un peu gênant de voir que nos dirigeants ne savent même pas surveiller et adapter leur langage aux circonstances, ou se montrer courtois de toute façon. Quand on est un personnage public, on a certaines contraintes à respecter !

En attendant, petit cours de français vulgaire, un français à utiliser avec précaution, en choisissant son public et le moment !

Se casser, c’est s’en aller, en version impolie.
Casse-toi. Tu m’énerves ! (Traduction: Va-t-en. Tu m’énerves.)
Je me casse, j’en ai ras le bol de vous
. (Traduction: Je m’en vais. J’en ai assez de vous.)
Synomyme: se barrer. (à employer exactement de la même façon)

Les deux sont très, très familiers, pas élégants mais efficaces !
On les emploie quand on est énervé, en colère, agressif.

On peut renforcer avec le joli « Fait chier« , mentionné à la fin de l’extrait ci-dessus. Très peu raffiné, pour dire que la situation et les gens nous énervent vraiment ! Bref, très grossier ! Cela ne surprendrait personne sur un stade de foot, mais là, ça a dû jeter un froid.

Et pour finir, petite révision de la conjugaison des verbes pronominaux (se casser et se barrer sont bien sûr des verbes pronominaux), au présent, au passé composé et à l’impératif présent, ainsi qu’une remarque sur le tutoiement et le vouvoiement:
Si certains veulent la transcription, dites-le moi ! Je la ferai sans problème.

Mise à jour le lendemain: c’est vérifié. La vidéo est ici. Effectivement, le journaliste est un peu interloqué !
(Mais on n’entend pas « Fait chier ».)

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