Tag Archive | cinéma

Le sens de la répartie

Une comédie, avec pour cadre un mariage et ses préparatifs. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu et apparemment – je ne l’ai pas vu – c’est un tourbillon mené tambour battant. En tout cas, la bande annonce va vite ! Voici Le Sens de la fête, pour commencer la semaine avec légèreté !
Et avec Jean-Pierre Bacri, ce qui ne se refuse pas.

Voici la bande annonce en cliquant ici.

Transcription
– Je vous le redis, là, une bonne fois pour toutes (1), on est dans un château du 17è siècle. Donc on est forcément limité en puissance électrique. A l’époque, ils avaient pas prévu les ponts de lumières et les sonos de 4 000 W. Bon, donc on ne tire pas tous ensemble sur les lignes. On se coordonne, on échange, hein, on partage. Bon, puis pour finir, j’aimerais bien qu’on évite les tensions.
– Tu es bouché (2) ou quoi ! Tu es dans le passage (3) ! Tu vois bien que tu gênes !
– On garde son calme.
– Mais toi, tu vas me regarder ! Mais vas-y, viens, mais je t’attends !
– Ça te va pas d’être vulgaire.
– Eh, me casse pas les couilles ! (4)
– Votre comportement, votre politesse, c’est la vitrine de la réception.
– Non, non, je veux personne dans le champ (5) . Regarde, il y a une vieille dans le champ.
– La vieille, c’est ma mère, hein.
– Je vous ai dit que je voulais un truc sobre, chic et élégant.
– Oui, c’est complètement l’esprit. (6)
– Ce soir, c’est une soirée agréable qui nous attend, une soirée chic et sobre, et hop, et hop ! Aouh !
– Il me fait peur (7), lui , là !
– Je veux voir toutes les mains en l’air. Tout le monde, les mains en l’air ! Everybody !
– Dis-moi…
– Je peux vous faire apparaître un truc énorme. Alors, c’est pas un oiseau, mais c’est de la famille des volatiles (8). Attention, trois, deux, un… Un poulet (9) !
– On a un client important qui nous a fait confiance, hein, pour qu’on lui organise un mariage clé en mains.
– Je vais vous préciser quand même que je suis pas un grand orateur.
– Eh bah, ferme ta gueule (10), alors ! Ça sera plus simple.
– Donc je compte sur vous pour que ce soit particulièrement… on fasse une belle soirée.
– Excuse-moi, tu prends le plateau, là, faut que j’aille dans la cuisine.
– Comment ?
– Ah, pardon !
– Samy, tu es sûr de toi, là, pour les feux d’artifice ?
– Qu’est-ce que je vous ai dit ? J’ai dit on se coordonne. Il y a personne qui comprend que je joue ma vie, moi ? A chaque soirée, je joue ma vie !
– Quel moment magnifique !
– Les gars, là, ce soir, qui n’est pas déclaré (11) ?
– Ne levez pas la main comme ça. Levez la main juste comme ça. Voilà, le maximum.
Ah oui, quand même… (12)

Quelques explications :
1. une bonne fois pour toutes : cette expression indique que c’est la dernière fois, qu’on ne veut pas avoir à redire ou demander quelque chose par exemple. Par exemple : Une bonne fois pour toutes, tu peux arriver à l’heure ? / Je lui ai expliqué une bonne fois pour toutes ce qu’il doit faire. J’espère qu’il a compris.
2. Tu es bouché : tu es stupide, tu ne comprends rien. (familier)
3. être dans le passage : être là où les gens passent, donc gêner. Il faut donc se pousser pour laisser passer les gens.
4. Ne me casse pas les couilles ! : Ne m’énerve pas. (vulgaire) La version plus « polie », mais familière quand même = Ne me casse pas les pieds.
5. Dans le champ : dans le champ de l’appareil photo, dans ce que cadre l’objectif de l’appareil photo.
6. C’est dans l’esprit : cela signifie que cela correspond à ce qui est attendu, à l’atmosphère qui est souhaitée par le marié.
7. Il me fait peur, lui ! : Il m’inquiète. Le marié n’a pas confiance du tout !
8. Un volatile : un oiseau.
9. Un poulet : en argot, c’est un policier, d’où le jeu de mots.
10. Ferme ta gueule : Tais-toi. (vulgaire et donc agressif)
11. ne pas être déclaré : une personne non déclarée travaille au noir.
12. Ah oui, quand même : il se rend compte que finalement, beaucoup travaillent au noir. C’est ce qu’on dit quand on comprend que quelque chose dépasse vraiment ce à quoi on s’attendait. (avec l’idée que c’est négatif, excessif, pas dans la norme, etc.)

Et un autre extrait
Cliquez ici pour regarder.

Transcription :
– Là, il nous manque un serveur.
– Bah, c’est ce que je me suis dit. Donc j’ai appelé quelqu’un pour le remplacer.
– Bon, mais dis-moi quand il est là, que je le vois (1).
– Surtout, tu te démontes pas (2), d’accord ? Parce que j’ai dit que tu avais de l’expérience, OK ?
– Vous savez découper une sole, un loup ?
– Un loup ?
– Bah un turbot.
– J’ai des notions de mécanique mais…
– […] tu connais rien, tu sais même pas que le turbot, c’est du poisson !
– Ah ouais. Parce que je me disais, quel rapport avec serveur ?
– Bah, c’est comme la sole et le loup, c’est un poisson.
– Le loup, c’est un poisson ?
– Faut aller chercher les chèvres (3) dans le camion.
– Il y a des chèvres dans le camion ?
– Ah, va me chercher des flûtes. (4)
– Des flûtes ?
– Tu fais quoi, là ?
– Il y a que ça comme flûtes ?
– Tu viens avec moi ?
– Non mais souvent, on a des problèmes, on les comprend pas, vos textos  (5)!
– Bah pas du tout, je suis pas…
– Tenez, regardez, si vous voulez.
– Pourquoi il (6) a écrit ça ?
– Bah l’autre jour, vous m’avez envoyé : Merci Seb (7) pour ton gentil massage (8).
– Tu vois, c’est… Voilà, c’est ce putain (9) de correcteur !
– En plus, je trouve pas les ponctuations (10). Je me retrouve avec des… des trucs débiles (11), là, ces ronds jaunes, qui tirent la langue, avec des lunettes de soleil.
C’est des smileys, ça.
Ouais, voilà, les… ça, là, oui.
Dès que la surprise du marié est terminée, on envoie. D’ailleurs, garde un peu ton portable à la main. Comme ça, moi je t’appelle et je te dis Go.
Ou juste un texto, hein.
– Non !
– C’est trop risqué.
– Eh oui, voilà, bien sûr, bien sûr, d’accord.
– Vous aviez reçu mon texto ?
– Ah oui, mais je vous avais répondu d’ailleurs.
– Oui, vous m’avez écrit : Dès que vous arrivez, vous me demandez, et puis je viendrai vous lécher (12) tout de suite.
– Non !
– Si !
– Oh, putain, quelle catastrophe ! Ça, c’est mon correcteur.
– Ah, c’est ce que j’ai pensé, comme on se connaît pas bien…
– Mais non, on se connaît pas bien.

Quelques explications :
1. que je le vois : pour que je le vois. (tournure orale)
2. se démonter : se laisser perturber par quelque chose et donc ne plus savoir quoi dire ou faire. (familier)
3. un chèvre : un fromage de chèvre. ( Ne pas confondre avec l’animal : une chèvre)
4. une flûte : un verre dans lequel on boit le champagne.
5. Un texto : un SMS.
6. Il : son téléphone
7. Seb : diminutif de Sébastien
8. massage : il voulait bien sûr taper message.
9. Ce putain de correcteur : très familier, voire vulgaire.
10. Les ponctuations : on dit plutôt : les signes de ponctuation ( les points, les virgules, les points d’interrogation, etc.)
11. débile : idiot, complètement stupide
12. lécher : il voulait taper le verbe chercher. (Humour léger !)

Jean-Pierre Bacri encore, dans un autre film dont j’avais parlé, ici et dans un autre billet ici.

Publicités

L’air de rien

Ce film a fait l’ouverture du festival de Cannes mercredi. Une bande annonce qui le rend tentant, avec ses petits bouts de dialogues qui s’enchaînent pour esquisser une histoire qu’on devine étrange. Et des interviews du cinéaste et de ses actrices partout. Voici des extraits d’une émission écoutée à la radio. Autant les dialogues du film peuvent, je pense, être un peu difficiles à suivre pour un non francophone, autant les actrices prennent leur temps dans cet entretien pour choisir les mots qu’elles mettent sur leurs pensées, avec humilité. Et un cinéaste comblé et reconnaissant. Bonne écoute !

Ismael

Transcription
– Comment on entre… Comment on entre dans l’univers d’un nouveau metteur en scène ? Par ses films ? En discutant avec lui ? Ou juste le scénario et le rôle ?
– Moi, je me mettais pas mal de pression (1). Le fait qu’il… qu’il nous mâche autant le travail (2) – parce que il prépare énormément, et il joue les scènes…
– Bien ?
– On le voit pas. Mais on sait… Il nous dit. Donc on sait qu’il a déjà tout… enfin, c’est normal pour un metteur en scène de réfléchir à sa journée et à ses scènes. Mais là, il le fait vraiment très en détail. Donc on se… Moi, je sentais que je passais après (3). Il fallait… J’espérais le surprendre suffisamment pour que ça vaille le coup (4) de… enfin d’être là et de… C’était pas que le satisfaire, c’était aussi le… tenter de le surprendre. Donc là, j’ai fait la démarche (5) de l’appeler… enfin, de lui écrire. Et je trouvais que le temps passait et que on s’était toujours pas trouvé sur un film, donc… Et il m’a dit : Bah je viens d’écrire un rôle qui est… enfin, voilà, qui est… Je sais pas si il m’a dit qu’il l’avait écrit… Je suis pas sûre qu’il l’ait écrit pour moi, mais il m’a dit que il avait un rôle pour moi en tout cas.
– Qu’est-ce qui vous a… Je suppose que vous faites pas souvent ce genre de démarche d’écrire à des metteurs en scène.
– Non. Jamais.
– Alors, ouais, pourquoi lui ?
– Parce que je trouvais que depuis Esther Kahn, on s’était raté à plusieurs… (6) Alors, Esther Kahn, il m’a… On s’est rencontré et il m’a pas choisie. Donc j’étais hyper déçue. Et après, il m’a proposé d’autres rôles et… que j’ai pas pu faire. Donc il y a eu plein de rendez-vous manqués (7) un peu, enfin manqués pas… pour moi, hein ! Donc je trouvais ça normal de… de lui faire signe.(8)

– Il y a toujours eu quelque chose d’assez théâtral dans son cinéma qui… Et moi, c’est ça qui me touche dans son cinéma, c’est-à-dire qu’on arrive à s’identifier à des personnages qui parlent parfois super bizarrement, qui parlent parfois de manière théâtrale, mais il y a quelque chose qui passe (9) parce que… parce qu’il a créé ça dans son univers, il a inventé une forme de cinéma qui est la sienne. Voilà.
– Avec quand même une constante, c’est les femmes sont fortes et les hommes sont quand même faibles, hein, globalement (10).
– C’est bien, ça change ! Oui, il y a une… Il y a une fascination de la femme chez Desplechin, qui est… bah qui offre aux actrices des rôles absolument sublimes et aux acteurs des rôles absolument sublimes, parce que dévoiler la faille, disons plutôt que la faiblesse, de l’homme, c’est très beau.
– Après, vous ne regrettez pas d’être venu ce matin, Arnaud Desplechin !
– J’ai mes oreilles… C’est du miel dans mes oreilles ! Non mais c’est pas que ça. C’est d’entendre ces femmes penser. Ça m’intéresse la pensée… leur pensée de… la pensée qu’elles ont de leur art.

– D’avoir Arnaud comme chef d’orchestre, c’est pas rien ! (11) Donc je pense qu’il… il sait ce qu’il fait. Et c’est… Je trouve qu’il y a… J’aime bien me… me… avoir confiance et pouvoir avoir confiance dans des metteurs en scène qui sont aussi talentueux évidemment, parce que c’est l’air de rien (12), en fait. Donc voilà, il y a des choses qui se font sans… sans qu’on fasse gaffe (13) et ça s’opère tout seul.

– Vous l’avez écoutée alors.
– Ouais, ça me bouleverse. Ça me bouleverse. Je pense mais quelle chance j’ai ! Mais (14) quelle chance j’ai ! Quelle chance j’ai eue, vous vous rendez compte ! (15)
– C’est aussi un cocktail d’actrices, hein.
– C’est les deux… C’est ces deux femmes qui sont les deux stars… enfin, c’est pas les deux seules – je pense à Isabelle Huppert, à d’autres actrices ô combien, mais enfin les deux stars internationales comme ça, françaises. Et chacune a son art à un endroit tellement différent de l’autre, et les avoir les deux dans le même cadre ! Voyez, j’entendais l’extrait où elles se disputent (16) comme ça sur ce… devant le paysage de Noirmoutiers qui est magnifique comme ça, je me dis : J’ai eu la chance de diriger ces deux-là en même temps ! Je… J’en reviens pas encore ! (17)

Des explications :
1. pas mal de pression = ce n’est pas tout à fait beaucoup de pression, mais juste en-dessous en fait ! (plutôt familier)
2. Mâcher le travail à quelqu’un : tout simplifier pour que ce travail devienne très facile et que la personne n’ait pas à réfléchir à ce qu’elle doit faire.
3. Passer après : c’est ne pas être la priorité. On peut employer cette expression à propos de quelqu’un : Ses amis passent après sa passion pour son sport. On peut aussi l’employer à propos de quelque chose : Il est très ambitieux donc son travail est tout pour lui et sa vie personnelle passe après.
4. Pour que ça vaille le coup : pour que ça serve à quelque chose, que ça apporte quelque chose. C’est le verbe valoir au subjonctif présent. Valoir le coup est synonyme de valoir la peine mais mais dans un style plus familier.
5. Faire la démarche (de faire quelque chose) : cela signifie qu’on prend l’initiative de faire quelque chose. Par exemple : Si tu veux que les choses changent entre vous, c’est à toi de faire la démarche. / de faire la démarche de lui en parler. C’est différent de l’emploi au pluriel de ce mot : faire des démarches, c’est faire ce qui est nécessaire administrativement pour obtenir quelque chose. Par exemple: Il est en train de faire les démarches pour partir vivre un an en Australie.
6. = À plusieurs reprises : plusieurs fois. Elle s’interrompt au milieu de l’expression.
7. des rendez-vous manqués : au sens figuré, ce sont des occasions manquées.
8. Faire signe à quelqu’un : au sens figuré, c’est contacter quelqu’un. Par exemple : Fais-moi signe quand tu auras décidé quelque chose.
9. Il y a quelque chose qui passe = ça marche. Ce style touche les gens.
10. Globalement : sans entrer dans les détails. C’est comme en gros (qui est un peu plus familier)
11. C’est pas rien ! : cette expression signifie justement que c’est beaucoup, que c’est très important. Par exemple : Il est allé les voir et les a écoutés. Et ça, c’est pas rien !
12. L’air de rien : en apparence sans effort. Par exemple : L’air de rien, on a beaucoup avancé dans notre travail aujourd’hui.
13. Sans qu’on fasse gaffe : sans s’en rendre compte, sans qu’on y prête attention. Faire gaffe à quelque chose, c’est faire attention à quelque chose. (très familier). Par exemple : Fais gaffe, tu vas tomber !
14. Mais quelle chance ! : « Mais » ici (à l’oral) sert à renforcer l’exclamation. Par exemple : Mais quel beau film ! Mais quelle actrice !
15. Vous vous rendez compte ! : cette exclamation sert à renforcer ce qu’on vient de dire, à mettre en valeur une situation, à dire que c’est incroyable. Par exemple : Il a quitté son travail comme ça, du jour au lendemain. Non mais tu te rends compte !
16. Se disputer : se quereller (mais se quereller est d’un niveau de langue très soutenu). Par exemple : Leurs deux enfants ne s’entendent pas du tout. Ils passent leur à se disputer.
17. J’en reviens pas encore = Je n’en reviens pas. / Je n’en reviens toujours pas, ce qui signifie qu’il n’y croit toujours pas en quelque sorte, que ça continue à le surprendre. (familier) Par exemple : Il ne m’a même pas dit qu’il partait. Je n’en reviens pas !

L’émission entière est à écouter ici.

Transcription de la bande annonce, qui est à regarder ici :
Il y a deux ans, j’ai rencontré Ismaël.
Vous n’avez pas d’enfants ?
J’ai aimé des hommes mariés.
Ah ! Bon, en ce moment je suis célibataire, donc ça ne nous laisse pas beaucoup de chances, je crois.
Ah bah non, aucune.
On racontait qu’il avait perdu une femme.
C’est votre femme ?
Oui. Carlotta. Un jour, elle est partie.
Où ça ?
Je l’ai jamais su.
Toi, tu y penses ?
Ça fait vingt ans, ma chérie. Ne sois pas jalouse d’un fantôme.
Vous êtes Sylvia, la compagne d’Isamël ?
Oui.
Je suis sa femme. Carlotta.
Je crois que j’ai vu Carlotta.
Ne me parle pas de Carlotta. Je veux plus entendre parler d’elle.
Elle est en vie. Elle t’attend en bas.
C’est moi.
Oui.
Ça fait combien de temps ?
Vingt et un ans, huit mois et six jours.
J’aurais préféré qu’elle soit morte.
Tu existes plus !
J’ai besoin de toi.
Moi j’ai pas besoin de toi.
Qu’est-ce que tu es venue faire ici ?
Oh, je crois que tu le sais.
Je te plais quand même.
Quand même.
Tu vas y arriver.
Je suis terrifié.
Je veux pas que tu aies peur. Je veux pas que tu aies peur, mon amour.
Je vais arracher ton masque et je ferai de toi un prince.
Vous devez aller au Ministère Public. Ils annuleront le jugement. Vous pourrez récupérer votre patrimoine.
Est-ce que je peux récupérer mon mari ?

Mercenaire

mercenaire

Quel bon film !
Le titre ne m’avait pas accrochée, il n’évoquait pas grand chose pour moi. Et ensuite, à cause de la vague idée que cela se passait dans le milieu du rugby, j’allais laisser passer l’occasion de voir ce très beau film !

Il y a donc des mercenaires dans le milieu du rugby: ce sont les jeunes Wallisiens ou Calédoniens venus de ces morceaux de France perdus à l’autre bout du monde, ces garçons achetés par les petits clubs de métropole et qui rêvent de faire une belle carrière ici.
C’est une histoire de famille et de traditions où les fils se déchirent avec leur père, une histoire de sport avec ses grands moments d’exaltation et ses petitesses sordides, une histoire de déracinement, de solitude et parfois de racisme.

C’est le récit du voyage de Soane, qui le mène et le malmène de la Nouvelle Calédonie au sud-ouest de la France et qui le fait entrer dans l’âge adulte, au prix d’épreuves qu’il n’imaginait pas en quittant sa terre natale et les siens.

La Nouvelle Calédonie n’y est pas l’habituelle carte postale aux plages parfaites et exotiques. Elle est rude, pauvre et belle. Les petits clubs de rugby, avec leurs vestiaires vétustes et leurs problèmes d’argent, n’y font pas rêver tous les jours de grande épopée sportive. On est dans la mêlée, dans la réalité, ici et là-bas, en français et en wallisien. On sort plus riche de cette découverte. (Et j’ai pensé à nos quelques étudiants calédoniens qui atterrissent chaque année à l’aéroport de Marseille pour étudier ici deux ans ou plus.)

mercenaire-bande-annonce
Regardez la bande annonce ici.

Transcription:
– Elles sont où, tes valises ? (1)
– J’en ai pas.
– Abraham, ton pilier (2) de 140 kilos, là, qui en a perdu vingt (3) dans l’avion, en tongs (4), en short, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?
– Tu crois quoi ? (5) Que je vais te trouver un contrat comme ça, en claquant des doigts (6) ? Pourquoi tu es pas rentré au pays  (7)?
– Tu es un All Black ?
– Je suis français. Wallis (8), c’est la France.
– Qu’il vienne me chercher ! Moi, je l’attends ! Il croit que j’ai peur de lui ?
– Tu connais pas l’histoire de ma famille. Si je pouvais, je l’effacerais.
– Soane, c’est qui, ces mecs  (9)?
– C’est tout ce que j’ai.

Quelques explications
1. Elles sont où, tes valises ? : cette question est uniquement orale, avec avec le pronom (elles) placé avant le nom (valises) qu’il remplace avec cette répétition du sujet et avec cet ordre des mots. (pas d’inversion du sujet et du verbe).
2. Un pilier : c’est l’un des postes dans une équipe de rugby, pour lequel on a besoin de joueurs très puissants et donc lourds.
3. Qui en a perdu 20 dans l’avion : c’est ironique. Soane vient de répondre au responsable du club de rugby qu’il pèse 120 kilos alors qu’Abraham leur avait promis un joueur de 140 kilos. Donc le responsable se sent trompé sur la marchandise !
4. Des tongs : ce sont des sandales en plastique très sommaires qu’on porte l’été.
5. Tu crois quoi ? : Autre question orale et très familière. La version plus standard = Qu’est-ce que tu crois ? Dans les deux cas, c’est ce qu’on dit quand on est en colère contre quelqu’un, quand on reproche à quelqu’un de ne pas voir la réalité. (Cette question ne sert jamais à demander à quelqu’un ce qu’il pense.)
6. En claquant des doigts : comme par magie, sans faire d’effort particulier.
7. Rentrer au pays : c’est retourner dans sa région d’origine.
8. Wallis : c’est un territoire d’outre-mer français, au nord de la Nouvelle Calédonie.
9. Ces mecs : ces hommes (très familier) Et en général, quand on pose cette question, on exprime un sentiment d’hostilité.

Dans les sous-titres du wallisien :
1. Tu te démerdes : tu te débrouilles, tu trouves une solution par toi-même. (très familier, plutôt vulgaire) C’est un ordre, comme Démerde-toi, mais encore plus abrupt.
2. Tu as beau te cacher : même si tu te caches…

Frantz, Adrien, Anna

frantzUn très beau film, magnifiquement filmé en noir et blanc où vient se glisser parfois un peu de couleur, où se mêlent l’allemand et le français, avec des zones d’ombre et des révélations, des malheurs et des bonheurs, la laideur de la guerre et la beauté de la vie.

Allez regarder la bande annonce ici, avec ses sous-titres pour ce qui est dit en allemand.

Voici la transcription de ce qui est en français :
(avec le très léger et joli accent d’Anna)
– Vous pensez à lui, toujours ?
– Comment pourrais-je l’oublier ?
– Vous veniez souvent ici ?
– C’est ici que Frantz m’a demandé ma main.
– Vous avez beaucoup souffert.
– Ma seule blessure, c’est Frantz.
– Chère Anna, il faut que je vous dise…
– Mon fils est un garçon fragile. Il ne faut pas le tourmenter.
– Ce n’est pas moi qui tourmente votre fils, madame. C’est Frantz.

ozon-interviewFrançois Ozon parle ici de son film, en compagnie de son acteur principal.
On est dans les coulisses. C’est toujours intéressant d’être dans les coulisses.

Je ne sais pas si vous serez comme moi, mais j’ai été prise par surprise quand il décrit son travail sur la seule scène de guerre du film. Peut-être parce que c’est une scène très marquante, très belle, dans son dépouillement, dans son intensité, dans ce qu’elle dit de l’horreur et de l’absurdité de la guerre. Alors, je m’attendais probablement à ce qu’il en parle avec gravité, et pas sous l’angle qu’il nous dévoile dans cette interview! On est vraiment en coulisses, et c’est bien !

Cette unique scène dans les tranchées m’a rappelé la scène d’ouverture du roman Au revoir là-haut. Mais autant le récit de Pierre Lemaitre, déroulé sur des pages et des pages, m’avait peu touchée et avait même failli me faire abandonner ce gros roman, autant j’ai trouvé bouleversante la scène filmée par François Ozon, si courte et épurée pour dire ce que toutes les guerres font à tous les jeunes Adrien ou Frantz de la terre, que d’autres envoient se faire tuer.

Juste le son de cette interview :
F. Ozon

Transcription:
– Moi, ce qui m’a intéressé dans cette histoire, c’est qu’elle est extrêmement complexe et qu’il y avait des relations multiples et effectivement (1) plusieurs histoires d’amour : au début, on part sur une fausse piste, on se rend compte que peut-être cette fausse piste n’est pas la bonne au milieu du film, et puis finalement, à la fin, on se dit : Bah finalement, cette fausse piste, il y a peut-être une part de vérité dedans et derrière le mensonge d’Adrien, derrière son secret, il y a peut-être une vérité qui se cache, et c’est ça qui m’ a intéressé.
Lire la Suite…

Passionnant

Je voulais absolument voir Relève, histoire d’une création. Diffusé dans peu de salles de cinéma. Donc à ne pas manquer !
C’est beau et passionnant. On est au plus près des danseurs du corps de ballet choisis par Benjamin Millepied pour cette chorégraphie montée l’année où il est arrivé à l’Opéra de Paris. On est au coeur de la création d’un ballet: moments exaltants, intenses, beauté des gestes et des visages, compte à rebours des jours et enchaînement inimaginable de tout ce qui doit être mis en place pour arriver au bonheur de la Première. Voyage dans les salles de danse de l’Opéra, les escaliers, les bureaux, les ateliers, l’orchestre. Si bien filmé et raconté avec un sens du rythme qui ne faiblit pas pendant deux heures !

releve

La bande annonce est ici. Regardez !

Transcription
Dans la danse, c’est toutes les sensations. Sensation de l’espace, sensation de temps, sensation d’échange émotionnel avec ses partenaires. C’est comme quand on fait l’amour.
Voilà, je commence avec le début. Il y a tout le monde. Va (1) falloir être un petit peu patient. Faut (1) que je me mette en marche. (2)
L’Opéra de Paris, à l’arrivée de Benjamin, est un peu déboussolé (3) par… mais par pas mal de choses. (4)
C’est quoi l’excellence de l’Opéra exactement ? Moi, je suis pas encore satisfait de la façon dont ça danse.
J’espère que les danseurs vont être réceptifs et ceux qui seront réceptifs sont ceux avec lesquels je vais travailler.
Le truc, c’est que le planning va être compliqué. Je vais finir à la dernière minute, ça c’est sûr !
Parce que si Benjamin nous choisit, c’est pour qu’on se révèle, quoi, pour qu’on donne de nous.
Faut que j’arrive à faire une minute par jour. Une minute par jour.
Il faut que chaque moment compte, parce que ces moments-là, c’est pour vous, pour prendre du plaisir.
Il y a pas un danseur qui bouge comme l’autre dans le ballet. Ils sont tous des spécificités, tous.

Quelques détails
1. Va falloir… – Faut que… : dans ces deux phrases, il manque le pronom impersonnel Il. (Il va falloir être patient – Il faut que je…) C’est fréquent à l’oral.
2. Se mettre en marche : démarrer
3. être déboussolé : être perdu. (toujours au sens figuré)
4. pas mal de choses : un nombre important de choses. (oral)

Et si vous aimez la danse, un des beaux moments où on voit ce ballet émerger.

Scène pour un portable

Alceste à bicyclette DVD
Dans ce film, on part pour l’île de Ré. Beaux paysages hors saison pour l’histoire d’un acteur qui a quitté la vie et les scènes parisiennes et qu’un ami vient déranger dans sa retraite pour lui proposer de remonter sur les planches dans une pièce de Molière. Un film qui se laisse voir ( mais pas inoubliable), notamment pour ses dialogues. Un peu bavard quand même !

En voici un, qui nous donne à entendre la langue de Molière mais qui reflète aussi notre époque !

Alceste à Bicyclette – Scène du portable

Transcription:
– « Mais ce flegme.. Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse…
 » (1)
Putain ! (2) Mais c’est infernal (3), ton truc, c’est infernal ! Je coupe mon portable (4), moi, quand je répète. Alors tu fais pareil !
– Non mais tu as pas à couper ton portable ! Tu as juste pas de portable ! (5)
– Si, j’ai un portable, mais personne n’a le numéro et personne m’appelle. Enfin c’est pas possible enfin ! (6) Ferme le portable (7) ! On répète Molière quand même !
– Oh, hé, tu te calmes, hein !
– Quinze fois ce portable sonne pendant qu’on répète !
– D’abord il a pas sonné quinze fois, il a sonné trois fois. Et puis je suis désolé, moi, j’ai tout laissé en plan (8) à Paris, alors il faut que je m’organise un peu. Alors, le portable, voilà, je vais l’éteindre. Voilà, il est éteint. Voilà, je le mets dans mon manteau. Le manteau, je le mets là, sur le lit. Voilà ! Ça va comme ça ?
– Je sais pas comment vous travaillez. C’est ahurissant (9). Un portable sur Molière, maintenant ! Je sais plus où j’en suis, moi.
– Bah tu as qu’à reprendre à « flegme ».
– « Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,
Que pour avoir vos biens, on dresse un artifice,
Qu’on tâche à semer de méchants bruits de vous,
Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux ?
 »
– Attends, attends, attends (10), stop, là ! Je comprends pas, là. Tu vas le jouer comme ça ? Tu vas le jouer aussi vite ?
– Comment ça, je vais le jouer aussi vite ?
– Eh bah oui, Alceste met ses tripes sur la table (11) et toi, tu dis ça à toute allure ?
Qu’est-ce que tu crois, toi ? Tu crois que c’est la première fois qu’ils se font cette scène ? Dix fois ils se sont fait cette scène ! Alceste et Philinte, ce sont deux amis. La base de cette scène, c’est l’amitié.
– Ah bah justement, l’amitié, je la vois pas là, je la vois pas. Il y a pas d’amitié, là. Voilà.
– Alors tu veux que je le fasse comment ? Tu voudrais que je le fasse comment ? C’est-à-dire : je me verrai… Attends, attends, toi, ce que tu veux, c’est : « Mais ce flegme, monsieur, qui résonne si bien, ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de… » C’est… C’est un peu installé, là, hein.
– Evidemment, comme ça, ça n’a aucun sens.
– C’est exactement comme ça que tu me demandes de le faire puisque tu dis que je vais trop vite.
– C’est incroyable ! Tu ne supportes pas qu’on te fasse la moindre remarque de jeu.
– Mais tu peux me faire toutes les remarques (12) que tu veux. Il faut simplement qu’elles soient sensées.

Des détails :
1. Il s’agit d’un passage de la pièce de Molière : Le Misanthrope, dans la première scène de l’Acte 1, entre Alceste et son ami Philinte.
2. Putain ! : cette exclamation est fréquente mais pas très raffinée, plutôt vulgaire. Ne pas l’utiliser dans n’importe quelles circonstances !
3. C’est infernal = c’est insupportable. On utilise cet adjectif à propos de choses ou de personnes. Par exemple : une chaleur infernale / un bruit infernal / un enfant infernal.
4. Couper son portable : on dit aussi éteindre son portable.
Un portable : ce terme désigne avant tout un téléphone et pas un ordinateur. Quand on veut parler d’un ordinateur, on dit presque toujours : mon ordinateur portable, en employant portable an tant qu’adjectif. Quant au terme « un mobile », il est employé avant tout par les opérateurs : Gardez votre numéro de mobile / Changez de mobile. C’est rare d’entendre quelqu’un dire : J’ai un nouveau mobile / Je te donne mon numéro de mobile.
5. Comme souvent à l’oral, il manque la première partie de la négation : Tu n’as pas à couper… – Tu n’as juste pas de portable.
6. Enfin c’est pas possible ! : cette exclamation, dite sur ce ton, exprime l’énervement. Par exemple : Mais c’est pas possible, on ne peut pas compter sur toi !
7. Ferme le portable ! : c’est très rare d’utiliser le verbe « fermer » à propos d’un appareil.
8. Laisser en plan quelque chose : s’interrompre soudainement dans une activité et la laisser inachevée.
9. Ahurissant : stupéfiant, très surprenant.
10. Attends… : On prononce le premier Attends correctement, mais ensuite, on ne dit plus que quelque chose comme ‘tends ‘tends ‘tends dans ce genre d’exclamation.
11. Mettre ses tripes sur la table : exposer ses sentiments intimes à tous, révéler ce qu’on a de plus profond. (familier). Les tripes désignent normalement le contenu du ventre des animaux, leurs boyaux.
12. Faire des remarques à quelqu’un : lui faire des critiques, bienveillantes ou pas selon les cas.

La langue de Molière :
La pièce est écrite en vers, avec des rimes et une syntaxe particulière. De plus, le vocabulaire n’est pas toujours simple pour les élèves notamment qui étudient Molière pendant leur scolarité. Dans ce passage, Alceste demande à Philinte s’il ne se mettrait pas en colère ( la colère = le courroux) si on cherchait à le tromper ou si on racontait des mensonges à son propos.

Une expression : faire une scène.
Une pièce de théâtre est en général découpée en plusieurs actes, eux-mêmes divisés en scènes. On répète, on joue une scène.
Mais faire une scène à quelqu’un, c’est se fâcher avec cette personne, se mettre en colère. Serge (Fabrice Luchini) fait une scène à Gauthier (Lambert Wilson) à cause du portable de ce dernier.

Tango, tango

Il ne sera pas dit que je n’aurai rien partagé avec vous en juillet ! Merci pour votre patience et votre fidélité !
Tango, tango, parce que à l’heure de la sieste – il fait chaud -, je suis tombée sur une émission sympathique sur Arte, sur le tango à Buenos Aires. (Elle sera probablement disponible pendant 7 jours sur Arte +7 très bientôt, si ça vous tente et que vous y avez accès de votre pays.)

Cela m’a fait repenser à un joli film sorti il y a quelques années. Danse, cinéma et expressions, quelques-uns des ingrédients qui me plaisent ! Dans Je ne suis pas là pour être aimé, il est question d’un huissier de justice, devenu ours à cause d’une vie pleine de ratés, de ses rapports avec son père devenu acariâtre et avec son fils timide et pas plus heureux, et de sa rencontre totalement surprenante avec le tango dans un cours auquel il s’inscrit. Rencontre avec le tango mais aussi avec une sorte de petite fée délicieuse et gracieuse. Et voilà ! Un beau film plein de pudeur. Et de coups de gueule de la part de ce quinquagénaire qui a un peu oublié de vivre.

Je ne suis pas là pour être aiméCliquez ici pour regarder un montage qui donne une bonne idée du film.

Transcription
– Bon, la tension (1) est bonne. L’examen cardiologique est bon. On ne peut pas exclure une petite insuffisance coronarienne. Faut bouger (2), quoi. Faut se dépenser (3) un peu, hein. Hein, parce que sinon, le cœur, un jour, il va dire stop.
– Ça vous plaît, les cours de danse ?
– Ça va, ça va. Je me trouve un peu nul, mais bon (4).
– Mais non, mais non.
– Si, si.
– Pourquoi vous dites ça ? Vous êtes pas nul du tout.
– Peso, peso…. En arrière, j’assemble. J’écarte, centre, jambe. C’est là que ça déconne (5).
– Ah non, mais non, c’est pas celle-là qu’il faut avancer, c’est l’autre.
– J’ai reçu des… une carte de maman, il y a pas longtemps.
– Ouais ?
– Alors, elle va peut-être venir en France dans quelques mois.
– Eh bah dis-moi quand ta mère arrive, j’essaierai de ne pas la croiser (6).
– Ecart, j’assemble, jambe.
– Non ! Pas celle-là. Celle-là.
– Ça a pas été encore très commode (7) cette semaine avec votre papa. Si vous pouviez (8) lui dire d’être un peu plus gentil.
– Oh ! Merde !
– Bon, bah je vais y aller, hein. Comme ça, tu pourras dormir.
– C’est ça, tire-toi (9) ! De toute façon, tu attendais que ça, alors !
– C’est pas trop dur ce que vous faites comme métier ?
– Maître Dussart, huissier de justice. Je viens procéder à l’enlèvement des meubles et vous demanderai de quitter les lieux (10) à l’issue de (11) cette procédure.
– Evidemment que les gens chez qui on va sont dans la merde (12) ! Bien sûr, on n’est pas… On n’est pas aveugle ! Mais tu es pas là pour y penser, tu es là pour faire appliquer une décision de justice.
– Tu me fais chier, tu me fais chier ! Tu me fais chier ! (13)
– J’écarte, j’assemble, et là, c’est celle-là qui commence.
– Celle-là.
– Mais pourquoi tu l’as pas donné, le papier ? Tu aurais pu ! Tu le laisses sous la porte, tu le glisses.
– Les voisins, ils m’insultaient. Qu’est-ce que je pouvais faire, moi ?
– Tu fais ton boulot ! Tu les laisses t’insulter, si ça leur fait plaisir. Tu fais comme si tu entendais pas. Tu entends pas.
– Avec qui vous avez envie de danser ?
– Je sais pas… Jean-Claude.
– Il est comment alors ?
– Il est normal.
– Tu vas tout remettre en question (14) avec Thierry pour un homme normal ? Est-ce qu’il t’aime au moins ? Est-ce qu’il te l’a dit ? Est-ce qu’il t’a fait un cadeau ?
Peso, peso… Et la jambe.

Quelques explications :
1. la tension : c’est la tension artérielle. Le médecin prend la tension pour vérifier qu’elle n’est pas trop basse ou plus souvent, trop élevée. Dans ce cas, on dit qu’on a de la tension, ou qu’on fait de l’hypertension.
2. Faut bouger : cela signifie qu’il faut avoir une activité physique, ne pas avoir un mode de vie trop sédentaire.
3. se dépenser : ce verbe pronominal s’applique toujours aux personnes. Se dépenser, c’est faire des efforts physiques, du sport.
4. Mais bon : on emploie souvent cette expression, pour indiquer qu’on accepte une situation. Cela signifie : Mais bon, c’est comme ça. Il ne se trouve pas bon danseur, mais il continue à danser quand même.
5. Ça déconne : ça ne va pas / ça ne marche pas. (style très familier, à la limite du vulgaire). Si on veut rester plus neutre, on peut dire : c’est là que ça coince.
6. Croiser quelqu’un = rencontrer cette personne.
7. commode = facile. Cet adjectif s’utilise aussi pour quelque chose qui est pratique. Par exemple : Prends le métro pour aller en ville. C’est plus commode qu’en voiture. Il s’emploie aussi à propos de quelqu’un qui a mauvais caractère, qui n’est pas facile à vivre. Dans ce cas, il est toujours dans une phrase négative : Ce vieux monsieur n’est pas commode ! Il râle tout le temps.
8. Si vous pouviez… : cette structure avec le verbe pouvoir exprime une demande = Pouvez-vous…
9. Tire-toi = Va-t’en ! (argot, et donc agressif). C’est comme Casse-toi !
10. Quitter les lieux : partir (style soutenu, langage officiel). En tant qu’huissier de justice, il vient expulser les gens d’un logement quand ils ne peuvent plus payer le loyer par exemple.
11. à l’issue de : à la fin de (style soutenu)
12. être dans la merde : avoir beaucoup d’ennuis et pas de solution pour les résoudre. (très familier, plutôt vulgaire. ) On dit en général : On est dans la merde. Ou bizarrement, avec exactement le même sens : On n’est pas dans la merde, là ! (= tout va mal.)
13. Tu me fais chier = tu m’énerves au plus haut point. (vulgaire et agressif)
14. remettre en question quelque chose / remettre quelque chose en question : ne plus l’accepter, vouloir changer une situation qui était bien établie.

La grande vie

En écoutant le monsieur devenu très riche dont il était question dans mon billet précédent, j’ai repensé à ce film de 2006 qui s’appelle Quatre Etoiles. Peut-être l’aviez-vous vu alors. Sinon, vous pourriez essayer de le trouver!

Isabelle Carré y est formidable en jeune femme ordinaire qu’un héritage inattendu rend assez riche pour qu’elle décide de larguer les amarres* d’une vie trop tranquille et plan-plan*. Pour elle aussi, direction la Côte d’Azur et ses palaces, ses voitures de luxe et sa vie facile, à laquelle elle se fait sans problème ! C’est une vraie comédie, où elle virevolte entre deux hommes, un riche plutôt niais qui tombe raide dingue d’elle et un escroc sympathique qui pense la contrôler mais qu’elle finit par mener par le bout du nez*, en joyeuse emmerdeuse qu’elle apprend à être. Un grand classique, à la sauce française.

La bande annonce, c’est dommage, ne donne qu’un très mauvais aperçu de cette histoire. Mais vous y aurez un avant-goût de son rythme et de ses dialogues qu fusent dans tous les sens, avec un José Garcia déchaîné comme d’habitude. Et puis les lieux peuvent faire rêver… en attendant de gagner au loto !

Quatre Etoiles DVD
La bande annonce est ici.

Transcription :
– On ne peut pas partager de… la même chambre d’hôtel, vous et moi. C’est pas possible.
– Et pourquoi ça ?
– J’ai envie de me balader (1) à poil (2), si j’en ai envie. Quelquefois, je fais monter les putes (3) russes à 4 heures du matin. Je fais des bains moussants. Je claque les portes.
– Oui, mais seulement, moi, ça me rassure d’être dans votre chambre. Comme ça, je sais où vous êtes.
– Je vous ai fait une reconnaissance de dettes (4), vous avez mon passeport. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?
– Vous avez peur de tomber amoureux de moi. C’est ça ?
– Attendez, que moi… Que moi, je tombe amoureux de vous ! Non, mais attendez, vous réfléchissez des fois à ce que vous dites ? Ou alors, les mots vous viennent comme ça, là ?
– Quoi ? Je suis pas votre genre ?
– Oui, c’est ça, voilà. Vous n’êtes pas mon genre, voilà.
– Oui mais alors, c’est quoi, votre genre ?
– Pour moi, vous êtes… Vous êtes un peu comme une Barbie, voyez, quand on est petit, on prend une Barbie, puis on soulève la jupe et on se dit : Qu’est-ce que je peux faire avec ? Et bah voilà, on joue avec les jambes, puis au bout d’un moment, on est super énervé, alors on lui arrache la tête. Voilà. Alors, de mon côté, moi, vous n’êtes pas une femme, voyez. Vous êtes comme une Barbie. Alors, vous faites comme si je n’étais pas un homme, voilà. Vous pensez que je suis Ken, habillé.
– Elle est assez unique dans son genre.
– Hého  !
– Vraiment, moi Tarzan, toi Jane, hein !
– Tu peux pas te passer de moi (5), hein !
– Aïe ! Mais qu’est-ce que vous faites, là !
– Oh bah dis-donc, ça vous allait pas d’être jeune (6), hein !
– Je vous emmerde, moi ! (7)

Des explications
1. se balader : se promener (ici au sens figuré)- Familier
2. à poil : tout nu, sans vêtements (argot)
3. une pute : une prostituée (argot)
4. faire une reconnaissance de dette à quelqu’un : c’est signer un document dans lequel on précise quelle somme a été prêtée.
5. Ne pas pouvoir se passer de quelqu’un : avoir besoin de cette personne tout le temps, avoir envie d’être avec elle en permanence. Cette personne nous est indispensable, pour une raison ou une autre.
6. Ça ne vous allait pas : elle ne le trouve pas très beau jeune ! Elle trouve que la jeunesse ne l’avantageait pas vraiment !
7. Je vous emmerde, moi ! = J’en ai rien à faire de ce que vous pensez, de ce que vous dites. Ce qui est drôle, c’est qu’il lui répond vulgairement et avec agressivité, mais il continue à la vouvoyer.

Tu m’emmerdes / Je t’emmerde:
Quand elle se moque de lui à cause de sa photo sur son passeport, il aurait pu lui répondre « Vous m’emmerdez », c’est-à-dire « Vous me cassez les pieds ». Mais en se mettant en position de sujet (Je), c’est comme s’il voulait reprendre le contrôle et c’est finalement plus agressif et encore plus grossier. Mais dans le fond, c’est ce qu’on dit quand on est à bout d’arguments.

* larguer les amarres: c’est comme sur un bateau qui quitte la terre ferme, lorsqu’on détache les cordes qui le retiennent à quai. Au sens figuré, c’est donc partir en abandonnant tout derrière.
* une vie plan-plan : ordinaire, très fade, routinière et sans surprise. (familier)
* mener quelqu’un par le bout du nez : lui faire faire tout ce qu’on veut, parce que cette personne est sous notre influence et n’a plus de sens critique. (familier)

Je te suis, tu me suis

Rosalie BlumUn moment de fantaisie avec ce film qui est à l’affiche en ce moment.

Une petite ville, avec une épicerie, un salon de coiffure désuet, des rues calmes, comme un décor imaginé pour quelqu’un qui aurait demandé : Dessine-moi une petite ville française. Un coiffeur trentenaire à l’air désuet lui aussi, dans sa vie bien réglée entre son salon et son appartement juste en-dessous de celui de sa mère plutôt envahissante. Une épicière au drôle de sourire un peu crispé et désenchanté. Une jeune fille qui trimballe son envie d’une autre vie sans oser y croire. Ses copines un peu foldingues et sympathiques. Des vies qui se croisent et s’entrecroisent, où les uns suivent les autres, puis l’inverse, comme ces histoires faites de mystères que les enfants aiment se raconter et se faire raconter. Tout commence lorsque Vincent Machot le timide demande à Rosalie Blum : On s’est pas déjà vu quelque part ?

On se laisse embarquer dans ce film où tout se dérègle puis se remet en place peu à peu, au travers de trois regards et de trois moments qui se recoupent. Il y a de l’humour, des émotions toutes simples, une touche de poésie et de très bons acteurs. C’est agréable !

La bande annonce est à regarder ici, pour découvrir vincent Machot, Rosalie Blum, Agathe et les autres.

Et juste le son :
Rosalie Blum-bande annonce

Transcription :
– Tu trouves qu’elle est bien, ma vie (1), maman (2) ? Que j’ai l’air épanoui, heureux ?
– Heureux ! Qu’est-ce que ça veut dire ? On dirait un magazine féminin à la con (3) !
– Ma vie est palpitante : (4)
– On a opté pour de la moquette dans toute la maison, même dans la salle de bains. (5)
-Ah oui !
– Ma mère est adorable.
– Mais tu peux pas faire un petit peu attention, espèce d’empoté (6)!
– Trous du cul ! (7)
– J’aurais jamais imaginé que les choses pouvaient changer.
– 8€40, s’il vous plaît.
– On s’est pas déjà vu quelque part ?
– Non, je crois pas.
– J’ai dû aller jusqu’à Montplaisir.
– Ah bon ?
– Tu la connais, l’épicière (8), là-bas ?
– Je suis sûr que je l’ai déjà vue. Rosalie Blum…
– Rosalie, tu te rends bien compte que c’est pas normal ! Depuis quand (9) on suit (10) les gens comme ça !
– Ça t’embêterait de le suivre ?
– Quoi ?
– Ce type, je vais le suivre avec toi. Dis oui, dis oui, dis oui.
– A vrai dire, ça m’intrigue plus que ça ne m’inquiète.
– Si ça se trouve (11), le type, c’est un serial killer.
– Mais vous êtes complètement malades (12)!
– Parce que suivre une femme inconnue, c’est pas un truc de malade ?
– Hé, il y en a qui taffent (13), là !
– Si on lui offrait un peu d’aventure, au psychopathe ? (14)
– Tu penses à quoi ?
– A des trucs.
– Je sais bien qu’il y a pas de hasard.
– Vous croyez ?
– Sois pas jaloux (15). Je m’amuse un peu. Ça me change. (16)

Quelques détails :
1. elle est bien, ma vie ? : un des signes qui montre qu’on est dans un style oral, c’est par exemple le fait de répéter le sujet du verbe, en commençant en plus par le pronom et non pas par le nom : elle vient avant ma vie. Normalement, il suffit de dire : Tu trouves que ma vie est bien ? Mais nous faisons ça tout le temps oralement. Cela donne plus de force à ce qu’on dit en général.
2. maman : il prononce M’man.
3. à la con : stupide, débile (très familier et péjoratif)
4. une vie palpitante : une vie passionnante.
5. de la moquette : en fait, la moquette n’est plus à la mode en France, et encore moins dans les salles de bains !
6. empoté : pas très doué, qui ne fait pas bien les choses, maladroit. (familier). Espèce de… ! est une insulte, une critique qu’on adresse directement à quelqu’un : Espèce d’imbécile ! Espèce de crétin !
7. Trou du cul ! : c’est bien sûr une insulte. (Dans le film, elle traite de trous du cul des gens qui sont entrés chez elle par effraction, pensant qu’elle n’était pas là. Elle les fait fuir en leur hurlant des insultes.)
8. Tu la connais, l’épicière ? : c’est la même chose que dans la remarque 1. Répétition cette fois du complément, en commençant par le pronom « la », qui annonce « l’épicière ».
9. Depuis quand…. ? : au sens figuré, les questions qui commencent par ces mots indiquent que quelque chose n’est pas normal, que ça ne se fait pas. Ce n’est pas une vraie question mais plutôt une exclamation qui exprime une critique. Par exemple : Depuis quand les enfants parlent-ils à leurs parents comme ça ?
10. On suit : ici, « on » a bien son sens totalement impersonnel. Suivre quelqu’un = suivre quelqu’un sans qu’il le sache, pour l’espionner.
11. Si ça se trouve : peut-être que…
12. malade : fou/folle (familier)
13. taffer : travailler (argot)
14. Même remarque qu’en 1 et 8. Le pronom « lui » annonce le nom « psychopathe ».
15. Sois pas jaloux : style oral et familier uniquement. La forme négative de l’impératif est normalement : Ne sois pas jaloux.
16. ça me change : en français, on ajoute le pronom (me, les, nous, etc.) dans cette expression qui exprime l’idée qu’il y a du nouveau, que la vie n’est plus aussi routinière.

Une vie à pêcher

Marin pêcheur

En allumant la radio un midi de la semaine dernière, je suis tombée sur ces enfants qui posaient des questions à un marin pêcheur, avec le naturel et le sérieux des petits que tout intéresse. J’ai compris ensuite qu’il s’agissait d’un extrait d’un film qui raconte la vraie histoire d’une vraie famille, jouée par les membres de cette famille eux-mêmes.

Marin pêcheur – Tempête

Transcription:
– Est-ce que ça vous arrive de vous blesser en mer ?
– Alors, oui. Oh, ça m’est arrivé, hein ! J’ai… Parce que c’est quand même… Un bateau, ça bouge tout le temps. C’est toujours en train de bouger. Et notre outil de travail, c’est un couteau. Donc c’est quand même très dangereux, quand vous êtes comme ça, comme ça. Le bateau, il fait hop, hop, hop ! (1) Quand on est en train de travailler, on se loupe (2). Voyez, moi, j’ai des cicatrices plein les doigts (3), j’en ai… Je me suis mis un coup de couteau là, je me suis mis un autre coup de couteau ici. C’est très, très dangereux. Vaut mieux (4), des fois (5), quand on voit qu’on tombe, moi, je sais que je jette mon couteau par terre. Je préfère perdre mon couteau que me couper un bras, quoi. Donc faut faire… Faut faire gaffe (6). Eh oui, ça arrive souvent.
– Est-ce que ça vous est déjà arrivé de… de penser que vous allez mourir, dans une tempête ?
– Ça m’est déjà arrivé, oui, pendant des grosses tempêtes, bah où, tu vois, la vague, elle est très, très haute, elle nous pousse et le bateau, il surfe, comme ça. Donc bah, tu as un peu peur que le bateau, il se mette sur le côté, puis qu’il chavire, comme ça. Mais donc oui, ça m’est arrivé plein de fois (7). Dans les tempêtes, à partir du moment que (8) le vent, il y a plus de 90 km/h, on commence à avoir un peu peur. Faut (9) simplement avoir vraiment confiance dans le bateau, quoi ! Tu vois.
– Mais c’est que vers quel âge, vous avez aimé… bah… pêcher ?
– Oh, je crois que j’ai toujours aimé pêcher. Quand j’étais tout petit, j’étais déjà avec ma canne à pêche. Avant, j’étais déjà avec mon épuisette en train de pêcher des petites crevettes. Après, je suis passé avec ma canne à pêche pour pêcher des plus gros poissons. Et après, je voulais absolument aller à la pêche avec mon papa (10), et du coup, je suis parti. J’ai toujours aimé la pêche. Toujours, toujours !

Quelques détails :
1. le bateau fait hop, hop, hop : cette onomatopée exprime l’idée de sauter. Donc il mime le bateau en train de sauter à cause des vagues.
2. Se louper : rater ce qu’on veut faire, ne pas le faire correctement. (argot) Louper quelque chose signifie manquer quelque chose ou rater ce qu’on fait.
3. Plein les doigts = partout sur les doigts
4. vaut mieux = il vaut mieux (style oral)
5. des fois = parfois, quelquefois. Des fois est plus familier, plus oral.
6. faire gaffe : faire attention (argot)
7. plein de fois = très souvent (familier, style oral)
8. à partir du moment que : il faut normalement dire : à partir du moment où (= si)
9. Faut = il faut (style oral)
10. mon papa : normalement, on dit « avec mon père ». Mais comme il s’adresse à des enfants, il utilise le terme qu’ils emploient.

L’émission entière est à écouter ici, avec le réalisateur qui explique comment il a travaillé.

Tempête bande annonce

La bande annonce du film est à regarder ici.
Histoire de famille. Histoire de divorce et de garde d’enfants.
Histoire de mer.
Histoire vécue et rejouée par ses protagonistes.
.

Transcription:
– Tu restes combien de temps ?
– Quarante-huit heures. Je repars lundi matin.
– OK, super…
– Je croyais que tu avais changé de bateau et que tu allais rentrer tous les soirs.
– Bon, arrête tes conneries ! C’est moi qui ai la garde. Tu vas me la chercher, la gamine, avec ses affaires !
– Elle va nulle part ! Chez toi, elle est toujours toute seule !
– Moi, j’ai pas le choix ! Je vais à la mer. Tu vas me chercher la gamine, elle revient avec moi.
– Laisse-moi, tu me fais chier !
– Tu me fais quoi, là !
– Ah mais je suis pas sûre que le juge, cette fois-ci, aille dans votre sens, si vous ne changez pas votre organisation au niveau du travail.
– Non mais c’est vraiment important, faut vraiment que je reste à terre.
– Si tu viens pas, c’est pas la peine de revenir. Je prends quelqu’un d’autre.
– Si je dois m’acheter quelque chose, je vais m’acheter un petit bateau, pour justement être là tous les jours, avec mon gars, avoir un minimum de vie de famille.
– Il faut que tu le fasses. Il faut que tu te motives pour le faire bien comme il faut.
– Tu me fais confiance ?
– Oui.

Comme il pleuvait

Parlez-moi de la pluieJ’ai emprunté ce film à la bibliothèque de mon quartier. Petite séance de rattrapage puisqu’il est sorti il y a quelques années déjà.

Voici donc une comédie douce-amère pour passer un bon moment, avec de très bons acteurs, à condition de ne pas être agacé par le débit de parole de chacun d’entre eux ! Parce qu’il faut reconnaître que ça va vite et que les répliques fusent, comme toujours avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

Et quand en plus, Jamel Debbouze fait partie de la troupe, ça va vraiment très vite, pour raconter cet enchevêtrement de relations humaines et familiales bien observées et dépeintes avec humour. Avec, dans un des petits rôles, un troupeau de moutons très drôle, dans un épisode burlesque !

Voici le premier extrait, à regarder en cliquant ici.

Et pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 1

Transcription :
– Je voulais te voir pour te parler mais je… Je sais pas, tu as pas le temps, là ?
– Mais si, vas-y, vas-y (1), dis-moi.
– Je sais pas, là, comme ça, on peut pas… ?
– Je… Je peux te rappeler dans… dans cinq minutes ? Hein, je te rappelle. Vas-y, je t’écoute.
– C’est à propos d’un documentaire, parce que en ce moment, je travaille avec un reporter… enfin, un documentariste.
– Quoi ? Tu travailles avec un reporter ? Tu travaillais pas dans… dans un restaurant, ou dans… dans un hôtel ?
– Dans un hôtel. Je suis réceptionniste dans un hôtel. Mais je fais ça pour vivre, c’est pas une vocation. A côté de ça, je fais des petits films depuis pour…
– Ah bon ! Tu fais des petits films ? Mais c’est bien, ça ! Quel… Quel rapport avec moi ?
– C’est une série de films sur les femmes qui ont réussi.
– Les femmes qui ont réussi ? C’est ridicule !
– Voilà. Et on pense à toi.
– Plus elle sera à l’aise et plus elle parlera volontiers.
– Donc là, quand elle arrive, je lui dis pas : « Dis-donc grosse connasse (2), tu te prends pour qui (3) de nous faire attendre une demi-heure »? Je lui dis pas, ça.

Quelques explications :
1. Vas-y : c’est ce qu’on dit pour encourager quelqu’un à faire quelque chose ou à parler. Le « s » au bout du verbe à l’impératif n’est là que pour faire la liaison avec « y ». Dans les autres cas, à l’impératif, il n’y a pas de « s » : Va chercher du pain.
2. connasse: c’est le féminin de connard, qui vient de con et encore plus péjoratif. C’est donc une insulte. Très souvent, les termes d’argot qui se terminent par -asse sont péjoratifs.
3. Tu te prends pour qui ! : cette exclamation sert à exprimer la désapprobation, face à quelqu’un dont on critique l’attitude. On peut l’employer aussi indirectement : Non mais il se prend pour qui, celui-là !

Voici un second extrait à regarder ici.
Agriculture, politique, Union Européenne et gars du terroir, avec l’accent et le franc-parler ! Pas facile pour Agathe, parachutée pour cause de parité hommes-femmes pour faire campagne dans cette région qu’elle a quittée depuis un bon moment.

Pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 2

Transcription:
– Alors comme ça, il paraît qu’elle (1) fait de la politique ?
– Failli ! (2) Merci, hein, au fait, de nous accueillir comme ça. On vous envahit , là.
– Il faudrait peut-être un peu leur remonter les bretelles (3) aux technocrates, là-haut, à Bruxelles (4) ! Parce qu’ils y comprennent rien à l’agriculture. Il faut quand même qu’ils viennent nous emmerder (5), là, hein !
– Il y a pas que des technocrates à Bruxelles. Et puis ils y comprennent peut-être rien mais ils donnent d’énormes subventions pour l’agriculture, vous savez bien !
– Des subventions ? Mais j’ai rien du tout, moi ! Les subventions, c’est pour les gros (6) ! Avec mon frère, on se tape quinze heures par jour (7), sept jours par semaine. Vous savez ce qui nous reste à la fin ? Il y a plus personne qui voudrait travailler comme ça. Ça, de toute façon, tout le monde s’en fout (8) ! Nous, on compte pas (9), nous, on est des misérables. Et puis ce temps pourri, là, hé, depuis trois semaines, vous croyez que ça m’arrange (10), ça ?
– Enfin, le temps qu’il fait, c’est quand même pas la faute de la politique !
– Autrement dit, c’est jamais de votre faute !

Quelques explications:
1. elle : il lui parle en utilisant ce pronom au lieu de lui dire : Il paraît que vous faites de la politique. Cela donne l’impression qu’il met un peu de distance. Il a un ton méfiant. (envers elle, qui est une femme, et qui plus est une femme qui fait de la politique !)
2. Failli : tournure très elliptique ou qu’on entend très mal tellement Agathe parle vite. Elle veut dire qu’elle a failli faire de la politique. Dans le film, elle vient de manquer un rendez-vous important dans sa campagne de terrain et pense donc que sa carrière politique va s’arrêter là.
3. Remonter les bretelles à quelqu’un : critiquer quelqu’un de façon virulente, montrer qu’on n’est pas d’accord du tout. (familier). Cet agriculteur ne porte pas l’Union Européenne dans son coeur ! On dit aussi : Je me suis fait remonter les bretelles, pour dire qu’on s’est fait disputer par quelqu’un pour quelque chose qu’on n’a pas fait correctement.
4. Là-haut, à Bruxelles : Bruxelles, siège et symbole de la politique européenne, est « en haut » sur une carte par rapport à cette région du sud de la France. Il emploie ce terme qui insiste sur le fossé entre les décideurs et les agriculteurs.
5. Emmerder quelqu’un : causer des problèmes à quelqu’un, embêter quelqu’un (très familier)
6. pour les gros : pour les gros agriculteurs, pour ceux qui ont de l’argent et font des bénéfices.
7. On se tape 15 heures par jour : on fait 15 heures par jour, on est obligé de faire 15 heures par jour. (familier) Ce verbe argotique indique que c’est une contrainte, quelque chose qu’on subit. Par exemple, on dit : C’est moi qui me tape tout le boulot et lui, il ne fait rien !
8. Tout le monde s’en fout = tout le monde s’en fiche, ça n’intéresse personne, personne n’y prête attention. (très familier)
9. On ne compte pas : on n’a pas d’importance, personne ne s’occupe de nous.
10. Ça m’arrange : ça me convient, c’est bien pour moi.

Si vous avez envie d’en lire un peu plus sur ce film, voici un article paru dans Télérama en 2008.

Tu es nouveau ?

TomboyTomboy. Un titre anglais pour un film bien français. Je ne l’avais pas vu quand il est sorti il y a quatre ans. Un si beau film que je viens donc de découvrir, hier soir, sur une chaîne que je ne connaissais même pas !
Peut-être l’avez-vous vu et peut-être en gardez-vous un souvenir émerveillé. Tout y est juste, délicat, si bien vu et si profond, avec une finesse qui rend heureux. La cinéaste nous remmène sur les traces de notre enfance, on renoue avec des sensations et des sentiments qu’on n’oublie jamais. On a dix ans à nouveau, comme Laure, garçon manqué, mais surtout inventé pour pouvoir faire ce que font les garçons. On a six ans, comme Jeanne, sa petite soeur aux cheveux de princesse et prête comme les enfants à s’embarquer dans les histoires que leur raconte leur grand frère ou leur grande soeur. On respire à nouveau cette liberté des enfants qui passent leurs journées tous ensemble, sans les parents pour les surveiller sans cesse. On est aux côtés de Laure / Michaël, dans tous ses défis à elle-même et aux autres, on sourit, on rit, on s’inquiète, on veut savoir comment les choses vont se passer quand on brouille les repères entre ce que cela signifie être une fille ou un garçon. Tout est fluide, intelligent et subtil.

La bande annonce est ici.

Transcription :
– Tu es nouveau ? (1)
– Ouais, on est arrivés hier.
– Tu veux pas me dire comment tu t’appelles ?
– Michaël, je m’appelle Michaël.
– Hé ! C’est Michaël, le nouveau du bâtiment C.
– Laure, sors du bain.
– Coupe pas trop (2) pour pas que (3) maman, elle voit. Est-ce que tu coupes droit ?
– Oui, je suis pas débile ! (4)
– Tu as dit à tout le monde que tu étais un garçon ? Pourquoi tu as fait ça ?

Quelques détails :
1. Tu es nouveau ? : Dans d’autres langues, comme l’anglais, la nuance masculin-féminin de l’adjectif est perdue. En français, d’emblée, avec ce « nouveau », on sait de quel côté on est et c’est ce qui permet à Laure de s’inventer, au pied levé, cette identité de garçon à laquelle tous les enfants vont croire.
2. Coupe pas trop : forme orale de l’impératif négatif : Ne coupe pas trop. (Et non, il n’y a pas de « s » au bout de l’impératif des verbes du 1er groupe, contrairement à la faute très répandue maintenant!)
3. pour pas que : forme orale de « pour ne pas que… »
4. débile : idiot, bête.

Blonde avec des taches de rousseur

S Kiberlain

Une spontanéité toute en légèreté et simplicité.
Des souvenirs d’enfance qui prennent vie.
Une façon gracieuse de parler avec des mots familiers.
Une voix, de celles que j’aime écouter.
Voici un autre petit passage de l’interview de Sandrine Kiberlain qui avait retenu mon attention pour le billet précédent.

Actrice

Transcription :
– Je pense pas qu’on devienne acteur par hasard. Moi, je pense qu’on… Je passais mon temps, et encore maintenant, à regarder les gens, à regarder… J’aime beaucoup regarder les gens. Donc quand j’étais plus petite, comme j’étais pas d’une nature à aimer être en groupe et tout ça, je… j’étais assez solitaire mais je m’ennuyais pas, hein… Je… je regardais beaucoup les gens , leur façon d’être, et après, j’avais remarqué que ça faisait beaucoup rire quand j’essayais d’imiter ce que j’avais vu, ou observé. Et donc j’avais des premiers spectateurs, et donc je me suis dit que c’était très valorisant de… d’imiter les autres ou de jouer des situations que j’avais vues chez les autres, ou… Donc j’avais l’impression d’être plus… oui, d’être plus regardée. C’est comme dans le film de Truffaut, vous savez, quand la petite, je sais pas si vous… dans L’Argent de poche, quand elle est enfermée par ses parents parce qu’elle veut aller au restaurant avec un sac tout pourri (1) et que les parents lui disent : Bon bah finalement, tu restes là et tu mouftes (2) pas. Et tous les voisins lui envoient de la nourriture parce qu’elle prend le haut-parleur du gendarme qui est son papa et elle dit : « J’ai faim, j’ai faim ! J’ai faim ! » Et tous les g[ens]… tout… tout l’immeuble (3) lui envoie, dans des paniers, de la bouffe (4) et tout ça et elle est trop contente (5), et là, elle est plein cadre (6). Comme ça, elle prend tout le cadre en gros plan (7) et elle dit : « Tout le monde m’a regardée, tout le monde m’a regardée. » Eh bah moi, j’étais comme ça, je faisais que des conneries (8) et après, je me disais : « Tout le monde m’a regardée. » Voilà, j’avais un peu ce truc-là, petite. Et donc ça m’est resté, de vouloir être dans l’écran et que, j’imagine, j’avais quand même un truc de « tout le monde me regardera ».
– Vous êtes vachement (9) surprenante, parce que vous avez une tête… vous avez un visage d’ange et en même temps, est-ce qu’il y a… Vous voyez, c’est surprenant parce qu’il y a un contraste entre jusqu’où vous êtes capable d’aller et cette… ce physique (10)… très angélique (11).
– Parce qu’on n’est pas… on n’est pas… C’est intéressant, les apparences. C’est intéressant, ce qu’on montre et ce qu’on est. Moi, j’aimerais parler de ça, je trouve ça tellement intéressant ce qu’on vit, ce qu’on ressent. Moi, je ne sais pas ce que vous vivez, là pendant que vous me parlez. Si ça se trouve (12), vous êtes en miettes (13) parce qu’un homme vous a quittée ou j’en sais rien (14). Ou vous, vous êtes en miettes parce que je sais pas quoi (15), un drame familial (16), on ne sait pas. Moi, je suis comme ça, blonde avec des taches de rousseur et Rochant m’a choisie pour jouer une pute (17), espionne, parce qu’il est pas con (18) et qu’il a vu plus loin que le bout de son nez (19) en se disant : « Voilà, plutôt que de prendre celle qui a l’air de celle que je cherche, je vais prendre celle qui a l’air de l’inverse de ce que je cherche », et ça va être beaucoup plus fort, parce que ça donne deux indications différentes, ça donne deux lectures possibles.
– Mais il n’y en a pas beaucoup qui vous ont salie, ou des metteurs en scène, vous voyez, qui ont essayé de vous…
Bah moi, je trouve que je m’en sors pas mal (20) quand même, hein ! Parce qu’ils pourraient se cantonner à… à des rôles… bah de blonde, grande, plutôt lisse. Et si on fait le… Enfin, je me suis donné un certain mal inconscient pour qu’on ne me… pour qu’on ne m’enferme pas là-dedans, pour que je puisse montrer des folles furieuses, des bourgeoises déjantées, des filles… différentes.

Des détails :
1. un sac tout pourri : un sac très moche, en mauvais état. (familier)
2. tu mouftes pas : tu ne dis rien, tu ne protestes pas, tu te tais. (argot) Par exemple : Quand le prof a dit de refaire le travail, personne n’a moufté. / Il a pris ses affaires et est sorti sans moufter quand elle lui a dit qu’elle ne voulait plus le voir.
3. Tout l’immeuble : tous les habitants de cet immeuble.
4. De la bouffe : de la nourriture (argot, très familier)
5. trop contente = très contente. Ce n’est pas le sens habituel de trop. On l’entend souvent dans ce sens de « très, extrêmement », mais uniquement à l’oral et de façon familière.
6. Plein cadre : terme cinématographique, pour dire qu’on ne voit que son visage dans le cadre de la caméra.
7. En gros plan : vu de très près.
8. Des conneries : des bêtises (très familier)
9. vachement : très (familier et très oral). Personnellement, ça m’a fait bizarre d’entendre cette journaliste utiliser ce mot à la radio !
10. Le physique : c’est l’apparence physique qu’on a. Par exemple, on dit : Il a un physique de jeune premier (= il est très beau). / Il a un physique ingrat. (= Il n’est pas beau)
11. angélique : comme un ange
12. si ça se trouve : peut-être / Il est possible que… (plutôt oral)
13. être en miettes : aller très mal. (Cela correspond bien au terme anglais : devastated)
14. ou j’en sais rien : on utilise cette expression quand on veut donner l’idée qu’il y a d’autres exemples mais qu’on ne va pas les donner. On laisse imaginer d’autres situations aux gens qui nous écoutent. C’est un peu comme si on ajoutait : etc.
15. parce que je sais pas quoi : ce petit bout de phrase joue le même rôle que l’expression j’en sais rien. Tout le monde peut imaginer quelque chose sans qu’elle ait besoin de donner des exemples précis.
16. Un drame familial : le mot « drame » est fort en français. C’est une tragédie dans la famille, par exemple la mort de quelqu’un, un accident très grave.
17. Une pute : une prostituée (argot, vulgaire et fort). Elle emploie ce mot qui choque pour bien marquer le contraste entre son apparence d’ange, évoquée par sa blondeur.
18. Il est pas con : il n’est pas bête, il est intelligent. (très familier)
19. voir plus loin que le bout de son nez : être assez intelligent pour faire des choses plus subtiles. On emploie souvent cette expression à la forme négative : Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, pour indiquer que cette personne ne comprend pas grand chose parce qu’elle n’est pas capable de voir tout ce qui fait une situation.
20. Je m’en sors pas mal : ce que je fais est plutôt réussi.

Au fil de l’eau

Comme un avion

Pour une fois, nous avons vu un nouveau film juste à sa sortie ! Mais comme souvent, cela fait plusieurs jours que j’ai commencé à préparer ce billet sans parvenir à le terminer ! Un très bon moment de cinéma, à suivre le voyage de cet homme ordinaire, sans histoire comme on dit, mais qui se raconte plein d’histoires et a la tête encore pleine de morceaux de l’enfance. Il est légèrement agaçant, un peu pathétique, sincère, attachant, tout cela à la fois. Un voyage presque sur place, plein de fraîcheur, teinté d’un certain désenchantement, avec toujours cet humour intelligent et poétique qui fait du bien.
Il y a aussi Sandrine Kiberlain et ses intonations, ses rires. Et Charlélie Couture qui chante, Alain Bashung qui dit / chante sa très belle Vénus, et le deuxième prélude du Clavier bien tempéré de Bach.

Voici un petit extrait d’une émission avec Sandrine Kiberlain. Cela commence par un passage du film, qui donne parfaitement le ton et où le « non » de la fin répété trois fois par Bruno Podalydes dit tout. Je me régale à écouter comment on peut jouer avec un simple mot !
(Mais si vous préférez regarder d’abord la bande annonce, allez à la fin de ce billet.)

Comme un avion

Transcription :
(extrait du film)
– Tu étais passé où ?
– Bah en fait, j’étais sur le toit parce que j’avais plus de réseau. (1)
– De raison de quoi ? (2)
– De réseau.
– Et ça, c’est quoi ? C’est un genre de parachute, ça ?
– C’est pour flotter.
– Pour flotter ?
– Au cas où.
– Quel cas ? Pourquoi… Pourquoi tu veux flotter ? Non mais Michel, tu crois que je sens pas ce qui se passe, là. Tu complotes quelque chose de grave !
– Bon écoute, suis-moi.
– C’est quoi ? Tu construis un avion ?
– Non, c’est un kayak, un vieux rêve. Un vieux rêve auquel je te demande de croire.
– Ah là, là ! Déjà quand tu t’es mis au ukulélé, c’était un vieux rêve auquel tu me demandais de croire.
– Oui. Enfin là…
– Et tu comptes (3) ramer sur ce toit encore longtemps ?
– Non. Non. Non !

– Bonjour Sandrine.
– Bonjour, bonjour.
– Il y a deux films dans ce film. Vous êtes dans le premier. Et vous êtes celle qui… qui rend possibles les rêves de son mari. En fait, c’est un vrai film sur le bonheur conjugal (4).
– Ah mais je suis bien d’accord avec vous ! Ouais, pour moi, c’est le couple idéal. C’est… Ils s’aiment et en même temps, ils laissent l’autre libre, enfin tout ce dont on rêve, on rêverait. Elle lui donne des ailes (5) au moment où lui se cantonne à (6) fabriquer son petit kayak sur le toit de la maison. Elle lui dit : « Mais vas-y, prends l’eau ! » Et elle est celle qui, oui, qui lui donne la… un petit peu qui le pousse à l’eau (7), quoi.
– C’est ça l’amour.
– Bah c’est ça, l’amour. Et elle a confiance, et elle en profite d’ailleurs aussi pour elle aussi avoir une petite parenthèse (8) enchantée. Et ils ont cette façon d’oser se donner à chacun la liberté qui les rend heureux, et ils en sont d’autant plus… C’est… C’est… C’est d’ailleurs, à mon avis, c’est vachement bien décrit dans le film, ce qui se… ils se retrouvent avec d’autant plus de bonheur, quoi, voilà.
– Elle vit avec un petit garçon, quand même on peut le dire.
– Oui, mais je la trouve pas si maman que ça non plus, parce que je trouve qu’elle reste quand même sa femme, ils parlent de sexualité ensemble, ils ont un truc, on sent… on sent un couple un peu… un peu complet, quoi, je sais pas comment dire C’est un peu la… l’épouse, la mère, la maîtresse, la… Ils ont un peu traversé tous les stades des névroses de chacun sans doute !
Il part à un moment en kayak et il dit un truc très joli, il dit : « Cette femme est lumineuse. » Ça, c’est une pure indication de jeu, non ? Ou pas ?
Tout à fait, c’est vrai. Ouais. J’ avais intérêt à (9) être crédible là aussi !
– Et comment on fait pour être lumineuse ?
– « Ce que cette femme est lumineuse ! » et là, les spectateurs : « Ah ouais. Bon. (10) » Bah là… là, je m’en remets au metteur en scène, je me dis : « Tant pis pour toi ! C’est toi qui m’as choisie, voilà. Tu dis cette phrase, mais… » Non, mais je me dis que c’est lui qui me voit lumineuse. Donc à partir du moment où (11) lui me voit lumineuse, j’ai tendance à y croire, dans son regard en tout cas. Et donc peut-être que le spectateur me verra lumineuse. Mais tout ça, ça passe par la façon de plonger avec un réalisateur dans son histoire.
– Et puis Agnès Jaoui dit qu’ elle n’a jamais vu un metteur en scène avoir une gestion du temps comme la sienne, quoi, c’est-à-dire cette espèce de laisser-aller (12), de choses complètement…
– C’est même un peu… C’est désarçonnant (13) au début. On se dit : Mais il fait un film… ou il fait… quoi ? Qu’est-ce qu’il trafique (14) ? Il nous met dans un truc… Il fait un voyage en kayak ? Il fait… Et… Et très vite, on comprend que c’est très sérieux, il y a un vrai film, un vrai chef op (15), une vraie équipe et tout ça, mais…
– C’est pas en carton. (16)
– Voilà, c’est pas en carton. Mais c’est que dans la bonne humeur, dans la… dans la… Il nous communique, c’est ça, il nous… On… C’est contagieux, son truc de… de… « On va pas se compliquer la vie, on est là pour filmer ça, on connaît tous l’histoire, et allons-y, quoi. »

Quelques détails :
1. je n’ai plus de réseau : c’est la phrase clé au téléphone ! Avoir ou ne pas avoir de réseau. Quand on ne capte rien avec son téléphone portable, on dit : Je n’ai pas de réseau Ou bien : ça ne passe pas.
2. De raison de quoi : réseau / raison, elle mélange les deux mots car les sonorités sont assez proches. Ne pas avoir de raison de faire quelque chose signifie ne pas avoir de motif de le faire. Avec le mot raison, les expressions sont proches mais avec des sens bien différents :
J’ai raison de faire ça = c’est la bonne attitude, c’est ce qu’il faut faire. (Le contraire, c’est : J’ai tort de faire ça.)
Je n’ai pas de raison de faire quelque chose : donc je ne vais pas le faire, ce ne serait pas justifié.
– Et ne pas confondre avec : Il n’y a pas de raison. Par exemple : Tu crois qu’il va réussir ? Il n’y a pas de raison = Oui, je pense qu’il va réussir.
3. Compter faire quelque chose : envisager de faire quelque chose, avoir l’intention de faire quelque chose
4. conjugal : qui concerne la vie entre époux, au sein du mariage.
5. Donner des ailes : rendre très libre, pousser à agir (à s’envoler en quelque sorte). Normalement, on l’emploie plutôt en parlant de quelque chose qui donne des ailes : ça lui donne des ailes / Son succès lui donne des ailes. (familier)
6. se cantonner à faire quelque chose : ne pas faire davantage, faire juste ça, se limiter à cette activité.
7. Pousser quelqu’un à l’eau : normalement, cette expression ne s’emploie pas au sens figuré. Celle qui existe, c’est : se jeter à l’eau, qui au sens figuré signifie qu’on se décide à faire quelque chose qui n’est pas facile pour nous, qu’on ose le faire. Ici, elle l’aide donc à se jeter à l’eau.
8. Une parenthèse : au sens figuré, il s’agit d’un moment particulier au milieu du cours normal de la vie.
9. Avoir intérêt à faire quelque chose : cela signifie qu’il vaut vraiment mieux le faire. C’est un conseil. Par exemple : Si tu veux être sûr d’arriver à l’heure, tu as intérêt à prendre le train d’avant.
10. Bon : ce mot peut exprimer des choses très différentes, selon le contexte et le ton de la voix. Ici, le ton est vraiment dubitatif. Elle veut dire que si elle ne joue pas bien une femme lumineuse, les spectateurs ne vont pas être convaincus du tout.
11. À partir du moment où = Si…
12. le laisser-aller : c’est l’absence de rigueur, quand les choses ne sont pas structurées, pas strictes.
13. Désarçonnant : déstabilisant. Désarçonner quelqu’un, au sens propre, c’est le faire tomber d’un cheval.
14. Qu’est-ce qu’il trafique ? : On dit aussi : Qu’est-ce qu’il fabrique ? Ce sont des phrases synonymes de Qu’est-ce qu’il fait ?, mais avec une nuance légèrement péjorative. C’est familier.
15. Un chef op = un chef opérateur
16. Ce n’est pas en carton : ce n’est pas comme un décor en carton, ce n’est pas faux, imité.

L’émission entière est ici.

Comme un avion2La bande annonce du film est à regarder ici. Ou ici.

Transcription :

– Alors, essence OK. Pression OK. Checklist terminée.
– [Avec] tes surprises à la con ! (1)
– Mais Michel, il y a tout le monde, il y a tous tes amis. Il y a même Choupette et Félix.
– Est-ce que ça va, Michel ?
– Je vais partir.
– Partir ? Mais quand ? Où ?
– Pas loin. Mais pour être dépaysé.
– Avec tout ce matériel ?
– Oui. J’accorde une grande importance au matos (2).
– C’est bien, hein. Bah tu es prêt, là.
– J’ai super chaud en fait.
– Bonjour. C’est joli. Ici, c’est une buvette ? (3)
– Oui. Le monsieur en fait, il cherche un endroit où dormir.
– Vous pouvez vous mettre au fond du terrain si vous voulez.
– Tu viens de loin avec ton canoë ?
– Et tu vas où ?
– Bah le plus loin possible.
– Kayakiste à la con !
– Hein ?
– Quoi ! Tu m’as entendu, kayaconnard ! (4)
– Tu aimes bien te laisser porter par le courant (5), toi.
– Le courant, il faut savoir le sentir, l’accompagner.
– Faut savoir se laisser porter.
– Merci à tous, merci. Il fait beau et tu continues.
– Ah ! Un aventurier !
– Vous venez de loin, monsieur ?
– Eh ton cul ! (6)
– Bah monsieur, faut arrêter le kayak !

Quelques détails :
1. à la con : stupide, débile (vulgaire) Par exemple: C’est quoi ce truc à la con ? / Il m’énerve avec ses idées à la con.
2. le matos : abréviation familière de matériel.
3. Une buvette : un sorte de petit bar, avec juste un comptoir où sont servies les boissons.
4. kayaconnard : ce terme n’existe pas. Connard est une insulte, bien agressive.
5. Se laisser porter par le courant : le courant, c’est le mouvement de l’eau qui s’écoule. Donc au sens figuré, cela veut dire qu’on ne prend pas trop de décisions quant à la direction à donner à sa vie.
6. Ton cul ! : c’est bien sûr une insulte, qu’il marmonne et qui exprime son irritation.

La tête sur les épaules

La tête haute2Il a la fraîcheur d’un jeune qui n’avait pas imaginé jouer un jour dans un film et se voir reconnaître si vite beaucoup de talent dans son tout premier rôle. Il sait bien qu’il n’a pas grandi dans un milieu qui le prédestinait à faire du cinéma. On le sent heureux de ce qui lui arrive, mais pas juste pour cette célébrité soudaine, si convoitée aujourd’hui. Il a l’émerveillement très simple de celui qui n’a pas encore tout vécu et qui a envie de tout découvrir. Il m’a bien plu avec sa confiance qui en quelque sorte court-circuite très naturellement toutes les remarques, sympathiques mais bien réelles, du journaliste sur son inexpérience et son statut de petit nouveau sorti de nulle part. On verra comment il grandit et s’il garde les pieds sur terre, lui, le p’tit gars qui n’a jamais cru qu’il avait un parcours tout tracé !

Rod Paradot

Transcription:
– Bonjour Rod Paradot.
– Bonjour.
– Comment vous êtes arrivé là, vous ? Comment vous arrivez en tête d’affiche (1) de ce film, La Tête Haute ?
– Bah j’étais tout simplement au lycée et on m’a proposé un casting (2) sauvage. On m’a un peu expliqué justement l’histoire de Malony. Et je me retrouve là aujourd’hui, et… enfin, c’est plutôt une très bonne nouvelle !
– Vous connaissiez Catherine Deneuve avant ?
– Alors, je la connaissais pas du tout, je l’avais jamais rencontrée. Mais en tout cas, je connaissais c’était qui cette dame-là (3) et je savais que c’était une très grande dame dans le cinéma.
– Et votre première rencontre, elle s’est passée comment ?
– Bah ça a été… Notre première rencontre, ça a pas été sur le tournage en fait. Ça a été aux essais caméra. Et aux essais caméra, ça a pas été autant de pression que sur le tournage en fait. Sur le tournage, je me suis dis : « Mec (4), tu vas devoir jouer, te mettre dans la peau de Malony et jouer avec une grande personne (5) comme ça ». Donc je me suis dis : « Est-ce que tu vas réussir ? Ou est-ce que… » Mais en fait, ça s’est très, très bien passé et ça a été beaucoup plus dur de me mettre dans la peau de Malony que de jouer avec Catherine en fait… Deneuve.
– Et aujourd’hui, alors que le film sort dans les salles, qu’il est présenté en ouverture à Cannes, c’est encore plus de pression ? Ça fait encore davantage (6) peur ?
– Ça fait davantage peur mais c’est davantage du bonheur aussi, donc c’est mélangé en fait entre de l’émotion, de la peur et beaucoup de stress. Je sais pas comment je vais réussir à sortir de la voiture pour monter sur le tapis rouge, hein !
– Vous excluez pas de rester dans la voiture ?
– Ah, je crois que je vais rester dans la voiture ! Je crois que je vais pas sortir en fait.
– En même temps, dans le film, on vous voit, vous adorez conduire. C’est vrai ? C’est une passion chez vous ou pas du tout ?
– J’ai toujours aimé la voiture comme n’importe quel garçon, je pense, mais après, je suis pas fan non plus de ça et…
– Comment vous voyez la suite ?
– J’aimerais bien… enfin j’aimerais bien continuer dans ce milieu-là, c’est un milieu qui me plaît vraiment énormément et qui touche même énormément à l’intérieur de soi, alors après Cannes, je continuerai à vivre ma vie quotidienne, et si j’ai un autre rôle ou un autre film, bah je serai heureux de pouvoir continuer à faire ça et je donnerai toutes les capacités (7) pour le faire.
– Cette vie de jeune en difficulté, vous l’avez découverte ou vous la connaissiez déjà ?
– Alors, je l’ai découverte dans la peau de Malony mais je connaissais un peu déjà ce milieu-là parce que j’habite un peu dans la région parisienne, enfinen Seine-Saint-Denis (8). C’est un peu… on va dire c’est un peu quand même difficile. Mais ça a été quand même très émouvant et très dur de jouer ça, quoi.
– Et vos amis, votre famille, vos proches, vos copains, comment ils ont réagi ?
– Bah ils ont tous bien réagi. Ma famille, elle est folle, juste folle (9) ! Et ils se disent… ils se disent même, je pense : « Le petit con (10), là, qui nous faisait chier (11), maintenant, il fait un film, quoi ! Il… »enfin, c’est pour eux, je pense que c’est une très belle chose pour tout le monde, mes oncles, mes tatas (12), leurs petits-neveux. Moi, après, ça reste aussi très beau pour moi et je vais vivre cela comme un très beau moment et ça restera gravé.
– Vous avez pas peur de péter les plombs (13), de prendre la grosse tête (14), de vous prendre pour une star ?
– Alors, je me suis beaucoup posé cette question-là en fait, parce que justement, après la sortie, il y a eu beaucoup de gens qui sont venus me faire beaucoup de compliments, donc du coup, bah ça fait toujours un peu peur, on se dit… enfin moi, en tout cas, je me suis dis : « Faut que je reste sobre (15), quoi, malgré toute… malgré tout le bonheur depuis que j’ai tourné ce film, bah j’essaye de rester la tête assez froide (16) » et en fait, haute mais froide, et je pense que pour l’instant, ça marche bien et je vais veiller à ça, et…
– C’était quoi, votre avenir tout tracé, si il y avait pas eu le cinéma ?
– Tout tracé… Bah mon avenir était pas tracé, donc… J’avais plusieurs choix pour la vie quotidienne et pour ce que je voulais faire plus tard.
– Lesquels ?
– Bah j’avais un peu de passion (17) pour la menuiserie parce que j’ai quand même fait un CAP (18) de Menuiserie, mais à la base, je voulais faire de la plomberie. Et je m’étais dit aussi pourquoi pas, de faire un BAFA (19) et de pouvoir travailler…
– Brevet d’animateur ?
– De voyages, en tant qu’animateur, en fait j’aime beaucoup ça, moi, parler, mettre l’ambiance et surtout voyager dans des super (20) endroits, quoi, et voilà.
– Ce soir, vous conduirez la voiture pour aller monter les marches (21) ou pas ? Vous avez demandé à là conduire pour vous détendre peut-être ?
– Ah, non, non, parce que j’ai pas le permis, donc je pourrai pas conduire la voiture mais je pense que… même si je la conduis, il y aura quand même le stress et j’aurai du mal à sortir de la voiture, je pense.
– Vous avez le trac (22)?
– Ça commence à monter de plus en plus, oui !
– On dirait que vous vous excusez presque d’être là, Rod Paradot.
– M’excuser d’être là, non, non, mais bah, c’est… Je suis super émerveillé mais je préfère rester justement sobre et… bah de me dire que c’est juste un moment super et qu’après, tu vas continuer ta vie, si ça marche pas, et… mais voilà.
– Vous y croyez, ça ? Vous pensez vraiment que vous allez recommencer votre vie d’avant, retourner au lycée s’il le faut ?
– Bah je préfère me dire ça parce que honnêtement, après le tournage, c’était quand même très, très dur et ça a été beaucoup d’émotion parce que on est quand même une famille sur un tournage, et trois mois passés ensemble sur un tournage et après, se retrouver chez soi… Bon ça va parce que je suis parti en vacances, donc ça allait un petit peu mais une fois que je suis rentré chez moi, je me sentais pas très, très bien et je me sentais un peu seul…
– Une petite déprime ? (23)
– Et oui, j’ai un peu déprimé (23). Et du coup, je me suis un peu posé les questions sur ce que j’allais faire. Donc du coup, aujourd’hui, je me dis que ça reste une très belle expérience et que si ça marche pour moi, c’est très bien, c’est très beau et je vais mettre toutes les capacités possibles pour le faire, donc du théâtre, plein de choses qui pourraient m’aider. Et si ça marche pas, bah de me dire que ça reste une très belle expérience et un très beau moment, et que je continue ma vie au quotidien, quoi.
– Là, il y aura tous les réalisateurs du monde, tous les meilleurs à Cannes, votre rêve, là, tac, le rôle le plus fou avec qui vous aimeriez tourner ? Si il y avait juste à dire : « Moi, je veux. »
– Ah, je connais pas encore vraiment exactement ce monde-là, et je connais pas tout le monde, donc je prendrai ce qu’on me propose et avec les personnes avec qui je suis entouré en ce moment, et je pense qu’ils m’aideront à aussi bien savoir avec quelles personnes tourner ou… parce qu’on m’a quand même dit que je faisais un film… apparemment, il y a la barre, la barre haute (24), très haute, là. Donc après, là, on m’a dit que si je refaisais un film, j’allais sûrement redescendre de…
– D’un étage.
– D’un étage, voilà, donc du coup, bah, je sais pas et on verra comment ça vient. Je préfère laisser les choses venir.

Quelques détails :
1. arriver en tête d’affiche : être parmi les acteurs principaux, dont les noms sont imprimés en gros sur l’affiche du film.
2. Un casting : les Français ont emprunté un mot à l’anglais pour désigner cette séance pendant laquelle sont choisis les acteurs d’un film.
3. Je connaissais c’était qui… : cette phrase n’est pas correcte du tout. Il faudrait dire : Je savais qui était cette dame-là. / Je connaissais cette dame-là.
4. Mec : un mec est un homme (argot). Certains l’utilisent pour s’adresser à un homme de façon familière: « Hé mec, qu’est-ce que tu fais là ? »
5. Une grande personne : normalement, cette expression désigne un adulte, par opposition aux enfants. Ici, il voulait dire qu’il allait devoir jouer avec une actrice célèbre et talentueuse, une grande dame du cinéma comme on dit, lui, le petit débutant.
6. Davantage peur : on peut dire aussi : plus peur (en prononçant le S de plus)
7. je donnerai toutes les capacités : ça ne se dit pas vraiment. Soit il faut dire : Je donnerai tout / Je ferai tout pour y arriver. Soit on dit : Je me donnerai les moyens d’y arriver. Le mot capacité s’emploie par exemple en disant : J’ai la capacité à jouer ce rôle. / Il a des capacités.
8. La Seine-Saint-Denis : il s’agit d’un des départements de la région parisienne, le 93. Le taux de chômage y est élevé, les jeunes des banlieues ont du mal à trouver du travail.
9. Folle : il veut dire que sa famille est survoltée à l’idée que leur fils devienne acteur.
10. Le petit con : c’est une insulte.
11. Faire chier quelqu’un : énerver quelqu’un (vulgaire)
12. une tata : une tante (terme utilisé par les enfants)
13. péter les plombs : faire n’importe quoi, sans réfléchir
14. prendre la grosse tête : se croire meilleur que tout le monde et devenir prétentieux. (familier). Le résultat ensuite, c’est qu’on a la grosse tête.
15. sobre : simple. C’est un peu bizarre de l’employer comme ça car quand on l’utilise à propos de quelqu’un, cela signifie plutôt que cette personne ne boit pas. Mais quand on parle d’une vie sobre par exemple, cela signifie qu’elle est simple, sans excès. C’est ce sens-là auquel il pense.
16. Rester la tête froide : la véritable expression, c’est garder la tête froide, c’est-à-dire garder son calme, ne pas s’emballer, ne pas se laisser bercer d’illusions, rester réaliste face au succès, qui peut être passager. On dit aussi : garder la tête sur les épaules ou encore garder les pieds sur terre. Il joue avec les mots puisque l’autre expression, qui donne son titre au film, garder la tête haute, signifie qu’on ne cède pas, qu’on garde sa dignité.
17. Un peu de passion : normalement, ces deux termes ne vont pas ensemble, puisque par définition, la passion n’est pas du côté du peu, du modéré ! Il emploie souvent « un peu » d’une manière bizarre, comme pour atténuer certaines choses qu’il dit.
18. Un CAP : c’est un diplôme professionnel qu’on doit avoir pour exercer certaines professions mais qui ne représente pas un haut niveau d’études.
19. Faire un BAFA : c’est le diplôme qui permet de s’occuper des enfants ou des jeunes dans les centres aérés, ou les centres de vacances.
20. Des super endroits : il fait une liaison impossible car super ne prend jamais de S. Mais c’est effectivement inconfortable de ne pas faire la liaison ! Donc souvent, on se débrouille pour inverser et dire : des endroits super, ce qui résout le problème.
21. Monter les marches : c’est presque devenu un symbole du Festival de Cannes. La montée des marches du palais des festivals est un spectacle !
22. Avoir le trac : avoir peur avant d’entrer en scène quand on est acteur. Mais on l’emploie aussi pour toute situation où il y a des gens qui vous regardent, par exemple un examen oral.
23. Une déprime / J’ai un peu déprimé : c’est un moment de la vie où on ne va pas très bien moralement, mais ça n’a pas l’intensité d’une dépression. On dit qu’on est déprimé. Ici, il emploie le verbe déprimer de manière incorrecte, mais qu’on entend de plus en plus souvent. Normalement, on dit : cet échec m’a déprimé. / Le fait de me retrouver seul m’a déprimé. / ça m’a déprimé de me retrouver à la maison, de ne plus voir l’équipe de tournage. On ne l’emploie pas avec un nom de personne comme sujet, comme il le fait en disant : J’ai déprimé.
24. Il y a la barre haute : l’expression correcte, c’est : placer la barre très haut (pas haute, contrairement à ce qu’on entend souvent), ce qui signifie que c’est difficile et ambitieux. Donc par glissement, on entend des gens dire aussi : la barre est haute / la barre est très haute.

L’interview à la radio est ici.

%d blogueurs aiment cette page :