Tag Archive | bonheur

Le paradis à pied

Encore une fois, j’ai regardé un documentaire de façon imprévue. Ce n’est presque jamais moi qui allume la télé mais le hasard fait bien les choses et je découvre des émissions ou des films auxquels en général, je ne m’attendais pas.

Trois ingrédients m’ont fait le regarder jusqu’à la fin :
– Tahiti, mais pas sur les plages.
– Des marcheurs, heureux d’être dans cette nature magnifique qui est leur terre.
– Et leur accent tahitien, qui ralentit la cadence des phrases et adoucit tous les R. Ecoutez leurs R !

Et j’ai pensé au commentaire laissé à la suite de mon billet précédent par Elena à propos de son accent. Finalement, je me demande où est la frontière entre ce que j’avais appelé un accent étranger et tous les autres accents français si variés !

Ce documentaire est à regarder pendant encore deux ou trois jours. Cliquez ici.

Faites vite si vous voulez (et pouvez) le voir !

On y découvre Tahiti autrement. Avec des oranges perchées dans la montagne !
C’était beau.

* Mise à jour : Merci à Meelis qui a donné le lien pour regarder ce documentaire ici aussi !

En voici un petit aperçu sonore:

Le paradis en marchant

Transcription
J’ai découvert mon pays et depuis, je suis tombée amoureuse des randonnées. La plupart des Polynésiens pensent que c’est difficile, faut être super sportif. Mais non ! Moi, j’y arrive (1), donc tout le monde peut y arriver.

Je pense que des fois, ils voient des photos d’ici et ils posent la question : Où c’est ? C’est où, cet endroit ? Et nous, on répond : C’est à M[…], chez toi. Mais c’est au fond dans la vallée. Et eux, ils sont surpris : Ah OK, c’est juste là en haut ! Je dis : Ouais, mais après, faut aller (2), faut vouloir aller aussi.

– J’ai pas envie de passer mes journées devant un ordinateur, être secrétaire, et tout (3). Je préfère être dans mon bureau, la nature. Tu vois cette forêt de bambous, là ? En plus, avec vue de la cascade et tout, ça, c’est formidable (4) ! Tu n’as pas le téléphone qui sonne, tu n’as pas le stress de l’ordinateur à répondre, et tout, quoi !
– C’est un plaisir ?
– Un grand plaisir. Tu es pas content d’être ici, toi ? C’est une randonnée familiale, et puis des enfants à partir de cinq ans, six ans, ils suivent tranquillement les parents, même il y en a qui sont dans les porte-bébés et tout, hein. Et ce qu’ils recherchent, c’est que il faut qu’il y ait une baignade (5) à la fin. Voilà, c’est surtout ça. Nous, on se baigne tout le temps. C’est… peu importe dans la journée (6) et tout, il faut qu’on se baigne à chaque fois, matin, midi, soir s’il le faut.

Non, j’ai pas de façon de marcher. C’est simplement qu’il faut pas oublier d’expirer le plus possible pour expulser les toxines et le gaz carbonique. Sinon, j’ai pas de marche particulière. Je peine (7) comme tout le monde, hein ! Oh, c’est dur ! (8)

– En compagnie des… du groupe, c’est sympa.
– Et bon, un bon moyen de découvrir…
– La nature.
– … Votre pays.
– C’est… Faut pas le dire ! Et la plupart du temps, nos guides (9), ce sont des popa’a.
– Des Popa’a, c’est… ?
– Pour nous, popa’a, c’est… bah c’est vous ! Nos guides, ce sont des popa’a (10). Honte à nous ! C’est eux qui nous font découvrir nos vallées. C’est un comble (11), hein !
– Et c’est pas bien, ça ?
– Non ! Bah non, c’est pas bien !
– Peu importe qui…
– Il faut que ce soit les Tahitiens qui nous font (12) découvrir les vallées !
– Oui, mais…

La joie de…, on se sent bien. On est légère, on pense à rien. Voilà. On admire et c’est tout. C’est ça, hein ? C’est ça.
On ne peut pas être insensible à tout ce qui nous entoure. C’est trop beau, c’est trop magnifique ! On est au paradis. On est au paradis.

Quelques explications :
1. J’y arrive : je réussis à faire ce que j’ai entrepris, j’en suis capable.Pour encourager quelqu’un par exemple, on peut lui dire : Mais oui, tu vas y arriver ! Si on a des doutes sur ses chances de succès, on peut dire: J’ai peur de ne pas y arriver.
2. Faut aller : ce serait mieux de dire : Il faut y aller. (Y remplace le mot vallée.)
3. et tout : c’est de l’oral, pour indiquer qu’on pourrait donner plus de détails.
4. C’est formidable : c’est super (plus familier) / c’est merveilleux.
5. Une baignade : le fait de se baigner. C’est aussi un endroit où il est possible de se baigner.
6. Peu importe dans la journée : peu importe quand. Le moment n’a pas d’importance.
7. Peiner : avoir du mal à faire quelque chose. Cela peut être physique ou intellectuel. Par exemple, on peut peiner sur un exercice de français.
8. C’est dur : c’est difficile.
9. un guide : celui ou celle qui emmène d’autres personnes en randonnée.
10. Un popa’a : un étranger, en tahitien. Ici, ce sont les Français venus de métropole dans ce département d’outre-mer.
11. C’est un comble : ça ne paraît pas croyable et il y a une sorte de paradoxe : ce sont les popa’a, les étrangers, ceux qui ne sont pas vraiment de Tahiti qui connaissent ces vallées et guident les Tahitiens.
12. qui nous font : normalement il faudrait dire : qui nous fassent (au subjonctif)

Publicités

Elle, avec les autres

the-seasons-canon

D’abord, il faut regarder et écouter. (Cliquez sur la photo)
Puis il faut écouter Marie-Agnès Gillot en parler.
C’est vraiment une belle interview, ces deux voix qui se répondent, si naturellement, sans bavardage, l’une qui suscite l’autre. Juste les mots nécessaires, pour dire la danse, l’enfance, le travail passionné. Il y a de l’intensité dans cet échange.

Marie-Agnès Gillot

Transcription:
– Ce qui est fascinant, Marie-Agnès Gillot, dans cette chorégraphie, et ce qui participe aussi de l’impact émotionnel, c’est quand même le nombre de danseurs, il faut dire près d’une cinquantaine, je crois.
– Cinquante-quatre, ouais.
– Qui forment un ensemble ?
– Une masse qui est…
– Organique ?
– Organique. Et j’ai rarement senti une émotion pareille (1) en… sur scène. Le groupe fait la force, c’est vraiment ça, quoi.
– Qu’est-ce qui se passe entre tous ces corps ?
– Une harmonie.
– Et en même temps, c’est un été très sombre.
– Oui… Nous, on le… Je me rends moins compte de ça parce que j’ai pas vu la pièce. Mais c’est… c’est surtout des états de corps qui sont très crispés en fait et je pense que c’est ça qui rend (2) la tension, et peut-être le déluge mais…
– Quelque chose de l’ordre de (3) la communion aussi entre vous… tous ?
– Ouais.
– On pourrait presque parler d’une communauté en fait, une communauté de corps.
– Exactement.
– Pourtant c’est un monde très hiérarchisé (4).
– Oui, mais c’est ça qui est beau justement, c’est que… c’est qu’on nous mette tous ensemble parce qu’en fait, c’est ce qu’on aime.
– On pourrait croire que l’Etoile de l’Opéra est là pour être mise en valeur (5), de manière ostentatoire.
– Oh, je l’ai été et je le serai encore. Mais…
– C’est pas le cas en tout cas dans cette chorégraphie.
– Non.
– C’est pas pour ça qu’on est au centre, qu’on devient étoile justement, pour qu’on nous voie ?
– On nous voit toujours, mais je pense que… ça fait tellement de bien de danser avec… avec des… avec des corps. Mais vraiment avec soi, c’est-à-dire pas sur le côté à vous regarder mais dans le même état que vous.
– Vous avez l’air émue.
– Non, mais j’adore, quoi ! Ça me… Je regrette (6) mes années Corps de ballet. J’ai adoré faire Corps… le Corps de ballet. C’est bien d’être Etoile, mais on est tout le temps seule, quoi ! Et là, c’est de nouveau une communion comme vous disiez. Et ça, c’est chouette (7), quoi ! Ça arrive pas souvent.
– C’est qui, votre étoile à vous, Marie-Agnès Gillot ?
– C’est… je sais pas, j’allais dire une bêtise ! (8)
– C’est ma mère !
– J’allais dire : C’est mon chien ! N’importe quoi ! (9)
– Celle qui vous a fait rêver, celle qui…
– Ah, c’est hyper dur parce que… Je sais pas du tout.
– Quand vous étiez petite ?
– Ah bah, moi, je connaissais pas les danseuses quand j’étais petite !
– Ah, c’est vrai ?
– Non, non, j’ai jamais… Moi, j’avais des posters de chiens dans ma chambre ! J’avais pas des posters de danseuses !
– Donc c’est venu complètement…
– Ah oui, c’est pas du tout une passion de… enfin que la mère a transmis (10) sur la petite fille, je dirais.
– Et c’est vous qui avez décidé de faire de la danse quand vous étiez toute petite ? Vous avez demandé de faire de la danse ?
– Non. Je crois qu’on m’a… Non , je crois que c’est parce que je levais les jambes déjà ! Et je mettais les jambes sur les tables, donc on m’a dit : Il y a un endroit pour faire ça.
– Tout de suite, on s’est rendu compte que vous aviez quelque chose (11)…
– Ouais, ouais.
– Quel âge ?
– Sept ans.
– Et ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire que… bah, c’est un peu tracé (12) quand même !
– Ça veut dire que ce sacrifice – parce que c’est aussi un sacrifice, je suppose, quand même – vous avez su très tôt que vous alliez le faire ?
– Ouais. Mais c’est pas un sacrifice parce que quand c’est une passion en fait, on… on supporte beaucoup de choses en fait. Je pense que si ça ne… si c’était pas sincère, je pense que j’aurais encore plus… En tout cas, je me souviendrais peut-être de la douleur. Mais je m’en souviens pas trop en fait.
– Jamais ?
– Non.
– Et pourtant, on souffre.
– Ouais, quelquefois mais…
– Au quotidien ?
– Non. Non, non. C’est quand même un plaisir. On a des courbatures (13) mais c’est pas de la souffrance.
– Ça veut dire quoi ? Ça veut dire énormément de travail après chaque spectacle, de… d’étirements, de… C’est un sport…
– Non. Mais plus on grandit, plus on connaît absolument bien son corps. C’est-à-dire que à vingt ans, on y va à fond (14). A trente ans, on commence à se découvrir. Quarante ans, on se connaît vraiment.
– Vous disiez : Je vais partir.
– Ouais.
– Vous allez partir quand ?
– Le 6 avril 2018.
– Vous l’appréhendez (15), ce moment ?
– Non, je l’attends en fait.
– Et vous allez faire quoi ? C’est un spectacle, un dernier spectacle ?
– Je vais danser Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Et donc c’est… Je trouve ça super de quitter la scène avec un ballet pareil. Et c’est une pièce où je ne suis pas regardée, parce que c’est l’histoire d’Orphée et Eurydice. Donc c’est aussi… Je trouve que c’est un clin d’oeil (16) à… à ne plus être regardée.
– Vous avez déjà commencé… à travailler ?
– J’essaye (17) de trouver une interprétation différente pour ma dernière… enfin, sans jamais changer ce que Pina voulait de moi, mais j’essaye de trouver des concordances avec ma… ma dernière scène, ma dernière vie, sur scène.
– Et ça sera quoi ?
– Je peux pas vous dire encore, j’ai un an et demi pour y réfléchir. Je vais bosser (18) en tout cas !
– Vous aimeriez que ce soit quoi ?
– Un… Un rêve.
– Merci, Marie-Agnès Gillot d’être venue faire un tour (19) dans Boomerang.

Quelques détails :
1. une émotion pareille : une émotion comme celle-ci, une telle émotion.
2. Rendre: ici, cela signifie exprimer.
3. c’est de l’ordre de la communion : cela ressemble à une communion, cela s’apparente à une communion.
4. Un monde très hiérarchisé : il s’agit du monde du Ballet de l’Opéra, où les danseurs et les danseuses font partie d’une hiérarchie, où chacun essaie de progresser de de gravir des échelons, jusqu’au grade d’Etoile de l’Opéra, et où on doit respecter cet ordre.
5. Mettre en valeur (quelque chose ou quelqu’un) : rendre quelque chose ou quelqu’un très visible, de manière positive.
6. regretter une époque, une période : avoir la nostalgie de cette époque et donc vouloir y être encore.
7. C’est chouette : c’est super, c’est vraiment bien. (familier)
8. dire une bêtise : dire quelque chose de faux, ou de stupide.
9. N’importe quoi ! : on utilise cette expression pour porter un jugement négatif sur quelque chose (une action, une pensée, une idée, etc.) qu’on trouve stupide. (familier)
10. il faudrait accorder le participé passé avec « une passion » et dire : Une passion que la mère a transmise
11. avoir quelque chose : avoir des qualités particulières, qui prédisposent à faire quelque chose de spécial et qui différencient des autres.
12. C’est tracé = c’est un destin tout tracé. Ce choix fait dans son enfance a déterminé tout le reste, sans surprise, car c’est le même parcours pour tous ceux qui choisissent cette voie.
13. Avoir des courbatures : avoir mal musculairement après des efforts physiques
14. y aller à fond : faire les choses sans retenue, sans se ménager, au maximum.
15. Appréhender quelque chose : en avoir peur par avance, avoir des inquiétudes avant quelque chose. Si on l’emploie avec un verbe, il faut dire : appréhender de faire quelque chose. Par exemple : Il appréhende sa retraite. / Il appréhende de se retrouver à la retraite.
16. C’est un clin d’oeil : cela renvoie symboliquement à autre chose, à une autre idée, etc.
17. J’essaye = j’essaie. Ce verbe a deux formes équivalentes.
18. Bosser : travailler (familier)
19. venir faire un tour quelque part : venir quelque part, pas trop longtemps. On l’emploie aussi avec le verbe aller : J’ai envie d’aller faire un tour en ville cet après-midi.

L’émission entière est ici.

Ce ballet est de nouveau programmé en mai 2018.
Bien tentant… Paris n’est pas loin en TGV !
Je l’avoue, je n’aime pas tellement les ballets classiques mais j’aime vraiment voir les danseurs classiques dans d’autres chorégraphies car ils y apportent la rigueur et la perfection incomparables de leur travail et l’harmonie de leurs corps capables de tout.

Et puisqu’on est dans la danse, vous vous souvenez, je vous avais parlé de ce film La Relève que j’avais vu au cinéma il y a quelques mois.
On le trouve maintenant en DVD ! Faites-vous plaisir !

A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

Du jour au lendemain

EconomiesJe n’étais pas partie du tout pour écouter cette émission. Mais le témoignage de ce petit monsieur – allez savoir pourquoi je l’imagine petit ! – m’a accrochée. Un peu pour sa vie de chômeur qui change d’un coup de baguette magique, grâce à une grille gagnante au Loto. Mais surtout pour la façon dont il raconte cette histoire, avec des « je lui dis », « elle me dit » pour exprimer des émotions et des sentiments tout simples de gens simples qui savent comment marche le monde. Et pour son accent ! Pas un sudiste du tout, ce grand gagnant !

Grand gagnant

Transcription :
– On y va, on y va, on y va !
– Cinq grilles du Super Loto pour le vendredi 13.
– Oui. Et des bonnes, hein ! On y croit ! Chaud bouillant ! (1)
– Ce Flash (2), Jean-Jacques, que vous venez de faire, c’est exactement ce qui s’est passé ce jour d’avril 2015 ?
– Pareil. Un Flash. Je venais juste d’être licencié, j’étais à bout (3), à bout, à bout. J’ai dit : Bon bah allez, on va essayer de chercher la chance (4). Donc je suis allé faire un Loto. Bah la chance m’a souri. Un lundi soir, je passe devant le bureau de tabac (5) où j’avais joué pour aller faire valider mon bulletin et puis pour rejouer pour la semaine. Et puis je rentre dans le bureau de tabac, la dame était seule, alors je passe mon bulletin. Et elle me dit : Monsieur, je peux pas vous payer.
Ah bon ! Bah pourquoi vous pouvez pas payer ?
Parce que vous avez un gros lot.
Ah bon ?
Elle dit : Attendez, on va appeler la Française des Jeux.
Moi, j’ai pas tilté (6) en fait. Je dis : Bon bah j’ai un gros lot. Ça veut dire quoi, un gros lot ? Je sais pas.
Elle me dit : Voilà, vous avez gagné deux millions quatre-vingt-dix-sept mille euros.
Elle me dit : ça va ?
Bah… Je… Non, j’étais déjà pas bien dans la tête, ça vous assomme, quoi, quelque part ! Vous y croyez pas vraiment.
– Vous ne réalisez pas tout de suite ?
– Bah non, non ! C’est un coup de massue (7) sur la tête !
Je rentre à la maison et je me dis : Comment je vais l’annoncer à mon épouse ? Mon épouse rentrait à 8 heures et demie. Donc je mets la bouteille de champagne dans le frigo. Je mets sur un plateau dans la cuisine. J’entends la voiture qui arrive, elle rentre et je dis : Chérie, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
Tu as retrouvé du boulot ?
Non, mieux que ça. Tu sais que je joue au Loto.
Bah oui ! Je sais bien !
Je lui dis : J’ai gagné 50 000 euros.
Elle me dit : C’est pas vrai !
Bah je dis : Non, c’est pas vrai. J’ai gagné 500 000 euros.
Oh !
Je dis : Non, non, je vais te dire, on a gagné deux millions d’euros.
Et là, plus un bruit !
– C’est irréel. C’est pas possible, c’est une blague (8) ! On n’a même pas bu le champagne, on n’a même pas mangé, on n’a pas dormi du tout de la nuit. (9)
– Parce que la Française des Jeux m’avait dit : Attention, pas de ticket, pas d’argent.
– Vous me disiez : on ne réalise pas. Et à la remise de chèque, alors ?
– Bah, étonnamment, c’est bizarre, on se rend pas compte de ce que c’est toujours (10). C’est pas de l’argent, c’est… Vous voyez rien.
– C’est le jour où l’argent a été sur votre compte ?
– Voilà, là, on avait une grosse ligne, là, là, avec beaucoup de zéros, c’était bien ! On pouvait dire : Là, c’est bon, je l’ai, c’est à moi.
– Vous choisissez à ce moment-là de le cacher ?
– Non, non. La famille connaissant notre misère actuelle, du fait de ma perte de travail et tout ça, j’ai voulu faire partager ma joie et mon plaisir.
– On ne change pas de monde comme ça ?
– Non. Non.
– On ne passe jamais de cette vie-là à l’autre. On essaye d’apprendre, mais on n’est jamais pareil. A Saint-Tropez, où on est allé faire un tour (11), on va dans un magasin. Mon épouse demande le prix d’un sac. C’était chez… enfin une marque de luxe. Et la dame dit à mon épouse : C’est pas la peine (12), madame, vous pourrez pas vous le payer. Comme quoi, c’est pas si facile d’être riche du jour au lendemain (13). Il y a des codes qu’on n’a pas et qu’on n’aura jamais. Mais ça me dérange pas, hein !
– Vous avez suivi des ateliers (14) justement pour apprendre avec la Française des Jeux de…
– Oui, mais comme quoi (15), c’est peut-être pas suffisant.
– Alors, on sourit, là, mais beaucoup de grands gagnants parlent aussi d’angoisse. On frôle même la solitude.
– Oui, tout à fait. Oui, à vivre au quotidien, c’est pas toujours évident. On va au restaurant, bah on invite des gens, on paye l’addition (16) parce qu’on le veut bien. Mais si on le faisait pas, je suis sûr que les gens diraient : Bah, tiens, il est pingre (17). Ils sont… Ils peuvent même pas nous payer le restaurant, quoi, tu vois ! C’est difficile. C’est… On a perdu des amis comme ça. On pensait qu’ils étaient sincères et qu’ils nous aimaient pour ce qu’on était. En fait, on s’aperçoit que des gens, des fois, nous aiment pour ce qu’on a et pas pour ce qu’on est, du fait de notre position de grands gagnants en fait.
– Donc au risque de choquer certains auditeurs, c’est pas si simple, d’être grand gagnant !
– Non, c ‘est pas si simple, non ! On ne se plaint pas, mais c’est pas si simple que ça. La jalousie !
– Tant qu’on n’est pas passé par là, on peut pas savoir. C’est vrai que c’est deux mondes différents.
– Quand on a autant d’argent sur son compte en banque, est-ce qu’on a encore des rêves ?
– Bah, des rêves, on en a toujours, tout le temps.
– Et parmi eux, que ça recommence !
– Ah bah j’espère bien ! Peut-être ce weekend, ça serait bien !
– Avec moi ! Moi je joue…
– Allez, chiche (18)! On y va !

Des explications :
1. chaud bouillant : cette expression très familière (orale) signifie que la personne est prête à faire quelque chose, avec beaucoup d’excitation.
2. Un Flash : c’est un des types de jeux du Loto.
3. Être à bout : être épuisé moralement et physiquement.
4. La chance : en français, c’est toujours positif. Normalement, on dit : tenter sa chance :ce jour-là, il a décidé de tenter sa chance..
5. Un bureau de tabac : ce sont les magasins où on achète les cigarettes. Le propriétaire ou le gérant est un buraliste.
6. Je n’ai pas tilté : je n’ai pas réagi car je n’ai pas compris. On dit aussi : ça n’a pas fait tilt. (familier)
7. Un coup de massue : une massue sert à frapper très fort. Donc au sens figuré, recevoir un coup de massue, c’est être assommé par une nouvelle, par un événement, ce qui signifie qu’on ne même peut plus réagir, tellement on est surpris ou choqué.
8. C’est une blague ! : c’est une plaisanterie / Tu plaisantes. (familier)
9. ne pas dormir de la nuit : c’est passer la nuit sans dormir du tout. C’est la préposition « de » qui permet d’insister. On entend souvent cette structure, dans des phrases négatives. Par exemple : On n’a pas vu le soleil de la semaine. (= pendant toute la semaine) / Il ne m’a pas parlé de tout le voyage.
10. Toujours : cet adverbe n’est pas bien placé ici. Il faudrait dire: On ne se rend toujours pas compte… (= on continue à ne pas se rendre compte / à ne pas comprendre.)
11. aller faire un tour quelque part : aller se promener quelque part.
12. Ce n’est pas la peine : ça ne sert à rien.
13. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition.
14. Suivre un atelier : suivre une formation spécifique et pratique pour apprendre quelque chose
15. Comme quoi… : c’est la preuve que… / On voit bien que…
16. payer l’addition = payer le restaurant
17. pingre : avare, pas généreux. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent.
18. Chiche ! : c’est ce qu’on dit quand on accepte un défi, un pari. (familier)

L’émission complète est à écouter ici.
Avec d’autres témoignages de gens dont la vie a basculé de la même manière, des chiffres sur les chances de gagner de telles sommes, des questions, etc.

Et vous avez lu La Liste de mes envies ?

Jamais sans son chien

Le chien invisibleJ’avais oublié ce livre sur son étagère. Mais il m’est revenu en entendant cette vétérinaire à la radio. Elle y racontait son enfance et son adolescence, en y disant la place des animaux, les vrais et les imaginaires, avec une sincérité qui m’avait retenue jusqu’au bout.

Jamais sans son chien

Transcription :
J’étais une dingue (1) d’animaux, donc j’étais pas raisonnable. Je pleurais devant les magasins de chiens pour avoir mon chien. Chaque fois, je pleurais, je trépignais, je faisais des colères. Je connaissais toutes les races par cœur, j’embêtais ma mère dans la rue : « C’est quoi, cette race ? » Alors, ma mère : « Oui, oui, c’est ça, ma chérie, c’est un cocker spaniel. Oui, oui, c’est ça. » J’étais une folle, hein ! J’étais une folle de chiens ! Puis j’ai bien vu que ma mère ne cèderait pas, et un jour, elle m’a dit – je devais avoir douze ans : « Oh bah ma chérie, tu ne parles plus d’avoir un chien. » « Bah, maman, j’ai un chien ! » « Enfin, ma chérie, qu’est-ce que tu racontes ! (2) » « Mais tu vois pas qu’il est par terre, mon chien, là ? Il s’appelle Rox, c’est un berger allemand, il est magnifique , il obéit très, très bien. » C’était mon compagnon, c’était… c’était mon protecteur, c’était mon alter ego. Il était dans mon… dans mon imaginaire, mais il était réel. Il était vivant ! Je m’en rappelle (3) encore… de ce chien. J’allais à l’école, je marchais à pied boulevard des Invalides (4) et mon chien m’accompagnait, parce que j’avais un peu peur sur ce grand boulevard. J’avais plus peur depuis que j’avais le chien. Donc là, ma mère s’est dit : « Elle est vraiment complètement dingue ! Faut que je fasse quelque chose. » Elle a fini par céder.
C’était un bâtard de labrador et de fox terrier. C’était pendant mon adolescence, j’étais complètement accro (5) à ce chien. Et tous les amis que j’avais devaient faire allégeance (6) au chien. J’allais pas chez mes copains sans mon chien, j’allais pas en boîte (7) – tous ces trucs-là, j’ai jamais fait. J’allais pas en vacances sans mon chien, donc les parents de mes copains etaient fous de rage en disant : « Mais c’est quoi, cette fille qui vient avec son chien ! » Et ma mère était très rassurée que j’aie mon chien dans le fond parce qu’elle s’est dit : elle va pas faire de bêtises en mobylette (8). En fait, ce chien était un peu mon ange gardien et ça a très bien fonctionné. Je serais peut-être pas vétérinaire si je l’avais pas eu. J’en avais rien à faire (9) des hommes ! Franchement, hein ! Ça m’intéressait pas, j’étais très égoïste, je pensais qu’à moi. Je pense que j’étais vraiment mono-tâche, c’est-à-dire mon plaisir à travers les animaux. En fait, je pense que je soignais un manque terrible. C’est après avec le recul (10), hein, donc j’étais un petit peu malade. Et ce chien m’a sauvée. Il m’a aidée à me construire, à trouver une voie. Ça m’a pris par la main et ça m’a remis dans le droit chemin (11). Mais il a fallu beaucoup d’années pour ça. Et ce chien m’a accompagnée neuf ans. Puis un jour, il est parti, il a fugué. Alors, ça a été le drame (12) de ma vie. Enfin alors dans ma famille, on ne comprenait pas pourquoi j’étais en larmes, etc. « Et comment est-ce que Marie-Hélène peut avoir si… Pleurer pour un animal ! » Alors ça, c’est incroyable de dire ça ! Pourtant, plein de gens pensent ça encore. C’est un vrai anti-dépresseur (13), l’animal, parce qu’il vit le moment présent. Par exemple, le chien – ou le chat – se lève le matin, il est normal, positif. Chaque jour est une fête parce qu’ il sait vous apprendre le rayon de soleil, l’odeur de l’humus (14), la frénésie de sortir… enfin, c’est une espèce de bombe de bonne humeur permanente. Et nous, dans notre vie totalement dégénérée, avec… ce qui arrive encore plus maintenant avec toutes les ultratechniques, on a complètement perdu le… l’instant présent. Donc on vit pas le moment présent, alors que le chien, le chat, l’oiseau, même si c’est pas domestiqué comme le chien, ça vous apprend à vous poser, à regarder, à essayer de comprendre ce qui se passe dans l’instant T. Les animaux sauvages ou dans la nature, c’est encore plus vrai. Le lombric (15) qui sort de terre, ça m’amuse. Les tortues qui pondent dans la terre, c’est fascinant, la tortue qui va pondre. Déjà, de voir l’oiseau sur le balcon, ça fait partie du merveilleux, ça, voir un oiseau qui se pose, là, un rouge-gorge, une mésange, dans un bois, une biche qui s’arrête, pour moi, c’est magique ! Mais c’est pour moi. C’est figer le temps et… Ah… cette espèce de suspension, là, qui vous… qui vous nourrit.

Des explications :
1. être dingue de quelque chose : être fou de quelque chose (familier)
2. Qu’est-ce que tu racontes ? : quand on pose cette question, avec le verbe raconter, c’est qu’on ne croit pas à ce que la personne dit, ou qu’on pense qu’elle dit n’importe quoi.
3. Je m’en rappelle encore de..  : normalement, le verbe se rappeler s’emploie sans préposition : je me rappelle encore ce chien. C’est le verbe synonyme de se souvenir, qui, lui, est suivi de la préposition « de ». Mais on entend très souvent les gens dire : se rappeler de.
4. Boulevard des Invalides : c’est à Paris.
5. être accro à quelque chose : ne pas pouvoir s’en passer, être dépendant. (familier)
6. faire allégeance à quelqu’un : c’est le terme qu’on utilise pour parler des vassaux qui prêtaient serment à un seigneur au Moyen-Age.
7. Aller en boîte : aller passer la soirée en discothèque (familier)
8. une mobylette : le deux-roues que voulaient avoir les jeunes pour être indépendants avant d’avoir le permis de conduire. Aujourd’hui, ils demandent un scooter à leurs parents.
9. J’en ai rien à faire de (quelqu’un ou quelque chose) : ne pas s’y intéresser du tout. (familier)
10. Avec le recul : quand on analyse les choses plus tard, avec plus de lucidité que sur le moment.
11. Remettre quelqu’un dans le droit chemin : cette expression signifie qu’on aide quelqu’un à ne plus s’égarer, à ne plus commettre d’erreurs, à avoir une vie qui respecte les règles.
12. Un drame : un événement tragique
13. un anti-dépresseur : normalement, c’est un médicament qui soigne la dépression.
14. L’humus : la terre
15. un lombric : un ver de terre

Pour finir, voici un passage du Chien invisible que j’ai lu et relu avec mes garçons. Définition de cet ami extraordinaire, dans une accumulation qu’il fallait dire le plus vite possible !

Ami invisible

C’est mon chien Il est invisible

L’émission est ici « (Hymne à l’animal de compagnie », à la fin)

Tombés dedans quand ils étaient petits

Le troupeau
Des vaches dans des prés.
Des vaches qui vivent tranquillement leur vie.
Des vaches qui ont des prénoms.
Et deux jeunes éleveurs qui aiment leurs vaches et leur travail. Oui, il reste des agriculteurs qui font bien leur travail pour nous nourrir correctement. (Même si cette petite vidéo ne dit pas tout des difficultés que certains – ou beaucoup – rencontrent pour continuer à vivre de la terre.)

Pour regarder ces deux jeunes agriculteurs, c’est ici.

Transcription
– Chips, Azalée, Ballerine, Bavière, Energie, Douce, Cannelle.
– C’est moi qui les baptise et c’est important. Il y a pas… C’est pas un nom au hasard. (1)
– Fraise, Effrontée. Ah, Alaska aussi, j’ai pas dit. Ah, comment elle s’appelle, elle ?
Je suis un pur produit bio. Je suis né… je suis né dans la bio puisque c’est… On est la troisième génération du coup avec Stéphane. Je suis tombé dedans, comme Obélix dans la marmite. (2)
On a retrouvé un peu dans… dans notre travail, c’est… c’est ce qu’on avait oublié avec le système productiviste. On est vraiment reparti dans une vraie démarche (3) où bah on observe vraiment tout ce qui se passe.
– Allez, venez, venez, venez ! Doucement !
– Aujourd’hui sur la ferme (4), on a… on a des prairies à fleurs variées, ce qui fait qu’on a un lait qui est un lait doux, non acide, qui se rapproche du lait des montagnes.
On n’a pas forcément un métier facile. Mais on a quand même une situation vachement (5) agréable que… Tu es… Tu vis dans la nature, tu es pas pressé par le temps. Chez nous, on court plus (6), on prend le temps de vivre et tout. Puis bah je pense qu’on est fier aujourd’hui, au bout de… d’un demi-siècle, d’être encore là, que ce soit la troisième génération et que bah on peut faire perdurer ça, quoi, c’est… C’est ça qui est… enfin moi, je trouve vraiment génial (7), quoi.
Ça fait du bien de goûter au Vrai !

Quelques détails :
1. ce n’est pas un nom au hasard : c’est un nom choisi en fonction de la vache et de sa personnalité. Donc c’est assez amusant de voir une vache qui s’appelle Ballerine. Pas tout à fait l’image qu’on se fait d’une danseuse !
2. Être tombé dedans : cette expression vient de la bande dessinée que tous les Français connaissent : Astérix et Obélix, les deux Gaulois. Obélix, dont la caractéristique principale est sa force surhumaine, doit cette qualité au fait que lorsqu’il était petit, il est tombé dans une marmite (ou un chaudron) de potion magique. Donc quand on dit de quelqu’un qu’il est tombé dedans, à propos de ce qui fait sa personnalité, cela signifie qu’on parle du moment où cette passion est née et de la force de cette passion ou de ces qualités. Au contraire, lorsqu’on dit : Il n’est pas tombé dedans, cela signifie que la personne n’est pas vraiment douée pour une activité donnée !
3. une démarche : une façon de faire
4. sur la ferme : normalement, on dit : à la ferme. Ici, « sur » indique qu’il veut parler de leurs terres dans leur ensemble.
5. vachement = très (familier et seulement oral.) Et ça tombe bien d’utiliser ce mot quand on élève des vaches !
6. plus : écoutez comment il prononce ce mot : on n’entend pas le « L ». C’est fréquent dans certaines régions en France.
7. génial : super, très bien (familier, oral)

Pour simplement les écouter:

Les vaches de Stéphane et Gaetan

Et Obélix, qui est tombé enfant dans le chaudron de potion magique:

Asterix et Obélix

Au fil de l’eau

Comme un avion

Pour une fois, nous avons vu un nouveau film juste à sa sortie ! Mais comme souvent, cela fait plusieurs jours que j’ai commencé à préparer ce billet sans parvenir à le terminer ! Un très bon moment de cinéma, à suivre le voyage de cet homme ordinaire, sans histoire comme on dit, mais qui se raconte plein d’histoires et a la tête encore pleine de morceaux de l’enfance. Il est légèrement agaçant, un peu pathétique, sincère, attachant, tout cela à la fois. Un voyage presque sur place, plein de fraîcheur, teinté d’un certain désenchantement, avec toujours cet humour intelligent et poétique qui fait du bien.
Il y a aussi Sandrine Kiberlain et ses intonations, ses rires. Et Charlélie Couture qui chante, Alain Bashung qui dit / chante sa très belle Vénus, et le deuxième prélude du Clavier bien tempéré de Bach.

Voici un petit extrait d’une émission avec Sandrine Kiberlain. Cela commence par un passage du film, qui donne parfaitement le ton et où le « non » de la fin répété trois fois par Bruno Podalydes dit tout. Je me régale à écouter comment on peut jouer avec un simple mot !
(Mais si vous préférez regarder d’abord la bande annonce, allez à la fin de ce billet.)

Comme un avion

Transcription :
(extrait du film)
– Tu étais passé où ?
– Bah en fait, j’étais sur le toit parce que j’avais plus de réseau. (1)
– De raison de quoi ? (2)
– De réseau.
– Et ça, c’est quoi ? C’est un genre de parachute, ça ?
– C’est pour flotter.
– Pour flotter ?
– Au cas où.
– Quel cas ? Pourquoi… Pourquoi tu veux flotter ? Non mais Michel, tu crois que je sens pas ce qui se passe, là. Tu complotes quelque chose de grave !
– Bon écoute, suis-moi.
– C’est quoi ? Tu construis un avion ?
– Non, c’est un kayak, un vieux rêve. Un vieux rêve auquel je te demande de croire.
– Ah là, là ! Déjà quand tu t’es mis au ukulélé, c’était un vieux rêve auquel tu me demandais de croire.
– Oui. Enfin là…
– Et tu comptes (3) ramer sur ce toit encore longtemps ?
– Non. Non. Non !

– Bonjour Sandrine.
– Bonjour, bonjour.
– Il y a deux films dans ce film. Vous êtes dans le premier. Et vous êtes celle qui… qui rend possibles les rêves de son mari. En fait, c’est un vrai film sur le bonheur conjugal (4).
– Ah mais je suis bien d’accord avec vous ! Ouais, pour moi, c’est le couple idéal. C’est… Ils s’aiment et en même temps, ils laissent l’autre libre, enfin tout ce dont on rêve, on rêverait. Elle lui donne des ailes (5) au moment où lui se cantonne à (6) fabriquer son petit kayak sur le toit de la maison. Elle lui dit : « Mais vas-y, prends l’eau ! » Et elle est celle qui, oui, qui lui donne la… un petit peu qui le pousse à l’eau (7), quoi.
– C’est ça l’amour.
– Bah c’est ça, l’amour. Et elle a confiance, et elle en profite d’ailleurs aussi pour elle aussi avoir une petite parenthèse (8) enchantée. Et ils ont cette façon d’oser se donner à chacun la liberté qui les rend heureux, et ils en sont d’autant plus… C’est… C’est… C’est d’ailleurs, à mon avis, c’est vachement bien décrit dans le film, ce qui se… ils se retrouvent avec d’autant plus de bonheur, quoi, voilà.
– Elle vit avec un petit garçon, quand même on peut le dire.
– Oui, mais je la trouve pas si maman que ça non plus, parce que je trouve qu’elle reste quand même sa femme, ils parlent de sexualité ensemble, ils ont un truc, on sent… on sent un couple un peu… un peu complet, quoi, je sais pas comment dire C’est un peu la… l’épouse, la mère, la maîtresse, la… Ils ont un peu traversé tous les stades des névroses de chacun sans doute !
Il part à un moment en kayak et il dit un truc très joli, il dit : « Cette femme est lumineuse. » Ça, c’est une pure indication de jeu, non ? Ou pas ?
Tout à fait, c’est vrai. Ouais. J’ avais intérêt à (9) être crédible là aussi !
– Et comment on fait pour être lumineuse ?
– « Ce que cette femme est lumineuse ! » et là, les spectateurs : « Ah ouais. Bon. (10) » Bah là… là, je m’en remets au metteur en scène, je me dis : « Tant pis pour toi ! C’est toi qui m’as choisie, voilà. Tu dis cette phrase, mais… » Non, mais je me dis que c’est lui qui me voit lumineuse. Donc à partir du moment où (11) lui me voit lumineuse, j’ai tendance à y croire, dans son regard en tout cas. Et donc peut-être que le spectateur me verra lumineuse. Mais tout ça, ça passe par la façon de plonger avec un réalisateur dans son histoire.
– Et puis Agnès Jaoui dit qu’ elle n’a jamais vu un metteur en scène avoir une gestion du temps comme la sienne, quoi, c’est-à-dire cette espèce de laisser-aller (12), de choses complètement…
– C’est même un peu… C’est désarçonnant (13) au début. On se dit : Mais il fait un film… ou il fait… quoi ? Qu’est-ce qu’il trafique (14) ? Il nous met dans un truc… Il fait un voyage en kayak ? Il fait… Et… Et très vite, on comprend que c’est très sérieux, il y a un vrai film, un vrai chef op (15), une vraie équipe et tout ça, mais…
– C’est pas en carton. (16)
– Voilà, c’est pas en carton. Mais c’est que dans la bonne humeur, dans la… dans la… Il nous communique, c’est ça, il nous… On… C’est contagieux, son truc de… de… « On va pas se compliquer la vie, on est là pour filmer ça, on connaît tous l’histoire, et allons-y, quoi. »

Quelques détails :
1. je n’ai plus de réseau : c’est la phrase clé au téléphone ! Avoir ou ne pas avoir de réseau. Quand on ne capte rien avec son téléphone portable, on dit : Je n’ai pas de réseau Ou bien : ça ne passe pas.
2. De raison de quoi : réseau / raison, elle mélange les deux mots car les sonorités sont assez proches. Ne pas avoir de raison de faire quelque chose signifie ne pas avoir de motif de le faire. Avec le mot raison, les expressions sont proches mais avec des sens bien différents :
J’ai raison de faire ça = c’est la bonne attitude, c’est ce qu’il faut faire. (Le contraire, c’est : J’ai tort de faire ça.)
Je n’ai pas de raison de faire quelque chose : donc je ne vais pas le faire, ce ne serait pas justifié.
– Et ne pas confondre avec : Il n’y a pas de raison. Par exemple : Tu crois qu’il va réussir ? Il n’y a pas de raison = Oui, je pense qu’il va réussir.
3. Compter faire quelque chose : envisager de faire quelque chose, avoir l’intention de faire quelque chose
4. conjugal : qui concerne la vie entre époux, au sein du mariage.
5. Donner des ailes : rendre très libre, pousser à agir (à s’envoler en quelque sorte). Normalement, on l’emploie plutôt en parlant de quelque chose qui donne des ailes : ça lui donne des ailes / Son succès lui donne des ailes. (familier)
6. se cantonner à faire quelque chose : ne pas faire davantage, faire juste ça, se limiter à cette activité.
7. Pousser quelqu’un à l’eau : normalement, cette expression ne s’emploie pas au sens figuré. Celle qui existe, c’est : se jeter à l’eau, qui au sens figuré signifie qu’on se décide à faire quelque chose qui n’est pas facile pour nous, qu’on ose le faire. Ici, elle l’aide donc à se jeter à l’eau.
8. Une parenthèse : au sens figuré, il s’agit d’un moment particulier au milieu du cours normal de la vie.
9. Avoir intérêt à faire quelque chose : cela signifie qu’il vaut vraiment mieux le faire. C’est un conseil. Par exemple : Si tu veux être sûr d’arriver à l’heure, tu as intérêt à prendre le train d’avant.
10. Bon : ce mot peut exprimer des choses très différentes, selon le contexte et le ton de la voix. Ici, le ton est vraiment dubitatif. Elle veut dire que si elle ne joue pas bien une femme lumineuse, les spectateurs ne vont pas être convaincus du tout.
11. À partir du moment où = Si…
12. le laisser-aller : c’est l’absence de rigueur, quand les choses ne sont pas structurées, pas strictes.
13. Désarçonnant : déstabilisant. Désarçonner quelqu’un, au sens propre, c’est le faire tomber d’un cheval.
14. Qu’est-ce qu’il trafique ? : On dit aussi : Qu’est-ce qu’il fabrique ? Ce sont des phrases synonymes de Qu’est-ce qu’il fait ?, mais avec une nuance légèrement péjorative. C’est familier.
15. Un chef op = un chef opérateur
16. Ce n’est pas en carton : ce n’est pas comme un décor en carton, ce n’est pas faux, imité.

L’émission entière est ici.

Comme un avion2La bande annonce du film est à regarder ici. Ou ici.

Transcription :

– Alors, essence OK. Pression OK. Checklist terminée.
– [Avec] tes surprises à la con ! (1)
– Mais Michel, il y a tout le monde, il y a tous tes amis. Il y a même Choupette et Félix.
– Est-ce que ça va, Michel ?
– Je vais partir.
– Partir ? Mais quand ? Où ?
– Pas loin. Mais pour être dépaysé.
– Avec tout ce matériel ?
– Oui. J’accorde une grande importance au matos (2).
– C’est bien, hein. Bah tu es prêt, là.
– J’ai super chaud en fait.
– Bonjour. C’est joli. Ici, c’est une buvette ? (3)
– Oui. Le monsieur en fait, il cherche un endroit où dormir.
– Vous pouvez vous mettre au fond du terrain si vous voulez.
– Tu viens de loin avec ton canoë ?
– Et tu vas où ?
– Bah le plus loin possible.
– Kayakiste à la con !
– Hein ?
– Quoi ! Tu m’as entendu, kayaconnard ! (4)
– Tu aimes bien te laisser porter par le courant (5), toi.
– Le courant, il faut savoir le sentir, l’accompagner.
– Faut savoir se laisser porter.
– Merci à tous, merci. Il fait beau et tu continues.
– Ah ! Un aventurier !
– Vous venez de loin, monsieur ?
– Eh ton cul ! (6)
– Bah monsieur, faut arrêter le kayak !

Quelques détails :
1. à la con : stupide, débile (vulgaire) Par exemple: C’est quoi ce truc à la con ? / Il m’énerve avec ses idées à la con.
2. le matos : abréviation familière de matériel.
3. Une buvette : un sorte de petit bar, avec juste un comptoir où sont servies les boissons.
4. kayaconnard : ce terme n’existe pas. Connard est une insulte, bien agressive.
5. Se laisser porter par le courant : le courant, c’est le mouvement de l’eau qui s’écoule. Donc au sens figuré, cela veut dire qu’on ne prend pas trop de décisions quant à la direction à donner à sa vie.
6. Ton cul ! : c’est bien sûr une insulte, qu’il marmonne et qui exprime son irritation.

Aujourd’hui, c’est…

Pivoines

Aujourd’hui, c’est…

… le 14 février. Alors, la Saint Valentin ? Mais non ! (même si j’ai reçu de nombreux mails pour me vendre des lentilles de contact, des livres, des ordinateurs, des tablettes, des vêtements, bref n’importe quoi, parce que la Saint Valentin, dont on se souciait peu en France il n’y a pas si longtemps, ça sert à ça !)

Le 14 février, c’est l’anniversaire de Je dis tu dis il dit nous disons.
Et nous sommes en 2015.
J’ai posté mon premier billet il y a 5 ans.
Et hasard des hasards, le billet d’aujourd’hui est le 500è.

500Ce n’est pas que j’attache une attention particulière aux chiffres et aux nombres mais l’idée de ce qu’il a fallu de retards et d’absence de régularité, de hasard donc, pour arriver à ce compte rond de 500 au bout de 5 ans, cette idée m’amuse !

Mon premier billet s’appelait Que du bonheur, en écho à cette expression très en vogue à ce moment-là, que je n’ai jamais dite parce qu’elle m’agaçait légèrement. Mais dans le fond, elle va bien à ces cinq années de partages avec vous.

Cinq cents billets pour partager : ma langue maternelle, la vie et les mots des gens ordinaires, la parole de ceux qui m’ont emmenée dans leurs univers et nourrie de leurs idées, des images, Marseille.

Cinq cents billets qui m’ont aussi servi, égoïstement, à garder précieusement la trace de ces petites (ou grandes) choses qu’on entend, voit, découvre chaque jour et qu’on oublie plus ou moins au fur et à mesure, ou qui restent en nous mais enveloppées dans le flou de la mémoire.

Des billets que j’ai écrits en pensant aussi de plus en plus à vous, à mesure que je recevais des messages, des commentaires, des avis, des questions, à mesure que ce blog entrait donc en résonance avec vos vies à vous. Et ça, c’est un grand plaisir !

Et comment s’appelle-t-elle, cette petite fille ?

BébéDonner un prénom à un enfant a pendant longtemps été plutôt simple: le prénom d’un grand-père, d’une grand-mère, celui d’un oncle ou d’une tante faisait très bien l’affaire. Il était le reflet d’une époque, d’un milieu, d’une histoire familiale. Aujourd’hui aussi, mais il y a souvent l’envie d’être original, à nul autre pareil.

Mais parfois, on ne maîtrise pas tout !
C’est ce que racontait il y a quelques jours ce jeune papa tout frais à la radio. (J’ai découvert à cette occasion que le prénom que sa femme et lui ont choisi n’était plus exclusivement masculin en France.)
Il était question de paternité, de maturité et de manière plus inattendue d’actualité.

Ou ici: Prénom Charlie

Transcription:
Salut Charlie ! Et ce que je vous ai pas dit, c’est que la petite fille de Joseph s’appelle Charlie.
– Eh ouais ! Dire qu’on (1) croyait avoir trouvé un nom original ! Ouais… On a… On a été choqué comme tout le monde, et tout et tout (2). Mais c’est vrai que ça avait un écho particulier à cause de ce Je suis Charlie absolument partout. Moi, ça m’a fait chier (3) un petit peu parce que je me suis dit : Merde (4), maintenant on va… Son nom va devenir un symbole qu’on n’a pas choisi, et qu’elle a pas choisi. J’aurais pas appelé ma fille Liberté en 1793, voilà, je veux pas affubler (5) comme ça d’un truc politique, lourd, un enfant qui n’a pas choisi, quand bien même (6) le symbole est sympathique. Mais on va vivre avec, c’est pas un drame (7).
Et du coup, est-ce que c’est irresponsable de donner naissance à Charlie en 2015 ?
– Non, c’est pas irresponsable. Mais faut… faut arrêter. Tu imagines, là, les mecs (8) qui sont nés en… dans les années trente : il y avait Staline en URSS, il y avait Mussolini en Italie, il y avait Franco… Enfin, voilà ! Faut (9) remonter à la France des Guerres de Religions, où si tu crevais pas de faim (10), tu te faisais tuer par la énième (11) guerre. Les gens qui pensent que notre époque est la pire, alors qu’ on bouffe (12) bien, on a un toit au-dessus de nos têtes, je suis malade, j’ai la Sécu (13), notre intégrité physique est très, très rarement menacée, je veux dire, je pense pas du tout que notre époque est (14) terrible, hein. Loin de là ! Mais après, c’est… Elle a ses problèmes. Mais je suis très heureux de vivre en 2015 et de faire un enfant en 2015.
Je pense pas que ça m’a changé mais ma vie a énormément changé par contre. Donc même si c’est stupide de dire que ça rend adulte – il y a plein de choses qui rendent adulte, il y a pas que ça évidemment, et puis il y a pas besoin d’avoir d’enfant pour être adulte – mais ça fait quitter une forme d’adolescence que moi, j’ai prolongée assez longtemps, et je pense que c’est le cas de beaucoup de jeunes urbains (15), le côté sortir un soir sur deux. Moi, j’étais un mec (16) assez immature à la vingtaine. J’étais du genre à pas payer mes impôts, à payer trois plus cher (17) parce que j’avais juste oublié. J’étais pas… Je fermais les yeux sur (18) certains problèmes en espérant qu’ils disparaissent, quoi. C’est ça, être immature. Je me sens plus prêt maintenant en tout cas, c’est sûr !
Moi qui ai pas eu un père au jour le jour (19), je me suis toujours demandé ce que ça donnerait (20), si je le devenais. Ça fait partie des trucs, je pense qu’il y a beaucoup d’enfants de divorcés qui réfléchissent à ça des fois, parce que on se demande si on sera capable, soi (21), de faire quelque chose qu’on n’a pas vu, mettre l’accent sur (22) l’humour dans la vie, essayer de rire le plus possible, montrer une certaine… une certaine force. Parce que comme tout le monde, j’ai eu des moments difficiles. Effectivement, ma mère était très malade, très tôt. Et donc du coup, on avait un peu des problèmes financiers.
Tu avais quel âge, toi ?
– J’avais huit ans. Elle vivait dans une chambre stérile, je pouvais même pas la toucher, elle était dans une bulle de verre. Des trucs comme ça qui sont pas forcément faciles mais ça a été facile en fait, parce que j’étais tellement aimé – mes grands-parents chez qui je vivais m’aimaient tellement, me donnaient tellement d’affection que finalement, j’ai été bien plus heureux que beaucoup de mômes (23) qui avaient pas ce genre de soucis, en fait. Donc je vais essayer de… Je vais essayer de faire pareil à ce niveau-là.
Qu’est-ce que tu te poses comme questions sur ce qu’elle va devenir ? Elle sera comment ?
– J’en sais rien du tout. La question la plus importante, c’est : Est-ce qu’elle sera douée pour le bonheur, en fait ? Rencontrer des obstacles, avoir une vie difficile, c’est pas tant un problème si on est doué pour le bonheur. On a tous rencontré des gens qui avaient une vie difficile, qui étaient finalement beaucoup plus heureux que des gens qui n’avaient jamais rien vécu de dur mais qui avaient une inaptitude au bonheur. Voilà, ça, c’est les grandes inégalités. Elle sera ce qu’elle sera.
Et toi, tu seras son papa.
– Always !

Des explications :
1. Dire que… : Oralement, on utilise cette expression pour exprimer un regret.
2. et tout et tout : expression familière qui permet de faire allusion à d’autres choses qu’on ne développe pas, par exemple parce que celui qui nous écoute devine ce qu’on veut dire.
3. Ça m’a fait chier : ça m’a embêté, ça m’a ennuyé. (Très familier, à la limite du vulgaire, mais quand même souvent employé oralement.)
4. Merde : plus familier que Zut ou Mince, mais très courant.
5. Affubler : faire porter
6. quand bien même : même si.
7. C’est pas un drame : ce n’est pas très grave / ça n’a pas une importance majeure. On peut dire aussi : On ne va pas en faire un drame.
8. Les mecs : les gens, les hommes. (familier et oral uniquement)
9. Faut = il faut. (style oral, avec l’omission de Il) => Faut arrêter : cette expression signifie que ce n’est pas la peine d’accorder de l’importance à quelque chose qui n’en a pas vraiment.
10. Crever de faim : mourir de faim. (familier, donc ça donne un côté plus fort, plus violent à la situation.)
11. la énième guerre : on emploie ce mot pour indiquer qu’il y a eu beaucoup de guerres et que celle-ci est la nouvelle d’une longue série. Cela donne une impression de désillusion, de lassitude. Par exemple, on dit : c’est la énième fois que je lui demande de venir. / C’est la énième bêtise qu’il fait ! Je ne les compte même plus !
12. Bouffer : manger (familier)
13. avoir la Sécu : avoir la Sécurité Sociale, qui couvre nos dépenses de santé en cas de maladie. L’abréviation fait toujours référence uniquement à ce système.
14. Je ne pense pas que : ce début de phrase entraîne normalement le subjonctif : Je ne pense pas que notre époque soit terrible. Mais on entend de plus en plus l’indicatif, ce qui ne nous surprend plus vraiment.
15. Les jeunes urbains : c’est devenu le terme à la mode, à la place du mot citadin, pour parler de ceux qui vivent en ville.
16. Un mec : un gars (familier et oral). Si on veut dire la même chose de façon plus neutre, on dit : J’étais quelqu’un d’assez immature.
17. Trois fois plus cher : c’est une expression pour montrer qu’on doit payer vraiment plus cher. Si on oublie la date limite, on a une majoration de 10 % de la somme qu’on devait payer.
18. Fermer les yeux sur quelque chose : ignorer ça, faire comme si ça n’existait pas.
19. Au jour le jour : quotidiennement
20. ce que ça donnerait : comment ça serait, quel serait le résultat.
21. Soi : soi-même. C’est le pronom qui va avec On.
22. Mettre l’accent sur quelque chose : insister sur quelque chose, lui donner une place importante, comparé à d’autres choses.
23. Un môme : un enfant (familier). On peut dire aussi Un gamin.

A écouter ici en entier si vous voulez.

S’envoler

La maison à oiseaux

Lorsque nous nous sommes installés ici, il y avait tout à faire au jardin, qui n’en était plus un… Les tractopelles avaient peu ménagé les lieux. Il ne restait qu’un pin devant la maison, petit frère de ceux qui poussent alentour. Aujourd’hui, il a tellement grandi que ses branches touchent la maison. Et nous avons planté un chêne, venu de la maison familiale du sud-ouest, deux oliviers, pas trop vieux pour les regarder grandir, un figuier qui ne tiendrait plus du tout dans le petit pot offert par mon père, trois cyprès de Florence, parce que c’est la tradition en Provence et auxquels, heureusement, nous ne sommes pas allergiques ! Et une haie un peu fouillis où se mélangent lauriers rose, lauriers sauce, lauriers tin, photinias, pittospsorum, eleagnus, cotoneaster et un chêne vert. Je crois que c’est tout.

Et bien sûr, avec les arbres et les arbustes qui grandissent, arrivent les oiseaux. En plus des rouges-gorges, des chardonnerets, des mésanges, des tourterelles (un peu envahissantes) et des pies très bavardes, depuis un an, nous avons la visite d’une huppe fasciée. Et cette année, le jardin semble bien plaire à un serin cini et un bouvreuil que nous ne connaissions pas.

Là, vous vous dites : elle s’y connaît en oiseaux. En fait, pas du tout ! Mais j’ai un petit livre – pré-internet – avec des photos, et il y a des sites où on peut même écouter le chant de tous les oiseaux, histoire d’être bien sûr.

Bref, je n’arrive pas à la cheville* de ce passionné que j’ai écouté avec délice l’autre jour à la radio ! Il vit dans le nord, en Picardie, où j’ai travaillé il y a longtemps. Mais à l’époque, je n’étais pas très sensible aux oiseaux. Petit regret ! Alors, je me suis régalée à l’écouter parler, avec son léger accent picard. Voici un petit extrait :

Ou ici : La passion des oiseaux

Transcription :

J’ai commencé à observer les oiseaux, j’avais sept-huit ans et c’était cette attirance pour la vie. Beaucoup d’enfants s’intéressent aux animaux et c’est souvent par l’intermédiaire de la télévision ou des livres, des animaux d’Afrique. Et je me suis rendu compte (1) très tôt que j’irais peut-être jamais en Afrique. J’étais gamin (2), j’allais pas en vacances, et je me suis intéressé aux oiseaux des jardins. Et mon père était facteur. Donc à l’époque, les tournées se faisaient (3) en vélo (4). Je le suivais avec mon petit vélo. Et il me montrait les oiseaux, les plantes, sans connaître les noms, hein, il était pas du tout naturaliste. Mais il avait le plaisir de regarder le vivant. Alors, le vivant, ça allait loin, c’est… c’était aussi un joli crucifix, une porte d’église, un porche d’une ferme picarde. Tout avait une valeur de vivant. Il avait été prisonnier de guerre dans les camps nazis, donc il avait une valeur du vivant et de la liberté qui était très, très forte. Et ça m’a donné le goût de respecter tout ce qui était vivant et plus ça va, plus ça s’amplifie, hein.
Ah oui, des barges rousses, là, qui arrivent sur la réserve (5), là, avec la marée haute (6), ouais. Alors ça, la barge rousse, c’est magique. C’est un petit échassier (7), qui passe l’hiver en Afrique de l’ouest et qui va nicher (8) en Laponie. Alors pour faire Sénégal, ou Mali, ou Niger – Laponie, elle fait deux arrêts, c’est tout. Elle peut faire 4000 kilomètres en 72 heures (9), quoi. Ça dépasse parfois l’imagination de voir que ces oiseaux peuvent voler comme ça pendant 72 heures de manière ininterrompue. Donc celles qui s’arrêtent chez nous sont souvent les oiseaux les plus fatigués. Et le lendemain, vous les avez plus (10), quoi. C’est ça aussi qui est magique dans la migration, c’est que, à un moment donné, vous avez la chance d’être là, quand tel ou tel oiseau (11) se pose. Une demi-heure avant, une demi-heure après, ça y est, c’est fini, l’oiseau peut être parti. Ou alors, il peut, si les conditions sont pas bonnes, rester plusieurs jours et dans ces cas-là, vous en profitez (12). Mais c’est lui qui décide.

Quelques détails :
1. se rendre compte : comprendre
2. j’étais gamin = j’étais enfant. (un peu plus familier). On dit aussi souvent : J’étais tout gamin.
3. Se faisaient : ce verbe pronominal (se faire) s’emploie à a place de la voie passive (étaient faites) qui paraît moins naturelle.
4. En vélo : on peut dire aussi à vélo. Il n’y a pas de différence.
5. La réserve : il s’agit de la réserve ornithologique du Marquenterre, où les oiseaux sont protégés.
6. A marée haute, la plage est couverte d’eau, donc les oiseaux viennent chercher leur nourriture davantage dans les terres.
7. Un échassier : c’est un oiseau aux longues pattes, d’où le nom. Il est comme monté sur des échasses. Les échasses sont normalement des sortes de bâtons de bois sur lesquels on monte pour marcher en étant plus « grand ».
8. Nicher : faire son nid et se reproduire.
9. 4000 = quatre mille (pas de « s ») à mille, invariable. – 72 : soixante-douze
10. Vous les avez plus : et voilà pour illustrer mon billet « Plus ou moins 2 » ! Il veut dire : Vous ne les avez plus, ils sont partis. Mais il ne dit pas « ne » dans sa phrase négative.
11. Tel ou tel oiseau : un oiseau ou un autre
12. vous en profitez = vous profitez de lui, c’est-à-dire que vous avez la possibilité de l’observer.

* ne pas arriver à la cheville de quelqu’un : être très loin d’être aussi bon, aussi compétent que cette personne.

Une jolie évocation, où on peut bien observer le jeu de nos temps du passé :
– De jolis imparfaits pour nous replonger dans ses habitudes d’enfant : je n’allais pas… j’étais… se faisaient… je le suivais… il me montrait…
– Des passés composés pour nous expliquer comment cette passion est née, comment tout a commencé : j’ai commencé… je me suis intéressé… je me suis rendu compte…

Oiseaux du jardin

C’était un petit passage à la fin d’une émission plus longue, sur une écrivaine. Ce reportage est à environ 40 minutes 43 du début.

Le voici aussi en entier (8 minutes), mais je n’ai pas transcrit la totalité : Passion des oiseaux en Baie de Somme
S’il y a quelque chose qui vous intéresse et que vous ne comprenez pas, dites-le moi. Il y est question des cigognes qui sont muettes, des oies qui ne sont pas bêtes du tout et font parfois ménage à trois, de pouillots véloces dont j’aime bien le nom !

Elle et lui

Dans la cour FilmIl faisait trop beau pour aller s’enfermer dans une salle obscure aujourd’hui ! Un des ces soirs peut-être. Donc voici un film qui est sur la liste des possibles.

Pourtant, je ne suis pas tout à fait sûre !
– Je me rends compte que les grands films pour moi se passent rarement dans des univers qui me sont familiers. (C’est probablement pareil pour beaucoup d’entre nous : besoin de dépaysement)
– J’ai toujours un peu peur de ne voir que « Catherine Deneuve » et pas le personnage qu’elle incarne. C’est probablement le cas avec ces monstres sacrés du cinéma dont on garde les autres rôles en mémoire.

Mais ce contraste entre elle et lui dans cette cour d’un immeuble parisien a quelque chose d’attirant, avec leur côté un peu fêlé, pas glamour ! Et ça me plaît de voir que de grandes actrices comme Catherine Deneuve continuent à incarner des personnages au cinéma, encore et toujours. Et de toute façon, j’ai écouté Pierre Salvadori parler de son film, de son travail, de ses relations avec ses acteurs, de lui-même, de la vie, et je me dis que son film a forcément quelque chose. (Je partagerai ça avec vous dans un autre billet.)
Peut-être certains d’entre vous ont-ils déjà vu ce film. Alors, séduits aussi ?

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :
– Votre employeur, ces deux derniers mois, vous a trouvé angoissé. Il a préféré ne pas renouveler le contrat.
– Mais vous avez autre chose ?
– Gardien d’immeuble.
– Vous avez envie de faire ça ? C’est important pour vous ?
– Bah oui, c’est important pour moi. Nettoyer, dormir et plus penser, je pourrais tuer pour ça, moi !
– Ah oui, mais vous leur dites surtout pas ça, hein !
 
– Je le trouve très bien. Il est gentil, poli et il a pas l’air sûr de lui.
– Ah, formidable.
– Mais oui, formidable ! Moi, j’aime les gens pas sûrs d’eux. Au moins, ils s’appliquent. (1)

– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est parce qu’il y avait une tache (2), là, regardez.
– Mais il est trois heures du matin, monsieur !
– Ah !

– Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas parlé du salaire.
– J’imagine qu’il y a pas de surprise : pas de stock options, pas de golden parachute.
– Non.
– Bon ben, OK quand même, hein.

– Mais enfin (3) Mathilde, qu’est-ce que tu fais ?
– C’est cette fissure, là, qui m’inquiète depuis plusieurs jours.
– Ah ! Qu’est-ce que vous faites là ?
– C’est votre mari qui m’a demandé de poser du papier sur la fissure, là. [… faire quelque chose].
– D’accord, d’accord. On ne la voit plus !
– Ah bah non, non, on la voit plus.
– C’est bien ce que je dis, on voit plus rien !

– Antoine, je crois que Serge veut me faire interner. (4)

– Je me sens seule, tu comprends pas ? Personne ne m’aide. Personne ! Il y a qu’Antoine !
– Vous êtes tellement gentil, Antoine. Je sais pas si c’est vous qui me bouleversez ou si je suis dans une phase complètement déprimée.

– Il est en fonte (5), ce vélo !
– C’est parce que tu es en bas. C’est pour ça que c’est galère (6). Moi, ça va.

– Ça va pas. Je suis là, en train de tartiner du boursin (7), je ferais mieux…(8) je devrais vous dire quelque chose mais je… je sais pas quoi.
– Dites-moi que vous me comprenez.
– Je vous comprends.

– C’est pas un Vélib, ça ?
– Hein ?(9) Non. Non, non.

– Mathilde, regarde, il parle tout seul.
– Oui. J’ai toujours aimé le côté convivial (10) de la fonction. Oui, oui.
– Eh bah tant mieux ! Comme ça, au moins, il ne s’ennuiera pas.

Quelques détails :
1. s’appliquer : faire de son mieux, faire quelque chose consciencieusement.
2. Une tache : à ne pas confondre avec une tâche, comme je l’ai vu plusieurs fois dans des titres d’infos sur internet. Une tache est un endroit sali sur une surface. Une tâche est un travail qu’on doit accomplir. La prononciation est la même bien sûr mais à l’écrit, la présence de l’accent ou pas évoque immédiatement un sens ou l’autre.
3. Mais enfin : le fait de rajouter enfin montre qu’il est plus agacé que s’il disait juste « Mais Mathilde ». (Le ton est important bien sûr).
4. Faire interner quelqu’un = mettre quelqu’un en hôpital psychiatrique.
5. La fonte : matériau qui pèse lourd. Les Vélibs, les vélos parisiens qu’on peut louer en libre service, sont très lourds, pour être costauds et résister à tous les utilisateurs.
Autre remarque : Comme souvent à l’oral, on commence par le pronom sujet et on mentionne ensuite le nom (Il … ce vélo) Personne ne dira : Ce vélo est en fonte, dans cette situation. Ce serait trop plat, ça n’exprimerait pas ce que ressent celui qui a du mal à porter ce vélo.
6. C’est galère : c’est difficile. (familier)
7. Le Boursin : c’est un fromage à tartiner (à l’ail et aux fines herbes souvent) qui a eu son heure de gloire dans les années 70 ou 80 ! (Mais on le trouve toujours sans problème.) Pour les amateurs de fromage, ce n’est pas du fromage !
8. Je ferais mieux… : On n’entend pas bien ce qu’il dit. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ça. Si vous entendez mieux que moi, dites-le moi !
9. Hein ? : On dit ça quand on n’a pas compris ou entendu ce que quelqu’un a dit et si on veut que cette personne répète. On peut dire aussi : Quoi ? Mais Hein et Quoi sont familiers. Donc on apprend aux enfants qu’il faut dire à la place : Comment ?
10. Convivial : une situation qui favorise des relations sympathique avec les autres.
11. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on est content de quelque chose. Par exemple : J’ai terminé tout ce que j’avais à faire. Tant mieux ! Le contraire est Tant pis ! Par exemple : J’ai oublié de commander les pizzas. Tant pis, on va se débrouiller autrement.

Qu’est-ce qui se passe, Lulu ?

Elle a pour prénom Lucie. Mais tout le monde l’appelle Lulu (ce qui est quand même moins élégant). Elle a toujours trouvé ça normal. Normal comme tout le reste de sa vie: un mari qui ne la traite plus très bien, une fille – sympa – en pleine adolescence et des jumeaux pleins de vie. Jusqu’au jour où elle s’échappe, dérape sans trop savoir comment et ne fait plus rien comme d’habitude. Simplement, elle décide de ne pas monter dans le train qui devait la ramener chez elle.

Lulu, femme nue, voici un film bien agréable, tiré d’une BD d’Etienne Davodeau. Un petit voyage sur les côtes de Vendée à la morte saison. Le cri des mouettes, l’ocre de l’Atlantique en hiver, les plages désertées et les campings inhabités, le sable humide. Et Lulu qui nous fait sourire et rire tout au long de sa petite odyssée peuplée de rencontres sympathiques.

Le truc drôle, c’est qu’à cause de son titre, les vidéos associées à la bande annonce sur YouTube sont des vidéos de couples nus, etc… Rien à voir avec le film ! (Si Lulu est nue, c’est qu’elle se retrouve en quelque sorte sans rien, un peu perdue, loin de tout ce qui remplissait sa vie quotidienne.)
J’ai donc intégré la vidéo directement ici, en enlevant les suggestions à la fin, ce qui devrait marcher pour le moment. J’ai fait ma chochotte ! (voir l’explication 14 pour comprendre cette expression.) Mais je trouvais que ces associations sans finesse dénaturaient l’atmosphère de ce film délicat et très bien joué.

Transcription :
– Je pense que je peux apporter à l’entreprise et ma maturité et ma motivation (1). Je suis très motivée.
– Tout à fait. Tout à fait.
– Pour la place de secrétaire, ça va pas marcher.
– Ah bah oui ! Bah j’en étais sûr, hein ! Tu as voulu faire ton intéressante (2). Eh bah voilà ! (3)
– A tout à l’heure. (4)
– Et les enfants, comment ça va ?
– Qu’est-ce qui se passe*, Lulu ?
– Dis-donc (5), j’ai… j’ai raté (6) le train ! Je sais pas comment je me suis débrouillée (7)!
– Vous êtes en vacances ?
– Oui. On peut dire ça comme ça (8).
– Qu’est-ce que je dis à Serge, moi (9) ?
– Je sais pas.
– Je me sens comme un chien en laisse avec ce truc (10) !
– Hop ! Voilà ! Plus de laisse !
– Pourquoi vous avez fait ça ?
– Votre mari a déclaré que la carte a été volée.
– Mais c’est pas possible !
– Ah ! Mon sac ! Au secours !
– Vous savez, c’est la première fois que je fais ça, hein.
– Ça, on a remarqué ! (11)
– Langouste grillée sur poêlon sur lit de radis et navets (12).
– Ils sont toujours comme ça ?
– Uniquement aux grandes occasions.
– Qu’est-ce que tu fais de tes journées ? Qu’est-ce qu’il y a à foutre (13) à Saint Gilles ? Tu rentres quand ?
– J’en sais rien. Dans quelques jours. Ça va, c’est pas la fin du monde !
– Ah oui, ça te fait rire en plus !
– On est bien, là.
– Ouais.
– Avec votre Charles, c’est comment ? Mieux qu’avec votre mari ?
– Oh, ça va ! Faites pas votre chochotte ! (14)
– Faut que je t’explique en fait ce qui se passe.
– Elle est où, maman ?
– Euh, bah c’est pas si simple que ça, tu vois.
– Moi, j’ai hyper les boules (15) contre toi. Et toi, tu t’en rends même pas compte (16).
– Je comprends que tu m’en veuilles (17) mais…
– Tu sais, la vie, elle est pas écrite d’avance, hein.
Sinon, après, un jour, tu te réveilles et puis tu es passée à côté.
– En même temps, c’est ça qui est bien. C’est toutes ces belles choses qu’il nous reste à faire, non ?
– Eh ! Comment ça s’appelle, ça, déjà… le… le…
– Le bonheur !
– Eh, le bonheur !

Quelques détails :
1. et ma maturité et ma motivation : le fait de dire etet… sert à renforcer ce qu’elle dit et à mettre en évidence les deux aspects qu’elle évoque. Ce n’est pas une simple énumération.
2. Faire son intéressant(e) : quand on dit ça à propos de quelqu’un, c’est péjoratif. On veut dire que cette personne cherche à attirer l’attention des autres, mais on estime qu’elle n’a rien d’intéressant.
3. Eh bah voilà ! = Et voilà le résultat.
4. A tout à l’heure : c’est ce qu’on dit à quelqu’un qu’on va revoir dans assez peu de temps. (ou avec qui on va être en contact dans peu de temps, par téléphone par exemple.) Mais il faut que ce soit le même jour, pas le lendemain. Par exemple : Je sors faire une course. A tout à l’heure. / Je suis au bureau. Je te rappelle. A tout à l’heure.
5. Dis-donc : C’est juste pour introduire une nouvelle un peu surprenante, et en quelque sorte préparer la personne qui nous écoute et capter son atttention.
6. Rater le train : on peut dire aussi manquer le train mais c’est un peu moins naturel à l’oral.
7. Je ne sais pas comment je me suis débrouillé(e) : On dit ça précisément quand on ne s’est pas débrouillé pour faire les choses correctement. C’est dire qu’on a raté quelque chose, qu’on n’a pas su faire quelque chose et on sent que c’est de notre faute.
8. On peut dire ça comme ça : cette expression très employée actuellement signifie qu’on est d’accord avec ce que l’autre personne vient d’exprimer, mais que dans le fond, c’est un peu différent, ou plus compliqué. Simplement, on ne veut pas en parler davantage.
9. Moi : cette tournure est orale. Elle sert à renforcer la question que se pose la personne sur le rôle qu’elle a à jouer, sur ce qu’elle doit faire.
10. Ce truc : on dit aussi ce machin, ce bidule. Tous ces termes servent à remplacer le nom exact d’un objet. (familier)
11. ça, on a remarqué ! : cette expression orale signifie que ce n’était pas la peine d’expliquer les choses, que c’était évident, que ça se voit. C’est ironique. Par exemple, à propos de quelqu’un qui fait des erreurs de calcul :
– Je ne suis pas très bon en maths.
– Ah bah ça, on a remarqué !

12. Langouste… : c’est la mode aujourd’hui dans les restaurants : le serveur donne le « titre » du plat qu’il apporte, avec en plus des noms parfois très pompeux pour une nourriture plutôt ordinaire ! (Pour imiter ce qui se fait dans les grands restaurants)
13. Qu’est-ce qu’il y a à foutre… ? : = à faire. (argot, assez vulgaire) La sœur de Lulu s’énerve parce qu’elle ne comprend pas pourquoi Lulu agit comme ça. L’utilisation de « à foutre » exprime cet énervement.
14. Faire sa chochotte : une chochotte est une femme qui est facilement choquée par des propos un peu crus. Donc Ne fais pas ta chochotte = Ne prend pas cet air choqué face à la réalité.
15. Avoir les boules : être très contrarié, en colère. (argot, très familier)
16. Tu ne t’en rends pas compte = tu ne le vois pas / Tu n’en as pas conscience.
17. En vouloir à quelqu’un : avoir des reproches à faire quelqu’un. / Etre en colère contre quelqu’un.

Qu’est-ce qui se passe ? : On pose cette question s’il se passe quelque chose d’inhabituel ou de bizarre, quand on sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Par exemple, vous recevez un coup de téléphone de quelqu’un de votre famille en pleine nuit et vous dites sur un ton inquiet:
Qu’est-ce qui se passe ?
Qu’est-ce qu’il se passe ?
Que se passe-t-il ?
Oralement, on entend surtout la première forme, avec qui.
La troisième question est la plus correcte, mais dans un style plus soutenu.

Si on veut juste savoir ce que quelqu’un a fait ces derniers temps, on ne peut pas lui poser cette question. Dans ce cas, on dit par exemple :
Quelles sont les nouvelles ?
Qu’est-ce que tu deviens ?

Amour

Cela faisait un moment que je pensais à partager ce film et cette interview avec vous, découverts pendant les débats sur le mariage pour tous.

Quelques petits faits de la vie quotidienne m’y ont fait revenir enfin:
– la programmation la semaine prochaine sur Canal +, une des chaînes payantes et très regardées en France, de ce film, Les invisibles.
– Des réflexions de la part de certains étudiants en face d’autres étudiants, qui disent le poids des préjugés et du chemin qu’il reste à parcourir.
– Peut-être tout simplement l’envie d’entendre parler d’amour, alors qu’on nous abreuve des histoires d’amour ratées ou naissantes de notre Président de la République, histoires qui ne nous intéressent pas. (mais qui nous prouvent que ces gens-là non plus ne travaillent pas toute la journée !)
– une émission à la radio avec un jeune écrivain qui disait comment des pères rejettent leurs fils homosexuels, comment on grandit difficilement dans certains milieux. (En finir avec Eddy Belle Gueule, un roman d’Edouard Louis)

Voici la bande annonce du film Les Invisibles:

Les invisibles bande annonce

Transcription :
– On s’est rencontrés dans un rétroviseur (1).
– Je ne sais pas exactement comment je suis redevenu homosexuel. D’ailleurs, je dois te dire que j’ai une femme et cinq enfants. Oh mon dieu ! (2)
– Alors donc ma vie amoureuse, elle a été , si tu veux, ballottée (3), entre hommes et femmes. Mais elle a été tout à fait heureuse puisque je me suis toujours adapté à la fonction qu’il pouvait y avoir. Je pouvais faire la femme et l’homme.
– Il faisait si beau ! Le soleil était si chaud et nous, si nues. Ça a été le bouleversement total, comment une vie bascule à travers une main qui s’aventure.
– Le scandale à cette époque, c’était de le revendiquer.
– C’est contre-nature, ce qu’ils font quand même, hein.
– Moi, je trouve ça dégoûtant.
– Alors, les mal-baisées (4) ! Oui, oui, on est mal-baisées, oui, oui. Oh bah ça, tu as trouvé ! (5)
– J’ai eu une période où je m’habillais comme une folle (6). Mais le souvenir que j’en ai, c’est que ça m’a fait énormément de bien, ça m’a libéré.
– Et puis, parce que on était quand même des marginaux, c’est-à-dire qu’on était… La marginalité (7) nous rendait libre.
Un monsieur aimait un jeune homme. Surtout, ne nous affolons pas.
– Aujourd’hui, on en rigole (8). Et on en aurait pleuré il y a…
– On faisait… On me parlait de ça comme… d’une maladie. Je sais pas, ça te mettait un doute quand même ! Tu étais classé dans les maladies psychiatriques, quoi !
Le chasseur, la biche aux abois.
– Quand ils ont des cheveux gris, des cheveux blancs, je… je flashe (9) comme on dit maintenant.
– A chaque fois, des fois dans le métro, je vois des vieux ou des vieilles (10) qui me plairaient bien.

Quelques détails :
1. un rétroviseur : c’est le miroir qu’on a dans les voitures pour voir derrière sans se retourner. Donc ils se sont jeté des regards dans le rétroviseur de la voiture de l’un d’eux.
2. Oh mon dieu ! : c’est maintenant assez rare d’entendre des Français utiliser cette expression. Mais là, c’est justement pour imiter et se moquer de ce que dirait un catholique, offusqué par cette vie, pour montrer que cela choque une certaine morale.
3. Être ballotté : aller d’un côté à l’autre, avec aussi l’idée qu’on est tiraillé entre deux choses. Par exemple, on dit aussi de certains enfants de couples divorcés qu’ils sont ballottés entre deux maisons.
4. Mal-baisée : c’est une insulte prononcée contre les femmes, pour les décrire comme désagréables. L’idée sous-jacente, c’est qu’elles n’ont pas réussi à trouver un homme qui veuille bien les baiser, c’est-à-dire qui veuille bien coucher avec elles. (péjoratif) Mais on pourrait aussi le prendre dans le sens où ces femmes n’ont pas trouvé d’homme suffisamment capables de bien leur faire l’amour ! (C’est ce que fait cette femme, en expliquant que précisément, les hommes ne l’ont jamais satisfaites.)
5. Tu as trouvé ! = tu as trouvé la raison, tu as compris.
6. Une folle : ce mot a été très utilisé pour désigner les homosexuels considérés comme efféminés. (Il ne fait pas bon ressembler à une femme quand on est un homme, un « vrai ». )
7. la marginalité : c’est le fait de ne pas adopter tous les codes habituels d’une société. Donc on vit en marge, en dehors de ce que fait la majorité. Dire de quelqu’un que c’est un marginal, c’est péjoratif car il faut se conformer.
8. Rigoler : rire (familier). Ici, cela signifie qu’on n’y attache pas une grande importance, que ce n’est pas grave après tout.
9. Flasher (sur quelqu’un) : remarquer quelqu’un et être attiré par lui.
10. Des vieux et des vieilles : Thérèse est très libre dans sa façon de parler: elle fait exprès d’utiliser ces deux mots, remplacés aujourd’hui par « personnes âgées », « personnes du troisième âge », et plus récemment « seniors ».

Et voici une belle interview du réalisateur de ce film, à regarder en cliquant sur l’image:

Les invisibles - Interview

Transcription : (Elle ne vous sera peut-être pas nécessaire, car il prend son temps pour dire les choses clairement, de sa voix posée.)

Pour moi c’était important dans le film d’aller à la rencontre de gens anonymes et de gens qui n’ont pas eu nécessairement accès à des vies faciles, urbaines (1). Je voulais un peu prendre monsieur et madame Tout le monde (2), parce que dans le fond, l’homosexualité, si on imagine dans les époques des années 40, 50, 60, elle a beaucoup été racontée à travers des couples mythiques : Cocteau-Marais (3), Yves Saint Laurent- Pierre Bergé (4), et… voilà, etc… et… mais qui, dans le fond, étaient des gens qui vivaient à Paris, qui avaient des vies qui se déroulaient dans un milieu artistique et où, forcément, tout était facile, d’une certaine manière. Lire la Suite…

Gagner sa croûte

Gagner sa croûte

Elles ne sont pas jeunes. Elles ont l’accent d’ici.
Elles sont très françaises et ne se verraient pas vivre ailleurs.
Mais elles savent aussi d’où elles viennent.
Elles comprennent qu’on peut vouloir quitter son pays quand il n’offre pas l’avenir dont on rêve et devenir des immigrés, dans un ailleurs qui ne vous accueille pas à bras ouverts.

Transcription :
– Vous êtes pas migrantes ?
– Non, non, non. Pas du tout.
– Non plus.
– Mais les grands-parents, italiens.
– C’était donc des migrants, vos grands-parents.
– Oh bah nous, ils sont venus pour avoir une meilleure vie.
– C’était des migrants, hein, oui.
– Moi, je suis d’origine française. Grands-parents et arrière. (1)
– Jamais bougé (2) ?
– Jamais. Bougé, oui. Parce que je suis pas d’ici, je suis des Alpes, moi. Moi je suis partie de mon village parce que j’étais l’aînée de cinq et qu’il fallait gagner sa croûte.(3)
– Fallait (4) travailler.
– Parce que nous, vous savez, c’était pauvre, chez nous ! On n’avait qu’un peu d’élevage (5).
– Eh oui.
– C’est tout, il fallait travailler. J’envoyais l’argent à ma famille.
– Ah oui, donc vous avez immigré.
– J’étais ici. De Saint Meyran à ici.
– Pour gagner sa croûte.
– Et voilà. Oui, mais j’ai pas quitté ma… ma… Je suis française de… de… Mon village ici, c’est français.
– Ouais.
– Et si on était nés en Roumanie (6), nous ?
– Eh beh… C’est pour ça, ce sont des malheureux.
– Et vous, si vous étiez en Roumanie ?
– Eh beh, peut-être je ferais comme eux.
– Peut-être on ferait comme eux.
– Moi, je dis qu’en France, on ne doit pas se plaindre. Nous sommes bien soignés. On mange bien. Eh ? Faut dire, de bric et de broc (7), on se débrouille.
– Vous voulez pas immigrer, vous ?
– Non.
– Emigrer.
– Non, non, non. Moi, je suis bien en France. Je suis bien en France.
– Aux Etats-Unis, là. Hop (8), à New York !
– Non, non, non. Ouh là, là ! (9)
– You don’t speak English ?
– Non. Non.
– Donc pas de baluchons (10), là ? Qu’est-ce qu’il y a dans vos sacs, là ? C’est pas… Vous partez pas, là ?
– Ah non, non ! Les cartons du loto (11). Et les pions , vous savez, les pions, pour marquer les cartons.
– Et c’est pour quand, le grand départ ?
– Le grand départ ? Eh beh, ce sera quand on monte au ciel.
– Et voilà. Ce sera notre grand départ.
– Fin de vie.
– On s’en va. Et Ciao !
– Et là… et là, il y a pas de couleurs, il y a pas de rouges, pas de noirs. Il y a… Tout le monde est frère et sœur.

Quelques détails:
1. arrière : elle veut parler de ses arrière-grands-parents.
2. Jamais bougé ? = vous n’avez jamais bougé ? (style oral) = vous êtes toujours restée au même endroit ?
3. Gagner sa croûte : travailler et gagner un salaire pour pouvoir manger. (Il s’agit de la croûte du pain, qui est le symbole de l’aliment de base pour les Français depuis des générations.)
4. Fallait travailler : à l’oral, de façon familière, on supprime souvent Il avec le verbe falloir  : (Il) fallait / faut / faudra travailler. Mais c’est impossible au passé composé par exemple. On dit toujours : Il a fallu travailler. (C’est le cas des temps composés)
5. de l’élevage : ils avaient quelques moutons, ou des vaches, ou des chèvres par exemple. (Impossible de cultiver beaucoup en montagne.)
6. en Roumanie : elle prend l’exemple de ce pays parce que ces derniers temps, il y a eu des débats sur la situation non pas des Roumains en général mais celle des Roms venus de Roumanie, peu intégrés ici (comme ailleurs), expulsés de leurs campements de fortune et qui cristallisent les réactions sur l’immigration actuellement en France.
7. De bric et de broc : normalement, cela signifie que quelque chose est fait d’éléments hétéroclites. Par exemple : Il a construit sa maison de bric et de broc. Ici, elle veut dire qu’on trouve toujours une chose ou une autre pour manger et vivre.
8. Hop ! : cette onomatopée exprime l’idée de quelque chose de rapide et soudain. Ici, c’est comme si elle disait : Et là, tout d’un coup, vous partez à New York.
9. Ouh là, là ! : cette expression si française exprime des émotions : la surprise, la désapprobation par exemple. Ici, cela veut dire qu’elle ne s’imagine pas du tout à New York.
10. Un baluchon: c’est un sac de fortune dans lequel quelqu’un de pauvre transporte ses quelques affaires, notamment pour partir vivre ailleurs. Un baluchon est en quelque sorte symbole de départ pour échapper à la vie qu’on a et tenter sa chance ailleurs.
11. le loto : grande activité dans le sud de la France notamment ! On joue au loto, avec des cartons marqués de chiffres sur lesquels on place des pions quand les bons numéros sont tirés au sort. Quand on a placé tous les pions sur un carton, on dit « Carton plein » et on gagne quelque chose. (Le gros lot ou des lots plus modestes. Dans le sud-ouest, c’est souvent de la nourriture.) La différence avec le jeu similaire de la Française des Jeux et tiré en direct à la télé, c’est qu’au moins, les gens qui vont jouer au loto le dimanche après-midi y vont aussi pour rencontrer des gens !

Peut-être on ferait comme eux, disent-elles.
Cette petite remarque m’a fait penser à ce grand film espagnol, primé au festival de Cannes cette année mais peu diffusé: La jaula de oro (Rêves d’or en français), qui nous emmène avec trois jeunes – tellement jeunes – que la vie n’a pas gâté, à travers le Guatemala puis le Mexique, puis au-delà de ce mur terrible bâti pour fermer les Etats-Unis. Une histoire implacable, d’une sobriété qui bouleverse.
Peut-être on ferait comme eux.

Reves d'or

L’avez-vous lu ?

La plupart du temps, je ne lis pas les romans au moment où ils sont publiés. J’attends qu’ils paraissent en livre de poche. Vieux réflexe d’économie ! Mais aussi parce qu’un livre de poche, c’est léger, transportable. Et joli, exposé sur les présentoirs des librairies.
Je viens donc tout juste de lire ce petit roman, offert par ma mère qui n’arrive pas à récupérer l’exemplaire plus cher qu’elle a prêté et qui n’est pas encore revenu !

La liste de mes envies

Je l’ai lu d’une traite.
Histoire de Jocelyne, la mercière d’Arras, dont la vie change quand elle gagne au loto, mais pas forcément comme on l’imagine. Histoire racontée à la première personne du singulier, avec simplicité et acuité, au plus près de ce qui se passe dans sa tête.

apéro tricotEt pour vous donner envie d’ajouter ce livre à la liste de vos envies à vous, cliquez ici pour regarder une jolie petite présentation par l’auteur. Sympathique !

Transcription :
J’avais écrit L’Ecrivain de la famille qui était mon premier livre, qui racontait l’histoire de… d’une famille dans le nord et j’avais imaginé une mère comme elles étaient dans les années 60-70, des petites femmes grises qui fermaient leur gueule (1) et donc, en écrivant ce personnage de femme, j’ai eu tellement de plaisir à l’écrire que je me suis juré que s’il m’était donné d’écrire un deuxième livre, je serais une femme le temps d’un livre. Après, le sujet du livre, ce qui m’intéressait, c’est de se dire : Je prends une femme, elle a 48 ans, elle est à la moitié de sa vie, elle peut changer sa vie mais c’est un rêve.
Et un jour en lisant Le Parisien (2), j’ai vu que les Français dépensaient huit milliards par an en jeux de hasard : « Tu te rends compte ? (3) Si on gagne ! » Mais ils savent qu’on gagne pas mais ces petits rêves, ça vaut les 2€. Et donc, je me suis dit : J’ai… Je vais faire comme un petit chimiste, hein, je vais mettre maman (4), papa, les deux enfants et je vais foutre (5) une bombe qui s’appelle dix-huit millions, puis je vais regarder tout ce petit monde se foutre sur la gueule (6) et je me suis amusé, délecté (7) avec ça !
Pourquoi une mercerie ?
Je trouvais que c’est un très, très beau métier, je disais de… de… d’aimer faire des choses qu’on… dans lesquelles on va mettre les gens qu’on aime pour qu’ils… C’est comme un parfum en fait, de faire une veste, une chemise. C’est le parfum d’une mère qui donne à quelqu’un puis qui va partir. Et voilà, je trouve qu’il y a un côté très, très touchant d’une enfance qu’on veut pas laisser s’enfuir. Et je voulais rendre hommage à ces métiers de gens, ces femmes qui faisaient, qui tricotaient de l’amour en fait. Moi je suis parti de tout ça, j’ai bougé le saladier puis ça a donné La liste de mes envies.

Elle fait un blog qui est… Elle sait pas ce que c’est encore, si c’est commercial ou pas mais elle va utiliser un blog pour exactement ce qu’on disait tout à l’heure, c’est-à-dire renouer du lien social (8). Zola, il y avait la place du village. Après, il y a eu le… les crieurs sur les marchés et toute cette parole de… de village, même dans les villes, ça se perd. Et elle, elle dit : Tiens, je vais me servir du blog pour raconter ça, pour raconter tous ces gens seuls et tout et la première histoire que je raconte de cette vieille dame qui regarde son blog et qui tout d’un coup retrouve le… le… le… la joie de vivre. Et c’est extraordinaire, elle recrée du lien social. Moi j’ai été content d’avoir à la fois la mercerie qui est un truc (9) ancien, le blog, la modernité et comme elle dit à un moment, je crois  que ce qui est du passé n’est pas dépassé et ce qui est du futur est pas encore passé. Donc je pense qu’il y a de la place pour les deux, pour tout ça.

– Je crois que je vais adorer (10) ce livre ! De toute façon, j’ai adoré l’auteur, donc je vais adorer le livre !
– Moi, j’ai adoré le bouquin (11) et c’est… ce qui est de plus incroyable (12), c’est que mon mari a adoré le bouquin, alors qu’il lit pas du tout.
– J’ai beaucoup aimé ce livre parce que j’aime beaucoup rire et sourire. Et honnêtement, en le lisant, plusieurs jours, en deux-trois jours, j’ai régulièrement eu le sourire. Donc c’est un petit bonheur du quotidien, ce livre.

Quelques détails :
1. fermer sa gueule : se taire, c’est-à-dire aussi ne pas protester, accepter son sort sans rien dire. (très familier, à cause de l’emploi de « gueule », qui est de l’argot pour désigner la bouche, puis par extension le visage)
2. Le Parisien : c’est l’un des quotidiens français.
3. Tu te rends compte ! : cette expression sert à montrer comme quelque chose est incroyable.
4. Maman : écoutez comme il prononce ce mot, comme si c’était man-man, au lieu de bien prononcer le « a ». Beaucoup de Français, enfants ou pas, font ça.
5. Foutre : mettre (très familier)
6. se foutre sur la gueule : se disputer, se déchirer, s’affronter, se battre. (très familier)
7. se délecter avec quelque chose : trouver énormément de plaisir à faire quelque chose
8. renouer du lien social : c’est l’expression à la mode, pour exprimer l’idée qu’on lutte contre l’isolement des gens, contre l’individualisme et qu’on récrée une vie en société.
9. Un truc : une chose / quelque chose (familier)
10. adorer quelque chose : c’est plus fort que aimer quelque chose.
11. Un bouquin : un livre (familier). On emploie très souvent ce mot à l’oral.
12. Ce serait plus correct de dire : Ce qu’il y a de plus incroyable ou alors Ce qui est incroyable. Comme souvent à l’oral, il y a mélange de deux formulations très proches.

%d blogueurs aiment cette page :