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Perdus

Mont beuvray2
Mont Beuvray1
Mont Beuvray3

On peut se perdre dans la forêt !
(Petit billet inspiré par les commentaires d’Anne et Rick).

Une chose est sûre, c’est que si cela m’arrive (en compagnie de quelqu’un obligatoirement), je dirai spontanément: Je crois que là, on est perdus.
Dans l’incertitude du moment, jamais ne me viendra à l’esprit: Nous sommes perdus. Peut-être parce que je ne parle pas assez bien et qu’en disant « Nous », j’aurais vraiment l’impression de m’écouter parler. Et pourquoi surveillerais-je mon langage, perdue en pleine forêt et peut-être un peu contrariée, ou irritée ? Ou alors, ce serait précisément pour bien souligner le côté « dramatique » de la situation, ou pour ironiser, et je ne le dirais pas du tout sur le même ton que toutes mes autres phrases avec On:

Si tu veux mon avis, là, je pense que nous sommes perdus.

Tu crois pas qu’on est perdus ?
J’ai l’impression qu’on est perdus, là !
Tu es sûr qu’on n’est pas perdus ?

Pour écouter ces phrases: On est perdus

Donc oralement, On nous vient de plus en plus naturellement à la place de Nous, c’est un fait. Quand j’entends quelqu’un utiliser Nous, je le remarque immédiatement et je me dis en quelque sorte inconsciemment qu’il parle parfaitement parce que c’est comme ça dans son milieu ou parce qu’il surveille son langage. Ou alors, je me dis que c’est un étranger !
Encore quelques années et On employé à la place de nous ne nous semblera sans doute plus familier mais normal.

Et nous nous habituons voir le participe passé accordé au pluriel puisque même nos grammaires se sont adaptées et approuvent cet usage.

Pour le moment, je pense que je contourne le problème quand c’est possible: si je dois écrire, je continue à utiliser Nous, pour éviter d’avoir à faire cet accord qui paraît bizarre quand il est écrit noir sur blanc, imprimé, affiché comme dans cette publicité qui a attiré mon regard pour cette raison.
Mais je peux de moins en moins esquiver le problème puisque ce blog et son grand frère France Bienvenue sont nés de cette idée de transcrire des conversations dont je recherche avant tout le côté oral ! Alors, personnellement, je crois que je m’habitue à taper des S partout ! (Je vais d’ailleurs prêter davantage attention à ce que font les romanciers d’aujourd’hui.)

Pour finir, j’ai enregistré ce qui précède, mais pas exactement. Comme j’ai d’abord pensé cet article à l’écrit et pas comme un enregistrement, il y a de petites différences de style parce que je ne l’ai finalement pas lu à voix haute mais « reformulé » spontanément comme si je vous parlais. Alors, il y a des Bah, des Voilà, des négations imparfaites qui traînent !

Perdus Version orale

Et pour conclure vraiment, tout ça, c’était juste pour vous emmener vous perdre dans cette très belle forêt !

Temps maussade

Mauvais temps Marseille

Mauvais temps le chene

Il fait mauvais temps aujourd’hui. Ciel très chargé, pluie, vent et même un ou deux coups de tonnerre, plutôt inhabituels en hiver.
C’est l’occasion de prendre quelques photos aux teintes assez rares ici.

Et également de faire un petit tour de ce que nous disons quand le temps est si maussade. Parce que dans le fond, c’est un peu compliqué pour un non-francophone de savoir quand utiliser: Il fait…, Il y a…, C’est…, dans des conversations ordinaires.
(Je ne parle pas des bulletins météo, qui ont leur style propre, ni de descriptions rencontrées dans des romans, donc à l’écrit.)

Les nuages :
On ne dit pas: Il fait nuageux.
Mais on dit: C’est nuageux. / C’est très nuageux aujourd’hui.
Et plus naturellement encore: Le temps est couvert. / Nous avons un temps très couvert aujourd’hui. / C’est légèrement couvert aujourd’hui.

La pluie:
On ne dit pas: C’est pluvieux. / Il fait pluvieux.
Mais on dit: Il pleut. / Nous avons de la pluie.
On dit aussi: Nous avons un temps très pluvieux. C’est une journée pluvieuse.
Et si la pluie n’est pas encore tout à fait là mais que le ciel ne trompe pas: Il va pleuvoir. / Le temps est à la pluie.

L’orage:
On ne dit pas: Il fait orageux.
Mais en attendant l’orage, on dit: C’est orageux. / Le temps est orageux. / Le temps est à l’orage.
Et quand l’orage a éclaté: Nous avons de l’orage. / Il y a de l’orage. / Il y a un bel orage, un gros orage.

Le vent:
On ne dit pas: Il fait venteux. / Et rarement: C’est venteux.
Mais on dit: Il y a du vent. / Il y a beaucoup de vent. / Il y a un peu de vent. / Nous avons du vent, beaucoup de vent, un peu de vent.

Et à Marseille, quand le vent du nord souffle, on dit:
Nous avons du mistral, un fort mistral / Il y a du mistral. / Le mistral souffle.
Sinon, le vent qui amène en général la pluie, c’est le vent d’est. Et les Marseillais disent:
C’est vent d’est. / On a vent d’est.

La conclusion, c’est qu’il fait mauvais temps, qu’il fait gris, tout gris aujourd’hui ! Il ne fait vraiment pas beau. Mais il ne fait pas froid. (Pour un mois de janvier)
Avec le verbe faire cette fois.

Et si vous voulez écouter comment on dit tout ça :

Le peuple de l’arbre

L'arbre

Les grands arbres sont fascinants. Ils sont faits pour remplir l’imaginaire des enfants. J’ai commencé à les aimer avec ces histoires où la cime d’un arbre ouvre la porte d’un autre univers, où les branches se ramifient en un monde à explorer et où se perdre. A travers des mots qui transportaient ailleurs. A travers des images comme dans L’arbre sans fin.

Tobie  LolnessAlors, comment ne pas se laisser emporter par l’histoire de Tobie Lolness et du grand chêne où vit tout son peuple ? A nouveau se laisser emporter, par la beauté des mots de Timothée de Fombelle et des dessins de François Place.

L’histoire commence ainsi:Tobie mesurait un millimètre et demi, ce qui n’était pas grand pour son âge. Seul le bout de ses pieds dépassait du trou d’écorce. Il ne bougeait pas. La nuit l’avait recouvert comme un seau d’eau.
Tobie regardait le ciel percé d’étoile. Pas de nuit plus noire ou plus éclatante que celle qui s’étalait par flaques entre les énormes feuilles rousses.
Quand la lune n’est pas là, les étoiles dansent. Voilà ce qu’il se disait. Il se répétait aussi: « S’il y a un ciel au paradis, il est moins profond, moins émouvant, oui moins émouvant… »
Tobie se laissait apaiser par tout cela. Allongé, il avait la tête posée sur la mousse. Il sentait le froid des larmes sur ses cheveux, près des oreilles.
Tobie était dans un trou d’écorce noire, une jambe abîmée, des coupures à chaque épaule et les cheveux trempés de sang. Il avait les mains bouillies par le feu des épines, et ne sentait plus le reste de son petit corps endormi de douleur et de fatigue.

Tobie Lolness, tome 1, La vie suspendue.

Promesse de l’aventure. Plaisir de lire, plaisir d’enfance. Comment pourrait-il en être autrement avec un auteur qui dit ceci:
« Les livres sont pour moi des cabanes, un peu loin du monde. Je m’évade dans l’imaginaire où je peux bricoler. J’aime le bricolage, cette dimension d’artisanat, j’aime fabriquer des objets, et le livre en est un parmi d’autres. Je me souviens de ces bateaux que je construisais, enfant, avec un bout d’écorce et un cure-dents, j’y mettais toute ma foi. Je veux garder cela dans ce que j’écris. A aucun moment je ne me demande : « Qu’est-ce que je vais leur écrire à ces gamins ? » J’écris pour moi aujourd’hui, pour moi hier, pour moi demain ; ce qui me ressemble vraiment. »

Un peu plus sur Tobie Lolness et Timothée de Fombelle
(On en vient presque à se demander quel est le nom du personnage et quel est celui de l’auteur !)

Les univers de François Place, où j’aime vraiment me perdre.

A vue d’oeil

Pour aller à l’Institut Pasteur le matin, je traverse le jardin du Luxembourg. Chaque année, un jour de printemps, en pénétrant dans le jardin, je ressens le même choc, la même stupéfaction. Chaque année, c’est le même émerveillement devant les bourgeons qui éclatent et commencent à éclore; devant ces débuts de feuilles, cette dentelle verte qui décore les branches et tremble sous la brise,comme si elle craignait de rater son coup. Mais le stupéfiant, c’est qu’elle ne le rate jamais. C’est que, une fois encore, le système fonctionne. Une fois encore, les jours vont s’allonger, la lumière et la chaleur revenir, les feuilles se former, puis les fleurs et les graines. Animaux et végétaux vont exploser de vie et de croissance. Pas le moindre accroc, pas la moindre défaillance. Le programme est immuable. Indifférente aux affaires des hommes, la grande machine de l’univers continue de tourner, inexorable.
Plus que l’océan et les tempêtes, plus que la montagne et ses glaciers, plus que la voûte céleste et ses galaxies, le retour de ce petit frisson vert qui parcourt les arbres et vous surprend un matin de printemps me donne, avec la force de l’évidence, l’impression d’assister au spectacle grandiose qui, depuis quelque douze milliards d’années, agite la grande scène de l’univers.

François Jacob. La souris, la mouche et l’homme (Chapitre 1)

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Plaisir des textes et des expériences qui résonnent en nous.
Plaisir de trouver dans les mots des autres ce qu’on ne dit pas assez bien.
Emerveillement toujours renouvelé de ces rencontres.

* à vue d’œil: De la pluie qui alterne avec du soleil, des températures douces, et tout pousse à vue d’œil, c’est-à-dire tellement vite qu’on a presque l’impression de voir les métamorphoses du jardin se produire sous nos yeux.
Au sens figuré, on dit aussi d’un enfant qu’il grandit à vue d’œil, de quelqu’un qu’il maigrit (ou grossit) à vue d’œil, d’un paysage qu’il change à vue d’œil, d’un glacier qu’il fond à vue d’œil.

Histoires pour grandir

AlbumsEnfant, il aimait lire. Puis il a aimé raconter des histoires à sa fille. Et il s’est mis à les écrire et à les dessiner lui-même.

Ce sont des livres qui habitent toujours sur mes étagères ! Impossible de m’en séparer, même si mes fils ont passé l’âge qu’on leur lise des histoires. Un univers de couleurs et de mots, de jeux avec les mots, l’univers de Claude Ponti. Ce sont de beaux voyages à chaque lecture.

Transcription:
Le peloton de la troupe (1) est un peu mièvre (2). Mais c’est aussi une demande. Les temps étant vraiment très durs, des gens ont du mal à prendre des livres pour leurs enfants qui soient pas un peu édulcorés (3) parce que ils croient protéger leurs enfants en leur donnant du doux, du tendre, du facile. Il y a des grands, grands en ce moment mais il y a un retour à la « cucunerie » (4), au bleu pour les garçons, au rose pour les filles, que je déteste.

Vous vous souvenez des illustrations (5) qui accompagnaient les histoires que vous lisiez, ou qu’on vous lisait quand vous étiez petit, ou pas ?
– Oh bah oui ! Oui, oui. Alors, déjà, il faut dire que je suis relativement jeune !
Oui !
– Et quand j’étais très, très jeune, il y avait beaucoup moins de livres quand même qu’aujourd’hui. Donc… Alors, j’avais…
Il y avait Le Père Castor (6), il y avait…
– Oui, il y avait tout ça mais j’avais aussi une mère enseignante (7). Donc j’avais accès à plus de livres que… que d’autres, de… de par (8) l’école. Mais j’ai eu à peu près les mêmes chose qu’avaient les autres: des Père Castor, des… des je sais plus quoi (9), machin Argent et truc (10), et tout ça. Et puis… A ma fille, j’ai beaucoup lu. J’ai beaucoup lu d’histoires. Je lui en ai inventé beaucoup. D’ailleurs, ce qui est… Elle m’a dit il y a pas longtemps que c’est… Elle s’est mise à (11) lire tard. Elle m’a dit: « C’est normal, tu me racontais des histoires tous les soirs et… Pourquoi veux-tu que… que j’aie envie de lire… »
Que j’aille les chercher ailleurs, c’est ça ?
– Moi je considère que ce que je fais est… est une simple transcription de la réalité. Donc je… je cache…
Ah oui ?
– Oui. Je cache rien. Bah il y a… il y a de la mort, il y a de l’accident, il y a des tas de (12) choses. Je cache (13) rien de… Mais je… je mets tout… C’est-à-dire, moi, ce qui m’intéresse, c’est que… c’est de considérer l’enfant évidemment comme une personne mais comme une personne en développement, c’est-à-dire que toute… toute l’activité d’un… d’un enfant, dès le départ, c’est… c’est de chercher à acquérir, comprendre, expérimenter et grandir. Donc moi, je travaille… je travaille…enfin (14), je fais… Je raconte de l’histoire que là-dessus. Donc… et pour montrer que… que quels que soient les problèmes, il y a toujours un moyen d’y arriver et de s’en sortir.
C’est vrai ! Parce que il y a des… Il y a des peurs, il y a des peurs terrifiantes dans… dans vos livres ! Il y a des monstres dévoreurs d’enfants.
– C’est normal d’avoir peur. C’est plutôt bien, si on y arrive, de la surmonter. Si on n’y arrive pas, on peut trouver des biais, contourner les murs, etc… Mais… Je pense qu’aux enfants et à voir comment… et leur dire que, non, c’est pas vrai, c’est-à-dire même si on te coupe les deux jambes au départ, tu arriveras à faire un truc. Il y a pas… Personne n’a pas d’enfance. C’est pas vrai, c’est de la mythologie. On dit: « Ah, j’ai pas eu d’enfance. » Mais si, tu as eu une enfance ! Elle était peut-être un peu merdique (15) mais tu en as eu une.Puis c’est… Il y a pas de quoi s’énerver (16) ! Tu arriveras à faire autre chose plus tard ou… Voilà, c’est… !

Des explications:
1. le peloton de la troupe: cela signifie la majorité, la plupart (ici, il parle de la majorité des auteurs pour enfants). En fait, on dit plus souvent: Le gros de la troupe.
2. mièvre: gentil et fade mais pas très intelligent.
3. édulcoré: adouci artificiellement, en gommant la réalité.
4. la cucunerie: je connais plutôt la cucuterie mais c’est pareil ! Cela désigne tout ce qui est « cucul« , c’est-à-dire pas méchant mais pas très intelligent. C’est la façon familière de dire mièvre, niais. On dit aussi: gnangan.
5. les illustrations: les dessins
6. Le Père Castor: c’est une collection d’histoires pour les enfants.
7. une mère enseignante: sa mère était institutrice.
8. de par: grâce à
9. des je sais plus quoi: façon familière de dire qu’il ne se souvient pas des titres.
10. machin Argent et truc: Il veut parler d’une collection qui s’appelait « Les petits livres d’argent ». Mais il ne se souvient pas précisément, donc les mots familiers « machin » et « truc » (très vagues) lui servent à suggérer ça.
11. se mettre à faire quelque chose: commencer à faire quelque chose.
12. des tas de: beaucoup de (familier)
13. je cache rien: on entend plutôt « Je casse rien », mais il ne se corrige pas.
14. je travaille… enfin… : l’utilisation de « enfin » signifie qu’il se corrige, qu’il veut nuancer le mot qu’il vient juste d’employer, pour mieux exprimer son idée.
15. merdique: raté (très familier, puisque basé sur « merde »).
16. Il y a pas de quoi s’énerver: on emploie cette expression pour dire à quelqu’un de rester calme, de prendre les choses, les problèmes tranquillement.

Voici un extrait que j’ai enregistré, pour que vous fassiez connaissance avec Hipollène, au cours de son voyage.
(J’aime les noms de toutes ses grand-mères. Et j’aime les miroirs qui réfléchissent !)

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