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Vendanges


C’est le début de l’automne: journées plus courtes, belles couleurs des arbres avant qu’ils ne perdent leurs feuilles, champignons dans les forêts pour qui connaît les bons coins, ouverture de la chasse.

Et bien sûr, c’est aussi le temps des vendanges. Grande activité dans toutes les régions viticoles de France. Et il y en a beaucoup ! On trouve même des vignes tout près de Paris, dans certains petits coins de banlieue qui ont voulu préserver une partie de leur vignoble hérité du passé.
Petit reportage en banlieue donc, entendu à la radio l’autre matin. Et comme le printemps a été chaud et l’été pluvieux, les vendanges sont en avance cette année.
Transcription:
Bon alors, qu’est-ce que c’est, ce vin ?
– Donc le vin de Suresnes, c’est 5000 bouteilles déjà (1), tous les ans, vin de Chardonnay, à 85% et un petit assemblage de Sauvignon (2) avec. Et ce qui est intéressant, c’est que ce sont deux cépages qui mûrissent à la même époque. Donc on va les vendanger ensemble. Et là, ils sont en pleine maturité. On n’a plus l’avance qu’on avait en début de saison, avec le mois de mai: on avait un mois d’avance. On n’a plus que quinze jours.
C’est pas mal ! (3)
– Ce qui est encore pas mal, oui.
Mais excusez-moi, finalement, est-ce que c’est bien d’être en avance ?
– Oui, parce que on a plus de chances de vendanger par le beau temps. On est plus près de l’été. Voilà. Et si par hasard c’est pas mûr, on peut attendre. Mais là, c’est magnifiquement mûr et c’est parfait.
Et ça fait combien de temps que vous êtes vigneron ?
– Alors moi, je suis vigneron par ailleurs (4) dans le Val de Loire (5), donc depuis 97.
Et qu’est-ce qui vous a donné envie d’être vigneron, vous ?
– Ah, ça, c’est… Je sais pas. C’est… C’est peut-être dans le berceau (6), je sais pas, mais ça… ça… Enfin j’ai pas goûté le vin dans le berceau quand même, hein !
Rassurez-moi ! Enfin remarquez, c’est peut-être un bon conseil que vous donnez, je sais pas !
– Non ! Non, non ! Quand même pas ! Non non, c’est un bon conseil pour les adultes, mais pas pour les enfants quand même. Mais… non, c’est quelque chose que… que j’avais dans la peau (7) et que j’ai toujours voulu faire.
Et alors, combien de personnes font les vendanges, là ?
– Une dizaine de personnes, quasiment toutes bénévoles (8). Trois personnes des Espaces Verts (9) de la Ville et le reste, des bénévoles.
Et alors là, il y en a pour combien de temps de boulot ?
– Quatre jours.
Bah alors, bonnes… bonnes vendanges, hein.
– Merci. Il y a un sécateur pour vous si vous voulez.
C’est vrai ?
– Vous voulez prendre un petit café avant ou vous… attaquer (10) tout de suite ?
Eh bien…
– Vous voulez attaquer ?
– […] par ici. Voilà, alors le monsieur à la casquette là-bas est Marcel. C e sera votre référent quand vous aurez des questions à poser pendant les… les vendanges. Moi, je serai en bas au chai (11). La vendange est précieuse. Donc on pose le seau sous la vendange pour éviter qu’il y ait des grains qui tombent au sol.
– Oui. C’est ça.
– Voilà. Le sécateur. (12)
– Oui.
– On pose la main sous la grappe.
– Oui.
– On coupe là, comme ça.
– Super.
– Voilà. On fait attention quand on travaille l’un en face de l’autre de pas être tout… juste en face l’un de l’autre.
– Non.
– Parce que autant quand on coupe le doigt, on arrête quand ça fait mal, autant celui qui est en face fait pas attention qu’il fait mal au voisin.
– Oui, oui.
– Donc voilà.
– Eh, qu’il y ait pas de feuilles dans les poubelles, hein ! Parce que la feuille, ça donne une amertume.

Quelques explications:
1. déjà: premièrement, tout d’abord.
2. le Chardonnay et le Sauvignon: ce sont les noms de différents cépages, c’est-à-dire de différentes sortes de raisins.
3. c’est pas mal: ça fait quand même beaucoup.
4. par ailleurs: autrement, de plus.
5. le Val de Loire: région du centre de la France connue pour ses vignobles et ses vins.
6. dans le berceau: il veut dire que cette envie lui est venue très tôt, presque comme s’il était né avec.
7. avoir quelque chose dans la peau: aimer quelque chose avec passion. (familier) C’est comme si ça faisait totalement partie de vous.
8. un bénévole: quelqu’un qui travaille sans demander à être payé.
9. Les Espaces Verts: ce terme désigne le service qui s’occupe de l’ensemble des parcs et jardins publics d’une ville.
10. attaquer: on s’attendait à ce qu’il mette un verbe conjugué après « vous ». Mais finalement, il emploie un infinitif: attaquer, sur le même plan que « prendre« . Si ça avait été « Vous attaquez… », il aurait fait la liaison entre « vous » et « attaquez ».
11. le chai: l’enroit où on entrepose les vins dans les fûts, dans les barriques.
12. un sécateur: c’est une sorte de grosse paire de ciseaux pour le jardinage. (pour couper des petites branches, etc…)
13. Autant…, autant...: cette structure sert à insister sur un contraste entre deux situations. Par exemple: Autant je ne suis pas pressée le weekend, autant je cours tout le reste de la semaine.

Vocation: éleveuse de chèvres


A quoi rêvent les jeunes filles ?
Camille, elle, n’a pas choisi une voie facile: elle veut être agricultrice. Métier exigeant. Horaires contraignants. Vacances souvent inexistantes. Et il faut bien le reconnaître, un monde d’hommes où les femmes peuvent avoir du mal à exister à part entière. Une voie peu choisie aujourd’hui dans notre univers dominé par les villes.
Mais cette jeune femme a trouvé sa vocation et en parle avec envie.

Transcription:
– Au début, je voulais être infirmière. Et donc ça fait six ans que je connais mon fiancé. Donc ça fait actuellement trois ans qu’on est ensemble. Et donc c’est lui l’agriculteur. Il s’est installé cette année. Et donc c’est ça qui m’a donné envie de m’installer avec lui.
– Et pour faire quoi alors, précisément?
– De la gestion, notamment. J’aimerais m’installer en chèvre (1), enfin en caprin. Voilà. Je vois à peu près comment ça fonctionne. Donc… Et puis ça me plaît. Donc je pense que je devrais y arriver (2). Et puis après, c’est un choix de vie. C’est vrai qu’on n’a pas forcément de vacances. Et puis, il faut se dire aussi qu’on n’a pas un revenu qui va être fixe tous les mois.
– Il y a du goût pour ce métier-là ou simplement de l’amour pour votre compagnon (3) ?
– Non, il y a les deux quand même ! Enfin, c’est pas une décision que j’ai prise parce que je me suis mis (4) avec lui. C’est le contexte qui a fait que, bah en évoluant… et puis c’est pas comme si on était ensemble depuis très peu de temps. On se connaît suffisamment pour prendre ces décisions-là, je pense. Et puis je me dis que – enfin j’espère pas ! (5) – mais je me dis que si un jour on se sépare, moi je continuerai quand même dans cette branche-là.
– Alors pourquoi les chèvres ?
– Les chèvres ! Alors, ma cousine, quand j’étais petite, je la voyais élever ses chèvres, elle faisait son fromage et puis elle le vendait sur le marché (6). Et puis moi, c’est… c’est des petits animaux que… Enfin, c’est mignon ! C’est… c’est très affectueux. Au départ, je pense plutôt m’installer en chèvre et vendre le… le lait à une coopérative ou un organisme qui va le retraiter, parce que l’investissement est lourd, surtout quand on part de… de rien (7). Mais c’est vrai qu’à l’avenir, après, je… je me vois bien dans ma petite… mon petit atelier fromager et puis aller à la… enfin, au marché et vendre, tout ça.
– Que vous ont dit vos parents quand vous leur avez dit: « Je veux faire des études, je veux être agricultrice » ?
– Ma mère n’a trop… trop rien dit (8) . Mais mon père, ça lui plaisait pas forcément parce que, bah… Et puis, c’est vrai qu’il avait d’autres projets pour moi. Comme moi, je voulais, toute petite, être médecin ou infirmière, il comprenait pas ce changement d’orientation. Donc… Puis il disait, avec les temps qui courent (9), avec la conjoncture économique, avec la retraite (10), il me fait il faut penser à ça. Enfin mon père, il est à la retraite donc il a aussi ses anciens stéréotypes. La femme, elle était à la maison, et puis c’est l’homme qui travaillait. Donc…
– Et vos camarades de terminale ES (11), qu’est-ce qu’elles vous ont dit ?
– Beh, elles me voyaient pas du tout agricultrice, enfin… par rapport à l’image qu’elles avaient de moi, mais… Mais bon, chacun évolue comme il peut.

Quelques explications:
1. en chèvre: c’est une façon parler propre aux gens qui sont dans ce secteur, pour parler de leur spécialisation.
2. y arriver: réussir.
3. votre compagnon: cette jeune femme n’est pas encore mariée. La journaliste emploie le mot « compagnon » car elle vit en couple avec ce jeune homme. Les couples non mariés emploient ces termes: mon compagnon, ma compagne.
4. je me suis mis avec lui: elle devrait accorder et dire « mise » au féminin. Se mettre avec quelqu’un est la façon familière de dire qu’on s’installe avec quelqu’un, en couple, sans être mariés.
5. J’espère pas: façon familière de dire: J’espère que ce ne sera pas le cas.
6. vendre sur le marché: c’est vendre ses produits au marché. (et non pas dans un magasin en dur) La plupart des villes françaises ont leur marché chaque semaine.
7. partir de rien: elle doit tout créer et acheter. (Ses parents ne sont pas agriculteurs. Donc elle ne peut pas reprendre leur exploitation.)
8. elle n’a trop rien dit: elle n’a pas fortement critiqué cette décision. (familier)
9. avec les temps qui courent: on dit plus souvent « par les temps qui courent« . Cette expression signifie actuellement, mais en ajoutant une petite nuance négative. (La période est vue comme peu favorable.)
10. la retraite: beaucoup d’agriculteurs ont une trop petite retraite quand ils arrêtent de travailler, s’ils n’ont pas assez cotisé pendant leur vie professionnelle, ce qui est souvent le cas.
11. la terminale ES: classe où on prépare un bac Economique et Social.

Petite remarque: en France, on mange toutes sortes de fromages de chèvre. Et ce secteur se développe car il y a une demande croissante aussi pour les yaourts au lait de chèvre. (On dit que le lait de chèvre est mieux toléré que le lait de vache.) Les rayons produits laitiers des supermarchés en proposent de plus en plus. Alors, les élevages de chèvres ont peut-être de beaux jours devant eux.

Fraîcheur et saveur garanties

Aujourd’hui, on peut manger des fruits exotiques qui viennent du bout du monde.
On fait voyager des salades dans des camions à travers la France.
On fait pousser des tomates sans soleil et sans terre pour leur faire traverser l’Europe.
On développe des variétés de légumes et de fruits dont la principale qualité, c’est de résister au transport.
Le tout, bien gavé de cochonneries.
Et il y a des enfants qui ne savent même plus à quelle saison on peut récolter des fraises, des vraies, des belles, qui poussent quand c’est le moment et qui ont le goût de fraise !
Et surtout, à l’heure où le Ministère de la Santé fait sa campagne sur « 5 fruits et légumes par jour », de nombreuses familles n’ont même pas les moyens d’acheter de bons produits à un prix correct.

Alors, de petits producteurs régionaux se regroupent en AMAP. Une AMAP, c’est une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.
Ils font pousser des vrais légumes et des vrais fruits, sans donner dans le rendement industriel. Et ils vendent tout ça chaque semaine sous la forme de paniers à des clients qui se sont engagés à leur acheter leur production. Pas d’intermédiaires, une production qui redevient raisonnable, au fil des saisons, et pleine de saveurs oubliées ! Un lien direct entre le producteur et ses clients.


Transcription:
– Là, vous êtes en train de préparer les paniers, les paniers qui vont être distribués à l’AMAP en soirée.
Tout à l’heure, ouais.
– Alors expliquez-nous. Qu’est-ce que vous y mettez aujourd’hui ?
Ben le panier, il y a un quart de courge, donc c’est des grosses, donc ça fait des grosses parts. Un kilo de pommes de terre…
– Des oignons.
Il y a sept poireaux, une botte de radis rouges, une salade, une poche d’épinards où il y a 700 grammes d’épinards. Et des oignons. Et voilà.
– Et le panier…
Et le panier est fait.
– A quel prix ?
Le panier, 16 euros. Toutes les semaines. Donc là vous avez… Je coupe des parts de courge parce qu’on a des courges qui sont assez grosses. Donc on les partage en deux ou en quatre. Donc après je les emballe juste pour la distribution. Aujourd’hui, vu la conjoncture dans l’agriculture, voilà, pour moi, c’était une obligation de passer par les paniers pour voilà, le… le soutien financier que ça implique.
– Vous pensez que dans un système traditionnel, agriculture intensive, vente aux grandes surfaces (1), etc…, vous… vous vous en seriez pas sorti (2)?
Ah non, non. Déjà (3) j’aurais pas pu m’installer, premièrement. Après, s’en sortir, le circuit des grandes surfaces aujourd’hui, je pense pas qu’il y en ait qui s’en sortent.

Quelques détails :
1. les grandes surfaces : les supermarchés et les hypermarchés (par opposition aux petits commerces)
2. s’en sortir : réussir.
3. Déjà : la première raison, c’est que… (C’est comme « premièrement »)

Du beurre dans les épinards

Vous avez entendu parler du Salon de l’Agriculture ? Non ?
Eh bien, imaginez une ferme gigantesque en plein Paris pendant une semaine : les plus belles vaches, les plus belles volailles, les meilleurs saucissons, les meilleurs produits fermiers, venus des quatre coins de France, pour le plus grand bonheur de quelques centaines de milliers de visiteurs, petits et grands. Vous y croiserez aussi des hommes et des femmes politiques qui viennent y prendre un bain de foule et soigner leur image au milieu des bottes de paille et des produits du terroir.

Parce que le monde paysan, c’est important, hein ! Même si dans les faits, les paysans sont de moins en moins nombreux. ( La rentabilité et la productivité sont passées par là.)  Et même si pour beaucoup, c’est de plus en plus dur de vivre de la terre.
C’est ce qu’explique Florence, éleveuse dans le Massif Central. Signe des temps : ses vaches n’ont plus de prénom, juste des numéros. Et elle arrondit ses fins de mois en faisant autre chose que s’occuper exclusivement de ses bêtes. Pas vraiment le choix, hein, Florence !


Transcription:
Non, il y a pas de Marianne à Millevaches. (1)
Elles s’appellent comment ?
Bah elles ont pas de nom, hein. Avec la quantité qu’on a maintenant, on est ce qu’on appelle ici l’élevage intensif, hein (2). Donc on n’a plus de noms. Quand j’étais plus jeune, les vaches, on en avait moins. Donc forcément, elles avaient toutes des prénoms. Mais aujourd’hui, pour pouvoir en vivre, elles ont des numéros et avec les numéros, donc on arrive à les repérer. Y a plus (3) de prénoms, à part quelques favorites, les vaches laitières, on leur laisse encore le nom de Marguerite (4)!
C’est qui , elle ?
Bah, c’est la 3902. Et celle-là, c’est la 9893… Il faut que j’aille voir parce que cette brebis, elle a perdu son agneau.
Allez, voilà maman ! Voilà ta maman ! Ah bah Sophie,  c’est Sophie ! Voilà, celle-ci, cette brebis, c’est Sophie. Voyez, on en a encore un peu, hein. On en a encore un peu qui ont (5) des prénoms. Mais malheureusement maintenant, aujourd’hui… notre métier… avec la modernité, tout ça, on s’essoufle un peu, hein. Avec toutes les contraintes qu’il y a maintenant, liées à notre métier, la surcharge de travail, tout ça, ça fait beaucoup de choses. On a quand même un petit peu de mal à en vivre, quoi. Donc depuis peu, là, j’ai trouvé une petite place (6) à l’extérieur. Je fais un ramassage scolaire (7) le matin et le soir. Bah comme on dit, hein, pour mettre du beurre dans les épinards (8), hein,  parce que l’agriculture…
On va voir nos moutons ? J’ai quelque chose de beau à vous montrer. C’est merveilleux. Alors, ce sont deux petits chevreaux. Ils sont nés ce (matin)… Non ! Ils sont nés hier soir. Alors, voilà Biquette (9). Voilà Biquette et ses deux petits. Regardez si ils sont beaux ! C’est mignon, hein ! Hein ma Biquette… Viens, ma Biquette, viens. Montre-nous tes petits bébés. Alors, alors voilà Rose. C’est la plus petite. Et Rosie. Voilà !
[…]
Il est quelle heure ?
[…]
Han ! Je suis obligée vraiment de partir ! J’ai que… J’ai que dix minutes pour me rendre à… à l’école pour chercher les enfants.

Quelques détails :

  1. Millevaches : toute petite commune sur le plateau de Millevaches, dans le Limousin.
  2. Hein : ça ne veut rien dire. C’est un tic de langage, plus ou moins fréquent, comme quand on ajoute « quoi » à la fin des phrases à l’oral.
  3. Y a plus : à l’oral on dit souvent ça. Mais à l’écrit, il faut écrire : Il n’y a plus…
  4. Marguerite : prénom féminin souvent donné aux vaches avant.
  5. qui ont : Florence prononce « qu’ont », ce qui est fréquent dans certaines régions de France.
  6. une place : un emploi.
  7. le ramassage scolaire : c’est le transport en car des enfants qui vont à l’école.
  8. pour mettre du beurre dans les épinards : pour gagner un peu plus et améliorer l’ordinaire. On emploie souvent cette expression, basée sur le fait que les épinards, c’est meilleur si on y ajoute un peu de beurre !
  9. Biquette : une biquette, c’est le mot familier ( et utilisé par et avec les enfants ) pour « chèvre ». Florence a donné ce nom-là à sa chèvre.
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