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Brindezingues !

Mon coup de coeur de ces dernières semaines ! Et je vais garder ce livre précieusement, pour ne plus quitter Nathalie et Eugène, les deux enfants / adolescents imaginés par Véronique Ovaldé et dessinés par Joann Sfar. Ce n’est pas une BD, mais une histoire qui naît des mots vivants, poétiques et drôles de l’écrivaine et des illustrations imaginées à partir du texte par le dessinateur. Vous savez, pour les moins jeunes d’entre nous, comme ces livres qu’on lisait enfant, où il y avait au détour des pages couvertes de mots quelques dessins qui tout à coup donnaient vie à ces histoires. (Mais là, il y a beaucoup plus de dessins, dans lesquels on peut se plonger pour regarder une multitude de détails.)

Donc c’est une histoire que j’ai trouvée formidable, très joliment racontée, où s’entremêlent les voix de la jeune et fantasque Nathalie, du timide mais valeureux Eugène, de la mère de Nathalie, des voisines, des parents d’Eugène, d’autres personnages, avec posés par dessus toute cette vie, les commentaires de la narratrice / Véronique Ovaldé. Les dernières lignes de l’avant-dernier chapitre sont très belles, je trouve. Et le dernier chapitre nous prend par surprise et dit toute l’ambiguïté de la vie, avec des mots très simples. (Je ne vous en dis pas plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte!) C’est beau, dense et profond, l’air de rien. Un vrai cadeau. Je n’avais pas envie que ça se termine. (Remarquez, on a le temps de partager leur vie, au fil des 150 pages de ce drôle de grand livre.)

Et voici des extraits d’une émission où les deux auteurs, qu’on sent très complices, parlaient de leur travail pour donner vie à cette histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu le mot « brindezingue » dans la bouche de quelqu’un ! (Les mots d’argot, ça va, ça vient.)

A cause de la vie Ovaldé Sfar

Transcription
– Je me suis dit : Mais en fait, ça va être vraiment quelque chose pour nous, pour lui et moi, vraiment un univers où il y a en effet des très jeunes gens, un peu… un peu inadaptés, et je crois que ça nous allait plutôt bien (1). J’imagine que tu étais un jeune garçon pas totalement adapté !
– Il vous ressemble un petit peu, ce Eugène, à la fois timide et qui tout à coup, parce qu’une jeune fille s’intéresse à lui et lui fixe des défis absolument improbables, parce qu’elle est quand même très, très culottée (2), hein, elle lui fait faire des choses… !
– Ce qui est beau, c’est que Véronique a écrit un vrai conte de chevalerie. C’est un jeune homme qui fait tout pour une femme, et puis on verra si il l’a ou pas à la fin, et ça se passe dans notre arrondissement (3), ça se passe dans le dix-huitième arrondissement parisien. Ça, je trouve ça formidable. Moi, comme beaucoup de gens de ma génération, je suis venu à la littérature par Quentin Blake et Roald Dahl et je savais pas à l’époque (4) qu’il y avait un écrivain et un dessinateur, le livre m’arrivait comme ça. Et en lisant le texte de Véronique, j’ai découvert quelque chose qui pour moi était de cet acabit (5), c’est-à-dire que ça s’adresse à tout le monde, puisque ça tape au cœur, puisque c’est émouvant. J’arrive pas à dire si ce livre est joyeux ou s’il est triste, je sais qu’en le lisant, j’ai pleuré. Et… Enfin, en même temps, je suis une énorme éponge, moi, je pleure tout le temps, mais là, c’était de bonnes larmes, si tu veux. Et j’ai fait ce que m’a appris Quentin Blake, j’ai dessiné le personnage, je lui ai demandé si ça lui allait, et après, je suis parti avec le texte et j’ai… Je vois ses phrases, je vois ce qu’elle raconte et on m’a fait l’amitié de me laisser autant de place que je voudrais. C’est en ça que ce livre est un peu atypique, c’est si parfois je veux dilater une petite phrase ou la redire, c’était autorisé. Après je me rends pas compte, j’éprouve un truc, je le dessine et si ça… si ça se communique, tant mieux. (6)
– Oui, parfois même la modifier : il y a le texte, très réussi de Véronique Ovaldé, et puis j’ai remarqué qu’à deux-trois reprises (7), vous prenez une ou deux libertés (8)– vous rajoutez une petite phrase, un sentiment, vous vous appropriez vraiment le texte de Véronique. Vous diriez que c’est un roman ? Un conte ?
– Je sais pas. J’aime bien quand tu dis roman de chevalerie. J’aime assez cette idée, je trouve que c’est assez juste. Roman de chevalerie qui se passe dans un vieil immeuble parisien à ce moment… finalement, les années 80, c’est juste après le vieux Paname (9), et juste avant que ça devienne Paris, dans un vieil immeuble, avec ces deux gamins qui sont à l’orée (10) aussi de l’âge adulte, cette métamorphose-là, métamorphose de Paris, de notre dix-huitième qu’on connaît si bien, et puis de… ce moment de transformation terrible où vous passez de… bah je sais pas, d’une espèce d’enfance un peu solaire, de ce… voilà, et puis, vous allez passer de l’autre côté. Donc c’est un moment un peu dangereux, un peu particulier, vous êtes pas toujours très content de passer ce moment d’adolescence, et il y avait tout ça à la fois dans ce… dans cette histoire. Alors pour moi, c’est une histoire un peu initiatique aussi, hein. Et une histoire d’amour.
– Je trouve que quand on lit tous les défis que la jeune fille lance au garçon, qui est amoureux d’elle, on se dit qu’on aurait aimé avoir une enfance comme ça. Et que chacun… chaque garçon aimerait avoir une fille comme ça, qui lui lance des défis de plus en plus difficiles et qu’il faut chaque fois réussir pour qu’elle continue à s’intéresser à lui, et ça, c’est sublime  !
– Est-ce que c’est pas ça, finalement, être romancière, Véronique Ovaldé : écrire pour réparer le passé, pour qu’advienne enfin ce qu’on aurait tellement aimé faire ?
Tout à l’heure, il disait quelque chose de merveilleusement juste, Romain Gary, quand il disait : Je… Quand j’écris, je veux vivre d’autres vies que la mienne. C’est… Alors, je pense qu’en fait, moi, je… dans ce genre de livre, je vis aussi d’autres enfances que la mienne. Donc je… C’est une espèce d’enfance fantasmée quand même de cette petite (11). Alors, le garçon, vous disiez, Monsieur Pivot, en fait le garçon qui voudrait… Tous les garçons aimeraient bien avoir une jeune fille un peu… un peu folle, brindezingue (12), un peu sauvage ,comme ça, un personnage romanesque (13) qui habite en-dessous de chez soi pour… et puis, qui nous lance des défis et qui nous donne des missions à remplir, bien sûr. Mais aussi, moi, j’aurais adoré être une jeune personne aussi libre que cette gamine, qui a onze, douze ans, qui a onze ans, par là, dans ces eaux-là (14), et qui en même temps, est en effet d’une liberté totale. Elle est… Elle ne va pas à l’école parce que ça ne l’intéresse pas. Elle vit seule avec sa mère, elles vivent dans des cartons (15) parce que les cartons n’ont jamais été ouverts, et elles sont… Et… Et puis elle vit dans un monde imaginaire qui est encore très, très proche de l’enfance. C’est ça que je trouve très beau, c’est ces moments… ce moment où en fait, on est encore avec les oripeaux (16) de l’enfance et puis, bah il va falloir passer de l’autre côté. Et puis là, ils sont… Ils ont pas envie tellement d’y aller, pour le moment.
– C’est un livre remarquable également sur… Il pose beaucoup de questions – c’est pour ça que c’est un bon livre – sur l’âge adulte aussi, quand on se retourne vers l’adolescent un petit peu mélancolique ou fou furieux que l’on pouvait être. Est-ce que c’est une bonne idée, Véronique Ovaldé, vingt-cinq ans plus tard de remettre ses pas dans ceux qui furent les nôtres lorsque nous étions adolescents, de chercher à revoir un premier amour, de chercher à revoir une sensation ?
– Ah non ! Je pense que c’est une très, très mauvaise idée, moi, j’en suis assez convaincue ! Alors moi, je suis… Je suis quelqu’un d’extrêmement mélancolique et en même temps d’un peu brindezingue comme cette jeune fille mais je suis absolument pas nostalgique. Ça n’existe pas, la nostalgie. Donc quand j’écris quelque chose qui se passe en 84, j’ai besoin de… Je réactive quelque chose qui me plaisait de ce moment-là – donc la musique.. J’adore en fait ce que tu as mis sur les murs, tu sais, les affiches qu’il y a sur les murs dans la chambre de la gamine. Moi, j’en parle pas. Joann, il met des affiches partout, sur tous… sur chaque mur – donc il y a Beetle juice, il y a plein de trucs qu’elle écoute, et du coup, qu’elle met, qu’elle affiche. Donc moi, j’ai beaucoup de mal avec le fait de retourner en arrière. C’est quand même… En fait, j’adore la réinventer. J’adore l’invention des choses. Donc moi, je réinvente les choses. Donc moi, j’irais jamais… j’irais jamais faire des pèlerinages sur les lieux… les lieux de mon enfance. Ça me viendrait pas à l’esprit ! (17)

Des explications :
1. ça nous allait bien = ça nous convenait bien / ça nous correspondait bien.
2. Être culotté : c’est avoir du culot, c’est-à-dire oser faire des choses interdites, défier les interdits. (familier)
3. un arrondissement : Paris, Lyon et Marseille sont divisées en arrondissements. A Paris, il y en a vingt. Si un Parisien dit par exemple : c’est dans le 15è / j’habite dans le 18è, tout le monde comprend qu’il parle du quinzième ou du dix-huitième arrondissement.
4. À l’époque = à ce moment-là (pour parler d’une période qu’on présente comme déjà un peu lointaine)
5. de cet acabit : de ce genre-là (familier)
6. tant mieux : cette expression signifie que c’est bien et qu’on est content de la situation.
7. À deux, trois reprises : deux ou trois fois
8. prendre des libertés : par exemple, prendre des libertés par rapport au texte d’origine signifie qu’on ne reste pas totalement fidèle au texte. On peut aussi prendre des libertés par rapport à un règlement.
9. Paname : c’est le surnom en argot de Paris, qui renvoie à l’image d’un Paris traditionnel, avant tous les changements de notre époque en quelque sorte.
10. À l’orée de : au début de… ( au sens premier du terme, il s’agit de l’orée de la forêt, c’est-à-dire là où commence la forêt, d’où son sens figuré.)
11. Cette petite : cette enfant
12. brindezingue : un peu folle (argot). On n’entend plus ce terme très souvent.
13. Romanesque : comme dans un roman. Ce terme évoque l’idée d’aventure, de vie pas ordinaire. On peut l’employer à propos d’une histoire ou de la vie de quelqu’un par exemple, mais aussi à propos d’une personne.
14. Par là / dans ces eaux-là : ces deux expressions familières signifient la même chose : environ, à peu près (à propos d’un chiffre, d’une quantité, d’une somme d’argent par exemple ou de l’âge de quelqu’un comme ici)
15. elles vivent dans des cartons = elles vivent au milieu des cartons (de déménagement) dans leur appartement.
16. des oripeaux : des vêtements, en général usés et dont on devrait donc se débarrasser. (Ce mot est toujours au pluriel.)
17. ça ne me viendrait pas à l’esprit : je ne peux absolument pas avoir cette idée, je ne peux absolument pas faire ça, ça m’est totalement étranger. On dit aussi : ça ne me viendrait pas à l’idée.

La vidéo entière, extraite elle-même de l’émission de télévision La Grande Librairie, est à regarder ici.

Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

cite-orientee

metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

Jamais sans son chien

Le chien invisibleJ’avais oublié ce livre sur son étagère. Mais il m’est revenu en entendant cette vétérinaire à la radio. Elle y racontait son enfance et son adolescence, en y disant la place des animaux, les vrais et les imaginaires, avec une sincérité qui m’avait retenue jusqu’au bout.

Jamais sans son chien

Transcription :
J’étais une dingue (1) d’animaux, donc j’étais pas raisonnable. Je pleurais devant les magasins de chiens pour avoir mon chien. Chaque fois, je pleurais, je trépignais, je faisais des colères. Je connaissais toutes les races par cœur, j’embêtais ma mère dans la rue : « C’est quoi, cette race ? » Alors, ma mère : « Oui, oui, c’est ça, ma chérie, c’est un cocker spaniel. Oui, oui, c’est ça. » J’étais une folle, hein ! J’étais une folle de chiens ! Puis j’ai bien vu que ma mère ne cèderait pas, et un jour, elle m’a dit – je devais avoir douze ans : « Oh bah ma chérie, tu ne parles plus d’avoir un chien. » « Bah, maman, j’ai un chien ! » « Enfin, ma chérie, qu’est-ce que tu racontes ! (2) » « Mais tu vois pas qu’il est par terre, mon chien, là ? Il s’appelle Rox, c’est un berger allemand, il est magnifique , il obéit très, très bien. » C’était mon compagnon, c’était… c’était mon protecteur, c’était mon alter ego. Il était dans mon… dans mon imaginaire, mais il était réel. Il était vivant ! Je m’en rappelle (3) encore… de ce chien. J’allais à l’école, je marchais à pied boulevard des Invalides (4) et mon chien m’accompagnait, parce que j’avais un peu peur sur ce grand boulevard. J’avais plus peur depuis que j’avais le chien. Donc là, ma mère s’est dit : « Elle est vraiment complètement dingue ! Faut que je fasse quelque chose. » Elle a fini par céder.
C’était un bâtard de labrador et de fox terrier. C’était pendant mon adolescence, j’étais complètement accro (5) à ce chien. Et tous les amis que j’avais devaient faire allégeance (6) au chien. J’allais pas chez mes copains sans mon chien, j’allais pas en boîte (7) – tous ces trucs-là, j’ai jamais fait. J’allais pas en vacances sans mon chien, donc les parents de mes copains etaient fous de rage en disant : « Mais c’est quoi, cette fille qui vient avec son chien ! » Et ma mère était très rassurée que j’aie mon chien dans le fond parce qu’elle s’est dit : elle va pas faire de bêtises en mobylette (8). En fait, ce chien était un peu mon ange gardien et ça a très bien fonctionné. Je serais peut-être pas vétérinaire si je l’avais pas eu. J’en avais rien à faire (9) des hommes ! Franchement, hein ! Ça m’intéressait pas, j’étais très égoïste, je pensais qu’à moi. Je pense que j’étais vraiment mono-tâche, c’est-à-dire mon plaisir à travers les animaux. En fait, je pense que je soignais un manque terrible. C’est après avec le recul (10), hein, donc j’étais un petit peu malade. Et ce chien m’a sauvée. Il m’a aidée à me construire, à trouver une voie. Ça m’a pris par la main et ça m’a remis dans le droit chemin (11). Mais il a fallu beaucoup d’années pour ça. Et ce chien m’a accompagnée neuf ans. Puis un jour, il est parti, il a fugué. Alors, ça a été le drame (12) de ma vie. Enfin alors dans ma famille, on ne comprenait pas pourquoi j’étais en larmes, etc. « Et comment est-ce que Marie-Hélène peut avoir si… Pleurer pour un animal ! » Alors ça, c’est incroyable de dire ça ! Pourtant, plein de gens pensent ça encore. C’est un vrai anti-dépresseur (13), l’animal, parce qu’il vit le moment présent. Par exemple, le chien – ou le chat – se lève le matin, il est normal, positif. Chaque jour est une fête parce qu’ il sait vous apprendre le rayon de soleil, l’odeur de l’humus (14), la frénésie de sortir… enfin, c’est une espèce de bombe de bonne humeur permanente. Et nous, dans notre vie totalement dégénérée, avec… ce qui arrive encore plus maintenant avec toutes les ultratechniques, on a complètement perdu le… l’instant présent. Donc on vit pas le moment présent, alors que le chien, le chat, l’oiseau, même si c’est pas domestiqué comme le chien, ça vous apprend à vous poser, à regarder, à essayer de comprendre ce qui se passe dans l’instant T. Les animaux sauvages ou dans la nature, c’est encore plus vrai. Le lombric (15) qui sort de terre, ça m’amuse. Les tortues qui pondent dans la terre, c’est fascinant, la tortue qui va pondre. Déjà, de voir l’oiseau sur le balcon, ça fait partie du merveilleux, ça, voir un oiseau qui se pose, là, un rouge-gorge, une mésange, dans un bois, une biche qui s’arrête, pour moi, c’est magique ! Mais c’est pour moi. C’est figer le temps et… Ah… cette espèce de suspension, là, qui vous… qui vous nourrit.

Des explications :
1. être dingue de quelque chose : être fou de quelque chose (familier)
2. Qu’est-ce que tu racontes ? : quand on pose cette question, avec le verbe raconter, c’est qu’on ne croit pas à ce que la personne dit, ou qu’on pense qu’elle dit n’importe quoi.
3. Je m’en rappelle encore de..  : normalement, le verbe se rappeler s’emploie sans préposition : je me rappelle encore ce chien. C’est le verbe synonyme de se souvenir, qui, lui, est suivi de la préposition « de ». Mais on entend très souvent les gens dire : se rappeler de.
4. Boulevard des Invalides : c’est à Paris.
5. être accro à quelque chose : ne pas pouvoir s’en passer, être dépendant. (familier)
6. faire allégeance à quelqu’un : c’est le terme qu’on utilise pour parler des vassaux qui prêtaient serment à un seigneur au Moyen-Age.
7. Aller en boîte : aller passer la soirée en discothèque (familier)
8. une mobylette : le deux-roues que voulaient avoir les jeunes pour être indépendants avant d’avoir le permis de conduire. Aujourd’hui, ils demandent un scooter à leurs parents.
9. J’en ai rien à faire de (quelqu’un ou quelque chose) : ne pas s’y intéresser du tout. (familier)
10. Avec le recul : quand on analyse les choses plus tard, avec plus de lucidité que sur le moment.
11. Remettre quelqu’un dans le droit chemin : cette expression signifie qu’on aide quelqu’un à ne plus s’égarer, à ne plus commettre d’erreurs, à avoir une vie qui respecte les règles.
12. Un drame : un événement tragique
13. un anti-dépresseur : normalement, c’est un médicament qui soigne la dépression.
14. L’humus : la terre
15. un lombric : un ver de terre

Pour finir, voici un passage du Chien invisible que j’ai lu et relu avec mes garçons. Définition de cet ami extraordinaire, dans une accumulation qu’il fallait dire le plus vite possible !

Ami invisible

C’est mon chien Il est invisible

L’émission est ici « (Hymne à l’animal de compagnie », à la fin)

Monsieur Muscle

L'Arabe du futur

Je garde un certain nombre de romans que j’ai vraiment aimés et je donne désormais les autres pour éviter d’être encombrée de livres dans la maison. Mais je conserve toutes mes BD ! Cela a probablement quelque chose à voir avec le fait qu’une BD, pour moi, n’est pas seulement une histoire racontée mais aussi un objet qu’on peut reprendre plus tard et feuilleter, en s’arrêtant à nouveau sur une image, un dessin, un détail.
Je viens donc tout juste d’acheter et de lire le tome 2 du récit d’enfance de Riad Sattouf, L’Arabe du futur, que j’attendais depuis la lecture du premier volume. J’attends maintenant le tome 3 !

Le sous-titre de ce récit autobiographique est Une jeunesse au Moyen-Orient et son résumé en quatrième de couverture dit que « Ce livre raconte l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez El-Hassad. » Et comme il le raconte, sa « mère venait de Bretagne et faisait ses études à Paris. [Son] père était syrien. Il venait d’un petit village, près de Homs. C’était un élève brillant et il avait obtenu une bourse pour venir étudier à la Sorbonne. Ils se sont rencontrés au restaurant universitaire. C’était au début des années 70. »

Le résultat, c’est Riad Sattouf, dessinateur de BD ! Voici un extrait d’une interview où il parle d’une autre de ses BD et de ce que c’est qu’être un homme. Humour et grandes idées.

Riad sattouf

Transcription :
– Ça correspond à quoi, la virilité, pour vous ?
– Bah ce qui est très intéressant, je trouve, dans le fait de se poser la question de qu’est-ce qui fait qu’on est un homme et qu’on est considéré comme un homme, c’est que ça définit un peu la société dans laquelle on vit. Et disons que toutes les sociétés qui permettent à un individu d’être libre dans sa personnalité quelle qu’elle soit, c’est-à-dire de pas forcément (1) être fan de football, de pas forcément aimer les sports de combat, ou de pas forcément jouer à la guerre, ou même, pour une fille, pour les petites filles, de pas forcément aimer s’habiller en princesses, sont des sociétés plus avancées. Enfin… Et en fait, Pascal Brutal, vivant en France dans un futur proche déliquescent (2), décrit cette façon moderne un peu de recul, de retour en arrière, c’est-à-dire on est… on est un homme parce qu’on aime le foot.
– C’est peut-être une BD politique en fait alors, Pascal Brutal.
– Oh, je sais pas si c’est politique mais en tout cas, je sais que, en tant qu’homme, quand je regarde la télé et que je vois des sportifs qui…. extrêmement musclés, qui savent à peine (3) parler et que tout le monde les trouve absolument fantastiques, j’ai envie de me… de créer un personnage qui pourrait se mesurer à eux. (4)
– Il faut peut-être rappeler comment il est né quand même, ce Pascal Brutal, où vous l’avez imaginé à partir de quoi, à partir de qui, surtout.
– Bah disons que, voyez, en 2005, je commençais mon activité de dessinateur de bande dessinée, je débutais, et je travaillais dans un atelier. Et un jour, voilà, ma porte était fermée, et soudain ma porte s’ouvre, personne n’avait frappé ! Et je vois un type (5) ultra musclé qui rentre, dans ma… dans ma pièce : c’était un libraire de bandes dessinées. Il rentre, sans un bonjour ni rien, il me regarde, il s’appuie sur mon bureau et il me dit : «  Alors, Toutouf, on (6) fait toujours sa petite BD ? » Et il se redresse, il s’étend (7), il s’étire un peu, il regarde autour de lui et il sort. Et en fait, à l’époque, je ne faisais des… que des histoires sur des petits mecs (8) malingres (9), qui avaient du mal avec les filles (10) et tout. Je me suis dit : « Mais voilà, voilà un vrai héros de bande dessinée, un type qui n’a pas peur de la confrontation physique, qui aime la baston (11), qui fascine les hommes, les femmes et qui n’a peur de rien ! » Et c’est comme ça qu’il est né. Voilà, c’est ce libraire. C’est une bande dessinée qui parle de la compétition, qui se moque de la domination virile effrénée, c’est-à-dire que Pascal Brutal ne peut pas supporter d’être plus faible qu’un autre, c’est-à-dire voilà, c’est le principe du roi des hommes, c’est-à-dire que dès qu’il y a un… enfin, s’il est au restaurant avec quelqu’un, il doit manger plus que l’autre personne. S’il est en moto, il doit rouler plus vite, si il doit se battre, il doit taper tout le monde jusqu’au dernier.
– On a l’impression que vous jouez, Riad Sattouf, que vous avez ce regard d’enfant sur Pascal Brutal, comme si c’était un… comme si vous étiez un gamin dans un bac à sable (12) avec une figurine (13) en… en plastique, une sorte d’ami imaginaire pour vous.
– Disons que je pense que pour beaucoup de garçons de ma génération, qui ont été enfants et ados (14) dans les années 80-90, la figure (15) de l’homme très musclé, combattant, est très importante… a été très importante. Et moi pour ma génération, Jean-Claude Van Damme, Stallone, Schwarzenegger, tous ces mecs-là, c’était des mecs très, très importants, ils étaient… On voyait leurs films à la télé doublés en français, à longueur de… d’année (16). Donc c’est vrai que j’ai dû être marqué inconsciemment par ça et je voulais moi aussi créer mon… mon propre Musclos (17), qui pourrait participer à Expendables plus tard.

Quelques détails :
1. pas forcément : pas nécessairement, pas obligatoirement.
2. déliquescent : qui est en train de disparaître, de se détruire.
3. À peine : presque pas => ils savent à peine parler = ils ne savent presque pas parler / quasiment pas parler.
4. Se mesurer à quelqu’un : affronter quelqu’un et essayer d’être le plus fort
5. un type : un homme (familier)
6. s’étendre : normalement, cela signifie s’allonger. Donc ici, ça ne va pas, c’est pour cela que Riad Satouf se corrige et utilise ensuite le verbe s’étirer, qui correspond au geste physique que fait le libraire, imposant physiquement.
7. On fait sa petite BD : l’emploi de On ici est un emploi particulier à la place de « vous » ou « tu ». C’est comme si on s’adressait de façon plus impersonnelle à la personne, ce qui donne l’impression de la dominer.
8. Un mec : un homme. (familier)
9. malingre : maigre et sans force
10. avoir du mal avec les filles : ne pas être à l’aise avec les filles, les femmes, ne pas savoir comment les impressionner et les séduire.
11. La baston : la bagarre (argot)
12. un bac à sable : c’est l’endroit où les enfants jouent à faire des pâtés de sable, des châteaux de sable dans un jardin public.
13. Une figurine : c’est un petit personnage en plastique.
14. Ado : adolescent
15. la figure de… : le personnage, l’image
16. à longueur d’année : tout le temps. Cette expression exprime l’idée que c’est trop, que c’est excessif.
17. Musclos : ce nom désigne un personnage tout en muscles, un Monsieur Muscle.

L’émission entière est ici.

La tête sur les épaules

La tête haute2Il a la fraîcheur d’un jeune qui n’avait pas imaginé jouer un jour dans un film et se voir reconnaître si vite beaucoup de talent dans son tout premier rôle. Il sait bien qu’il n’a pas grandi dans un milieu qui le prédestinait à faire du cinéma. On le sent heureux de ce qui lui arrive, mais pas juste pour cette célébrité soudaine, si convoitée aujourd’hui. Il a l’émerveillement très simple de celui qui n’a pas encore tout vécu et qui a envie de tout découvrir. Il m’a bien plu avec sa confiance qui en quelque sorte court-circuite très naturellement toutes les remarques, sympathiques mais bien réelles, du journaliste sur son inexpérience et son statut de petit nouveau sorti de nulle part. On verra comment il grandit et s’il garde les pieds sur terre, lui, le p’tit gars qui n’a jamais cru qu’il avait un parcours tout tracé !

Rod Paradot

Transcription:
– Bonjour Rod Paradot.
– Bonjour.
– Comment vous êtes arrivé là, vous ? Comment vous arrivez en tête d’affiche (1) de ce film, La Tête Haute ?
– Bah j’étais tout simplement au lycée et on m’a proposé un casting (2) sauvage. On m’a un peu expliqué justement l’histoire de Malony. Et je me retrouve là aujourd’hui, et… enfin, c’est plutôt une très bonne nouvelle !
– Vous connaissiez Catherine Deneuve avant ?
– Alors, je la connaissais pas du tout, je l’avais jamais rencontrée. Mais en tout cas, je connaissais c’était qui cette dame-là (3) et je savais que c’était une très grande dame dans le cinéma.
– Et votre première rencontre, elle s’est passée comment ?
– Bah ça a été… Notre première rencontre, ça a pas été sur le tournage en fait. Ça a été aux essais caméra. Et aux essais caméra, ça a pas été autant de pression que sur le tournage en fait. Sur le tournage, je me suis dis : « Mec (4), tu vas devoir jouer, te mettre dans la peau de Malony et jouer avec une grande personne (5) comme ça ». Donc je me suis dis : « Est-ce que tu vas réussir ? Ou est-ce que… » Mais en fait, ça s’est très, très bien passé et ça a été beaucoup plus dur de me mettre dans la peau de Malony que de jouer avec Catherine en fait… Deneuve.
– Et aujourd’hui, alors que le film sort dans les salles, qu’il est présenté en ouverture à Cannes, c’est encore plus de pression ? Ça fait encore davantage (6) peur ?
– Ça fait davantage peur mais c’est davantage du bonheur aussi, donc c’est mélangé en fait entre de l’émotion, de la peur et beaucoup de stress. Je sais pas comment je vais réussir à sortir de la voiture pour monter sur le tapis rouge, hein !
– Vous excluez pas de rester dans la voiture ?
– Ah, je crois que je vais rester dans la voiture ! Je crois que je vais pas sortir en fait.
– En même temps, dans le film, on vous voit, vous adorez conduire. C’est vrai ? C’est une passion chez vous ou pas du tout ?
– J’ai toujours aimé la voiture comme n’importe quel garçon, je pense, mais après, je suis pas fan non plus de ça et…
– Comment vous voyez la suite ?
– J’aimerais bien… enfin j’aimerais bien continuer dans ce milieu-là, c’est un milieu qui me plaît vraiment énormément et qui touche même énormément à l’intérieur de soi, alors après Cannes, je continuerai à vivre ma vie quotidienne, et si j’ai un autre rôle ou un autre film, bah je serai heureux de pouvoir continuer à faire ça et je donnerai toutes les capacités (7) pour le faire.
– Cette vie de jeune en difficulté, vous l’avez découverte ou vous la connaissiez déjà ?
– Alors, je l’ai découverte dans la peau de Malony mais je connaissais un peu déjà ce milieu-là parce que j’habite un peu dans la région parisienne, enfinen Seine-Saint-Denis (8). C’est un peu… on va dire c’est un peu quand même difficile. Mais ça a été quand même très émouvant et très dur de jouer ça, quoi.
– Et vos amis, votre famille, vos proches, vos copains, comment ils ont réagi ?
– Bah ils ont tous bien réagi. Ma famille, elle est folle, juste folle (9) ! Et ils se disent… ils se disent même, je pense : « Le petit con (10), là, qui nous faisait chier (11), maintenant, il fait un film, quoi ! Il… »enfin, c’est pour eux, je pense que c’est une très belle chose pour tout le monde, mes oncles, mes tatas (12), leurs petits-neveux. Moi, après, ça reste aussi très beau pour moi et je vais vivre cela comme un très beau moment et ça restera gravé.
– Vous avez pas peur de péter les plombs (13), de prendre la grosse tête (14), de vous prendre pour une star ?
– Alors, je me suis beaucoup posé cette question-là en fait, parce que justement, après la sortie, il y a eu beaucoup de gens qui sont venus me faire beaucoup de compliments, donc du coup, bah ça fait toujours un peu peur, on se dit… enfin moi, en tout cas, je me suis dis : « Faut que je reste sobre (15), quoi, malgré toute… malgré tout le bonheur depuis que j’ai tourné ce film, bah j’essaye de rester la tête assez froide (16) » et en fait, haute mais froide, et je pense que pour l’instant, ça marche bien et je vais veiller à ça, et…
– C’était quoi, votre avenir tout tracé, si il y avait pas eu le cinéma ?
– Tout tracé… Bah mon avenir était pas tracé, donc… J’avais plusieurs choix pour la vie quotidienne et pour ce que je voulais faire plus tard.
– Lesquels ?
– Bah j’avais un peu de passion (17) pour la menuiserie parce que j’ai quand même fait un CAP (18) de Menuiserie, mais à la base, je voulais faire de la plomberie. Et je m’étais dit aussi pourquoi pas, de faire un BAFA (19) et de pouvoir travailler…
– Brevet d’animateur ?
– De voyages, en tant qu’animateur, en fait j’aime beaucoup ça, moi, parler, mettre l’ambiance et surtout voyager dans des super (20) endroits, quoi, et voilà.
– Ce soir, vous conduirez la voiture pour aller monter les marches (21) ou pas ? Vous avez demandé à là conduire pour vous détendre peut-être ?
– Ah, non, non, parce que j’ai pas le permis, donc je pourrai pas conduire la voiture mais je pense que… même si je la conduis, il y aura quand même le stress et j’aurai du mal à sortir de la voiture, je pense.
– Vous avez le trac (22)?
– Ça commence à monter de plus en plus, oui !
– On dirait que vous vous excusez presque d’être là, Rod Paradot.
– M’excuser d’être là, non, non, mais bah, c’est… Je suis super émerveillé mais je préfère rester justement sobre et… bah de me dire que c’est juste un moment super et qu’après, tu vas continuer ta vie, si ça marche pas, et… mais voilà.
– Vous y croyez, ça ? Vous pensez vraiment que vous allez recommencer votre vie d’avant, retourner au lycée s’il le faut ?
– Bah je préfère me dire ça parce que honnêtement, après le tournage, c’était quand même très, très dur et ça a été beaucoup d’émotion parce que on est quand même une famille sur un tournage, et trois mois passés ensemble sur un tournage et après, se retrouver chez soi… Bon ça va parce que je suis parti en vacances, donc ça allait un petit peu mais une fois que je suis rentré chez moi, je me sentais pas très, très bien et je me sentais un peu seul…
– Une petite déprime ? (23)
– Et oui, j’ai un peu déprimé (23). Et du coup, je me suis un peu posé les questions sur ce que j’allais faire. Donc du coup, aujourd’hui, je me dis que ça reste une très belle expérience et que si ça marche pour moi, c’est très bien, c’est très beau et je vais mettre toutes les capacités possibles pour le faire, donc du théâtre, plein de choses qui pourraient m’aider. Et si ça marche pas, bah de me dire que ça reste une très belle expérience et un très beau moment, et que je continue ma vie au quotidien, quoi.
– Là, il y aura tous les réalisateurs du monde, tous les meilleurs à Cannes, votre rêve, là, tac, le rôle le plus fou avec qui vous aimeriez tourner ? Si il y avait juste à dire : « Moi, je veux. »
– Ah, je connais pas encore vraiment exactement ce monde-là, et je connais pas tout le monde, donc je prendrai ce qu’on me propose et avec les personnes avec qui je suis entouré en ce moment, et je pense qu’ils m’aideront à aussi bien savoir avec quelles personnes tourner ou… parce qu’on m’a quand même dit que je faisais un film… apparemment, il y a la barre, la barre haute (24), très haute, là. Donc après, là, on m’a dit que si je refaisais un film, j’allais sûrement redescendre de…
– D’un étage.
– D’un étage, voilà, donc du coup, bah, je sais pas et on verra comment ça vient. Je préfère laisser les choses venir.

Quelques détails :
1. arriver en tête d’affiche : être parmi les acteurs principaux, dont les noms sont imprimés en gros sur l’affiche du film.
2. Un casting : les Français ont emprunté un mot à l’anglais pour désigner cette séance pendant laquelle sont choisis les acteurs d’un film.
3. Je connaissais c’était qui… : cette phrase n’est pas correcte du tout. Il faudrait dire : Je savais qui était cette dame-là. / Je connaissais cette dame-là.
4. Mec : un mec est un homme (argot). Certains l’utilisent pour s’adresser à un homme de façon familière: « Hé mec, qu’est-ce que tu fais là ? »
5. Une grande personne : normalement, cette expression désigne un adulte, par opposition aux enfants. Ici, il voulait dire qu’il allait devoir jouer avec une actrice célèbre et talentueuse, une grande dame du cinéma comme on dit, lui, le petit débutant.
6. Davantage peur : on peut dire aussi : plus peur (en prononçant le S de plus)
7. je donnerai toutes les capacités : ça ne se dit pas vraiment. Soit il faut dire : Je donnerai tout / Je ferai tout pour y arriver. Soit on dit : Je me donnerai les moyens d’y arriver. Le mot capacité s’emploie par exemple en disant : J’ai la capacité à jouer ce rôle. / Il a des capacités.
8. La Seine-Saint-Denis : il s’agit d’un des départements de la région parisienne, le 93. Le taux de chômage y est élevé, les jeunes des banlieues ont du mal à trouver du travail.
9. Folle : il veut dire que sa famille est survoltée à l’idée que leur fils devienne acteur.
10. Le petit con : c’est une insulte.
11. Faire chier quelqu’un : énerver quelqu’un (vulgaire)
12. une tata : une tante (terme utilisé par les enfants)
13. péter les plombs : faire n’importe quoi, sans réfléchir
14. prendre la grosse tête : se croire meilleur que tout le monde et devenir prétentieux. (familier). Le résultat ensuite, c’est qu’on a la grosse tête.
15. sobre : simple. C’est un peu bizarre de l’employer comme ça car quand on l’utilise à propos de quelqu’un, cela signifie plutôt que cette personne ne boit pas. Mais quand on parle d’une vie sobre par exemple, cela signifie qu’elle est simple, sans excès. C’est ce sens-là auquel il pense.
16. Rester la tête froide : la véritable expression, c’est garder la tête froide, c’est-à-dire garder son calme, ne pas s’emballer, ne pas se laisser bercer d’illusions, rester réaliste face au succès, qui peut être passager. On dit aussi : garder la tête sur les épaules ou encore garder les pieds sur terre. Il joue avec les mots puisque l’autre expression, qui donne son titre au film, garder la tête haute, signifie qu’on ne cède pas, qu’on garde sa dignité.
17. Un peu de passion : normalement, ces deux termes ne vont pas ensemble, puisque par définition, la passion n’est pas du côté du peu, du modéré ! Il emploie souvent « un peu » d’une manière bizarre, comme pour atténuer certaines choses qu’il dit.
18. Un CAP : c’est un diplôme professionnel qu’on doit avoir pour exercer certaines professions mais qui ne représente pas un haut niveau d’études.
19. Faire un BAFA : c’est le diplôme qui permet de s’occuper des enfants ou des jeunes dans les centres aérés, ou les centres de vacances.
20. Des super endroits : il fait une liaison impossible car super ne prend jamais de S. Mais c’est effectivement inconfortable de ne pas faire la liaison ! Donc souvent, on se débrouille pour inverser et dire : des endroits super, ce qui résout le problème.
21. Monter les marches : c’est presque devenu un symbole du Festival de Cannes. La montée des marches du palais des festivals est un spectacle !
22. Avoir le trac : avoir peur avant d’entrer en scène quand on est acteur. Mais on l’emploie aussi pour toute situation où il y a des gens qui vous regardent, par exemple un examen oral.
23. Une déprime / J’ai un peu déprimé : c’est un moment de la vie où on ne va pas très bien moralement, mais ça n’a pas l’intensité d’une dépression. On dit qu’on est déprimé. Ici, il emploie le verbe déprimer de manière incorrecte, mais qu’on entend de plus en plus souvent. Normalement, on dit : cet échec m’a déprimé. / Le fait de me retrouver seul m’a déprimé. / ça m’a déprimé de me retrouver à la maison, de ne plus voir l’équipe de tournage. On ne l’emploie pas avec un nom de personne comme sujet, comme il le fait en disant : J’ai déprimé.
24. Il y a la barre haute : l’expression correcte, c’est : placer la barre très haut (pas haute, contrairement à ce qu’on entend souvent), ce qui signifie que c’est difficile et ambitieux. Donc par glissement, on entend des gens dire aussi : la barre est haute / la barre est très haute.

L’interview à la radio est ici.

Etouffant

Voici la bande annonce d’un film qui vient tout juste de sortir. Plongeon dans les années lycée, avec leurs amitiés fortes qui peuvent parfois tourner à la manipulation et au harcèlement. En fait, si le sujet de « Respire » a attiré mon attention, c’est que ces relations malsaines ne sont pas le fait uniquement d’ados en train de se construire. Plus tard, à l’université, chez des étudiants qui sont de jeunes adultes, puis dans la vie professionnelle, ou encore dans la vie amoureuse, on peut rencontrer cette perversité chez certains et ce désarroi chez ceux qui en sont les victimes. Toujours très surprenant et incompréhensible de voir à l’oeuvre cette inhumanité.

Respire Film
La bande annonce est ici.

Transcription :
– C’est bien, devant. On garde l’effort. Allez !
– La meuf (1), elle appelle Lucas. Elle lui dit juste Bonjour. Le mec (2), il est déjà chez elle !
– Je vous interromps brièvement. Une arrivée en cours d’année (3) : Mademoiselle Perrin… Perrin…
– Sarah.
– Sarah. Donc je vous la confie.
– Et toi ?
– Quoi, moi ?
– Je sais pas, raconte-moi quelque chose !
– Regarde tout ce que je t’ai dit depuis tout à l’heure (4).
– Paul, je te présente Sarah, une copine (5) de classe.
– Pour toi, je suis une copine de classe !
– Bah je sais pas… J’aurais dû dire quoi ? (6)
– Rien du tout. Tu dis ce que tu veux.
– Qu’est-ce qui se passe ? (7)
– C’est pas vraiment mon genre de fête.
– Tu vas pas te laisser emmerder (8), non ? Pas si impressionnante que ça, ta Sarah !
– Charlie, qui t’a fait ça ?
– Tu m’entends ?
– Elle te traite comme une merde (9), et toi, rien ! (10)
– Encore la petite victime !
– Qu’est-ce que je t’ai fait ?
– Ça va pas (11), mais tu es malade ! (12)
– Lâche-moi !
– On se connaît depuis la sixième (13) et là, je te reconnais plus.

Des détails :
1. une meuf : une fille, une femme. (C’est du verlan, c’est-à-dire une façon de parler où on inverse les syllabes. On les met à l’envers. Envers = verlan.) Ce mot est devenu une sorte de classique chez les jeunes, même chez ceux qui ne parlent jamais en verlan. (très familier) Avant, on entendait davantage : une nana.
2. Le mec : l’homme, le gars. (style très familier)
3. en cours d’année : pendant l’année, c’est-à-dire pas à la rentrée, pas au début d’année scolaire.
4. Depuis tout à l’heure : depuis peu. « Tout à l’heure » n’est jamais très éloigné dans le temps et désigne un moment dans la journée : On se voit tout à l’heure = un peu plus tard / Je l’ai vu tout à l’heure = un peu plus tôt / A tout à l’heure.
5. Une copine : ici, une copine est juste une amie parmi d’autres.
6. J’aurais dû dire quoi ? : question uniquement orale, à la place de Qu’est-ce que j’aurais dû dire ?
7. Qu’est-ce qui se passe ? : c’est la question qu’on pose quand on voit que quelque chose ne va pas, quand on sent qu’il y a un problème.
8. Se laisser emmerder : laisser quelqu’un nous embêter, nous causer des problèmes. Emmerder est un terme d’argot vulgaire, donc à ne pas utiliser n’importe quand.
9. Traiter comme une merde : vraiment maltraiter quelqu’un, sans aucun respect. (grossier)
10. et toi, rien : cela signifie qu’elle se laisse faire, qu’elle ne réagit pas.
11. Ça va pas ! : quand on dit cela à quelqu’un sur ce ton agressif, cela revient à lui dire : Tu es fou/ folle ! Tu fais / Tu dis n’importe quoi ! Très souvent, on ajoute « non »: ça va pas, non !
12. Tu es malade : tu es fou, tu es complètement anormal. (très familier et agressif)
13. La sixième : c’est la première classe au collège, après l’école primaire. Les enfants ont donc à peu près onze ans.

Tirer vers le haut

Piano

Combattre l’ignorance, les préjugés, l’absence de réflexion et de liberté. Et commencer par les enfants: leur donner des passions, des envies, des moyens de se construire de belles vies, d’autres horizons. C’est ce que permettent la lecture, la musique, l’art, toute forme de création. En un mot, ce qu’on appelle la culture. Qui devrait être accessible à tous.
C’est ce que fait le CREA – un centre d’éveil artistique – à Aulnay-sous-Bois, banlieue pas favorisée du tout.
Voici un petit reportage entendu jeudi dernier à la radio, où il est question d’apprendre le sens de l’effort avec patience, d’engagement, de dépassement de soi. Et de plaisir.
Ma meilleure amie, pianiste, est engagée dans un travail semblable à Bondy, et en entendant la jeune fille du début du reportage, j’ai pensé à ses élèves, Michaël, Valérie, Simgué et les autres dont elle a changé la vie.

L’Art pour tous

Transcription:
– Alors, c’était comment cette répétition, là ?
– Alors on commence à avoir l’habitude parce que ça fait plusieurs fois qu’on est en tournée (1), donc on le fait depuis plusieurs fois. Mais c’est… c’est super agréable d’être dans ce lieu. C’est… c’est immense. On a… On est allés au Châtelet (2), mais… Et c’est tout petit, mine de rien (3)! Ici, c’est plus grand. Donc le principe de Didier et du CREA, c’est qu’il prend les enfants sur la motivation. Moi, moi, je suis là depuis que j’ai 12 ans, quelque chose comme ça. Maintenant, je vais en avoir 20. Je … J’ai découvert le truc (4), je suis venue aux répétitions plusieurs fois. Et donc il a vu que j’étais présente, que j’étais là, que je venais et ce… Enfin, j’ai vu que c’était mon rêve, que c’était ça que je voulais faire. J’avais pas fait de chant, j’avais fait de la danse, il nous prend comme on est et il nous tire à… le plus qu’il peut, quoi.
Si… si il fallait dire une seule chose, c’est qu’il écoute les enfants, il a vraiment confiance en nous, enfin c’est… ça… Je pense qu’on est beaucoup à avoir été mais sauvés (5) dans notre adolescence par Didier parce que on a quelqu’un qui nous écoute, quoi, qui prend nos propositions artistiques, même de vie de groupe vraiment au sérieux, qui a confiance en nous, qui nous dit : « Alors toi, tu vas faire ça, toi, tu vas faire un solo de danse ou tu vas faire une galipette (6) en l’air », tu t’y crois pas une seconde et en fait, il t’y amène. On travaille sur le répertoire de toute mon enfance, enfin le… la comédie musicale américaine. J’ai toujours rêvé de chanter ça sur scène ! West Side Story quand même ! Alors là, c’est… Enfin là, j’ai… j’ai un solo de danse sur Maria, c’est le… C’est… Je pouvais pas rêver mieux ! Et ça, c’est le CREA qui peut offrir ça à des enfants et c’est nulle part ailleurs, nulle part ailleurs !
– Vous avez quelque chose qui donne la part belle (7) à la culture, au chant, à la danse et au théâtre. C’est vrai que c’est pas la première image qu’on a de la banlieue, notamment parisienne, mais on ne se juge pas, comme dans d’autres troupes où par exemple, au niveau des solos, c’est quelque chose de… de très… de très important pour certaines troupes. Il y a des… à la limite des castings internes. Et nous, c’est pas cette ambiance-là, c’est plus pousser l’autre à… à bien faire. On est content quand… quand quelqu’un a un solo à défendre. Tout le monde est au même niveau finalement. Et c’est ça que… que j’aime bien.
– (Didier Grojsman) : On est une société où toute faute… enfin on est pénalisé partout, même au boulot, hein, en calquant (8) sur les structures américaines, là, avec les médailles affichées d’office (9) dans certaines entreprises. Moi, je mets tout ça en l’air (10) parce que je pense que… que c’est l’inverse qu’il faut faire. Pour arriver (11) dans la vie, faut (12) voir le nombre de gamins (13) pré-programmés pour… pour un système où il y a castings, éliminations, jugement, compétition et tout ça. Moi, je pars du principe qu’un individu, il se construit positivement dans un collectif (14). Et celui qui chante très bien, bah il doit se… Il doit aider absolument… être parrain (15) de celui qui chante moins bien. Il faut absolument pas… Faut pas lâcher (16). Faut pas qu’on lâche l’affaire, sinon on va se faire complètement… complètement bouffer (17).
– C’est extraordinaire d’entendre ces témoignages et de voir… en effet, elle a employé le mot, la… la petite à un moment, « sauver » . Et je me disais ça aussi en l’écoutant : en effet, dès qu’on tire vers le haut (18), dès qu’on est à la recherche de l’excellence dans ces âges tendres-là, on est sauvé pour la suite.
Ça les… Et elle a parlé de la confiance aussi, et cette œuvre collective, et ce regard sur eux qui les grandit, et le fait de faire de la musique et de réaliser quelque chose d’exigeant, parce que il faut… Si on n’exige pas, on ne va pas très loin et là, c’est sûr qu’il.. qu’on leur met la barre très haut (19), et… et… Mais ils peuvent y aller parce qu’il y a une espèce de moteur et qu’ils n’ont pas le droit de… de reculer et il se découvrent eux-mêmes à travers ça. Et… et en effet, dans nos sociétés présentes, ces valeurs-là, elles sont… vraiment à faire… à préserver… plus que préserver, à encourager au maximum, et moi, ça me…en effet, ça me désespère de voir qu’on n’y croit pas suffisamment. Parce que en plus, sur le plan social, il y a une espèce de… de lien tellement fort et le plan… aussi à travers les générations entre les… le professeur, celui qui transmet et puis eux, et tout le monde. Et il y a une solidarité extraordinaire et le public forcément sent ça aussi. Et que ça se passe à Aulay-sous-Bois, c’est… c’est vraiment particulièrement fort.

Quelques explications :
1. être en tournée : pour une troupe d’artistes, cela signifie présenter leur spectacle dans différentes villes.
2. Le Châtelet : c’est un des grands théâtres de Paris.
3. Mine de rien : cette expression signifie ici « en fait ».
4. le truc = ça / ce lieu. (Style familier)
5. on a été mais sauvés : le fait d’ajouter « mais » donne plus de force au mot qui suit. (C’est uniquement oral)
6. une galipette : une roulade. (familier)
7. donner la part belle à / faire la part belle à quelque chose : lui donner beaucoup de place, beaucoup d’importance, la priorité.
8. Calquer sur quelque chose : prendre quelque chose pour modèle, l’imiter.
9. D’office : obligatoirement, sans demander leur avis aux gens
10. mettre quelque chose en l’air: détruire quelque chose (plutôt familier)
11. arriver dans la vie : réussir dans la vie, d’un point de vue matériel, du point de vue de la réussite sociale.
12. Faut = Il faut (style uniquement oral)
13. un gamin = un enfant (familier)
14. un collectif : un groupe où les gens travaillent ensemble, collaborent vers un but commun.
15. Un parrain : quelqu’un qui vous apporte son aide et sa protection, qui s’occupe spécialement de vous.
16. Faut pas lâcher : Il ne faut pas renoncer, il faut continuer absolument et résister aux courants contraires.
17. Se faire bouffer = se faire manger, donc être détruit, voir tous ces efforts anéantis. (familier). Il veut dire que c’est une bataille incessante pour trouver les budgets, les structures, les aides pour mener à bien toutes ces actions qui évidemment ont un coût et ne paraissent pas rentables d’un point de vue de gestionnaire.
18. Tirer vers le haut / tirer les gens vers le haut : leur permettre d’accéder à des choses plus complexes, exigeantes, riches. Le contraire, c’est tirer vers le bas, comme le font par exemple certaines émissions de télé que regardent certains jeunes à qui on ne donne accès à rien d’autre. (Je pense à des émissions comme « Les Marseillais à Rio », une émission de télé-réalité affligeante à un point, vous ne pouvez pas imaginer ! Totalement affligeant : quels modèles on met sous les yeux de nos jeunes ! )
19. mettre la barre très haut : ne pas proposer quelque chose de facile, donc il faudra « sauter très haut », donc s’entraîner, travailler, aller au bout de soi-même.

A regarder absolument, cette courte vidéo qui présente le CREA:
De quoi donner envie.
De quoi donner espoir !
A un moment, quelqu’un dit : Un enfant est créateur s’il est nourri.
C’est exactement ça, il faut se nourrir de ce que les autres ont créé, imaginé, vécu, raconté.
(S’il y a des passages que vous ne comprenez pas bien, demandez-moi, je transcrirai ou expliquerai.)

Dans un nuage de fumée

Fumer Cinéma

Dimanche matin: j’écoute le début de la conversation entre Sophie Marceau et Rebecca Manzoni à la radio. Elles fument toutes les deux. Je me dit que c’est surprenant de démarrer une émission comme ça. Je ne vis pas entourée de fumeurs. Autour de moi, dans le fond, seuls mes étudiants fument, dehors, dès le matin avant d’aller en cours. Puis je me dis que c’est étonnant que Sophie Marceau fume. Je ne l’imaginais pas fumeuse.

Dimanche soir: je me laisse prendre par le film de Claude Sautet, Les choses de la vie. Je me souviens de l’histoire, de la musique mais j’ai oublié les détails, depuis tout ce temps. Alors je regarde, la vie des années 70, les vêtements, les coiffures, les voitures.
Et je ne vois plus qu’une chose : Michel Piccoli qui fume, dans tous les plans. Il fume en mangeant, il fume en conduisant, en travaillant, en parlant, en téléphonant, en se disputant avec Romy Schneider, en buvant du vin, de la bière, en écrivant la lettre de rupture qu’il n’enverra finalement pas. Il fume en perdant le contrôle de sa voiture. Je ne le vois plus jouer, je le vois craquer une allumette, allumer une cigarette, demander du feu à sa femme ou à son fils, aspirer la fumée, la rejeter, écraser son mégot dans un cendrier, ou le jeter par la fenêtre de sa voiture. Pas un plan sans fumée qui embrume les visages, pas un plan sans fumeurs, hommes et femmes. C’est comme si leur gestuelle occupait tout l’espace. Etre acteur ou actrice, c’est fumer. En ce temps-là. Je n’avais jamais remarqué à quel point. Nous ne remarquions pas ces choses-là, fumer était la norme, indiscutée, partout. J’ai vraiment du mal à voir autre chose dans ce film. C’est devenu trop envahissant, et très monotone !

Alors, je repense à ce que racontait Sophie Marceau ce matin à la radio et ça correspond tout à fait :

Ou ici: Sophie et fumer
Transcription :
– Je peux vous piquer (1) une cigarette ?
– Ouais, alors j’en ai… plus !
– Il y en a plus. OK. C’est pas grave. (2)
– Je vous en roule une ?
– Allez ! Vous fumez et vous les roulez !
– Ouais.
– Ça fait longtemps ?
– Ça fait depuis que j’ai treize ans, à peu près. J’ai toujours fumé. J’ai toujours voulu fumer. Ma première cigarette, j’avais cinq ans. Mais c’était épouvantable. Je me suis étouffée… enfin, bon.
– Non mais… Vous aviez cinq ans mais…
– Ouais, ouais, parce que je trouvais… Je sais… Mes parents fumaient. Et mon père… J’adorais ça, j’adorais les paquets de Gitanes (3), comme ça. Je trouvais ça très beau. Et…
– Là, vous venez de passer un petit coup de langue sur le papier.
– Ouais. Ah oui, je suis une grande pro (4) ! Je peux rouler mes cigarettes partout. Et puis c’était des maïs… C’était quoi, des maïs jaunes sans filtre, à l’époque, vous imaginez ? Et j’ai pris la cigarette et puis j’ai fumé. Enfin, j’ai fumé une taffe (5), quoi, j’ai… j’ai étouffé et puis j’ai laissé tomber l’affaire (6) jusqu’à mes treize ans. Puis j’ai… j’ai arrêté. Et puis après, voilà, j’ai fumé en m’arrêtant tout le temps, puis je vais ré-arrêter un jour parce que c’est pas bon ! Il faut pas fumer ! C’est vraiment dégueulasse (7) ! Alors ça, c’est sûr !
– Mais pourquoi vous avez dit : J’ai toujours voulu fumer ?
– Ouais, je trouvais ça magnifique. J’adorais le geste, je trouvais que c’était très beau. Il y avait une forme de… ouais, de… de liberté. C’est très con (8) à dire parce que il y a pas plus dépendant que le tabac. Puis dans les films, les gens fumaient encore beaucoup, non ?
– Bad ! Pas bien !

Quelques détails :
1. piquer : voler. (argot) On utilise aussi ce mot comme ici, juste pour dire prendre, de façon familière. (Parce qu’on sait bien qu’on ne va pas rendre cette cigarette.)
2. C’est pas grave : ça n’a pas d’importance / ça ne fait rien. C’est ce qu’on emploie le plus souvent à l’oral.
3. Les Gitanes : une marque de cigarettes très populaire, avec une Gitane dessinée sur le paquet.
4. Une pro : abréviation de une professionnelle. (plutôt familier). Cela signifie qu’on sait parfaitement faire quelque chose, parce qu’on l’a beaucoup fait.
5. Une taffe / une taf : une bouffée. (= J’ai aspiré une fois) (argot)
6. laisser tomber l’affaire : cesser de faire quelque chose, y renoncer. (familier)
7. c’est dégueulasse : c’est dégoûtant et en plus ici, mauvais pour la santé. (très, très familier)
8. c’est très con = c’est très bête, c’est complètement idiot. (très familier)

Dans 20 ou 30 ans, peut-être aurons-nous la même impression en revoyant des films où les gens ont toujours un téléphone portable à la main !

Cruauté ordinaire

harcèlement site gouvEtre populaire ou pas. Pour certains enfants ou certains adolescents, c’est une question angoissante lorsqu’ils se retrouvent les souffre-douleur des autres à l’école, au collège ou au lycée.

Victimes du sentiment de puissance que certains tirent de leur appartenance à une bande, à un groupe. Victimes de la cruauté quotidienne et lâche de ceux qui n’admettent pas les différences.

Les années collège sont probablement les plus difficiles de ce point de vue, avec des ados très grégaires, pour qui tout est dans le paraître et la conformité à ce que veut le groupe. C’est un phénomène qui a toujours existé, c’est vrai, mais qui est aujourd’hui amplifié par l’usage que font nos chers petits de leurs téléphones portables et des réseaux sociaux. Je me dis souvent que je suis soulagée que mes fils aient su / aient pu traverser tout cela sans encombre, et sans céder à la tentation de se ranger du côté de ceux qui se construisent en humiliant les autres.

Voici deux vidéos de la campagne du gouvernement français contre le harcèlement à l’école, toujours d’actualité. Des fictions qui n’en sont pas, hélas. Des mots et des actes qui collent parfaitement à la réalité:

harcèlement les injures

Transcription :
– On se dépêche. On se dépêche ! (1)
– Tu as vu ? Le gros porc (2) ! Ah, c’est dégueulasse (3)! Ça déborde de partout (4) !
– La tête qu’il a ! (5)
– Tu l’as déjà vu sortir avec quelqu’un ? (6)
– Tu es méchante !
– Non, mais je m’imagine !
– … tellement il est gros !
C’est bon (7), c’est pas méchant, c’était juste pour rigoler(8)!

Harcèlement les claques

Transcription :
– Alors Maxime, ça va ? Qu’est-ce (que) tu fais là ? (9)
– Tu sais quel jour on est aujourd’hui. On est quel jour aujourd’hui ? (10)
– Montre ton sac.
– On est lundi. Et lundi, c’est…? C’est le jour des claques !(11) Tu es au courant de ça ?(12)
– T’inquiète pas ! Reste-là, oh !
– Pourquoi ? Tu vas faire quoi ? Hein, qu’est-ce (que) tu vas faire ?
– Arrêtez.
– Quoi, arrêtez ! Arrêtez quoi ?
– Eh eh, eh. Reste tranquille, là !
– Il est juste là. Viens le récupérer. Tranquille.
– Qu’est-ce (que) tu regardes, toi ? Avance !
– Reste tranquille, reste tranquille.
– Eh, eh. Vas-y, prends ton sac. Bouge de là. Vas-y, dégage ! (13)
– C’est bon, on y va.
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Les vacances

Batz
Vendredi, les lycéens de terminale ont découvert les résultats du bac. C’était aussi le dernier jour de classe pour les écoliers et les collégiens. Début des grandes vacances, bien nommées puisqu’elles vont durer huit semaines: rentrée des classes le 3 septembre pour les élèves. Certains adultes trouvent ça trop long ! Mais pas leurs enfants !

Transcription
– Moi, je vais aller chez ma mamie (1) à Lyon et puis après, je vais aller… Mes parents vont venir me chercher et après, ils vont m’emmener chez mon autre mamie, à Dijon.
– J’ai hâte (2) parce que l’école, quand même (3), hein ! Des fois, c’est bien parce qu’on fait des choses drôles. Mais à un moment, ça devient chiant (4) et si il y avait pas de vacances, eh ben, j’irais pas à l’école tous les jours.
– Des fois, c’est un peu ennuyeux, par exemple les évaluations, les dictées.
– On passe son temps à sortir (5) plutôt que de rester chez nous. Voilà. On voit des amis, on sort.
– Vu que pendant les cours, il faut que je bosse (6), j’ai pas le temps de faire du vélo, bah je compense avec les vacances. Donc je fais du vélo tout le temps, voilà. Je me suis mis un but (7) sur certaines figures que je réussisse (8) et voilà. Alors je suis à fond (9) dedans.
– Du roller et aller avec les autres pour rouler. C’est le mieux. Après, je reste chez moi, je joue à la Play (10).

Quelques détails :
1. ma mamie : c’est comme ça que beaucoup d’enfants appellent leur grand-mère.
2. J’ai hâte : je suis impatient. (Mais on utilise beaucoup plus souvent l’expression avoir hâte qu’être impatient) Cette expression est souvent suivie d’un verbe à l’infintif introduit par de : J’ai hâte d’être en vacances. / J’ai hâte de partir en vacances.
Si on parle de quelqu’un d’autre, cette expression est suivie de que et du subjonctif : J’ai hâte que les vacances commencent. / J’ai hâte que nous fassions les valises. / J’ai hâte que les enfants soient en vacances.
3. Quand même : on utilise souvent cette expression pour sous-entendre une restriction. Ici, il veut dire que bien sûr, l’école fait partie de la vie mais malgré tout, ça ne lui déplairait pas s’il n’y en avait pas !
4. Chiant : pénible, ennuyeux. Très familier, à ne pas employer dans n’importe quelle situation. D’ailleurs, si les parents de ce garçon étaient là, ils lui diraient probablement de surveiller son langage pour répondre à un adulte qui lui pose des questions.
5. Sortir : cela signifie sortir avec les copains et copines, donc s’amuser.
6. Bosser : travailler (familier)
7. je me suis mis un but : normalement, on dit plutôt : Je me suis fixé un but.
8. Des figures que je réussisse : ce n’est pas très bien dit non plus. Mais ça passe à l’oral. Il faudrait dire par exemple: certaines figures que je veux réussir.
9. Être à fond dans une activité : passer beaucoup de temps à faire cette activité, avec intensité et passion.
10. La Play : abréviation très courante de la Play Station.

Trop de profs ?

En période électorale, les candidats ne sont pas à court de bonnes idées ! Evidemment, certaines touchent à l’enseignement et à notre système éducatif.

En voici une qui va, paraît-il, résoudre tous les problèmes du collège ! Pour que les petits sixièmes réussissent, il faudrait que leurs professeurs enseignent plusieurs matières, afin que les enfants de 11-12 ans n’aient pas trop d’enseignants différents en face d’eux. Solution miracle, d’après notre président, pour qu’ils s’adaptent mieux… En fait, solution pour gérer plus facilement, entre autres, la pénurie de professeurs remplaçants, supprimés au fil des années.

Moi, j’ai d’autres idées plus simples: mettons devant nos enfants assez d’enseignants pour que les classes ne soient pas surchargées, arrêtons de dimninuer le nombre d’adultes chargés de les encadrer, de les entourer, acceptons de dépenser l’argent nécessaire pour former les jeunes professeurs. Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants soient convaincus de la nécessité d’offrir un vrai service public d’éducation, à tous ! il faudrait qu’ils cessent de démanteler ce qui existe. Il faudrait qu’ils y consacrent les moyens nécessaires. Tout le reste, c’est du blablabla !
Alors, des profs polyvalents ? Voici ce qu’en pensent les intéressés, côté profs et côté élèves.

Transcription:
Pour Nicolas Sarkozy, il faut réduire le nombre d’enseignants intervenant auprès des élèves de sixième et cinquième (1). Cela faciliterait la transition CM2 (2) – collège où les élèves passent d’un maître (3) à plusieurs enseignants. Ce système, c’est la polyvalence. Un même prof enseignerait le français, l’histoire et la géographie (4). Un autre enseignerait à la fois les maths et les sciences (5). Une proposition qui n’enthousiasme pas cette enseignante en histoire:
– Moi, a priori (6), je suis plutôt opposée à ce genre de bivalence parce que chaque… chaque matière demande quand même une certaine spécialisation, et le fait d’être bivalent ou polyvalent réduit obligatoirement, hein, cette spécialisation. Et on peut pas enseigner correctement toutes les matières, même deux matières. C’est déjà difficile de dominer correctement une discipline. En dominer plusieurs, c’est quelque chose d’extrêmement difficile.

De l’autre côté de l’estrade, (7) les élèves. Dans l’ensemble, ils apprécient d’avoir un prof par matière, comme Juliette, en classe de 6è:
– Chaque professeur a une personnalité qui est bien collée à sa matière. Par exemple, mon prof d’histoire est vraiment passionné par ce qu’il raconte. La prof de français tient vraiment à la langue française. Elle l’aime beaucoup. Donc, non, moi je pense qu’un professeur par matière, c’est vraiment bien. Et c’est mieux aussi parce que quand on change tout le temps de… de personne, on s’endort pas en fait, ça nous réveille à chaque fois toutes les heures. Donc par rapport au CM2, de voir toujours la même tête, c’est un peu ennuyeux !

Quelques détails:
1. la sixième et la cinquième: ce sont les deux premières classes au collège, après l’école primaire.
2. le CM2: abréviation de Cours Moyen 2è année. Mais plus personne n’utilise cette expression complète. C’est la dernière classe de l’école primaire.
3. un maître: c’est le maître d’école, ou l’instituteur. (au féminin: la maîtresse ou l’institutrice). Normalement, le terme aujourd’hui, c’est professeur des écoles. Mais tout le monde utilise encore ces mots.
4. Il y avait une catégorie de profs comme ça avant. Mais ensuite, ils ont disparu. Donc on est prof de français (ou de Lettres) par exemple. (Certains de ces enseignants enseignent aussi le latin ou / et le grec, en tant que langues mortes) Pour l’histoire et la géographie, c’est un même enseignant qui enseigne ces deux disciplines.
5. Les sciences: ce qui est groupé actuellement, c’est la physique et la chimie, deux disciplines enseignées par un même professeur. Toutes les autres sciences sont séparées.
6. a priori: au premier abord.
7. l’estrade: il y en avait souvent une dans les classes autrefois, pour que l’enseignant « domine » sa classe: c’est une sorte de plancher un peu plus haut que le reste du sol dans la classe, en-dessous du tableau.

Vous pouvez aussi aller écouter Enzo qui parle de son entrée en sixième sur france bienvenue1 avec Eve.

Bénévolat

J’ai plusieurs étudiants qui, chaque semaine, donnent de leur temps pour s’occuper d’enfants ou de jeunes. Ils les aident à faire leurs devoirs, à s’en sortir à l’école quand ils sont en difficulté. Ils ont choisi de le faire dans le cadre d’associations bénévoles. Donc ils ne se font pas payer. Générosité, altruisme, envie de donner leur chance à tous. Ce petit reportage m’a fait penser à eux.


Transcription:
– Tant qu’on fait des exercices, moi je suis d’accord avec toi, c’est vrai, c’est dur les maths. On peut pas comprendre tous les exercices. Mais maintenant, faut au moins que tu aies essayé, tu vois, que tu as écrit sur un papier ce que tu as essayé de faire.
– On a rempli ça.
– Ça, tu le connais.
– Hein?
– Ça, tu le connais.
– Ah, je sais pas si je le connais mais… Si je le relis, je peux te l’expliquer. Je lis ? Une molécule est constituée de plusieurs atomes liés entre eux. Chaque molécule…

– Rachid B. Donc j’ai 22 ans. Moi je suis actuellement étudiant en MSG Sorbonne (1). Et puis je suis également bénévole à l’AFEV (2). En fait, quelque part, on a tous un petit peu dans la tête des petites idées altruistes et tout, et il y a un moment où il faut les mettre…. faut les mettre en pratique. Et puis moi, c’était vraiment ça, je pensais qu’il y avait des… des choses qui allaient pas, qu’il y avait, bon, en gros (3)… On avait vu ça en Terminale (4), en sociologie, des déterminismes. Et puis il y a un moment où on se dit que, ben, faut lutter contre ces déterminismes. En fait, ouais, bah c’est… c’est vraiment ça, l’AFEV, c’est aider les élèves qui ont des difficultés. Bon, les difficultés, ça peut être par exemple, être trois dans une… dans… dans la même chambre, c’est-à-dire qu’on n’a pas à disposition un bureau. On peut pas travailler tout le temps. On peut pas travailler à l’heure qu’on veut également. Ça, c’est des… en fait, c’est des handicaps (5) que beaucoup de personnes ne… ne remarquent pas mais ça joue beaucoup (6). Etre juste à plusieurs dans la chambre, moi je me rappelle que quand on était plus jeunes, on était trois dans une chambre, et puis ça joue beaucoup. On peut pas travailler à 22 heures: il y en a un autre qui veut dormir. On peut pas… On peut pas travailler à 16 heures parce qu’il y en a un autre qui écoute la musique. Et puis ça fait que on a une marge beaucoup plus faible, pour travailler. Donc ouais, je pense qu’il y a des populations qu’on devrait aider plus que d’autres.
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Le chocolat guérit de tout !

En ces périodes de fêtes, comme tous les ans, les chocolats sont à l’honneur. Mais si le chocolat – le vrai – est votre péché mignon*, nul besoin d’attendre le mois de décembre pour vous régaler !
A Marseille, les deux magasins de la Chocolatière du Panier – du nom du quartier où cette chocolaterie artisanale est née – vous feront succomber pour leurs barres aux arômes et au goût puissants.

Et à Paris, dans un autre style, les chocolats de Patrick Rogé, dans leurs belles et sobres boîtes vertes, sont incomparables. Vraiment ! Il n’y a pas d’autre mot. C’est à se damner. (Non, non, je n’aime pas le chocolat !)
Il raconte dans cet enregistrement comment tout a commencé pour le mauvais élève qu’il était ! Très beau parcours, pour notre plus grand plaisir.

Transcription:
– Notre vie, c’était vraiment de jouer. Et après, les études, ça allait bien suivant (1) les disciplines et suivant le professeur, hein, finalement. On était très… très indisciplinés. On n’écoutait rien du tout, à part certaines matières – géographie, histoire, où là, ça pouvait être passionnant. Mais faire des maths, de l’anglais… pff… c’était pas très marrant (2) ! Mais vraiment, ça dépendait quand même du prof. On avait le prof de français, il pouvait piquer des crises (3), balancer (4) les cahiers bleus, les cahiers rouges parce que forcément, il y avait une couleur de cahier pour chaque discipline. Mais il piquait des crises parce que il savait qui avait copié sur qui. On faisait que de (5) tricher finalement. C’était pomper (6) l’orthographe, la grammaire, jamais faire nos devoirs, jamais les leçons, jamais rien fait, quoi !
Et vos parents, quel regard ils portaient sur votre scolarité ?
– Le regard, c’était terrible, parce que tu rentrais du conseil de classe (7), ma mère, elle pleurait et tu prenais une soufflante (8), mais alors là, fallait voir ! Plus des baffes (9). Ça tombait mais… mais ça servait à rien de toute façon ! On n’avait rien envie de faire, mais vraiment, ça dépendait du prof, quoi. En tout cas, jusqu’à la 3ème (10), on n’avait aucune projection de l’avenir, et fin de 3ème, il a fallu… Là, c’est les parents qui ont décidé, quoi. J’ai… j’ai pas choisi ce que j’ai fait, hein.
Vous regrettez pas, finalement.
– Ah bah aujourd’hui, je donnerais pas ma place ! Mais parce que il va se passer un déclic (11), à partir de la 3ème, quand je rentre en apprentissage (12). C’est que, bah quand on rentre en apprentissage, déjà, bah tu as seize ans. Tu commences à travailler à 2 heures du matin. Et quand tu as 16 ans et 27 jours par… par mois, tu as trois… simplement trois jours de repos dans… dans le mois, c’est là où tout va commencer, quoi. D’abord, tu fermes ta grande gueule (13), ça, c’est clair, parce que en apprentissage, c’était vraiment une éducation comme il y a cinquante ans. Et c’est ce qui va me sauver la vie. Plus le prof après en… en pratique, parce que on va une semaine sur trois… sur quatre à l’école. Et alors là, c’est pareil. Par contre, en maths et en français, c’est toujours le même bordel (14). Mais dans la discipline essentielle qui est la pratique et la technologie, ils vont nous sauver la vie. Bah c’est ce qui va surtout me cadrer (15). Et grâce aussi à ce début d’apprentissage et à gagner un peu d’argent aussi, je vais comprendre que je vais pouvoir me payer des choses. Et c’est tout ça qui va faire que ça va s’enchaîner plutôt pas mal (16). Donc on était une centaine d’apprentis. Je finis dans les deux meilleurs apprentis et grâce à ça, j’ai Pierre Mauduit à Paris qui… qui venait aussi du Perche (17), lui, il prenait que les deux meilleurs apprentis de chaque département. C’était son critère de sélection pour les apprentis. C’est comme ça que je vais découvrir Paris et c’est comme ça aussi que je vais arriver au poste de chocolatier chez… chez Pierre Mauduit. Et là, pour le coup, ça va être la vraie révélation. C’est le chocolat qui va me découvrir. Et ça, c’était en 86. Bah depuis, bah j’ai rencontré plein de gens et c’est… Pour rien au monde, je changerais ma vie !
Pour un élève, un collégien ou un lycéen qui vous entend, là, et qui finalement se reconnaît un petit peu dans ce que vous décrivez, à savoir (18) un élève qui se fichait pas mal (19) de ce qui se passait en cours et qui était plutôt indiscipliné, avec le recul, est-ce que vous lui donneriez un conseil particulier?
– Qu’il faut commencer à travailler très tôt. Très, très tôt, parce que après, il faut ramer (20) pour arriver à revenir à… à un niveau qui est correct. De toute façon, c’est que du travail. Et c’est à partir de… Le jour où tu commences à comprendre ça, ben, c’est ce qui fait que tu t’en sors (21) dans la vie, tout simplement.

Quelques explications:
1. suivant: selon / en fonction de
2. c’était pas marrant: ce n’était pas drôle, pas intéressant. C’était pénible.
3. piquer une crise (ou des crises): piquer une colère, se mettre en colère, s’énerver vraiment.
4. balancer: ici = jeter. (familier)
5. on faisait que de… : il faut dire: On ne faisait que (tricher) = on n’arrêtait pas de tricher / on trichait tout le temps.
6. pomper: tricher, copier sur un autre élève ou en utilisant des « pompes« , des antisèches, c’est-à-dire des papiers sur lesquels on a recopié ce qui était à apprendre et qu’on sort en cachette pendant un test. (Aujourd’hui, ça peut être plus sophistiqué grâce aux téléphones portables…)
7. le conseil de classe: les profs se réunissent à la fin du trimestre et font le bilan des résultats de leurs élèves. Ensuite, chaque famille reçoit un bulletin trimestriel.
8. une soufflante: c’est le fait de disputer quelqu’un. (familier) = une engueulade (familier aussi)
9. une baffe: une gifle, une claque (argot)
10. la troisième: c’est la dernière classe du collège. Les élèves ont à peu près 14-15 ans. Ensuite, certains vont au lycée, d’autres vont dans des lycées professionnels.
11. un déclic: un événement qui tout d’un coup enclenche un processus positif et change la situation.
12. l’apprentissage: c’est un type d’études dans lequel il y a des périodes en entreprise, où on apprend un métier sur le terrain et des périodes à l’école. Aujourd’hui, on peut même faire une école d’ingénieur en apprentissage.
13. fermer sa grande gueule: c’est se taire et apprendre à obéir. (très familier). La gueule, en argot, c’est la bouche ou le visage.
14. le bordel: le bazar, le désordre. (très familier, vulgaire)
15. cadrer quelqu’un: donner un cadre, des limites à quelqu’un. Le discipliner.
16. ça va s’enchaîner plutôt pas mal: ensuite, les choses vont bien se dérouler, les unes après les autres. Un processus est enclenché.
17. le Perche: c’est une région rurale de l’ouest de la France.
18. à savoir = c’est-à-dire
19. qui se fichait pas mal de… : qui se moquait de… / qui n’était pas intéressé du tout par…
20. ramer: en argot, ça signifie rencontrer des difficultés pour obtenir quelque chose. On dit aussi galérer. (familièrement aussi)
21. s’en sortir: réussir.

* c’est mon péché mignon: c’est mon faible pour quelque chose, en général à manger. (C’est la chose pour laquelle je craque.)

A l’aide

Avoir des enfants, ça change la vie. Et c’est pour la vie. Grands bonheurs, chemins inexplorés sans cesse renouvelés.
Mais aussi des inquiétudes, plus ou moins grandes, d’abord face à ces tout-petits solides et fragiles à la fois, plus tard aux côtés de ces enfants qui doivent se faire leur place dans notre monde, puis de ces adolescents en quête d’eux-mêmes, en quête de tout.
Cette campagne de pub se fait l’écho de ce que beaucoup de parents sont amenés à vivre, plus ou moins profondément.
Parce que quand on a des enfants, c’est pour la vie, pour leur vie.
Parce qu’on tient à eux comme à la prunelle de ses yeux*.

Transcription:
Brigitte a un problème avec la drogue. Pourtant, elle n’en consomme pas. C’est sa fille, Marion, qui fume du cannabis. Elle s’isole, elle rate ses examens. Alors Brigitte a décidé de demander de l’aide. Grâce à elle, Marion va s’en sortir (1).

Transcription:
Michaël prend de la cocaïne. Ses parents se doutent de (2) quelque chose. Mais on ne parle pas de ça à la maison. Son frère pense qu’il n’a pas de leçons à donner. Et sa petite amie, elle trouve que ça fait rock. Voilà, tous ceux qui aiment Michaël ne font rien, alors qu’ils pourraient l’aider.
Oui, contre les drogues, chacun peut agir.
Pour être aidé, appelez Drogues Info Service

Quelques mots:
1- s’en sortir: réussir quelque chose. Se tirer d’une situation difficile ou dangereuse. Résoudre un problème.
2- se douter de quelque chose: pressentir quelque chose, avoir idée qu’il se passe quelque chose, même si on ne sait pas exactement tout.

* J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux: c’est ce que j’ai de plus précieux au monde.

Quelques chiffres:
La consommation de cannabis des jeunes français est une des plus élevées d’Europe. Ainsi, avec 31 % des 16 ans scolarisés déclarant avoir déjà expérimenté le cannabis et 15 % qui déclarent une consommation au cours du mois, la France se situe parmi les tout premiers pays européens (respectivement à la 5ème et 3ème place pour les deux indicateurs)

Coup de coeur

La télévision réserve encore parfois des surprises. Bizarre comme on peut tomber par hasard sur un vrai petit bonheur. Je regarde peu la télé. Je ne me souvenais même pas d’avoir entendu parler de ce film à sa sortie (dans trop peu de salles, avec trop peu de publicité). Juste un prénom pour titre: Stella.
D’autres choses à faire ce soir-là. Et pourtant, je me suis assise et je n’ai plus quitté Stella !

Fin des années 70. Stella a 11 ans, elle entre en sixième dans un établissement parisien qui n’est pas dans son quartier. Elle a un père Chti, une mère qui fait tourner le café familial, une chambre d’où on entend le juke-box et les habitués du bar. Elle n’est pas vraiment à sa place dans son collège de filles à papa. Elle est fragile. Elle est forte. Tout ça à la fois.
Il n’y a rien de trop dans ce beau film, juste de la grâce, la justesse des regards, des silences et des mots.
Stella est comme nous.
Stella n’est comme personne.

Transcription:
Bien. Classe de 6è5 (1). Quand j’appelle vos noms, vous vous mettez devant. Vous vous mettez en rang par deux.

Il paraît que ce lycée (2), c’est une chance. Je me suis installée à côté de la fille de La Petite Maison dans la Prairie (3). Peut-être que si je me mets tout le temps à côté d’elle, je deviendrai aussi belle, aussi sage, aussi propre qu’elle.

– C’est du vrai ?
– Ouais.
– C’est du quoi ?
– Du lapin.
– C’est dégueulasse (4) !

– Mais arrête !
– Eh! Eh ! Vous deux, non mais oh, ça va pas ou quoi (5)!
– Eh, c’est quoi ton oeil, là ? Ça commence bien pour un premier jour d’école ! Bravo ! Que je me retrouve pas (6) tous les deux jours chez la dirlo (7), hein !

(Ne fais pas sur un coup de tête…
tanguer le bateau…) (8)

– Papa, je peux dormir chez Gladys vendredi soir ?
– Elle a dit quoi, ta mère ?
– « Demande à ton père. »
– Fais chier ! (9)

– Déjà été amoureuse ?
– Ça va pas ! (5)
– Mais c’est pas une honte !
– Je sais, mais non.

– Zéro (10) ! Et vous êtes fière de vous ?
– C’est toi qui vois, ma cocotte (11) ! Moi, je vais pas me battre pour que tu bosses (12) à l’école. Je te le dis, hein ! Pour faire serveuse, on n’a pas besoin d’école.

Il y a un truc dont je m’aperçois de plus en plus. C’est que j’ai pas les connaissances qu’il faut. Je suis pourtant incollable (13) sur le championnat de foot, le Ballon d’or et tout. Incollable sur la variété (14), les paroles des chansons, incollable sur les cocktails, le flipper (15), incollable sur les gens fiables, pas fiables. Pour le reste, je suis nulle (16).

– Mademoiselle Vlaminck, vous pouvez me répéter ce que je viens de dire ?

– Donc je prendrai malgré tout une sanction. Je pense m’orienter vers la sanction d’un avertissement, un avertissement écrit, madame.
– Elle mériterait une bonne tarte (17) dans sa gueule (18) !

Quelques détails:
1. la sixième: c’est la première classe après l’école primaire (au collège)
2. le lycée: normalement, le lycée va de la seconde à la terminale. Avant, on est au collège. Mais jusque dans les années 80, le lycée allait de la sixième à la terminale. Certains grands lycées parisiens ont gardé cette structure ou en tout cas le nom.
3. La petite maison dans la prairie: c’est la série américaine que plein d’enfants et d’ados ont regardée aussi en France.
4. dégueulasse = dégoûtant, répugnant. (très familier)
5. Non mais oh ! ça va pas ou quoi ! = Mais vous êtes complètement fous / folles ! On dit ça pour marquer sa désapprobation. (familier). Parfois, on rajoute: Ça va pas la tête !
6. Que je ne retrouve pas… : C’est un ordre et comme une menace. Cela signifie: « Fais en sorte que je ne sois pas convoquée à ton école. » / Débrouille-toi pour que je ne sois pas convoquée. »
7. la dirlo: abréviation de directrice. (On le dit aussi au masculin pour le directeur: le dirlo.(familier)
8. C’est une chanson de Sheila, chanteuse française très populaire à partir des années 60.
9. Fait chier ! = Elle m’énerve / ça m’énerve. (vulgaire)
10. Zéro: le travail scolaire des élèves français est en général noté de 0 à 20.
11. ma cocotte: normalement, c’est un petit surnom affectueux. Mais pas trop ici !
12. bosser = travailler (familier)
13. être incollable sur un sujet: c’est tout savoir sur ce sujet. On ne peut pas vous coller, c’est-à-dire vous poser une question à laquelle vous ne savez pas répondre. On ne peut pas vous poser une colle. (familier)
14. la variété: l’ensemble des chansons qui ne sont pas classées dans d’autres catégories comme le rock, le reggae, le rap, etc…
15. les cocktails, le flipper: c’est parce que ses parents tiennent un café.
16. être nul(le): ne pas être bon du tout dans un domaine. Ne rien savoir faire.
17. une tarte = une gifle (argot). Et une bonne tarte, c’est une vraie gifle !
18. dans sa gueule: sur sa figure. (argot, vulgaire)

Et pour écouter la chanson de Stella, c’est ici. 
On reste à écouter même quand le film est fini et que le générique défile.

Voici les paroles de cette chanson murmurée:
J’ai ma vie qui va comme elle va.
J’ai mon coeur qui s’endort quelquefois.
J’ai la vie qui part contre moi.
J’ai mon coeur, ton coeur pour moi.

J’ai 11 ans. Je suis grande. Je m’appelle Stella.
Je vais vite, vite.
Je ne veux pas en rester là.
Soi-disant je suis grande
Heureusement que tu es là.
Je vais loin, loin. Je suis loin.
Je n’ai pas peur.

J’ai la tête qui va comme elle va.
J’ai les yeux qui brillent quelquefois
J’ai la tête qui tourne avec toi.
J’ai mes yeux, tes yeux pour moi.

Ce film repasse sur Arte le 10 et le 19 octobre. Si vous avez accès à cette chaîne.
Il existe aussi en DVD.
Si vous avez l’occasion…

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