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Quand il y a du ciel

Margeride
Il est belge. Cinéaste.
Il dit aimer faire parler les autres.
Mais dans cette émission, c’était lui qui parlait, des ciels qu’il aime, de sa façon d’écrire ses histoires, de choses qui me parlaient à moi.
Avec son accent belge.
Je partage avec vous, maintenant que je suis un peu moins débordée par le travail !

Transcription:
Tout… tout commence dans les voitures. Après, je me mets à mon bureau pour faire l’acte de rédiger donc, mais tout vient dans la voiture. Mais je trouve que la voiture est un… une espèce de (1) bureau mobile, comme ça, parfait. Pour écouter la musique, c’est un endroit parfait et j’aime bien écouter de la musique avec ce paysage qui défile. Nous, on faisait beaucoup la route (2) avec mon père, quand j’étais petit, entre la région germanophone, là, que j’ai évoquée, où je suis né et les Ardennes, d’où mes parents venaient. Et tous ces trajets qu’on faisait toutes les semaines, qui étaient des longs trajets – il y avait pas d’autoroute – moi, je me nourrissais. Voilà, le paysage qui défile me nourrissait. Ce que j’aime beaucoup… J’aime bien quand… quand c’est dégagé, voilà. J’aime bien les… J’aime bien les hauts plateaux. Voilà. Il y a… Il y a un dégagement vers l’horizon et j’ai besoin de ça. C’est pour ça que j’habite un peu en hauteur ici parce que j’ai besoin de voir. Quand je me promène, j’aime bien avoir du ciel, j’aime bien qu’il y ait du ciel autour de moi.

Nous, on est quand même un peu à la… en Belgique, on est un peu à la frontière entre… entre deux cultures. On parle français, donc on est de culture française. Mais on est moins… on est moins porté sur le verbe (3). Voilà, la France porte un patrimoine millénaire. On sent vraiment l’importance du verbe, du phrasé, et le cinéma français est très verbeux (4)… est très… est très porté sur (5) le verbe. Le… J’ai l’impression que dans… dans le nord, on est plus porté sur le corps aussi. Et nous, on est un peu à la limite des deux. Donc moi, j’aime bien jouer avec le corps. C’est pour ça que dans mes films, il y a pas énormément de dialogues non plus. J’écrème (6) beaucoup parce que j’aime pas quand les choses sont dites. J’aime bien quand les choses sont… sont devinées.
Et j’adore me… me plonger dans les histoires. J’ad[…] J’ai… J’ai une faculté d’écouter les gens et de les faire parler. En fait, c’est pas difficile de faire parler quelqu’un : il suffit… il suffit de se taire en fait. J’aime bien écouter les récits de vie, ça, c’est sûr ! J’adore les récits de vie. Et … et parfois, je me dis : il y a des gens qui vivent des vies mais incroyables (7) ! Voilà. Et c’est… c’est toutes ces écoutes qui me poussent à croire ce que je crois.

Quelques détails :
1. une espèce de… : on dit aussi: une sorte de.
2. faire la route : faire le trajet (en voiture)
3. le verbe : les mots en général, les discours, le fait d’exprimer sa pensée par des mots.
4. Verbeux : qui parle beaucoup, et même trop, en utilisant plus de mots que nécessaire. On parle d’un orateur verbeux, d’un style verbeux par exemple.
5. Être porté sur quelque chose : être très attiré par quelque chose
6. écrémer : au sens propre, c’est enlever la crème du lait. Au sens figuré, c’est retirer ce qui est en trop, alléger.
7. Des vies mais incroyables ! : mais placé devant un adjectif n’a pas son sens habituel. Il sert à renforcer cet adjectif qui le suit. C’est une tournure orale, et on insiste aussi sur l’adjectif avec le ton de la voix.

En quelques mots, on sait qu’il est belge, ou en tout cas pas du sud de la France !
En Belgique (et en France ailleurs que dans le sud), on « mange » les syllabes. Ecoutez par exemple à nouveau comment il prononce les phrases suivantes:
– On f[ai]sait beaucoup la route
– quand j'[é]tais p[e]tit
– J’ai b[e]soin de voir

Si vous voulez comparer avec un accent plus « sudiste »:Alors, qu’est-ce que vous trouvez le plus facile à comprendre ?

Mangeons des fruits !

Fin août déjà… Ça commence à sentir la rentrée. Retour au travail. Puis ce sera l’automne.
En attendant, c’est encore l’été, avec ses fruits: pêches, brugnons, reines-claudes. Il faut en profiter avant d’entrer vraiment dans la saison des pommes et des poires.
Certains en profitent vraiment ! Voici un petit témoignage sur la manière dont ils osent se procurer ces fruits, si tentants dans les vergers quand on n’a pas d’arbres fruitiers chez soi.


Transcription:
Régulièrement, on voit des gens arrêtés au bord de la route, enfin soit-disant pour une pause pipi (1) mais c’est souvent pour ramasser quelques fruits, quoi. Il y en a sur l’exploitation (2), c’est une propriété privée et c’est un peu gênant de voir toujours du monde (3) dans nos… dans nos champs, quoi ! J’ai surpris une personne qui habite à 50 mètres de chez moi, que je connaissais pas particulièrement. Maintenant, moi j’irai dans son jardin lui ramasser les fleurs, avant qu’elles fanent ! Je ferai un peu comme… pour lui montrer un petit peu ce que ça fait que de rentrer dans son jardin et de venir prendre quelque chose. Un samedi à midi, j’ai dégonflé les roues à un monsieur qui se promenait dans le champ. Deux roues pour qu’il soit vraiment embêté (4).

Les vols sont souvent commis par des habitants du département (5), des personnes qu’on peut retrouver certainement sur les marchés (6), parce que beaucoup pensent que ce qui est dehors appartient à tout le monde. Ce qui est dehors n’appartient pas à tout le monde, ça appartient à celui qui l’a produit, surtout au niveau de l’agriculture.

Quelques détails:
1. une pause pipi: dans certains pays, cela ne se fait pas du tout de s’arrêter dans la nature pour satisfaire un besoin pressant. Mais en France, ça arrive souvent. Il faut dire que la France est très nulle au niveau des toilettes publiques: il y en a très peu, y compris dans les villes, où il faut se débrouiller avec les cafés – mais il faut consommer – ou avec certains centres commerciaux. C’est toujours un problème ! Les pays buveurs de bière sont bien mieux équipés !
2. une exploitation: c’est une exploitation agricole, c’est-à-dire l’ensemble des terres d’un agriculteur.
3. du monde = des gens. Les deux sont possibles ici. Mais « du monde » est très fréquent.
4. pour qu’il soit embêté: pour qu’il ait un vrai problème.
5. un département: la France est divisée en départements. Là, il s’agit du département des Pyrénées Orientales, le département qui touche l’Espagne côté Méditerranée, avec Perpignan. On y produit beaucoup de fruits.
6. sur les marchés: certains se servent dans les vergers et apparemment, ils revendent leur « butin » au marché ! (La plupart des villes et villages ont leur jour de marché, avec les commerçants qui vendent dehors à un emplacement qu’ils payent à la commune.)

Une remarque sur l’accent du deuxième homme:
C’est bien sûr un accent du sud-ouest de la France, avec en plus quelque chose que font certains hommes d’un certain âge dans cette région: écoutez comment il prononce les R, qu’il roule. On n’entend pas ça chez les plus jeunes. Cela vient plus tard, assez mystérieusement !

Histoire d’un long mariage

Ils avaient vingt ans. C’était il y a longtemps dans un village du Lot.
Ils ne venaient pas du même milieu. Sa famille à lui avait des terres. Sa famille à elle vivait, plus pauvrement, grâce à la mine. Alors leur mariage n’allait pas de soi. Mais quand l’amour et une naissance s’en mêlent…

Aujourd’hui, ils ont plus de 80 ans, ils n’ont pas quitté leur village.
Comme beaucoup de vieux couples, ils ont vu leurs enfants se marier, avoir des enfants. Ils se sont dit que c’était moins compliqué que de leur temps. Puis quand ils les ont vus divorcer, se remarier, avoir d’autres enfants, ils ont trouvé que finalement ce n’était pas si simple que ça. Mais ils ont pensé que c’était la vie et ils ont regardé grandir leurs petits-enfants puis leurs arrière-petits-enfants.
C’est ce qu’ils racontent à deux voix restées complices à travers tous ces changements, avec leur accent de cette région du sud-ouest de la France.

Transcription:
– Ah bé… c’est facile à raconter. Je venais ramasser des fraises chez un oncle à Claude et puis, on a fait connaissance. Et voilà ! Ça a fini par se marier (1).
– Autrement dit, il y a 57 ans et demi que nous sommes mariés. Vous m’avez compris ?
Et comment vous vous entendez ? Tout se passe bien ?
– Bah apparemment, oui !
– Oui, maintenant on se retrouve que tous les deux. Mais à l’époque, il y avait trois générations, hé.
– Ici, dans la maison.
– Dans la maison, hé, qui vivions ensemble. Alors je peux vous dire qu’il fallait faire des concessions, hein. Et il y avait assez de place. Bon, c’était pas disposé comme ça, il y a eu des réparations depuis.
– Ici, il y a quand même… il y a quand même trois chambres…
– On avait trois chambres.
– … la salle d’eau (2), les toilettes, la salle à manger et la cuisine.
Vous êtes bien installés, là !
– Ah bé pas trop mal.
Vous avez une très grande télé, hein !
– Ah oui !
Ecran géant, écran plat.
– C’est surtout mon mari quand il regarde le sport.
– Alors les fraiseuses (3), on les nourrissait et on les logeait. Alors vous voyez le chantier ! (4)
– Faut dire que moi, mon père, il était mineur, mineur de fond. Et nous étions quand même huit gosses (5) ! Alors pour nourrir tout ce monde et surtout pour les… pour s’habiller et tout ça, on était obligés de partir.
– On a une grande pièce en haut, là-haut. Et alors, c’était le dortoir. On mettait des sommiers, des matelas, et puis il y avait… je vous dis une année, il y avait douze filles qui dormaient dans le même… dans la même pièce.
Quels souvenirs vous avez de cette période-là, vous, Marie ?
– Ah moi, très… très contente puisque j’ai fait la connaissance de mon mari.
Comment ça a été perçu par vos parents ?
– Ah! C’est une longue histoire, ça !
– Ah, ils m’ont pas acceptée avec…
– Non. Hé… Bon, je vais tout vous dire, hé…
Dites-moi tout.
– Nous avons eu mon fils, on n’était pas mariés. Alors je vous dis pas (6) à ces époques-là, hé ! C’était pas évident, hé ! Alors quand je l’ai annoncé à mon père, je peux… je peux vous dire que, ouille ! (7)
Mais vous l’avez annoncé à votre père quand le fils était déjà né ?
– Oui, hé oui, oui. Parce que je me… je me suis posé beaucoup de questions, hé.
– On n’était pas du même milieu (8).
– Quand j’ai annoncé la nouvelle, j’en menais pas large (9), hé. Et j’avais 23 ans, hé.
Aujourd’hui, ça vous rend plus tolérant vis-à-vis de tout ça (10), vous croyez ?
– Moi maintenant, plus rien ne m’étonne ! C’est clair, hé ! Plus rien ne m’étonne.
Par exemple votre fils qui vit en couple avec quelqu’un de divorcé, qui lui-même est divorcé, ça vous choque pas ?
– Moi, non, non, non. Moi, maintenant, je vous dis, il s’agit qu’il (11) soit en bonne santé et après, le reste (12), hé…
– Voilà, qu’il soit en bonne santé, qu’il soit heureux.
– Deux petits-enfants, aucun des deux ne sont mariés (13). Je sais même pas si ils se sont pacsés (14). Nous on… on le sait pas. Enfin avec tout ça, tout ça, nous sommes arrière-grands-parents et tout va bien.
Vous vivez de vos économies aujourd’hui ?
– Bah eh bien sûr ! Je suis à la retraite, je touche 695 euros par mois. J’ai la retraite et puis après, je ta[…] je tape dans le tas (15), hé !
Il vous reste un gros tas ?
– Non, un petit tas !

Quelques explications:
1. ça a fini par se marier = ça s’est terminé par le fait de se marier , par le mariage.
2. une salle d’eau: terme un peu démodé pour désigner la salle de bains.
3. les fraiseuses: c’était le terme local pour désigner les employées saisonnières qui venaient faire la cueillette des fraises.
4. le chantier = le bazar (familier). Il veut dire que cela créait de l’agitation dans la maison.
5. les gosses: les enfants (familier)
6. je vous dis pas ! : on emploie cette expression quand justement, on veut que celui qui nous écoute imagine bien la situation.
7. ouille: cette onomatopée exprime la douleur. Il veut dire que ça a fait mal quand il en a parlé à son père. La nouvelle n’a pas été bien accueillie.
8. le milieu: le milieu social. Ils n’avaient pas les mêmes origines. Elle venait d’une famille plus pauvre, avec son père mineur. Son mari venait d’une famille d’agriculteurs, qui avaient des terres, donc beaucoup plus d’argent.
9. j’en menais pas large = je n’en menais pas large: j’avais très peur et j’étais très mal à l’aise.
10. tout ça: elle veut parler de toutes les situations qui existent dans les vies de famille aujourd’hui. (être marié, pas marié, divorcé, remarié, etc…)
11. il s’agit que… : il faut juste que… / tout ce qui compte, c’est que…
12. et après, le reste… : il ne termine pas sa phrase mais il veut dire que le reste n’est pas important.
13. aucun des deux… : il faudrait dire : Aucun des deux n’est marié.
14. être pacsé: être lié par un Pacs, c’est-à-dire un Pacte Civil de Solidarité. Il s’agit d’un contrat civil qui permet à deux personnes ( de sexe opposé ou de même sexe) d’organiser et de faire reconnaître de façon plus officielle leur vie commune, mais sans avoir tout à fait les mêmes droits que par le mariage civil.
15. je tape dans le tas: je me sers dans mes économies. (C’est comme s’il avait un tas de pièces, d’argent)

Un Roumain à Paris

Souvenirs d’un Roumain installé depuis longtemps à Paris.
Depuis ses inquiétudes et ses rêves de jeunesse, il a fait du chemin, il a passé sa vie à faire de la musique et nous avons tous dans l’oreille ses musiques de films.
J’aime beaucoup écouter ces gens qui ont vécu longtemps et intensément et qui savent raconter leur vie avec simplicité.
J’aime beaucoup les gens qui savent raconter leur vie et en font une histoire.

J’ai profité aussi de ce petit enregistrement pour parler un peu de son français (et de celui de Rebecca avec qui il dialoguait à la radio l’autre jour.)


Transcription:
– L’instrument sur lequel vous avez appris la musique, c’est quoi ?
– Je suis violoniste. Vous voyez, mon… mon violon est là. C’est un violon que j’ai de… depuis la Roumanie. Et je… Comme dans ma jeune enfance, j’avais pas… On vivait dans une chambre de… de service et j’avais pas la place d’avoir un piano, mes parents m’ont mis au violon qui est évidemment plus pratique. Et en attendant,…
– C’était à Bucarest donc ?
– A Bucarest, voilà, en attendant le jour où on aurait la place pour mettre un piano. Mais ce jour-là n’est arrivé que le jour où j’ai eu 15 ans.

– C’est surtout mon père qui rêvait de la France puisque mon père a fait ses études à Paris dans les années 30, et en revenant en Roumanie pour enterrer son père qui était mort dans les années 39 (1), la guerre l’a surpris sur place. Il a dû res[ter]… Il n’a pas pu revenir à Paris. Et ensuite le rideau (2)… les rideaux sont…
Sont tombés.
Sont tombés. Et à la fin de la guerre, les communistes sont arrivés en Roumanie, les Russes, etc… Donc il n’a pas pu revenir à Paris, puisque lui, il rêvait (de) vivre (3) à Paris avec ma mère. D’aillleurs moi, je suis procréé (4) à Paris. En fait, je suis né à Bucarest mais le moment de mon insémination (4), ça a été Paris. Donc voilà.
– Mais vous, ça vous a… Ça ne vous attirait pas plus que ça (5), Paris ?
– J’étais prêt (6) à faire ma vie en Roumanie. C’était mon père qui a organisé tout ça derrière moi, sans me dire d’ailleurs.
– Il a organisé ça dans votre dos. (7)
– Il a organisé ça dans mon dos parce qu’il avait un peu peur que s’il me disait qu’il était en train d’organiser notre départ, je parlerais à des amis ou à des gens, je ferais des indiscrétions, et c’était très grave. Donc moi, j’étais même assez désespéré au moment de mon départ parce que j’avais mes amis là-bas, j’étais amoureux. Je me disais « Qu’est-ce que je vais faire ? « On se dit: « Est-ce que ma musique va intéresser? Est-ce que je vais arriver au niveau de ces gens qui sont là-bas, qui sont extraordinaires ? », puisqu’il y avait un niveau qui me semblait fantastique par rapport à ce que je vivais, moi, en Roumanie. Ça me faisait peur. Ça m’attirait bien sûr beaucoup parce que pour moi, Paris, c’était Ravel, c’était Debussy, c’était toute la culture française. Et puis j’avais des musiciens que j’adorais, Michel Legrand ou toute une série de musiciens que j’aimais en France. Donc je… je me posais des questions de ce genre-là.
– De votre place, en fait.
– Oui, de ma place, de qu’est-ce que je pourrais faire. D’ailleurs, j’ai dit à mon père qui m’a dit: « Mais écoute, toi, tu arriveras là . Tu vas faire… refaire le Conservatoire. Tu vas faire toutes tes études et c’est moi qui va travailler. » . Mais moi, je le regardais un peu comme un zombie parce que je me disais « Mais il est fou, lui ! Qu’est-ce qu’il veut travailler à 50 ans, par rapport à ce qui se passe là-bas ! » Il m’a dit: »Mais enfin, tu n’as pas confiance en moi, etc… » et tout. Bon enfin, on est arrivé. Ça s’est passé un peu comme je pensais, c’est-à-dire que mon père, quand il est arrivé, était considéré déjà comme un… un vieil homme. Vous voyez, arriver en France à 50 ans, comme musicien, c’est pratiquement impossible. D’ailleurs, il est tombé malade, ce qui fait que moi, j’ai dû tout de suite commencer à travailler, à donner des… des concerts de… de violon et à… à traverser (8)le monde avec mon violon. Et voilà, ça… ça a été quelques années de… de bagarres (9) très, très difficiles. Mais enfin, voilà. L’avenir a été plus… m’a récompensé, si vous voulez, de…. de toute cette…
… Persévérance.
Voilà !

Quelques remarques:
1. dans les années 39: on ne peut pas dire ça comme ça, puisque 1939 est une année unique, pas un ensemble d’années. Il faut dire juste 1939. Ou alors, si on ne sait pas vraiment quelle année c’était exactement: aux alentours de 1939.
2. le rideau = le rideau de fer, c’est-à-dire cette fermeture entre le monde occidental et les pays communistes à partir de la guerre froide.
3. il rêvait: il faut introduire le verbe qui suit avec « de », mais il ne dit pas cette préposition.
4. j’ai été procréé / mon insémination: ces mots ne sont pas corrects. Il faut uiliser le verbe « concevoir » et le nom qui correspond: « la conception ». Donc il faut dire: « J’ai été conçu à Paris ». « Le moment de ma conception ». On utilise le mot « insémination artificielle » pour les femmes qui recourent à des techniques médicales pour tomber enceintes.
5. pas plus que ça: pas vraiment
6. prêt à faire: Il fait la liaison entre « prêt » et « à », ce qui ne se fait pas normalement. En fait, ça nous fait un peu bizarre parce qu’on imagine en entendant ça « prête », au féminin, ce qui évidemment ne marche pas pour lui qui est du sexe masculin.
7. dans votre dos / dans mon dos: sans que vous le sachiez / sans que je sois au courant. (familier) C’est ce qu’il voulait dire en utilisant « derrière moi », qui ne marche pas ici parce que cette expression ne peut avoir qu’un vrai sens spatial, pas un sens figuré.
8. traverser le monde: on dit plutôt « parcourir le monde ». Ou aussi: « voyager dans le monde entier ».
9. une bagarre: une lutte, un combat. (familier)

Voici donc quelques commentaires de plus, sur la façon de poser les questions en français et sur l’accent de Vladimir.


Transcription:
Les questions écrites et orales:
Le premier point sur lequel je voulais revenir, c’est la première question posée dans cette conversation par Rebecca quand elle veut savoir sur quel instrument Vladimir a appris la musique. Et donc elle lui demande: « L’instrument sur lequel vous avez appris, c’est quoi ?  »
Ça, c’est une question complètement orale qu’on n’écrira jamais et qui passe très bien à l’oral. Donc la question correcte, en fait, évidemment, parfaite, ce serait: « Sur quel instrument avez-vous appris la musique ?  » Et cette question-là, on va… on peut l’entendre à l’oral. Mais ça va donner quand même un style très soutenu. En revanche, à l’écrit, on va l’écrire sans problème du tou, aussi bien dans une… enfin, dans un style plutôt soutenu que par exemple dans un mail à un ami. Ce que je veux dire par là, c’est que, par exemple, je ne dirai jamais ça à l’oral, très rarement. Mais ça ne me gêne absolument pas de l’écrire. Et je n’ai pas l’impression en l’écrivant d’avoir un style trop recherché. Donc il y a vraiment une différence entre l’écrit et l’oral. Et c’est ça qui est… qui est assez important à retenir.
Alors, la deuxième façon de poser la question, ce serait de demander: « Sur quel instrument est-ce que vous appris la musique ? », en utilisant cette expression « est-ce que ». Donc ça, c’est une question qui à l’oral est très neutre, c’est-à-dire que elle n’est pas particulièrement rechercchée, ni familière. Elle est vraiment neutre. On peut l’utiliser à l’écrit aussi, sauf que, bien sûr, entre « Sur quel instrument avez-vous appris le musique? » et « Sur quel instrument est-ce que vous avez appris la musique ? », il y a une différence de longueur. C’est un petit peu plus long d’écrire « est-ce que vous avez appris la musique ». Donc c’est pour ça que finalement, je pense que ça ne nous gêne pas du tout d’écrire « Sur quel instrument avez-vous appris la musique ? « , parce que c’est plus court. Voilà. Ensuite, troisième solution, c’est de demander, à l’oral : « Vous avez appris la musique sur quel instrument ? « , avec… disons l’intonation qui va montrer qu’on pose une question. « Vous avez appris la musique sur quel instrument ? « Et donc la personne va répondre en reconnaissant parfaitement la question. Ça, c’est quelque chose qu’on écrira beaucoup moins, dans… dans un… dans un texte, ou dans un mail. Voilà, ça se sera beaucoup plus réservé à l’oral. Et c’est plus familier que la forme précédente avec « est-ce que ». Et puis pour finir, donc, la question de Rébecca: » L’instrument de musique sur lequel vous avez appris, c’est quoi ? « , avec ce quoi posé à la fin comme ça de la question. Et ça, c’est vraiment totalement oral. Ne l’écrivez pas. C’est trop familier à l’écrit.

Rouler les « r »:
Ensuite, je voulais parler un tout petit peu de l’accent de Vladimir, qui est donc roumain et qui vit en France depuis très longtemps mais qui a gardé ce petit accent particulier aux Roumains, c’est-à-dire qu’il roule les « r ». Quand il prononce la Roumanie, il dit la Roumanie. Et voilà, ça c’est typique de l’accent roumain. Les Roumains parlent en général très, très bien français probablement parce que nos deux langues sont quand même assez proches, avec des origines latines. Mais très souvent, ils gardent ce… cette prononciation un petit peu particulière des « r ». Ce que je voulais dire, c’est que ça n’est pas gênant du tout, pour nous. C’est-à-dire que ça donne un petit accent, bien sûr, mais çe ne peut jamais nous gêner pour comprendre. Ça n’est pas comme par exemple les… les étrangers qui mélangent les sons « u » et « ou », qui peuvent nous gêner, nous, parce que, voilà, ça peut donner des mots différents. Là, quelqu’un qui roule les « r », ça n’est jamais un problème. Ça n’est jamais un problème, d’autant plus que en France, dans certaines régions, certaines personnes roulent les « r » de cette façon-là. Je pense en fait à des personnes qui vivent dans le sud-ouest de la France notamment. Mais il y a aussi une question d’êge, c’est-à-dire que ce sont souvent des personnes plus âgées qui ont tendance donc à prononcer les « r » un peu différemment de ce qu’on entend en général. Voilà, donc ça, ça n’est pas un problème du tout.

Et pour finir, la différence entre « y arriver » et « arriver », « là » et « là-bas » et comment utiliser « C’est moi qui… »:


Transcription:
Y arriver / arriver:
Alors maintenant, je voulais parler d’une erreur que fait Vladimir en rapportant la réaction de son père quand il a vu que son fils n’avait pas très envie d’aller s’installer en France et de quitter la Roumanie. Et donc, on entend la phrase: » Tu arriveras là ». Le problème, c’est que le verbe arriver, tout seul comme ça, signifie quelque chose de spatial, et non pas ce que voulait dire Vladimir, c’est-à-dire: « Tu y arriveras ». C’est l’expression « y arriver ». « Y arriver, ça veut dire « réussir » à faire quelque chose. Donc ici, ça veut dire: « Ne t’inquiète pas, on va s’installer en France et tout va bien se passer pour toi. Tu vas t’en sortir. Tu vas y arriver. » Arriver, c’est tout seul avant tout un sens spatial: arriver quelque part, arriver dans un pays, arriver dans une ville. Et donc là, c’était différent.

Là-bas / là:
Et le problème aussi avec cette toute petite phrase, c’est la confusion entre « là »et « là-bas ». En fait, ici, il faut dire: « Tu y arriveras là-bas. » Là-bas, c’est ce qui est loin, c’est là où on n’est pas. Donc quelqu’un qui est en Roumanie et qui pense à la France dira: « Tu pourras vivre là-bas. Ils sont partis là-bas. Ils se sont installés là-bas il y a trois ans », etc… Donc là, c’était vraiment ça:  » là-bas ». « Là », c’est toujours plus proche. Et par exemple dans des phrases comme: « Je suis là ». En rentrant à la maison, par exemple, on dit: « Coucou, je suis là. » Ou bien on arrive chez quelqu’un et on dit: « Vladimir est là ?  » Et ensuite la personne répond: « Oui, oui, il est là. Je l’appelle. » On peut dire aussi à quelqu’un par exemple: « Assieds-toi là. » Et ça veut dire: Là, tout près de moi, juste à côté. Ou bien, en faisant visiter son bureau par exemple, on peut dire: « Tu vois, je travaille là ». Donc « là » est toujours plus proche et souvent synonyme finalement de « ici », alors que quand on veut parler d’un endroit plus éloigné, c’est forcément là-bas.

C’est moi qui:
Le dernier point, c’est un petit problème de conjugaison, un problème d’accord. Donc quand il rapporte les paroles de son père, il continue en disant: »C’est moi qui va travailler ». Et ça, c’est une faute vraiment, une faute de conjugaison. Il faut dire: « C’est moi qui vais travailler ». Parce que « moi », c’est en fait « je ». Et on dit bien: « Je vais travailler », et non pas « Je va travailler », évidemment. Ce qui gêne beaucoup d’étrangers, c’est le… le fait qu’il y ait « qui » au milieu. Donc ça, il faut pas oublier, il faut bien accorder avec « C’est moi ». Si on dit: « c’est nous », ça va donner « C’est nous qui allons travailler ». Si on utilise « vous », « C’est vous qui allez travailler ». Voilà, donc c’est… c’est cet accord qu’il ne faut pas oublier. Rassurez-vous, il y a des Français en fait qui se trompent là-dessus aussi, parce que finalement, ça n’est peut-être pas si facile que ça. Alors, je prends juste deux exemples encore sur lesquels on peut se tromper parce que il y a une différence entre « je », « tu », « il », etc… C’est avec le verbe « être ». On dit « c’est moi qui suis venu(e) hier », par exemple. Et puis: « C’est moi qui ai raconté ça ». Donc « ai », avec A.I. bien sûr. Donc voilà, il faut accorder à la première personne du singulier quand on fait ce genre de phrases.

Comptine de Noël

Petite comptine de Noël apprise à l’école maternelle, en Petite Section, par un petit gars de trois ans et demi.

Ou comment on apprend très tôt des mots compliqués et des temps bizarres comme le passé simple !
Comment aussi on prend un vrai accent marseillais alors qu’on est un petit garçon né dans le nord de la France d’une maman parisienne et d’un papa du sud-ouest. Il suffit d’une institutrice très marseillaise !

Très bonnes fêtes de fin d’année à vous tous !
Ou comme on dit ici à Marseille : Bon bout d’an !


Transcription:
Trois petits sapins se donnaient la main
Car c’était Noël de la terre au ciel.
Prirent (1) le chemin menant au village
Jusqu’à l’étalage d’un grand magasin.
Là ils se couvrirent (2) de tout ce qui (3) brille,
Boules et bougies, et guirlandes pour luire (4).
(Jusqu’à…) Et s’en retournèrent (5) la main dans la main
Par le beau chemin de l’étoile claire,
Jusqu’à la forêt où minuit sonnait
Car c’était Noël de la terre au ciel.

Quelques détails :
1. prirent : passé simple du verbe prendre. (Dans cette petite poésie, il manque les pronoms sujets : ils)
2. se couvrirent : passé simple du verbe se couvrir.
3. tout ce qui brille : il se trompe un peu et prononce « ce qu’il brille ».
4. luire : briller (style soutenu)
5. s’en retournèrent : passé simple de « s’en retourner ».

Petite remarque : La maîtresse a choisi cette comptine car ce n’est pas l’aspect religieux de Noël qui y est mis en avant : les écoles publiques françaises sont laïques. Bien sûr, Noël est au départ une fête chrétienne mais c’est aussi devenu une fête traditionnelle – et commerciale – qui fait de toute façon partie de la culture de notre pays.

La façon de parler d’Adrien :
– Il a un accent marseillais : écoutez comment il prononce le son « in » dans sapin, chemin, main. Ecoutez aussi comment il dit « forêt », comme si le son à la fin était un « é ».

-Il ne fait pas tout à fait bien « siffler » les « s », dans « sapin », « se », « ce ». En francais, on dit qu’il pousse de la langue. Beaucoup de petits ont ce petit défaut de langage, qui se corrige tout seul peu à peu. Sinon, il faut aller chez l’orthophoniste qui leur fait faire des exercices de prononciation.

Y aura-t-il de la neige à Noël ?

Question classique à cette saison. Un Noël blanc a quelque chose de plus. Le traîneau du Père Noël sans la neige, c’est quand même moins poétique… et moins pratique !
Mais c’est aussi une interrogation plus terre à terre* pour les stations de ski ! Une belle neige dès décembre, et c’est l’assurance d’attirer les vacanciers pour les congés de fin d’année et de bien préparer la pleine saison en février et mars.

Alors cette année, la réponse est oui ! Les premières stations ont ouvert leurs pistes ce weekend, même à basse altitude, comme dans les Vosges, où tout le monde se frotte les mains**. (et pas parce qu’ils ont froid.)
(J’en ai profité aussi pour parler de l’accent qu’on entend dans cet enregistrement.)


Transcription:
Oh bah, elle est extra (1), la neige (2)! Il y en a 70 cm en haut et 60 en bas. De la neige fraîche, bonne, belle qualité. Ben là, on a poussé de la neige parce qu’on a produit cette nuit(3). Donc il faut pousser les tas, étendre et puis relisser derrière pour que les skieurs puissent se faire plaisir.
Plus de 800 paires de chaussures, les skis, pareil (4). Les raquettes, les luges, les casques. Tous les ans, on a toujours des skis et des chaussures neufs (5), pour que tout soit prêt pour l’ouverture de la station.
C’est que du bonheur !(6) Ça nous permet d’ouvrir la saison sans le grand stress comme l’an dernier : on a ouvert pile pour les vacances de Noël (7). Donc là, ça va nous permettre de roder (8) un peu tout, pour les vacances. On a déjà plus d’un mètre de neige avec la neige artificielle. Donc les vacances sont assurées et une bonne partie de janvier. Même si il y a un redoux qui arrive, on a le temps de voir venir (9).
Ce weekend sera un avant-goût (10) d’une saison qui démarrera à plein régime (11) le 15 décembre.

Quelques détails :
1. extra : super.
2. Elle est extra, la neige ! : Cette structure où on commence par le pronom (elle) alors qu’on n’a pas encore mentionné le nom dont on parle (la neige) est fréquente à l’oral. Ça sert à mettre en valeur ce qu’on dit, comparé à la structure normale : La neige est extra.
3. On a produit cette nuit : les stations de ski utlisent les canons à neige pour les pistes les plus basses en altitude.
4. pareil : même chose (style oral)
5. des skis et des chaussures neufs : l’accord de l’adjectif au masculin est bon puisque quand on a deux noms, un au masculin et un au féminin, c’est le masculin qui l’emporte. Cependant, on essaie dans ce cas de placer le nom masculin le plus près de l’adjectif, et non l’inverse comme ici, parce que ça nous fait quand même un peu bizarre d’entendre « des chaussures neufs ».
6. C’est que du bonheur : cette expression est devenue à la mode, notamment parce que certains animateurs à la télé l’utilisaient tout le temps.
7. pile pour les vacances : exactement au début des vacances, pas avant.
8. roder : tester, vérifier que tout marche bien et faire les ajustements nécessaires pour être bien prêt.
9. On a le temps de voir venir : on est tranquille pour un petit moment. On a l’assurance que ça va aller pour le moment. On n’est pas obligé de se faire du souci.
10. un avant-goût : une première expérience de ce qui va se passer plus tard.
11. à plein régime : à fond, à pleine force. (On l’utilise pour les machines, les moteurs et aussi au sens figuré comme ici.)

* terre à terre : pas poétique du tout, matériel.
** se frotter les mains : être content de la situation, se réjouir.

J’en peux plus !

Il y a eu de fortes intempéries dans le nord de la France et en Belgique ce weekend. Elles étaient annoncées mais que faire contre les cours d’eau qui débordent ?

En France, de gros dégâts matériels dans les communes touchées. C’est moins grave que de perdre la vie, comme ça a été le cas pour plusieurs personnes en Belgique. Mais quand même, c’est toujours difficile à vivre, surtout quand on travaille dur pour se payer une maison, des meubles, des appareils électro-ménagers. Voici quelques témoignages de gens qui disent leur découragement (avec bien sûr un accent du nord dont je vous parle après).


Transcription:
– On avait de l’eau jusque-là. L’eau a m(onté)(1)… L’eau a continué à monter. Tout ce qu’on a réussi à sauver, bah c’était rempli d’eau, quoi. Bah on n’a rien sauvé, quoi, en fait. Quelques souvenirs, tout ce qui était en hauteur. Le reste, tout est… [Oh là, là], machine à la(ver)(1). On n’a plus rien. On n’ arrive pas à y croire. Pour moi, je suis en train de rêver.

Tous les habitants ici parlent d’une montée soudaine et violente des eaux. Pour Claude, un ami venu aider, cette catastrophe était pourtant prévisible :
– Nous, on est en colère parce que (3) ils auraient pu prévenir avant, quoi. Il y a quand même des gens qui contrôlent les rivières, les flux, tout ce qui s’ensuit, pour prévenir les gens quelques heures avant, qu’on puisse mettre ça sur des parpaings (4).

Et ils sont nombreux à ne pas comprendre. C’est la deuxième fois que Jean-Jacques voit sa maison inondée. Résigné, il repasse prendre quelques affaires, avec le doute de vouloir un jour revenir vivre ici :
– Après les efforts qu’on a faits, on a acheté le congélateur, le frigo (5)! C’est la totale ! (6) Moi, ça fait 13 ans que je suis là, c’est la deuxième fois, la deuxième année pire (7). Déjà, j’en peux plus (8), c’est ma santé qui prend (9)et…
– Vous pensez que vous allez pas revenir ?
– Ah non, maintenant, je suis dégoûté. C’est pas vivable.

Quelques explications :
1. Elle s’arrête au milieu des mots et change un peu sa phrase ou enchaîne sur la suite. Mais on devine ce qu’elle allait dire.
2. Je n’arrive pas à y croire : c’est incroyable. On emploie « y » dans cette expression.
3. Parce que ils… : normalement, on devrait dire et écrire « parce qu’ils…. » car le mot après parce que commence par une voyelle. Je suppose que c’est ce que vous apprenez. Mais de plus en plus souvent, on prononce « parce que » en entier avant de continuer, quel que soit le mot qui suit.
4. un parpaing : une brique en béton.
5. le frigo : abréviation familière et courante de « frigidaire ».
6. C’est la totale : il ne peut pas y avoir pire. (familier)
7. La deuxième année pire : cette phrase n’est pas très correcte. C’est la deuxième année, la deuxième fois qui est la pire des deux.
8. J’en peux plus = je n’en peux plus. Cette expression peut exprimer le découragement et une grande lassitude: « Trop, c’est trop. Je ne supporte plus. » Elle peut avoir aussi un sens purement physique : je suis très fatigué / épuisé. (familier)
9. C’est ma santé qui prend = il y a des conséquences sur ma santé. (familier)

Dès que le vent soufflera

Mais pourquoi écouter cette chanson de Renaud de 1983 ?
Plein de bonnes raisons !

– La Route du Rhum vient de se terminer pour les navigateurs qui ont fait la course en tête. Alors on reste dans une ambiance marine.
– C’est la grande mode en France en ce moment de nous ressortir les chansons des années 80 et 90. Le bon – tant mieux! – et le moins bon – bof! – chanté par des jeunes ou par les interprètes de l’époque eux-mêmes, parfois un peu essoufflés et pathétiques…
– Renaud a un accent de titi parisien. Je vous avais promis un autre accent que l’accent marseillais !
– Et surtout, comme vous aimez le français, vous ne pouvez pas ne pas écouter les chansons de Renaud !

Qu’elles soient critiques envers notre monde ou pleines de tendresse pour les siens, pleines d’humour ou de poésie, elles sont toutes si bien écrites – avec beaucoup d’argot – que nous les avons tous quelque part dans notre mémoire.

Pour écouter, c’est là.

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme, tatatin
Moi la mer elle m’a pris
Je me souviens un mardi
J’ai troqué (1) mes santiags (2)
Et mon cuir un peu zone (3)
Contre une paire de docksides
Et un vieux ciré jaune
J’ai déserté les crasses (4)
Qui me disaient « Sois prudent »
La mer c’est dégueulasse (5)
Les poissons baisent (6) dedans

Refrain : Dès que le vent soufflera
Je repartira (7)
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons (8)

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Au dépourvu tant pis
J’ai eu si mal au cœur (9)
Sur la mer en furie
Que j’ai vomi mon quatre heures (10)
Et mon minuit aussi
Je me suis cogné partout
J’ai dormi dans des draps mouillés
Ça m’a coûté des sous (11)
C’est de la plaisance, c’est le pied (12)
Refrain
Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho (13)

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Mais elle prend pas la femme
Qui préfère la campagne
La mienne m’attend au port
Au bout de la jetée
L’horizon est bien mort
Dans ses yeux délavés
Assise sur une bitte (14)
D’amarrage, elle pleure
Son homme qui la quitte
La mer c’est son malheur
Refrain

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Comme on prend un taxi
Je ferai le tour du monde
Pour voir à chaque étape
Si tous les gars du monde
Veulent bien me lâcher la grappe (15)
J’irai aux quatre vents
Foutre un peu le boxon (16)
Jamais les océans
N’oublieront mon prénom
Refrain
Ho ho ho ho ho hissez haut ho ho ho

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Et mon bateau aussi
Il est fier mon navire
Il est beau mon bateau
C’est un fameux trois-mâts (13)
Fin comme un oiseau [Hissez haut]
Tabarly, Pageot
Kersauson et Riguidel
Naviguent pas sur des cageots
Ni sur des poubelles
Refrain

C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme
Moi la mer elle m’a pris
Je me souviens un vendredi
Ne pleure plus ma mère
Ton fils est matelot
Ne pleure plus mon père
Je vis au fil de l’eau
Regardez votre enfant
Il est parti marin
Je sais c’est pas marrant (17)
Mais c’était mon destin

Dès que le vent soufflera
Je repartira
Dès que les vents tourneront
Nous nous en allerons
De requin. (18)
…Dès que les vents tourneront
Je me n’en allerons (8)

Des explications :
1. troquer : échanger
2. des santiags : des bottes
3. un cuir un peu zone = un blouson en cuir pas très raffiné
4. les crasses : les nuls, les débiles (argot)
5. dégueulasse : dégoûtant (très familier)
6. baiser : faire l’amour (familier)
7. je repartira : cette forme n’existe pas. Il faut dire « Je repartirai ». Mais ça rime avec « soufflera » !
8. Nous nous en allerons : ça n’existe pas non plus évidemment, sauf dans la bouche des enfants qui ne savent pas encore que le verbe « aller » est très bizarre ! La forme correcte, c’est « Nous nous en irons » au futur. Et tout à la fin, Renaud fabrique une forme encore plus incorrecte.
9. avoir mal au cœur : c’est ce qu’on dit quand on a envie de vomir. (parce qu’on a trop mangé, ou parce qu’on est malade en voiture ou en bateau)
10. mon quatre-heures : mon goûter. (familier) Les enfants français font un goûter vers 4 heures- 4 heures et demie. (après l’école). Et ensuite, Renaud ajoute « mon minuit » – expression qui n’existe pas – pour montrer qu’il a été malade tout le temps.
11. des sous : de l’argent (familier, très utilisé)
12. c’est le pied : c’est super (familier)
13. Ce sont les paroles et l’air d’une chanson de Hugues Aufray, plutôt ringarde mais que tout le monde connaît.
14. une bitte d’amarrage : pour attacher la corde des bateaux amarrés à quai. Mais c’est le même mot que « bite » qui désigne le sexe de l’homme en argot. Donc Renaud joue sur l’ambiguité, d’autant plus qu’il traîne un peu entre «bitte» et « d’amarrage ».
15. lâcher la grappe à quelqu’un : laisser quelqu’un tranquille (argot)
16. le boxon : le désordre, le bazar (argot). Foutre le boxon = mettre le bazar, perturber. (argot)
17. marrant : amusant (familier)
18. nous nous en allerons… de requin : jeu de mots comme les aime Renaud sur «aileron de requin».

Petite remarque de conjugaison :
Dans le 4è couplet, quand Renaud dit « J’irai aux quatre vents« . Il fait une liaison entre « irai » et « quatre », comme si c’était « J’irais », c’est-à-dire le conditionnel présent. Mais c’est le futur qu’il veut employer, comme un peu avant: « Je ferai le tour du monde ». C’est une faute classique des Français qui confondent futur et conditionnel présent  à la première personne du singulier.

Quand on est petit, on apprend que pour ne pas se tromper d’orthographe ou ne pas faire une liaison qui tue (!), il faut remplacer « je » par une autre personne et voir dans le contexte si on dirait : nous irons (futur) ou nous irions (conditionnel) / il ira (futur) ou il irait (conditionnel), etc… C’est pas sorcier* !

* c’est pas sorcier : ce n’est vraiment pas compliqué ni mystérieux. (familier)

J’exagère, moi ?

Voici une autre intervention de notre supporter marseillais de l’autre jour. Je ne résiste pas !
Première raison : c’est l’occasion d’approfondir votre pratique de l’accent marseillais commencée l’autre jour.
Deuxième raison : cette interdiction oppposée aux Marseillais d’aller au Parc des Princes, c’est vraiment une affaire d’Etat. Si, si, je vous assure ! ( Chez les Marseillais en tout cas.) On ne rigole pas* avec le foot à Marseille !
Troisième raison : vous avez ici la parfaite illustration du cliché qui circule en France : un Marseillais, c’est une grande bouche*, qui a le verbe haut* et qui exagère les choses. Un cliché, certes, mais dans tout cliché, il y a une part de vérité, non ?
Quatrième raison : c’est plutôt sympathique, non ? Il y a quelque chose à Marseille qu’on ne trouve pas ailleurs !

Bon, maintenant, il va falloir que je vous trouve un accent de titi parisien pour affiner les comparaisons.


Transcription:
Il est hors de question que les Marseillais ne montent pas à Paris, voilà. Eux ont décidé, mais ils ne sont pas au-dessus des lois de la République. Et les lois de la République disent que tout citoyen a le droit de circuler librement en France. Bon, on va monter à Paris. Tout est loué, les bus, les trains. J’espère qu’ils vont pas arrêter les trains au départ de Marseille, qu’ils vont pas arrêter toutes les voitures 13 (1) sur l’autoroute. Si il y a un danger quelque part, on neutralise le danger. On n’empêche pas les gens d’y aller ! Si dans les collines de l’Estaque (2), il y a une panthère, on va pas dire aux Marseillais : « N’allez pas dans les collines de l’Estaque ! » On va essayer d’attraper la panthère. A Paris, il y a des lions. Neutralisez les lions.

Quelques détails :
1. Les voitures 13 : tous les départements français ont un numéro. Pour les Bouches-du-Rhône, c’est le 13, dans l’ordre alphabétique. Les plaques d’immatriculation mentionnent les départements, à droite sur les plaques traditionnelles et en haut à droite sur les nouvelles plaques.
2. L’Estaque : c’est un des quartiers de Marseille, avec son port, peint par les plus grands peintres. Autour de Marseille, ce n’est pas plat. Il y a le Massif de l’Estaque, le Massif de l’Etoile. Les Marseillais appellent ça les collines. On va se promener dans la colline.

* On ne rigole pas avec le foot : on ne plaisante pas avec le foot. C’est une affaire sérieuse. (familier)
* c’est une grande bouche : c’est quelqu’un qui parle beaucoup et fort.
* avoir le verbe haut : parler fort (et en général avec beaucoup de gestes.)

Tous à Paris !

Si vous voulez un Marseillais pur jus*, en voici un ! C’est un des supporters très connus de l’Olympique de Marseille, l’équipe de foot de la ville, soutenue par plusieurs clubs.

A travers ses mots, se dessine la légendaire rivalité entre Marseille et Paris : depuis quelques années, l’OM et le PSG sont les deux grandes équipes ennemies. Le problème, c’est que cela donne des matchs à haut risque car parmi les supporters, il y a des gars qui ne viennent au stade que pour se battre, des gars qui n’ont pas grand-chose dans la tête, des hooligans. Pour éviter les incidents graves, les deux villes doivent mobiliser des forces de police importantes les soirs de match. La Ligue Française de Football a même décidé d’interdire aux supporters marseillais de monter à Paris le weekend prochain. Mais cette mesure a finalement été déclarée illégale par une décision de justice. Alors les Marseillais sont bien déterminés à faire le déplacement ! Chaude ambiance !

René est donc un vrai Marseillais. Et ça s’entend ! On ne peut pas s’y tromper.
J’en ai donc profité pour parler un peu de cet accent d’ici, avec mon accent de «là-haut*».


Transcription:
Je ne vois pas pourquoi la Ligue Française de Football pourrait nous interdire à nous Marseillais qui ne sommes condamnés à rien d’aller voir un match de foot à Paris. Je ne vois pas de quel droit elle peut nous interdire ça. Il y a une loi qui stipule qu’ils doivent nous donner 5 % (1) des places que contient le Parc des Princes (2). Donc ils doivent nous donner 2000 places. C’est la loi. La justice leur donne tort et si en plus, ils s’emboucanent (3)encore en nous refusant l’accès au Parc des Princes, c’est des fous ! On a gagné, donc nous montons à Paris avec notre équipe, un point c’est tout (4) ! Et puis, qu’ils ne fassent pas les mariolles (5) parce que ils ne sont pas au-dessus des lois. Et la justice vient de leur rappeler. Donc il faudra qu’ils s’entendent pour justement mettre en place un service de sécurité conséquent (6) pour que les Marseillais soient reçus dans des bonnes conditions. Ça c’est leur problème. Nous, nous montons (7) tous à Paris ! Nous sommes dans notre bon droit (8). On voulait nous l’enlever, on nous l’a rendu. Disons qu’on a remis les choses en place, voilà.

Quelques détails :
1. 5 % : cinq pour cent.
2. Le Parc des Princes : un des stades de Paris. Il est plus petit que le Stade de France qui est plus récent.
3. s’emboucaner : argot marseillais. Se mettre dans une situation difficile et de conflit avec quelqu’un.
4. Un point c’est tout : cette expression indique qu’il n’y a pas à discuter.
5. les mariolles : les malins. Qu’ils ne fassent pas les mariolles = Il ne faut pas qu’ils se croient au-dessus de tout et plus intelligents que les autres. (argot)
6. conséquent : suffisant et efficace
7. monter à Paris : aller à Paris (en venant du sud) . On monte à Paris et on descend à Marseille.
8. être dans son bon droit : avoir totalement raison, de façon objective. Avoir la loi de son côté.

* pur jus : un vrai de vrai. Un authentique Marseillais (familier)
* là-haut : Paris, le nord, pour les gens du sud.

C’est trop cher en France !

Les jeunes Français aiment de plus en plus aller étudier à l’étranger. Evidemment, une de leurs grandes motivations, c’est de parler anglais couramment, donc l’étranger, ce sont souvent les pays anglophones.
Mais pas seulement. Les raisons de partir peuvent être bien différentes. C’est le cas des jeunes qui veulent devenir kinésithérapeutes* par exemple: le problème, c’est que la formation en France est ouverte à un nombre limité de candidats qui doivent d’abord passer le barrage d’un concours difficile. C’est le cas aussi des étudiants en Arts Plastiques, qui veulent devenir designers, architectes d’intérieur, stylistes.

Alors, si ailleurs, c’est plus ouvert, pourquoi ne pas s’expatrier ? Si en plus, c’est moins cher que dans certaines écoles françaises très sélectives… Et si ce n’est pas trop loin…


Transcription:
– Bon, c’est un cours de quoi, alors ? (1)
– Arts Plastique, Aménagement – Arts Plastiques.
– Vous êtes en première année ?
– Deuxième.
– Deuxième. Quelle filière ? (2)
– Création d’intérieurs.
– D’accord. Vous êtes français ou belge ?
– Belge ?
– Ouais.
– Vous êtes rares alors, ici.
– Bah, on est trois ou quatre, je pense.
– Trois- quatre dans la classe ?
– Ouais, sur 22 je pense.

– Vous êtes française ou belge ?
– Française.
– Pourquoi vous avez choisi de faire vos études en Belgique ?
– Bah déjà (3) par rapport à l’école, qui est une très bonne école.
– Il y a des différences financières aussi ?
– Oh oui ! Plus d’écoles privées en France, qui sont en plus très, très chères généralement.
– Il y a aussi des filières gratuites en France, il y a les Beaux Arts, les Arts Déco, ça c’est… ça, c’est pas cher.
– Ouais. C’est aussi beaucoup plus dur d’y rentrer.
– Donc si je comprends bien, en France, soit c’est trop dur d’y entrer, soit c’est trop cher. Il y a pas de juste milieu. (4)
– Non. C’est toujours ça. Ou alors, c’est très dur d’y rentrer et c’est très cher aussi.
– Par exemple ?
– J’avais… Je m’étais renseignée sur Camondo qui est une excellente école et c’est… C’est un… sur concours (5). C’est très, très dur d’y rentrer et c’est du 9000€ à l’année (6).
– Donc ça, c’est pas possible pour vous.
– Non.
– Les parents peuvent pas suivre derrière (7).
– Ah non ! Faut quand même pas abuser ! (8)

– Ici, le minerval est à 800 € par an.
– Le… ?
– Le minerval. C’est la somme à payer pour toute l’année en fait.
– D’accord. La scolarité, quoi.
– Voilà, exactement.
– Les frais de scolarité, le minerval. J’ai appris un mot! La plupart des Français ici rentrent chez eux le soir ? Il y a pas beaucoup d’implication dans la vie belge…
– En fait, il y a… Il y a un train qui s’arrête directement donc à Froyennes qui dessert toute l’école. Donc ouais, les trains sont bondés (9)le matin. Pas mal de personnes (10) aussi kotent sur… kotent sur Tournai.
– Kotent ?
– Kotent. Le kot en fait, c’est « k-o-t », c’est un logement étudiant.
– Ça c’est un mot belge aussi.
– Exactement.

– Vous êtes en quelle filière ?
– Stylisme de mode. Première année.
– Vous payez un loyer moins cher à Tournai qu’à Paris, j’imagine.
– Bah, 500 € pour un appartement à Paris qui en vaudrait dans les 1200-1300 (11), voire même plus. Enfin tout dépend le quartier (12) mais… Donc oui, bon, ça va mais… mais ça reste Tournai (13), quoi. Ça reste Tournai.

– Le bistrot (14) en face de l’Ecole Saint Luc, alors.
– Oui.
– Qu’est-ce que vous pensez, vous, de tous ces Français à l’école Saint Luc ?
– Tant qu’il y a de la place pour les Belges, ça nous dérange pas, quoi.
– C’est vrai que… que ça fait bizarre de pouvoir dire d’une école qu’il y a plus de 80 % d’étudiants qui ne sont pas belges. C’est l’Etat belge qui paye les salaires des profs et… et des membres du personnel de cette école-là, quoi. Ça c’est le… c’est le négatif entre guillemets (15) qui n’en est pas pas vraiment un*. Mais c’est vrai qu’il y a du positif à côté. Ça fait vivre Tournai, la région et… et voilà, quoi. Ces gens-là, ils font leurs courses ici dans la région.
– Donc c’est bon pour le commerce.
– Donc voilà, il y a pas que du négatif. Il y a autant de positif que de négatif. Et donc je pense qu’on n’a pas à se plaindre.

Quelques explications :
1. C’est un cours de quoi ? : question typiquement orale et tout à fait naturelle. Sinon, on pourrait dire : Qu’est-ce que c’est comme cours ?
2. une filière : une voie particulière dans un cursus d’études. Par exemple, à l’université ou au lycée, on parle de filière scientifique, de filière littéraire.
3. déjà : ici, c’est l’équivalent de « premièrement ». C’est la première raison d’une liste.
4. le juste milieu : un compromis, une solution équilibrée qui n’est pas dans les extrêmes.
5. un concours : un examen très sélectif car il y a un nombre de places fixés d’avance. Donc avoir un bon résultat ne suffit pas, il faut être dans les premiers. On dit que l’entrée dans ces écoles est sur concours.
6. c’est du 9000 € : en rajoutant « du » devant la somme à payer, on indique que c’est une somme approximative, qui tourne autour des 9000 €. (familier). On dit aussi « c’est dans les 9000 €. »
7. ils ne peuvent pas suivre derrière : ils n’ont pas les moyens financiers. (familier)
8. Faut pas abuser = Il ne faut pas abuser / exagérer.
9. bondé : très plein. On utilise cet adjectif pour les moyens de transports : un train / un métro / un bus bondé.
10. Pas mal de personnes : un nombre plutôt important de gens.
11. dans les 1200-1300 : elle dit juste «dans les mille deux – mille trois » au lieu de « mille deux cents – mille trois cents ». Elle a utilisé « cent » juste avant dans « 500 », donc on comprend de quoi elle parle. Elle évite de répéter « cent » , mais c’est très oral.
12. Tout dépend le quartier : de plus en plus de gens, notamment les jeunes, disent ça au lieu de « Tout dépend du quartier » qui est la forme correcte. (dépendre de / du…)
13. ça reste Tournai : ce n’est que Tournai = une petite ville comparée à Paris.
14. un bistro / un bistrot : un café. (familier). L’autre mot familier très utilisé, c’est «un troquet».
15. entre guillemets : on emploie cette expression pour atténuer un mot ou le nuancer.

* un kinésithérapeute = c’est la personne qui vous fait faire de la rééducation, c’est-à-dire qui vous réapprend à vous servir de vos bras, de vos jambes, de vos muscles après un accident par exemple. La plupart du temps, on utilise l’abréviation : un kiné.

L’accent des deux femmes du café: c’est un accent belge. Evidemment, les Belges diront qu’ils n’ont pas d’accent ! En tout cas, nous Français, nous situons tout de suite cette manière de parler  chez nos voisins de l’autre côté de la frontière ! Et comme vous l’avez entendu, certains mots sont employés uniquement en Belgique.

* Et pour finir, quelque chose qui n’est ni belge ni français:
une liaison « interdite« , entre vraiment et un dans « pas vraiment un« , avec un « z » parasite très tentant, comme si vraiment se terminait par un « s » !

Tout changer

Elle est née et a grandi en Provence.
Elle est montée à Paris, comme on dit, pour devenir actrice.
L’autre jour, elle parlait de ce que ça avait définitivement changé dans sa vie, avec la volubilité des gens du sud.
Et ça commençait par le chant des cigales.


Transcription:
Andréa Ferréol est née à Aix-en-Provence. Je lui ai donc mis ceci entre les oreilles.
– Ah, bah ça c’est bien ! C’est un bruit que j’adore. Ah, c’est bien ! Ah, c’est formidable ! On sent la chaleur déjà. On sent l’été, on sent la chaleur, on sent le bien-être, on sent… Ah, on s’ouvre. Avec la chaleur, moi, je m’ouvre. Je suis quelqu’un qui aime pas le froid. Donc plus il fait chaud, plus je suis heureuse. Plus je suis heureuse, plus j’ai l’impression que mon corps s’ouvre, que j’exulte, que je suis bien. Voilà, il y a plus qu’à se mettre dans un fauteuil (1) et… et boire un verre de rosé !
Vous venez d’Aix…
– Oui.
Vous n’avez pas du tout d’accent. (2)
– Mais par contre quand je suis à Aix, et que je parle avec mes frères ou sœurs ou des amis, très vite, il me revient parce que c’est le côté chantant (3) qui fait que je rattrape ça, la chanson de… de l’accent.
Mais c’était compliqué à perdre, cet accent ?
C’est du travail, oui, parce que quand tu es habituée pendant 17 ans de ta vie à dire : « Bonjour, je voudrais une rose. Bonjour. C’est une chose magnifique », il faut petit à petit trouver… Voilà, il faut… Rose, chose…(4) Bien replacer les syllabes, les consonnes et les… les voyelles dans la bouche pour… C’est-à-dire au début, c’est trop . Mais petit à petit, ça devient naturel.

Et c’est depuis cette époque que vous êtes rousse ?
– Exactement. Depuis cette époque, je suis rousse et… J’étais brune, comme vous, je dois dire, à peu près votre couleur d’ailleurs, pas noir mais un beau châtain foncé, dirons-nous. Et Marco Ferreri m’a voulue en rousse. Ça m’a chaviré le cœur parce que tout d’un coup, on touchait à ma personnalité, on me touchait quelque chose de… que je trouve de très précieux chez une femme, la chevelure.
Vous étiez plus gênée qu’il vous demande de devenir rousse plutôt que de vous dire « Ma fille, il faut que tu prennes plein de kilos en deux mois. »
– Oui. Absolument. Et puis finalement, le roux, eh bien, j’ai trouvé ça extraordinaire, ce blond vénitien qu’on voit sur les tableaux… certains tableaux italiens. Et donc voilà, je l’ai gardé. Mais j’ai toujours pensé que la couleur brune, enfin châtain foncé, me durcissait énormément, comme je suis quand même quelqu’un d’assez… de poigne (5), me durcissait.Et alors que le roux, je trouve que ça m’adoucit. Alors évidemment, c’est des personnages plus à l’italienne, nous sommes d’accord. Les gens pensent que je suis italienne alors que je suis une Provençale de souche, pure et dure. Donc je suis française. Je ne suis pas italienne. Voilà, parce que en France, des années durant (6), on m’a dit « Elle est italienne, elle est italienne ». Non, je suis française.

Quelques détails :
1. (Il) y a plus qu’à… : Il ne reste qu’une chose à faire. A l’oral, on dit juste « Y a plus qu’à… » au lieu de dire : Il n’y a plus qu’à…
2. A Aix et dans la région, les gens ont un accent du sud, différent de celui des autres régions, notamment de Paris. Quand on dit de quelqu’un qu’il a un accent, c’est qu’il n’a pas « l’accent » de ces régions, comsidéré comme plus neutre.
3. L’accent du sud, ou du midi est perçu par les Français comme plus chantant que ceux des autres régions.
4. Le son « o » est un des sons qui varie selon la région où on est.
5. la poigne : ici, c’est l’autorité. Quelqu’un qui a de la poigne, c’est quelqu’un qui a beaucoup de fermeté.
6. des années durant : pendant des années

Neige et pagaille à Perpignan !

Cette fois, c’est la neige qui est tombée à nouveau en quantité sur la partie sud de la France, là où on n’a pas trop l’habitude de la voir. Certes, Perpignan est au pied des Pyrénées mais elle est surtout au bord de la Méditerranée. Alors, cinquante centimètres de neige en quelques heures, il y a de quoi mettre la pagaille sur les routes de la région et dans les rues de la ville !
Petits témoignages de Nadia, Cyril et Raphaël.

Et l’occasion d’écouter l’accent de Raphaël ! C’est vraiment un accent du sud de la France !
Ecoutez comment il dit « pelles », « dégage », « vehicules », « place » : on entend vraiment la fin de ces mots, c’est-à-dire le « e » de la dernière syllabe.
Dans « identifications », le son « on » est typique aussi. Et dans « sont ».
Il est très reconnaissable aussi dans « monde ».
Dans « matériellement » : Raphaël prononce bien toutes les syllabes.
Et dans « on n’a pas le temps », il dit bien clairement « le », sans l’avaler.

Joli accent, non?

Transcription :
J’essaye de la remettre sur la route pour la faire démarrer et pour repartir, quoi !
La voiture de Nadia est bloquée par cinquante centimètres de neige à proximité du rond-point. Avec son copain Cyril, ils se débrouillent avec les moyens du bord (1).
Bah on fait avec la boîte de la chaîne, quoi ! Parce qu’on n’a pas… on n’est pas habitué à Perpignan à avoir de la neige comme ça, hein ! C’est la catastrophe. Puis là, maintenant, c’est de la glace, hein. Merci Perpignan, bravo la Mairie ! Ils auraient pu le faire avant.

Parce qu’en plus, sinon la fourrière elle veut nous récupérer les voitures. Parce que moi, j’étais en plein milieu du rond-point en fait. Et quand j’ai appelé la police, et ben ils m’ont dit que si… si je la déplaçais pas, la fourrière (2), elle viendrait chercher la voiture.

La police également mobilisée : une vingtaine d’agents municipaux (3) enlèvent la neige autour des véhicules les plus ensevelis. L’un d’eux, Raphaël :
On est équipé de pelles et on dégage les véhicules. Dès que le propriétaire arrivera sur place, le… c’est dégagé, il pourra partir. On n’a pas le temps de faire des identifications. Il y a trop de véhicules qui sont en travers sur le territoire de la commune et ça nous laisse pas le temps matériellement de contacter tout le monde.

La fourrière a aussi été réquisitionnée pour prêter main forte (4). Elle a déplacé les voitures gênantes sans aucune verbalisation (5).

Quelques détails :
1. avec les moyens du bord : comme on peut, avec du matériel pas adapté, avec ce qu’on trouve.
2. la fourrière : c’est l’organisme qui enlève les voitures qui sont mal garées. Ensuite, on récupère sa voiture à la fourrière, en payant une amende. Et c’est cher !
3. les agents municipaux : les employés de la Mairie. La Mairie gère la commune.
4. prêter main forte : aider, apporter une aide supplémentaire.
5. verbalisation : une amende. La police verbalise, c’est-à-dire met des amendes en cas d’infraction.

Les petits bonheurs tout simples, quoi !

Il est né à Marseille. Il a grandi dans un quartier populaire de la ville. Alors, bien sûr, le foot est entré très tôt dans sa vie, en France puis en Angleterre, jusqu’au plus haut niveau. Le talent, le succès, la célébrité, d’autres passions, d’autres horizons.
Mais au fond, qu’est-ce que ça a changé pour Eric Cantona ? C’est ce qu’il expliquait à Rébecca Manzoni, l’autre jour, sur France Inter.
Avec son accent du sud, immuable, malgré des séjours sous d’autres latitudes !
Cantona, quoi !

Transcription:
C’est votre quartier, ici, vous ? C’est votre coin, vous, le Seizième (1)?
Mon coin, moi, c’est… je suis plus Vincennes, tout ça, moi. Là on se retrouve depuis quelque temps, depuis deux…trois mois ici, quoi. […](2)
Vous aimez le quartier ici, ou pas ?
C’est un beau quartier. Mais on est un peu en dehors des réalités, quoi.
C’est-à-dire ?
Quand on a des enfants, quoi, et les enfants, c’est important qu’ils grandissent un peu dans la réalité, quoi, des choses, quoi. Mais il y a beaucoup d’autochtones(3) , quoi, ici, hein ! Voilà. Donc c’est… c’est bien, c’est aéré, c’est tout ce que vous voulez, quoi.
Il y a de très belles maisons.
Il y a… Il y a de très jolies maisons, il y a… Voilà, c’est… c’est… Après, après non ! Ça… Non, ça va. Ça marche pas.
Vous vous sentez pas ici chez vous, quoi…
Et j’ai pas franchement envie de me sentir chez moi ici, quoi. Non.
Vous venez d’où, vous, alors ?
Moi, de Marseille !
Ouais, d’accord.
Bah on est sur un autre truc, nous, quoi. Moi, mes grands-parents étaient espagnols du côté de ma mère, mes grands-parents maternels espagnols, catalans. Et de mon…
Républicains ?
Oui, bien sûr. Et de mon père, sarde. Et voilà, on a tout… Un Catalan, un Sarde qui se marient pour faire des enfants. Et puis nous, on grandit là-dedans. Et puis… Puis le football, c’est un sport très populaire(4) où on se mélange très vite, à la première vague d’immigration. Nous, avant les autres, quoi, on sait tous comment ça se passe, quoi. Et puis on rit, on pleure ensemble. Et… Et puis… Et puis on n’a pas envie de sortir de ça, quoi. Voilà.
 Après comme je vous disais, il y a un équilibre à trouver dans tout ça, quoi. Bah, on a réussi… plus ou moins réussi notre vie, on a réussi à avoir un peu d’argent. Voilà, on va pas non plus vivre sous les ponts, quoi (5). Non. Mais on peut rester dans la réalité aussi, quoi. Voilà.
 Et surtout quand on a des enfants. Nous, quand on était petits, on n’avait rien alors. Et puis on pouvait pas faire des caprices parce que de toute façon, tu pouvais faire le caprice que tu voulais, tu avais vite compris qu’il y avait rien ! Voilà.
Nous, nos enfants, ils savent qu’il peut y avoir quelque chose. Et donc ils peuvent ne pas comprendre à un moment donné. Alors oui, ils peuvent pas avoir la vie qu’on a eue, nous. Non, c’est pas pareil. Mais… mais qu’ils restent quand même dans une… dans une réalité, quoi. Et si on a réussi ça, on a… on a tout réussi, quoi. En tant que parents, quoi. Et c’est compliqué d’être parents, hein ! Et c’est compliqué de réussir certaines choses. Mais ça, ça me semble être l’essentiel, quoi, les valeurs essentielles de la vie, quoi.
Voilà, se… se satisfaire d’un petit rien, quoi, aussi, quoi. Voilà, les petits bonheurs tout simples, quoi. Ne serait-ce qu’être en famille (6), avec les amis, et rire et chanter, manger, et cuisiner et sentir les odeurs des… Voilà. Ça, c’est… c’est… C’est pas… c’est pas grand-chose (7) mais c’est beaucoup, quoi.
 
Quelques détails :

  1. le 16ème = le 16ème arrondissement de Paris. ( Quartier très chic et riche )
  2. quoi : Cantona ponctue toutes ses phrases ou presque de « quoi ». C’est un tic de langage assez fréquent. ( Rébecca aussi en place quelques-uns… )
  3. les autochtones : les gens qui sont issus de ce quartier, de cet endroit. ( Pas des gens qui viennent d’ailleurs. ) C’est de l’humour à la Cantona, sur les Parisiens et les Parisiens plutôt riches !
  4. populaire = pratiqué et apprécié par les gens des milieux populaires. Ce n’est pas un sport de riches.
  5. vivre sous les ponts : comme les sans-abris, dans la misère.
  6. Ne serait-ce que… : juste ça / au moins ça.
  7. Ce n’est pas grand-chose : C’est comme ça qu’on dit plus naturellement « ce n’est pas beaucoup ». 

Putain d’accent !

Nom : Cantona
Prénom : Eric
Profession(s) : ex-footballeur, peintre, acteur, philosophe à ses heures perdues, casseur de supporter…

Bref, inclassable.
Bien connu des Français. Très populaire en Angleterre.
Un personnage.
Et un putain* d’accent du sud ! Pas celui que vous apprenez dans les manuels de français.

Il est excellent dans cette pub pour la Renault Laguna. On l’y retrouve tout entier :
La grande gueule. ( On parle fort dans le sud de la France. )
La brute ( fragile, forcément. )
Le beau parleur
L’esthète, le mélomane, le poète…
Le défenseur des nobles causes. ( Ah, l’écologie, la sécurité routière ! )

Il a la « tchatche » des Marseillais. Il est très fort, Cantona !
Et ils sont très forts, ces publicitaires qui lui font jouer du « Cantona », après Ken Loach dans « Looking for Eric ».

Transcription :
On m’a demandé de vous parler de la nouvelle Renault Laguna. Et vous savez quoi ? J’ai accepté. Et moi quand je parle, je parle efficace.
Justement , parlons-en d’efficacité. Seulement quatre litres neuf au cent, dans sa version Berline Eco 2. Ça vous parle ?
Et si je vous dis qu’elle ne rejette que 130 grammes de CO2, ça, c’est efficace… pour la conscience.
Un système audio haute définition, avec son spatialisé… Rien n’est trop beau pour Mozart. Tu l’achèterais la voiture, toi ? Bah oui ! Evidemment.
 Et le système de navigation Carminat DVD avec Bluetooth se commande d’un doigt. Un doigt ! Magique !
Je vous ai parlé de la qualité de finition de la nouvelle Renault Laguna ?
Et des huit airbags, avec doubles capteurs dans les ailes ? C’est important, la sécurité. Surtout quand on est fragile. Comme moi…
Ah, j’oubliais l’essentiel. En exclusivité mondiale, le système « four control », quatre roues directrices. Une exclusivité Renault pour une maniabilité et une précision de conduite exceptionnelles.
Bon, assez parlé ! Le mieux, c’est encore de l’essayer.
Moi, cette voiture, elle me donne envie de rouler libre. Comme le mistral*. Comme un cheval sauvage. Comme un…
Bon, au revoir.

* Le mistral, c’est le vent du nord qui souffle à Marseille ( et dans la vallée du Rhône )
* un putain d’accent : « putain de » sert à renforcer ce qu’on dit. Mais c’est très, très familier. Ici, ça veut dire que Cantona a un très fort accent.

Et pour le plaisir et ne pas oublier que les Français sont nuls en anglais, la même publicité dans un anglais impeccable !
Evidemment.

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