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Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Un beau dimanche

Nouvelle séance de rattrapage cinéma ! Je préfère l’ambiance d’une salle de cinéma, comme un moment vraiment suspendu, mais les DVD ont du bon aussi. J’ai donc regardé ce beau film de Un beau dimanche DVDNicole Garcia.
Un enfant ballotté entre ses parents séparés, pas très installés dans la vie ni très parents, un jeune instituteur qui ne s’enracine nulle part et dont on devine des fragilités, une jeune femme qui ne sait pas toujours bien où elle en est mais poursuit son chemin coûte que coûte.

Nicole Garcia nous emmène là où on ne s’y attend pas et déroule peu à peu une histoire de famille racontée avec une grande poésie, dans une belle lumière, celle du sud de la France, avec des acteurs qui jouent vraiment bien. Il n’y a rien de trop, c’est simple mais profond, délicat mais implacable.
Et ce qui est bien aussi pour vous qui apprenez le français, ce sont les différentes façons de parler, qui reflètent bien les personnalités et les milieux d’où viennent les personnages de ce film. Baptiste et sa mère, Sandra et son fils, autant de dictions différentes.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Alors, vous faites des saisons (1).
– Je suis tombée dedans (2) quand j’étais petite. Mes parents, ils avaient une roulotte (3) de bouffe (4), ils faisaient des pizzas, des crêpes.
– Moi aussi, je fais des saisons. Je reste un trimestre, voire (5) deux à un poste. Après, je vais ailleurs.
– Pourquoi vous restez pas plus longtemps ?
– Une liberté.
– Il y a des hommes qui sont passés tout à l’heure. Ils vous cherchaient.
– Vous leur avez pas dit où je travaillais !
– Qu’est-ce que tu fous (6) sur les plages en France ? Tu devais pas ouvrir un restau à Saint Barth ?(7)
– Franchement, les gars (8), c’est pas le moment, là.
– Je dois de l’argent.
– Et tu dois combien ? Tu sais que je peux pas t’aider, là.
– Ramène-le à son père.
– Je te promets rien. (9)
– Tu me promets quoi ? (10)
– On part.
– Maman !
– Aux gens qui me demandent de tes nouvelles, je leur dis que tu habites en Suède, et ça arrête les questions.

Quelques explications :
1. faire des saisons : par exemple, travailler sur les plages l’été et dans des stations de ski l’hiver. Les gens qui travaillent comme ça sont des saisonniers.
2. je suis tombé dedans quand j’étais petit / enfant : on emploie cette expression familière pour indiquer qu’on a commencé à se passionner pour quelque chose à un moment donné. On l’utilise toujours au passé composé. Elle fait en fait référence à Astérix et Obélix, ces BD bien connues de tous les Français. Obélix le Gaulois ne prend jamais de potion magique (pour être fort avant les combats contre les Romains) car enfant, il est tombé accidentellement dans le chaudron de potion. Depuis, il est très fort.
J’en ai déjà parlé dans ce billet de septembre dernier.
3. Une roulotte : c’est une sorte de caravane
4. la bouffe : la nourriture ( familier)
5. voire = ou même
6. qu’est-ce que tu fous ? = qu’est-ce que tu fais ? Style très familier, et plutôt négatif ou agressif en général : c’est un moyen d’exprimer sa désapprobation à l’oral. Par exemple, quand on trouve que quelqu’un traîne trop ou ne fait pas bien les choses, on peut lui dire :
Mais qu’est-ce que tu fous ? Dépêche-toi !
Qu’est-ce que tu fous ? Ça marche toujours pas ! Je croyais que tu savais tout réparer.

On peut aussi dire ça à quelqu’un qu’on ne veut pas voir :
Qu’est-ce que tu fous là ? Je t’avais dit de pas venir.
7. Saint Barth = Saint Barthélémy : une des îles des Antilles françaises.
8. Les gars : façon familière de s’adresser à des hommes.
9. Je te promets rien : c’est ce qu’on dit quand on va essayer de faire quelque chose, par exemple pour aider quelqu’un, mais qu’on n’est pas sûr de réussir. Par exemple : Je vais essayer de le faire changer d’avis, mais je te promets rien. Il est très têtu.
10. Tu me promets quoi ? : cette question peut paraître paradoxale puisqu’il vient de lui dire « Je te promets rien ». Mais c’est justement parce qu’on dit « je te promets rien » lorsqu’on s’engage à essayer de faire quelque chose, sans être sûr du résultat. Or dans le film, il ne lui a pas expliqué du tout ce qu’il va faire. Il vient juste de prendre la décision de l’aider mais ne lui a encore rien dit. D’où cette question qu’elle lui pose.

L’imparfait :
Ils avaient une roulotte, ils faisaient des pizzas : l’imparfait sert à raconter comment c’était avant et souvent à décrire des habitudes dans le passé.
Des hommes sont passés. Ils vous cherchaient : cet imparfait sert à décrire ces hommes, à décrire la situation, la scène. Ils la cherchaient, ils voulaient lui parler.
Tu ne devais pas ouvrir un restau ? : ici, le verbe devoir à l’imparfait exprime l’idée que c’était prévu. Donc cette question interro-négative sert à exprimer la surprise (réelle ou feinte) et aussi très souvent la désapprobation. Par exemple :
A: Tu ne devais pas les appeler aujourd’hui ? B: Si, si, mais j’ai oublié. Je le fais demain matin. Promis.
A: Ils ne devaient pas venir nous aider ? B: Oui, mais finalement, ils n’étaient pas libres. On va se débrouiller sans eux.

Pour finir, peut-être aurez-vous envie de lire un article qui rend plutôt bien justice à l’atmosphère de ce film.

Détecteur d’arnaque

Voici un mail que j’ai reçu hier, présenté comme envoyé par Free Mobile, à propos de ma facture de téléphone. Le problème, c’est que je ne suis pas chez Free et que tout va bien du côté de mon abonnement chez un autre opérateur.

Phishing

De toute façon,quand on reçoit ce genre de message, ce n’est pas très difficile d’éviter de tomber dans le panneau*. A condition d’avoir une bonne orthographe et un français correct.

Six lignes de texte, six sortes de fautes d’orthographe et de français:
1- L’absence de ponctuation: il manque une virgule après situation et après la formule de politesse. En français, nous aimons les virgules pour bien séparer les propositions. Et comme dans toutes les langues, nous mettons un point à la fin des phrases: il en manque un après facturée.

2- Le problème des articles: nous aimons les articles devant les noms, y compris dans la signature de ce mail: Le service clientèle. L’absence de « le » ne nous paraît pas naturelle.

3- Les fautes d’orthographe : elles ne sont pas encore la norme dans les courriers officiels ! C’est donc la moindre des choses de vérifier si un mot prend un « f » ou deux. Manque de chance, le verbe « référer » n’en prend qu’un.

4- Les fautes de frappe : elles ne passent pas très bien non plus : suspension conviendrait mieux que supsension !
Consul tez en deux mots sort de nulle part !

5- Les fautes de grammaire: elles sont plus que surprenantes. Veuillez est toujours suivi d’un infinitif. Ce n’est donc pas difficile de vérifier comment va s’écrire un verbe du premier groupe, en faisant cette petite manipulation qu’on apprend enfant: on remplace les verbes en -er par le verbe prendre et on se dit mentalement : Veuillez prendre, ce qui permet d’écrire: Veuillez vous référer, au lieu de mettre bêtement -ez, juste parce qu’il y a vous devant !

6- Les fautes de vocabulaire : mais qu’est-ce que c’est que ce charabia dans un courrier soit-disant officiel ?
Le verbe consulter ne s’emploie pas sans indiquer ce qu’il faut consulter: une facture, un compte, etc.
Lors d’échec de régularisation ne veut rien dire. En français, il ne s’agit pas d’un échec mais d’une absence de régularisation. La formule est donc : En l’absence de régularisation de votre part.

Comme quoi, avoir une orthographe correcte ne sert pas seulement à être bon en dictée à l’école ! Cela peut vous mettre la puce à l’oreille* et vous éviter de cliquer là où il ne faut pas.

Et comme ce genre de situation est monnaie courante, voici des expressions que nous employons pour en parler:
tomber dans le panneau. (plutôt familier): Cela signifie qu’on se laisse prendre au piège. Il est tombé dans le panneau et a donné ses coordonnées bancaires.
Plus familièrement, on emploie aussi l’expression se faire avoir:
Je me suis bien fait avoir ! / Elle s’est fait avoir. (pas d’accord féminin pour « fait » ici.)
Ou encore, se faire arnaquer:
Si tu n’es pas vigilant, tu risques de te faire arnaquer.

n’y voir que du feu : cela indique qu’on ne s’est pas rendu compte de la supercherie, de l’arnaque.
Le mail avait l’air tellement officiel qu’il n’y a vu que du feu et il a vraiment cru qu’il venait de sa banque.

mettre la puce à l’oreille (familier): attirer l’attention et susciter la méfiance.
Le style du message m’a mis la puce à l’oreille. Et effectivement, c’était bien un faux.

A écouter ici:
arnaques et orthographe

Six ans

Comme certains le savent, j’ai commencé à écrire ce blog il y a six ans, le 14 février (sans qu’il y ait aucun rapport avec la Saint Valentin, qui faisait alors encore moins partie de notre environnement qu’aujourd’hui.) Pas de bilan, juste l’étonnement d’être capable de persévérer, avec parfois des doutes, des absences. Et finalement, toujours un commentaire, un message, une question, qui font que je continue ! Alors, il y a aussi l’étonnement de voir que certains ne se sont pas encore lassés de lire, écouter, regarder ce qui m’intéresse. Pourtant, à force, je suis très prévisible ! Mais on dit aussi qu’un blog doit avoir une certaine unité, alors je me rassure de cette manière ! Parce qu’au-delà des thèmes récurrents dans mes billets, il y a toujours ce français que je partage avec vous qui l’apprenez à travers le monde, vous qui trouvez probablement ici un petit quelque chose qui vous rend notre langue et notre culture plus désirables.

Qui dit anniversaire, dit gâteau d’anniversaire !
Voici donc la recette d’un gâteau… invisible. J’ai succombé à la dernière mode mais surtout à un joli livre de cuisine, plein de couleurs et de recettes qui m’ont paru tenir la route. (A la longue, on sait dire si une recette devrait être bonne ou pas !) Elles sont toutes basées sur le principe qu’il y a peu de pâte et beaucoup de fruits coupés en fines lamelles – pommes, poires, mangues, etc. – pour donner la texture de ces gâteaux. (Il y a aussi des variantes salées, avec des légumes, tout aussi appétissantes.)

Oui, ce blog est un fourre-tout ! Donc voici la recette écrite pour ceux qui veulent juste faire les gourmands – je pense à mes amies instagram – et également la recette enregistrée et illustrée pour ceux qui veulent aussi « manger » du français.
Bon appétit !


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Ou juste l’enregistrement :
Le gâteau invisible citron myrtilles

Les ingrédients :
800 grammes de pommes coupées en lamelles régulières de 1 mm d’épaisseur
150 g de myrtilles (surgelées quand ce n’est pas la saison)
1 citron non traité
2 œufs
90 g de sucre en poudre
40 g de beurre fondu
120 g de farine
80 ml de lait
20 g + 10 g de sucre roux

La recette :
– Préchauffez le four à 180°C.
– Fouettez les œufs avec le sucre, en mélangeant bien pour que le sucre soit bien fondu.
– Ajoutez le beurre fondu, puis la farine, puis le zeste du citron râpé.
– Délayez avec le lait et le jus de citron. (un demi citron si le citron est vraiment gros)
– Epluchez les pommes, coupez-les en quartiers et faites de fines lamelles de 1 mm d’épaisseur (bien régulières.) On peut utiliser une mandoline ou un couteau qui coupe bien.
– Incorporez les lamelles à la pâte, en faisant attention pour qu’elles restent entières.
– Beurrez un moule et saupoudrez le fond avec 20g de sucre roux. Choisissez un moule juste à la bonne taille pour avoir une certaine épaisseur de pâte. (un moule rond de 24 cm de diamètre par exemple)
– Versez la moitié de la préparation dans le moule.
– Recouvrez avec les myrtilles, puis versez le reste de la pâte dessus, avec précaution pour que les myrtilles ne se mélangent pas avec le reste.
– Saupoudrez avec 10g de sucre roux.
– Faites cuire au four pendant 50 minutes.
– Laissez refroidir avant de démouler. On peut décorer avec des myrtilles et des morceaux de zeste de citron.

Bonne dégustation ! Et si vous ne mangez pas tout le jour même, mettez ce gâteau au réfrigérateur. Il est très bon frais également !

La petite touche de français: le temps des recettes
Les recettes de cuisine, qui sont des instructions, s’écrivent soit à l’infinitif, soit à l’impératif.
– l’infinitif donne un côté plus distant, plus neutre : Verser la pâte dans le moule.
– l’impératif a une tonalité plus directe, plus vivante, comme si quelqu’un était en train de vous guider dans cette recette. On vouvoie le lecteur : Versez la pâte dans le moule.
– Et dans les livres de cuisine pour les enfants – mieux vaut commencer tôt, fille comme garçon ! – on utilise la 2è personne du singulier: Verse la pâte dans le moule.

– Bien sûr, il faut être attentif à ne pas mélanger infinitif et impératif, notamment avec les verbes du 1er groupe, qui se prononcent de la même façon mais prennent soit -er, soit -ez.
– Et on n’oublie pas que les verbes du 1er groupe ne prennent jamais de « s » à la 2è personne du singulier à l’impératif : Verse, mélange, ajoute, fouette, beurre, démoule, laisse refroidir, etc.

Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Lecture silencieuse

J’ai découvert cet album lors d’un voyage en Australie un peu après sa parution là-bas. Regret de ne pas l’avoir rapporté ! Je l’ai donc retrouvé avec bonheur quelque temps plus tard dans une librairie en France, du côté des BD et romans graphiques, sous le titre Là où vont nos pères.
Tout est beau dans cet univers couleur sépia qui touche au fantastique, à la fois étrange et familier, féérique et réaliste, intemporel et actuel.

Là où vont nos pères 1

Vous n’y apprendrez ni l’anglais ni le français car cette histoire racontée par Shaun Tan ne passe pas par des mots écrits, mais par la minutie des détails de ses dessins magnifiques, que chacun habite de ses propres mots et remplit de ses émotions.
C’est une histoire cent fois répétée au cours des âges, par tous ceux qui ont un jour tout quitté pour vivre ailleurs, une histoire de déracinement, de départ, de solitude, qui devient une histoire d’intégration, une histoire de vie, quand là-bas finit par devenir ici. C’est aussi un très bel hommage à son père, arrivé de Malaisie en Australie en 1960.

Pour ne pas oublier d’où nous venons tous, d’où sont venus nos pères. Pour garder en mémoire qu’on naît quelque part par hasard et que le hasard fait plus ou moins bien les choses pour tous les enfants qui viennent au monde.

Là où vont nos pères2

Là où vont nos pères3

Là où vont nos pères4

Là où vont nos pères5

Pour lire une critique (en français) de cet album

Là-bas, là, ici: quelques exemples pour ne pas se tromper.
Là-bas, c’est ce lieu où n’est pas celui qui parle, ou un lieu un peu éloigné.
Il s’est installé en Italie. Il vit là-bas depuis dix ans. Il ne revient pas souvent ici.
– Il part en Australie. Il espère trouver du travail là-bas.
– Tu le vois, le lapin, là-bas, au fond du jardin ?
– Assieds-toi là-bas.

Là: cet adverbe signifie très souvent ici.
Tu peux repasser demain ? Il n’est pas là aujourd’hui. Il sera là demain matin.
Viens là.
– Mets-toi là, à côté de moi.

Je peux pas !

Un jeune homme timide qui n’est pas sûr du tout de son charme et qui n’en croit pas ses yeux – ni ses oreilles – quand une femme fatale irrésistible semble n’avoir d’yeux que pour lui.
Un grand-père indigne à première vue, mais qui dans le fond ne l’est pas du tout.
Une jeune femme qui ne se laisse pas embêter par une voiture capricieuse et qui réussit à se mettre tout le monde – tous les automobilistes – dans la poche au lieu de se les mettre à dos !
Probablement pas très réaliste, tout ça. Quoique…

De l’humour et de la légèreté dans ces pubs pour le tennis qui a connu son heure de gloire mais n’attire plus autant, en France du moins. C’est bien fait, drôle et bien vu. Et bien dit ! Donc parfait pour entendre comment nous parlons tous les jours.

Tennis Femme fatale
La première pub est ici.

Transcription :
– Excusez-moi, ça vous dirait (1) de prendre un café ?
– Je peux pas, j’ai tennis. (2)

Tennis papyCliquez ici pour regarder la deuxième pub.

– Bonjour papa.
– Bonjour papy.
– Je vous attendais pas !
– Bah oui, on voulait te faire la surprise. Hugo veut passer la journée avec toi.
– Je peux pas, j’ai tennis.
– Toi aussi, tu vas aller au tennis ?
– Ah ! Bah dis donc (3), on voit que tu as eu un bon professeur, hein !
– Merci papy.

tennis en panneEt le troisième volet de cette campagne est ici.

– Oh ça va ! (4) Allez, démarre s’il te plaît ! S’il te plaît, s’il te plaît ! (5)
OK bah très bien, tu le prends comme ça ? (6) Parfait, je te laisse !
– Oh oh (7), qu’est-ce que vous faites ?
– Ah ! Bah tenez, garez-la moi. Je reviens dans deux heures.
– Mais revenez ! Vous bloquez toute la rue. Déplacez votre voiture !
– Je peux pas, j’ai tennis !
– Allo ?
– Oui, allo, bonjour. Madame Tessier est là ? C’est parce que j’ai garé sa voiture et je viens lui rendre les clés.
– Oui, mais elle peut pas vous répondre. Elle a tennis.

Des explications :
1. ça vous dirait de… ? : C’est la manière très courante de proposer quelque chose à quelqu’un. On peut utiliser le conditionnel présent comme ici. On peut aussi employer le présent de l’indicatif. Par exemple : Ça te dit / dirait de venir avec nous au ciné ce soir ? / J’ai fait un gâteau au chocolat pour le dîner. Ça te dit ? On peut répondre juste : Oui. Ou alors : Oui, ça me dit / dirait bien ! En général, on pose cette question directement à quelqu’un. Mais on peut aussi l’employer avec d’autres pronoms : Tu crois que ça lui / leur dirait ?
2. J’ai tennis : on n’emploie jamais d’article devant le nom tennis dans cette phrase qui sert à indiquer quelle activité on va faire, sport ou autre, à condition que ce soit une activité organisée : J’ai entraînement de foot. / J’ai dessin toutes les semaines. / J’ai chorale demain. / Je te laisse, j’ai piscine, là. On l’emploie aussi à propos des cours qu’on a si on est étudiant ou élève: J’ai anglais le lundi matin. / Quand est-ce que tu as maths ? En revanche, on dit: Je fais du tennis. / Il fait de la natation.
3. Bah dis donc : la plupart du temps, on ne prononce pas le « c » à la fin de donc dans cette exclamation, contrairement à ce qu’on fait quand on l’emploie dans son sens de conséquence : Il faisait froid. Donc j’ai mis un pull. (Le « c » est prononcé.) Cette exclamation exprime en général la surprise, l’incrédulité: Bah dis donc, c’est incroyable, ça ! / Eh bah dis donc ! J’en reviens pas ! / Eh bah dis donc ! Tu aurais imaginé un truc pareil ?Bah dis donc

4. Ça va ! : cette exclamation très courante exprime l’agacement, l’énervement, en réponse à quelqu’un qui fait ou dit quelque chose qui nous contrarie. Le ton est important, pour faire la différence avec son emploi dans d’autres situations, comme par exemple : Comment tu vas ? Ça va, merci.
ça va

5. S’il te plaît : un bel exemple de la façon dont on peut contracter ces mots à l’oral, dans certaines régions notamment. Cela devient quelque chose comme : « Steuplaît ». On trouve parfois cette façon de l’écrire – qui n’existe pas bien sûr – dans les commentaires sur les réseaux sociaux, pour donner un côté plus oral et plus vivant à des commentaires écrits.
6. Tu le prends comme ça ? : on répond ça à quelqu’un qui a une réaction plutôt hostile à laquelle on ne s’attendait pas. On peut dire aussi : Franchement, je comprends pas pourquoi tu le prends comme ça. / Mais pourquoi tu le prends comme ça ? Tu n’as pas compris ce que je voulais dire. / Ne le prends pas comme ça !
7. Oh oh ! : c’est comme ça qu’on peut appeler quelqu’un si cette personne n’est pas juste à côté de nous. Par exemple : Oh oh, il y a quelqu’un ? / Oh oh, tu peux venir m’aider ? On peut aussi interpeller comme ça quelqu’un qui ne nous écoute pas, pour attirer son attention : Oh oh, tu m’écoutes ? L’intonation est toujours la même.
Oh oh

Des expressions:
je n’en crois pas mes yeux: je suis totalement surprise. Dans sa version plus familière et orale, on dit: Je (ne) le crois pas !
Je n’en crois pas mes oreilles: c’est la même chose mais par rapport à quelque chose qu’on entend, donc ce que quelqu’un dit.
Il n’a d’yeux que pour elle : il est complètement sous son charme, complètement amoureux d’elle. Il ne remarque personne d’autre.
se mettre quelqu’un dans la poche: faire en sorte que cette personne nous soit totalement favorable, alors que ce n’était pas du tout évident. Par exemple: Avec sa gentillesse, il s’est mis tout le monde / tous ses collègues dans la poche.
se mettre quelqu’un à dos: c’est le contraire de l’expression précédente. Cela signifie qu’on fait ou dit quelque chose qui provoque l’hostilité des autres. Par exemple : Par son comportement grossier, cette étudiante s’est mis tout le monde à dos. (« mis » est invariable.) / Tu vas te mettre tout le monde à dos si tu continues comme ça. / Il a réussi à se mettre tous ses copains à dos ! / Elle accepte ça parce qu’elle ne veut pas se mettre toute sa famille à dos.

Boisson fraîche

Les citrons
Il fait chaud.
Besoin de se rafraîchir et de se désaltérer.
Besoin de ne rien faire du tout.
Donc piscine, boissons fraîches et paresse au programme.

Voici une pub très estivale et très courte mais qui nous dit des choses sur le français et sur la France !

Cette publicité est ici.

Transcription
– Hum ! Super bonne, ta citronnade ! (1)
– Merci ! C’est moi qui l’ai pas faite. (2)
– Ah bon ? Et tu l’as pas faite comment ?
– Bah j’ai pas pressé de citrons, j’ai pas mis l’eau de source (3) et j’ai pas mis le sucre (4) non plus.
– Non mais tu as dû te lever hyper pas tôt ! (5)
– T’inquiète. (6)

Les citrons déjà pressés pour vous, de l’eau de source et une pointe de sucre (7). Pulco citronnade, la paresse a du bon. (8)

Juste le son:
La citronnade

Des explications :
1. de la citronnade : ce terme a un petit côté ancien. Avant toutes les boissons disponibles aujourd’hui, il y avait de la citronnade et de l’orangeade, mélanges de jus de citron ou d’orange avec de l’eau et du sucre.
2. C’est moi qui l’ai… : normalement, on dit : C’est moi qui l’ai faite. C’est ce à quoi tout le monde s’attend. De plus, comme c’est une phrase orale, il n’y a pas « ne » de la négation. Mais tout d’un coup, on entend la forme négative, ce qui nous fait sourire, d’autant plus qu’elle n’est pas vraiment correcte. (On dit normalement: Ce n’est pas moi qui l’ai faite.) Et on comprend sur quoi est basée cette publicité, tout entière à la forme négative de façon inattendue.
3. J’ai pas mis l’eau de source : la première chose, c’est qu’ils insistent sur le fait que c’est de l’eau très naturelle, pour donner un côté très sain à cette boisson industrielle. La deuxième chose, c’est qu’ils utilisent l’article « l’ », au lieu de dire : j’ai pas mis d’eau de source. Cela donne l’impression qu’il est évident que la boisson est à base d’eau de source. C’est comme si tout le monde connaissait la recette.
4. Le sucre : même remarque que précédemment. (le sucre au lieu de dire : j’ai pas mis de sucre)
5. hyper pas tôt : normalement, on n’emploie jamais hyper avec une forme négative.
6. T’inquiète ! : cette phrase, très orale, est fréquente. Normalement bien sûr, on dit : Ne t’inquiète pas (forme normale) / T’inquiète pas (familier). Mais depuis quelques années, on entend souvent la forme sans la négation, avec la même signification. Donc ce qui est bien fait dans ce dialogue, c’est qu’il y a des négations là où il n’en faut pas habituellement et inversement, elles ont disparu là où il en faudrait!
7. Une pointe de sucre : cette expression permet de donner l’impression qu’il y a très peu de sucre ajouté dans cette boisson, encore une fois pour donner l’idée que cette boisson est saine et comme ce qu’on ferait soi-même, bien qu’elle soit industrielle.
8. La paresse a du bon : Quand on dit de quelque chose que ça a du bon, c’est que c’est positif, que cela a un effet bénéfique. De plus, ici, il y a un jeu sur les mots puisqu’il s’agit d’une boisson, qui est bonne.

Petite remarque sur la conjugaison: il y a des Français qui accordent mal le verbe quand la phrase commence par C’est moi qui… On entend la faute: **C’est moi qui a… Bien sûr, on accorde à la première personne du singulier:
C’est moi qui suis paresseuse. / C’est moi qui irai faire les courses / C’est moi qui voulais arrêter. / C’est moi qui ai soif.
Et à la forme négative: Ce n’est pas moi qui ai fait ça. / Ce n’est pas moi qui dirai le contraire.

Eloge de la paresse, avec l’été et les vacances qui approchent, mais aussi préoccupation pour la santé – et la ligne.(Toutes les publicités pour de la nourriture ou des boissons doivent comporter le message du Ministère de la Santé sur le fait de manger 5 fruits et légumes par jour et sur la nécessité de bouger.)

Vous me tutoyez, là, monsieur ?

Au cinéUn billet inspiré par un film sorti depuis peu et que, comme d’habitude, je n’ai pas vu. Une comédie dramatique à la française, comme on dit, adaptée du roman de David Foenkinos, Les Souvenirs.

Au hasard d’émissions à la télé, j’ai vu plusieurs scènes à propos desquelles je m’étais dit que j’en parlerais ici.

Voici l’une d’elle en cliquant ici.

Transcription :
– C’est ta grand-mère !
– Bah qu’est-ce qui se passe ?
– Elle a disparu.
– Comment c’est possible qu’elle soit partie comme ça ? Vous les surveillez pas ?
– Mais c’est pas une prison ici, monsieur.
– Non mais attendez, hein, pas…
– Alors effectivement, on a reçu un appel de la maison de retraite, mais bon, c’est pas la première fois, hein ! C’est une vraie passoire (1) là-bas.
– Mais du coup, enfin concrètement, vous pouvez faire quoi ?
– Ah concrètement, rien !
– On peut pas lancer un avis de recherche ? A la télé, ils passent leur temps avec leur « Alerte- Enlèvement » (2). On peut pas faire pareil ?
– Vous voulez qu’on lance l’ Alerte-Enlèvement pour votre mère ? Première question : est-ce que votre mère est majeure ? (3)
– Tu t’énerves pas, hein.
– Ah bah je m’énerve pas. Je ne m’énerve pas du tout, non, non, non !
– Je fais simplement mon travail, hein. On voit de tout (4), nous, ici.
– Et une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ? Hein vraiment ?
– Non mais vous me tutoyez, là, monsieur ?
– Oui, je vous tutoie ! Laisse-moi, toi ! Tout va bien, tout va bien. Tout va bien !

Quelques détails :
1. c’est une passoire : on utilise cette image à propos de lieux où on peut entrer et sortir sans difficulté.
2. Une Alerte-Enlèvement : c’est le dispositif mis en place depuis peu en France, sur le modèle des Etats-Unis, pour lancer l’alerte très vite et à grande échelle si un enfant ou un ado est enlevé.
3. Être majeur : on est majeur à partir de l’âge de 18 ans. Les alertes-enlèvement sont lancées seulement pour les mineurs.
4. On voit de tout : cette petite phrase indique que tout est possible, même les situations les plus inattendues. (familier)

Le tutoiement abolit la distance. Avec des effets opposés:
– il rapproche des autres, il met sur un pied d’égalité. Le Tu de la collaboration, ou du partage, ou de l’amitié, ou de l’amour.
– il permet de les dominer, de les insulter, de les humilier. Le Tu de l’impolitesse, ou du manque de respect, ou de l’agression verbale. Passer à Tu, c’est transgresser dans ces cas-là les règles de la sociabilité.

Dans cette scène, Michel Blanc s’inquiète, s’énerve et tutoie le commissaire : Une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ?
Mais on ne peut pas tutoyer un commissaire, ça peut avoir des conséquences : Vous me tutoyez, là, monsieur?
Et une fois son angoisse exprimée, il reprend le chemin de la politesse : Oui, je vous tutoie, dit-il… en vouvoyant le policier!
Fin du dérapage, retour au calme.

Mes codes : personnels mais bien sûr inséparables de mon milieu et de mon époque, avec l’idée qu’à mon âge, si on me tutoie, je tutoie aussi. (en version orale ou écrite, selon vos préférences)

Tu ou Vous, Catalogue personnel

– Je dis Vous à mes étudiants. Ce n’est pas le cas de tous mes collègues. Dans ce cas, le vouvoiement m’est très naturel, comme il l’est de la part des étudiants.
– Je tutoie tous mes collègues, parce que nous travaillons ensemble tous les jours. (Et à Marseille, on fait aussi la bise à ses collègues pour se dire bonjour.)
– Les jeunes collègues ont tendance à commencer par vouvoyer ceux qui sont plus âgés qu’eux et attendent le feu vert de leurs aînés pour les tutoyer. Je fais maintenant partie de ceux qui peuvent donner le feu vert. (ce qui a ses avantages et ses inconvénients.)
– Je dis Tu dans les commentaires que je laisse sur Instagram. Parfois en me disant que c’est un peu familier au tout début. Mais dans le fond, je suis surprise par ceux qui y vouvoient les autres.
– Je ne sais pas toujours quoi faire en répondant aux commentaires sur ce blog. Il me manque les repères d’âge, de « style », tout ce qu’on décrypte quand on voit les gens en chair et en os. J’ai tendance à dire Tu rapidement (ou immédiatement), sans doute pour gommer un peu la distance inhérente à ces échanges par blog interposé. Mais je fais souvent une remarque sur ce passage au tutoiement, comme pour m’excuser de cette familiarité trop précoce.
– Nous avons rencontré ce problème hier avec mes trois jeunes filles qui travaillent sur France Bienvenue cette année: pour répondre à une question posée par un visiteur, l’une n’envisageait pas de répondre en le tutoyant, la deuxième trouvait bizarre de le vouvoyer et la troisième n’arrivait pas à décider. Nous avons tranché en contournant le problème, dans une réponse où n’apparaissent ni Tu ni Vous ! (Mais c’est en général difficile de faire ce tour de passe-passe.)
– Il y a quelques personnes de mon entourage à qui je continue à dire Vous, même si nous sommes devenus plus proches au fil du temps. C’est difficile de changer des habitudes de longue date et ça ne gêne pas ces relations. C’est comme ça !
– Je dis Tu dans ma voiture à ceux qui conduisent comme des sauvages (d’après mes critères). Ce tutoiement va de pair avec des termes que je n’emploie pas habituellement. (Oui, des gros mots). Mais je suis dans ma voiture. Le Tu qui défoule.
– Si quelqu’un se permet de mal me parler et de me tutoyer d’une façon qui ne me plaît pas, je ne riposte pas en le tutoyant à mon tour. Du moins j’essaie. Tutoyer dans ce cas, c’est perdre son calme. Vouvoyer permet en quelque sorte de garder le contrôle, de maintenir la distance et d’éviter l’escalade. En général, c’est mieux d’éviter l’escalade.
– Mais ça peut avoir l’effet contraire et énerver encore plus celui qui vous énerve. Je repasse au Tu. Traduisez: je perds mon calme.

Donc deux petits mots et toute une palette de nuances…
D’un côté, comment ne pas penser aux Paroles de Jacques Prévert adressées à Barbara dans son poème :
Ne m’en veux pas si je te tutoie.
Je dis tu à tous ceux que j’aime.

Mais de l’autre, et sans poésie aucune, c’est plutôt :
Je dis tu à tous ceux qui m’agacent et que je n’aime pas !

Pour terminer, voici la bande annonce du film.
Les dialogues sont parfaits pour leur côté oral. Même s’ils sont légèrement surjoués et un peu trop « écrits », il y a ce débit de parole qui fait progresser quand on apprend le français. Et on entrevoit les falaises d’Etretat.

Bande annonce

La bande annonce est ici.

Transcription:
– Surprise !
(Chanson : Que reste-t-il de nos amours?)
– Et merci !
– Surprise !

– Bah tu manges pas ?
– Ils font des menus que pour les vieux.
– Tu as l’air en forme, toi ! Ça fait plaisir !

– C’est ta grand-mère !
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Elle a disparu.
– Comment c’est possible qu’elle soit partie comme ça ? Vous les surveillez pas ?
– Mais c’est pas une prison ici, monsieur.
– Non mais attendez, hein, pas…
– C’est déjà arrivé quelquefois mais enfin bon, c’est rare.
– C’est pas la première fois, hein, c’est une vraie passoire là-bas !
– On peut pas lancer un avis de recherche ? A la télé, ils passent leur temps avec leur « Alerte- enlèvement ». On peut pas faire pareil ?
– Euh… Première question : est-ce que votre mère est majeure ?
– Tu t’énerves pas, hein.
– On voit de tout, nous, ici.
– Une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ?

– Putain, j’ai reçu une carte postale de ma grand-mère !
– Ah ouais ? Faut que tu y ailles, faut que tu mènes l’enquête.

– Excusez-moi.
– Vous voulez vous suicider ?
– Euh… non.
– Parce qu’on a quand même le meilleur spot pour ça ici, hein. Alors écoutez, moi je veux pas m’immiscer dans votre vie privée (1), mais moi, en tant que professionnelle, je suis obligée de vous prévenir. Donc on longe la falaise comme ça, tac (2). On arrive ici, on saute, hein, on est venu pour ça. Sauf que en cas de vent, retour en arrière…
– Je compte pas (3) me suicider en fait. Je suis quelqu’un qui aime la vie et je…
– Ah bah il faudrait le dire à votre visage parce que là, on peut pas deviner, hein !

– J’en peux plus (4) qu’on décide tout pour moi. Tu comprends ?
– Elle a du caractère (5), ta mère. C’est bien le genre à (6) partir comme ça.
– Allez, à ta grand-mère !

Quelques détails :
1. s’immiscer dans la vie privée de quelqu’un : intervenir dans la vie de quelqu’un sans en avoir vraiment le droit.
2. Tac : c’est juste une onomatopée.
3. Je ne compte pas (faire quelque chose) : je n’ai pas l’intention de… On utilise souvent la question : Qu’est-ce que tu comptes faire ?
4. J’en peux plus : j’en ai assez, je ne supporte plus cette situation.
5. Avoir du caractère : avoir une forte personnalité.
6. C’est bien le genre à (faire quelque chose) : cela correspond bien à sa personnalité, ce n’est pas surprenant de sa part.

Tu et vous, ailleurs sur ce blog et sur France Bienvenue :
Tutoyer ou pas ?
Seule avec deux enfants
En rose et bleu
On se tutoie ou on se vouvoie ?

Et n’oubliez pas de lire les commentaires. Merci à Sabine et à Anne pour leurs éclairages !

Perdus

Mont beuvray2
Mont Beuvray1
Mont Beuvray3

On peut se perdre dans la forêt !
(Petit billet inspiré par les commentaires d’Anne et Rick).

Une chose est sûre, c’est que si cela m’arrive (en compagnie de quelqu’un obligatoirement), je dirai spontanément: Je crois que là, on est perdus.
Dans l’incertitude du moment, jamais ne me viendra à l’esprit: Nous sommes perdus. Peut-être parce que je ne parle pas assez bien et qu’en disant « Nous », j’aurais vraiment l’impression de m’écouter parler. Et pourquoi surveillerais-je mon langage, perdue en pleine forêt et peut-être un peu contrariée, ou irritée ? Ou alors, ce serait précisément pour bien souligner le côté « dramatique » de la situation, ou pour ironiser, et je ne le dirais pas du tout sur le même ton que toutes mes autres phrases avec On:

Si tu veux mon avis, là, je pense que nous sommes perdus.

Tu crois pas qu’on est perdus ?
J’ai l’impression qu’on est perdus, là !
Tu es sûr qu’on n’est pas perdus ?

Pour écouter ces phrases: On est perdus

Donc oralement, On nous vient de plus en plus naturellement à la place de Nous, c’est un fait. Quand j’entends quelqu’un utiliser Nous, je le remarque immédiatement et je me dis en quelque sorte inconsciemment qu’il parle parfaitement parce que c’est comme ça dans son milieu ou parce qu’il surveille son langage. Ou alors, je me dis que c’est un étranger !
Encore quelques années et On employé à la place de nous ne nous semblera sans doute plus familier mais normal.

Et nous nous habituons voir le participe passé accordé au pluriel puisque même nos grammaires se sont adaptées et approuvent cet usage.

Pour le moment, je pense que je contourne le problème quand c’est possible: si je dois écrire, je continue à utiliser Nous, pour éviter d’avoir à faire cet accord qui paraît bizarre quand il est écrit noir sur blanc, imprimé, affiché comme dans cette publicité qui a attiré mon regard pour cette raison.
Mais je peux de moins en moins esquiver le problème puisque ce blog et son grand frère France Bienvenue sont nés de cette idée de transcrire des conversations dont je recherche avant tout le côté oral ! Alors, personnellement, je crois que je m’habitue à taper des S partout ! (Je vais d’ailleurs prêter davantage attention à ce que font les romanciers d’aujourd’hui.)

Pour finir, j’ai enregistré ce qui précède, mais pas exactement. Comme j’ai d’abord pensé cet article à l’écrit et pas comme un enregistrement, il y a de petites différences de style parce que je ne l’ai finalement pas lu à voix haute mais « reformulé » spontanément comme si je vous parlais. Alors, il y a des Bah, des Voilà, des négations imparfaites qui traînent !

Perdus Version orale

Et pour conclure vraiment, tout ça, c’était juste pour vous emmener vous perdre dans cette très belle forêt !

Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

Si vous avez le temps

Des chaînes de télévision et les radios ont compris que nous aimons avoir le choix du moment où nous regardons un film ou écoutons une émission. Cela permet aussi de se rattraper quand on a raté quelque chose !
C’est le cas avec ARTE+7. Le seul ennui, c’est que tout cela n’est pas toujours accessible si on ne vit pas en France. Mais je viens de me rendre compte qu’on peut aussi regarder leurs programmes sur YouTube. Je me dis donc que cela permet peut-être à plus de monde d’y avoir accès, de n’importe où. Vous qui vivez ailleurs, dites-moi si c’est bien le cas !

Alors vite, vite ! Il vous reste trois ou quatre jours pour aller regarder cette belle émission sur François Truffaut, où s’entrecroisent les voix de ceux qui ont travaillé et vécu avec lui. Certaines plus émouvantes et profondes que d’autres. Mais surtout l’entendre encore parler de ses films, le regarder fabriquer ses histoires, et revoir encore et encore des fragments des 400 coups, de La sirène du Mississippi, de La Nuit américaine, de L’enfant sauvage, de l’Histoire d’Adèle H, du Dernier Métro, de La Femme d’à côté. Et apercevoir ses carnets, ses notes foisonnantes, ses livres annotés, ses scénarios.

truffautA regarder ici.

Voici un petit écho sonore de quelques passages que j’ai aimés :
F.Truffaut

Transcription :
– Tu vas rentrer dans ta chambre, hein. Tu vas relire le scénario, tu vas travailler un petit peu et tu vas essayer de dormir. Demain, c’est le travail. Et le travail est plus important. Ne fais pas l’idiot, Alphonse. Tu es un très bon acteur, le travail marche bien. Je sais, il y a la vie privée. Mais la vie privée, elle est boiteuse (1) pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films. Il n’y a pas de temps morts (2). Les films avancent comme des trains. Tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est faits pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma. Salut Alphonse, je compte sur toi.

– Entre 1945, 1950, j’ai dû passer (3) de… de 50 films par an à 100, puis à 150, puis à 200. Il y a eu une idée, si vous voulez, de battre des records. Il y a eu un désir, à un moment, de voir deux, trois films par jour, avec toujours cette idée de revoir les films plusieurs fois.
– On voyait des films par exemple en fermant les yeux, pour les dialogues. Ou une autre fois, on n’entendait rien, on regardait que l’image ou on comptait les plans. Alors notre truc (4), c’était : Dis-moi le troisième plan de la Grande Illusion, ou Quel est le dernier plan de tel film. Ou on parlait en dialogues de film.
– Quel est votre plus beau souvenir avec François Truffaut ?
– Les nuits qu’on passait à voler des photos de films dans les vitrines de cinéma, entre minuit et cinq heures du matin.

– Et puis tous les deux, nous avons le goût du secret ancré dans nos gènes, je dirais presque. Et ça, c’est une chose qui nous a beaucoup rapprochés.
– Catherine, il y a un élément très important de rêverie et de vie secrète. Quel que soit le rôle qu’on lui donne, on a l’impression qu’il y a le rôle qui est sur l’écran et qu’il y a d’autres pensées qui ne sont pas exprimées, voyez, on le pense toujours, ça, et on ne le pensera pas d’une autre actrice qui aura l’air de dire tout ce que… tout qu’elle pense, tout ce qui lui passe par la tête. Elle, c’est pas ça. C’est une actrice de… Oui, je ne sais pas comment dire autrement… de rêverie, de personnalité double.

Ce que nous faisons est plus important que nous-même, ça, c’est une question qui est… qui ne fait pas l’unanimité (5), parce que quelqu’un comme Sartre dit toujours que ce que nous sommes est plus important que ce que nous faisons. Mais quand même, c’est ce que nous faisons qui reste, et si nous donnons plus d’importance à ce que nous faisons, ou à notre travail qu’à nous-même, eh bien, à ce moment-là, évidemment, on fabrique des objets ou on fait quelque chose qui a… qui peut lutter, qui peut… qui peut résister, qui peut éventuellement (6) résister. Ça résiste un moment, ça ne résiste pas longtemps, ça ne résiste pas définitivement (7). Mais ça résiste, ça résiste plus que nous-mêmes.

Quelques détails :
1. boiteuse : au sens figuré, cela signifie que la vie n’est pas parfaite, qu’il y a toujours des choses qui ne vont pas.
2. Un temps mort : une période sans intérêt, où il ne se passe rien de passionnant.
3. J’ai dû passer… : il estime qu’il est passé de 50 films à 100, etc.
4. notre truc : notre passion, ce qui nous plaisait vraiment. (familier)
5. ne pas faire l’unanimité : ne pas être accepté par tous. On utilise cette expression lorsqu’il y a des avis divergents. On l’emploie à propos d’un choix, d’une décision, d’une idée, d’une loi, etc, mais aussi parfois à propos de quelqu’un qui a été choisi pour faire quelque chose de particulier.
6. Éventuellement : peut-être, c’est une possibilité.

Et une petite remarque de français pour terminer :
7. Définitivement : pour toujours. C’est le contraire de temporairement, provisoirement.
Mais on entend de plus en plus de Français utiliser ce mot dans le sens anglais de « C’est sûr », alors que ce sens n’existe pas en français. Cela vient sans doute de mauvaises traductions, notamment dans les séries américaines, du mot « definitely ». Ça me fait toujours bizarre quand j’entends ça !

Ces mots qui s’installent

GourmandisesLa plupart du temps, on ne remarque pas particulièrement les mots en tant que mots. Mais régulièrement, certains semblent arriver de nulle part et on a l’impression de les entendre au détour de toutes les phrases.

C’est le cas pour juste, un petit mot bien ordinaire mais qui s’invite maintenant si souvent autour de nous: C’est juste extraordinaire, c’est juste pas possible, c’est juste énorme, il est juste incroyable, c’est juste délicieux, etc… Dans ce type d’expressions apparues récemment, en combinaison avec des adjectifs, il accompagne d’autres mots qui parlent de nos émotions, de ce que nous ressentons, comme pour mieux les souligner. En fait, il n’apporte rien de plus à ces expressions déjà parlantes en elles-mêmes. Alors, je le trouve juste agaçant !

Ces derniers temps, c’est un autre mot que j’ai l’impression d’entendre à tout bout de champ. Un mot pas très sympathique au premier abord, puisqu’il s’agit du mot tuerie. Mais rien à voir avec l’actualité sanglante du monde. Macarons (à la mode eux aussi), gâteaux subtils aux chocolats (pas un chocolat, mais plusieurs), douceurs raffinées dans nos assiettes à dessert, tout cela provoque l’exclamation : C’est une tuerie ! Ou simplement : Une tuerie !

C’est vrai que dans des versions antérieures, on entendait (et on entend toujours) le très similaire: C’est mortel! Personnellement, dire C’est une tuerie me paraît « juste » impossible ! De même que je n’ai jamais eu envie de dire : c’est mortel. J’en suis restée à des banalités moins évocatrices : c’est un régal, c’est délicieux, c’est un délice et, sans beaucoup d’imagination mais avec le ton et les yeux qui vont avec : C’est bon, c’est vraiment bon ou plus familièrement, c’est super bon. Il y a des expressions que je n’arriverai pas à adopter car j’ai du mal à oublier leur sens premier. Certains mots ont une force et un poids particuliers. Alors les associer à des macarons…

En réponse à Ligia qui se posait à juste titre des questions sur : C’est mortel, bizarrement, cet adjectif peut signifier, au sens figuré, une chose et son contraire, dans la langue familière:
C’est mortel / Ce film est mortel:
– c’est ce qu’on dit lorsqu’on s’ennuie profondément dans une situation.
– c’est aussi ce qu’on dit quand on trouve que c’est génial, fabuleux.
On peut donc mourir d’ennui ou de plaisir !

La pause

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Dans la chaleur de l’après-midi, ce n’était pas une pause café mais une pause melon !
Melons du jardin. Mûrs et juteux à point.
Les délices de l’été.

Une pause, pas une pose comme je l’ai vu écrit l’autre jour. La prononciation est la même mais l’orthographe évoque instantanément deux choses bien différentes. Nous avons de nombreux homonymes en français.
J’ai remarqué qu’une des fautes classiques en ce moment, c’est la confusion entre une balade et une ballade. On lit sans cesse ballade, qui désigne une chanson ou un petit poème, à la place de balade qui est une promenade. Faire une balade ou une ballade, prendre une pause ou une pose, ça n’a rien à voir !

S’envoler

PiloterQuand mes fils étaient enfants et que nous allions dans la famille, une des attractions était d’aller regarder les quelques trains qui passaient en contrebas d’un petit chemin tout proche. Ils connaissaient les horaires du train du début de soirée et il était hors de question de rater son passage. Et imaginez: il y avait même des jours où le conducteur, en les apercevant sur le talus, les klaxonnait ! Récompense suprême !

C’est ce à quoi j’ai pensé en écoutant ces trois personnes à la radio: même passion qui fait revenir au même endroit jour après jour. Pas pour des trains qui passent mais pour des avions qui atterrissent ou décollent. Pas dans un petit coin perdu donc mais dans le bruit à proximité de l’aéroport d’Orly. Et pas seulement dans l’enfance ! Mais c’est la même admiration fascinée.

Rêver de voler

Transcription :
– C’est des rêves. Quand on est petit, on rêve, on rêve beaucoup, hein. Regardez, il y en a un qui arrive. Luca ! Regarde ! Luca, regarde !
– Un avion ?
– Mais oui, regarde les lumières. Ouah, c’est beau ! J’aurais été homme, j’aurais été peut-être pilote d’avion.
– Vous savez qu’il y a des femmes pilotes.
– Si (1), je le sais. Comme j’étais une fille, on n’avait pas le droit de toucher les avions, hein ! Avant, c’était pas comme maintenant. Les parents, ils sont très conservateurs, donc les filles, c’est les poupées et les garçons, c’est leurs jeux. Eh bah nous, on faisait que regarder (2). On regardait les garçons jouer et on disait « Mais je veux. » Mais tu peux pas. C’est pour les garçons. Et c’est quelque chose… Je pense que plus on nous interdit quelque chose, plus on est attiré.
– Donc c’est votre part d’émancipation d’aimer les avions.
– Peut-être. Peut-être, parce que le jour que (3) je suis partie de chez moi, j’avais 25 ans, de chez mes parents, et c’était pour venir en France prendre l’avion. Donc à chaque fois, c’est un peu de liberté. C’est faire ou aller là où peut-être on est… on sera pas suivie tout de suite. Donc c’est quand même quelque chose. Je suis attachée à tout ce qui est la liberté. Je pense le cheval, il est libre parce qu’il est grand et il court, il est beau, il est fort. Je pense la même chose des avions. C’est… c’est une force. Une force matérielle, mais c’est une force aussi.
– Qu’est-ce que tu veux, Luca ? Regarde !
– C’est un gros, celui-là. Oui, c’est un 747. C’est le plus gros quadri-réacteur qui se pose ici parce que le… l’A380 se pose que à Roissy.
– Vous connaissez un peu les horaires des vols, carrément ?
– Par cœur ! Oh oui. Il y en a encore un beau qui arrive. Oui, alors, tous ceux qui se dirigent vers les îles (4), vers l’ouest, notamment Guadeloupe et tout, ils partent en début d’après-midi. Ça leur fait… ça les fait arriver l’après-midi là-bas. Celui-là, je le connais pas, je sais pas ce que c’est, avec des ailes hautes. On dirait un truc russe, genre Antonov. Ah ouais, c’est … c’est bizarre, celui-là ! Je crois que c’est la première fois que je le vois ici, hein. On arrive à voir des avions nouveaux de temps en temps, hein.
– Vous avez raison, c’est écrit en russe dessus.
– Ce matin, on a été vernis (5), hein ! On peut dire le mot. Vraiment magnifique ! Moi, j’ai travaillé sur les moteurs toute ma vie, sur les moteurs d’avion, alors c’était presque un rêve pour moi d’arriver là. Et bon, c’était un régal (6), je vous dis, de travailler là-desssus. Enfin déjà d’avoir terminé tous ces moteurs, vraiment génial (7) ! Ah oui !
– Et vous venez ici par nostalgie de tout ça ?
– Oh oui. Il y a une part de notre travail qui vole encore. Un autre qui arrive, là. Ça doit être un petit Airbus.
– Bonjour monsieur.
– Bonjour.
– Je peux vous demander pourquoi vous venez ici ?
– Parce que je travaille dans l’aérien, que j’adore les avions. Donc je viens regarder les avions qui se posent, à défaut de (8) pouvoir piloter, bah je regarde les avions qui viennent se poser ou décoller.
– Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
– J’étais personnel navigant (9) pendant 18 ans et puis j’ai perdu ma licence de vol. J’ai fait de l’absence épileptique, quelque chose que j’avais jamais fait jusqu’à 40 ans. Et à 40 ans, ça s’est déclaré (10) comme ça. Donc… et faisant de l’absence, je peux pas me permettre de voler. Donc je travaille dans la même compagnie mais je travaille au sol. Donc j’ai toujours eu la passion des avions et puis, à défaut de pouvoir encore voler, bah je regarde les avions se poser ou décoller. J’ai très mal réagi (11). J’étais pas loin de la dépression, hein, parce que vraiment, moi quand j’étais gosse (12), déjà je voulais absolument faire ce métier. Et bah oui, on fait en sorte de s’en sortir (13), quoi. C’est… C’est plus pareil. Je dis pas que j’ai pas de temps en temps, bah comme quand je viens voir des avions… Les avions, j’en suis amoureux, quoi, c’est… c’est une folie. Ça m’a énormément plu. Voilà.

Quelques détails :
1. Si, je le sais : elle devrait dire « Oui, je (le) sais ». (Elle est vénézuelienne, installée en France, d’où quelques petites erreurs de temps en temps.)
2. on faisait que… : On se contentait de (regarder). (style oral)
3. le jour que je suis partie : il faut dire « le jour où je suis partie »
4. les îles : pour beaucoup de Français, cela désigne les départements d’outre-mer. (aux Antilles : la Guadeloupe comme il le dit, la Martinique)
5. être verni : avoir de la chance (familier.) On entend moins ce mot qu’avant.
6. C’est un régal : c’est un grand plaisir. Aujourd’hui, pour exprimer la même idée, c’est la mode de dire : « C’est que du bonheur. »
7. génial : super (familier)
8. à défaut de : faute de = puisque je ne peux pas (faire telle ou telle chose)
9. le personnel navigant : ce sont les employés des compagnies aériennes qui travaillent à bord des avions, par opposition au personnel au sol.
10. Se déclarer : à propos d’une maladie, cela signifie qu’elle commence.
11. J’ai très mal réagi : ça a été très difficile à accepter.
12. Quand j’étais gosse = quand j’étais enfant (plus familier)
13. s’en sortir : trouver une solution, ne pas sombrer dans les problèmes.

A la radio, c’est ici, un peu avant la fin de l’émission, vers 42’55.

Un peu de vocabulaire pour parler de ses passions:
Il est passionné d’aviation. / Je suis passionné d’aviation.
– C’est un passionné d’aviation.
– Il a la passion des avions. / J’ai la passion des avions.

Parfois, on entend : il est fana d’aviation. Mais c’est familier et pas très employé aujourd’hui. En tout cas, on ne peut pas dire ça dans un examen oral de français comme je l’ai lu l’autre jour. Ce n’est pas le bon niveau de langue. Toujours un peu compliqué à sentir quand ce n’est pas sa langue maternelle mais tout n’est pas interchangeable.

Ce billet est aussi un petit clin d’œil à Kelli et à sa passion du français, de l’écriture et des avions. Comme le dit le journaliste, il y a des femmes pilotes, n’est-ce pas Kelli !
Son blog est ici, en anglais et en français.

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