Archive | Ecouter RSS for this section

2017

serenite

Je vous ai quelque peu abandonnés. Et pourtant, ce blog continue d’être visité, avec même davantage de lecteurs ! C’est que les nouveaux visiteurs doivent trouver leur bonheur dans les articles plus anciens et s’ils les parcourent de façon méthodique, comme Jianjing, c’est vrai qu’ils ont de quoi lire et écouter.

Mais je n’aime pas avoir délaissé mes fidèles, qui se reconnaîtront et qui savent comme j’apprécie leur présence. Alors, je me remets au travail ! Dans l’état d’esprit suivant:
– Ne pas se poser de questions sur l’utilité d’écrire ce blog.
– Ne pas attendre d’écrire des billets parfaits et donc repousser, repousser… et se taire, alors que j’ai plein de choses à partager avec vous !
– Se dire que dans ce monde troublé, agressif, qui fait souvent douter des hommes, après tout, toute contribution pour partager, montrer, apprendre, donner envie, donner à réfléchir, faire sourire, faire aimer les belles choses, toute contribution, si petite et modeste soit-elle, a sa valeur.

Alors, je vous souhaite une bonne année, pleine de ce français que vous aimez !
Et pour cet article de retour, je vous laisse en compagnie d’un jeune Indien parti de son pays pour construire sa vie en France. Il parle bien, un français parfait et des idées qui réchauffent. C’est un gars bien ! Une belle interview sur France Inter.

Francais d’origine indienne

Transcription:
– Dites, qu’est-ce qui vous a amené en France ?
– Alors moi, je suis venu en 2004 pour des raisons économiques avec mes parents. Je voulais étudier et j’ai pas eu beaucoup de moyens (1) pour étudier en Inde. Et donc on a émigré en France.
– Il fallait les moyens d’émigrer déjà (2). Ça coûte cher de voyager comme ça, non ?
– Oui, ça coûte cher mais j’avais l’ambition et la détermination d’y arriver (3) et d’apprendre la langue française. Et voilà, du coup, j’ai fait un lycée, une classe prépa (4) et aujourd’hui, je suis diplômé de l’Ecole de Commerce de Reims.
– Vous aviez quel âge ?
– J’avais seize ans quand je suis venu. J’ai fait une année pour apprendre le français. Et puis j’ai directement intégré seconde générale, jusqu’au lycée avec mention (5), et puis classe prépa (6) à Paris.
– Bravo !
– Merci.
– Et vos parents, ils sont venus avec vous ?
– Oui, ils sont venus avec moi.
– Et ils font quoi comme métier ?
– Mon père a créé une entreprise dans le BTP (7), qui fonctionne bien, qui a six salariés maintenant. Et ma sœur travaille dans une agence de voyages, elle a fini son BTS (8) ici. Et mon frère a également… Il travaille également dans le BTP. Et ma mère est femme au foyer.
– Et votre père, il avait une entreprise dans le bâtiment public aussi en Inde ?
– Non, non. Il a tout appris sur le tas (9) et surtout, quand on travaille dans un nouveau pays, les métiers qu’on trouve facilement, c’est soit dans la restauration (10), soit dans le BTP. Donc il a commencé à travailler dans le BTP et puis on a monté une entreprise ensemble.
– Mais vous faisiez pas partie des classes privilégiées en Inde ?
– Non, on faisait pas partie des classes privilégiées, sinon on serait resté là-bas !
– Oui ! Non, mais c’est ça, c’est que vous avez fait le voyage et…
– Bah on a conçu tout de A à Z (11). On a travaillé jour et nuit. Je l’ai aidé pour tout ce qui était la comptabilité, tout ce qui est administrative (12). Je l’ai aidé également pour faire les stages pour la création de l’entreprise, et puis voilà, de bouche à oreille (13), on a commencé à travailler et ça a commencé à fonctionner.
– La vie est belle maintenant, j’ai envie de dire. Vous êtes sortis d’affaire (14).
– Non, je pense qu’on a beaucoup de choses à faire, surtout… enfin moi, j’ai été très bien accueilli en France et je pense que j’ai un devoir moral également de permettre à des jeunes de se réaliser (15), d’avoir des capacités de choisir leur voie. Je suis ambassadeur par exemple de Passeport Avenir, qui est une association qui fait des tutorats (16) aux élèves issus des milieux défavorisés. Je suis ambassadeur et du coup, mon projet, c’est qu’on intervient dans des lycées pour susciter des vocations et qu’ils choisissent leur voie librement.
– Pourquoi vous avez choisi la France ?
– Alors la France, c’était un peu par hasard. Mon père, qui était censé aller en Angleterre, avait trouvé du travail ici dans le bâtiment. Et donc…
– Au noir (17), j’imagine.
– Au noir, oui, au noir. Et puis du coup, il a travaillé, il a été régularisé (18) et puis, on est venus par le regroupement familial. (19)
– Ah, il est venu en premier et après, vous l’avez suivi.
– Oui.
– Et vous, vous rappelez la première fois que vous êtes arrivé en France ?
– Oui, je m’en rappelle très bien. Quand je suis arrivé, je parlais pas un mot de français ! Je me suis senti muet, moi qui quand même aime bien communiquer, aime bien parler. Donc ça a aussi forcé ma détermination, d’apprendre, discuter avec les gens. Enfin moi, je parlais déjà trois langues indiennes et du coup, j’avais… j’avais un peu de facilité (20) à apprendre les langues. Et puis quand je suis allé en classe d’accueil, pour apprendre le français, en rentrant de l’école, j’allais aux cours de mairie qui étaient organisés à la mairie du Bourget, dans le 93. Et puis le soir, je regardais le journal télévisé, où les infos défilent, les mêmes infos défilent plusieurs fois, pour avoir quelques mots et les réutiliser dans la communication. Voilà, petit à petit, ça a marché.
– Et aujourd’hui, vous avez envie de retourner en Inde ou vous vous dites maintenant, vous avez pris la nationalité française ?
– Je suis de nationalité française. Je considère que en France… enfin, j’ai été formé en France et donc je considère que j’ai un devoir moral à agir ici, à faire changer les choses, à faire bouger les lignes (21). On parle beaucoup d’immigration, donc apporter ma pierre (22) pour que les jeunes participent à la vie en cité, pour qu’on soit considéré comme des citoyens comme les autres.
– Vous avez voté aux dernières élections ?
– Oui, j’ai voté.
Vous pouvez me dire pour qui ?
– Non, c’est secret.
– Bon, bah je vous remercie. Vous avez un site ? Vous avez quelque chose ?
– Alors, j’ai un compte Twitter. @singh surgeet.
– Comment vous avez traduit Pauchon ? (= le nom du journaliste)
– J’ai pas traduit Pauchon. J’ai dit : On se retrouve demain, c’est fini pour aujourd’hui.

Quelques explications :
1. j’ai pas eu beaucoup de moyens : ce serait très naturel aussi d’utiliser l’imparfait (puisqu’il y a déjà Je voulais juste avant): je n’avais pas beaucoup de moyens.
2. Déjà : ici, c’est le sens fréquent de « Premièrement ».
3. y arriver : cette expression signifie réussir.
4. J’ai fait un lycée, une classe prépa = je suis allé au lycée et en classe prépa. En fait, on dit plus souvent : aller au lycée que faire un lycée. En revanche, on dit très souvent : faire une école de commerce / faire une prépa / faire une école d’ingénieur / faire une fac de droit / faire une fac d’éco. ( c’est-à-dire surtout quand il s’agit des études après le bac)
5. avec mention : au-dessus d’une certaine moyenne au bac, on a mention assez bien (entre 12 et 13,9 de moyenne), mention bien (entre 14 et 15,9) et mention très bien (à partir de 16).
6. une classe prépa : c’est une classe préparatoire pour entrer dans les Grandes Ecoles.
7. Le BTP : c’est le secteur du bâtiment (et des travaux publics : construction de routes, etc.)
8. un BTS : un brevet de technicien supérieur, qui se prépare en deux ans, après le bac, dans un lycée.
9. Apprendre sur le tas : apprendre sur le terrain, sans suivre une formation bien définie. (familier)
10. la restauration : le secteur des restaurants
11. faire quelque chose de A à Z : tout faire, du début à la fin, tout construire soi-même, tout apprendre.
12. Administrative : avec cette terminaison, cet adjectif est féminin. Ici, il faut le masculin : Tout ce qui est administratif.
13. De bouche à oreille : normalement, on dit : Par le bouche à oreille, c’est-à-dire grâce au fait que les gens recommandent quelque chose ou quelqu’un à leurs proches, à leurs amis, qui eux-mêmes font la même chose avec d’autres amis, etc.
14. être sorti d’affaire : avoir surmonté tous les obstacles (plutôt familier)
15. se réaliser : trouver sa voie et réussir
16. faire des tutorats : cela signifie que certains deviennent tuteurs des jeunes qui en ont besoin et les aident à réussir leurs études.
17. Travailler au noir : travailler sans être déclaré par l’employeur, ce qui est illégal.
18. Être régularisé : il a obtenu ses papiers officiels et a donc cessé d’être un travailleur clandestin.
19. Le regroupement familial : c’est la procédure qui permet à une famille de ne plus vivre séparée dans deux pays différents.
20. Avoir un peu de facilité : on dit souvent aussi : Avoir des facilités pour faire quelque chose / dans un domaine.
21. Faire bouger les lignes : cette image militaire (du champ de bataille) signifie faire évoluer les choses, apporter du changement.
22. Apporter sa pierre : l’expression complète est la suivante: apporter sa pierre à l’édifice, ce qui signifie contribuer au succès de quelque chose.

Cette interview vient de là. Mais je n’arrive pas à la retrouver directement !

Son témoignage rappelle celui de deux de mes anciens étudiants, Myasnik et Zakari, que j’avais publiés sur France Bienvenue.
Les aviez-vous écoutés ? C’est ici pour Myasnik. Et ici pour Zakari. Admiration pour ces jeunes.

A ce propos, lorsque vous voyez que je suis moins présente sur ce site, allez écouter « mes » filles du projet France Bienvenue ! Elles travaillent avec enthousiasme et régularité.

Et pour finir, allez voir ce qui se passe sur le site de Federica, qui m’a écrit en décembre. Là aussi, plein de transcriptions d’émissions de radio, plein de mots et l’amour du français. Bravo Federica !

A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

Scène pour un portable

Alceste à bicyclette DVD
Dans ce film, on part pour l’île de Ré. Beaux paysages hors saison pour l’histoire d’un acteur qui a quitté la vie et les scènes parisiennes et qu’un ami vient déranger dans sa retraite pour lui proposer de remonter sur les planches dans une pièce de Molière. Un film qui se laisse voir ( mais pas inoubliable), notamment pour ses dialogues. Un peu bavard quand même !

En voici un, qui nous donne à entendre la langue de Molière mais qui reflète aussi notre époque !

Alceste à Bicyclette – Scène du portable

Transcription:
– « Mais ce flegme.. Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse…
 » (1)
Putain ! (2) Mais c’est infernal (3), ton truc, c’est infernal ! Je coupe mon portable (4), moi, quand je répète. Alors tu fais pareil !
– Non mais tu as pas à couper ton portable ! Tu as juste pas de portable ! (5)
– Si, j’ai un portable, mais personne n’a le numéro et personne m’appelle. Enfin c’est pas possible enfin ! (6) Ferme le portable (7) ! On répète Molière quand même !
– Oh, hé, tu te calmes, hein !
– Quinze fois ce portable sonne pendant qu’on répète !
– D’abord il a pas sonné quinze fois, il a sonné trois fois. Et puis je suis désolé, moi, j’ai tout laissé en plan (8) à Paris, alors il faut que je m’organise un peu. Alors, le portable, voilà, je vais l’éteindre. Voilà, il est éteint. Voilà, je le mets dans mon manteau. Le manteau, je le mets là, sur le lit. Voilà ! Ça va comme ça ?
– Je sais pas comment vous travaillez. C’est ahurissant (9). Un portable sur Molière, maintenant ! Je sais plus où j’en suis, moi.
– Bah tu as qu’à reprendre à « flegme ».
– « Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,
Que pour avoir vos biens, on dresse un artifice,
Qu’on tâche à semer de méchants bruits de vous,
Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux ?
 »
– Attends, attends, attends (10), stop, là ! Je comprends pas, là. Tu vas le jouer comme ça ? Tu vas le jouer aussi vite ?
– Comment ça, je vais le jouer aussi vite ?
– Eh bah oui, Alceste met ses tripes sur la table (11) et toi, tu dis ça à toute allure ?
Qu’est-ce que tu crois, toi ? Tu crois que c’est la première fois qu’ils se font cette scène ? Dix fois ils se sont fait cette scène ! Alceste et Philinte, ce sont deux amis. La base de cette scène, c’est l’amitié.
– Ah bah justement, l’amitié, je la vois pas là, je la vois pas. Il y a pas d’amitié, là. Voilà.
– Alors tu veux que je le fasse comment ? Tu voudrais que je le fasse comment ? C’est-à-dire : je me verrai… Attends, attends, toi, ce que tu veux, c’est : « Mais ce flegme, monsieur, qui résonne si bien, ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de… » C’est… C’est un peu installé, là, hein.
– Evidemment, comme ça, ça n’a aucun sens.
– C’est exactement comme ça que tu me demandes de le faire puisque tu dis que je vais trop vite.
– C’est incroyable ! Tu ne supportes pas qu’on te fasse la moindre remarque de jeu.
– Mais tu peux me faire toutes les remarques (12) que tu veux. Il faut simplement qu’elles soient sensées.

Des détails :
1. Il s’agit d’un passage de la pièce de Molière : Le Misanthrope, dans la première scène de l’Acte 1, entre Alceste et son ami Philinte.
2. Putain ! : cette exclamation est fréquente mais pas très raffinée, plutôt vulgaire. Ne pas l’utiliser dans n’importe quelles circonstances !
3. C’est infernal = c’est insupportable. On utilise cet adjectif à propos de choses ou de personnes. Par exemple : une chaleur infernale / un bruit infernal / un enfant infernal.
4. Couper son portable : on dit aussi éteindre son portable.
Un portable : ce terme désigne avant tout un téléphone et pas un ordinateur. Quand on veut parler d’un ordinateur, on dit presque toujours : mon ordinateur portable, en employant portable an tant qu’adjectif. Quant au terme « un mobile », il est employé avant tout par les opérateurs : Gardez votre numéro de mobile / Changez de mobile. C’est rare d’entendre quelqu’un dire : J’ai un nouveau mobile / Je te donne mon numéro de mobile.
5. Comme souvent à l’oral, il manque la première partie de la négation : Tu n’as pas à couper… – Tu n’as juste pas de portable.
6. Enfin c’est pas possible ! : cette exclamation, dite sur ce ton, exprime l’énervement. Par exemple : Mais c’est pas possible, on ne peut pas compter sur toi !
7. Ferme le portable ! : c’est très rare d’utiliser le verbe « fermer » à propos d’un appareil.
8. Laisser en plan quelque chose : s’interrompre soudainement dans une activité et la laisser inachevée.
9. Ahurissant : stupéfiant, très surprenant.
10. Attends… : On prononce le premier Attends correctement, mais ensuite, on ne dit plus que quelque chose comme ‘tends ‘tends ‘tends dans ce genre d’exclamation.
11. Mettre ses tripes sur la table : exposer ses sentiments intimes à tous, révéler ce qu’on a de plus profond. (familier). Les tripes désignent normalement le contenu du ventre des animaux, leurs boyaux.
12. Faire des remarques à quelqu’un : lui faire des critiques, bienveillantes ou pas selon les cas.

La langue de Molière :
La pièce est écrite en vers, avec des rimes et une syntaxe particulière. De plus, le vocabulaire n’est pas toujours simple pour les élèves notamment qui étudient Molière pendant leur scolarité. Dans ce passage, Alceste demande à Philinte s’il ne se mettrait pas en colère ( la colère = le courroux) si on cherchait à le tromper ou si on racontait des mensonges à son propos.

Une expression : faire une scène.
Une pièce de théâtre est en général découpée en plusieurs actes, eux-mêmes divisés en scènes. On répète, on joue une scène.
Mais faire une scène à quelqu’un, c’est se fâcher avec cette personne, se mettre en colère. Serge (Fabrice Luchini) fait une scène à Gauthier (Lambert Wilson) à cause du portable de ce dernier.

Mettre l’ambiance, tout un art !

France Irlande

Les choses sérieuses commencent vraiment maintenant paraît-il pour les amateurs de football. Les Français et les Irlandais attendent donc le match de cet après-midi avec impatience. Certains en font une possibilité de revanche sur un match où les Irlandais avaient été éliminés injustement à cause d’une main d’un joueur français qui avait changé le cours du match.

Mais pour les supporters irlandais, tout cela n’est que du sport et donc l’occasion de faire la fête à Lyon, pas de tout casser comme on l’a vu début juillet à Marseille lors d’un match Russie-Angleterre.

Voici les mots d’un supporter irlandais au français impeccable et de deux supporters français qui regrettent de ne pas savoir aussi bien chanter !

Supporters irlandais et français

Transcription

– On aime chanter et faire la fête. On essaye d’être sympas, on essaye d’être bien vus (1) par les autres parce qu’on n’a pas envie de faire mauvaise réputation (2) en dehors de notre pays, quoi ! (Parole d’Irlandais)

– On fait pas le poids (3). Les matchs de foot, les pubs, l’ambiance (4), c’est leur truc. (5)
– Ça va être dur. C’est pour ça qu’on est venus là, nous, pour montrer un peu qu’il y a aussi des Français qui sont prêts et qui sont aussi motivés qu’eux. Et… Les Français, il y a pas d’ambiance (4), il y a deux, trois chants comme ça qui viennent : la Marseillaise (6), Allez les Bleus, et voilà, on n’a pas vraiment de chants comme eux ils ont des centaines et des centaines de chants ! C’est ça, nous, on est censés (7) être meilleurs sur le terrain mais moins bons en tribune (7). (Parole de Français)

Quelques détails :
1. être bien vu : laisser une bonne impression et être apprécié. Par exemple : Il est bien vu par ses chefs car il a toujours une attitude positive. Le contraire : être mal vu. Et de façon dynamique, on dit : se faire bien voir / se faire mal voir. Par exemple: Si tu continues, tu vas te faire mal voir de tes profs. / Il essaie toujours de se faire bien voir.
2. Faire mauvaise réputation : ce n’est pas tout à fait ce qu’on dit en français. On a juste l’expression assez statique : avoir mauvaise / bonne réputation. On n’a pas vraiment de verbe qui va bien pour exprimer l’idée qu’il ne veut pas que les supporters irlandais soient la cause de la mauvaise réputation de leur pays. On pourrait dire aussi : On n’a pas envie de donner une mauvaise image de notre pays.
3. Ne pas faire le poids : cette expression signifie qu’on ne peut pas rivaliser, qu’on n’est pas assez bon en face des autres, qui eux sont plus forts, bien meilleurs. Par exemple : Les consommateurs isolés ne font pas le poids face aux intérêts des grandes entreprises.
4. L’ambiance : c’est l’atmosphère générale d’un événement. On dit qu’il y a une bonne ambiance ou au contraire une mauvaise ambiance. On dit aussi : Il n’y a pas d’ambiance (dans une fête par exemple), ce qui signifie que c’est très ennuyeux.
5. C’est leur truc = ils savent faire, ils sont bons dans ce domaine. (familier)
6. la Marseillaise : c’est l’hymne national de la France.
7. Être censé faire quelque chose : c’est ce qui est prévu, ce qu’on attend de la part de quelqu’un. Beaucoup de Français font une faute d’orthographe sur ce mot qui se prononce comme l’adjectif sensé (= raisonnable, intelligent)
8. en tribune : c’est-à-dire dans les tribunes, (le lieu où sont installés les spectateurs dans un stade), où les supporters créent une ambiance de fête et font le spectacle.

Petite remarque:
Les supporters français chantent bien eux aussi. Mais c’est au rugby et dans le sud-ouest de la France !

Et sur France Bienvenue, vous pouvez écouter ou réécouter Gaël et Thomas qui parlaient en 2009 du match France-Irlande gagné injustement par les Français.

Vous pouvez aussi y écouter Laurent qui avait apprécié l’ambiance irlandaise lors d’un voyage à Dublin.

Trois jours et une lecture

Il y a les livres qu’on attend de retrouver chaque jour (ou chaque soir) et dans lesquels on aimerait rester longtemps, en savourant le temps passé dans ces autres vies. Trois jours et une nuit n’est pas de ceux-là. On lit, le plus vite possible, tard, comme emporté jusqu’à la dernière page.
Parce qu’on veut connaître la clé de ce roman noir, très noir, parce qu’on veut terminer le puzzle en plaçant la dernière pièce. Parce qu’on est dans la tête d’Antoine à qui il est arrivé quelque chose de terrible, parce qu’on est bousculé par ses sentiments et ses pensées. Parce qu’il faut aller jusqu’au bout pour tenter d’estomper ce sentiment de malaise qui ne nous laisse pas de répit.

L’écriture très précise porte cette histoire implacable, où la tempête est partout, dans les têtes mais aussi dans la réalité des grandes tempêtes de Noël 1999. Une tragédie en trois actes, où le héros est ballotté par un enchaînement de circonstances, et où on cherche la réponse à la question qu’il / que le narrateur se pose : « Il avait menti et on l’avait cru. Était-il tiré d’affaire pour autant ? »

Trois jours et une nuit
Voici comment en parlait Pierre Lemaître à la télévision il y a quelque temps. Un modèle d’interview car on en sait assez pour avoir envie de lire cette histoire sans qu’elle nous soit dévoilée par son auteur dans une mauvaise paraphrase orale. Et aussi parce qu’il y est question de la façon dont les livres s’écrivent.

L’interview est à regarder ici.

En voici quatre extraits :

L’art d’entrer dans le vif du sujet :
Trois jours et une nuit 1Présentation

Transcription:
Il suffit parfois de quelques secondes pour qu’une vie bascule, hein, même quand on est un adolescent, un adolescent sans histoire (1), comme Antoine par exemple. Voilà, prenez Antoine. Il a douze ans. C’est un bon garçon, Antoine, hein, pas bagarreur, sympa, le genre de type qui construit des cabanes dans les bois, qui est timide avec les filles et qui un beau jour, par accident, tue l’un de ses petits camarades. Nous sommes en 1999, souvenez-vous, c’est le moment où la France est ravagée par cette grande tempête qui n’a laissé aucune région indemne. Nous, lecteurs, bah nous savons qui a commis le crime, dès les premières pages : c’est Antoine. Ce que nous ne savons pas en revanche, avant la dernière page, et même avant la dernière ligne, c’est comment Antoine va se débrouiller face à l’enquête, face à la culpabilité, face aux fantômes du passé.

La parole de l’écrivain :
Trois jours et une nuit 2 Un roman noir

Transcription:
– Comment est-ce qu’on écrit cela ?
– Eh bien, d’abord, c’est parce que on fait une claire distinction entre le roman policier et le roman noir.
– Ah !
– Dans le roman policier, si ça avait été un roman policier, je ne m’y serais pas pris (2) de la même manière. Dans le roman policier, vous avez besoin d’un mystère pour savoir qui a fait les choses. Si vous voulez écrire l’histoire d’un crime, c’est ce que vous faites. Mais moi, j’écris pas l’histoire d’un crime, moi, j’ai écrit l’histoire d’une faute. Il a douze ans – bien sûr que c’est un crime – mais nous, adultes, qui lisons cette histoire, nous voyons bien que c’est un crime du point de vue médico-légal. Mais du point de vue de la justice humaine, c’est une faute. C’est un accident, dramatique, mais c’est un accident qui a cette portée terrible, c’est que, au fond, la destinée de cet enfant va se jouer à un moment où la destinée n’existe pas encore. A douze ans, l’avenir n’existe pas. Ce qui existe, c’est demain, mais ce que je ferai à dix-huit ans, ce que je ferai à trente ans, quand j’aurai des enfants, tout ça, c’est abstrait. C’est quoi ? Ça n’existe pas ! On vit dans l’instant présent. Or il a le sentiment (3), tout de suite, dès qu’il commet ce crime, qu’il a fait quelque chose qui engage plus que ce qu’il peut comprendre. En fait, la destinée se joue avant même qu’il ait le sentiment de ce que c’est que la destinée.
– La réaction d’un enfant…
– Et là… juste pour finir. Et là, on est plus dans le roman noir, où la question n’est pas tellement de savoir comment ça va… comment on en est arrivé là, mais qu’est-ce qu’on fait quand c’est arrivé.

Les étincelles qui déclenchent l’écriture:
Trois jours et une nuit 3 De quoi se nourrit l’écrivain

Transcription:
– Comme dans Au revoir là-haut, après le livre, il y a ce que souvent, vous autres, romanciers, faites – et c’est très agréable pour nous, les lecteurs, il y a les remerciements, gratitude. Et là, vous remerciez pêle-mêle (4) Georges Simenon et Marc Dugain, Umberto Eco et Homère, l’auteur de True Detective et Jean-Paul Sartre – c’est un petit peu comme chez Orsenna, c’est très éclectique, hein, de Pizzolato à Jean-Paul Sartre. Qu’est-ce que vous leur avez emprunté ? De par… dans votre passé, puis par l’écriture d’un livre comme celui-ci.
– Quand on écrit, je pense que… là, ça serait intéressant de savoir comment mes confrères, ma consoeur travaillent, mais quand j’écris, moi, je repère assez facilement que un mot m’est venu de quelque chose que j’ai lu quelques jours avant, ou que j’ai lu il y a longtemps, mais le mot est resté et je sais que quand j’emploie une expression, je sais dans quoi je l’ai vue, dans quoi je l’ai lue. Si j’emprunte un trait de caractère à un personnage, je sais que je le prends dans un film que j’ai vu, dans… Voilà. On… On… Moi, je bricole avec des tas de choses que ma mémoire…
– Qui vous ont nourri.
– Oui. Que la mémoire me… me… Et chaque fois que je le vois, ça m’amuse de le noter et de me dire : « Tiens, ça, je l’ai pris à Amin Maalouf, ça, je l’ai pris à Marc Dugain, ça, je l’ai pris à Sartre. » Ça m’amuse de le faire et puis ça me paraît honnête à la fin de dire : « Bah voilà, je cite ceux que j’ai pu repérer. Vous savez, j’ai eu beaucoup de chance parce que la première ligne de la première page du premier livre que j’ai écrit, c’est une citation de Roland Barthes, qui dit : « L’écrivain est quelqu’un qui arrange les citations en retirant les guillemets. »
– Ouais !
– C’était la défintion dans laquelle je me reconnaissais.
– Pas mal quand même, attendez !
– Et en fait, je suis resté fidèle à cette idée, parce que plus j’écris de livres, et plus cette définition de la littérature, je me l’approprie, je la trouve très juste.

Comment un livre échappe à son auteur:
Trois jours et une nuit 4 Je vais le relire

Transcription:
– Ce qui est formidable, c’est une petite vie comme ça, et puis en même temps, il y a des éléments dès le départ, parce qu’il y a la forêt, qui joue un rôle énorme, et il y a la tempête. Donc il y a des gens qui sont perdus, comme ça – parce que même les adultes sont perdus comme des enfants, il y a quelque chose qui les dépasse – et comment est-ce qu’on peut être humain dans… face à des éléments qui sont tellement plus forts que nous. Et on chemine comme ça, comme des sortes d’insectes, comme ça, poursuivis par une sorte de malédiction. Non, non, c’est passionnant !
– Ça me donne envie de le relire ! (Ces mots sont ceux de l’auteur!)
– C’est passionnant !

Quelques détails :
1. un garçon sans histoire : un garçon qui ne pose pas de problème, avec qui tout se passe bien, sur qui on n’a rien à dire en fait, « normal ». On peut utiliser cette expression à propos de quelqu’un mais aussi à propos d’un lieu : C’est une petite ville sans histoire. Ou encore à propos d’une période : Nous avons passé des vacances sans histoire. / ça a été un voyage sans histoire.
2. s’y prendre : procéder d’une certaine manière. Par exemple : Je ne sais pas comment m’y prendre avec lui. Il est difficile à comprendre. / Comment tu t’y es pris pour obtenir cette couleur ? / Elle ne sait pas s’y prendre avec les ados.
3. Avoir le sentiment que : avoir la certitude que, être intimement convaincu de quelque chose.
4. pêle-mêle : en désordre, sans organisation, sans tentative de structurer les choses. Au sens propre : Les valises étaient entassées pêle-mêle dans le hall de l’aéroport. / Toutes ses affaires étaient pêle-mêle sur son lit. Au sens figuré : Je te donne mes idées pêle-mêle.

Question pour Edelweiss qui aime les romans de cet écrivain :
as-tu lu celui-ci ? 😉

Du jour au lendemain

EconomiesJe n’étais pas partie du tout pour écouter cette émission. Mais le témoignage de ce petit monsieur – allez savoir pourquoi je l’imagine petit ! – m’a accrochée. Un peu pour sa vie de chômeur qui change d’un coup de baguette magique, grâce à une grille gagnante au Loto. Mais surtout pour la façon dont il raconte cette histoire, avec des « je lui dis », « elle me dit » pour exprimer des émotions et des sentiments tout simples de gens simples qui savent comment marche le monde. Et pour son accent ! Pas un sudiste du tout, ce grand gagnant !

Grand gagnant

Transcription :
– On y va, on y va, on y va !
– Cinq grilles du Super Loto pour le vendredi 13.
– Oui. Et des bonnes, hein ! On y croit ! Chaud bouillant ! (1)
– Ce Flash (2), Jean-Jacques, que vous venez de faire, c’est exactement ce qui s’est passé ce jour d’avril 2015 ?
– Pareil. Un Flash. Je venais juste d’être licencié, j’étais à bout (3), à bout, à bout. J’ai dit : Bon bah allez, on va essayer de chercher la chance (4). Donc je suis allé faire un Loto. Bah la chance m’a souri. Un lundi soir, je passe devant le bureau de tabac (5) où j’avais joué pour aller faire valider mon bulletin et puis pour rejouer pour la semaine. Et puis je rentre dans le bureau de tabac, la dame était seule, alors je passe mon bulletin. Et elle me dit : Monsieur, je peux pas vous payer.
Ah bon ! Bah pourquoi vous pouvez pas payer ?
Parce que vous avez un gros lot.
Ah bon ?
Elle dit : Attendez, on va appeler la Française des Jeux.
Moi, j’ai pas tilté (6) en fait. Je dis : Bon bah j’ai un gros lot. Ça veut dire quoi, un gros lot ? Je sais pas.
Elle me dit : Voilà, vous avez gagné deux millions quatre-vingt-dix-sept mille euros.
Elle me dit : ça va ?
Bah… Je… Non, j’étais déjà pas bien dans la tête, ça vous assomme, quoi, quelque part ! Vous y croyez pas vraiment.
– Vous ne réalisez pas tout de suite ?
– Bah non, non ! C’est un coup de massue (7) sur la tête !
Je rentre à la maison et je me dis : Comment je vais l’annoncer à mon épouse ? Mon épouse rentrait à 8 heures et demie. Donc je mets la bouteille de champagne dans le frigo. Je mets sur un plateau dans la cuisine. J’entends la voiture qui arrive, elle rentre et je dis : Chérie, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
Tu as retrouvé du boulot ?
Non, mieux que ça. Tu sais que je joue au Loto.
Bah oui ! Je sais bien !
Je lui dis : J’ai gagné 50 000 euros.
Elle me dit : C’est pas vrai !
Bah je dis : Non, c’est pas vrai. J’ai gagné 500 000 euros.
Oh !
Je dis : Non, non, je vais te dire, on a gagné deux millions d’euros.
Et là, plus un bruit !
– C’est irréel. C’est pas possible, c’est une blague (8) ! On n’a même pas bu le champagne, on n’a même pas mangé, on n’a pas dormi du tout de la nuit. (9)
– Parce que la Française des Jeux m’avait dit : Attention, pas de ticket, pas d’argent.
– Vous me disiez : on ne réalise pas. Et à la remise de chèque, alors ?
– Bah, étonnamment, c’est bizarre, on se rend pas compte de ce que c’est toujours (10). C’est pas de l’argent, c’est… Vous voyez rien.
– C’est le jour où l’argent a été sur votre compte ?
– Voilà, là, on avait une grosse ligne, là, là, avec beaucoup de zéros, c’était bien ! On pouvait dire : Là, c’est bon, je l’ai, c’est à moi.
– Vous choisissez à ce moment-là de le cacher ?
– Non, non. La famille connaissant notre misère actuelle, du fait de ma perte de travail et tout ça, j’ai voulu faire partager ma joie et mon plaisir.
– On ne change pas de monde comme ça ?
– Non. Non.
– On ne passe jamais de cette vie-là à l’autre. On essaye d’apprendre, mais on n’est jamais pareil. A Saint-Tropez, où on est allé faire un tour (11), on va dans un magasin. Mon épouse demande le prix d’un sac. C’était chez… enfin une marque de luxe. Et la dame dit à mon épouse : C’est pas la peine (12), madame, vous pourrez pas vous le payer. Comme quoi, c’est pas si facile d’être riche du jour au lendemain (13). Il y a des codes qu’on n’a pas et qu’on n’aura jamais. Mais ça me dérange pas, hein !
– Vous avez suivi des ateliers (14) justement pour apprendre avec la Française des Jeux de…
– Oui, mais comme quoi (15), c’est peut-être pas suffisant.
– Alors, on sourit, là, mais beaucoup de grands gagnants parlent aussi d’angoisse. On frôle même la solitude.
– Oui, tout à fait. Oui, à vivre au quotidien, c’est pas toujours évident. On va au restaurant, bah on invite des gens, on paye l’addition (16) parce qu’on le veut bien. Mais si on le faisait pas, je suis sûr que les gens diraient : Bah, tiens, il est pingre (17). Ils sont… Ils peuvent même pas nous payer le restaurant, quoi, tu vois ! C’est difficile. C’est… On a perdu des amis comme ça. On pensait qu’ils étaient sincères et qu’ils nous aimaient pour ce qu’on était. En fait, on s’aperçoit que des gens, des fois, nous aiment pour ce qu’on a et pas pour ce qu’on est, du fait de notre position de grands gagnants en fait.
– Donc au risque de choquer certains auditeurs, c’est pas si simple, d’être grand gagnant !
– Non, c ‘est pas si simple, non ! On ne se plaint pas, mais c’est pas si simple que ça. La jalousie !
– Tant qu’on n’est pas passé par là, on peut pas savoir. C’est vrai que c’est deux mondes différents.
– Quand on a autant d’argent sur son compte en banque, est-ce qu’on a encore des rêves ?
– Bah, des rêves, on en a toujours, tout le temps.
– Et parmi eux, que ça recommence !
– Ah bah j’espère bien ! Peut-être ce weekend, ça serait bien !
– Avec moi ! Moi je joue…
– Allez, chiche (18)! On y va !

Des explications :
1. chaud bouillant : cette expression très familière (orale) signifie que la personne est prête à faire quelque chose, avec beaucoup d’excitation.
2. Un Flash : c’est un des types de jeux du Loto.
3. Être à bout : être épuisé moralement et physiquement.
4. La chance : en français, c’est toujours positif. Normalement, on dit : tenter sa chance :ce jour-là, il a décidé de tenter sa chance..
5. Un bureau de tabac : ce sont les magasins où on achète les cigarettes. Le propriétaire ou le gérant est un buraliste.
6. Je n’ai pas tilté : je n’ai pas réagi car je n’ai pas compris. On dit aussi : ça n’a pas fait tilt. (familier)
7. Un coup de massue : une massue sert à frapper très fort. Donc au sens figuré, recevoir un coup de massue, c’est être assommé par une nouvelle, par un événement, ce qui signifie qu’on ne même peut plus réagir, tellement on est surpris ou choqué.
8. C’est une blague ! : c’est une plaisanterie / Tu plaisantes. (familier)
9. ne pas dormir de la nuit : c’est passer la nuit sans dormir du tout. C’est la préposition « de » qui permet d’insister. On entend souvent cette structure, dans des phrases négatives. Par exemple : On n’a pas vu le soleil de la semaine. (= pendant toute la semaine) / Il ne m’a pas parlé de tout le voyage.
10. Toujours : cet adverbe n’est pas bien placé ici. Il faudrait dire: On ne se rend toujours pas compte… (= on continue à ne pas se rendre compte / à ne pas comprendre.)
11. aller faire un tour quelque part : aller se promener quelque part.
12. Ce n’est pas la peine : ça ne sert à rien.
13. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition.
14. Suivre un atelier : suivre une formation spécifique et pratique pour apprendre quelque chose
15. Comme quoi… : c’est la preuve que… / On voit bien que…
16. payer l’addition = payer le restaurant
17. pingre : avare, pas généreux. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent.
18. Chiche ! : c’est ce qu’on dit quand on accepte un défi, un pari. (familier)

L’émission complète est à écouter ici.
Avec d’autres témoignages de gens dont la vie a basculé de la même manière, des chiffres sur les chances de gagner de telles sommes, des questions, etc.

Et vous avez lu La Liste de mes envies ?

En retard

Voyage TGVIl faut à peu près trois heures en TGV pour aller de Paris à Marseille. C’est presque la porte à côté. Sauf lorsque des imprévus viennent perturber ce trajet si facile et confortable.
Donc mercredi dernier, départ pile à l’heure, comme d’habitude, de la gare de Lyon à Paris, voyage sans encombre, arrivée à l’heure à la gare Saint-Charles de Marseille. Enfin presque. Il s’en est fallu de peu.

Nous nous sommes arrêtés à une centaine de mètres des quais, comme cela arrive parfois pour laisser passer un train en partance. (La gare Saint Charles est un cul-de-sac.) Mais l’arrêt a duré plus d’une heure, avec la gare juste là, à portée de main : colis suspect dans la gare, selon la formule malheureusement souvent utilisée ces temps-ci. Arrêt total du trafic, évacuation du périmètre et arrivée des démineurs, pour un bagage sans propriétaire, déposé là par des gens qui ont soit un curieux sens de l’humour, soit des têtes de linotte ! (Pourtant, des annonces sont diffusées sans cesse dans les gares et dans les transports en commun, demandant aux étourdis de vérifier qu’ils n’ont pas oublié une valise ou un sac dans un coin.)

Donc nous avons pris notre mal en patience, en attendant les nouvelles que nous communiquait le personnel du train au fur et à mesure. Dans ma voiture, il y avait des étrangers qui ont eu du mal à comprendre : situation inhabituelle et son moyen dans les hauts-parleurs. Alors voici les messages diffusés : j’ai manqué le premier, un peu prise de court, mais quand j’ai vu que l’attente s’éternisait, j’ai pensé qu’après tout, cela pourrait faire un petit cours de français, tout en espérant que c’était bien une fausse alerte ! On s’occupe comme on peut !

En retard. Colis suspect

Transcription :

– Mesdames et Messieurs, je vous informe que, actuellement, les démineurs sont sur place en gare de Marseille-Saint Charles (1). La totalité de notre retard à l’arrivée devrait (2) se situer aux alentours de (3) 40 minutes environ. Je répète : actuellement, les démineurs sont sur place en gare de Marseille-Saint Charles. La durée totale de notre retard devrait être de 40 minutes à 50 minutes en gare de Marseille-Saint Charles. Je vous remercie de bien vouloir patienter… en attent[…] (4)… en attendant que notre train puisse repartir.

– Mesdames et Messieurs, je vous informe que les démineurs viennent de faire exploser le colis suspect. (5)
– Et alors ?
– Notre conducteur attend l’ouverture du signal pour pouvoir repartir d’ici quelques instants. Merci de votre compréhension.

– Mesdames et Messieurs, je viens de recevoir une nouvelle estimation de notre retard, qui est passé à une heure quinze.
– Oh putain ! (6)
– L’arrivée prévue en gare de Marseille-Saint Charles se fera donc aux alentours de 15h05, 15h10 à 15h15. Je répète, nouvelle estimation de notre retard qui vient de me parvenir : retard estimé à une heure quinze. Arrivée en gare de Marseille-Saint Charles… Arrivée en gare de Marseille-Saint Charles aux alentours de 15h10 à 15h15. Je vous remercie de votre attention et de votre compréhension.

Quelques explications :
1. en gare de Marseille : c’est la formulation officielle utilisée par la SNCF, avec la préposition en. Bien sûr, cela correspond aux prépositions ordinaires : Nous arrivons en gare Saint-Charles = Nous arrivons à la gare Saint Charles. / Nous entrons en gare = Nous entrons dans la gare. / Il y avait un colis suspect en gare de Marseille = Il y avait un colis suspect dans la gare.
2. devrait : ce conditionnel exprime une éventualité. L’agent de la SNCF n’est pas sûr des délais d’attente.
3. Aux alentours de 40 minutes : autour de 40 minutes. L’agent ajoute encore « environ » ensuite, ce qui est redondant, mais exprime son incertitude.
4. en attendant : l’agent a un peu bafouillé et une fraction de seconde, nous avons cru qu’il disait « attentat », avant qu’il ne se corrige !
5. Un colis suspect : c’est la formule consacrée dans ce genre de situation. En général, il s’agit plutôt de bagages.
6. Oh putain ! : cri du cœur de ce passager qui commence à trouver l’attente un peu longue ! (Comme juste avant, celui qui dit : Et alors ?)

Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Ah, les Françaises !

Mère et fils
Le verdict était sans appel dans l’émission dont je vous ai parlé la semaine dernière: pour ces Allemandes installées en France depuis longtemps, nous ne sommes pas les rois en matière de propreté des rues. Ce n’est pas donné à tous les petits Français d’apprendre à jouer d’un instrument de musique. Nous avons des progrès à faire pour rendre nos villes et nos habitations plus écologiques. La ponctualité et nous, ça fait deux. Bref, peut mieux faire !
Néanmoins, elles nous ont toutes reconnu une qualité essentielle. Et celle-ci fait plaisir ! C’était l’occasion de ne pas oublier que ce qui paraît si évident ici et dans d’autres pays ne l’est pas partout.

Etre mère et travailler

Transcription
– Bonjour Laure.
– Oui, bonjour.
– Nous vous écoutons.
– Oui, merci. Alors voilà, j’ai fait une année Erasmus (1) en 2004-2005 à Berlin. J’ai gardé contact (2) avec ma colocataire d’alors (3) et lorsque nous échangeons (4), nous avons toujours un point sur lequel nos avis divergent, c’est sur le travail de la femme, à savoir que moi, il y a quelques années, je travaillais à temps complet, et j’avais mis ma fille cinq jours par semaine, dix heures par jour à la crèche (5), et ma colocataire ne comprenait pas que je n’aie pas réduit mon temps de travail pour m’occuper de ma fille. Et aujourd’hui, j’ai un second enfant, je travaille à la maison, j’ai créé mon entreprise. Et là, je l’ai mise chez la nounou (6) pour pouvoir travailler. Et là encore, elle ne comprend pas que je ne garde pas mon enfant à la maison en fait, pour… pour m’occuper de lui.
– On va soumettre votre cas à Michaela Wiegel.Qu’en pensez-vous ?
– Oui, Laure, merci beaucoup pour votre contribution, parce que effectivement, pour moi, je suis quand même allemande, mais ça reste quand même un des énigmes (7) : pourquoi la femme allemande doit encore se justifier quand elle veut travailler ET avoir des enfants. Et là, il faut dire que la France n’est pas assez fière du modèle qu’elle a créé, parce que vraiment, je trouve, en France, il y a déjà absence de pression sociale quand les femmes veulent continuer à travailler, et ça, c’est formidable (8) ! En Allemagne, on est en permanence, encore aujourd’hui, soumis à un regard un peu désapprobateur et quand on a un problème avec un enfant, ah bah c’est certainement parce que la maman travaillait. Et donc là, c’est vrai, on a instauré ce qu’on appelle le , c’est-à-dire les femmes après la naissance de leur enfant peuvent s’arrêter un an de travailler et sont remboursées, en quelque sorte rémunérées par l’Etat à 80 % de leur ancien salaire. C’est formidable mais c’est aussi une façon de… de dire : Voilà, vous êtes mieux auprès de votre enfant. Ne recommencez pas trop vite à travailler. Et ça renforce encore, à mon avis, une mentalité qui est à dire les enfants ne grandissent bien que quand la maman est là le plus de temps possible. Et ça, je trouve (9) en France, on a bien réussi quand même à réconcilier vie familiale et vie professionnelle.

Quelques détails :
1. une année Erasmus : c’est le programme européen qui permet de partir étudier à l’étranger, dans un pays de l’Union Européenne. Rappelez-vous le film L’auberge espagnole, dans lequel Xavier s’installe à Barcelone pour un an !
2. Garder contact avec quelqu’un : on peut dire aussi rester en contact avec quelqu’un : Je suis resté(e) en contact avec ma colocataire / Nous ne sommes pas restés en contact.
3. D’alors : de cette époque-là.
4. Échanger : correspondre
5. la crèche : c’est une structure dans laquelle les petits sont gardés en collectivité par du personnel qualifié. (entre la fin du congé de maternité, donc vers deux mois, et le début de l’école maternelle, à trois ans.)
6. une nounou : c’est comme ça qu’on appelle les femmes qui gardent les enfants à leur domicile. Ce terme vient du nom une nourrice. Le terme officiel pour désigner cette profession (reconnue et encadrée) est une assistante maternelle.
7. Une énigme : ce nom est féminin. Mais on entend « un ». Cette expression est courante pour dire qu’on ne comprend pas quelque chose. On dit aussi : ça reste / c’est un mystère pour moi.
8. C’est formidable ! : c’est vraiment très, très bien.
9. Je trouve : on utilise très souvent ce verbe pour donner son opinion, plutôt que Je pense, qui ne produit pas exactement la même impression.

La touche personnelle:
J’ai toujours travaillé, comme toutes mes amies. Je n’aurais jamais imaginé renoncer à ma vie professionnelle ni à mon indépendance financière pour élever nos enfants, même temporairement. D’ailleurs, mon conjoint n’aurait jamais accepté ! Mais j’ai bien sûr bénéficié des congés légaux mis au bout des vacances quand ça a été possible, nous avons jonglé avec nos emplois du temps, à égalité, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur des nounous de toute confiance, nous avons aimé que nos enfants aillent à la maternelle dès que possible, avec des maîtres et des maîtresses formidables, nous avons choisi d’habiter près de notre lieu de travail pour ne pas perdre un temps précieux dans les transports et ne pas avoir à bousculer nos petits gars, que nous avons eu le temps de voir grandir.

L’émission entière est à écouter ici.

Oh, ces Français !

128 - Berlin - L'Ampelmännchen est allemandC’est toujours intéressant d’écouter ce que pensent ceux qui vivent ailleurs que dans le pays de leur enfance. Ils mettent le doigt sur ce qui les gênent dans leur nouvelle vie, sur tout ce qu’on ne remarque pas quand on est né avec.
C’était le cas la semaine dernière à la radio, dans une émission où des Allemands et des Allemandes parlaient de leur vie en France. La France, pays d’adoption, aimé, choisi, mais dépeint comme agaçant par certains côtés !
Je me demande si on ne reste pas pour toujours attaché au pays qui nous a vus grandir, marqué définitivement par des habitudes, des façons de faire et de penser, ce qui entraîne ce regard lucide et critique sur l’ailleurs, très intéressant à condition de ne pas devenir caricatural, voire agressif et dépourvu de générosité et de tolérance. (C’est en général ce qui me fait arrêter la lecture de certains blogs d’expatriés dont les analyses tournent à l’aigreur!)

Oh,ces Français!

Transcription
– Vous avez un regard très amusé. Vous avez pas l’air d’être trop irrité par tout ça.
– Parce que c’est ça aussi… et peut-être, en tout cas c’est pour moi la raison pourquoi (1) je me sens bien en France, peut-être même mieux qu’en Allemagne, parce que il y a une certaine légèreté de prendre (2) les difficultés, de prendre la vie. Et j’adore aussi dans les rapports professionnels cette légèreté, l’humeur (3), la place à l’humour…
– L’humour.
– L’humour. Ici, on adore de jouer (4) dans le deuxième degré (5). Ça veut dire que on va toujours être un peu en décalage, la façon dans laquelle (6) on s’exprime, on fait des jeux de mots. On est assez souvent dans le deuxième degré et on s’exprime souvent entre les lignes (7). Et ça, c’est vraiment un art qui (8) maîtrisent parfaitement les Français.
– Vous riez plus en France qu’en Allemagne ?
– Tout à fait. Je passe plus de temps à la cafétéria (9), je ris plus, je tchatte (10) plus. Donc c’est moins efficace peut-être, mais plus vivant.

– Ils (Les Allemands) perdent pas de temps. Ils arrivent au boulot, bah ils s’y mettent et ça dépote (11). Par exemple, la prise de rendez-vous. Je prends rendez-vous avec quelqu’un, je dis : « C’est OK pour jeudi 11 heures. » Donc c’est noté dans mon agenda (12), pour moi, c’est bon (13). Systématiquement, ici, on me rappelle la veille : « C’est toujours bon pour demain 11 heures ? » Je dis : « Bah oui ! On avait convenu (14) demain jeudi 11 heures ». Donc pour moi, il y a pas besoin de le reconfirmer. En Allemagne, vous prenez un rendez-vous, plus personne vous le reconfirme parce que c’est comme ça, c’est noté dans l’agenda, point. (15)
– C’est vrai. C’est dans nos mentalités. On a été élevé comme ça, qu’une fois que tu t’engages à faire quelque chose, tu le dois et tu le finis. Et ici, c’est vrai, même quand j’étais étudiante, quand je suis arrivée, j’avais 19 ans, et je me rappelle très bien, avec mes copains de la fac (16) à l’époque (17), un rendez-vous à 15 heures, bah j’étais la seule à être là à 15 heures ! Déjà à l’époque ! Mais parce que c’était pas grave (18), c’était comme ça. C’est… Bah c’est aux alentours de…
– Et ce qui fait en même temps le charme des Français.
– Donc moi je dis, on peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre (19). Et on est quand même très bien ici. Moi, j’ai pas envie de partir. Quelque part, c’est aussi mignon, en fait. Parfois, c’est agaçant et j’ai envie de les baffer (20). Mais… mais c’est pas grave !
– Eux, je crois que très souvent, ils ont envie de nous baffer !
– Oui, bon ça, c’est une certitude ! Mais parfois, je démarre des rendez-vous en disant : « Je vous préviens, je suis allemande psycho-rigide. Maintenant on va pouvoir travailler. »

– Une vraie différence, je crois, et elle est visible : vous vous baladez (21) en Allemagne et vous vous baladez ici, c’est la propreté. Voilà. C’est peut-être un peu bête à dire mais les trottoirs à Paris, les trottoirs à Münich, c’est pas pareil. Et je trouve ça dommage parce que c’est un espace de vie qu’on partage et pour moi, c’est une question de respect d’autrui de ne pas salir cet espace-là. Je ne jette pas mes papiers par terre, je ne fais pas déborder une poubelle. Et ici quand même, c’est fait avec une allégresse désinvolte qui me fait halluciner. Je ne comprends pas. Ça a l’air bête comme ça, à Paris, je marche les yeux rivés sur le trottoir. Je ne peux pas regarder autour de moi parce que je suis obligée de voir où je marche. Enfin, moi… Je pense que c’est le cas pour tout le monde. Sinon tu risques de… Hein, non ?
– Vous pensez à la crotte de chien ?
– Par exemple! Oui. C’est exactement ça.
– Vous avez des enfants ?
– Oui.
– Donc ils sont à l’école ?
– Oui.
– Votre regard sur l’école en France versus (22) l’école en Allemagne ?
– Ah oui ! Il y a une chose quand même, je peux dire, parce que peut-être quelqu’un peut donner une réponse. Vous avez énormément d’heures de cours, enfin, mes enfants rentrent très tard, je trouve, de l’école. J’ai pas l’impression qu’ils apprennent plus de choses que ce que j’ai appris, moi, quand j’étais en Allemagne à l’école où on avait beaucoup moins d’heures de cours. Je n’ai pas l’impression d’être sortie de mon bac avec un bagage (23) inférieur à celui qu’auront mes deux filles. Alors, comment ça s’explique ? Je sais pas.
– Ils rentrent à 18 heures, ils ont encore des devoirs, ils doivent préparer des contrôles. Et entretemps, ils doivent manger et se laver les dents… je sais pas, j’ai… Ils font rien d’autre, quoi ! Et j’ai toujours l’impression qu’en Allemagne, à mon époque, c’est sûr, on finissait à 2 ou 3 heures de l’après-midi, on avait des devoirs, certes (24), mais après, on avait une vraie vie.
– A mon avis, on met pas assez le curseur sur les activités artistiques, culturelles, sportives. C’est ce qu’on a beaucoup eu en Allemagne. Un exemple tout bête : à l’école, en tout cas en Bavière, on apprend le solfège (24). Ça fait partie de l’enseignement. Je trouve ça important parce que beaucoup d’enfants en Allemagne apprennent un instrument sans être obligés d’aller au Conservatoire (25) ou de prendre des cours en plus.

Des explications :
1. c’est la raison pourquoi : normalement, on dit : c’est la raison pour laquelle… Sinon on dit : C’est pourquoi…
2. une légèreté de prendre la vie : il faut dire : une légèreté dans la façon de prendre la vie.
3. L’humeur : je ne sais pas si c’est bien ce qu’il dit, à cause de sa prononciation et parce qu’ensuite, il parle de l’humour. Si c’est bien le mot humeur, je pense qu’il voulait dire : la bonne humeur.
4. On adore : ce verbe n’est pas suivi de la préposition « de ». On dit : on adore jouer.
5. le deuxième degré : cette expression indique qu’on utilise des mots mais qu’il ne faut pas les prendre littéralement. Il faut les interpréter différemment, parce que la personne qui les dit veut faire de l’humour par exemple. En général, on dit plutôt : le second degré.
6. La façon dans laquelle on s’exprime : il faut dire : la façon dont on s’exprime
7. entre les lignes : cette expression fait écho à celle sur le second degré juste avant. Cela signifie qu’il faut dépasser les mots et comprendre ce qu’il y a derrière, les interpréter, décrypter le message.
8. Qui : ici, il faut dire : C’est un art que maîtrisent les Français. (Les Français maîtrisent l’art de jouer avec les mots.)
9. la cafétéria : en fait, il veut dire qu’il prend davantage le temps de déjeuner, comme le font un certain nombre de Français. (pas tous, contrairement aux clichés!)
10. tchatter : le mot anglais chat est passé dans la langue française, avec une orthographe transformée. Il aurait pu dire : bavarder, discuter.
11. Ça dépote : ça avance très vite, sans perte de temps. (familier)
12. un agenda : juste une petite remarque sur la prononciation : on ne prononce pas la deuxième syllabe avec le son « en » mais avec le son « ain »
13. pour moi, c’est bon : cela signifie qu’il n’y a rien de plus à faire, que c’est d’accord, comme elle l’explique ensuite.
14. On avait convenu = on avait décidé, on s’était mis d’accord. Normalement, ce verbe se conjugue avec l’auxiliaire «être» : nous étions convenus. Mais presque personne ne le sait, donc la plupart des Français pensent que ceux qui utilisent la forme correcte avec « être » font une faute.
15. Point : c’est le signe de ponctuation à la fin d’une phrase. Donc à l’oral, dire « Point » indique qu’il n’y a rien de plus à dire, que c’est comme ça. On dit aussi : Un point, c’est tout.
16. La fac : l’université. (abréviation familière de la faculté)
17. à l’époque : on utilise cette expression pour évoquer une période passée déjà un peu éloignée.
18. C’est pas grave : ce n’est pas important, ça n’a pas de conséquences. Cette phrase permet d’excuser quelque chose.
19. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : cette expression familière signifie qu’on ne peut pas avoir tous les avantages en même temps.
20. Baffer quelqu’un : mettre une baffe à quelqu’un, c’est-à-dire mettre une gifle / une claque à quelqu’un. (Très familier) On emploie cette expression au sens figuré en général pour dire qu’on est très irrité par quelqu’un. On entend plus souvent : j’ai envie de lui mettre des baffes.
21. Se balader : se promener (un peu plus familier). (avec un seul L, contrairement à ce qu’écrivent beaucoup de Français.)
22. versus : on entend de plus en plus ce mot qu’emploient les anglophones. En français, jusque-là, on disait par exemple : comparé à
23. un bagage : des connaissances, des compétences
24. Certes = c’est vrai
25. le solfège : l’écriture de la musique. Donc faire du solfège, c’est apprendre par exemple à lire une partition.
26. un Conservatoire: en général, c’est une école de musique, où il n’est pas toujours facile d’entrer, selon le niveau de ce lieu de formation musicale.

Clichés, idées reçues et vérités :
– Personnellement, je suis toujours à l’heure à un rendez-vous et au travail ! Dans mon entourage et dans mon milieu professionnel, je connais très peu de gens qui ne sont pas à l’heure. Mais c’est vrai que certains Français sont de façon chronique incapables d’être à l’heure, ce qui n’est pas particulièrement bien vu, même en France !
– Personnellement, je n’ai jamais jeté un papier par terre, je n’ai jamais fait déborder une poubelle, mes parents, mes grands-parents nous ont éduqués comme ça. Mes enfants, mes amis, mes connaissances sont respectueux eux aussi de leur environnement. Mais c’est très vrai que ce n’est pas le cas de tout le monde, à Marseille notamment ! Cela nous choque de voir ce manque d’éducation et de civisme qui salit une si belle ville. Haro sur les incivilités!
– Oui, beaucoup de propriétaires de chiens ont encore d’énormes progrès à faire! Oui, cela nous agace profondément de voir l’état des trottoirs quand les maîtres ne respectent pas les règles élémentaires de propreté.
– Oui, oui, oui, nous avons d’énormes progrès à faire pour que tous les enfants aient accès aux activités artistiques. C’est effarant de voir que si peu d’entre eux font de la musique, parce que le système est trop élitiste en France et que les cours de musique dans les collèges ne sont pas pris au sérieux. De quel plaisir tous ces enfants sont-ils privés !

Et pour finir, quel beau français ont ces deux Allemandes !

L’émission tout entière est ici.

Cartes de voeux

Cartes de voeux

C’est la période des traditionnels voeux de bonne année. Aujourd’hui, il n’y a que l’embarras du choix : par SMS, par mail, par cartes virtuelles, sur les réseaux sociaux, au téléphone. Mais aussi avec un vrai stylo et une vraie carte sur du vrai papier! C’est le moment de l’année où nos boîtes aux lettres se remplissent d’autre chose que des factures (d’ailleurs de plus en plus rares sur du papier) ou des publicités. Et apparemment, ces cartes-là tiennent bon, malgré tout ce qu’on pourrait penser. Pour le plus grand plaisir des commerçants qui n’ont donc finalement jamais cessé d’en vendre :

les cartes de voeux

Transcription :
Ah bé (1), la carte de vœux cette année, oui, c’est vraiment même surprenant ! C’est beaucoup, beaucoup plus que les années précédentes – je dirais presque le double – tant et si bien que (2) je n’en ai pratiquement plus. Faut (3) que j’en reprenne, là (4), très prochainement. Très, très vite (4). Très, très vite, je sais pas pourquoi, aussi bien (6) les cartes de… de Noël que les cartes de vœux sont parties (7). Ils (8) ont retrouvé ça parce que en fait, ça laisse une… une trace. Ils sont contents deux, trois ans (9) après de ressortir des tiroirs une carte qui a été envoyée par quelqu’un de la famille ou ami et ils ont plaisir à la relire, à revoir l’émotion du moment. La carte, elle laisse vraiment une trace. Paraît que (10) partout, partout la carte aurait repris, d’après mes fournisseurs, hein. Ah oui, oui, oui, il faut que je restocke un petit peu parce que sinon, je vais pas tenir le coup* (11), c’est pas possible. Mais tant mieux ! (12) Tant mieux, parce que c’est quand même un petit peu aussi la base des fêtes.

Quelques détails :
1. Ah bé : c’est comme Ah bah (qui est ce qui reste à l’oral de Eh bien). On entend le son « é » dans le sud de la France.
2. tant et si bien que : cette expression marque la conséquence. C’est comme : à tel point que / au point que.
3. Faut que : il faut que.
4.  : comme très souvent à l’oral, « là » a perdu son sens strictement spatial et s’intercale naturellement dans la phrase, pour désigner la situation dans laquelle on se trouve.
5. Très vite : il manque la question qui devait être quelque chose comme : Elles se sont bien vendues ? / Vous avez vendu vos cartes de vœux ?
6. Aussi bien… que… : cette expression sert à mettre en valeur de façon égale les deux choses qu’on mentionne. Par exemple: Je lis beaucoup, aussi bien de vrais livres que sur ma liseuse.
7. Les cartes sont parties : quand on parle de produits qu’on vend, le verbe partir indique que tout s’est vendu, qu’il n’en reste plus.
8. Ils = les gens
9. deux, trois ans : à l’oral, on omet souvent « ou » dans ce genre d’expression avec des petits chiffres qui se suivent : Il y avait quatre, cinq personnes. / C’était il y a sept, huit mois. / On se voit deux, trois fois par an. Mais on ne le dit pas avec un-deux. On dit : un ou deux ans / une ou deux fois / une ou deux personnes, etc.
10. Paraît que… : Il paraît que… A l’oral, de façon familière, on omet souvent ce pronom « il » impersonnel. Cette expression signifie qu’on a entendu dire ça.
11. Tenir le coup : résister, faire face à une situation compliquée. (familier) Donc ici, cela signifie qu’il ne pourra pas répondre à la demande.
12. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on se réjouit de quelque chose, pour soi-même ou pour les autres.

Cartes parfois convenues, poliment traditionnelles: « Bonne année, bonne santé. »
Mais aussi cartes qui permettent de renouer des liens distendus.
Ecritures variées, au stylo, à l’encre. Toutes ces choses dont on a un peu perdu l’habitude !
Cartes choisies, sincères, inattendues.
Je vous en lis quelques-unes :

Voeux

Transcription:
– En cette fin d’année, nous vous souhaitons tout ce que vous désirez, depuis les Antilles (1) où nous passons de bien agréables vacances. Amicalement.
– Chers tous, nous vous souhaitons une bonne année, une bonne santé et beaucoup de moments de bonne humeur et de joie. J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir et encore bonne année. Bises à tous.
– Bonjour à tous, et meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Qu’elle vous apporte beaucoup de bonnes surprises. Merci à Anne pour les nouvelles, cela fait toujours grand plaisir. Allez, gros bisous, et à bientôt j’espère.
– Toute la famille se joint à moi pour venir vous souhaiter à tous une bonne et heureuse année. Toutes nos amitiés.
– Nos meilleurs vœux à vous quatre, avec des satisfactions professionnelles et familiales. Tout le bonheur possible !
– Madame, je vous souhaite une bonne fête, une bonne année avec plein de bonheur. Je vous remercie beaucoup de toutes vos aides et de votre encouragement pour mes études ici. Ce tableau est l’image de la fête traditionnelle du Nouvel An au Vietnam. Un petit cadeau de tout mon cœur. Une étudiante vietnamienne en France.

* Tenir le coup : voici des exemples courants. On l’emploie souvent à propos de personnes mais pas toujours.
– Tu n’es pas trop fatigué avec ce décalage horaire ? Tu vas tenir le coup jusqu’à ce soir ?
– Elle était stressée. Elle n’a pas tenu le coup pendant son oral.
– J’espère que ma réparation va tenir le coup !

Corps à corps

Il se passe beaucoup de choses à l’Opéra de Paris, côté danse, grâce à toutes les initiatives de Benjamin Millepied, Directeur du Ballet de l’Opéra. Atmosphère de changement, ouverture.
Trois scènes: Garnier, Bastille et la 3è scène sur internet.
Des créations comme Relève, avec le corps de ballet.
Des documentaires sur le travail qui aboutit à ces oeuvres.

RelèveCliquez ici pour regarder la bande annonce de Relève

Les regarder danser rend heureux.
Les écouter parler de leur travail et du corps des danseurs aussi.
Voici d’abord Angelin Preljocaj, passionnant comme toujours, dans tout ce qu’il fait et dit.
Puis Benjamin Millepied, dans un autre style.

Ecrire la danse – Le corps, A. Preljocaj

Transcription:
La danse, c’est un art fabuleux, qui a une force incroyable, qui devrait marquer l’histoire de l’humanité et on est là à se dire : Ah oui, c’est éphémère. Mais c’est pas plus éphémère, je vous le répète, que la musique, hein, ou que le théâtre ou que n’importe quoi. La seule différence, c’est que on n’a… On s’est pas soucié de noter ça. Et si on va plus loin encore, je peux vous dire pourquoi. C’est lié à la religion, parce que en fait, si on réfléchit bien (1), l’écriture de la musique, pourquoi elle s’est développée ? Parce que c’est les prêtres qui ont commencé à noter les chants grégoriens, et c’est eux qui avaient le pouvoir de l’écriture et du savoir. Et on a toujours noté la musique parce qu’elle transcendait Dieu, la conscience religieuse. Mais le corps, objet du péché, il était hors de question de noter ça. C’est pour ça qu’on a toujours mis ça à l’écart. Donc tout ça peut très bien s’expliquer. Mais on va pas continuer avec ces conneries (2) !

Les danseurs et leur corps Benjamin Millepied

Transcription:
– La notion d’accompagnement du danseur… Vous avez tenu à (3) ce qu’il y ait plus de médecins et plus de kinés (4) par exemple au quotidien avec eux. Mais il y avait déjà un suivi médical du temps de Brigitte Lefèvre.
– Il y avait… Il y avait deux kinés effectivement. En fait, ce qui existe pas… Mais en fait, ce qui existe pas du tout en France, en fait même carrément du tout, du tout (5), c’est la spécialité de la médecine de la danse pour le ballet.
– C’est ça que vous faites entrer à l’Opéra ?
– En fait oui… C’est pas fini parce que je… On n’est pas arrivé au bout du projet pour l’instant. On a aujourd’hui un médecin du sport, un chirurgien qui aujourd’hui sont là quotidiennement. Les danseurs peuvent s’appuyer sur eux. On a… Mais cette spécificité vraiment pour moi de la médecine de la danse, la spécialité de savoir, comme c’est le cas pour un athlète d’athlétisme, qui existe à travers le monde, hein, qui existe en Angleterre, qui existe même aujourd’hui à Monte Carlo, au Danemark, tout ça, on est encore en train d’amener ça à l’Opéra de Paris, j’ai pas encore réussi, je suis pas arrivé encore au bout de ce projet.
– Je comprends mieux pourquoi vous avez…
– Et que moi, j’ai bénéficié (6) pendant plus de vingt ans, hein, et que tous… tous les danseurs dans toutes les compagnies du monde… Ce que ça veut dire, ça veut dire on commence à avoir mal quelque part, on a quelqu’un qui va vous faire le bon strap, va vous dire : « Ouais, tu peux continuer mais faut faire tel exercice. » C’est un suivi, c’est… c’est.. c’est… On peut pas faire ce métier aujourd’hui sans. C’est comme les planchers, danser sur des planchers qui sont adaptés vraiment à la danse, en 2015, quand ça existe partout dans le monde entier, même dans les petites écoles de banlieue, c’était très, très important de changer ça à l’Opéra de Paris. Et il faut encore le faire à l’Ecole (7) parce que c’est pas encore le cas à l’Ecole.
– Est-ce qu’il y a moins d’accidents depuis que… Est-ce qu’il y a moins d’accidents depuis que vous êtes, là, grâce à ces changements de plancher et à cette médecine ?
– C’est une culture du corps de… de… qui doit aussi… qui doit évoluer, qui doit changer, c’est-à-dire que les danseurs doivent apprendre… C’est un rapport au cours, c’est-à-dire que c’est aussi… Il faut être au cours tous les jours, c’est une question de maintien (8), c’est une question de savoir s’étirer, savoir avoir quelqu’un qui vous suit. Ça va prendre du temps. Aujourd’hui, oui, je pense qu’il y a moins de blessures mais on a encore du travail à faire.
– On vous voit aux petits soins (9) avec les danseurs et avec leur corps, vous leur parlez beaucoup de la nécessité de prendre soin d’eux parce que leur corps va travailler longtemps – ils sont jeunes, ceux à qui vous vous adressez. On vous voit même saisir le pied d’une jeune fille et lui faire volontairement mal pour qu’elle sente bien son pied !
– Non, c’est qu’elle a un problème au pied que je connais très bien parce que moi, je me suis déchiré la voûte plantaire (10) pendant ma carrière, les deux, donc l’aponévrose, donc c’est quelque chose que je connais très bien, donc c’était juste des indications sur ce qu’il faut faire, des straps pour des entorses (11), des choses comme ça, je les ai tellement faits que je peux les faire comme… Donc ça, c’est normal mais ce… C’est… c’est en fait, c’est des carrières qui vont très vite, et on a notamment… on a une maturité, hein, bon voilà, une compréhension du travail, tout ça, qui… qui grandit. On va… On gagne de l’expérience mais en même temps, le corps, c’est un déclin physique, donc ce qui est dur, c’est justement de pas se retrouver à 35 ans où justement, on n’est plus en manière… enfin en capacité (12) forcément de ce qu’on avait quand on avait 25 ans et de se rendre compte que c’est à ce moment-là que : « Ah mince (13) ! Mais en fait, j’aurais vraiment dû m’occuper de mon corps et j’aurais vraiment dû être au cours tous les jours . » Donc il faut… Il y a un accompagnement. Il faut qu’ils aient conscience du travail qu’ils doivent faire tous les jours et il faut qu’ils aient conscience de leur… comment ils doivent s’occuper de son corps… de leur corps et tout ça. Donc ça, c’est… c’est… On est, nous, responsables… En fait, faut pas oublier, voilà, on est… On a cette responsabilité-là d’éduquer, comme on a la responsabilité d’éduquer à l’Ecole sur plein de sujets, c’est pareil pour… pour la compagnie. (14)

Quelques détails:
1. si on réfléchit bien : si on analyse les choses en profondeur
2. ces conneries : ces bêtises, ces idioties ( très familier)
3. tenir à : vouloir vraiment quelque chose parce qu’on estime que c’est très important. Par exemple : Je tiens à m’occuper des jeunes. / Je tiens à ce que les jeunes soient aidés.
4. Un kiné : abréviation de kinésithérapeute. Les kinés sont les spécialistes qui s’occupent de la rééducation physique après un accident par exemple, ou quand on a des problèmes de mobilité.
5. Du tout, du tout  = pas du tout. Il ne répète pas « pas » parce qu’il l’a dit juste avant.
6. J’ai bénéficié : il manque un pronom : J’en ai bénéficié / J’ai bénéficié de ça.
7. L’Ecole : il s’agit de l’école de danse de l’Opéra de Paris.
8. Le maintien : c’est la façon de bien se tenir physiquement.
9. être aux petits soins avec quelqu’un : être très attentif à cette personne, tout faire pour bien s’en occuper.
10. La voûte plantaire : c’est la partie sous le pied.
11. Une entorse : c’est lorsqu’on se tord la cheville par exemple. On dit qu’on se fait une entorse.
12. Être en manière / être en capacité : ces formulations ne sont pas très françaises. On dit plutôt : être capable de…
13. Ah mince ! : c’est une exclamation orale. (mais pas vulgaire)
14. une compagnie : dans le domaine artistique, c’est une troupe de danseurs ou d’acteurs.

L’émission entière est ici.

Haro sur les paresseux !

Poil dans la main

Avoir un poil dans la main: être paresseux.
(expression familière)

L’extrait de l’interview est ici.
A écouter et regarder.
(Parce que la gestuelle en dit long aussi.)

Ou pour juste écouter:
Un poil dans la main

Transcription:
– […] la formation professionnelle, on a l’impression que c’est l’alpha et l’omega. C’est… C’est votre idée aussi ? Ou ça sert à déguiser les chiffres (1)?
– Je vais vous dire: la formation professionnelle, c’est indispensable. Ce qui compte le plus, c’est la motivation professionnelle. Nous avons des Français qui ont des poils dans la main (2), il faut le savoir, c’est-à-dire qui… « C’est trop dur », « C’est trop loin », « C’est pas ce que je veux. » « Vous comprenez, moi j’ai été formé pour faire du théâtre (3) et on me propose de faire du commercial. » Bah, non !
– Vous généralisez peut-être un tout petit peu ?
– Pas tant que ça ! Pas tant que ça !
– Le poil dans la main, c’est une formule qui risque de rester alors.
– C’est une vérité.
– Une vérité ?
– Tous les employeurs qui vous disent, il y a des jeunes qui viennent pointer chez moi et qui me disent: « Surtout, ne me proposez rien. J’attends plusieurs mois avant de » (4).

Quelques détails:
1. déguiser les chiffres: ce sont les chiffres du chômage. Les gens qui suivent une formation ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage.
2. des poils dans la main: ce n’est pas la bonne expression en français. On n’a pas des poils mais UN poil dans la main. Cette expression familière s’emploie à propos de ceux qu’on trouve paresseux.
3. formé pour faire du théâtre: l’exemple n’est pas choisi au hasard par cet homme politique de droite, qui a commencé sa carrière à l’extrême droite. S’attaquer à ceux qui travaillent dans la culture rencontre un écho favorable chez certains Français d’extrême-droite et de droite, qui les considèrent comme des inutiles, des parasites qu’on indemnise à ne rien faire. Le ton et le geste de ce politique expriment bien son mépris.
4. avant de: il ne termine pas sa phrase, qui est donc incorrecte. Il veut dire que certains préfèrent profiter de la période où ils ont droit aux allocations chômage pour ne rien faire plutôt que retrouver un emploi tout de suite. Il oublie de préciser qu’effectivement, les emplois proposés ne conviennent pas toujours, obligent les gens à déménager (sans leur famille), à faire de longs trajets, etc.

Un peu plus tard dans l’interview, il accuse les gens de vouloir commencer tard et terminer tôt.
Bref, le discours habituel – méprisant – sur la propension à la paresse des Français et la responsabilité des chômeurs dans leur situation.
Cela évite de parler de la responsabilité de la politique que nous font à tour de rôle ces hommes au pouvoir !

Haro ! : ce terme est utilisé pour susciter l’indignation, la réprobation des autres sur quelqu’un.

Et après

Le chat du rabbin

Après le 13 novembre, tout a été dit, tout continue à être dit. Encore une fois, on tente de comprendre comment marche le monde. Explications géo-politiques, économiques, religieuses, philosophiques, sociologiques, psychologiques, pour penser ce qui dépasse l’entendement. Juste après les attentats, Joann Sfar, le dessinateur du Chat du rabbin, répondait à chaud aux questions d’Augustin Trapenard à la radio, et c’était une façon de poser le problème.

Joann Sfar et le 13 novembre

Transcription:
Quand on s’attaque à la France, Joann Sfar, à Paris, quand on s’attaque à des gens attablés à des terrasses de café, réunis dans une salle de concert ou dans un stade pour un match de foot, on s’attaque à quoi ?
– Moi, ce qui me paraît important, c’est de savoir que les mitraillettes ont tué indifféremment des Arabes, des blancs, des noirs, des gens de toutes les couleurs, de toutes les religions. Tout le monde est victime pour peu (1) qu’il adhère à notre mode de vie, qui consiste à ne pas considérer la religion d’autrui, qui consiste à tout partager. Alors, je suis le premier à m’insurger quand on demande aux Musulmans de France de se justifier, parce que c’est des citoyens comme les autres, ils ont pas le droit… Ils ont pas à le faire et en même temps, il y a dix mille individus radicalisés sur notre sol. On tolère les jeunes gens qui reviennent de combats en Syrie, on les laisse se promener dans la rue. Et il y a un désarroi, et (2) des imams, et des professeurs, et des gens des quartiers qui savent que quand ils signalent un individu (3), il ne se passera rien. Moi, ça fait un an que je parle dans les écoles, dans les lycées, que je rencontre des gens, et les gens se sont sentis lâchés (4) par l’administration, pas par méchanceté idéologique mais par manque de moyens. Donc il me semble qu’il est temps d’épauler (5) ceux qui, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur couleur, ont envie de se lever contre ce retour à l’âge du bronze (6) et de la violence. Il y a un relais citoyen qui est essentiel, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, chacun doit apprendre à se protéger, je parle pas physiquement (7), je parle idéologiquement. Il me semble qu’il faut rappeler que notre spiritualité, c’est les musées. Notre sexualité, elle mérite pas qu’on crache dessus, on n’est pas des dépravés (8). On est un pays où les hommes et les femmes sont libres, on est un pays où des hommes et des femmes de même sexe ont le droit de s’embrasser. S’il y a des gens que ça rend malades, tant pis pour eux. Maintenant, c’est dommage qu’on ait laissé aussi… On fait la leçon aux Musulmans de France mais c’est pas les Musulmans de France qui ont laissé le Qatar financer nos stades de foot. Je… Je veux dire nos élites se sont vendues à des pays de l’âge du bronze pour des raisons d’argent, de la même manière qu’à d’autres époques, on se vendait à toutes sortes d’occupants.
Qu’est-ce qui la menace, l’unité, aujourd’hui à votre avis ?
– Tout. Tout. Moi j’ai très peur aussi du passage à l’acte de l’extrême droite, qui nous pend au nez (9).
La récupération ? (10)
– Bien sûr. Et il faut savoir qu’on n’est pas sous menace pendant deux jours ou pendant trois jours, on va être sous menace pendant des années, c’est-à-dire qu’il va y avoir… Moi, je pense au GIA. Je pense à l’Algérie. Les amis qui me comprennent le mieux, ce sont les Algériens qui disent : «  Au début, on se moquait des barbus du GIA et après, on a eu deux cent mille morts. » Et donc regarder l’Algérie d’il y a vingt ou trente ans, c’est comprendre très bien là où on se trouve aujourd’hui. Il faudrait des mesures éducatives pour encadrer ces gosses. Quand un…. A Nice, quand un gamin… quand on a empêché un gamin de partir pour le djihad, on impose… on lui impose une heure de psychanalyste par semaine. J’ai dit la phrase la plus con (11) du monde. J’ai dit : « Faudrait des profs de gym (12). » Il y a des gamins qui sont paumés (13), qui ont envie d’encadrement, qui ont envie de violence, évidemment qu’il faut des bibliothèques, évidemment qu’il faut des profs de gym. Quand j’ai… J’ai commencé ma carrière comme Aide aux devoirs (14) à Bagnolet, il y avait huit stades de… huit stages de foot pour 800 élèves. Et on me disait : « En donner cent, ça coûterait trop cher ». Vous imaginez ce qu’on aurait économisé à l’époque si on avait encadré cette jeunesse! Il y a pas un enfant qui préfère l’islamisme à la culture. Ils tombent dans l’islamisme quand il y a pas de bibliothèque ouverte dans leur quartier. Je… Je… On va encore dire que je suis naïf. Mais moi, je peux pas tenir une arme, je peux pas faire la protection, mon seul métier, c’est de faire des dessins. Et je crois que notre… Je crois qu’il faut avoir confiance dans notre art, dans notre littérature, dans notre civilisation. La littérature, c’est plus riche que la pensée religieuse. Et ça, il faut oser le dire, parce que c’est assez curieux, ce qui s’est passé. J’ai commencé à mettre sur internet : « Ne priez pas pour nous, pensez » (15), ou je sais plus quoi, et ce sont des religieux américains protestants qui s’en sont pris à moi (16). Donc je me dis, c’est marrant, il y a une résurgence de la pensée médiévale du « Si tu pries, ça va te protéger ». C’est très bien, c’est la spiritualité, mais c’est pas là-dessus que s’est construit (16) la France. Moi je veux pas des idées du Front National, je veux pas des idées des radicaux religieux. Donc il va bien falloir être capable de développer nos idées à nous, même si elles ont l’air faibles parce que ‘elles contiennent du doute, mais ce doute, c’est notre force.

Quelques explications :
1. pour peu que : simplement parce que, juste parce que
2. et… et…. et : la répétition de « et » devant chaque terme de l’énumération sert à les mettre en valeur, donc à souligner ici que tout le monde est démuni.
3. Un individu : une personne, quelqu’un. Mais ce terme n’est pas tout à fait aussi neutre et a une nuance négative en général.
4. Se sentir lâché : se sentir abandonné, pas soutenu.
5. Épauler : apporter de l’aide, un appui.
6. L’âge du bronze : c’est un moyen d’exprimer l’idée d’un retour aux premiers temps de l’Humanité, à la Préhistoire.
7. Je parle pas physiquement : il vaudrait mieux dire : Je ne veux pas dire physiquement.
8. Un dépravé : quelqu’un qui n’a aucune morale.
9. Ça nous pend au nez : cette expression signifie que quelque chose nous menace et risque vraiment de se produire. Il y a de fortes chances que cela nous arrive. On l’emploie à propos de quelque chose de négatif.
10. La récupération : c’est lorsqu’un parti politique utilise des événements pour faire basculer les gens dans son camp. L’extrême-droite utilise des tragédies comme celle des attentats à Paris pour développer ses thèses racistes, nationalistes, sécuritaires et extrémistes et trouve plus facilement un appui dans la population.
11. La phrase la plus con : la phrase la plus stupide. (très familier)
12. un prof de gym : un prof (professeur) de sport. C’est l’expression qu’on emploie très souvent, même s’il ne s’agit pas de gymnastique, mais de tous les sports.
13. Être paumé : être perdu, au sens propre ou au sens figuré. (familier) Au sens figuré, cela signifie qu’on ne sait pas quoi penser, qu’on n’a pas de repères.
14. Aide aux devoirs : ce sont des gens qui aident les élèves à faire leurs devoirs après la classe, dans les milieux défavorisés, pour leur donner toutes les chances de réussir.
15. Sur internet : il a un compte instagram où il a posté des dessins, qui ont été critiqués.
16. S’en prendre à quelqu’un : critiquer, attaquer quelqu’un
17. s’est construit… : il faudrait accorder au féminin: Ce n’est pas là-dessus que s’est construite la France. Il y a inversion du sujet et du verbe, comme souvent en français. On peut dire de façon tout à fait équivalente: Ce n’est pas là-dessus que la France s’est construite. Il n’y a pas de nuance particulière.

L’émission entière est ici.

Il faut voir ou revoir le film Tombouctou.

Paris

DSC_0390a

DSC_0462c

DSC_0399a

Oui, nous apprendrons à nos enfants le plaisir de marcher libres dans les rues, de s’asseoir aux terrasses des cafés, de danser et de chanter. Nous remplirons leurs têtes de tout ce qui est du côté de la vie, de l’intelligence et de la beauté. Nous ferons en sorte qu’ils grandissent avec la certitude que tous les rêves et les espoirs leur sont permis, dans cette vie, sur cette terre. Nous leur permettrons d’imaginer que lorsqu’on a vingt ans, tout est à construire, rien n’est à détruire dans la haine et la barbarie.

Entendus ce matin à la radio, quelques échos tout simples, le jour d’après :
Vendredi 13 novembre 2015

Transcription:
– Ça en fait beaucoup de peine. Voilà. J’ai beaucoup de peine (1). Très bizarre. Même si j’ai… j’ai perdu personne et tout ça, mais je me dis… ça aurait pu arriver à ma fille, mes enfants qui devaient être… voilà, quoi, ça aurait pu arriver à eux (2), quoi. Je suis retourné (3). Je sais pas comment j’agirais si un jour, ça arrivait un truc comme ça.

– Dans ma tête, il y a un tas de choses qui se passent mais voilà, après, voilà, c’est triste. C’est juste je trouve pas les mots pour exprimer le… ce que ça… parce que c’est douloureux aussi. Franchement, moi je comprends pas ce qui se passe. On est dans un monde… dans un monde noir. C’est terrifiant, c’est…
Vous êtes en état de choc ?
Ouais, ouais, comme tout le monde, hein. Comme tout… voilà. Comme tous les Parisiens et comme tous les êtres humains. Nous surtout, les Parisiens, parce qu’on vit ici, c’est horrible. Personne n’est à l’abri (4), après, voilà. Pourquoi tuer comme ça, gratuitement ? Mais pourquoi (5) ? Mais pourquoi ? Franchement, c’est pour quoi ? Voilà.

– Malgré tout, vous, toutes les trois, vous avez tenu à (6) venir, un samedi soir, prendre un verre ici (7). Pourquoi c’est important pour vous ?
– On voulait pas rester enfermées chez nous, pour… enfin, à rien faire, on se serait senties mal. Enfin, moi, je sais que je… déjà, d’être toute seule, j’avais pas envie d’être toute seule. Rester chez nous ce soir, c’était leur donner un peu raison (8), et avoir peur et rester cloîtré (10), c’était leur donner raison et on n’a pas envie de leur donner raison, même si ça nous touche beaucoup forcément et que c’était un peu dur, oui, de sortir… enfin, on n’était pas rassurées quand on est sorties mais tout ne s’arrête pas parce que… parce qu’ils ont décidé de semer la terreur un peu partout.

Quelques explications :
1. avoir beaucoup de peine : avoir beaucoup de chagrin, être profondément triste. L’expression de base, c’est avoir de la peine. Et donc on peut nuancer : avoir un peu de peine – avoir beaucoup / énormément de peine.
2. Arriver à eux : normalement, on dit : ça aurait pu leur arriver. Pour insister, on dit : ça aurait pu leur arriver à eux. C’est ce qu’il voulait dire mais à à l’oral, et dans l’émotion, il s’est concentré sur « à eux » uniquement.
3. être retourné : être bouleversé.
4. Être à l’abri : être en sécurité, à l’écart du danger, protégé.
5. Mais pourquoi ?/ Mais pour quoi ? : on peut le comprendre et donc l’écrire de deux manières différentes. La deuxième question signifie qu’on se demande au nom de quoi, au nom de quelle cause de tels actes sont commis.
6. Tenir à faire quelque chose : vouloir vraiment le faire, juger que c’est nécessaire de le faire.
7. Prendre un verre : cette expression exprime l’idée de se retrouver à plusieurs dans un café, pour partager un bon moment ensemble.
8. Leur donner raison : ici, elle veut dire que cela signifierait qu’on se laisse dominer par eux, qu’on ne réagit pas.
9. Rester cloîtré : rester enfermé, sans sortir du tout.

Alors, chantons:
rien ne vaut la vie
« La vie ne vaut rien, Mais moi quand je tiens dans mes deux mains éblouies les deux jolis petits seins de mon amie, alors là je dis, rien, rien, rien, rien ne vaut la vie. »
Alain Souchon

%d blogueurs aiment cette page :