Elle et lui

Dans la cour FilmIl faisait trop beau pour aller s’enfermer dans une salle obscure aujourd’hui ! Un des ces soirs peut-être. Donc voici un film qui est sur la liste des possibles.

Pourtant, je ne suis pas tout à fait sûre !
– Je me rends compte que les grands films pour moi se passent rarement dans des univers qui me sont familiers. (C’est probablement pareil pour beaucoup d’entre nous : besoin de dépaysement)
– J’ai toujours un peu peur de ne voir que « Catherine Deneuve » et pas le personnage qu’elle incarne. C’est probablement le cas avec ces monstres sacrés du cinéma dont on garde les autres rôles en mémoire.

Mais ce contraste entre elle et lui dans cette cour d’un immeuble parisien a quelque chose d’attirant, avec leur côté un peu fêlé, pas glamour ! Et ça me plaît de voir que de grandes actrices comme Catherine Deneuve continuent à incarner des personnages au cinéma, encore et toujours. Et de toute façon, j’ai écouté Pierre Salvadori parler de son film, de son travail, de ses relations avec ses acteurs, de lui-même, de la vie, et je me dis que son film a forcément quelque chose. (Je partagerai ça avec vous dans un autre billet.)
Peut-être certains d’entre vous ont-ils déjà vu ce film. Alors, séduits aussi ?

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :
– Votre employeur, ces deux derniers mois, vous a trouvé angoissé. Il a préféré ne pas renouveler le contrat.
– Mais vous avez autre chose ?
– Gardien d’immeuble.
– Vous avez envie de faire ça ? C’est important pour vous ?
– Bah oui, c’est important pour moi. Nettoyer, dormir et plus penser, je pourrais tuer pour ça, moi !
– Ah oui, mais vous leur dites surtout pas ça, hein !
 
– Je le trouve très bien. Il est gentil, poli et il a pas l’air sûr de lui.
– Ah, formidable.
– Mais oui, formidable ! Moi, j’aime les gens pas sûrs d’eux. Au moins, ils s’appliquent. (1)

– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est parce qu’il y avait une tache (2), là, regardez.
– Mais il est trois heures du matin, monsieur !
– Ah !

– Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas parlé du salaire.
– J’imagine qu’il y a pas de surprise : pas de stock options, pas de golden parachute.
– Non.
– Bon ben, OK quand même, hein.

– Mais enfin (3) Mathilde, qu’est-ce que tu fais ?
– C’est cette fissure, là, qui m’inquiète depuis plusieurs jours.
– Ah ! Qu’est-ce que vous faites là ?
– C’est votre mari qui m’a demandé de poser du papier sur la fissure, là. [… faire quelque chose].
– D’accord, d’accord. On ne la voit plus !
– Ah bah non, non, on la voit plus.
– C’est bien ce que je dis, on voit plus rien !

– Antoine, je crois que Serge veut me faire interner. (4)

– Je me sens seule, tu comprends pas ? Personne ne m’aide. Personne ! Il y a qu’Antoine !
– Vous êtes tellement gentil, Antoine. Je sais pas si c’est vous qui me bouleversez ou si je suis dans une phase complètement déprimée.

– Il est en fonte (5), ce vélo !
– C’est parce que tu es en bas. C’est pour ça que c’est galère (6). Moi, ça va.

– Ça va pas. Je suis là, en train de tartiner du boursin (7), je ferais mieux…(8) je devrais vous dire quelque chose mais je… je sais pas quoi.
– Dites-moi que vous me comprenez.
– Je vous comprends.

– C’est pas un Vélib, ça ?
– Hein ?(9) Non. Non, non.

– Mathilde, regarde, il parle tout seul.
– Oui. J’ai toujours aimé le côté convivial (10) de la fonction. Oui, oui.
– Eh bah tant mieux ! Comme ça, au moins, il ne s’ennuiera pas.

Quelques détails :
1. s’appliquer : faire de son mieux, faire quelque chose consciencieusement.
2. Une tache : à ne pas confondre avec une tâche, comme je l’ai vu plusieurs fois dans des titres d’infos sur internet. Une tache est un endroit sali sur une surface. Une tâche est un travail qu’on doit accomplir. La prononciation est la même bien sûr mais à l’écrit, la présence de l’accent ou pas évoque immédiatement un sens ou l’autre.
3. Mais enfin : le fait de rajouter enfin montre qu’il est plus agacé que s’il disait juste « Mais Mathilde ». (Le ton est important bien sûr).
4. Faire interner quelqu’un = mettre quelqu’un en hôpital psychiatrique.
5. La fonte : matériau qui pèse lourd. Les Vélibs, les vélos parisiens qu’on peut louer en libre service, sont très lourds, pour être costauds et résister à tous les utilisateurs.
Autre remarque : Comme souvent à l’oral, on commence par le pronom sujet et on mentionne ensuite le nom (Il … ce vélo) Personne ne dira : Ce vélo est en fonte, dans cette situation. Ce serait trop plat, ça n’exprimerait pas ce que ressent celui qui a du mal à porter ce vélo.
6. C’est galère : c’est difficile. (familier)
7. Le Boursin : c’est un fromage à tartiner (à l’ail et aux fines herbes souvent) qui a eu son heure de gloire dans les années 70 ou 80 ! (Mais on le trouve toujours sans problème.) Pour les amateurs de fromage, ce n’est pas du fromage !
8. Je ferais mieux… : On n’entend pas bien ce qu’il dit. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ça. Si vous entendez mieux que moi, dites-le moi !
9. Hein ? : On dit ça quand on n’a pas compris ou entendu ce que quelqu’un a dit et si on veut que cette personne répète. On peut dire aussi : Quoi ? Mais Hein et Quoi sont familiers. Donc on apprend aux enfants qu’il faut dire à la place : Comment ?
10. Convivial : une situation qui favorise des relations sympathique avec les autres.
11. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on est content de quelque chose. Par exemple : J’ai terminé tout ce que j’avais à faire. Tant mieux ! Le contraire est Tant pis ! Par exemple : J’ai oublié de commander les pizzas. Tant pis, on va se débrouiller autrement.

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2 responses to “Elle et lui”

  1. Rick Ellis says :

    Bonjour ! C’était juste il y a quelques jours que j’ai découvert ce site web et votre blog, alors tout d’abord je voudrais vous dire combien ça me plaît et ça m’aide, aussi, le long du chemin caillouteux de mon apprentissage en français. J’habite aux Etats-Unis mais je suis un « inconditionnel » pour presque toutes choses françaises, y compris le cinéma français dont je suis fan depuis les années 80s quand j’ai vu mes premiers, notamment « Ni toit ni loi » (intitulé « Vagabond » en anglais) avec la jeune Sandrine Bonnaire dans une petite salle de cinéma un soir mémorable à Manhattan… Je n’étudie que le français depuis bien plus récemment, et ça me pose toujours un défi de suivre le dialogue dans des films français. Mais le ciné parle aussi visuellement, après tout, et dès que j’ai vu ces premiers films dans les années 80s, je savais que le cinéma français est différent que le cinéma américain.. De ce premier, j’ai aperçu quelque chose de plus courageux, de plus beau et bref, de plus humain. Et depuis ce temps-là, j’ai aperçu cette différence dans des dizaines de films français que j’ai vu. (Ça va sans dire, mais on peut garder les films hollywoodiens, ce sont absolument pas pour moi.)

    J’aime ce que vous dîtes sur la « peur de ne voir que ‘Catherine Deneuve’ et pas la personne qu’elle incarne », et que c’est probablement de même avec d’autres « monstres sacrés du cinéma… » C’est une peur bien fondée, non ? Je ne peux pas me rappeler la dernière fois que j’ai vu un film avec Robert DeNiro, mais ce n’était pas plus récent que « Goodfellas », j’en suis sûr. Alors aujourd’hui, si j’irais au ciné pour le regarder dans un de ses films plus récents (qui me semblent, à distance des bandes-annonces, un mélange de mauvais films actions et mauvaises comédies-romantiques), je sais que je ne verrais que « Robert Deniro » à l’écran, et que je serais en toute probabilité gravement déçu. Ce serait bien normal, ayant vu les interprétations du jeune Deniro dans des films comme « Taxi Driver », où il a semblé que l’écran puisse à peine le retenir.

    En tout cas, oui, ça m’intéresse à regarder « Dans la cour » tôt ou tard, c’est « tôt » si je peux revenir en France une fois prochainement, c’est « tard » si je dois attendre que le film fasse son apparition aux Etats-Unis (dans la salle ou sur les sites web dont le contenu est « disponible dans votre pays »). Ce serait peut-être plus pour l’histoire et le personnage joué par Gustave Kervern (qui je ne ^-connais pas, mais qui me semble formidable de la bande-annonce) que voir Catherine Deneuve. Elle est pour moi plus efficace dans des rôles et films autre que ce genre… »L’homme qui voulait vivre sa vie » (« The Big Picture » est le title anglais) me vient à l’esprit.

    Voilà mon loooooong commentaire ! Merci de me donner autant d’espace, j’espère que ça le mérite.

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    • Anne says :

      Bonjour et un grand merci pour ce long commentaire ! Pas de problème bien sûr. C’est très intéressant d’avoir votre avis et votre point de vue. Je sais qu’aux Etats-Unis, il y a des amoureux du cinéma français, peut-être pas très, très nombreux mais passionnés. De mon coté, il y a aussi tout un cinéma américain que j’aime. Une autre façon de raconter des histoires et dans d’autres lieux. C’est peut-être ça qu’on aime au cinéma !
      A bientôt

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