Cruauté ordinaire

harcèlement site gouvEtre populaire ou pas. Pour certains enfants ou certains adolescents, c’est une question angoissante lorsqu’ils se retrouvent les souffre-douleur des autres à l’école, au collège ou au lycée.

Victimes du sentiment de puissance que certains tirent de leur appartenance à une bande, à un groupe. Victimes de la cruauté quotidienne et lâche de ceux qui n’admettent pas les différences.

Les années collège sont probablement les plus difficiles de ce point de vue, avec des ados très grégaires, pour qui tout est dans le paraître et la conformité à ce que veut le groupe. C’est un phénomène qui a toujours existé, c’est vrai, mais qui est aujourd’hui amplifié par l’usage que font nos chers petits de leurs téléphones portables et des réseaux sociaux. Je me dis souvent que je suis soulagée que mes fils aient su / aient pu traverser tout cela sans encombre, et sans céder à la tentation de se ranger du côté de ceux qui se construisent en humiliant les autres.

Voici deux vidéos de la campagne du gouvernement français contre le harcèlement à l’école, toujours d’actualité. Des fictions qui n’en sont pas, hélas. Des mots et des actes qui collent parfaitement à la réalité:

harcèlement les injures

Transcription :
– On se dépêche. On se dépêche ! (1)
– Tu as vu ? Le gros porc (2) ! Ah, c’est dégueulasse (3)! Ça déborde de partout (4) !
– La tête qu’il a ! (5)
– Tu l’as déjà vu sortir avec quelqu’un ? (6)
– Tu es méchante !
– Non, mais je m’imagine !
– … tellement il est gros !
C’est bon (7), c’est pas méchant, c’était juste pour rigoler(8)!

Harcèlement les claques

Transcription :
– Alors Maxime, ça va ? Qu’est-ce (que) tu fais là ? (9)
– Tu sais quel jour on est aujourd’hui. On est quel jour aujourd’hui ? (10)
– Montre ton sac.
– On est lundi. Et lundi, c’est…? C’est le jour des claques !(11) Tu es au courant de ça ?(12)
– T’inquiète pas ! Reste-là, oh !
– Pourquoi ? Tu vas faire quoi ? Hein, qu’est-ce (que) tu vas faire ?
– Arrêtez.
– Quoi, arrêtez ! Arrêtez quoi ?
– Eh eh, eh. Reste tranquille, là !
– Il est juste là. Viens le récupérer. Tranquille.
– Qu’est-ce (que) tu regardes, toi ? Avance !
– Reste tranquille, reste tranquille.
– Eh, eh. Vas-y, prends ton sac. Bouge de là. Vas-y, dégage ! (13)
– C’est bon, on y va.
(en classe)
– Bonjour.
– Bonjour. Je n’ai pas accompli cet acte donc… S’il vous plaît… je suis innocent.
– Chut ! (14) S’il vous plaît ! Un deuxième exemple : je me souviens de cette aventure comme si c’était hier. Mais cet événement…
– Non mais ça va pas (15), Maxime !
– C’est pas moi !
– Tu prends tes affaires et tu viens au premier rang ! Depêche-toi !
– Oh… Victime…
– S’il vous plaît ! N’en rajoutez pas (16). S’il vous plaît ! On se calme. Chut.
– Ah mais c’est un boulet (17), hein !
– Alors, je reprends. Nous allons partir d’un autre exemple.
– Au revoir.
– Madame…
Oh ça va ! C’est pas comme si on l’avait boxé non plus !

Un enfant sur dix est victime de harcèlement à l’école. Ces actes peuvent avoir de sérieuses conséquences.
Avant qu’il n’en garde des traces à vie, agissons.
(19)

Des explications :
1. On se dépêche ! : C’est une autre façon de donner un ordre, synonyme de : Dépêchez-vous.
2. Gros porc : traiter quelqu’un de gros porc est une insulte bien sûr. Cela fait directement référence à son poids et exprime beaucoup de mépris.
3. C’est dégueulasse = c’est dégoûtant. (vulgaire)
4. ça déborde de partout : ils font allusion à ses bourrelets (de graisse) qui sont visibles sous ses vêtements.
5. La tête qu’il a ! : c’est aussi une insulte qui signifie : Tu as vu comme il est moche, comme il est laid !
6. Sortir avec quelqu’un : avoir un petit ami ou une petite amie.
7. C’est bon… : dit sur ce ton-là, cela signifie : D’accord, j’ai dit ça / j’ai fait ça, mais ce n’est pas grave. Pourquoi tu en fais toute une histoire ? C’est une façon de dire qu’on estime qu’on n’a rien fait de mal.
8. Rigoler : rire (familier)
9. Qu’Est-ce (que) tu fais là ? : à l’oral, et très familièrement, certains ne prononcent pas « que ».
10. On est quel jour aujourd’hui ? : c’est comme ça qu’on demande la date en général. (Et pas : Quelle est la date?)
11. une claque : un coup porté au visage ou à la tête avec la main. On dit qu’on donne / on met une claque à quelqu’un.
12. Être au courant de quelque chose : savoir quelque chose parce qu’on en a été informé par d’autres.
13. Dégage : Va-t-en. (agressif et vulgaire) Après l’avoir empêché de partir, ils ne peuvent pas se contenter de le laisser tranquille, il faut encore qu’ils le maltraitent en lui « aboyant » cet ordre.
14. Chut ! : c’est l’onomatopée française pour demander le silence.
15. Non mais ça va pas ! : C’est ce qu’on dit lorsqu’on désapprouve ce que vient de faire quelqu’un. (familier)
16. en rajouter : dire ou faire quelque chose qui aggrave la situation. Par exemple : On a assez de problèmes comme ça. Ce n’est pas la peine d’en rajouter. / Je crois qu’elle a compris que tu étais vraiment fâché. Ce n’est pas la peine d’en rajouter.
17. Un boulet : c’est une insulte pour dire que quelqu’un n’est pas très malin, pas intelligent.
18. C’est pas comme si… non plus !: On dit ça lorsqu’on veut se déculpabiliser et minimiser ce qu’on a fait. C’est comme dire : Tu exagères de dire ça, je n’ai rien fait de très grave.
19. Agissons : on n’utilise pas souvent cette forme de l’impératif. Donc cela donne un côté plus solennel et plus fort à ce message que si on disait : Il faut agir. / Nous devons agir. C’est vraiment demander aux gens de s’impliquer, leur demander de ne pas fermer les yeux dans des situations de ce genre.

France 5, une des chaînes de télévision françaises, a abordé ce problème d’une autre manière, pour annoncer un documentaire diffusé en octobre dernier. Une transposition, sans paroles, plus « artistique » mais tout aussi forte:

harcèlement France 5

Mais pour ne pas rester sur l’impression si négative que l’on éprouve en regardant ces scènes malheureusement ordinaires, voici la parole, digne et forte, de ceux qui ont participé à cette campagne pour aider tous les jeunes victimes de tels comportements:

harcèlement making of

Transcription :
Et action !
Le réalisateur: Ça s’est très bien passé. Je trouve que vraiment, les deux personnalités (1) ont joué le jeu. Ils sont venus justement avec leur sincérité et leurs émotions. Ils étaient pas là pour se mettre en avant (2) en tant que Chimène Badi ou Christophe Lemaître. Ils étaient vraiment là au service de la cause et pour raconter… témoigner ce… leur histoire, quoi. Et ça, ça passait vraiment à travers… à travers la caméra. J’espère en tout cas que ça sera ressenti en tant que tel dans le… dans les films.
(La troisième fois…)

Chimène Badi: J’ai envie de dire à ces enfants que moi, en tout cas, on a essayé de me faire du mal, qu’on m’en a fait mais que ça m’a pas empêchée de faire ce que j’avais envie de faire, ça m’a pas empêchée de devenir une artiste et que ça m’a pas empêchée de croire en mes rêves. Et c’est sutout ça que j’ai envie de leur dire. Avec ou sans brimades (3), on peut s’en sortir (4), on peut y arriver (5) et surtout, surtout, j’ai envie de dire à ces enfants : Parlez. Dites… Dites aux personnes qui sont autour de vous, à vos parents, à vos amis, à vos oncles, à vos tantes, à vos grands-parents, à vos professeurs, à une personne en qui vous avez confiance, n’hésitez pas. Et parlez-leur. C’est important.

Christophe Lemaître: Etre victime, c’est… c’est dur et des fois on n’a… On n’ose pas en parler parce qu’on a peur de… peut-être de représailles (6),des gens qui… des gens qui justement veulent se venger. Il est important d’en parler à ses parents, à ses proches, ou même aux professeurs des établissements scolaires. Moi, dans mon cas, j’en ai jamais parlé parce que j’ai voulu me débrouiller (7) seul. Alors que bah… se débrouiller seul, ça règle rien, au contraire. Faut que les gens en parlent.

Quelques détails :
1. une personnalité: une personne connue (artiste, homme ou femme politique, etc…) Ici, il s’agit de Chimène Badi, une chanteuse et de Christophe Lemaître, sportif de haut niveau.
2. se mettre en avant : essayer de se faire remarquer.
3. Une brimade : un acte méchant, gratuit, qui humilie quelqu’un, physiquement ou moralement. Celui qui fait subir des brimades profite de sa position de force pour rabaisser l’autre personne. On peut subir des brimades au travail de la part d’un chef, à l’école de la part d’élèves plus âgés par exemple.
4. S’en sortir : trouver comment faire face à une situation difficile, résoudre un problème. Par exemple: Il ne connaissait pas ce logiciel. Mais on lui a montré comment s’en servir et il s’en sort bien. / A ‘inverse, on peut dire aussi: Il ne s’en sort pas très bien. Et cela peut aller aussi jusqu’à l’idée de réussir socialement: Il a grandi dans des conditions difficiles. Mais il fait tout pour s’en sortir.
5. Y arriver : réussir. Par exemple : C’est difficile, mais on va y arriver !
6. Des représailles : ce sont des actes qu’on commet en réponse à d’autres actes pour se venger.
7. Se débrouiller : se sortir d’une situation, trouver comment faire. Par exemple : Tu dis que tu n’y arrives pas. Mais moi, je trouve que tu te débrouilles très bien !

Publicités

Étiquettes : , , ,

3 responses to “Cruauté ordinaire”

  1. Jianjing says :

    Bonjour Anne, est-ce vous pouvez m’éclairer sur quelques expressions ci-dessus?

    J’ai du mal à comprendre ce passage

    Qu’est-ce que signifie « Victimes du sentiment de puissance »?
    « Lâche » est un adjectif qui suivit « cruauté »?

    En suite

    Ici des ados sont des victimes?
    Que signifie « dans le paraître » au juste?

    Au bout de la première vidéo, « avant qu’il n’en garde des traces à vie, agissons », j’ai beau pouvoir deviner, j’aimerais savoir l’expression ici

    Merci

    J'aime

    • Anne says :

      Bonjour Jianjing,
      – Certains jeunes sont harcelés par d’autres qui profitent du fait qu’ils sont dans un groupe pour se sentir supérieurs, tout-puissants, très forts. Seuls, ils n’oseraient peut-être pas maltraiter un autre ado.
      – Oui, lâche ici est un adjectif qui qualifie cette cruauté qui se répète tous les jours. Elle est lâche car ces ados, encore une fois, n’oseraient probablement pas être aussi agressifs s’ils étaient seuls. Leur « courage » vient du fait qu’ils se sentent forts à plusieurs et aussi parce qu’ils veulent avoir l’air forts aux yeux des membres de leur groupe, ce qui les amène à en faire toujours plus contre l’ado choisi comme victime.
      dans le paraître signifie que ce qui compte, c’est ce qu’ils montrent aux autres, pas ce qu’ils pensent réellement. C’est le rôle qu’ils jouent devant les autres, pour paraître forts, intéressants et avoir l’air comme les autres membres du groupe, etc.
      – « Avant qu’il n’en garde…agissons » : cela signifie qu’il faut faire quelque chose pour mettre fin à de tels comportements. Sinon, les ados qui en sont victimes pourraient garder des blessures psychologiques pour le reste de leur vie, devenir des adultes angoissés par exemple, qui n’ont pas confiance en eux. Et on sait aussi que certains jeunes en viennent même au suicide dans de telles situations. Il faut donc agir au lieu de fermer les yeux, il faut prendre aux sérieux la souffrance de certains ados et empêcher ces comportements, par des lois par exemple, en montrant que c’est interdit de faire ça.
      Voilà, j’espère que c’est plus clair.
      Bonne journée

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :