Allez, on coupe court !

Coiffeur
Je pensais qu’il n’y avait que les femmes qui discutaient de tout et de rien chez le coiffeur ! Mais apparemment, les hommes aussi racontent leur vie en se faisant couper les cheveux. Echange sympathique entendu à la radio entre un coiffeur originaire de l’autre côté de la Méditerranée et un habitué de ce salon convivial d’un quartier populaire.


Transcription :

– Qu’est-ce qui distingue un salon de coiffure pour hommes et un salon de coiffure pour femmes ?
– Les femmes, quand elles viennent dans un salon, elles [sait] (1) pas qu’est-ce qu’elles veulent (2). Et puis elles expliquent ça, après elles changent d’idée : Non je veux comme ça. Mais les hommes, quand on fait la coupe, ils demandent et puis on fait la coupe, et puis voilà, parce qu’on est dans la… dans la tête du client.
– Je lui demande d’interpréter de… de par mon visage, je veux dire de faire quelque chose.
– […] visagiste.
– Plutôt court ?
– Ouais.
– Vous allez payer combien ?
– Ah là… C’est… c’est marqué là-bas, voyez. C’est marqué 8€ la coupe.
– C’est… c’est un prix assez bas !
– Bah oui, non. Bah on fait, parce que vous savez, c’est un quartier… C’est pas Champs Elysées (3) ! Il y a toutes sortes de gens, et les gens, ils ont pas de moyens (4). Comme quoi, quelqu’un qui a deux gosses (5), trois gosses, il arrive pas à payer une coupe à 20 €. Ça fait… Quatre coupes, ça fait 80 €.
– Est-ce que c’est un lieu de sociabilité, le salon de coiffure ?
– Ouais. On énumère un petit peu ce qui s’est passé entre deux… deux passages. Et puis… et puis voilà, quoi. On se tient au courant (6) de… de notre petite vie.
– Des fois, si on coiffe le client, le client, il dort. Il a les yeux fermés. Quand c’est fini, on dit : Voilà, monsieur. Si le client, il veut couper avec ciseaux (7), il faut faire avec ciseaux. Le client, si il demande :Tu fais… de faire une coupe ciseaux, on fait une coupe avec ciseaux. On va pas faire une coupe tondeuse. Donc il faut faire… satisfaire le client.
– Pourquoi vous avez choisi ce salon ?
– Bah j’ai l’habitude ici.
– Et alors vous venez ici comme vous venez prendre un café ?
– C’est pareil, ouais. C’est ma maison. Chaque deux mois (8), je viens ici.
– Alors on parle de quoi ici ?
– Bah du temps. Comment ça va, les nouvelles, comment la famille, comment c’est… comme si c’est (9) un salon familial, salon des amis. On parle pas des problèmes. On parle pas ci, on parle pas ça (10). Le client, il se détend. Il fait couper les cheveux (11), il oublie un petit peu le… les problèmes, quoi. On essaie d’arranger […]. On n’est pas médecin mais quand même, quand on touche la tête au client, quand même ça fait plaisir. Ça dépend comment on touche la tête. On va pas… Un client, on prend la tête comme ça. On prend gentiment et puis on… on lui soigne la tête comme les… Comment ça s’appelle, les médecins, quand ils touchent la tête et puis il y a des… Comment vous appelez ça ?
– Les magnétiseurs.
– Ouais, ouais.
– Donc là, vous êtes en pleine consultation (12) !
– Voilà.
– Ouais. Il me prend la tête sans me la prendre (13).
– Voilà.
– Et alors, ça… vous… là, vous aurez le moral en ressortant alors ?
– Ouais. Après avoir vu votre sourire  (14)!

Quelques détails :
1. les femmes, elles [sait] : le bon accord, c’est : Elles savent.
2. Qu’est-ce qu’elles veulent : il faut dire : Elles ne savent pas ce qu’elles veulent. Qu’est-ce qu’elles veulent ? est la question directe. (Au passage, pas très féministe, ce monsieur ! Comme chacun sait, les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent!)
3. C’est pas Champs Elysées : il faut dire Les Champs Elysées. C’est bien sûr un quartier où tout est beaucoup plus cher et luxueux que dans ce quartier populaire.
4. Ils n’ont pas de moyens = ils n’ont pas beaucoup d’argent. On dit aussi : Ils n’ont pas les moyens.
5. Un gosse : un enfant (familier)
6. se tenir au courant : se raconter ce qui se passe, ce qui s’est passé.
7. Avec ciseaux : il faut dire : avec des ciseaux. On parle en fait d’une coupe aux ciseaux ou d’une coupe à la tondeuse.
8. Chaque deux mois : il faut dire : Tous les deux mois.
9. Comme si c’est : il faut dire : Comme si c’était…
10. on parle pas ci… : = On parle pas de ci, pas de ça. (Il fait en quelque sorte allusion à des sujets plus stressants, dans l’actualité par exemple.)
11. C’est plus correct de dire : Il se fait couper les cheveux. On dit: se faire coiffer / se faire couper les cheveux.
12. Une consultation : c’est le nom donné à une visite chez le médecin.
13. Il me prend la tête sans me la prendre : le client fait un jeu de mots. Prendre la tête de quelqu’un au sens figuré (et familier), c’est poser des problèmes à quelqu’un et le contrarier. On dit par exemple : Arrête de me prendre la tête avec tes histoires ! (= Laisse-moi tranquille, ne me stresse pas.) Donc là, le coiffeur aide au contraire le client à se détendre, parce qu’il lui prend la tête dans ses mains en lui coupant les cheveux.
14. Remarque très française sans doute ! Ce n’est pas du harcèlement, mais un compliment. Cela fait partie des codes de « séduction » des Français et des Françaises. Jusqu’à un certain point bien sûr.

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