Les beaux nuages

Agde
Les grandes chaînes de télévision en France ont toutes leur Météo, après les journaux télévisés. Regarder la météo est comme un rituel quotidien, préparation au lendemain et aux jours à venir.
La carte de France sous les yeux jour après jour, les noms des régions égrenés, les villes associées à leurs températures matinales et à celles de l’après-midi: voyage quotidien, organisé et commenté par des présentateurs et des présentatrices qui s’y connaissent*, à force de travailler avec les prévisionnistes de Météo France ! Et qui aiment ça !

Transcription :
Comment naît cette vocation, Catherine Laborde ? Comment devient-on présentatrice Météo ?
– Ah ! Eh bien je n’en sais rien, Guillaume. Franchement, si je…
D’abord, vous êtes frileuse, parce qu’il faut quand même le dire à nos auditeurs que vous êtes enfouie sous trois, quatre pulls…
– Ne me trahissez pas !
Donc voilà, apparemment vous avez froid. Alors peut-être que c’est la raison pour laquelle vous êtes devenue…
– Mais peut-être, en effet, c’est la raison inconsciente. En effet, j’ai… j’ai toujours froid. J’aime beaucoup, beaucoup la chaleur. Mais… mais c’est un secret ! Il faut pas dévoiler tous les secrets. Non, moi, je suis en effet très frileuse. Comment on devient présentatrice météo ? Je n’en ai pas la moindre idée (1). C’est… c’est le hasard. Moi, mon hasard, ça a été ma sœur Françoise Laborde qui travaillait à TF1 (2), copine avec Michel Cardoze qui cherchait quelqu’un pour la météo le matin. Moi j’étais une comédienne au chômage avec un enfant en bas-âge. Et puis voilà ! C’est… c’est les hasards de la vie vraiment, c’est….
Bon alors si vous ne savez pas comment on le devient, vous savez pourquoi on le reste en tout cas, puisque vous êtes une authentique passionnée par la météo aujourd’hui.
– Pourquoi on le reste ? Par passion. Ça, c’est vrai que le terme est juste. Parce que… parce que c’est… c’est jamais la même chose, parce que c’est toujours différent, parce que… Souvent, on me pose la question :
« Mais ça vous embête (3) pas ? » – Enfin, ça fait très longtemps que je présente la météo maintenant, plus de vingt ans – « Et ça vous embête pas ? » Bah non ! C’est… Ça change tout le temps, quoi ! C’est les nuages, les merveilleux nuages, quoi, de Baudelaire (4). C’est… c’est magnifique, la météo ! Il y a des situations qui se ressemblent mais il y a jamais exactement la même situation. Quelquefois, il faut resserrer la météo parce qu’il y a le programme précédent qui a été enregistré et qui est plus long qu’on ne le pensait. Donc on pense qu’on va avoir deux minutes de météo, ce qui est peu, et puis on se trouve avec quatre minutes, ou le contraire. Donc il faut s’adapter très, très vite. Et puis, c’est vrai que nous, à la météo, on peut pas non plus lire un prompteur (5) qu’on aurait écrit, on peut pas dire par coeur puisque les infos prévisionnelles arrivent deux heures avant. C’est-à-dire que moi, je fais fabriquer les cartes par les graphistes une fois que j’ai parlé avec les ingénieurs de Météo France, puisque ce sont eux qui ont… qui ont l’info, hein, c’est les ingénieurs de Météo France. Et puis je fais fabriquer par les graphistes et après, roule ma poule (6) ! C’est moi qui improvise. Mais je sais où je vais, je sais comment j’ai fait fabriquer les cartes, pourquoi, pour dire quoi. Et… et je pense qu’on a un… une… C’est un métier très pédagogique, quoi, c’est ça, notre truc: c’est de… de reprendre une parole scientifique pour essayer de la dire simplement, sans trop simplifier parce que dans ce cas-là, on trahirait les… les prévisionnistes.
Joël, vous, vous dites qu’il y a des météo-susceptibles (7), et des régions où il faut faire attention à ce que l’on dit !
– Oui, oui, oui. C’est vrai. Je pense que Catherine sera d’accord avec moi.
– Oh mais je sais de quelles régions tu vas parler !
Alors… alors, de quelles [régions, va] Catherine ?
– Faut pas (8) que tu te mettes devant, hein, sur la carte !
– Voilà, c’est la Bretagne ! C’est la Bretagne. Mais… mais pourquoi ? Parce que d’abord, comme dit Joël, il faut pas se mettre devant. Souvent, on a tendance à cacher la Bretagne parce que la Bretagne, c’est la pointe la plus occidentale (9). Mais aussi parce que la Bretagne est peuplée de Bretons qui, comme chacun sait, est un peuple de marins ; et la météo, les marins sont les premiers concernés par la météo. Ce sont d’excellents météorologues. D’ailleurs, à Météo France, il y beaucoup d’ingénieurs météo qui sont des bretons. Donc c’est… c’est une vraie culture, la météo. Donc ils s’agit pas de dire des bêtises ! (10)

Quelques détails :
1. Je n’en ai pas la moindre idée  = je ne sais pas du tout pourquoi. Mais cette façon de dire a plus de force car c’est un style plus soutenu, d’autant plus qu’ici, Catherine L. emploie bien une négation complète, avec ne… pas.
2. TF1 : l’une des chaînes de télévision principales en France. C ‘est la chaîne qui a été créée en premier. Elle a été privatisée il y a quelques années.
3. Embêter : ennuyer (familier).
4. Les merveilleux nuages : ce sont les derniers mots du poème de Charles Baudelaire, L’étranger : Et qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages. (1869)
5. un prompteur : c’est le système qui permet à un présentateur à la télé de lire le texte qu’il doit dire tout en regardant la caméra. Pas de risque d’oublier quoi que ce soit puisque cette machine lui souffle ce qu’il doit dire. Encore un exemple de l’assimilation d’un mot anglais, avec une orthographe à la française.
6. Roule ma poule ! : Vas-y, sans hésiter, sans te poser de question. (familier)
7. être susceptible : c’est se vexer facilement. Ce mot «météo-susceptible » n’existe pas mais signifie que certains se vexent, ne sont pas contents si on ne parle pas de leur région, ou si on en parle mal, ou trop vite.
8. Faut pas que… : tournure très orale puisque normalement, il faut dire : Il ne faut pas que… (= on ne doit pas / tu ne dois pas, etc…). Très orale mais très ordinaire dans les situations où on n’est pas obligé de surveiller sa façon de parler.
9. La pointe occidentale : la Bretagne a une forme particulière et c’est la partie la plus à l’ouest. D’ailleurs, un des départements de cette région s’appelle le Finistère, c’est-à-dire la fin des terres.
10. Il s’agit pas de dire des bêtises : il ne faut surtout pas raconter n’importe quoi, dire quelque chose qui soit faux. (style familier) C’est totalement exclu !

* s’y connaître: être compétent dans un domaine.
Si tu ne sais pas quel vin acheter, tu peux lui demander conseil. Il s’y connaît.

Si vous ne connaissez pas encore Romain, un autre passionné de météo, allez l’écouter ici !

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4 responses to “Les beaux nuages”

  1. Anderson says :

    Bonjour,

    Je crois que là, en France, quand même ici en Belgique la méteo est très importante pour les agriculteur. Un autre jour avant j’ai été en passant pour le même chemin d’habitude mais cette fois là, il avait une grande machine qui cueillit quelque espèce de vététal, il était nuit déjà et la machiva avait plusieurs lumières et je trouvais ça très, très bizare. Mais voilà, je jour suivant il a negé et j’ai trouvé ça magnifique.

    Au Bresil, on n’ai pas l’habitude, comme un rituel, de regarde des prévision du lendemain et ne sont pas tous les journaux qui présente la méteo.

    Pour moi, en effet, le plus intéressant c’est la façon d’utiliser la math pour prévoir s’il faira froid, ou s’il faira froid, ou comme même, où se trouvera des tornades et d’autre contretemps comme celui-là.

    Merci, votre site c’est tellement fantastique!

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    • Anne says :

      Je réponds en retard! Très intéressant de lire ce que vous dites sur le Brésil. Cela permet de voir dans quels domaines de la vie quotidenne il y a des différences entre les pays. Et à propos de la météo, c’est vrai que c’est très intéressant -et compliqué!- de voir comment les météorologues travaillent, avec des modèles mathématiques effectivement, des statistiques, des probabilités et des observations ! En combinant tout ça, ils arrivent à prévoir beaucoup de choses et Météo France doit informer la population. (Mais parfois en France maintenant, c’est devenu presque extrême car personne ne supporte quand il se passe quelque chose d’imprévu !)

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  2. Jianjing says :

    Bonjour Anne,

    Ce billet me rappelle Romain de francebienvenue, vous y avez parlé beaucoup de sa passion, il va bien?

    Je crois que même Catherine vient d’un milieu comédien, il faut qu’elle apprenne quelque chose du côté ingénieur ou scientifique, parce que comme elle dit, il faut improviser parfois, mais si on ne connaissait aucun terme technique lié à la météo, ça serait pas possible, on pourrait pas dire n’importe quoi à la météo.

    Mais sans doute, ses débuts de comédienne (mais sans beaucoup de réussites) lui aident à devenir bonne présentatrice, du côté artistique et créatif.

    J’aime bien voir le journaliste météo qui est au milieu du temps duquel il parle! D’un côté, je sais pas si c’est une manière pour attirer plus de téléspectateurs parce que parfois c’est vraiment dangereux! Mais de l’autre côté, c’est bien d’être “transporté” sur la scène pour avoir une idée beaucoup plus précise et directe!

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    • Anne says :

      Oui, Romain va bien ! Météorologue chez Météo France. Il est toujours passionné par son métier, ce qui est bien car ça fait vraiment partie de sa vie et il a réussi ce qu’il voulait faire depuis son adolescence.

      (PS C’est mon fils aîné en fait !)

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