Douceur de vivre

Quand on travaille à Paris et qu’on décide un jour d’aller vivre plus au sud, on se rend compte combien il fait souvent gris dans la capitale, combien le rythme de vie d’une grande ville est particulier, combien on finit par manquer d’espace et de ciel !

Pour certains, c’est partir vers le sud en restant en métropole et découvrir, entre autres, comme les hivers y sont plus courts et plus lumineux et comme les printemps et les arrière-saisons y ont un goût de vacances, même lorsqu’on travaille.
Pour d’autres, c’est prendre un jour l’avion avec mari et enfants pour l’autre hémisphère, puisque la France, au fil de son histoire coloniale, a essaimé dans l’Océan Indien.
Voici Christine, métropolitaine et désormais installée à Saint-Denis de la Réunion. Sans regrets !

Transcription
– Vous y êtes depuis sept ans. Vous avez commencé votre vie professionnelle à Paris. Vous venez d’Albi (1). Mais votre mari est originaire de la Réunion. Est-ce pourquoi vous y vivez aujourd’hui ?
– Oui et non, en fait, parce que c’est plutôt moi qui ai pris l’initiative qu’on vienne s’installer ici. Mais la réalité, c’est qu’on était venus… Enfin quand je l’ai rencontré, on est évidemment venus voir ses parents, on est venus passer des vacances et je dois avouer que je suis tombée un peu amoureuse de l’île. Alors c’était un petit peu un rêve de venir s’installer ici. Voilà.
Où habitez-vous donc, précisément ?
– Donc j’habite dans ce qu’on appelle les Hauts de Saint-Denis, dans un village qui s’appelle la Montagne. Voilà.
Et vous avez une maison, un appartement ? Je veux tout savoir ! Là, en ce moment, par exemple, où êtes-vous ?
– Alors là, en ce moment, je suis sur ma… Alors j’ai une mai[son]… J’ai la chance d’avoir une maison. Au début, on était dans un appartement. Mais on a… on a fini par acheter une maison. Donc je suis sur ma terrasse. Je vois… J’ai une piscine, hein, j’ai la chance d’avoir aussi une piscine. Je vois mon jardin, un manguier, des bananiers décoratifs, voilà. Et puis la mer un petit peu au-dessus du portail, un peu loin mais quand même (2) !
Le quartier où vous habitez, est-ce un quartier chic ?
– Non, c’est pas un quartier chic, parce que vous voyez, les voisins à côté de chez nous, je pense que c’est une famille qui est là depuis très, très longtemps. C’est un terrain qui se transmet un peu de génération en génération. Et c’est des gens (3) qui vivent tout à fait modestement.
Est-ce que quelqu’un chez vous, dans votre famille parle créole (4) ? Vos enfants peut-être, votre mari ?
– Alors mon mari, pas tant que ça parce qu’en fait, il est né à la Réunion mais il est… Son père est d’origine mauritienne (5) et sa mère est métropolitaine (6), donc ils ont jamais vraiment parlé le créole réunionnais chez eux. Par contre mes enfants, qui vont à l’école, et surtout le plus grand qui a cinq ans et demi, bah, a forcément des petits copains créoles à l’école et je pense que dans la cour de récréation, ça parle beaucoup créole ! Donc il ramène effectivement (7) pas mal de… d’expressions créoles et puis cette… ces intonations et cet accent un petit peu chantant qui est… qui… qui me fait beaucoup rire, moi, dans la bouche de mon fils !
Vous disiez tout à l’heure que vous étiez tombée amoureuse de l’île de la Réunion. Au fond, qu’est-ce qui vous a le plus passionnée en découvrant cette île et pourquoi y… y restez-vous finalement ?
– Bah en fait, il y a…. il y a une douceur de vivre ici qui est… qui est assez extraordinaire même… même quand on travaille au quotidien et tout, on peut facilement s’échapper le weekend, vous voyez. On part à la plage et puis on est sur une autre planète. On va faire une randonnée dans les montagnes et puis, c’est… c’est complètement dépaysant (8). Moi je me rappellerai toujours de la… la première image qui m’a frappée quand je suis arrivée à la Réunion: c’était en vacances. J’avais atterri là à… à l’aéroport et puis on prend la voiture après onze heures d’avion, bien fatigués et tout (10), on prend la voiture et puis voilà; je me dis: Oh là, là ! (9) C’est ça, la Réunion ? Il y avait la mer mais par contre, il y avait des bâtiments pas très beaux et tout. Et puis au fur et à mesure où on avançait, on est arrivés dans le sud et il y avait ces montagnes, ces remparts verts magnifiques au loin. Et voilà ! Et je pense que cette image-là, ça m’a… voilà, ça m’a… ça m’a fait complètement tomber amoureuse de l’ile. Ça a été les montagnes avant la mer.
Oui. Christine, vous sentez-vous en France quand vous êtes à la Réunion?
– En fait, oui et non, parce que par exemple quand on s’est installés ici, eh ben c’est assez facile finalement. Il y a… Toutes les démarches administratives et tout, ça change pas. On parle français et tout. Mais en même temps, c’est quand même très différent. Il y a vraiment des cultures locales. Il y a… Il y a toutes les religions qui coexistent et qui… qui se… enfin qui se voient vraiment beaucoup (11). Il y a tout un folklore local particulier. On mange pas de la même façon. On n’a pas les mêmes saisons. Et… et du coup, on est en…. on est en France mais on est quand même un peu ailleurs. Je pense que c’est un territoire vraiment bien à part.
Christine, une dernière question: quelle température fait-il à 8h16 ?
– A 8h16, alors, j’ai pas mon thermomètre sous les yeux mais je pense qu’il doit faire 25 ou 26° (12).
Oui ! Eh bien, ça nous suffit, pour nous donner la pêche (13) pour cette journée ! Passez vous aussi une belle journée.
– Merci. Au revoir.
Au revoir.

Quelques détails:
1. Albi: c’est une jolie ville moyenne du sud-ouest, avec une belle cathédrale.
2. un peu loin mais quand même: elle reconnaît que la mer n’est pas toute proche mais insiste sur l’idée qu’on la voit malgré tout. Elle veut dire que ça compte.
3. c’est des gens: à l’oral, pas de problème. Mais à l’écrit, on utiliserait plutôt le pluriel: Ce sont des gens. Ce n’est en fin de compte pas très joli de voir noir sur blanc « c’est » suivi du pluriel !
4. le créole: dans les DOM-TOM (entre autres), on parle le créole, c’est-à-dire une langue issue du français essentiellement et transformée par des apports locaux.
5. mauricien / mauricienne: qui vient de l’Ile Maurice.
6. métropolitain / métropolitaine: qui vient de la Métropole, c’est-à-dire le territoire français situé en Europe, par opposition aux territoires et départements d’outre-mer. (les territoires colonisés par la France au cours de l’histoire de la colonisation à partir du 16è siècle).
7. il ramène effectivement = c’est vrai qu‘il ramène…
8. c’est dépaysant: c’est un changement d’habitudes, on s’évade de son quotidien.
9. Oh là, là ! : cette exclamation exprime ici de la surprise et de la déception.
10. et tout: cela sert à renforcer ce qui est dit juste avant, mais sans donner plus de détails. Derrière cette expression, chacun met ce qu’il veut mais tout le monde imagine très bien la scène ou la situation. (style familier et oral)
11. les religions qui se voient beaucoup: il y a un contraste avec la métropole où la place de la religion est beaucoup moins importante.
12. 25°: on dit « vingt-cinq degrés » mais on utilise ce symbole quand on écrit les températures.
13. donner la pêche: donner la forme, de l’énergie. (familier). Quand on se sent en forme et dynamique, on dit qu’on a la pêche.

Vous pouvez aussi aller écouter Amandine sur France Bienvenue, elle aussi séduite par l’Ile de la Réunion.

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