De fil en aiguille


Les merceries sont devenues rares. Mais quand on entre dans l’une d’elles, on y sent toujours une vie particulière. Bobines et écheveaux de fil annoncent le travail et le talent créatif de toutes ces petites mains expertes qui savent encore coudre, broder, couper, piquer.

Tous ces fils nous donnent aussi de jolies expressions:
De fil en aiguille, il m’a raconté comment il était arrivé ici: peu à peu, en passant d’un sujet à un autre, parce qu’ils s’enchaînaient bien, par association d’idées, il en est venu à raconter toute son histoire.

Si son histoire est cousue de fil blanc, c’est qu’elle est très prévisible, comme une couture avec du fil blanc est visible et grossière.

Si quelqu’un (ou un travail) vous donne du fil à retordre, il vous cause des problèmes, il ne vous simplifie pas la tâche !

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4 responses to “De fil en aiguille”

  1. Bernard Bonnejean says :

    HISTOIRE DE RIRE

    Oh ! elle était belle ! Ça c’est certain ! De fil en aiguille, on en était arrivés à lier conversation. On ne pouvait pas dire qu’elle avait inventé le fil à couper le beurre, mais, au moins, elle avait de la suite dans les idées. Elle ne perdait pas le fil, sautant du coq à l’âne comme le font les filles de son âge. C’est Serge qui avait fait une drôle de bobine la première fois qu’il l’avait vue. Il avait essayé de l’épater en inventant des histoires à dormir debout : et que j’te brode, et que j’te brode ! Un tissu d’âneries, tout en dentelles ! Pendant ce temps, Suzette faisait tapisserie près de la porte de la sortie attendant qu’il ait fini son cinéma. Je lui aurais bien dit à Serge de changer de bobine, de mettre l’autre face, mais ça fusait comme par magie. Mais j’ai fini par me fâcher quand il a essayer de la peloter ! Et dans ce domaine, il faut avouer qu’il avait du métier. Pas d’accord, Serge ! Faut pas trop tirer sur le fil, quand même, parce que ça pourrait bien se rompre ! Vous vous rendez compte ! Un ami de trente ans ! Et encore, je ne compte pas les jours : il faudrait calculer avec les fuseaux horaires.

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  2. Anne says :

    Bonjour et merci pour cette jolie histoire bien ficelée !
    J’avais fait juste une toute petite sélection de quelques expressions.
    Donc je vous laisse le soin d’expliquer tous les termes et expressions en rapport avec cette histoire de fil ! A bientôt

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  3. Bernard Bonnejean says :

    Pardon, Madame, j’ai oublié mon cahier de textes et je n’ai pas fait le devoir que vous m’aviez donné à faire. Je m’y mets immédiatement :

    On dit de quelqu’un qu’il « n’a pas inventé le fil à couper le beurre » quand « il n’a pas volé le Saint-Esprit », autrement dit quand il ne brille pas par son intelligence. Dans nos campagnes, au temps où l’on présentait le beurre en mottes, on le coupait avec un « fil ». On dira aussi de l’individu à la compréhension limitée qu’il n’a pas « inventé la poudre/l’eau chaude » et plus rarement « le bouton à quatre trous/la corde à tourner le vent ». Par déduction on dira d’un individu qui « invente » une évidence qu’il est un « enfonceur de porte ouverte » ou qu’il a « inventé le fil à couper le beurre ». Par exemple, un candidat aux élections qui affirme que pour retrouver le plein emploi il faut réduire le chômage, est un charlot (néologisme argotique refait sur les mots charlatan et Charlie Chaplin), inventeur du fil à couper le beurre. Le « fil » en l’occurrence est un vrai fil d’acier, et non de coton, qui s’apparente au fil à couper le foie gras.

    Perdre le fil est une expression imagée construite à partir de la légende mythologique grecque du labyrinthe où sévissait l’affreux Minotaure. Thésée serait parvenu à sortir du labyrinthe de Dédale grâce au fil qu’Ariane, fille du roi de Crête, lui donna pour retrouver son chemin. On dit un peu trivialement de quelqu’un qui se perd dans le fil de ses idées ou de son discours qu’il « s’est perdu en route ».

    Faire une drôle de bobine : faire une drôle de tête, avoir le visage contracté ou marqué par une expression visible provoquée par la surprise, le mécontentement, la peur, etc. Le Trésor de la langue française fait remonter cette expression au fil des Parques de la mythologie grecque, sans plus de précision. Même si c’est un peu argotique, on trouve chez Marcel Proust, un auteur au-dessus de tout soupçon : « Tous mes compliments, j’aurais dû le deviner, il a un excellent chic, et une impayable bobine de gaga de la plus haute lignée. PROUST, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1918, p. 777.

    « Que je te brode, que je te brode ! » est employé de façon imagée à propos de quelqu’un qui a tendance à l’exagération et à l’amplification, à l’étalage de ses affects. Les Marseillais sont réputés pour être un peu « brodeurs »… Mais ce n’est, bien entendu, qu’une réputation…

    Un tissu d’âneries ou de mensonges : c’est le sens étymologique, aujourd’hui oublié, du mot « tissu » de la famille du mot « texte ». Ce qui fait la solidité du matériel en question est la va-et-vient horizontal de la navette sur la trame. On dit d’ailleurs « la trame d’un récit ». Le « tissu » est d’autant plus solide que le fil ou la laine est serrée sur la trame. Dans ces conditions, un tissu d’âneries marque autant la quantité que la qualité. Mais curieusement on ne l’utilise plus qu’en mauvaise part. On ne dira pas « un tissu de vérités », par exemple.

    Quant à l’expression « faire tapisserie », elle n’a plus guère de sens aujourd’hui même si elle recouvre une réalité intemporelle. A mon âge, on ne va plus en boîte et je crois qu’il n’existe plus beaucoup de bals. A une époque ancienne, les jeunes filles attendaient patiemment, assises ou collées au mur, qu’on vînt les chercher pour danser. Parfois, elles étaient notées sur le « carnet de bal » plus ou moins fourni des danseurs. Pauvres « demoiselles » qui n’étaient jamais invitées et qui portaient pourtant une jolie robe à fleurs de la couleur de la tapisserie murale !! On dirait aujourd’hui qu’elles sont transparentes. Tellement transparentes qu’elles se confondent avec la tapisserie contre laquelle elles sont condamnées à rester collées toute la soirée. Triste époque, tout de même, des laissées-pour-compte pour avoir fait tapisserie trop longtemps. Car dans nos campagnes, et dans certains milieux urbains, le bal était l’occasion de trouver un mari, à condition « d’y trouver chaussure à son pied » comme Cendrillon.

    « Autre temps, autres moeurs », mais parfois il me déplaît de penser que la vie ne tient qu’à un fil que les Parques tissent sans nous demander notre avis.

    Merci, Anne, de m’avoir permis de repasser la partie grammaticale de l’agrégation de lettres modernes. Pour cette occasion que je n’aurais manqué pour rien au monde, je me permets de vous embrasser.

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  4. Anne says :

    Devoir rendu en retard mais il fallait bien tout ce temps pour donner toutes ces explications. Comme ça, les visiteurs de ce blog sauront tout ! Mais il va falloir faire la même chose à propos des paniers… Au travail !

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