Des livres et des voyages

Les livres qui peuplent votre enfance. Puis ceux qu’on écrit.
Les voyages qui vous sortent de vous-même. Partir. Ailleurs.
Une vie où rien n’est tracé d’avance.
Une femme libre.
Elle est tout cela dans les mots qui la racontent.

Transcription:
– Moi, il m’est indispensable de voyager et d’écrire. Et je pense que j’aurais jamais écrit si j’avais pas voyagé, même si j’écris pas de récits de voyage, hein (1). Mais pour moi, c’est un peu le même état. Si je… Si… Si demain, pour une raison ou une autre, je n’écrivais plus, bon, il faudrait quand même que je voyage. Bah par exemple, quand on voyage, enfin, quand on voyage vraiment et tout ça, on a des galères (2). Tout d’un coup, plus rien ne va. On devait prendre telle voiture, bon, on est plantés dans un encombrement en Inde, on sait pas où on est, enfin bon, etc… Et on attend la récompense ! Enfin je veux dire, avec Kriss, c’était tellement important pour nous quand on avait une galère comme ça, c’était: « Tu sais ce qui se passe quand on est dans une galère comme ça. Vive la galère, parce que là, on va avoir la récompense. » Par exemple, plantées sur une route, je veux dire, je sais pas quoi (3), il y a des moustiques, il fait chaud, je veux dire, on a presque plus rien à boire et tout ça. Et tout d’un coup, on va rencontrer le type qui va changer tout le voyage, quoi ! Et en fait, je pense que moi, j’ai appris ça enfant (4), bah à… Parce que j’étais fille unique (5), je m’ennuyais, bon… Donc c’était des rêves, c’était des livres, c’était lire, c’était m’imaginer ailleurs, aller ailleurs. Et donc il y a toujours l’idée que il faut aller ailleurs pour que ça se passe (6).
Vous êtes la seule écrivain de la famille, vous ?
– Ah oui ! Moi je dirais même que je suis la seule lectrice de la famille, oui. Oui. Oui, oui, moi, c’est les… Les livres, ils ont débarqué chez moi par… ben je sais pas, par les prix que j’ai gagnés à l’école (7), quoi. Donc… Ou les livres que je prenais à la bibliothèque, etc… Donc oui, oui, oui, moi, c’est l’école qui m’a appris à lire. Enfin je veux dire au sens…Pas à lire A B C D, mais lire… lire des livres. M’échapper.
Est-ce que du coup, le fait que vous, vous écriviez et que vous lisiez, c’était bien vu (8)?
– Alors, que je lise, c’était bien vu, parce que de toute façon, on me demandait de bien travailler à l’école parce qu’il fallait que je m’en sorte (9) et il fallait pas que je sois dans la précarité (10) où mes parents s’étaient trouvés quand ils étaient jeunes, disons… enfin bon, faut dire que, bon, ils étaient jeunes pendant la guerre, donc évidemment. Mais après, quand… quand j’ai écrit, c’est-à-dire que j’ai… j’ai décidé de pas avoir une vie tranquille avec un métier, mais d’être à la fois comédienne, écrivain, bon etc…, c’était évidemment très mal vu. Mais bon par chance, comme j’ai… j’ai… ça s’est passé plutôt bien assez rapidement, donc mes parents ont été rassurés assez vite, donc finalement, après, c’était… Et même, ils se sont rendus compte que dans toutes les décennies qui sont passées avec toutes les crises qu’il y a eu de gens qui ont été au chômage, qui avaient des boulots, qui les ont perdus, etc… Moi, comme j’en avais jamais, je pouvais pas le perdre ! Il fallait… Moi je passais mon…. mon temps à inventer mon travail. Donc bon, bah… Oui, bah des fois, c’était… ça a été particulièrement difficile de l’inventer. Et beh des fois, c’était très facile. Bon, enfin, je veux dire, c’était… c’était comme ça.

Quelques explications:
1. Les formes négatives sont toutes incomplètes, comme très souvent à l’oral.
2. une galère: une difficulté, un problème dans la vie. (familier)
3. je sais pas quoi: elle dit ça car elle cherche des exemples qui vont illustrer ce qu’elle décrit.
4. j’ai appris ça enfant = quand j’étais enfant. (Raccourci très fréquent dans ce cas.) On peut faire la même chose avec les autres âges de la vie: il a vécu ça bébé. Il a découvert ça ado. Il a compris ça adulte.
5. fille unique: elle n’avait pas de frères et soeurs.
6. pour que ça se passe: pour qu’il se passe quelque chose.
7. les prix gagnés à l’école: c’étaient des livres en récompense du travail ou du comportement. Ils étaient donnés aux enfants à la fin de l’année scolaire en juin pendant la cérémonie de remise des prix.
8. c’était bien vu: c’était estimé, considéré comme important, apprécié. (Le contraire, c’est être mal vu)
9. s’en sortir: réussir.
10. la précarité: la pauvreté, dans laquelle tout équilibre est très fragile. Ça veut dire qu’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait.

Publicités

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :