Belle victoire !

Bien sûr, la Coupe du Monde de rugby a lieu à l’autre bout du monde. Bien sûr, il y a le décalage horaire. Bien sûr, le foot est le sport le plus populaire en France. Mais parler de la France sans parler du rugby, ce n’est pas possible.
Voici donc de quoi se replonger dans l’ambiance du match Angleterre-France d’hier. C’était un match décisif puisqu’à la clé, il y avait l’élimination ou l’accès à la demi-finale. Et comme le XV de France n’avait ébloui personne lors de ses premiers matches, l’enjeu était de taille !
D’abord les réactions à chaud de quelques joueurs et de l’entraîneur juste après la victoire, entre euphorie, esprit d’équipe et humilité – ce qui n’est pas la vertu la mieux partagée dans d’autres sports… Suivez mon regard !

Transcription:
– Je voudrais dire aussi, Thierry, parce que…
– Christian, Christian, excusez-moi, je vous coupe. Mais je suis avec le monstrueux Aurélien Rougerie. Aurélien, félicitations ! Quel match !
– Ouais, on est… on est très contents. On avait de quoi… de quoi faire (1) ce soir avec… avec une équipe anglaise valeureuse (2). Voilà. On avait aussi beaucoup de choses à se faire rattraper (3) par notre public, pour nous aussi. On est… on est très contents de tout ça, voilà ! Maintenant, il va pas falloir s’enflammer (4). Il va falloir penser au reste. On a de l’expérience, on a du talent, donc je pense qu’avec ce groupe, on va pouvoir aller loin.
– Tu parles d’état d’esprit. Tout à l’heure, je pense qu’il s’est passé un truc (5) dimanche dernier. Vous allez faire la même chose ?
– Ouais, il s’est passé un truc dans le groupe. Je crois que c’était l’étincelle qui nous manquait. Voilà, maintenant qu’elle est là, on va plus lâcher le morceau (6), on va tenir très fort et à la semaine prochaine!
– Merci. Bon match.

– Avec Thierry Dusautoir… Qu’est-ce qu’on peut dire ?
– On peut dire rendez-vous à la semaine prochaine déjà ! Ça sera… ça sera bien. Il faut… C’est un grand soulagement d’avoir passé… d’avoir passé ce cap-là, d’être en demi… en demi-finale. Maintenant qu’on est… qu’on sait qu’on est capables de jouer au rugby, il faut maintenir ce niveau la semaine prochaine aussi.
– On t’a vu hier sur une conférence de presse arriver avec l’oeil du tigre. C’est quoi, cette semaine ? La patte du tigre ?
– Ah, ça… Surtout rester concentrés, surtout pas s’emballer (7). On a connu ça en 2007, pour d’autres en 99, c’est qu’une demi-finale, l’air de rien (8), quoi, donc on n’a… on n’a rien gagné. Aujourd’hui, on a juste gagné le droit de revenir la semaine prochaine et on a montré à tous… aux gens qui nous supportent, à nos familles que… qu’elles pouvaient compter sur nous.
– Merci beaucoup, Thierry.

– Chacun a répondu présent, chacun a amené ce qu’il savait faire. Et je crois que c’est… c’est vraiment sur ça aujourd’hui que… qu’on a battu les Anglais.
– Imanol, comment s’est construit l’état d’esprit ?
– Arrêter de se poser des questions, regarder devant, se dire que… que voilà, il fallait choisir son destin, savoir si on voulait quitter la compétition demain matin ou… ou si on voulait continuer l’aventure tous ensemble. Et je crois que ça a fait toute la différence et comme par hasard, eh bé, en se posant moins de questions, par moment, je crois qu’on a… on a réalisé un beau rugby. C’est sûr, on va bien sa… savourer ça ce soir mais on est à deux matches de… de faire un truc énorme. Mais voilà, il faut qu’on se dise aussi que c’est le début, que c’est pas la fin. Il faut pas non plus qu’on s’enflamme ce soir.

– Heureux tout simplement. Ça a été une… une très belle semaine. Des semaines pendant lesquelles on se sent vivant, et voilà, la récompense, elle est là, au bout de… de 80 minutes de sacrifice, de souffrance, de solidarité. Et voilà. Je crois qu’aujourd’hui, les… les joueurs ont… ont rempli… ont rempli leur part de contrat, ont… ont remercié le public, les éducateurs. J’ai une pensée vraiment pour tous les gens qui nous ont soutenus. Maintenant, il nous reste une aventure. A eux… A eux de la vivre pleinement, de profiter de ces moments et moi j’ai très envie malgré tout de rebondir et puis… et de penser dès ce soir aux Gallois.
– C’est un énorme soulagement pour toi, hein. On t’a senti tendu à la mi-temps.
– Oh, évidemment. On a… on est tendu, mais bon, j’avais confiance. J’avais confiance parce que je savais que les mecs (9) se battraient, quoi. Je savais que les mecs iraient jusqu’au bout. Ça a été… ça a été compliqué, ça a été dur. Mais bon, battre les Anglais, quel pied (10) quand même !
– Merci Marc.
– Effectivement (11), quel pied !

Quelques détails:
1. avoir de quoi faire: avoir beaucoup de travail, d’efforts à faire, avoir une tâche difficile à accomplir.
2. valeureuse: courageuse.
3. à se faire rattraper: en fait, il s’embrouille dans les expressions. Soit il dit: à se faire pardonner. Soit il dit: à rattraper (c’est-à-dire à compenser du fait de leurs mauvais résultats des matches d’avant)
4. s’enflammer: être trop optimiste de façon irréaliste, se croire arrivé.
5. un truc: quelque chose (familier)
6. ne pas lâcher le morceau: ne pas cesser de faire des efforts, rester motivé et déterminé jusqu’au bout.
7. s’emballer: c’est comme s’enflammer. Croire que ça y est, la victoire est là.
8. l’air de rien: il voulait dire mine de rien, ce qui signifie au fond / si on y regarde de près.
9. les mecs: les gars (familier)
10. Quel pied ! : Quel plaisir ! Quelle satisfaction ! (familier)
11. effectivement: c’est vrai.

Puis les commentaires des journalistes avant et après le match, pour se rappeler comme les relations entre une équipe, son entraîneur, ses supporters, son public et les journalistes peuvent se situer dans le domaine des émotions ! Avec en filigrane le souvenir du fiasco de l’équipe de France de foot lors de la dernière Coupe du Monde de football et du comportement de joueurs censés faire rêver les gamins qui les regardent.
Le tout dans un français qui va vite !
J’aime bien les matches de rugby !
Transcription:
(Juste avant le coup d’envoi du match)
Un quart de finale de Coupe du Monde dans l’Eden Park d’Auckland face aux vices-champions du monde de 2007, voici l’affiche que l’on vous propose avec, on l’espère, une énorme équipe de France.

C’est le couperet (1), c’est le quart-de-finale: c’est la maison (2) ou c’est la demie (3). Maintenant attention, trop motiva[…], trop motivés, trop de tension, ça peut aussi nuire à l’expression. Donc on verra si on sait digérer cette pression côté français.

La détermination de Thierry Dusautoir. Hier en conférence de presse, je ne l’ai jamais vu avec un regard pareil. Ils veulent se racheter (4). L’équipe de France n’a pas commencé sa Coupe du Monde. La Coupe du Monde doit commencer ce soir pour le XV de France. L’intitulé du match est donc Angleterre-France. L’Angleterre est l’équipe A. On va donc assister aux hymnes nationaux en commençant par le God Save The Queen.

(Juste après le coup de sifflet final)
La France est en demi-finale de la Coupe du Monde ! Yahoo !
Bravo ! Enorme !
Bravo !
Ils l’ont fait !
Je voudrais dire un truc important concernant cette équipe de France. Ce groupe aurait pu exploser, avec tout ce qui s’est passé pendant dix jours. Ce groupe n’a pas explosé. Regardez-les ensemble. Franchement, c’est une immense équipe de France, c’est une immense équipe de France qu’on a sous les yeux. Je voudrais saluer l’intelligence de François Trinh-Duc, exemplaire, pas un mot dans la presse, malgré tout ce qu’il a vécu depuis dix jours, certaines humiliations. Il s’est tu. Il a joué. La réponse est venu du terrain. Imanol Harinordoquy, énorme en première mi-temps. Tous les Français, Thierry Dusautoir, Nicolas Masse, Aurélien Rougerie, qui a joué avec une épaule en carton (5) et qui a défoncé les Anglais. Ils ont été énormes ! Alors évidemment, c’est loin d’être terminé. Il y aura un match contre le Pays de Galles en demi-finale. Attention au Pays de Galles ! Mais quel match des Français ! C’est assez incroyable, Thierry, parce que cette équipe de France était la moins bien qualifiée des huit équipes des quarts-de-finale. Elle avait encaissé (6) 96 points depuis le début de la compétition, d’où (7) notre inquiétude. Mais on savait, Thierry, et on peut le dire maintenant, parce qu’on les a… on y a toujours cru, on savait qu’il y avait de l’intelligence et on savait que dans cette équipe, il y avait des champions.

Quelques explications:
1. c’est le couperet: c’est le moment déterminant. (Un couperet, c’est au sens propre une lame très tranchante.)
2. c’est la maison: c’est le retour à la maison, c’est-à-dire en France en cas d’élimination.
3. la demie: la demi-finale.
4. se racheter: se faire pardonner en agissant correctement.
5. une épaule en carton: il s’est blessé à l’épaule. Donc la comparaison avec du carton exprime l’idée qu’il n’était pas solide, que son épaule était fragile.
6. encaisser 96 points: ils ont concédé 96 points à leurs adversaires. Ils les ont laissés marquer tous ces points. Ce verbe a un côté négatif et donne l’idée que l’équipe a subi les attaques des autres. (On dit aussi par exemple: encaisser un but, encaisser un essai.)
7. d’où notre inquiétude: ce qui explique / ce qui a entraîné notre inquiétude.

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