Fier de sa fille

Les pères sont-ils plus sévères que les mères ?
Est-ce plus dur pour l’aîné de la famille ?
Est-ce plus compliqué si en plus on est l’aînée ? (au féminin)
Petit témoignage de Leila sur ses rapports avec son père.

Transcription:
Un père sévère ?
– Au départ, qui l’était un peu mais il s’est assoupli (1). Et c’est vrai qu’avant, quand je demandais à sortir ou quelque chose comme ça, j’avais directement un « Non », sans essayer de comprendre, et j’allais voir ma mère qui négociait pour moi tout le temps. Et c’est vrai que du coup, ben, enfin maintenant, à 20 ans… une f[ois] (2)… enfin, à partir du moment où j’ai eu mon bac (3), il s’est rendu compte que, bah, j’étais une adulte, que je pouvais faire mes choses… les choses correctement. Et c’est vrai que maintenant, bah, quand j’ai envie de sortir, je lui demande à lui directement, sans passer par ma mère et c’est elle qui découvre que je sors, et elle me dit :  » Mais comment ça se fait que (3) tu sors ? J’ai rien… Tu m’as rien dit.  » Et je dis: »Bah j’ai demandé à papa directement. Il est d’accord. » Donc maintenant, je le fais. Et c’est vrai que, bah, on va dire que… enfin je suis… je suis l’aînée. Chez moi, j’ai… j’ai un frère et une soeur ensuite. Et on va dire que j’ai labouré le terrain (4) pour eux, quoi ! Et ils ont plus de liberté que moi je n’avais à leur âge. Mon père vient d’Egypte et c’est vrai que, bah, le jour où j’ai eu mon bac, il a appelé la famille directement au pays (5) pour leur dire: « Ma fille est diplômée ». Et on est partis en Egypte juste après, et c’est vrai que, bah la famille là-bas m’a organisé une fête avec des gros gâteaux et des cadeaux parce que je venais d’avoir mon bac. Et c’est vrai que ça m’a… ça m’a touchée. C’était super sympa (6) de… bah de se [rendre] (7)… bah de voir que mon père était fier. Et ma mère aussi, mais c’est vrai que là-bas, ça les a… ça les a plus touchés que ma famille maternelle qui vit en France.

Quelques explications:
1. s’assouplir: c’est devenir plus souple, au sens physique du terme, mais ausi au sens figuré. Ce père est devenu plus compréhensif, moins rigide.
2. une fois: elle ne le dit pas en entier, mais on devine que c’est ce qu’elle avait commencé à dire, avant de changer de formulation, comme souvent à l’oral.
3. le bac: c’est le diplôme qu’on obtient à la fin des études secondaires. C’est un vrai examen, avec différentes matières à passer. Avoir son bac, c’est entrer dans la vie adulte et pouvoir commencer des études à l’université par exemple. C’est LE grand événement dans la vie des familles françaises. On en parle à la radio, à la télé. Un vrai rite de passage !
4. Comment ça se fait que… ?: on pose cette question quand on veut une explication à une situation. Normalement, on emploie le subjonctif après. (Comment ça se fait que tu sortes ?)  Mais on s’est habitués à entendre l’indicatif aussi.
5. j’ai labouré le terrain: c’est une image pour dire qu’elle a préparé les choses – et leur père – pour son frère et sa soeur, comme un agriculteur prépare son champ en le labourant avant de le cultiver. Elle leur a simplifié les choses. On pourrait dire aussi: Je leur ai préparé le terrain.
6. au pays: cette façon de dire est fréquente dans les familles immigrées en France. Pour cette jeune fille, née en France et française, le pays, c’est aussi là où elle a encore une partie de sa famille.
7. super sympa: très gentil et agréable. (familier)
8. se rendre… : Elle allait dire : »se rendre compte » et utilise quelque chose de proche: « voir ».

Petit rappel sur bah, ben, beh:
Tous les « bah », « ben » qu’on entend viennent de la forme correcte: « Eh bien », que peu de gens prononcent en entier à l’oral. Je les transcris  car c’est ce qu’on entend, mais normalement, on n’écrit jamais ça. (sauf dans les BD par exemple). C’est purement oral et familier. Quand on surveille sa façon de parler, on dit toujours: Eh bien.

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2 responses to “Fier de sa fille”

  1. Fredrik Pettersson says :

    J’ai réagi à ça au sujet du frère et la soeur – c’est pareil chez toutes les familles je pense, au moins jusqu’à un certain point. Personnellement j’ai été bien plus empêché comparé à ma soeur et frère. je n’avais jamais le droit de faire quelque chose alors que ma soeur et frère ont été laissé libres. Souvent comme ça pour le premier enfant je devine – mais ce n’est pas bien.
    Mais en même temps; Le jour où je deviens père à une fille je serai pénible! 😀

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    • Anne says :

      Avec le premier enfant, on a tout son temps pour s’occuper de lui et plein de principes ! Et peut-être aussi davantage d’inquiétudes. Alors, on contrôle plus. Pour le deuxième, on a moins le temps de tout surveiller. On est aussi plus détendu parce qu’on a vu que ça se passait bien avec le premier. Et le deuxième (ou le troisième, ou plus…) a le modèle de son frère ou de sa soeur et veut tout faire plus vite. Donc en tant que parents, on cède plus, je crois !
      Et ensuite, il y a le problème des libertés accordées aux filles et aux garçons. Les parents sont souvent plus inquiets pour les filles parce que les filles peuvent être plus en danger que les garçons, à cause de notre société plus violente envers les filles.

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