La vie n’est pas simple

La Côte d’Ivoire.
Des semaines de chaos depuis novembre 2010.
Des années d’instabilité.
Des décennies où le calme alterne avec les troubles et les tensions.
Un pays qui subit toujours l’influence de son passé colonial avec la France.

La Côte d’Ivoire qui vient de vivre 4 mois avec deux Présidents, celui qui a été élu et celui qui refusait de partir. Jeux du pouvoir, manipulations par d’autres puissances en sous-main*.

Mais comme toujours dans ces cas-là, ce sont les populations qui paient le prix fort*. Voici quelques échos de leur vie quotidienne.


Transcription:
Nous prions pour que vraiment, le Président Alassane Ouattara puisse vraiment s’arranger pour pouvoir mettre la stabilité totale, quoi. Sinon, nous sommes foutus (1) ici, hein, nous sommes vraiment foutus. Nous sommes… Nous sommes au chaos (2), quoi. C’est vrai […], nous avons de la famille à nourrir, nous avons des logements à payer, tout, tout. Bon voilà, sans activité vraiment, c’est plus compliqué, hein. C’est vraiment très compliqué pour moi. On peut pas gouverner un pays, on peut pas prétendre calmer un pays, et puis laisser la population, qui est allée voter pour eux, mourir de faim, mourir, mourir. C’est pas possible ! On n’a rien du tout à manger ! Ecoutez, tout est cher sur le marché, madame. On nous vend des alevins (3), hein, des alevins, à 10 € ! On ne peut pas acheter ! Vraiment, c’est… on est fatigué ! Ils nous font chier (4), ces gars-là ! On ne peut pas gouverner un pays avec des rancunes. C’est pas possible. Pendant ce temps, la population, qui vous a soutenus, la population qui est allée voter pour vous souffre énormément.

J’ai des problèmes d’approvisionnement, des… une dialyse (5)… Un patient qui est dialysé et en principe il doit avoir des soins au moins une fois par semaine. Et ceux qui ont pas eu la possibilité de subir ces… de… de suivre ces soins-là, ils sont morts, hein, ou en très piteux état (6). Il y a même des femmes en couches (7) qui sont mortes ou qui ont perdu leurs enfants. J’ai été confronté à pas mal de cas de… de ce genre. La situation est extrêmement difficile. Je pensais qu’on allait vers une sorte d’accalmie, raison pour laquelle je me suis aventuré à l’extérieur aujourd’hui. Sinon, moi, j’étais cloîtré (8) chez moi. Je me demande comment on peut laisser un pays entier dans une telle situation. Ça fait combien de temps que ça dure ? C’est une situation qui est extrêmement grave. Toutes les personnes qui sont en situation de faiblesse physique, de maladies, de carences, etc…, ben ils sont condamnés à perdre la vie. La tristesse, c’est un petit mot, là. Le sentiment que j’ai, ça va au-delà de la tristesse. C’est de l’amertume, c’est… c’est du dégoût. C’est inqualifiable.

J’ai une entreprise où une partie des gens considèrent tojours M. Gbagbo comme le Président et d’autres attendent monsieur Ouattara comme… comme le nouveau Président. Mais il va falloir gérer ce… ce problème dans les entreprises. J’espère que tout le monde sera sage.

Je crois pas trop à une guerre civile. Je pense que il faut que le Président fasse le même système qu’en Afrique du Sud, qu’il pardonne tout le monde, que il (9) tende sa main (10) à tous les citoyens.

Quelques explications:
1. nous sommes foutus: nous sommes fichus / perdus (familier).
2. au chaos: il faudrait dire: Nous sommes dans le chaos. Ou: C’est le chaos ici.
3. des alevins: de jeunes poissons, donc encore petits.
4. Ils nous font chier: ils nous embêtent vraiment, nous ne les supportons plus. (façon impolie de dire les choses, car il est très en colère.)
5. une dialyse: traitement nécessaire aux personnes qui ont les reins qui ne fonctionnent pas.
6. en piteux état: en mauvais état (style plus soutenu), c’est-à-dire en très mauvaise santé.
7. des femmes en couches: en train d’accoucher.
8. cloîtré: enfermé et coupé du monde (style soutenu), comme les moines qui se retirent du monde dans les cloîtres de leurs monastères.
9. que il: normalement, on doit dire et écrire « qu’il ». Mais à l’oral, souvent on ne sait pas immédiatement comment on va continuer. Si on hésite, on va d’abord dire « que », puis ensuite continuer avec « il », « elle », sans reprendre et dire « qu’il » ou « qu’elle ».
10. tende sa main: on dit plutôt « tende la main« .

* en sous-main: en secret, clandestinement
* payer le prix fort: souffrir vraiment, subir les conséquences négatives d’une situation

Au-delà des mots qui nous rappellent que dans certains endroits de notre planète, on ne peut pas vivre bien ni sereinement, c’est l’occasion d’entendre cet accent ivoirien qui est un des accents du français parlé dans le monde.

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