Plus de peur que de mal

Les TGV, comme l’indique leur nom, roulent vite, très vite. Les voies sur lesquelles ils circulent sont donc très protégées pour éviter toute collision avec quoi que ce soit. Mais ce weekend, fait rarissime, un TGV Atlantique, parti de La Rochelle, a eu un accident. En fait, il était encore sur une portion de voie classique où la vitesse maximum n’est que de 200 km/h environ. L’avantage, c’est qu’il n’était pas à pleine vitesse. L’inconvénient, c’est que sur les voies classiques, il y a encore des passages à niveau, là où les routes traversent les voies ferrées, ce qui est source d’accidents. Tout le monde s’en tire sain et sauf. Mais quand même, les passagers ont eu très peur ! Et puis aussi, il faut dire que ça tombait mal* car ce weekend était très chargé: ce sont les vacances scolaires d’hiver en France.

Voici donc un petit aperçu de ce qui s’est passé pendant ce voyage plutôt mouvementé.
Puis mes commentaires sur la façon de parler habituelle des journalistes qui présentent les infos à la radio ou à la télé.


Transcription:
Les passagers du TGV La Rochelle-Paris ont eu pour certains la peur de leur vie. Vers 21h15 hier soir près de Niort, le train a pulvérisé une voiture qui était restée coincée sur les voies. Son conducteur avait eu le temps de s’échapper. Le train, lui, a déraillé mais pas complètement. Il n’y a pas eu de blessés mais près de 300 personnes (1) ont dû être évacuées. Sur place, le reportage d’Anne-Laure L.
Sous la pluie vers une heure et demie du matin, les passagers du TGV accidenté arrivent enfin en gare de La Rochelle. Deux bus ont été affrêtés par la SNCF(2). A leur descente, des passagers qui ont eu plus de peur que de mal (3), comme Caroline et Julie.
– Moi, j’étais dans le bar avec… enfin la… la voiture-bar avec mes deux fils. Et puis, on est… On était en train de commander. Puis tout à coup, ça a bougé, mais (4) de façon hyper-violente. C’est très impressionnant, très, très impressionnant !
– Il y a eu un basculement (5)… Le train a eu des basculements, comme si on perdait l’équilibre et puis on se remettait sur les rails. Et c’est…ça… ça nous a fichu les jetons (6)!

Sur le trottoir devant la gare, les passagers semblent un peu perdus. La question, c’est de savoir où ils vont aller.
– Bah en fait, moi j’habite à Paris et là, j’ai aucun endroit où dormir. Donc on va voir ce qu’on peut faire.

Des agents de la SNCF en gilet rouge dirigent les voyageurs.
– Les personnes qui sont en couple, déjà.
– On est mineurs (7), nous.
– Alors, les personnes… Monsieur, là. Les personnes les plus âgées pour les… par rapport aux jeunes…

Par groupes, ils se dirigent vers:
– Un hôtel.
– Un hôtel à côté de la gare.
Et c’est avec quelques heures de sommeil à peine que tous pourront reprendre le TGV ce matin.

Et du monde dans les trains, il va y en avoir ce weekend, mais aussi sur les routes. C’est le premier chassé-croisé (8) de ces vacances de février et la zone B (9) commence ses congés. Bison Fûté (10) a colorié ce samedi en rouge (11) en Rhône-Alpes et dans le quart nord-est du pays.

Quelques explications:
1. près de 300 personnes : à peu près 300 personnes. Les TGV simples transportent environ 300 passagers. Les duplex (à deux étages) doubles peuvent transporter plus de 1000 passagers d’un coup.
2. la SNCF : c’est l’entreprise qui assure le transport en train des voyageurs et d’une partie des marchandises et gère le réseau ferré français.
3. ils ont eu plus de peur que de mal : c’est une façon de dire que tout le monde est sain et sauf, après une grosse frayeur.
4. mais de façon hyper violente: ce « mais » sert à renforcer la suite.
5. un basculement: le train a basculé, s’est penché.
6. ça nous a fichu les jetons : ça nous a fait très peur. (argot, donc familier)). On peut dire aussi: On a eu les jetons.
7. être mineur : ne pas être majeur, c’est-à-dire ne pas avoir encore 18 ans.
8. un chassé-croisé: c’est quand on échange en même temps sa place avec d’autres personnes. On l’emploie pour parler de la circulation en période de vacances, quand par exemple certains quittent Paris au début de leurs congés et croisent ceux qui rentrent. Par exemple, il y a le chassé-croisé des juilletistes – ceux qui sont en vacances en juillet – et des aoûtiens – qui partent en août. Ne circulez pas à ce moment-là si vous pouvez éviter!
9. la zone B: pour les vacances scolaires d’hiver, la France est divisée en 3 zones géographiques qui ne partent pas en vacances en même temps. C’est pareil pour les vacances de printemps.
10. Bison Fûté: le trafic est observé et régulé par le Ministère des transports qui donne des conseils aux automobilistes en période de grands départs en vacances ou de retours. Bison Fûté est la mascotte qui personnifie cet organisme. Etre fûté, c’est être malin, savoir se débrouiller. C’est un mot familier.
11. en rouge: les jours sont classés noirs, rouges, oranges, ou verts selon la densité de la circulation. (du plus chargé au très fluide) C’est annoncé à l’entrée des autoroutes, à la radio, à la télévision.
* ça tombait mal: ce n’était vraiment pas le bon moment.

Transcription de mes commentaires:
Alors, avec ce petit enregistrement, je voulais revenir sur une façon de parler typique de la radio actuellement, une diction qui est très reconnaissable, pas dans toutes les émissions de radio mais dans certaines, et notamment comme les infos. Et on retrouve ça aussi à la télé, au… dans le journal télévisé, dans le JT. Et cette façon de…de parler un peu particulière, c’est le fait de ne pas faire de pause naturelle à la fin des phrases, d’enchaîner justement ces phrases sans respirer du tout au bon moment. Alors, je vous fais ré-entendre un premier passage.

Donc comme vous avez entendu, il n’y a pas de pause après la première phrase. Le journaliste en fait une après, un petit peu plus tard. Et il la fait entre le sujet, c’est-à-dire « le train » et le verbe « a pulvérisé », c’est-à-dire ce qui n’est absolument pas naturel du tout. On ne sépare pas normalement le sujet et le verbe, pour que ça ait du sens. Et en fait, ce qui se passe, c’est qu’il a besoin de reprendre de l’air. Il est un peu à bout de souffle. Et donc comme il a enchaîné les deux premières phrases sans pause, il est obligé de… de respirer au mauvais endroit.

Alors un deuxième passage. Vous allez entendre, c’est pareil exactement : aucune pause, la voix ne descend jamais à la fin des phrases. Et donc il faut vraiment suivre.

Et un dernier petit… Une dernière petite remarque, à propos des deux dernières phrases: il n’y a pas de pause entre « ont dû être évacués » et « Sur place ». Donc en fait, on associe d’abord ces deux idées. On se dit que les personnes ont dû être… ont dû être évacuées sur place. Or, ce que le journaliste voulait dire, c’était que la suite de son reportage avait été enregistré par Anne-Laure sur place, et donc qu’en fait, on allait la rejoindre.

Voilà. Donc dans certains cas, ça n’est pas très gênant, comme là, bon, ça a quand même un sens. Mais parfois, c’est vraiment embêtant parce que ça donne des drôles de phrases. Et on est obligé de re[prendre]… de repenser la phrase, de la refaire dans sa tête, pour comprendre en fait ce qui va avec quoi. Et… et ça, même quand on est francophone. Je parle pas des problèmes que ça peut poser à un étranger, éventuellement. Non, ça nous pose des problèmes à nous aussi, Français.
Et puis de toute façon, cette diction n’est pas naturelle. C’est de la lecture, d’un papier ou d’un prompteur. Et ça devient une lecture assez stéréotypée, un peu passe-partout*, avec ce ton assez habituel en fait chez les journalistes, et qui est le même pour donner des infos de nature tout à fait différente, des infos, bon, un peu neutres, des infos, je sais pas, gaies, positives, ou alors terribles, tristes, choquantes. Et c’est ça qui est assez agaçant, parce qu’en plus, on a l’impression que le journaliste n’est pas totalement concentré sur ce qu’il décrit, sur ce qu’il raconte et qu’en fait, il ne sait pas vraiment ce qu’il dit.
Alors, pour finir, je vais relire ce petit passage, avec un ton pas journalistique du tout évidemment. Et ça ne passerait pas à la radio, je suppose.

* passe-partout : neutre, qui convient dans n’importe quelle situation.

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