« Ils m’en font baver », ou le dur métier de prof

On parle beaucoup en ce moment dans les medias français des problèmes de violence dans certains collèges. Face à cette situation, ce que demandent les profs, c’est plus de moyens, notamment davantage de personnel pour enseigner et s’occuper de ces jeunes. Le gouvernement fait le contraire, supprime des postes et propose plus de police, des caméras de surveillance, une « sanctuarisation » des établissements… Sans commentaire !
Voici le témoignage d’un jeune prof nommé dans un de ces collèges difficiles en banlieue parisienne. Il raconte ses premiers mois, éprouvants même quand on enseigne l’EPS, c’est-à-dire même quand on essaie de faire faire du sport à ces jeunes.

Transcription:
Thomas Chagnoleau, enseignant d’Education Physique et Sportive, titulaire depuis, eh bah maintenant septembre 2009.
Comment s’est passé le premier trimestre ?
Il y a eu six semaines très difficiles, c’est-à-dire que ça a commencé par le… le plus compliqué.
C’est quoi le plus compliqué ?
Le plus compliqué, c’est des classes qui sont totalement opposées à vous, qui ne veulent rien faire de ce que vous, vous voulez leur faire faire. Et en plus de ce qui se passe au sein de la classe, il y a eu des difficultés par rapport au cadre, au niveau de la cité, c’est-à-dire que en EPS, il m’est arrivé les… le premier jour de faire cours dans la cour et d’avoir donc tous les caïds de la cité se ramener autour des grilles du collège et, bon, m’insulter de tous les noms. Voilà, c’était le… le cadeau de bienvenue du premier jour.
Quand on arrive dans le collège La Courtille, il y a une sorte de rite initiatique, c’est ça que vous décrivez ?
Exactement, oui, oui, oui. Jusqu’à se faire… jusqu’à se faire accepter, jusqu ‘à « Ça y est, on est reconnu ». Les gens nous disent « Bonjour Monsieur ». Ça y est. C’est pas « Ah ! Le bouffon » qui essaye de faire bouger les élèves au milieu de la cour de la cité.
J’ai été très surpris en fait, les premières semaines ont été très difficiles parce que j’étais surpris chaque jour. Et à tel point que j’avais des difficultés à faire face à certains événements puisque pour moi, ils étaient absolument inimaginables. Donc… Comme il y a un élève qui vous jette un trousseau de clés au visage, ou des élèves qui roulent avec un chariot – qui pèse à peu près une centaine de kilos – roulent sur un lecteur CD avec lequel on venait de travailler et le… le broient littéralement. Voilà, des choses comme ça. Ou une classe qui s’oppose totalement à moi et qui ne… pour m’en faire baver, uniquement.

Quelques détails :
1. Titulaire : c’est son poste définitif, jusqu’à ce qu’il obtienne un autre poste ailleurs. On est d’abord stagiaire, puis on est titularisé, en général sur les postes difficiles…
2. La cité : c’est le nom qu’on donne aux quartiers pauvres, avec plein d’immeubles en plus ou moins bon état.
3. un caïd : un chef de bande.
4. Bouffon : c’est une insulte courante dans les cités.
5. en faire baver à quelqu’un : c’est de l’argot. C’est rendre la vie difficile à quelqu’un, lui faire subir tout un tas d’épreuves. Et donc Thomas peut dire qu’il en a bavé, c’est-à-dire qu’il a eu à surmonter de nombreux obstacles.

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One response to “« Ils m’en font baver », ou le dur métier de prof”

  1. Marie-Lou says :

    L’enseignement Catholique est peut-être la solution : les élèves et les parents d’élèves y sont plus disciplinés et respectent les Professeur (e) s, l’autorité et les Directeurs (Directrices) d’Etablissement ; Mais ça reste Privé et Coûteux, pas accessible à toutes les Bourses. Dans le Public, les enseignants doivent avoir des reins solides- surtout dans des Quartiers difficiles…

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