Passionnant

Je voulais absolument voir Relève, histoire d’une création. Diffusé dans peu de salles de cinéma. Donc à ne pas manquer !
C’est beau et passionnant. On est au plus près des danseurs du corps de ballet choisis par Benjamin Millepied pour cette chorégraphie montée l’année où il est arrivé à l’Opéra de Paris. On est au coeur de la création d’un ballet: moments exaltants, intenses, beauté des gestes et des visages, compte à rebours des jours et enchaînement inimaginable de tout ce qui doit être mis en place pour arriver au bonheur de la Première. Voyage dans les salles de danse de l’Opéra, les escaliers, les bureaux, les ateliers, l’orchestre. Si bien filmé et raconté avec un sens du rythme qui ne faiblit pas pendant deux heures !

releve

La bande annonce est ici. Regardez !

Transcription
Dans la danse, c’est toutes les sensations. Sensation de l’espace, sensation de temps, sensation d’échange émotionnel avec ses partenaires. C’est comme quand on fait l’amour.
Voilà, je commence avec le début. Il y a tout le monde. Va (1) falloir être un petit peu patient. Faut (1) que je me mette en marche. (2)
L’Opéra de Paris, à l’arrivée de Benjamin, est un peu déboussolé (3) par… mais par pas mal de choses. (4)
C’est quoi l’excellence de l’Opéra exactement ? Moi, je suis pas encore satisfait de la façon dont ça danse.
J’espère que les danseurs vont être réceptifs et ceux qui seront réceptifs sont ceux avec lesquels je vais travailler.
Le truc, c’est que le planning va être compliqué. Je vais finir à la dernière minute, ça c’est sûr !
Parce que si Benjamin nous choisit, c’est pour qu’on se révèle, quoi, pour qu’on donne de nous.
Faut que j’arrive à faire une minute par jour. Une minute par jour.
Il faut que chaque moment compte, parce que ces moments-là, c’est pour vous, pour prendre du plaisir.
Il y a pas un danseur qui bouge comme l’autre dans le ballet. Ils sont tous des spécificités, tous.

Quelques détails
1. Va falloir… – Faut que… : dans ces deux phrases, il manque le pronom impersonnel Il. (Il va falloir être patient – Il faut que je…) C’est fréquent à l’oral.
2. Se mettre en marche : démarrer
3. être déboussolé : être perdu. (toujours au sens figuré)
4. pas mal de choses : un nombre important de choses. (oral)

Et si vous aimez la danse, un des beaux moments où on voit ce ballet émerger.

A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

La rentrée

rentree-des-classesLa rentrée est comme un second début d’année, au moins aussi important que le 1er janvier. Début septembre, après les vacances d’été, tout recommence, ou plutôt tout commence: rentrée scolaire et rentrée universitaire. Mais aussi rentrée littéraire, avec la parution de centaines de livres à ce moment-là. Rentrée dans les salles de spectacles avec une nouvelle saison jusqu’en juin prochain. Rentrée cinématographique aussi avec la sortie de films qui ont été primés au festival de Cannes. Et comme la rentrée entraîne des achats, les supermarchés et les centres commerciaux ont le droit d’ouvrir un ou deux dimanches début septembre. (Oui, en France, la plupart des magasins sont fermés le dimanche.)

Donc j’ai fait ma rentrée la semaine dernière. Et je fais aussi ma rentrée ici ! Un peu en retard car la rentrée est toujours une période chargée. La rentrée, c’est reprendre le rythme.
Etes-vous toujours là ?

il-y-a-des-reglesA la rentrée, on prend de bonnes habitudes, en classe notamment. Et cela concerne les petits et les grands ! J’ai trouvé cet album qui s’adresse aux petits écoliers. Mais je me demande si cela ne ferait pas du bien à certains de mes grands étudiants de méditer quelques unes des recommandations qu’on y lit !

Je vous ai donc sélectionné celles que je trouve tout à fait transposables aux bancs de l’université.
L’éducation, ça peut prendre du temps chez certains !

la-bonne-tenue

lecoute

les-gros-yeux

les-vacances

la-proprete-et-le-respect

Pour écouter ces quelques règles de base mais pas nécessairement évidentes pour tous :
Il y a des règles

Des expressions :
faire les gros yeux à quelqu’un: c’est lui faire comprendre par le regard qu’on n’est pas content du tout de son comportement.
Je ne suis pas un perroquet : cela signifie qu’on en a assez de redire les mêmes choses. (familier)

Bonne rentrée à vous !

Scène pour un portable

Alceste à bicyclette DVD
Dans ce film, on part pour l’île de Ré. Beaux paysages hors saison pour l’histoire d’un acteur qui a quitté la vie et les scènes parisiennes et qu’un ami vient déranger dans sa retraite pour lui proposer de remonter sur les planches dans une pièce de Molière. Un film qui se laisse voir ( mais pas inoubliable), notamment pour ses dialogues. Un peu bavard quand même !

En voici un, qui nous donne à entendre la langue de Molière mais qui reflète aussi notre époque !

Alceste à Bicyclette – Scène du portable

Transcription:
– « Mais ce flegme.. Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse…
 » (1)
Putain ! (2) Mais c’est infernal (3), ton truc, c’est infernal ! Je coupe mon portable (4), moi, quand je répète. Alors tu fais pareil !
– Non mais tu as pas à couper ton portable ! Tu as juste pas de portable ! (5)
– Si, j’ai un portable, mais personne n’a le numéro et personne m’appelle. Enfin c’est pas possible enfin ! (6) Ferme le portable (7) ! On répète Molière quand même !
– Oh, hé, tu te calmes, hein !
– Quinze fois ce portable sonne pendant qu’on répète !
– D’abord il a pas sonné quinze fois, il a sonné trois fois. Et puis je suis désolé, moi, j’ai tout laissé en plan (8) à Paris, alors il faut que je m’organise un peu. Alors, le portable, voilà, je vais l’éteindre. Voilà, il est éteint. Voilà, je le mets dans mon manteau. Le manteau, je le mets là, sur le lit. Voilà ! Ça va comme ça ?
– Je sais pas comment vous travaillez. C’est ahurissant (9). Un portable sur Molière, maintenant ! Je sais plus où j’en suis, moi.
– Bah tu as qu’à reprendre à « flegme ».
– « Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,
Que pour avoir vos biens, on dresse un artifice,
Qu’on tâche à semer de méchants bruits de vous,
Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux ?
 »
– Attends, attends, attends (10), stop, là ! Je comprends pas, là. Tu vas le jouer comme ça ? Tu vas le jouer aussi vite ?
– Comment ça, je vais le jouer aussi vite ?
– Eh bah oui, Alceste met ses tripes sur la table (11) et toi, tu dis ça à toute allure ?
Qu’est-ce que tu crois, toi ? Tu crois que c’est la première fois qu’ils se font cette scène ? Dix fois ils se sont fait cette scène ! Alceste et Philinte, ce sont deux amis. La base de cette scène, c’est l’amitié.
– Ah bah justement, l’amitié, je la vois pas là, je la vois pas. Il y a pas d’amitié, là. Voilà.
– Alors tu veux que je le fasse comment ? Tu voudrais que je le fasse comment ? C’est-à-dire : je me verrai… Attends, attends, toi, ce que tu veux, c’est : « Mais ce flegme, monsieur, qui résonne si bien, ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de… » C’est… C’est un peu installé, là, hein.
– Evidemment, comme ça, ça n’a aucun sens.
– C’est exactement comme ça que tu me demandes de le faire puisque tu dis que je vais trop vite.
– C’est incroyable ! Tu ne supportes pas qu’on te fasse la moindre remarque de jeu.
– Mais tu peux me faire toutes les remarques (12) que tu veux. Il faut simplement qu’elles soient sensées.

Des détails :
1. Il s’agit d’un passage de la pièce de Molière : Le Misanthrope, dans la première scène de l’Acte 1, entre Alceste et son ami Philinte.
2. Putain ! : cette exclamation est fréquente mais pas très raffinée, plutôt vulgaire. Ne pas l’utiliser dans n’importe quelles circonstances !
3. C’est infernal = c’est insupportable. On utilise cet adjectif à propos de choses ou de personnes. Par exemple : une chaleur infernale / un bruit infernal / un enfant infernal.
4. Couper son portable : on dit aussi éteindre son portable.
Un portable : ce terme désigne avant tout un téléphone et pas un ordinateur. Quand on veut parler d’un ordinateur, on dit presque toujours : mon ordinateur portable, en employant portable an tant qu’adjectif. Quant au terme « un mobile », il est employé avant tout par les opérateurs : Gardez votre numéro de mobile / Changez de mobile. C’est rare d’entendre quelqu’un dire : J’ai un nouveau mobile / Je te donne mon numéro de mobile.
5. Comme souvent à l’oral, il manque la première partie de la négation : Tu n’as pas à couper… – Tu n’as juste pas de portable.
6. Enfin c’est pas possible ! : cette exclamation, dite sur ce ton, exprime l’énervement. Par exemple : Mais c’est pas possible, on ne peut pas compter sur toi !
7. Ferme le portable ! : c’est très rare d’utiliser le verbe « fermer » à propos d’un appareil.
8. Laisser en plan quelque chose : s’interrompre soudainement dans une activité et la laisser inachevée.
9. Ahurissant : stupéfiant, très surprenant.
10. Attends… : On prononce le premier Attends correctement, mais ensuite, on ne dit plus que quelque chose comme ‘tends ‘tends ‘tends dans ce genre d’exclamation.
11. Mettre ses tripes sur la table : exposer ses sentiments intimes à tous, révéler ce qu’on a de plus profond. (familier). Les tripes désignent normalement le contenu du ventre des animaux, leurs boyaux.
12. Faire des remarques à quelqu’un : lui faire des critiques, bienveillantes ou pas selon les cas.

La langue de Molière :
La pièce est écrite en vers, avec des rimes et une syntaxe particulière. De plus, le vocabulaire n’est pas toujours simple pour les élèves notamment qui étudient Molière pendant leur scolarité. Dans ce passage, Alceste demande à Philinte s’il ne se mettrait pas en colère ( la colère = le courroux) si on cherchait à le tromper ou si on racontait des mensonges à son propos.

Une expression : faire une scène.
Une pièce de théâtre est en général découpée en plusieurs actes, eux-mêmes divisés en scènes. On répète, on joue une scène.
Mais faire une scène à quelqu’un, c’est se fâcher avec cette personne, se mettre en colère. Serge (Fabrice Luchini) fait une scène à Gauthier (Lambert Wilson) à cause du portable de ce dernier.

Tango, tango

Il ne sera pas dit que je n’aurai rien partagé avec vous en juillet ! Merci pour votre patience et votre fidélité !
Tango, tango, parce que à l’heure de la sieste – il fait chaud -, je suis tombée sur une émission sympathique sur Arte, sur le tango à Buenos Aires. (Elle sera probablement disponible pendant 7 jours sur Arte +7 très bientôt, si ça vous tente et que vous y avez accès de votre pays.)

Cela m’a fait repenser à un joli film sorti il y a quelques années. Danse, cinéma et expressions, quelques-uns des ingrédients qui me plaisent ! Dans Je ne suis pas là pour être aimé, il est question d’un huissier de justice, devenu ours à cause d’une vie pleine de ratés, de ses rapports avec son père devenu acariâtre et avec son fils timide et pas plus heureux, et de sa rencontre totalement surprenante avec le tango dans un cours auquel il s’inscrit. Rencontre avec le tango mais aussi avec une sorte de petite fée délicieuse et gracieuse. Et voilà ! Un beau film plein de pudeur. Et de coups de gueule de la part de ce quinquagénaire qui a un peu oublié de vivre.

Je ne suis pas là pour être aiméCliquez ici pour regarder un montage qui donne une bonne idée du film.

Transcription
– Bon, la tension (1) est bonne. L’examen cardiologique est bon. On ne peut pas exclure une petite insuffisance coronarienne. Faut bouger (2), quoi. Faut se dépenser (3) un peu, hein. Hein, parce que sinon, le cœur, un jour, il va dire stop.
– Ça vous plaît, les cours de danse ?
– Ça va, ça va. Je me trouve un peu nul, mais bon (4).
– Mais non, mais non.
– Si, si.
– Pourquoi vous dites ça ? Vous êtes pas nul du tout.
– Peso, peso…. En arrière, j’assemble. J’écarte, centre, jambe. C’est là que ça déconne (5).
– Ah non, mais non, c’est pas celle-là qu’il faut avancer, c’est l’autre.
– J’ai reçu des… une carte de maman, il y a pas longtemps.
– Ouais ?
– Alors, elle va peut-être venir en France dans quelques mois.
– Eh bah dis-moi quand ta mère arrive, j’essaierai de ne pas la croiser (6).
– Ecart, j’assemble, jambe.
– Non ! Pas celle-là. Celle-là.
– Ça a pas été encore très commode (7) cette semaine avec votre papa. Si vous pouviez (8) lui dire d’être un peu plus gentil.
– Oh ! Merde !
– Bon, bah je vais y aller, hein. Comme ça, tu pourras dormir.
– C’est ça, tire-toi (9) ! De toute façon, tu attendais que ça, alors !
– C’est pas trop dur ce que vous faites comme métier ?
– Maître Dussart, huissier de justice. Je viens procéder à l’enlèvement des meubles et vous demanderai de quitter les lieux (10) à l’issue de (11) cette procédure.
– Evidemment que les gens chez qui on va sont dans la merde (12) ! Bien sûr, on n’est pas… On n’est pas aveugle ! Mais tu es pas là pour y penser, tu es là pour faire appliquer une décision de justice.
– Tu me fais chier, tu me fais chier ! Tu me fais chier ! (13)
– J’écarte, j’assemble, et là, c’est celle-là qui commence.
– Celle-là.
– Mais pourquoi tu l’as pas donné, le papier ? Tu aurais pu ! Tu le laisses sous la porte, tu le glisses.
– Les voisins, ils m’insultaient. Qu’est-ce que je pouvais faire, moi ?
– Tu fais ton boulot ! Tu les laisses t’insulter, si ça leur fait plaisir. Tu fais comme si tu entendais pas. Tu entends pas.
– Avec qui vous avez envie de danser ?
– Je sais pas… Jean-Claude.
– Il est comment alors ?
– Il est normal.
– Tu vas tout remettre en question (14) avec Thierry pour un homme normal ? Est-ce qu’il t’aime au moins ? Est-ce qu’il te l’a dit ? Est-ce qu’il t’a fait un cadeau ?
Peso, peso… Et la jambe.

Quelques explications :
1. la tension : c’est la tension artérielle. Le médecin prend la tension pour vérifier qu’elle n’est pas trop basse ou plus souvent, trop élevée. Dans ce cas, on dit qu’on a de la tension, ou qu’on fait de l’hypertension.
2. Faut bouger : cela signifie qu’il faut avoir une activité physique, ne pas avoir un mode de vie trop sédentaire.
3. se dépenser : ce verbe pronominal s’applique toujours aux personnes. Se dépenser, c’est faire des efforts physiques, du sport.
4. Mais bon : on emploie souvent cette expression, pour indiquer qu’on accepte une situation. Cela signifie : Mais bon, c’est comme ça. Il ne se trouve pas bon danseur, mais il continue à danser quand même.
5. Ça déconne : ça ne va pas / ça ne marche pas. (style très familier, à la limite du vulgaire). Si on veut rester plus neutre, on peut dire : c’est là que ça coince.
6. Croiser quelqu’un = rencontrer cette personne.
7. commode = facile. Cet adjectif s’utilise aussi pour quelque chose qui est pratique. Par exemple : Prends le métro pour aller en ville. C’est plus commode qu’en voiture. Il s’emploie aussi à propos de quelqu’un qui a mauvais caractère, qui n’est pas facile à vivre. Dans ce cas, il est toujours dans une phrase négative : Ce vieux monsieur n’est pas commode ! Il râle tout le temps.
8. Si vous pouviez… : cette structure avec le verbe pouvoir exprime une demande = Pouvez-vous…
9. Tire-toi = Va-t’en ! (argot, et donc agressif). C’est comme Casse-toi !
10. Quitter les lieux : partir (style soutenu, langage officiel). En tant qu’huissier de justice, il vient expulser les gens d’un logement quand ils ne peuvent plus payer le loyer par exemple.
11. à l’issue de : à la fin de (style soutenu)
12. être dans la merde : avoir beaucoup d’ennuis et pas de solution pour les résoudre. (très familier, plutôt vulgaire. ) On dit en général : On est dans la merde. Ou bizarrement, avec exactement le même sens : On n’est pas dans la merde, là ! (= tout va mal.)
13. Tu me fais chier = tu m’énerves au plus haut point. (vulgaire et agressif)
14. remettre en question quelque chose / remettre quelque chose en question : ne plus l’accepter, vouloir changer une situation qui était bien établie.

Mettre l’ambiance, tout un art !

France Irlande

Les choses sérieuses commencent vraiment maintenant paraît-il pour les amateurs de football. Les Français et les Irlandais attendent donc le match de cet après-midi avec impatience. Certains en font une possibilité de revanche sur un match où les Irlandais avaient été éliminés injustement à cause d’une main d’un joueur français qui avait changé le cours du match.

Mais pour les supporters irlandais, tout cela n’est que du sport et donc l’occasion de faire la fête à Lyon, pas de tout casser comme on l’a vu début juillet à Marseille lors d’un match Russie-Angleterre.

Voici les mots d’un supporter irlandais au français impeccable et de deux supporters français qui regrettent de ne pas savoir aussi bien chanter !

Supporters irlandais et français

Transcription

– On aime chanter et faire la fête. On essaye d’être sympas, on essaye d’être bien vus (1) par les autres parce qu’on n’a pas envie de faire mauvaise réputation (2) en dehors de notre pays, quoi ! (Parole d’Irlandais)

– On fait pas le poids (3). Les matchs de foot, les pubs, l’ambiance (4), c’est leur truc. (5)
– Ça va être dur. C’est pour ça qu’on est venus là, nous, pour montrer un peu qu’il y a aussi des Français qui sont prêts et qui sont aussi motivés qu’eux. Et… Les Français, il y a pas d’ambiance (4), il y a deux, trois chants comme ça qui viennent : la Marseillaise (6), Allez les Bleus, et voilà, on n’a pas vraiment de chants comme eux ils ont des centaines et des centaines de chants ! C’est ça, nous, on est censés (7) être meilleurs sur le terrain mais moins bons en tribune (7). (Parole de Français)

Quelques détails :
1. être bien vu : laisser une bonne impression et être apprécié. Par exemple : Il est bien vu par ses chefs car il a toujours une attitude positive. Le contraire : être mal vu. Et de façon dynamique, on dit : se faire bien voir / se faire mal voir. Par exemple: Si tu continues, tu vas te faire mal voir de tes profs. / Il essaie toujours de se faire bien voir.
2. Faire mauvaise réputation : ce n’est pas tout à fait ce qu’on dit en français. On a juste l’expression assez statique : avoir mauvaise / bonne réputation. On n’a pas vraiment de verbe qui va bien pour exprimer l’idée qu’il ne veut pas que les supporters irlandais soient la cause de la mauvaise réputation de leur pays. On pourrait dire aussi : On n’a pas envie de donner une mauvaise image de notre pays.
3. Ne pas faire le poids : cette expression signifie qu’on ne peut pas rivaliser, qu’on n’est pas assez bon en face des autres, qui eux sont plus forts, bien meilleurs. Par exemple : Les consommateurs isolés ne font pas le poids face aux intérêts des grandes entreprises.
4. L’ambiance : c’est l’atmosphère générale d’un événement. On dit qu’il y a une bonne ambiance ou au contraire une mauvaise ambiance. On dit aussi : Il n’y a pas d’ambiance (dans une fête par exemple), ce qui signifie que c’est très ennuyeux.
5. C’est leur truc = ils savent faire, ils sont bons dans ce domaine. (familier)
6. la Marseillaise : c’est l’hymne national de la France.
7. Être censé faire quelque chose : c’est ce qui est prévu, ce qu’on attend de la part de quelqu’un. Beaucoup de Français font une faute d’orthographe sur ce mot qui se prononce comme l’adjectif sensé (= raisonnable, intelligent)
8. en tribune : c’est-à-dire dans les tribunes, (le lieu où sont installés les spectateurs dans un stade), où les supporters créent une ambiance de fête et font le spectacle.

Petite remarque:
Les supporters français chantent bien eux aussi. Mais c’est au rugby et dans le sud-ouest de la France !

Et sur France Bienvenue, vous pouvez écouter ou réécouter Gaël et Thomas qui parlaient en 2009 du match France-Irlande gagné injustement par les Français.

Vous pouvez aussi y écouter Laurent qui avait apprécié l’ambiance irlandaise lors d’un voyage à Dublin.

Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Trois jours et une lecture

Il y a les livres qu’on attend de retrouver chaque jour (ou chaque soir) et dans lesquels on aimerait rester longtemps, en savourant le temps passé dans ces autres vies. Trois jours et une nuit n’est pas de ceux-là. On lit, le plus vite possible, tard, comme emporté jusqu’à la dernière page.
Parce qu’on veut connaître la clé de ce roman noir, très noir, parce qu’on veut terminer le puzzle en plaçant la dernière pièce. Parce qu’on est dans la tête d’Antoine à qui il est arrivé quelque chose de terrible, parce qu’on est bousculé par ses sentiments et ses pensées. Parce qu’il faut aller jusqu’au bout pour tenter d’estomper ce sentiment de malaise qui ne nous laisse pas de répit.

L’écriture très précise porte cette histoire implacable, où la tempête est partout, dans les têtes mais aussi dans la réalité des grandes tempêtes de Noël 1999. Une tragédie en trois actes, où le héros est ballotté par un enchaînement de circonstances, et où on cherche la réponse à la question qu’il / que le narrateur se pose : « Il avait menti et on l’avait cru. Était-il tiré d’affaire pour autant ? »

Trois jours et une nuit
Voici comment en parlait Pierre Lemaître à la télévision il y a quelque temps. Un modèle d’interview car on en sait assez pour avoir envie de lire cette histoire sans qu’elle nous soit dévoilée par son auteur dans une mauvaise paraphrase orale. Et aussi parce qu’il y est question de la façon dont les livres s’écrivent.

L’interview est à regarder ici.

En voici quatre extraits :

L’art d’entrer dans le vif du sujet :
Trois jours et une nuit 1Présentation

Transcription:
Il suffit parfois de quelques secondes pour qu’une vie bascule, hein, même quand on est un adolescent, un adolescent sans histoire (1), comme Antoine par exemple. Voilà, prenez Antoine. Il a douze ans. C’est un bon garçon, Antoine, hein, pas bagarreur, sympa, le genre de type qui construit des cabanes dans les bois, qui est timide avec les filles et qui un beau jour, par accident, tue l’un de ses petits camarades. Nous sommes en 1999, souvenez-vous, c’est le moment où la France est ravagée par cette grande tempête qui n’a laissé aucune région indemne. Nous, lecteurs, bah nous savons qui a commis le crime, dès les premières pages : c’est Antoine. Ce que nous ne savons pas en revanche, avant la dernière page, et même avant la dernière ligne, c’est comment Antoine va se débrouiller face à l’enquête, face à la culpabilité, face aux fantômes du passé.

La parole de l’écrivain :
Trois jours et une nuit 2 Un roman noir

Transcription:
– Comment est-ce qu’on écrit cela ?
– Eh bien, d’abord, c’est parce que on fait une claire distinction entre le roman policier et le roman noir.
– Ah !
– Dans le roman policier, si ça avait été un roman policier, je ne m’y serais pas pris (2) de la même manière. Dans le roman policier, vous avez besoin d’un mystère pour savoir qui a fait les choses. Si vous voulez écrire l’histoire d’un crime, c’est ce que vous faites. Mais moi, j’écris pas l’histoire d’un crime, moi, j’ai écrit l’histoire d’une faute. Il a douze ans – bien sûr que c’est un crime – mais nous, adultes, qui lisons cette histoire, nous voyons bien que c’est un crime du point de vue médico-légal. Mais du point de vue de la justice humaine, c’est une faute. C’est un accident, dramatique, mais c’est un accident qui a cette portée terrible, c’est que, au fond, la destinée de cet enfant va se jouer à un moment où la destinée n’existe pas encore. A douze ans, l’avenir n’existe pas. Ce qui existe, c’est demain, mais ce que je ferai à dix-huit ans, ce que je ferai à trente ans, quand j’aurai des enfants, tout ça, c’est abstrait. C’est quoi ? Ça n’existe pas ! On vit dans l’instant présent. Or il a le sentiment (3), tout de suite, dès qu’il commet ce crime, qu’il a fait quelque chose qui engage plus que ce qu’il peut comprendre. En fait, la destinée se joue avant même qu’il ait le sentiment de ce que c’est que la destinée.
– La réaction d’un enfant…
– Et là… juste pour finir. Et là, on est plus dans le roman noir, où la question n’est pas tellement de savoir comment ça va… comment on en est arrivé là, mais qu’est-ce qu’on fait quand c’est arrivé.

Les étincelles qui déclenchent l’écriture:
Trois jours et une nuit 3 De quoi se nourrit l’écrivain

Transcription:
– Comme dans Au revoir là-haut, après le livre, il y a ce que souvent, vous autres, romanciers, faites – et c’est très agréable pour nous, les lecteurs, il y a les remerciements, gratitude. Et là, vous remerciez pêle-mêle (4) Georges Simenon et Marc Dugain, Umberto Eco et Homère, l’auteur de True Detective et Jean-Paul Sartre – c’est un petit peu comme chez Orsenna, c’est très éclectique, hein, de Pizzolato à Jean-Paul Sartre. Qu’est-ce que vous leur avez emprunté ? De par… dans votre passé, puis par l’écriture d’un livre comme celui-ci.
– Quand on écrit, je pense que… là, ça serait intéressant de savoir comment mes confrères, ma consoeur travaillent, mais quand j’écris, moi, je repère assez facilement que un mot m’est venu de quelque chose que j’ai lu quelques jours avant, ou que j’ai lu il y a longtemps, mais le mot est resté et je sais que quand j’emploie une expression, je sais dans quoi je l’ai vue, dans quoi je l’ai lue. Si j’emprunte un trait de caractère à un personnage, je sais que je le prends dans un film que j’ai vu, dans… Voilà. On… On… Moi, je bricole avec des tas de choses que ma mémoire…
– Qui vous ont nourri.
– Oui. Que la mémoire me… me… Et chaque fois que je le vois, ça m’amuse de le noter et de me dire : « Tiens, ça, je l’ai pris à Amin Maalouf, ça, je l’ai pris à Marc Dugain, ça, je l’ai pris à Sartre. » Ça m’amuse de le faire et puis ça me paraît honnête à la fin de dire : « Bah voilà, je cite ceux que j’ai pu repérer. Vous savez, j’ai eu beaucoup de chance parce que la première ligne de la première page du premier livre que j’ai écrit, c’est une citation de Roland Barthes, qui dit : « L’écrivain est quelqu’un qui arrange les citations en retirant les guillemets. »
– Ouais !
– C’était la défintion dans laquelle je me reconnaissais.
– Pas mal quand même, attendez !
– Et en fait, je suis resté fidèle à cette idée, parce que plus j’écris de livres, et plus cette définition de la littérature, je me l’approprie, je la trouve très juste.

Comment un livre échappe à son auteur:
Trois jours et une nuit 4 Je vais le relire

Transcription:
– Ce qui est formidable, c’est une petite vie comme ça, et puis en même temps, il y a des éléments dès le départ, parce qu’il y a la forêt, qui joue un rôle énorme, et il y a la tempête. Donc il y a des gens qui sont perdus, comme ça – parce que même les adultes sont perdus comme des enfants, il y a quelque chose qui les dépasse – et comment est-ce qu’on peut être humain dans… face à des éléments qui sont tellement plus forts que nous. Et on chemine comme ça, comme des sortes d’insectes, comme ça, poursuivis par une sorte de malédiction. Non, non, c’est passionnant !
– Ça me donne envie de le relire ! (Ces mots sont ceux de l’auteur!)
– C’est passionnant !

Quelques détails :
1. un garçon sans histoire : un garçon qui ne pose pas de problème, avec qui tout se passe bien, sur qui on n’a rien à dire en fait, « normal ». On peut utiliser cette expression à propos de quelqu’un mais aussi à propos d’un lieu : C’est une petite ville sans histoire. Ou encore à propos d’une période : Nous avons passé des vacances sans histoire. / ça a été un voyage sans histoire.
2. s’y prendre : procéder d’une certaine manière. Par exemple : Je ne sais pas comment m’y prendre avec lui. Il est difficile à comprendre. / Comment tu t’y es pris pour obtenir cette couleur ? / Elle ne sait pas s’y prendre avec les ados.
3. Avoir le sentiment que : avoir la certitude que, être intimement convaincu de quelque chose.
4. pêle-mêle : en désordre, sans organisation, sans tentative de structurer les choses. Au sens propre : Les valises étaient entassées pêle-mêle dans le hall de l’aéroport. / Toutes ses affaires étaient pêle-mêle sur son lit. Au sens figuré : Je te donne mes idées pêle-mêle.

Question pour Edelweiss qui aime les romans de cet écrivain :
as-tu lu celui-ci ?😉

L’envers du décor

Trajet Ateliers Berthier Opéra Garnier
Une carte d’aujourd’hui pour illustrer le trajet que faisaient autrefois ceux qui travaillaient à la fabrication des décors de l’Opéra de Paris. Ces toiles immenses étaient peintes aux ateliers Berthier, puis roulées avec précaution et transportées à pied par les grands boulevards parisiens.

L’an dernier, l’Opéra a renoué avec la tradition, pour garder trace de son histoire. Cela donne ce petit film magique !

3eme scène The walking landscape
Cliquez ici pour regarder Le paysage qui marche

Les pinceaux qui dansent sur la toile.
Trois regards qui se posent sur le château qu’ils ont peint dans une forêt féérique.
Les pieds qui se mettent en marche en cadence et les bras qui font les bons gestes dans un ensemble parfait.
Les sourires étonnés et ravis des passants qui suivent cet étrange objet de plus de vingt mètres de long dans sa marche vers la grande entrée de l’Opéra.
La toile qu’on monte sur la scène, la toile qu’on déroule, la toile qu’on découvre.
Un ballet d’images qui s’accordent à la musique de ballet et aux échos de la ville.
Le décor mis en scène est devenu spectacle.

Toute cette histoire est racontée ici, dans un beau texte très riche qui nous plonge dans les coulisses de cette aventure.
J’en ai enregistré une partie :
De Berthier à Garnier

L’envers du décor :
Normalement, cette expression renvoie au côté négatif d’une situation : montrer l’envers du décor, c’est faire tomber les illusions.
Mais ici, l’envers du décor est si beau !

La grande vie

En écoutant le monsieur devenu très riche dont il était question dans mon billet précédent, j’ai repensé à ce film de 2006 qui s’appelle Quatre Etoiles. Peut-être l’aviez-vous vu alors. Sinon, vous pourriez essayer de le trouver!

Isabelle Carré y est formidable en jeune femme ordinaire qu’un héritage inattendu rend assez riche pour qu’elle décide de larguer les amarres* d’une vie trop tranquille et plan-plan*. Pour elle aussi, direction la Côte d’Azur et ses palaces, ses voitures de luxe et sa vie facile, à laquelle elle se fait sans problème ! C’est une vraie comédie, où elle virevolte entre deux hommes, un riche plutôt niais qui tombe raide dingue d’elle et un escroc sympathique qui pense la contrôler mais qu’elle finit par mener par le bout du nez*, en joyeuse emmerdeuse qu’elle apprend à être. Un grand classique, à la sauce française.

La bande annonce, c’est dommage, ne donne qu’un très mauvais aperçu de cette histoire. Mais vous y aurez un avant-goût de son rythme et de ses dialogues qu fusent dans tous les sens, avec un José Garcia déchaîné comme d’habitude. Et puis les lieux peuvent faire rêver… en attendant de gagner au loto !

Quatre Etoiles DVD
La bande annonce est ici.

Transcription :
– On ne peut pas partager de… la même chambre d’hôtel, vous et moi. C’est pas possible.
– Et pourquoi ça ?
– J’ai envie de me balader (1) à poil (2), si j’en ai envie. Quelquefois, je fais monter les putes (3) russes à 4 heures du matin. Je fais des bains moussants. Je claque les portes.
– Oui, mais seulement, moi, ça me rassure d’être dans votre chambre. Comme ça, je sais où vous êtes.
– Je vous ai fait une reconnaissance de dettes (4), vous avez mon passeport. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?
– Vous avez peur de tomber amoureux de moi. C’est ça ?
– Attendez, que moi… Que moi, je tombe amoureux de vous ! Non, mais attendez, vous réfléchissez des fois à ce que vous dites ? Ou alors, les mots vous viennent comme ça, là ?
– Quoi ? Je suis pas votre genre ?
– Oui, c’est ça, voilà. Vous n’êtes pas mon genre, voilà.
– Oui mais alors, c’est quoi, votre genre ?
– Pour moi, vous êtes… Vous êtes un peu comme une Barbie, voyez, quand on est petit, on prend une Barbie, puis on soulève la jupe et on se dit : Qu’est-ce que je peux faire avec ? Et bah voilà, on joue avec les jambes, puis au bout d’un moment, on est super énervé, alors on lui arrache la tête. Voilà. Alors, de mon côté, moi, vous n’êtes pas une femme, voyez. Vous êtes comme une Barbie. Alors, vous faites comme si je n’étais pas un homme, voilà. Vous pensez que je suis Ken, habillé.
– Elle est assez unique dans son genre.
– Hého  !
– Vraiment, moi Tarzan, toi Jane, hein !
– Tu peux pas te passer de moi (5), hein !
– Aïe ! Mais qu’est-ce que vous faites, là !
– Oh bah dis-donc, ça vous allait pas d’être jeune (6), hein !
– Je vous emmerde, moi ! (7)

Des explications
1. se balader : se promener (ici au sens figuré)- Familier
2. à poil : tout nu, sans vêtements (argot)
3. une pute : une prostituée (argot)
4. faire une reconnaissance de dette à quelqu’un : c’est signer un document dans lequel on précise quelle somme a été prêtée.
5. Ne pas pouvoir se passer de quelqu’un : avoir besoin de cette personne tout le temps, avoir envie d’être avec elle en permanence. Cette personne nous est indispensable, pour une raison ou une autre.
6. Ça ne vous allait pas : elle ne le trouve pas très beau jeune ! Elle trouve que la jeunesse ne l’avantageait pas vraiment !
7. Je vous emmerde, moi ! = J’en ai rien à faire de ce que vous pensez, de ce que vous dites. Ce qui est drôle, c’est qu’il lui répond vulgairement et avec agressivité, mais il continue à la vouvoyer.

Tu m’emmerdes / Je t’emmerde:
Quand elle se moque de lui à cause de sa photo sur son passeport, il aurait pu lui répondre « Vous m’emmerdez », c’est-à-dire « Vous me cassez les pieds ». Mais en se mettant en position de sujet (Je), c’est comme s’il voulait reprendre le contrôle et c’est finalement plus agressif et encore plus grossier. Mais dans le fond, c’est ce qu’on dit quand on est à bout d’arguments.

* larguer les amarres: c’est comme sur un bateau qui quitte la terre ferme, lorsqu’on détache les cordes qui le retiennent à quai. Au sens figuré, c’est donc partir en abandonnant tout derrière.
* une vie plan-plan : ordinaire, très fade, routinière et sans surprise. (familier)
* mener quelqu’un par le bout du nez : lui faire faire tout ce qu’on veut, parce que cette personne est sous notre influence et n’a plus de sens critique. (familier)

Du jour au lendemain

EconomiesJe n’étais pas partie du tout pour écouter cette émission. Mais le témoignage de ce petit monsieur – allez savoir pourquoi je l’imagine petit ! – m’a accrochée. Un peu pour sa vie de chômeur qui change d’un coup de baguette magique, grâce à une grille gagnante au Loto. Mais surtout pour la façon dont il raconte cette histoire, avec des « je lui dis », « elle me dit » pour exprimer des émotions et des sentiments tout simples de gens simples qui savent comment marche le monde. Et pour son accent ! Pas un sudiste du tout, ce grand gagnant !

Grand gagnant

Transcription :
– On y va, on y va, on y va !
– Cinq grilles du Super Loto pour le vendredi 13.
– Oui. Et des bonnes, hein ! On y croit ! Chaud bouillant ! (1)
– Ce Flash (2), Jean-Jacques, que vous venez de faire, c’est exactement ce qui s’est passé ce jour d’avril 2015 ?
– Pareil. Un Flash. Je venais juste d’être licencié, j’étais à bout (3), à bout, à bout. J’ai dit : Bon bah allez, on va essayer de chercher la chance (4). Donc je suis allé faire un Loto. Bah la chance m’a souri. Un lundi soir, je passe devant le bureau de tabac (5) où j’avais joué pour aller faire valider mon bulletin et puis pour rejouer pour la semaine. Et puis je rentre dans le bureau de tabac, la dame était seule, alors je passe mon bulletin. Et elle me dit : Monsieur, je peux pas vous payer.
Ah bon ! Bah pourquoi vous pouvez pas payer ?
Parce que vous avez un gros lot.
Ah bon ?
Elle dit : Attendez, on va appeler la Française des Jeux.
Moi, j’ai pas tilté (6) en fait. Je dis : Bon bah j’ai un gros lot. Ça veut dire quoi, un gros lot ? Je sais pas.
Elle me dit : Voilà, vous avez gagné deux millions quatre-vingt-dix-sept mille euros.
Elle me dit : ça va ?
Bah… Je… Non, j’étais déjà pas bien dans la tête, ça vous assomme, quoi, quelque part ! Vous y croyez pas vraiment.
– Vous ne réalisez pas tout de suite ?
– Bah non, non ! C’est un coup de massue (7) sur la tête !
Je rentre à la maison et je me dis : Comment je vais l’annoncer à mon épouse ? Mon épouse rentrait à 8 heures et demie. Donc je mets la bouteille de champagne dans le frigo. Je mets sur un plateau dans la cuisine. J’entends la voiture qui arrive, elle rentre et je dis : Chérie, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
Tu as retrouvé du boulot ?
Non, mieux que ça. Tu sais que je joue au Loto.
Bah oui ! Je sais bien !
Je lui dis : J’ai gagné 50 000 euros.
Elle me dit : C’est pas vrai !
Bah je dis : Non, c’est pas vrai. J’ai gagné 500 000 euros.
Oh !
Je dis : Non, non, je vais te dire, on a gagné deux millions d’euros.
Et là, plus un bruit !
– C’est irréel. C’est pas possible, c’est une blague (8) ! On n’a même pas bu le champagne, on n’a même pas mangé, on n’a pas dormi du tout de la nuit. (9)
– Parce que la Française des Jeux m’avait dit : Attention, pas de ticket, pas d’argent.
– Vous me disiez : on ne réalise pas. Et à la remise de chèque, alors ?
– Bah, étonnamment, c’est bizarre, on se rend pas compte de ce que c’est toujours (10). C’est pas de l’argent, c’est… Vous voyez rien.
– C’est le jour où l’argent a été sur votre compte ?
– Voilà, là, on avait une grosse ligne, là, là, avec beaucoup de zéros, c’était bien ! On pouvait dire : Là, c’est bon, je l’ai, c’est à moi.
– Vous choisissez à ce moment-là de le cacher ?
– Non, non. La famille connaissant notre misère actuelle, du fait de ma perte de travail et tout ça, j’ai voulu faire partager ma joie et mon plaisir.
– On ne change pas de monde comme ça ?
– Non. Non.
– On ne passe jamais de cette vie-là à l’autre. On essaye d’apprendre, mais on n’est jamais pareil. A Saint-Tropez, où on est allé faire un tour (11), on va dans un magasin. Mon épouse demande le prix d’un sac. C’était chez… enfin une marque de luxe. Et la dame dit à mon épouse : C’est pas la peine (12), madame, vous pourrez pas vous le payer. Comme quoi, c’est pas si facile d’être riche du jour au lendemain (13). Il y a des codes qu’on n’a pas et qu’on n’aura jamais. Mais ça me dérange pas, hein !
– Vous avez suivi des ateliers (14) justement pour apprendre avec la Française des Jeux de…
– Oui, mais comme quoi (15), c’est peut-être pas suffisant.
– Alors, on sourit, là, mais beaucoup de grands gagnants parlent aussi d’angoisse. On frôle même la solitude.
– Oui, tout à fait. Oui, à vivre au quotidien, c’est pas toujours évident. On va au restaurant, bah on invite des gens, on paye l’addition (16) parce qu’on le veut bien. Mais si on le faisait pas, je suis sûr que les gens diraient : Bah, tiens, il est pingre (17). Ils sont… Ils peuvent même pas nous payer le restaurant, quoi, tu vois ! C’est difficile. C’est… On a perdu des amis comme ça. On pensait qu’ils étaient sincères et qu’ils nous aimaient pour ce qu’on était. En fait, on s’aperçoit que des gens, des fois, nous aiment pour ce qu’on a et pas pour ce qu’on est, du fait de notre position de grands gagnants en fait.
– Donc au risque de choquer certains auditeurs, c’est pas si simple, d’être grand gagnant !
– Non, c ‘est pas si simple, non ! On ne se plaint pas, mais c’est pas si simple que ça. La jalousie !
– Tant qu’on n’est pas passé par là, on peut pas savoir. C’est vrai que c’est deux mondes différents.
– Quand on a autant d’argent sur son compte en banque, est-ce qu’on a encore des rêves ?
– Bah, des rêves, on en a toujours, tout le temps.
– Et parmi eux, que ça recommence !
– Ah bah j’espère bien ! Peut-être ce weekend, ça serait bien !
– Avec moi ! Moi je joue…
– Allez, chiche (18)! On y va !

Des explications :
1. chaud bouillant : cette expression très familière (orale) signifie que la personne est prête à faire quelque chose, avec beaucoup d’excitation.
2. Un Flash : c’est un des types de jeux du Loto.
3. Être à bout : être épuisé moralement et physiquement.
4. La chance : en français, c’est toujours positif. Normalement, on dit : tenter sa chance :ce jour-là, il a décidé de tenter sa chance..
5. Un bureau de tabac : ce sont les magasins où on achète les cigarettes. Le propriétaire ou le gérant est un buraliste.
6. Je n’ai pas tilté : je n’ai pas réagi car je n’ai pas compris. On dit aussi : ça n’a pas fait tilt. (familier)
7. Un coup de massue : une massue sert à frapper très fort. Donc au sens figuré, recevoir un coup de massue, c’est être assommé par une nouvelle, par un événement, ce qui signifie qu’on ne même peut plus réagir, tellement on est surpris ou choqué.
8. C’est une blague ! : c’est une plaisanterie / Tu plaisantes. (familier)
9. ne pas dormir de la nuit : c’est passer la nuit sans dormir du tout. C’est la préposition « de » qui permet d’insister. On entend souvent cette structure, dans des phrases négatives. Par exemple : On n’a pas vu le soleil de la semaine. (= pendant toute la semaine) / Il ne m’a pas parlé de tout le voyage.
10. Toujours : cet adverbe n’est pas bien placé ici. Il faudrait dire: On ne se rend toujours pas compte… (= on continue à ne pas se rendre compte / à ne pas comprendre.)
11. aller faire un tour quelque part : aller se promener quelque part.
12. Ce n’est pas la peine : ça ne sert à rien.
13. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition.
14. Suivre un atelier : suivre une formation spécifique et pratique pour apprendre quelque chose
15. Comme quoi… : c’est la preuve que… / On voit bien que…
16. payer l’addition = payer le restaurant
17. pingre : avare, pas généreux. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent.
18. Chiche ! : c’est ce qu’on dit quand on accepte un défi, un pari. (familier)

L’émission complète est à écouter ici.
Avec d’autres témoignages de gens dont la vie a basculé de la même manière, des chiffres sur les chances de gagner de telles sommes, des questions, etc.

Et vous avez lu La Liste de mes envies ?

Courir le vaste monde

Paloma CouvertureLes enfants ont la chance qu’on mette entre leurs mains des albums aussi beaux que celui-ci.

Il est beau par sa taille et la qualité de l’impression: c’est vraiment un grand livre, dans lequel les dessins de l’illustratrice, Jeanne Detallante, prennent toute leur force. C’est comme si on avait sous les yeux les dessins originaux, aux couleurs éclatantes comme des peintures de Frieda Khalo, ou dans des teintes de gris et de noir pour raconter le passé. Un bel objet à manipuler, à lire ensemble, penchés sur des pages où on peut en quelque sorte s’immerger.

Cet album est beau parce que les mots de Véronique Ovaldé sont riches, pour dire la belle histoire de Paloma, la petite fille qui sentait que le monde était là, à portée de main. C’est une histoire qui dit la présence du père disparu, la vie de famille dans des lieux où on a toujours vécu, l’amour d’une mère, le besoin d’aventure et de liberté. L’histoire d’une fille qu’on laisse partir – et qu’on aide à le faire – pour qu’elle ne devienne pas poussière. Une histoire qui dit que les filles aussi peuvent aller courir le vaste monde. De quoi donner des ailes à nos enfants. C’est un conte lumineux, qui, comme tous les contes, posent les questions essentielles. De ces livres qu’on garde précieusement.

Paloma Album

Si vous voulez écouter cette histoire (avec le bruit de ces grandes pages que je tourne!):
Paloma

Paloma Les 3 soeurs

Paloma Aventure

Courir le monde, courir le vaste monde, aller courir le vaste monde:
Cette expression signifie qu’on part à l’aventure, pour découvrir le monde, avec curiosité et l’envie de vivre des expériences dans des endroits qu’on va vraiment explorer.

PS: A mes lecteurs fidèles: Excusez-moi pour mon absence un peu prolongée sur ce blog ces derniers temps. Mais je ne vous oublie pas et me voici de nouveau avec ce que je veux partager avec vous !

Comme par enchantement

Navette magique

En fin de compte, Paris est très proche de Marseille : en TGV, il faut environ trois heures de gare à gare, c’est-à-dire du centre-ville de Marseille à Paris intra-muros. Et pas besoin d’arriver des heures à l’avance : on peut monter dans le TGV au dernier moment (entre deux et cinq minutes juste avant que les portes se ferment). Pas besoin non plus d’enregistrer ses bagages : ils voyagent dans le même wagon que vous. Pas besoin de se ruiner non plus : en s’y prenant bien – traduisez par à l’avance – on trouve des tarifs intéressants.

Alors, pour concurrencer le train, les avions doivent offrir la même sensation de facilité : c’est ce que nous vend cette publicité rencontrée hier dans la rue sur un abri-bus.

On ne monte plus dans un avion pour partir en voyage, on prend une navette, c’est-à-dire un moyen de transport quotidien qui fait la navette entre le nord et le sud. Et bien sûr, il y a plusieurs vols allers-retours par jour, à des heures pratiques pour partir et revenir.
Donc, hop, on part pour Paris ! Vous êtes à Marseille, et d’un coup de baguette magique… Pardon, d’un coup de navette magique, hop, en une heure, vous voilà à Paris ! ( Enfin presque, parce qu’il faut aller à l’aéroport, arriver en avance. Et côté prix, ce n’est pas toujours aussi magique que les 49€ annoncés : tout est dans le « à partir de… ». Et parce que vous atterrissez à Orly, bien relié à Paris, mais quand même. )

En tout cas, la pub est jolie, avec son jeu de mots basé sur les sonorités proches de navette et de baguette. Un bon slogan, qui met un peu de féérie dans notre quotidien où parfois, au milieu de la frénésie des transports pour aller à droite, à gauche, on se prend à rêver de télétransportation ! Vive les navettes magiques !

L’expression « d’un coup de baguette magique / en un coup de baguette magique » signifie que quelque chose se fait très facilement, sans effort.
Par exemple, on dit : ça ne se fera pas d’un coup de baguette de magique.
Tu crois que tu vas réussir à trouver un appartement comme ça, en un coup de baguette magique ?

Le jeune papa qui voulait apprendre à cuisiner

CuisinerC’est très à la mode de raconter des histoires de la vie des gens ordinaires. C’est ce qu’ont compris les entreprises pour se faire de la publicité, poussant ainsi plus loin la vieille idée de mettre en scène des utilisateurs de leurs produits. Maintenant, ce sont de véritables petits films, à regarder sur leur site ou les réseaux sociaux. Et la cuisine est partout ! Je suis donc tombée sur de nouvelles vidéos qui mettent en scène un cuisinier plein d’énergie et des apprentis-cuisiniers, avec en arrière-plan cette fois-ci une marque d’huile qu’on trouve partout. (Mais ils ne passent pas leur temps à mentionner le nom de cette huile. Donc c’est regardable comme une petite tranche de vie.)

Fred et CédricEncore de la cuisine, allez-vous dire ! Oui, mais c’est surtout parce que j’ai trouvé que les échanges entre Fred et ceux qui ont besoin de ses conseils étaient une belle leçon d’oral, pleine de naturel, de mots familiers, la vraie vie donc! Et accessoirement, j’ai retenu une astuce pour faire une excellente mayonnaise, que je testerai un de ces jours !

Voici donc l’un de ces épisodes, en cliquant ici, où Fred apprend à Cédric comment s’y prendre et épater sa compagne en lui cuisinant de bons petits plats.

Transcription
Vous savez quoi ? Pour moi, la cuisine populaire, c’est à la fois des plats simples et gourmands. Bah ça, c’est tout ce que j’adore. Mais cuisiner au quotidien, c’est parfois compliqué pour ceux qui manquent de temps, d’expérience ou encore d’idées. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller à leur rencontre, pour partager avec eux toutes les petites astuces que j’ai pu glaner au cours de ma vie de cuistot (1) tout terrain (2). Parce que après tout, cuisiner sans en faire tout un plat (3), croyez-moi, c’est possible.

– Oui, oui, non non, t’inquiète pas, non, non, je t’attends, non, non. Je suis juste à la sortie du métro. Non, non, prends ton temps. Tout va bien, à toute (4), ciao.
Là, j’étais en ligne avec Cédric. Il est toujours à la bourre (6). Ça, on m’avait prévenu. En fait, il est éditeur de jeux vidéo, il bosse comme un dingue (7), et en plus de ça, il vient d’avoir un petit bébé avec sa compagne (8) Malène. Alors, jusqu’à présent, c’était elle qui était la préposée aux fourneaux (8). Mais là, depuis l’arrivée du petit, franchement, il a décidé de mettre la main à la pâte (9).

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