Le sens de la répartie

Une comédie, avec pour cadre un mariage et ses préparatifs. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu et apparemment – je ne l’ai pas vu – c’est un tourbillon mené tambour battant. En tout cas, la bande annonce va vite ! Voici Le Sens de la fête, pour commencer la semaine avec légèreté !
Et avec Jean-Pierre Bacri, ce qui ne se refuse pas.

Voici la bande annonce en cliquant ici.

Transcription
– Je vous le redis, là, une bonne fois pour toutes (1), on est dans un château du 17è siècle. Donc on est forcément limité en puissance électrique. A l’époque, ils avaient pas prévu les ponts de lumières et les sonos de 4 000 W. Bon, donc on ne tire pas tous ensemble sur les lignes. On se coordonne, on échange, hein, on partage. Bon, puis pour finir, j’aimerais bien qu’on évite les tensions.
– Tu es bouché (2) ou quoi ! Tu es dans le passage (3) ! Tu vois bien que tu gênes !
– On garde son calme.
– Mais toi, tu vas me regarder ! Mais vas-y, viens, mais je t’attends !
– Ça te va pas d’être vulgaire.
– Eh, me casse pas les couilles ! (4)
– Votre comportement, votre politesse, c’est la vitrine de la réception.
– Non, non, je veux personne dans le champ (5) . Regarde, il y a une vieille dans le champ.
– La vieille, c’est ma mère, hein.
– Je vous ai dit que je voulais un truc sobre, chic et élégant.
– Oui, c’est complètement l’esprit. (6)
– Ce soir, c’est une soirée agréable qui nous attend, une soirée chic et sobre, et hop, et hop ! Aouh !
– Il me fait peur (7), lui , là !
– Je veux voir toutes les mains en l’air. Tout le monde, les mains en l’air ! Everybody !
– Dis-moi…
– Je peux vous faire apparaître un truc énorme. Alors, c’est pas un oiseau, mais c’est de la famille des volatiles (8). Attention, trois, deux, un… Un poulet (9) !
– On a un client important qui nous a fait confiance, hein, pour qu’on lui organise un mariage clé en mains.
– Je vais vous préciser quand même que je suis pas un grand orateur.
– Eh bah, ferme ta gueule (10), alors ! Ça sera plus simple.
– Donc je compte sur vous pour que ce soit particulièrement… on fasse une belle soirée.
– Excuse-moi, tu prends le plateau, là, faut que j’aille dans la cuisine.
– Comment ?
– Ah, pardon !
– Samy, tu es sûr de toi, là, pour les feux d’artifice ?
– Qu’est-ce que je vous ai dit ? J’ai dit on se coordonne. Il y a personne qui comprend que je joue ma vie, moi ? A chaque soirée, je joue ma vie !
– Quel moment magnifique !
– Les gars, là, ce soir, qui n’est pas déclaré (11) ?
– Ne levez pas la main comme ça. Levez la main juste comme ça. Voilà, le maximum.
Ah oui, quand même… (12)

Quelques explications :
1. une bonne fois pour toutes : cette expression indique que c’est la dernière fois, qu’on ne veut pas avoir à redire ou demander quelque chose par exemple. Par exemple : Une bonne fois pour toutes, tu peux arriver à l’heure ? / Je lui ai expliqué une bonne fois pour toutes ce qu’il doit faire. J’espère qu’il a compris.
2. Tu es bouché : tu es stupide, tu ne comprends rien. (familier)
3. être dans le passage : être là où les gens passent, donc gêner. Il faut donc se pousser pour laisser passer les gens.
4. Ne me casse pas les couilles ! : Ne m’énerve pas. (vulgaire) La version plus « polie », mais familière quand même = Ne me casse pas les pieds.
5. Dans le champ : dans le champ de l’appareil photo, dans ce que cadre l’objectif de l’appareil photo.
6. C’est dans l’esprit : cela signifie que cela correspond à ce qui est attendu, à l’atmosphère qui est souhaitée par le marié.
7. Il me fait peur, lui ! : Il m’inquiète. Le marié n’a pas confiance du tout !
8. Un volatile : un oiseau.
9. Un poulet : en argot, c’est un policier, d’où le jeu de mots.
10. Ferme ta gueule : Tais-toi. (vulgaire et donc agressif)
11. ne pas être déclaré : une personne non déclarée travaille au noir.
12. Ah oui, quand même : il se rend compte que finalement, beaucoup travaillent au noir. C’est ce qu’on dit quand on comprend que quelque chose dépasse vraiment ce à quoi on s’attendait. (avec l’idée que c’est négatif, excessif, pas dans la norme, etc.)

Et un autre extrait
Cliquez ici pour regarder.

Transcription :
– Là, il nous manque un serveur.
– Bah, c’est ce que je me suis dit. Donc j’ai appelé quelqu’un pour le remplacer.
– Bon, mais dis-moi quand il est là, que je le vois (1).
– Surtout, tu te démontes pas (2), d’accord ? Parce que j’ai dit que tu avais de l’expérience, OK ?
– Vous savez découper une sole, un loup ?
– Un loup ?
– Bah un turbot.
– J’ai des notions de mécanique mais…
– […] tu connais rien, tu sais même pas que le turbot, c’est du poisson !
– Ah ouais. Parce que je me disais, quel rapport avec serveur ?
– Bah, c’est comme la sole et le loup, c’est un poisson.
– Le loup, c’est un poisson ?
– Faut aller chercher les chèvres (3) dans le camion.
– Il y a des chèvres dans le camion ?
– Ah, va me chercher des flûtes. (4)
– Des flûtes ?
– Tu fais quoi, là ?
– Il y a que ça comme flûtes ?
– Tu viens avec moi ?
– Non mais souvent, on a des problèmes, on les comprend pas, vos textos  (5)!
– Bah pas du tout, je suis pas…
– Tenez, regardez, si vous voulez.
– Pourquoi il (6) a écrit ça ?
– Bah l’autre jour, vous m’avez envoyé : Merci Seb (7) pour ton gentil massage (8).
– Tu vois, c’est… Voilà, c’est ce putain (9) de correcteur !
– En plus, je trouve pas les ponctuations (10). Je me retrouve avec des… des trucs débiles (11), là, ces ronds jaunes, qui tirent la langue, avec des lunettes de soleil.
C’est des smileys, ça.
Ouais, voilà, les… ça, là, oui.
Dès que la surprise du marié est terminée, on envoie. D’ailleurs, garde un peu ton portable à la main. Comme ça, moi je t’appelle et je te dis Go.
Ou juste un texto, hein.
– Non !
– C’est trop risqué.
– Eh oui, voilà, bien sûr, bien sûr, d’accord.
– Vous aviez reçu mon texto ?
– Ah oui, mais je vous avais répondu d’ailleurs.
– Oui, vous m’avez écrit : Dès que vous arrivez, vous me demandez, et puis je viendrai vous lécher (12) tout de suite.
– Non !
– Si !
– Oh, putain, quelle catastrophe ! Ça, c’est mon correcteur.
– Ah, c’est ce que j’ai pensé, comme on se connaît pas bien…
– Mais non, on se connaît pas bien.

Quelques explications :
1. que je le vois : pour que je le vois. (tournure orale)
2. se démonter : se laisser perturber par quelque chose et donc ne plus savoir quoi dire ou faire. (familier)
3. un chèvre : un fromage de chèvre. ( Ne pas confondre avec l’animal : une chèvre)
4. une flûte : un verre dans lequel on boit le champagne.
5. Un texto : un SMS.
6. Il : son téléphone
7. Seb : diminutif de Sébastien
8. massage : il voulait bien sûr taper message.
9. Ce putain de correcteur : très familier, voire vulgaire.
10. Les ponctuations : on dit plutôt : les signes de ponctuation ( les points, les virgules, les points d’interrogation, etc.)
11. débile : idiot, complètement stupide
12. lécher : il voulait taper le verbe chercher. (Humour léger !)

Jean-Pierre Bacri encore, dans un autre film dont j’avais parlé, ici et dans un autre billet ici.

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Le paradis à pied

Encore une fois, j’ai regardé un documentaire de façon imprévue. Ce n’est presque jamais moi qui allume la télé mais le hasard fait bien les choses et je découvre des émissions ou des films auxquels en général, je ne m’attendais pas.

Trois ingrédients m’ont fait le regarder jusqu’à la fin :
– Tahiti, mais pas sur les plages.
– Des marcheurs, heureux d’être dans cette nature magnifique qui est leur terre.
– Et leur accent tahitien, qui ralentit la cadence des phrases et adoucit tous les R. Ecoutez leurs R !

Et j’ai pensé au commentaire laissé à la suite de mon billet précédent par Elena à propos de son accent. Finalement, je me demande où est la frontière entre ce que j’avais appelé un accent étranger et tous les autres accents français si variés !

Ce documentaire est à regarder pendant encore deux ou trois jours. Cliquez ici.

Faites vite si vous voulez (et pouvez) le voir !

On y découvre Tahiti autrement. Avec des oranges perchées dans la montagne !
C’était beau.

* Mise à jour : Merci à Meelis qui a donné le lien pour regarder ce documentaire ici aussi !

En voici un petit aperçu sonore:

Le paradis en marchant

Transcription
J’ai découvert mon pays et depuis, je suis tombée amoureuse des randonnées. La plupart des Polynésiens pensent que c’est difficile, faut être super sportif. Mais non ! Moi, j’y arrive (1), donc tout le monde peut y arriver.

Je pense que des fois, ils voient des photos d’ici et ils posent la question : Où c’est ? C’est où, cet endroit ? Et nous, on répond : C’est à M[…], chez toi. Mais c’est au fond dans la vallée. Et eux, ils sont surpris : Ah OK, c’est juste là en haut ! Je dis : Ouais, mais après, faut aller (2), faut vouloir aller aussi.

– J’ai pas envie de passer mes journées devant un ordinateur, être secrétaire, et tout (3). Je préfère être dans mon bureau, la nature. Tu vois cette forêt de bambous, là ? En plus, avec vue de la cascade et tout, ça, c’est formidable (4) ! Tu n’as pas le téléphone qui sonne, tu n’as pas le stress de l’ordinateur à répondre, et tout, quoi !
– C’est un plaisir ?
– Un grand plaisir. Tu es pas content d’être ici, toi ? C’est une randonnée familiale, et puis des enfants à partir de cinq ans, six ans, ils suivent tranquillement les parents, même il y en a qui sont dans les porte-bébés et tout, hein. Et ce qu’ils recherchent, c’est que il faut qu’il y ait une baignade (5) à la fin. Voilà, c’est surtout ça. Nous, on se baigne tout le temps. C’est… peu importe dans la journée (6) et tout, il faut qu’on se baigne à chaque fois, matin, midi, soir s’il le faut.

Non, j’ai pas de façon de marcher. C’est simplement qu’il faut pas oublier d’expirer le plus possible pour expulser les toxines et le gaz carbonique. Sinon, j’ai pas de marche particulière. Je peine (7) comme tout le monde, hein ! Oh, c’est dur ! (8)

– En compagnie des… du groupe, c’est sympa.
– Et bon, un bon moyen de découvrir…
– La nature.
– … Votre pays.
– C’est… Faut pas le dire ! Et la plupart du temps, nos guides (9), ce sont des popa’a.
– Des Popa’a, c’est… ?
– Pour nous, popa’a, c’est… bah c’est vous ! Nos guides, ce sont des popa’a (10). Honte à nous ! C’est eux qui nous font découvrir nos vallées. C’est un comble (11), hein !
– Et c’est pas bien, ça ?
– Non ! Bah non, c’est pas bien !
– Peu importe qui…
– Il faut que ce soit les Tahitiens qui nous font (12) découvrir les vallées !
– Oui, mais…

La joie de…, on se sent bien. On est légère, on pense à rien. Voilà. On admire et c’est tout. C’est ça, hein ? C’est ça.
On ne peut pas être insensible à tout ce qui nous entoure. C’est trop beau, c’est trop magnifique ! On est au paradis. On est au paradis.

Quelques explications :
1. J’y arrive : je réussis à faire ce que j’ai entrepris, j’en suis capable.Pour encourager quelqu’un par exemple, on peut lui dire : Mais oui, tu vas y arriver ! Si on a des doutes sur ses chances de succès, on peut dire: J’ai peur de ne pas y arriver.
2. Faut aller : ce serait mieux de dire : Il faut y aller. (Y remplace le mot vallée.)
3. et tout : c’est de l’oral, pour indiquer qu’on pourrait donner plus de détails.
4. C’est formidable : c’est super (plus familier) / c’est merveilleux.
5. Une baignade : le fait de se baigner. C’est aussi un endroit où il est possible de se baigner.
6. Peu importe dans la journée : peu importe quand. Le moment n’a pas d’importance.
7. Peiner : avoir du mal à faire quelque chose. Cela peut être physique ou intellectuel. Par exemple, on peut peiner sur un exercice de français.
8. C’est dur : c’est difficile.
9. un guide : celui ou celle qui emmène d’autres personnes en randonnée.
10. Un popa’a : un étranger, en tahitien. Ici, ce sont les Français venus de métropole dans ce département d’outre-mer.
11. C’est un comble : ça ne paraît pas croyable et il y a une sorte de paradoxe : ce sont les popa’a, les étrangers, ceux qui ne sont pas vraiment de Tahiti qui connaissent ces vallées et guident les Tahitiens.
12. qui nous font : normalement il faudrait dire : qui nous fassent (au subjonctif)

Temps estival

Il avait fait frais en septembre sur une grande partie de la France. Alors quand les températures remontent comme en été, surtout si ça se produit pendant le weekend et dans toutes les régions, les journalistes en parlent à la radio et à la télé ! Un peu de légèreté fait du bien aussi. Ce matin, on pouvait entendre aux infos le témoignage de deux étudiants installés à Marseille depuis peu et qui apprécient cette belle arrière-saison. Profitons !

L’été en octobre

Transcription:
En fait, c’est un peu bizarre parce que en septembre, il faisait froid et là, il fait chaud. Du coup, je comprends pas trop (1) ! J’aimerais bien aller à la plage, profiter un peu mais faut (2) quand même aller en cours. C’est important !

Moi, je viens de la banlieue de Paris, donc ça m’a vraiment changé de venir ici et voir le soleil tous les matins, ça met vraiment le baume au cœur (3). Et donc moi, j’ai tendance à être un peu déprimé quand il pleut, etc. Mais généralement, je me lève beaucoup plus facilement le matin.

Quelques détails :
1. Je comprends pas trop : nous employons souvent « pas trop » à la place de « pas très bien » ou de « vraiment ».
2. faut = il faut (style oral)
3. ça m’a vraiment changé = ça a été un vrai changement pour lui. De façon familière, on dit souvent : ça me change. (= c’est une nouvelle situation pour moi, qui contraste avec avant).
Par exemple : Tu ne vas plus travailler de nuit. Ça va te changer !
4. ça met le baume au cœur : normalement, on dit : ça met du baume au cœur. Cela signifie que ce qui nous arrive, ou ce que quelqu’un nous dit ou fait nous console, nous réconforte, nous fait du bien.
Par exemple : Quand on voit cet élan de solidarité, ça met du baume au cœur.

A propos du français  :
Le premier étudiant vient du Brésil. Son français oral est parfait, dans un contexte ordinaire :
– Il emploie des négations incomplètes : Je comprends pas trop au lieu de Je ne comprends pas trop trop.
– Il emploie , comme nous le faisons très souvent oralement, sans que ce mot ait son sens premier strictement géographique.
– Il omet Il dans Faut aller en cours.
– Il emploie Du coup, très fréquent à l’oral.

Il a juste un très, très léger accent sur certains sons qui nous indique que le français n’est pas sa langue maternelle. Mais c’est infime !
– il faisait. On prononce la première syllabe « fe ».
– un peu

J’ai déjà parlé d’autres accents étrangers ici et ici ou encore ici. Admiration pour tous ceux qui parlent notre langue dans le monde !

Auto-portrait dans l’auto

Je suis tombée sur cette campagne de prévention sur le danger des selfies au volant. 😦
C’est l’occasion de se retrouver une fois de plus confronté à la force de cet appareil qui a envahi nos vies au point qu’il faille diffuser ce genre de message. Et bien sûr, c’est aussi l’occasion de parler du français et de la prononciation de notre langue. Et donc de remettre en route mon blog, quelque peu délaissé ces derniers mois ! Etes-vous toujours là ? J’espère !

Ceux qui ont rédigé ce message jouent avec les mots, pour lui donner la force d’un slogan facile à retenir: L’auto-portrait, oui. Dans l’auto, non.
J’avais presque oublié le mot auto-portrait, à force d’entendre le mot selfie en permanence. C’est vrai que selfie ne désigne que les auto-portraits pris avec un téléphone portable.
Et nous n’employons presque jamais le mot auto dans la vie quotidienne : nous n’achetons pas une auto (ni une automobile) mais une voiture. Nous avons des petites ou des grosses voitures. Certaines villes essaient de limiter la place de la voiture. Nous nous déplaçons en voiture. Jamais en auto. (En revanche, on peut aller au Salon de l’Automobile, pas de la voiture.)

.
La vidéo est à regarder ici.

Transcription:
Allez !
Toi, ça va !
Oh, selfie !
[…] les gars !
Attention !

.
Près de 7 jeunes sur 10 ont déjà pris un selfie en conduisant.
Malgré les apparences, le danger est bien réel.
Ne laissez pas ce selfie être le dernier.
La route ! La route !

Par curiosité, j’ai mis les sous-titres en regardant la vidéo. Cherchez l’erreur ! Ou plutôt les erreurs.

Première erreur :


– Le système automatique ne reconnaît pas le mot selfie, qui pourtant fait partie du langage de tous désormais, et le transforme en sale fille ! (et en plus avec un devant, incompatible avec le mot fille.)
Ou encore en ce qu’elle fit, ce qui serait vraiment très bizarre puisqu’il s’agit du passé simple du verbe faire, employé aujourd’hui seulement à l’écrit.

Deuxième erreur :

– Il n’entend pas tous les mots, comme le verbe être, oublié ici, sans doute à cause du mot qui précède: le danger est bien réel. C’est vrai que lorsque nous parlons, les deux sons (-er et est) s’enchaînent en général sans pause entre les deux mots.

Ecoutez la différence (infime) lorsqu’il y a une toute petite coupure entre les mots ou pas:

.

Troisième erreur :

– Il ne perçoit pas la différence entre est et être: Ne laissez pas ce [selfie] être le dernier. (et non pas est). Bref, il ne connaît pas la grammaire bien sûr. Et il se laisse tromper par un accent très courant dans la majorité des régions de France.
Peut-être se débrouillerait-il mieux avec un accent du sud, dans lequel toutes les syllabes sont prononcées plus distinctement.

Ecoutez la petite différence:

.

Les deux dernières erreurs :

– Il entend aptitude au lieu d’attitude.
– Il ne transcrit pas correctement le slogan et confond Donnons et d’un nom, contrairement à une oreille française qui entend bien la différence et sait aussi décider ce qui a du sens ou pas.

Bonne journée ! Et gardez bien les yeux sur la route.

Pour écouter ou ré-écouter comment nous « mangeons » les syllabes et les mots, c’est ici.

Brindezingues !

Mon coup de coeur de ces dernières semaines ! Et je vais garder ce livre précieusement, pour ne plus quitter Nathalie et Eugène, les deux enfants / adolescents imaginés par Véronique Ovaldé et dessinés par Joann Sfar. Ce n’est pas une BD, mais une histoire qui naît des mots vivants, poétiques et drôles de l’écrivaine et des illustrations imaginées à partir du texte par le dessinateur. Vous savez, pour les moins jeunes d’entre nous, comme ces livres qu’on lisait enfant, où il y avait au détour des pages couvertes de mots quelques dessins qui tout à coup donnaient vie à ces histoires. (Mais là, il y a beaucoup plus de dessins, dans lesquels on peut se plonger pour regarder une multitude de détails.)

Donc c’est une histoire que j’ai trouvée formidable, très joliment racontée, où s’entremêlent les voix de la jeune et fantasque Nathalie, du timide mais valeureux Eugène, de la mère de Nathalie, des voisines, des parents d’Eugène, d’autres personnages, avec posés par dessus toute cette vie, les commentaires de la narratrice / Véronique Ovaldé. Les dernières lignes de l’avant-dernier chapitre sont très belles, je trouve. Et le dernier chapitre nous prend par surprise et dit toute l’ambiguïté de la vie, avec des mots très simples. (Je ne vous en dis pas plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte!) C’est beau, dense et profond, l’air de rien. Un vrai cadeau. Je n’avais pas envie que ça se termine. (Remarquez, on a le temps de partager leur vie, au fil des 150 pages de ce drôle de grand livre.)

Et voici des extraits d’une émission où les deux auteurs, qu’on sent très complices, parlaient de leur travail pour donner vie à cette histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu le mot « brindezingue » dans la bouche de quelqu’un ! (Les mots d’argot, ça va, ça vient.)

A cause de la vie Ovaldé Sfar

Transcription
– Je me suis dit : Mais en fait, ça va être vraiment quelque chose pour nous, pour lui et moi, vraiment un univers où il y a en effet des très jeunes gens, un peu… un peu inadaptés, et je crois que ça nous allait plutôt bien (1). J’imagine que tu étais un jeune garçon pas totalement adapté !
– Il vous ressemble un petit peu, ce Eugène, à la fois timide et qui tout à coup, parce qu’une jeune fille s’intéresse à lui et lui fixe des défis absolument improbables, parce qu’elle est quand même très, très culottée (2), hein, elle lui fait faire des choses… !
– Ce qui est beau, c’est que Véronique a écrit un vrai conte de chevalerie. C’est un jeune homme qui fait tout pour une femme, et puis on verra si il l’a ou pas à la fin, et ça se passe dans notre arrondissement (3), ça se passe dans le dix-huitième arrondissement parisien. Ça, je trouve ça formidable. Moi, comme beaucoup de gens de ma génération, je suis venu à la littérature par Quentin Blake et Roald Dahl et je savais pas à l’époque (4) qu’il y avait un écrivain et un dessinateur, le livre m’arrivait comme ça. Et en lisant le texte de Véronique, j’ai découvert quelque chose qui pour moi était de cet acabit (5), c’est-à-dire que ça s’adresse à tout le monde, puisque ça tape au cœur, puisque c’est émouvant. J’arrive pas à dire si ce livre est joyeux ou s’il est triste, je sais qu’en le lisant, j’ai pleuré. Et… Enfin, en même temps, je suis une énorme éponge, moi, je pleure tout le temps, mais là, c’était de bonnes larmes, si tu veux. Et j’ai fait ce que m’a appris Quentin Blake, j’ai dessiné le personnage, je lui ai demandé si ça lui allait, et après, je suis parti avec le texte et j’ai… Je vois ses phrases, je vois ce qu’elle raconte et on m’a fait l’amitié de me laisser autant de place que je voudrais. C’est en ça que ce livre est un peu atypique, c’est si parfois je veux dilater une petite phrase ou la redire, c’était autorisé. Après je me rends pas compte, j’éprouve un truc, je le dessine et si ça… si ça se communique, tant mieux. (6)
– Oui, parfois même la modifier : il y a le texte, très réussi de Véronique Ovaldé, et puis j’ai remarqué qu’à deux-trois reprises (7), vous prenez une ou deux libertés (8)– vous rajoutez une petite phrase, un sentiment, vous vous appropriez vraiment le texte de Véronique. Vous diriez que c’est un roman ? Un conte ?
– Je sais pas. J’aime bien quand tu dis roman de chevalerie. J’aime assez cette idée, je trouve que c’est assez juste. Roman de chevalerie qui se passe dans un vieil immeuble parisien à ce moment… finalement, les années 80, c’est juste après le vieux Paname (9), et juste avant que ça devienne Paris, dans un vieil immeuble, avec ces deux gamins qui sont à l’orée (10) aussi de l’âge adulte, cette métamorphose-là, métamorphose de Paris, de notre dix-huitième qu’on connaît si bien, et puis de… ce moment de transformation terrible où vous passez de… bah je sais pas, d’une espèce d’enfance un peu solaire, de ce… voilà, et puis, vous allez passer de l’autre côté. Donc c’est un moment un peu dangereux, un peu particulier, vous êtes pas toujours très content de passer ce moment d’adolescence, et il y avait tout ça à la fois dans ce… dans cette histoire. Alors pour moi, c’est une histoire un peu initiatique aussi, hein. Et une histoire d’amour.
– Je trouve que quand on lit tous les défis que la jeune fille lance au garçon, qui est amoureux d’elle, on se dit qu’on aurait aimé avoir une enfance comme ça. Et que chacun… chaque garçon aimerait avoir une fille comme ça, qui lui lance des défis de plus en plus difficiles et qu’il faut chaque fois réussir pour qu’elle continue à s’intéresser à lui, et ça, c’est sublime  !
– Est-ce que c’est pas ça, finalement, être romancière, Véronique Ovaldé : écrire pour réparer le passé, pour qu’advienne enfin ce qu’on aurait tellement aimé faire ?
Tout à l’heure, il disait quelque chose de merveilleusement juste, Romain Gary, quand il disait : Je… Quand j’écris, je veux vivre d’autres vies que la mienne. C’est… Alors, je pense qu’en fait, moi, je… dans ce genre de livre, je vis aussi d’autres enfances que la mienne. Donc je… C’est une espèce d’enfance fantasmée quand même de cette petite (11). Alors, le garçon, vous disiez, Monsieur Pivot, en fait le garçon qui voudrait… Tous les garçons aimeraient bien avoir une jeune fille un peu… un peu folle, brindezingue (12), un peu sauvage ,comme ça, un personnage romanesque (13) qui habite en-dessous de chez soi pour… et puis, qui nous lance des défis et qui nous donne des missions à remplir, bien sûr. Mais aussi, moi, j’aurais adoré être une jeune personne aussi libre que cette gamine, qui a onze, douze ans, qui a onze ans, par là, dans ces eaux-là (14), et qui en même temps, est en effet d’une liberté totale. Elle est… Elle ne va pas à l’école parce que ça ne l’intéresse pas. Elle vit seule avec sa mère, elles vivent dans des cartons (15) parce que les cartons n’ont jamais été ouverts, et elles sont… Et… Et puis elle vit dans un monde imaginaire qui est encore très, très proche de l’enfance. C’est ça que je trouve très beau, c’est ces moments… ce moment où en fait, on est encore avec les oripeaux (16) de l’enfance et puis, bah il va falloir passer de l’autre côté. Et puis là, ils sont… Ils ont pas envie tellement d’y aller, pour le moment.
– C’est un livre remarquable également sur… Il pose beaucoup de questions – c’est pour ça que c’est un bon livre – sur l’âge adulte aussi, quand on se retourne vers l’adolescent un petit peu mélancolique ou fou furieux que l’on pouvait être. Est-ce que c’est une bonne idée, Véronique Ovaldé, vingt-cinq ans plus tard de remettre ses pas dans ceux qui furent les nôtres lorsque nous étions adolescents, de chercher à revoir un premier amour, de chercher à revoir une sensation ?
– Ah non ! Je pense que c’est une très, très mauvaise idée, moi, j’en suis assez convaincue ! Alors moi, je suis… Je suis quelqu’un d’extrêmement mélancolique et en même temps d’un peu brindezingue comme cette jeune fille mais je suis absolument pas nostalgique. Ça n’existe pas, la nostalgie. Donc quand j’écris quelque chose qui se passe en 84, j’ai besoin de… Je réactive quelque chose qui me plaisait de ce moment-là – donc la musique.. J’adore en fait ce que tu as mis sur les murs, tu sais, les affiches qu’il y a sur les murs dans la chambre de la gamine. Moi, j’en parle pas. Joann, il met des affiches partout, sur tous… sur chaque mur – donc il y a Beetle juice, il y a plein de trucs qu’elle écoute, et du coup, qu’elle met, qu’elle affiche. Donc moi, j’ai beaucoup de mal avec le fait de retourner en arrière. C’est quand même… En fait, j’adore la réinventer. J’adore l’invention des choses. Donc moi, je réinvente les choses. Donc moi, j’irais jamais… j’irais jamais faire des pèlerinages sur les lieux… les lieux de mon enfance. Ça me viendrait pas à l’esprit ! (17)

Des explications :
1. ça nous allait bien = ça nous convenait bien / ça nous correspondait bien.
2. Être culotté : c’est avoir du culot, c’est-à-dire oser faire des choses interdites, défier les interdits. (familier)
3. un arrondissement : Paris, Lyon et Marseille sont divisées en arrondissements. A Paris, il y en a vingt. Si un Parisien dit par exemple : c’est dans le 15è / j’habite dans le 18è, tout le monde comprend qu’il parle du quinzième ou du dix-huitième arrondissement.
4. À l’époque = à ce moment-là (pour parler d’une période qu’on présente comme déjà un peu lointaine)
5. de cet acabit : de ce genre-là (familier)
6. tant mieux : cette expression signifie que c’est bien et qu’on est content de la situation.
7. À deux, trois reprises : deux ou trois fois
8. prendre des libertés : par exemple, prendre des libertés par rapport au texte d’origine signifie qu’on ne reste pas totalement fidèle au texte. On peut aussi prendre des libertés par rapport à un règlement.
9. Paname : c’est le surnom en argot de Paris, qui renvoie à l’image d’un Paris traditionnel, avant tous les changements de notre époque en quelque sorte.
10. À l’orée de : au début de… ( au sens premier du terme, il s’agit de l’orée de la forêt, c’est-à-dire là où commence la forêt, d’où son sens figuré.)
11. Cette petite : cette enfant
12. brindezingue : un peu folle (argot). On n’entend plus ce terme très souvent.
13. Romanesque : comme dans un roman. Ce terme évoque l’idée d’aventure, de vie pas ordinaire. On peut l’employer à propos d’une histoire ou de la vie de quelqu’un par exemple, mais aussi à propos d’une personne.
14. Par là / dans ces eaux-là : ces deux expressions familières signifient la même chose : environ, à peu près (à propos d’un chiffre, d’une quantité, d’une somme d’argent par exemple ou de l’âge de quelqu’un comme ici)
15. elles vivent dans des cartons = elles vivent au milieu des cartons (de déménagement) dans leur appartement.
16. des oripeaux : des vêtements, en général usés et dont on devrait donc se débarrasser. (Ce mot est toujours au pluriel.)
17. ça ne me viendrait pas à l’esprit : je ne peux absolument pas avoir cette idée, je ne peux absolument pas faire ça, ça m’est totalement étranger. On dit aussi : ça ne me viendrait pas à l’idée.

La vidéo entière, extraite elle-même de l’émission de télévision La Grande Librairie, est à regarder ici.

A ne manquer sous aucun prétexte

Je ne devais pas me trouver à Privas ce jour-là. Je n’avais pas de place pour ce spectacle-là. Il n’y avait d’ailleurs plus de places à vendre. Alors merci à la dame qui à la dernière minute ne pouvait pas y assister et cherchait à revendre sa place !

J’ai donc enfin vu Pixel.

Et j’y retournerai dès que l’occasion se présentera, comme pour Boxe Boxe dont je vous ai déjà parlé. Même beauté, même bonheur, même immense plaisir. On ressort des spectacles de Mourad Merzouki émerveillé, léger et heureux. Courez-y si sa compagnie danse dans votre ville ou votre pays un jour.

Regardez ici comme c’est beau !

Et comme c’est un grand monsieur, l’écouter fait du bien. Voici un autre extrait d’un entretien enregistré lors d’un festival de danse en Suisse. Créer, explorer, partager, mélanger, offrir. Telle est sa danse, portée par des danseurs magnifiques de légèreté, de fluidité et d’énergie. Telle est la danse. Comment certains peuvent-ils imaginer interdire aux hommes de danser ?

Mourad Merzouki

Transcription

– J’ai eu la chance de rencontrer le hip hop au bon moment, il était dans la rue, il restait dans la rue et à ce moment-là, j’ai eu envie de l’emmener ailleurs, sur scène, et de toucher un public plus large. Donc je crois que c’est pour ça que j’ai peut-être été remarqué à ce moment-là, le fait de mélanger le hip hop avec d’autres formes artistiques et de l’emmener vers… vers un public nouveau. Ce que j’ai fait pendant plusieurs années, jusqu’à Yo Gee Ti, ce projet avec les Taïwanais, où dans cette… ce désir de vouloir aller ailleurs, ce désir de mélanger, bah j’ai créé un spectacle qui mélange le hip hop avec la danse contemporaine et la danse classique, qui mélange le hip hop français, qui mélange l’histoire des danseurs français avec la danse taïwanaise. Donc ce que j’ai fait dans ce spectacle-là, c’est d’essayer de trouver des points communs, d’essayer de trouver un dialogue entre ces corps, entre cette énergie, entre… pour en faire un spectacle. J’avais pas envie de faire une espèce de collage, j’avais pas envie que le contemporain soit d’un côté, le hip hop de l’autre et que le spectateur, une fois, il voit du contemporain, une fois, il voit du hip hop. Non, le pari, c’était de pouvoir faire en sorte que les danseurs, les dix, puissent voyager entre, voilà, une gestuelle, qui peut être parfois contemporain (1), parfois hip hop, avec des énergies différentes.
– Est-ce que tu parles du mandarin (2), toi ?
– J’aimerais bien ! Malheureusement, non.
– Non. Donc comment tu as communiqué avec les danseurs taïwanais ?
– Bah l’avantage avec la danse, c’est que je pratique un langage universel. C’est d’ailleurs pour ça que j’arrive à… aujourd’hui à faire les projets avec des danseurs du monde entier, parce que justement, il y a pas cette barrière-là. Donc il y a une espèce de… d’évidence (3) qui se met en place avec les artistes, et voilà, le corps parle de lui-même (4) et on n’a pas besoin de… d’un alphabet pour se comprendre. Donc ça, c’est un avantage pour le danseur, pour le chorégraphe, pour justement arriver comme ça à faire des projets à l’international.
Alors je me suis appuyé sur l’univers de ce styliste Johan Ku qui lui, travaille à partir de laine. Quand je le regardais travailler, il partait de la laine en état … comment dire. ?… en l’état de base. J’ai pas le terme (5), c’est-à-dire qu’il a la laine qui ressemble à rien (6) au départ. Et puis ensuite, il va la façonner, il va la… il va faire des tresses (7), il va la… Et tout ce travail-là nous amène petit à petit (8) à un pull, un pantalon, un bonnet, etc. Et finalement, je peux reproduire exactement son… sa démarche (9), son… son approche à la laine dans la danse. C’est-à-dire qu’on part de quelque chose de totalement brut qui veut rien dire et petit à petit, on mélange, on structure pour en faire un spectacle J’aimais bien aussi ce lien-là. Parce que encore une fois, je viens pas du Conservatoire (10). Pour moi, il y a vingt ans, la danse était… était un autre monde, inaccessible, et donc je me bats tous les jours pour que, justement, dans mes spectacles, je puisse ouvrir la danse au plus grand nombre (11), ceux qui ne connaissent pas la danse, ou ceux qui connaissent la danse mais qui vont découvrir une gestuelle nouvelle, celle du hip hop. Et c’est tout ça qui me plaît. Donc mettre une casquette (12) dans mon travail, généralement, j’aime pas trop. J’aime bien dire que c’est de la danse. Après tout, la définition de la danse, c’est un corps en mouvement. Il y a trente ans, on disait encore du hip hop que ça allait pas durer, que c’était un effet de mode (13), que c’était éphémère. Et moi, j’adore dire : bah, ça fait trente ans et le hip hop est encore là, et continue son histoire, continue à grandir.
– Est-ce qu’on pourrait dire que les réactions du public, ce sont plus ou moins les mêmes en Europe ou bien en Taïwan  (14)? Est-ce qu’ils réagissent sur quelque chose qui se passe concrètement sur scène et qui leur touche (15) ?
– Alors, de manière générale, les réactions sont identiques, c’est-à-dire que la plupart de mes spectacles sont quand même beaucoup axés sur le divertissement, c’est-à-dire qu’il y a, malgré tout… Moi, je suis pas dans le propos (16), dans le cérébral. Je raconte pas des choses liées à la société où je revendique je ne sais quoi. Je ne saurais pas faire, je pense. Par contre, j’essaye dans mes spectacles de donner des images, de faire paraître des émotions, de rester aussi d’une certaine manière avec la générosité du hip hop. Et donc, que ce soit à Taïwan ou en Europe, de manière générale, il y a comme ça une réaction du public qui est une réaction plutôt de plaisir. Le public repart pas en se posant cinquante questions sur : qu’est-ce qu’il a voulu lui dire, comment, pourquoi. Donc ça c’est un peu général. Après, évidemment, il y a des moments, peut-être pas trop dans Yo Gee Ti mais dans des spectacles où il y a un peu d’humour – alors, c’est drôle parce que suivant les pays, on va rire à des endroits totalement différents. Il y a des réactions qui parfois… Je comprends pas pourquoi ils rigolent (17) à cet endroit et pas à un autre. Voilà. Donc ça reste quand même infime. Mais de manière générale, la réaction des publics à travers le monde, sont (18)… je touche du bois ! (19) – sont unanimes, parce que… parce que mes spectacles renvoient… renvoient cette générosité, je pense.

Quelques détails :
1. contemporain : normalement, on s’attend à du féminin après le mot « la gestuelle ». Mais en fait, il n’accorde pas, il emploie le nom de cette catégorie de la danse, le contemporain.
2. Parler du mandarin : elle veut dire parler le mandarin.
3. Il y a une évidence : c’est très simple et immédiat, il n’y a pas de problème du tout.
4. Le corps qui parle de lui-même : le corps a son langage et n’a pas besoin d’autre chose pour s’exprimer et se faire comprendre.
5. J’ai pas le terme = je ne trouve pas le mot.
6. Ça ne ressemble à rien : on ne comprend pas à quoi ça sert, ce que c’est.
7. Une tresse : c’est lorsqu’on coiffe les cheveux en les entrelaçant.
8. Petit à petit : peu à peu, progressivement
9. sa démarche : son projet et sa façon de travailler
10. le conservatoire : il s’agit du conservatoire de danse, cette institution par où passent les danseurs, avec ses classes, ses examens, etc. Il y a des conservatoires de différents niveaux dans les différentes villes de France. (C’est la même chose pour la musique). Mourad Merzouki n’a donc pas eu un parcours traditionnel de danseur et de chorégraphe.
11. Ouvrir quelque chose au plus grand nombre : donner accès à quelque chose à une majorité de gens, aux gens ordinaires.
12. Mettre une casquette : cette expression signifie qu’il y a des genres différents, des catégories différentes et qu’on peut tout classer dans des cases bien définies. Mourad Merzouki, lui, ne veut pas porter une casquette particulière, c’est-à-dire se voir attribuer une étiquette bien précise et trop limitative selon lui.
13. Un effet de mode : une mode passagère
14. en Taïwan : on dit à Taïwan.
15. Leur touche : ce n’est pas correct. Il faut dire qui les touche, car c’est le verbe toucher quelqu’un, sans préposition. On emploie leur si le verbe est suivi de la préposition à: Le hip hop parle aux spectateurs => ça leur parle.
16. Je ne suis pas dans le propos = je ne cherche pas à démontrer quelque chose, à faire réfléchir sur un problème, ou dénoncer une situation, etc.
17. rigoler = rire (style familier)
18. Problème d’accord sujet-verbe : le sujet est singulier et le verbe est pluriel. Donc il faudrait dire : Les réactions du public sont… (Comme souvent à l’oral, on commence la phrase d’une manière et en cours de route, on change et ce n’est pas toujours parfaitement logique, mais ce n’est pas vraiment grave.)
19. je touche du bois : cette expression indique qu’on espère que quelque chose de positif va continuer. Par superstition, on touche du bois, réellement si on peut ! (On joint le geste à la parole).

L’interview entière est à regarder ici.

Pour tout savoir sur les spectacles de Mourad Merzouki et sa compagnie, allez sur leur site..

Qu’est-ce qui se passe ?

Peut-être vous est-il arrivé de reprendre contact avec un ami que vous aviez un peu perdu de vue. Ou tout simplement d’appeler des proches pour prendre des nouvelles, parce que vous avez un peu laissé filer le temps. Alors quels sont les mots qui nous viennent naturellement en français?

Pas Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce qui se passe ? ou son équivalent dans un style un peu plus soutenu : Que se passe-t-il ? laissent toujours transparaître une certaine inquiétude de la part de celui qui pose la question. Ou de l’incertitude.
– Un de vos enfants, ou un proche ou un ami vous appelle, mais ce n’est vraiment pas l’heure, ce n’est pas le jour. Vous vous dites, à tort ou à raison, que ce n’est pas tout à fait normal. Alors, vous prenez l’appel et demandez, d’un ton qui n’est pas tout à fait léger : Allo ? Qu’est-ce qui se passe ?, en espérant que tout va bien.
– Vous êtes sans nouvelles d’un proche, qui aurait dû vous appeler ou vous contacter. Et cela vous met mal à l’aise. Alors vous envoyez un sms ou un message: Qu’est-ce qui se passe ? / Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? / Tout va bien ?
– Vous entendez vos enfants se disputer dans la pièce à côté. Vous entrez et vous demandez : Qu’est-ce qui se passe ici ?
– Vous allumez votre ordinateur mais il ne démarre pas : Qu’est-ce qui se passe ? Et si ce n’est pas la première fois que ça vous arrive : Qu’est-ce qui se passe encore ?

Ce qui est assez subtil, c’est que tout cela change dès qu’on ajoute quelque chose au bout de cette question ! Elle devient alors une simple interrogation sur des événements.
Qu’est-ce qui se passe à la fin du film ? Je ne m’en souviens plus !
Qu’est-ce qui se passe si j’oublie le code de ma carte bancaire ?
Qu’est-ce qui se passe quand un étudiant ne trouve pas de stage ?
(Petite remarque: on ne dit pas Qu’est-ce qui arrive… ? Ce n’est pas naturel.)

Pour en revenir à la situation du début de ce billet, alors que dit-on quand on prend tout simplement des nouvelles de quelqu’un ? On n’a pas beaucoup de choix dans le fond, comme souvent avec ces petites phrases de la vie quotidienne.
– Vous connaissez : Comment ça va ?
– Mais on dit aussi très souvent : Qu’est-ce que tu deviens ? / Qu’est-ce que vous devenez ?
– Ou encore : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Voici ces petites phrases enregistrées, à la vitesse où on les dit :

Qu’est-ce qui se passe

Donc à l’avenir, si vous trouvez que je laisse ce blog un peu trop en sommeil, vous pourrez me demander ce que je deviens, ou ce qui se passe !

L’air de rien

Ce film a fait l’ouverture du festival de Cannes mercredi. Une bande annonce qui le rend tentant, avec ses petits bouts de dialogues qui s’enchaînent pour esquisser une histoire qu’on devine étrange. Et des interviews du cinéaste et de ses actrices partout. Voici des extraits d’une émission écoutée à la radio. Autant les dialogues du film peuvent, je pense, être un peu difficiles à suivre pour un non francophone, autant les actrices prennent leur temps dans cet entretien pour choisir les mots qu’elles mettent sur leurs pensées, avec humilité. Et un cinéaste comblé et reconnaissant. Bonne écoute !

Ismael

Transcription
– Comment on entre… Comment on entre dans l’univers d’un nouveau metteur en scène ? Par ses films ? En discutant avec lui ? Ou juste le scénario et le rôle ?
– Moi, je me mettais pas mal de pression (1). Le fait qu’il… qu’il nous mâche autant le travail (2) – parce que il prépare énormément, et il joue les scènes…
– Bien ?
– On le voit pas. Mais on sait… Il nous dit. Donc on sait qu’il a déjà tout… enfin, c’est normal pour un metteur en scène de réfléchir à sa journée et à ses scènes. Mais là, il le fait vraiment très en détail. Donc on se… Moi, je sentais que je passais après (3). Il fallait… J’espérais le surprendre suffisamment pour que ça vaille le coup (4) de… enfin d’être là et de… C’était pas que le satisfaire, c’était aussi le… tenter de le surprendre. Donc là, j’ai fait la démarche (5) de l’appeler… enfin, de lui écrire. Et je trouvais que le temps passait et que on s’était toujours pas trouvé sur un film, donc… Et il m’a dit : Bah je viens d’écrire un rôle qui est… enfin, voilà, qui est… Je sais pas si il m’a dit qu’il l’avait écrit… Je suis pas sûre qu’il l’ait écrit pour moi, mais il m’a dit que il avait un rôle pour moi en tout cas.
– Qu’est-ce qui vous a… Je suppose que vous faites pas souvent ce genre de démarche d’écrire à des metteurs en scène.
– Non. Jamais.
– Alors, ouais, pourquoi lui ?
– Parce que je trouvais que depuis Esther Kahn, on s’était raté à plusieurs… (6) Alors, Esther Kahn, il m’a… On s’est rencontré et il m’a pas choisie. Donc j’étais hyper déçue. Et après, il m’a proposé d’autres rôles et… que j’ai pas pu faire. Donc il y a eu plein de rendez-vous manqués (7) un peu, enfin manqués pas… pour moi, hein ! Donc je trouvais ça normal de… de lui faire signe.(8)

– Il y a toujours eu quelque chose d’assez théâtral dans son cinéma qui… Et moi, c’est ça qui me touche dans son cinéma, c’est-à-dire qu’on arrive à s’identifier à des personnages qui parlent parfois super bizarrement, qui parlent parfois de manière théâtrale, mais il y a quelque chose qui passe (9) parce que… parce qu’il a créé ça dans son univers, il a inventé une forme de cinéma qui est la sienne. Voilà.
– Avec quand même une constante, c’est les femmes sont fortes et les hommes sont quand même faibles, hein, globalement (10).
– C’est bien, ça change ! Oui, il y a une… Il y a une fascination de la femme chez Desplechin, qui est… bah qui offre aux actrices des rôles absolument sublimes et aux acteurs des rôles absolument sublimes, parce que dévoiler la faille, disons plutôt que la faiblesse, de l’homme, c’est très beau.
– Après, vous ne regrettez pas d’être venu ce matin, Arnaud Desplechin !
– J’ai mes oreilles… C’est du miel dans mes oreilles ! Non mais c’est pas que ça. C’est d’entendre ces femmes penser. Ça m’intéresse la pensée… leur pensée de… la pensée qu’elles ont de leur art.

– D’avoir Arnaud comme chef d’orchestre, c’est pas rien ! (11) Donc je pense qu’il… il sait ce qu’il fait. Et c’est… Je trouve qu’il y a… J’aime bien me… me… avoir confiance et pouvoir avoir confiance dans des metteurs en scène qui sont aussi talentueux évidemment, parce que c’est l’air de rien (12), en fait. Donc voilà, il y a des choses qui se font sans… sans qu’on fasse gaffe (13) et ça s’opère tout seul.

– Vous l’avez écoutée alors.
– Ouais, ça me bouleverse. Ça me bouleverse. Je pense mais quelle chance j’ai ! Mais (14) quelle chance j’ai ! Quelle chance j’ai eue, vous vous rendez compte ! (15)
– C’est aussi un cocktail d’actrices, hein.
– C’est les deux… C’est ces deux femmes qui sont les deux stars… enfin, c’est pas les deux seules – je pense à Isabelle Huppert, à d’autres actrices ô combien, mais enfin les deux stars internationales comme ça, françaises. Et chacune a son art à un endroit tellement différent de l’autre, et les avoir les deux dans le même cadre ! Voyez, j’entendais l’extrait où elles se disputent (16) comme ça sur ce… devant le paysage de Noirmoutiers qui est magnifique comme ça, je me dis : J’ai eu la chance de diriger ces deux-là en même temps ! Je… J’en reviens pas encore ! (17)

Des explications :
1. pas mal de pression = ce n’est pas tout à fait beaucoup de pression, mais juste en-dessous en fait ! (plutôt familier)
2. Mâcher le travail à quelqu’un : tout simplifier pour que ce travail devienne très facile et que la personne n’ait pas à réfléchir à ce qu’elle doit faire.
3. Passer après : c’est ne pas être la priorité. On peut employer cette expression à propos de quelqu’un : Ses amis passent après sa passion pour son sport. On peut aussi l’employer à propos de quelque chose : Il est très ambitieux donc son travail est tout pour lui et sa vie personnelle passe après.
4. Pour que ça vaille le coup : pour que ça serve à quelque chose, que ça apporte quelque chose. C’est le verbe valoir au subjonctif présent. Valoir le coup est synonyme de valoir la peine mais mais dans un style plus familier.
5. Faire la démarche (de faire quelque chose) : cela signifie qu’on prend l’initiative de faire quelque chose. Par exemple : Si tu veux que les choses changent entre vous, c’est à toi de faire la démarche. / de faire la démarche de lui en parler. C’est différent de l’emploi au pluriel de ce mot : faire des démarches, c’est faire ce qui est nécessaire administrativement pour obtenir quelque chose. Par exemple: Il est en train de faire les démarches pour partir vivre un an en Australie.
6. = À plusieurs reprises : plusieurs fois. Elle s’interrompt au milieu de l’expression.
7. des rendez-vous manqués : au sens figuré, ce sont des occasions manquées.
8. Faire signe à quelqu’un : au sens figuré, c’est contacter quelqu’un. Par exemple : Fais-moi signe quand tu auras décidé quelque chose.
9. Il y a quelque chose qui passe = ça marche. Ce style touche les gens.
10. Globalement : sans entrer dans les détails. C’est comme en gros (qui est un peu plus familier)
11. C’est pas rien ! : cette expression signifie justement que c’est beaucoup, que c’est très important. Par exemple : Il est allé les voir et les a écoutés. Et ça, c’est pas rien !
12. L’air de rien : en apparence sans effort. Par exemple : L’air de rien, on a beaucoup avancé dans notre travail aujourd’hui.
13. Sans qu’on fasse gaffe : sans s’en rendre compte, sans qu’on y prête attention. Faire gaffe à quelque chose, c’est faire attention à quelque chose. (très familier). Par exemple : Fais gaffe, tu vas tomber !
14. Mais quelle chance ! : « Mais » ici (à l’oral) sert à renforcer l’exclamation. Par exemple : Mais quel beau film ! Mais quelle actrice !
15. Vous vous rendez compte ! : cette exclamation sert à renforcer ce qu’on vient de dire, à mettre en valeur une situation, à dire que c’est incroyable. Par exemple : Il a quitté son travail comme ça, du jour au lendemain. Non mais tu te rends compte !
16. Se disputer : se quereller (mais se quereller est d’un niveau de langue très soutenu). Par exemple : Leurs deux enfants ne s’entendent pas du tout. Ils passent leur à se disputer.
17. J’en reviens pas encore = Je n’en reviens pas. / Je n’en reviens toujours pas, ce qui signifie qu’il n’y croit toujours pas en quelque sorte, que ça continue à le surprendre. (familier) Par exemple : Il ne m’a même pas dit qu’il partait. Je n’en reviens pas !

L’émission entière est à écouter ici.

Transcription de la bande annonce, qui est à regarder ici :
Il y a deux ans, j’ai rencontré Ismaël.
Vous n’avez pas d’enfants ?
J’ai aimé des hommes mariés.
Ah ! Bon, en ce moment je suis célibataire, donc ça ne nous laisse pas beaucoup de chances, je crois.
Ah bah non, aucune.
On racontait qu’il avait perdu une femme.
C’est votre femme ?
Oui. Carlotta. Un jour, elle est partie.
Où ça ?
Je l’ai jamais su.
Toi, tu y penses ?
Ça fait vingt ans, ma chérie. Ne sois pas jalouse d’un fantôme.
Vous êtes Sylvia, la compagne d’Isamël ?
Oui.
Je suis sa femme. Carlotta.
Je crois que j’ai vu Carlotta.
Ne me parle pas de Carlotta. Je veux plus entendre parler d’elle.
Elle est en vie. Elle t’attend en bas.
C’est moi.
Oui.
Ça fait combien de temps ?
Vingt et un ans, huit mois et six jours.
J’aurais préféré qu’elle soit morte.
Tu existes plus !
J’ai besoin de toi.
Moi j’ai pas besoin de toi.
Qu’est-ce que tu es venue faire ici ?
Oh, je crois que tu le sais.
Je te plais quand même.
Quand même.
Tu vas y arriver.
Je suis terrifié.
Je veux pas que tu aies peur. Je veux pas que tu aies peur, mon amour.
Je vais arracher ton masque et je ferai de toi un prince.
Vous devez aller au Ministère Public. Ils annuleront le jugement. Vous pourrez récupérer votre patrimoine.
Est-ce que je peux récupérer mon mari ?

Demain

Demain soir, 7 mai, nous aurons un nouveau Président de la République. Nous avons eu droit à une campagne électorale polluée par les « Affaires », comme on dit en France pour parler des fraudes et malversations de nos hommes et femmes politiques. Puis nous nous retrouvons encore une fois à devoir dire non à l’accession au pouvoir de l’extrême droite, portée par Marine Le Pen et quelques millions de Français. Quel choix ! Nous avons assisté médusés (mais après tout, pas tant que ça : qu’attendre d’autre d’un parti d’extrême-droite ?) au rituel débat télévisé de l’entre-deux tours. Pitoyable, affligeant, inquiétant, avec une candidate qui se comportait comme dans un de ses meetings.

Si vous voulez, allez regarder de bonnes analyses illustrées par des extraits du débat dans l’émission  » C à vous », qui commence par cette question : « Peut-on débattre, faut-il débattre avec Marine Le Pen ? »

Mais je vous laisse plutôt écouter quelques témoignages, entendus à la radio, au fil des semaines, avant tout ce bazar électoral. Une vieille dame d’abord, qui a une étrange stratégie pour choisir !
Puis des habitants de Creil, parce qu’ils parlent de culture, du rôle qu’elle joue pour changer des vies. Et aussi parce que c’est là que j’avais eu mon premier poste de prof et que j’y ai passé quelques années! (A l’époque, il n’y avait pas le théâtre dont il est question dans ces entretiens.)

Présidentielle – Dédée

Transcription:
– Bonjour !
– On vous a peut-être interrompue. Non ?
– Non. Je suis en train de faire mon manger (1). Des rognons de porc au vin blanc et sauce tomate. Vous voulez venir voir ? Bah venez voir.
– C’est Les Feux de l’Amour ? (2)
– Voilà !
– Est-ce qu’on peut encore vous parler ou pas ?
– Oui, oui, oui. De toute manière, c’est toujours pareil. Alors… Ils s’engueulent (3), ils se marient, soit ils divorcent. Et voilà.
– Vous suivez un petit peu la campagne électorale, sur votre grande télé, là ?
– J’essaye. Mais ils me font rire. On dirait des gamins de cinq ans qui se disputent.
– Est-ce que vous avez…
– Comment voulez-vous qu’on aille voter, qu’ils (4) sont toujours en train de s’engueuler !
– Vous avez toujours voté, vous, Dédée ?
– Oui.
– Là, vous allez voter ?
– Oui. Je fais comme ma grand-mère : même si c’est le dernier, elle fait (5), je prends le plus beau, je vote pour lui.
– C’est qui le plus beau ?
– Ah, je sais pas ! Alors là !
– Vous êtes arrivée quand ici ?
– 1973. Bah j’habitais juste la porte à côté. Et quand je me suis retrouvée toute seule, j’ai pris celui-là. (6) Je paye 265 euros par mois. J’ai pas droit (7) à l’APL (8), à rien. Je dépasse un tout petit peu le plafond (9), on m’a dit. Mais bon, toute seule, j’y arrive.

Présidentielle Creil

Transcription:
Je trouve que la place de la culture, c’est un peu la dernière roue du carrosse (10). Je sais pas, j’ai pas entendu de candidats faire des propositions. Vous en avez entendu parler, vous ? Moi, pas. Si,, ce dont on parle, c’est l’éventualité de Marine Le Pen, si par malheur (11), le Front National arrivait à la présidence de la République, on se demande quand même ce que va devenir la culture, voilà.

J’ai 19 ans. C’est un peu ma mission à moi de ramener le public de cité (12), le public jeune, parce que moi, je viens de ce public-là. Je sais ce que c’est. On dit : « Non mais de toute façon, ils veulent pas », alors qu’on n’en sait rien en fait, on leur a pas posé la question. On n’a pas parlé avec eux comme à des personnes normales. J’ai fait du théâtre en première (13) grâce à une de mes profs qui venait beaucoup à la Faïencerie (14). Et j’adore ça. J’ai l’impression que c’est la seule chose qui dépasse les limites et les barrières. A partir du moment où on arrive à accéder à la culture, on s’ouvre à des opportunités énormes, parce qu’on voit plus du tout les choses de la même manière, donc on s’interdit moins de choses.

Faut surtout pas faire une sous-culture à Creil. Moi, j’ai peur que ça ferme (15). Il y a des gens qui peuvent pas aller à Paris. Donc ils iront plus au théâtre. Les politiques se rendent pas compte de ça. Ils sont ailleurs. Quand j’entends dire : « Faut travailler plus ». Mais il faudrait faire de la civilisation des loisirs, partager le travail, puis créer d’autres activités, de loisirs notamment !

Des explications :
1. mon manger : mon repas. (familier) On n’entend plus très souvent les gens utiliser cette expression.
2. Les Feux de l’Amour : elle est en train de regarder un épisode de ce feuilleton américain (The young and the restless) à la télévision.
3. S’engueuler : se disputer (très familier). On peut l’utiliser aussi comme verbe normal (non pronominal) : engueuler quelqu’un. Par exemple : Il m’a engueulée parce que j’ai oublié de lui rendre ses clés. / Il s’est fait engueuler par ses parents. Et il y a aussi le nom : une engueulade, c’est-à-dire une dispute.
4. Qu’ils sont toujours en train de s’engueuler : cette structure n’est pas correcte, juste orale. C’est un raccourci de : alors qu’ils… ou de : puisqu’ils…
5. elle fait = elle dit (familier). De plus, ce verbe devrait être à l’imparfait, vu l’âge de cette vieille dame. (Elle faisait)
6. celui-là : cet appartement-là
7. avoir droit à quelque chose : être autorisé à recevoir une aide par exemple, remplir les conditions pour obtenir quelque chose. Aujourd’hui, on entend aussi : être éligible (sous l’influence de l’anglais), alors qu’avant, être éligible, c’était simplement pouvoir se présenter en tant que candidat à une élection.
8. l’APL : c’est une aide pour payer son loyer quand on a des revenus insuffisants.
9. Dépasser le plafond : c’est avoir davantage de ressources que la somme limite prévue pour avoir droit à une allocation, à une aide.
10. La dernière roue du carrosse : la véritable expression, c’est être la cinquième roue du carrosse, c’est-à-dire une roue qui n’existe pas puisqu’un carrosse roule avec quatre roues. (familier) Cette expression est donc utilisée à propos de quelque chose ou de quelqu’un qui est inutile ou qui n’est pas pris en considération.
11. si par malheur = si malheureusement, si hélas
12. le public de cité : les spectateurs qui vivent dans les cités HLM, dans les quartiers défavorisés.
13. En première : c’est une des classes du lycée. (Il y a d’abord la seconde, puis la première, puis la terminale).
14. La Faïencerie: c’est le nom du théâtre de la ville de Creil, dans l’Oise, à une quarantaine de kilomètres au nord de Paris. Il tire son nom de sa construction sur l’emplacement d’une ancienne usine de faïence.
15. J’ai peur que ça ferme : les théâtres ont besoin de subventions (de l’Etat, des régions, des villes) pour vivre et être ouverts à tous. Quand le budget de la culture diminue, ils sont directement menacés.

L’émission avec Dédée est ici.

L’émission à Creil est ici.

Le poids des origines

cite-orientee-pauchonPas de surprise, selon le milieu dans lequel on naît et grandit, les possibilités offertes pour se construire un avenir ne sont pas les mêmes. Le premier obstacle, c’est tout simplement de connaître tous les choix possibles. C’est ce que raconte cette jeune femme qui a aujourd’hui trouvé sa voie mais après un parcours pas facile. Elle y est arrivée, mais cela lui a pris plus de temps et de tâtonnements qu’à d’autres. Et aussi, il lui a fallu une détermination et une ténacité que tous les jeunes face à ces freins sociaux n’ont pas nécessairement. C’est pour cela qu’elle croit fermement à des projets comme Cité Orientée dont il était question dans un billet précédent. Hervé Pauchon, avec ses questions posées comme toujours très directement et sans fioritures, a recueilli encore une fois un joli témoignage plein de sens.

Jeune productrice

Transcription:
– Vous êtes la productrice ?
– Oui. Enchantée (1). Vous êtes Hervé Pauchon ?
– Oui.
– Enchantée.
– Comment on devient productrice ?
– Eh bah, justement (2), c’était compliqué. C’est pour ça que j’ai pensé à Cité Orientée avec Jean Rousselot. C’est un concours de circonstances (3).
– Oui. Non, c’est pas un concours de circonstances qui fait qu’on devient productrice !
– Alors, moi, je vais vous raconter ma vie un petit peu mais moi, je suis issue (4) des quartiers (5), j’étais un peu…
– De quel quartier ?
– Je suis issue du 93 (6). J’avais des parents qui ont pas du tout dit ce qui existait comme métiers justement.
– Ils faisaient quoi, vos parents ?
– A ce moment-là, ils faisaient pas grand chose (7). Et du coup, je savais pas qu’il existait plein d’écoles, je savais pas qu’il existait plein de formations, je savais pas qu’il existait plein de choses. Et en fait, j’ai découvert ça sur le tard (8). Et pour éviter tout ce temps que moi, j’ai perdu à chercher une formation, à reprendre des cours, à prendre des cours du soir, à revenir à la fac, je me suis dit Cité Orientée, c’est bien parce que ça va peut-être permettre justement à des jeunes de comprendre et de connaître des formations, des métiers qui existent, que moi, je ne connaissais pas puisque j’avais pas accès à Cité Orientée quand j’étais lycéenne, au lycée.
– Et vous avez quel âge ?
– Trente-quatre ans.
– Donc aujourd’hui, vous auriez 14 ans (9), vous feriez quoi ?
– Ah bah aujourd’hui, j’aurais quatorze ans, j’irais sur Cité Orientée, je découvrirais plein de métiers, plein de formations qui existent et je me dirais : tout est possible.
– Et à 14 ans, vous vous disiez pas que tout était possible ? Dans le 93. Qu’est-ce que vous voulez dire ? C’est marrant parce que vous dites : J’étais dans les quartiers. Pourquoi vous dites pas le nom de la ville où vous étiez ? C’est un côté…
– J’étais à Pantin.
– Ouais.
– Et bah non, je… Il y avait plein de métiers que je connaissais pas, il y avait plein de formations que je connaissais pas, que j’ai découvert vraiment en reprenant mes études.
– Mais vous avez un regret ? Vous avez une formation que vous auriez aimé faire ?
– Il y en a plein !
– Donnez-moi un exemple.
– J’aurais bien aimé faire Sciences Po (10).
– Oui, c’est ça. C’est que vous ne connaissiez pas… Vous ne saviez pas que Sciences Po existait.
– Tout à fait. (11)
– Vous auriez su (12), c’est vraiment l’école que vous auriez aimé faire.
– Oui.
– Comment vous expliquez que vous connaissiez pas Sciences Po ? C’est parce que finalement, vos profs à Pantin ont jamais parlé de ça ?
– Jamais. On nous parlait pas… On nous parlait juste la classe au-dessus. On nous disait pas ce qui existait comme formations, comme orientation (13). On nous disait pas qu’il y avait des choses possibles et en général, ça s’arrêtait à des choses… Enfin, il y avait pas ce genre de discussions en fait !
– Et pourquoi ça vous plaît aujourd’hui, Sciences Po ?
– Pourquoi ça me plaît aujourd’hui, Sciences Po ? Parce que… Parce que du coup, j’ai rencontré des gens qui avaient fait Sciences Po et je trouvais que c’était une excellente formation.
– Et alors, dans votre Cité Orientée, il faut cliquer sur quel personnage pour faire Sciences Po ?
– Ah ! Pour l’instant, on n’en a pas encore !
– Ah, c’est vrai ?
– Ouais. On aimerait bien. On le fera ! Sur la saison 3.
– Comment on devient productrice ?
– Bah j’avais envie de faire du cinéma, j’avais un projet en cours et je me suis dit qu’au lieu d’aller taper aux portes (14) de tous les producteurs, j’allais monter une boîte de prod (15). J’étais à la fac (16).
– Une fac de quoi ?
– Une fac d’Histoire de l’Art.
– Rien à voir (16).
– Rien à voir. Et j’ai rencontré quelqu’un qui s’appelle Christophe Mahé.
– Le chanteur ?
– Le chanteur. Il était pas très connu à ce moment-là. Pour faire un film sur lui. Il devient connu, le film se vend bien.
– Donc vous avez de l’argent et là, maintenant, vous investissez votre argent dans des projets comme la Cité Orientée.
– Alors maintenant, en tout cas, j’investis mon temps dans des projets comme la Cité Orientée parce que vous savez, les producteurs en France sont pas ceux qui ont l’argent. On recherche l’argent.
– Alors, Cité Orientée saison 2, ça représente quel budget ?
– Alors, la saison 2 de Cité Orientée, ça représente environ 200 000 – 225 000 euros.
– Ah oui ! Quand même ! (17)
– Ouais.
– Parce que il faut tourner, faire tous les reportages.
– Un an et demi de travail.

Des explications :
1. Enchanté(e) : ce terme s’utilise quand on fait la connaissance de quelqu’un, dans un style soutenu. Sinon, ne fait, on dit juste : Bonjour, en serrant la main de la personne.
2. Justement : on utilise cet adverbe pour indiquer que c’est précisément ce dont on voulait parler.Cela permet de faire le lien. Par exemple :
– Alors, où en es-tu dans ton travail ?
– Ah, justement, je voulais te demander si tu pouvais m’aider un peu.

3. Un concours de circonstances : c’est lorsque plusieurs choses apparemment sans lien s’enchaînent pour aboutir, comme par hasard, à une situation particulière que rien ne laissait présager. Cela peut être positif et on dit alors : Par un heureux concours de circonstances. Si c’est négatif, on dira par exemple : Par un tragique concours de circonstances.
4. Je suis issue de… : je viens de… Par exemple, on dit aussi : Elle est issue d’une famille ouvrière / d’un milieu pauvre / d’un milieu modeste.. Par rapport au verbe venir de, cela permet peut-être d’insister davantage sur l’origine.
5. Les quartiers : c’est le terme employé maintenant pour parler des banlieues pauvres des grandes villes. Il prend ce sens seulement si on l’emploie au pluriel. C’est un emploi assez récent en fait, qui englobe tous les quartiers pauvres d’une ville, de toutes les villes.
Au singulier, un quartier, c’est simplement une partie d’une ville, sans indication du niveau social de ce quartier. Par exemple : J’habite un quartier tranquille / un quartier commerçant. / Notre quartier est en train de changer., etc. C’est pour ça que juste après, Hervé Pauchon demande de quel quartier exactement elle vient et qu’il est obligé de le lui redemander plus tard.
6. Le 93 : c’est le numéro du département de Seine-Saint Denis. Il y a quelques années, certains ont pris l’habitude de dire juste le numéro (ou même : « le neuf trois »), à cause de la mauvaise réputation de ce département. Ça ne change rien au problème ! C’est le seul département pour lequel on entend ça.
7. Ils faisaient pas grand chose : c’est un moyen de dire qu’ils n’avaient pas de travail stable.
8. Sur le tard : tardivement.
9. Vous auriez 14 ans = si vous aviez quatorze ans (On utilise le conditionnel présent à la place de Si + imparfait de l’indicatif). C’est fréquent.
10. Sciences Po : c’est le terme utilisé pour désigner L’Institut d’Etudes Politiques, une grande école parisienne au départ et qui a maintenant des campus dans plusieurs villes de France.
11. tout à fait : exactement / c’est tout à fait ça.
12. Vous auriez su = si vous aviez su (On utilise le conditionnel passé au lieu de Si + plus-que-parfait) C’est fréquent aussi.
13. L’orientation : pendant les études, il s’agit du choix de parcours qu’on fait. Par exemple : Il ne sait pas quoi choisir comme orientation. Il faut qu’il aille voir un conseiller d’orientation.
14. Aller taper aux portes: au sens figuré, cela signifie qu’on va voir des gens qui pourraient nous aider à obtenir ce qu’on veut. (de l’argent, de l’aide, etc.)
15. une boîte de prod = de production. Une boîte est le terme familier employé pour une entreprise. De façon plus neutre, on peut dire : une maison de production. Mais en fait, le terme « boîte de production » s’est généralisé et est presque devenu le terme normal.
16. J’étais à la fac : la fac = la faculté. Mais on emploie peu le terme entier. Cela signifie qu’on va à l’université. Mais tout le monde dit : Je suis à la fac / Je vais à la fac.
17. Rien à voir : cela signifie qu’il n’y a aucun rapport entre deux choses, qu’elles sont totalement différentes.
18. Ah quand même ! : on emploie cette exclamation pour montrer qu’on est surpris ou impressionné par quelque chose. Souvent, il y a l’idée d’une quantité qui nous surprend.

J’aime bien le style de ces petites interviews. Les questions sont simples et courtes, à la limite de la familiarité. Elles suscitent la parole et laissent toute leur place aux autres. J’ai beaucoup de mal avec les questions longues de certains (à la radio ou à la télé) qui ne savent pas s’effacer devant ceux qu’ils interrogent !

L’émission entière est à écouter ici.

Et Sciences Po est à explorer ici.

Elle, avec les autres

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D’abord, il faut regarder et écouter. (Cliquez sur la photo)
Puis il faut écouter Marie-Agnès Gillot en parler.
C’est vraiment une belle interview, ces deux voix qui se répondent, si naturellement, sans bavardage, l’une qui suscite l’autre. Juste les mots nécessaires, pour dire la danse, l’enfance, le travail passionné. Il y a de l’intensité dans cet échange.

Marie-Agnès Gillot

Transcription:
– Ce qui est fascinant, Marie-Agnès Gillot, dans cette chorégraphie, et ce qui participe aussi de l’impact émotionnel, c’est quand même le nombre de danseurs, il faut dire près d’une cinquantaine, je crois.
– Cinquante-quatre, ouais.
– Qui forment un ensemble ?
– Une masse qui est…
– Organique ?
– Organique. Et j’ai rarement senti une émotion pareille (1) en… sur scène. Le groupe fait la force, c’est vraiment ça, quoi.
– Qu’est-ce qui se passe entre tous ces corps ?
– Une harmonie.
– Et en même temps, c’est un été très sombre.
– Oui… Nous, on le… Je me rends moins compte de ça parce que j’ai pas vu la pièce. Mais c’est… c’est surtout des états de corps qui sont très crispés en fait et je pense que c’est ça qui rend (2) la tension, et peut-être le déluge mais…
– Quelque chose de l’ordre de (3) la communion aussi entre vous… tous ?
– Ouais.
– On pourrait presque parler d’une communauté en fait, une communauté de corps.
– Exactement.
– Pourtant c’est un monde très hiérarchisé (4).
– Oui, mais c’est ça qui est beau justement, c’est que… c’est qu’on nous mette tous ensemble parce qu’en fait, c’est ce qu’on aime.
– On pourrait croire que l’Etoile de l’Opéra est là pour être mise en valeur (5), de manière ostentatoire.
– Oh, je l’ai été et je le serai encore. Mais…
– C’est pas le cas en tout cas dans cette chorégraphie.
– Non.
– C’est pas pour ça qu’on est au centre, qu’on devient étoile justement, pour qu’on nous voie ?
– On nous voit toujours, mais je pense que… ça fait tellement de bien de danser avec… avec des… avec des corps. Mais vraiment avec soi, c’est-à-dire pas sur le côté à vous regarder mais dans le même état que vous.
– Vous avez l’air émue.
– Non, mais j’adore, quoi ! Ça me… Je regrette (6) mes années Corps de ballet. J’ai adoré faire Corps… le Corps de ballet. C’est bien d’être Etoile, mais on est tout le temps seule, quoi ! Et là, c’est de nouveau une communion comme vous disiez. Et ça, c’est chouette (7), quoi ! Ça arrive pas souvent.
– C’est qui, votre étoile à vous, Marie-Agnès Gillot ?
– C’est… je sais pas, j’allais dire une bêtise ! (8)
– C’est ma mère !
– J’allais dire : C’est mon chien ! N’importe quoi ! (9)
– Celle qui vous a fait rêver, celle qui…
– Ah, c’est hyper dur parce que… Je sais pas du tout.
– Quand vous étiez petite ?
– Ah bah, moi, je connaissais pas les danseuses quand j’étais petite !
– Ah, c’est vrai ?
– Non, non, j’ai jamais… Moi, j’avais des posters de chiens dans ma chambre ! J’avais pas des posters de danseuses !
– Donc c’est venu complètement…
– Ah oui, c’est pas du tout une passion de… enfin que la mère a transmis (10) sur la petite fille, je dirais.
– Et c’est vous qui avez décidé de faire de la danse quand vous étiez toute petite ? Vous avez demandé de faire de la danse ?
– Non. Je crois qu’on m’a… Non , je crois que c’est parce que je levais les jambes déjà ! Et je mettais les jambes sur les tables, donc on m’a dit : Il y a un endroit pour faire ça.
– Tout de suite, on s’est rendu compte que vous aviez quelque chose (11)…
– Ouais, ouais.
– Quel âge ?
– Sept ans.
– Et ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire que… bah, c’est un peu tracé (12) quand même !
– Ça veut dire que ce sacrifice – parce que c’est aussi un sacrifice, je suppose, quand même – vous avez su très tôt que vous alliez le faire ?
– Ouais. Mais c’est pas un sacrifice parce que quand c’est une passion en fait, on… on supporte beaucoup de choses en fait. Je pense que si ça ne… si c’était pas sincère, je pense que j’aurais encore plus… En tout cas, je me souviendrais peut-être de la douleur. Mais je m’en souviens pas trop en fait.
– Jamais ?
– Non.
– Et pourtant, on souffre.
– Ouais, quelquefois mais…
– Au quotidien ?
– Non. Non, non. C’est quand même un plaisir. On a des courbatures (13) mais c’est pas de la souffrance.
– Ça veut dire quoi ? Ça veut dire énormément de travail après chaque spectacle, de… d’étirements, de… C’est un sport…
– Non. Mais plus on grandit, plus on connaît absolument bien son corps. C’est-à-dire que à vingt ans, on y va à fond (14). A trente ans, on commence à se découvrir. Quarante ans, on se connaît vraiment.
– Vous disiez : Je vais partir.
– Ouais.
– Vous allez partir quand ?
– Le 6 avril 2018.
– Vous l’appréhendez (15), ce moment ?
– Non, je l’attends en fait.
– Et vous allez faire quoi ? C’est un spectacle, un dernier spectacle ?
– Je vais danser Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Et donc c’est… Je trouve ça super de quitter la scène avec un ballet pareil. Et c’est une pièce où je ne suis pas regardée, parce que c’est l’histoire d’Orphée et Eurydice. Donc c’est aussi… Je trouve que c’est un clin d’oeil (16) à… à ne plus être regardée.
– Vous avez déjà commencé… à travailler ?
– J’essaye (17) de trouver une interprétation différente pour ma dernière… enfin, sans jamais changer ce que Pina voulait de moi, mais j’essaye de trouver des concordances avec ma… ma dernière scène, ma dernière vie, sur scène.
– Et ça sera quoi ?
– Je peux pas vous dire encore, j’ai un an et demi pour y réfléchir. Je vais bosser (18) en tout cas !
– Vous aimeriez que ce soit quoi ?
– Un… Un rêve.
– Merci, Marie-Agnès Gillot d’être venue faire un tour (19) dans Boomerang.

Quelques détails :
1. une émotion pareille : une émotion comme celle-ci, une telle émotion.
2. Rendre: ici, cela signifie exprimer.
3. c’est de l’ordre de la communion : cela ressemble à une communion, cela s’apparente à une communion.
4. Un monde très hiérarchisé : il s’agit du monde du Ballet de l’Opéra, où les danseurs et les danseuses font partie d’une hiérarchie, où chacun essaie de progresser de de gravir des échelons, jusqu’au grade d’Etoile de l’Opéra, et où on doit respecter cet ordre.
5. Mettre en valeur (quelque chose ou quelqu’un) : rendre quelque chose ou quelqu’un très visible, de manière positive.
6. regretter une époque, une période : avoir la nostalgie de cette époque et donc vouloir y être encore.
7. C’est chouette : c’est super, c’est vraiment bien. (familier)
8. dire une bêtise : dire quelque chose de faux, ou de stupide.
9. N’importe quoi ! : on utilise cette expression pour porter un jugement négatif sur quelque chose (une action, une pensée, une idée, etc.) qu’on trouve stupide. (familier)
10. il faudrait accorder le participé passé avec « une passion » et dire : Une passion que la mère a transmise
11. avoir quelque chose : avoir des qualités particulières, qui prédisposent à faire quelque chose de spécial et qui différencient des autres.
12. C’est tracé = c’est un destin tout tracé. Ce choix fait dans son enfance a déterminé tout le reste, sans surprise, car c’est le même parcours pour tous ceux qui choisissent cette voie.
13. Avoir des courbatures : avoir mal musculairement après des efforts physiques
14. y aller à fond : faire les choses sans retenue, sans se ménager, au maximum.
15. Appréhender quelque chose : en avoir peur par avance, avoir des inquiétudes avant quelque chose. Si on l’emploie avec un verbe, il faut dire : appréhender de faire quelque chose. Par exemple : Il appréhende sa retraite. / Il appréhende de se retrouver à la retraite.
16. C’est un clin d’oeil : cela renvoie symboliquement à autre chose, à une autre idée, etc.
17. J’essaye = j’essaie. Ce verbe a deux formes équivalentes.
18. Bosser : travailler (familier)
19. venir faire un tour quelque part : venir quelque part, pas trop longtemps. On l’emploie aussi avec le verbe aller : J’ai envie d’aller faire un tour en ville cet après-midi.

L’émission entière est ici.

Ce ballet est de nouveau programmé en mai 2018.
Bien tentant… Paris n’est pas loin en TGV !
Je l’avoue, je n’aime pas tellement les ballets classiques mais j’aime vraiment voir les danseurs classiques dans d’autres chorégraphies car ils y apportent la rigueur et la perfection incomparables de leur travail et l’harmonie de leurs corps capables de tout.

Et puisqu’on est dans la danse, vous vous souvenez, je vous avais parlé de ce film La Relève que j’avais vu au cinéma il y a quelques mois.
On le trouve maintenant en DVD ! Faites-vous plaisir !

Couvrez-vous bien !

en-montagne

Il a fait bien froid ces derniers temps sur une grande partie de la France. (A Marseille, on est un peu en dehors de tout ça, il faut bien le reconnaître !) Alors, avec des températures très en-dessous de 0, on a commencé à entendre des conseils à la radio. Il y a eu des messages du Ministère de la Santé pour rappeler les dangers des poêles qui peuvent dégager du monoxyde de carbone, d’autres pour nous rappeler aussi qu’il y a de plus en plus de sans-abris, que l’hiver rend encore plus vulnérables. Mais il y a eu aussi des messages que j’ai trouvés plus surprenants: je ne pensais pas que nous ayons besoin de quelqu’un qui nous dise comment nous habiller ! (Peut-être est-ce la conséquence de plusieurs hivers plutôt doux ces dernières années.)

Voici un de ces messages:
Froid – Si vous devez sortir

Transcription:
Attention Vague de froid exceptionnel.
Quand on est exposé au froid, cela peut entraîner des risques graves pour la santé, notamment pour des personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques.
Si vous devez sortir, ne faites pas d’efforts physiques intenses. N’oubliez pas de rajouter par-dessus vos vêtements chauds, un coupe-vent imperméable. Cela protège encore mieux du froid. Couvrez bien les parties du corps qui perdent le plus de chaleur : les mains, les pieds, la tête, le cou.
Ceci est un message du Ministère chargé de la santé et de Santé publique France.

Donc il s’agit de faire preuve de bon sens.
Mais parfois, on n’a pas tout prévu ! C’est ce qui est arrivé à ces automobilistes pris dans une tempête de neige en montagne, à un col qui aurait probablement dû être fermé plus tôt à la circulation. Comme le raconte un de ceux qui sont intervenus pour leur venir en aide, ils ont eu bien froid !

Bloqués au col dans la neige

Transcription
Ça a été très, très, très difficile (1), très dur, parce qu’on n’y voyait pas (2), il y avait un vent très violent et ils ont mis énormément de temps. Les secours ont été déclenchés à partir de 20 heures ici, ça s’est terminé à 3 heures du matin. Donc voyez quand même que ça a été un créneau horaire assez important pour pouvoir réaliser cette opération. Pour les naufragés (3), il y a eu de la frayeur, oui. A partir du moment où vous êtes abandonnés sur une route en pleine montagne (4), en pleine tempête (5), enfermés dans une voiture, vous êtes pas très rassurés, et une fois qu’ils ont vu les gens arriver, bon bah je pense qu’ils ont été un petit peu rassurés. Ils étaient pas très fiers (6) en arrivant, mais enfin, ça allait. Ils étaient contents qu’on les sortent de là-dedans, oui, bien sûr. Vous savez, quand vous êtes en montagne, en pleine tempête, en pleine nuit (7) et qu’il fait – 10, c’est pas très chaud et puis la plupart n’étaient pas couverts (8) suffisamment pour pouvoir affronter une nuit à l’extérieur, hein. Il y a eu du stress pour les sauveteurs et puis voilà, quoi ! Et sinon, tout… tout va bien.

Quelques détails :
1. très, très, très difficile : pour renforcer un adjectif, on ajoute l’adverbe très. Ici, comme souvent en français, on va jusqu’à l’utiliser trois fois de suite, en le répétant très vite. En français, il y a des mots qu’on répète trois fois très naturellement ! (Par exemple : non, non, non. / Oui, oui, oui.) Je ne sais pas si c’est la même chose dans d’autres langues!
2. On n’y voyait pas : on pourrait dire aussi On ne voyait pas. Mais très souvent, on ajoute « y » : On n’y voit rien. / On n’y voit pas grand chose. / On y voit mal.
3. Les naufragés : normalement, on utilise ce terme pour les gens victimes d’un naufrage (en mer). Mais les journalistes ont adopté cette expression aussi pour les automobilistes perdus ou bloqués quelque part à cause du mauvais temps : on parle de naufragés de la route.
4. En pleine montagne : en montagne, loin de tout.
5. En pleine tempête : au milieu de la tempête
6. ils n’étaient pas très fiers : c’est une expression qui indique qu’ils ont eu peur. Ce n’est pas le sens habituel de l’adjectif fier. Quand on dit : Je n’étais pas fier / pas très fier, on exprime sa peur, on montre qu’on s’est demandé si tout allait bien se terminer. On dit aussi : Il ne faisait pas le fier.
7. En pleine nuit : au milieu de la nuit
8. ne pas être couvert / assez couvert : on parle des vêtements. Cela signifie qu’on n’est pas habillé assez chaudement. Quand on dit à quelqu’un : Couvre-toi / Couvre-toi bien / Couvre-toi mieux / Couvre-toi davantage, on lui conseille de s’habiller avec des vêtements plus chauds. A l’inverse, on peut être trop couvert, si on porte des vêtements trop chauds pour le lieu ou la saison par exemple.

Un peu de français : n’oubliez pas que lorsqu’on parle des parties du corps, on emploie peu les adjectifs possessifs.
On dit : se couvrir la tête. On ne dit pas : Couvrir sa tête.
On dit : J’ai froid aux mains. On ne dit pas : J’ai froid à mes mains.
On dit : J’ai les pieds gelés. On ne dit pas : J’ai mes pieds gelés.
Donc quand il fait froid, on se couvre bien ! On se protège les mains avec des gants, les pieds avec de bonnes chaussettes dans des chaussures bien chaudes, la tête avec un bonnet ou une capuche et le cou avec une écharpe. Bonnets et écharpes sont redevenus à la mode, même chez les jeunes. Donc ça tombe bien.
Et on attend le printemps !

Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

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metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

2017

serenite

Je vous ai quelque peu abandonnés. Et pourtant, ce blog continue d’être visité, avec même davantage de lecteurs ! C’est que les nouveaux visiteurs doivent trouver leur bonheur dans les articles plus anciens et s’ils les parcourent de façon méthodique, comme Jianjing, c’est vrai qu’ils ont de quoi lire et écouter.

Mais je n’aime pas avoir délaissé mes fidèles, qui se reconnaîtront et qui savent comme j’apprécie leur présence. Alors, je me remets au travail ! Dans l’état d’esprit suivant:
– Ne pas se poser de questions sur l’utilité d’écrire ce blog.
– Ne pas attendre d’écrire des billets parfaits et donc repousser, repousser… et se taire, alors que j’ai plein de choses à partager avec vous !
– Se dire que dans ce monde troublé, agressif, qui fait souvent douter des hommes, après tout, toute contribution pour partager, montrer, apprendre, donner envie, donner à réfléchir, faire sourire, faire aimer les belles choses, toute contribution, si petite et modeste soit-elle, a sa valeur.

Alors, je vous souhaite une bonne année, pleine de ce français que vous aimez !
Et pour cet article de retour, je vous laisse en compagnie d’un jeune Indien parti de son pays pour construire sa vie en France. Il parle bien, un français parfait et des idées qui réchauffent. C’est un gars bien ! Une belle interview sur France Inter.

Francais d’origine indienne

Transcription:
– Dites, qu’est-ce qui vous a amené en France ?
– Alors moi, je suis venu en 2004 pour des raisons économiques avec mes parents. Je voulais étudier et j’ai pas eu beaucoup de moyens (1) pour étudier en Inde. Et donc on a émigré en France.
– Il fallait les moyens d’émigrer déjà (2). Ça coûte cher de voyager comme ça, non ?
– Oui, ça coûte cher mais j’avais l’ambition et la détermination d’y arriver (3) et d’apprendre la langue française. Et voilà, du coup, j’ai fait un lycée, une classe prépa (4) et aujourd’hui, je suis diplômé de l’Ecole de Commerce de Reims.
– Vous aviez quel âge ?
– J’avais seize ans quand je suis venu. J’ai fait une année pour apprendre le français. Et puis j’ai directement intégré seconde générale, jusqu’au lycée avec mention (5), et puis classe prépa (6) à Paris.
– Bravo !
– Merci.
– Et vos parents, ils sont venus avec vous ?
– Oui, ils sont venus avec moi.
– Et ils font quoi comme métier ?
– Mon père a créé une entreprise dans le BTP (7), qui fonctionne bien, qui a six salariés maintenant. Et ma sœur travaille dans une agence de voyages, elle a fini son BTS (8) ici. Et mon frère a également… Il travaille également dans le BTP. Et ma mère est femme au foyer.
– Et votre père, il avait une entreprise dans le bâtiment public aussi en Inde ?
– Non, non. Il a tout appris sur le tas (9) et surtout, quand on travaille dans un nouveau pays, les métiers qu’on trouve facilement, c’est soit dans la restauration (10), soit dans le BTP. Donc il a commencé à travailler dans le BTP et puis on a monté une entreprise ensemble.
– Mais vous faisiez pas partie des classes privilégiées en Inde ?
– Non, on faisait pas partie des classes privilégiées, sinon on serait resté là-bas !
– Oui ! Non, mais c’est ça, c’est que vous avez fait le voyage et…
– Bah on a conçu tout de A à Z (11). On a travaillé jour et nuit. Je l’ai aidé pour tout ce qui était la comptabilité, tout ce qui est administrative (12). Je l’ai aidé également pour faire les stages pour la création de l’entreprise, et puis voilà, de bouche à oreille (13), on a commencé à travailler et ça a commencé à fonctionner.
– La vie est belle maintenant, j’ai envie de dire. Vous êtes sortis d’affaire (14).
– Non, je pense qu’on a beaucoup de choses à faire, surtout… enfin moi, j’ai été très bien accueilli en France et je pense que j’ai un devoir moral également de permettre à des jeunes de se réaliser (15), d’avoir des capacités de choisir leur voie. Je suis ambassadeur par exemple de Passeport Avenir, qui est une association qui fait des tutorats (16) aux élèves issus des milieux défavorisés. Je suis ambassadeur et du coup, mon projet, c’est qu’on intervient dans des lycées pour susciter des vocations et qu’ils choisissent leur voie librement.
– Pourquoi vous avez choisi la France ?
– Alors la France, c’était un peu par hasard. Mon père, qui était censé aller en Angleterre, avait trouvé du travail ici dans le bâtiment. Et donc…
– Au noir (17), j’imagine.
– Au noir, oui, au noir. Et puis du coup, il a travaillé, il a été régularisé (18) et puis, on est venus par le regroupement familial. (19)
– Ah, il est venu en premier et après, vous l’avez suivi.
– Oui.
– Et vous, vous rappelez la première fois que vous êtes arrivé en France ?
– Oui, je m’en rappelle très bien. Quand je suis arrivé, je parlais pas un mot de français ! Je me suis senti muet, moi qui quand même aime bien communiquer, aime bien parler. Donc ça a aussi forcé ma détermination, d’apprendre, discuter avec les gens. Enfin moi, je parlais déjà trois langues indiennes et du coup, j’avais… j’avais un peu de facilité (20) à apprendre les langues. Et puis quand je suis allé en classe d’accueil, pour apprendre le français, en rentrant de l’école, j’allais aux cours de mairie qui étaient organisés à la mairie du Bourget, dans le 93. Et puis le soir, je regardais le journal télévisé, où les infos défilent, les mêmes infos défilent plusieurs fois, pour avoir quelques mots et les réutiliser dans la communication. Voilà, petit à petit, ça a marché.
– Et aujourd’hui, vous avez envie de retourner en Inde ou vous vous dites maintenant, vous avez pris la nationalité française ?
– Je suis de nationalité française. Je considère que en France… enfin, j’ai été formé en France et donc je considère que j’ai un devoir moral à agir ici, à faire changer les choses, à faire bouger les lignes (21). On parle beaucoup d’immigration, donc apporter ma pierre (22) pour que les jeunes participent à la vie en cité, pour qu’on soit considéré comme des citoyens comme les autres.
– Vous avez voté aux dernières élections ?
– Oui, j’ai voté.
Vous pouvez me dire pour qui ?
– Non, c’est secret.
– Bon, bah je vous remercie. Vous avez un site ? Vous avez quelque chose ?
– Alors, j’ai un compte Twitter. @singh surgeet.
– Comment vous avez traduit Pauchon ? (= le nom du journaliste)
– J’ai pas traduit Pauchon. J’ai dit : On se retrouve demain, c’est fini pour aujourd’hui.

Quelques explications :
1. j’ai pas eu beaucoup de moyens : ce serait très naturel aussi d’utiliser l’imparfait (puisqu’il y a déjà Je voulais juste avant): je n’avais pas beaucoup de moyens.
2. Déjà : ici, c’est le sens fréquent de « Premièrement ».
3. y arriver : cette expression signifie réussir.
4. J’ai fait un lycée, une classe prépa = je suis allé au lycée et en classe prépa. En fait, on dit plus souvent : aller au lycée que faire un lycée. En revanche, on dit très souvent : faire une école de commerce / faire une prépa / faire une école d’ingénieur / faire une fac de droit / faire une fac d’éco. ( c’est-à-dire surtout quand il s’agit des études après le bac)
5. avec mention : au-dessus d’une certaine moyenne au bac, on a mention assez bien (entre 12 et 13,9 de moyenne), mention bien (entre 14 et 15,9) et mention très bien (à partir de 16).
6. une classe prépa : c’est une classe préparatoire pour entrer dans les Grandes Ecoles.
7. Le BTP : c’est le secteur du bâtiment (et des travaux publics : construction de routes, etc.)
8. un BTS : un brevet de technicien supérieur, qui se prépare en deux ans, après le bac, dans un lycée.
9. Apprendre sur le tas : apprendre sur le terrain, sans suivre une formation bien définie. (familier)
10. la restauration : le secteur des restaurants
11. faire quelque chose de A à Z : tout faire, du début à la fin, tout construire soi-même, tout apprendre.
12. Administrative : avec cette terminaison, cet adjectif est féminin. Ici, il faut le masculin : Tout ce qui est administratif.
13. De bouche à oreille : normalement, on dit : Par le bouche à oreille, c’est-à-dire grâce au fait que les gens recommandent quelque chose ou quelqu’un à leurs proches, à leurs amis, qui eux-mêmes font la même chose avec d’autres amis, etc.
14. être sorti d’affaire : avoir surmonté tous les obstacles (plutôt familier)
15. se réaliser : trouver sa voie et réussir
16. faire des tutorats : cela signifie que certains deviennent tuteurs des jeunes qui en ont besoin et les aident à réussir leurs études.
17. Travailler au noir : travailler sans être déclaré par l’employeur, ce qui est illégal.
18. Être régularisé : il a obtenu ses papiers officiels et a donc cessé d’être un travailleur clandestin.
19. Le regroupement familial : c’est la procédure qui permet à une famille de ne plus vivre séparée dans deux pays différents.
20. Avoir un peu de facilité : on dit souvent aussi : Avoir des facilités pour faire quelque chose / dans un domaine.
21. Faire bouger les lignes : cette image militaire (du champ de bataille) signifie faire évoluer les choses, apporter du changement.
22. Apporter sa pierre : l’expression complète est la suivante: apporter sa pierre à l’édifice, ce qui signifie contribuer au succès de quelque chose.

Cliquez ici pour retrouver cette interview que j’avais écoutée à la radio.

Son témoignage rappelle celui de deux de mes anciens étudiants, Myasnik et Zakari, que j’avais publiés sur France Bienvenue.
Les aviez-vous écoutés ? C’est ici pour Myasnik. Et ici pour Zakari. Admiration pour ces jeunes.

A ce propos, lorsque vous voyez que je suis moins présente sur ce site, allez écouter « mes » filles du projet France Bienvenue ! Elles travaillent avec enthousiasme et régularité.

Et pour finir, allez voir ce qui se passe sur le site de Federica, qui m’a écrit en décembre. Là aussi, plein de transcriptions d’émissions de radio, plein de mots et l’amour du français. Bravo Federica !

Ils ont ça dans le sang

Plusieurs fois par an, l’Etablissement Français du Sang vient dans les universités pour que tous ceux qui le souhaitent – étudiants et personnel – donnent leur sang. Depuis les attentats de 2015 à Paris et de 2016 à Nice, davantage de Français se sentent concernés et participent à ces collectes afin que les hôpitaux ne manquent jamais de sang ou de plaquettes pour les malades qui en ont besoin.

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Ce matin, il y avait donc la voiture des médecins chargés de cette collecte garée sur le parking mon l’université. Rouge bien sûr, et avec un slogan percutant : La vie, on a ça dans le sang.

Au sens propre, le sang qui coule dans nos veines est notre vie.
Mais avoir quelque chose dans le sang est aussi une expression qui signifie qu’on a une passion pour quelque chose, que c’est en quelque sorte inné, que cela fait totalement partie de nous. Ce On, c’est nous tous: ces professionnels de la santé qui font bien sûr tout pour protéger la vie des malades ou des blessés – ils ont ça dans le sang. Et tous ceux qui donnent leur sang et ont ce même souci de sauver des vies. Eux aussi ont ça dans le sang.

C’est une expression très forte, probablement parce qu’elle touche au corps.
En voici une autre, tout aussi forte et assez proche : avoir quelque chose dans la peau.
Mais en fait, on l’emploie très souvent à propos de quelqu’un: quand on a quelqu’un dans la peau, c’est qu’on aime cette personne passionnément. On ne peut pas vivre sans elle, c’en est presque déraisonnable.

Les choses peuvent être situées ailleurs dans le corps ! Et là, plus rien à voir avec la passion :
– Si vous dites de quelqu’un qu’il n’a rien dans le ventre, c’est que vous estimez que cette personne est lâche. C’est un jugement péjoratif. Quand on teste quelqu’un, de façon familière, on dit souvent qu’on veut voir ce qu’il a dans le ventre. Il faut qu’il montre ce qu’il a dans le ventre.

Avoir un coup dans le nez signifie qu’on a trop bu, qu’on est ivre. (familier)

Pour en revenir au don du sang, c’est intéressant de répondre à ce questionnaire pour savoir qui peut donner son sang. Toutes ces questions sont posées à ceux qui se présentent lors des collectes.

Aviez-vous écouté Manon sur France Bienvenue ? Elle m’avait expliqué pourquoi elle avait décidé de donner son sang.

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