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Mais qui va s’occuper de ton linge ?

Lessive
Les mères. Leurs fils.
Nos fils. Tout ce qu’on fait avec eux, pour qu’ils deviennent grands.
Et aussi ce qu’on jurait de ne jamais faire ! Parce qu’on ne savait pas encore.
Histoires de mères et de leurs fils devenus grands. Histoires d’amour pour toujours.
"Mais qui va s’occuper de ton linge ?" Question éternelle, posée avec humour ici !


Transcription :
…Son fils partant, voulant partir, vers 18 ans, 19 ans, [elle] a dit – et c’est… c’est une phrase que j’ai mise dans le texte évidemment, dans… dans le scénario(1) : « Mais qui va s’occuper de ton linge ? » Et là, je me suis moquée. J’avais pas encore d’enfants.
J’ai dit : « Oh bah quand même ! (2) C’est pas… »
« Oui, ça va (3) ! Tu verras, tu verras ! »
J’ai vu ! Effectivement ! Il y a plein de mères qui sont trop contentes que leur fils arrive avec leur ballot (4) de linge à laver à la maison, alors qu’ils ont… Franchement, ils peuvent… il y a toutes les laveries de la terre à proximité, hein, si ils veulent. Parce que ça reste un lien, même s’il est nase (5)! Bon, on préfère avoir d’autres liens. Moi je préfère discuter… J’ai un fils qui est luthier (6), je préfère qu’il me parle de son métier plutôt que de me faire laver ses chemises, on va dire. Ce qu’il fait pas, d’ailleurs… Et que je fais de temps en temps… Quand il arrive, je dis: « Tu veux que… » «  Mais non. » « Si… » Voilà. Discrètos (7), mais je le fais discrètement.
Comment dire ? C’est vrai que une absence… Quand j’ai interviewé des fils, entre 20 ans et 50 ans, ce que j’ai réco[lté]… recueilli, à part un déni – parce que les gens sont dans le déni (8), voilà. Les mères disent : " Mais c’est normal, mais c’est naturel qu’ils s’en aillent. Moi, j’ai aucun problème avec ça. » Bien sûr que c’est naturel et c’est normal. Il faut qu’ils s’en aillent ! Mais c’est barbare ! Je veux dire, quand on aime un homme, quand on aime quelqu’un, on fait tout pour le garder. On se fait le plus belle (9) possible, le plus intelligente, le plus drôle, le plus amoureuse, le plus tout…, le plus, le plus, le plus, pour le garder. Avec les enfants, on fait le plus, le plus, le plus, pour qu’ils s’en aillent. Ce qui est quand même donc biza[...] enfin, c’est pas bizarre, c’est naturel, c’est naturellement barbare. Mais bon, donc j’ai interviewé une vingtaine de garçons et ils m’ont tous dit : « J’adore ma mère. Mais elle est un peu lourde (10).» En gros (11), je résume. Il y a un Corse, un jeune acteur corse que j’avais rencontré au moment de Noël, et à qui je dis : « Qu’est-ce que tu vas faire à Noël ? Tu… tu vas en Corse ? » Il m’avait répondu : « Oh, bah si j’y vais pas, ma mère, elle m’envoie une équipe ! » Ce qui m’avait fait beaucoup rire et je m’étais dit : Ah ! Si moi j’avais le pouvoir d’envoyer une équipe ! C’est pas mon genre (12). Mais donc il y a des mères dont on sent que c’est incontournable. Moi je suis plus laxiste que ça. Je pleure dans les coins (13) mais jamais… Alors en plus, on pleure dans les coins ! On pleure pas… on pleure pas devant eux.

Quelques explications :
1. le scénario : Brigitte Rouan est cinéaste donc il s’agit du scénario de son dernier film: Tu honoreras ta mère et ta mère. (que je n’ai pas vu.)
2. Bah quand même ! : cette exclamation sert à protester et à affirmer le contraire de ce qui vient d’être dit. Par exemple :
- Tu vas savoir faire ?
- Oh bah quand même !
(= bien sûr, ce n’est pas si compliqué que ça.)
- Tu as pensé à son anniversaire ?
- Bah quand même !
(= je ne suis pas totalement idiot. Je suis capable de penser à ces choses-là. Ou bien : c’est tellement important que je ne risque pas d’oublier.)
- Il faut que je lui fasse son repas.
- Oh bah quand même !
(= il est assez grand pour le faire lui-même.)
3. ça va : cette expression a beaucoup de sens différents. On peut l’utiliser comme ici pour « attaquer » la personne qui vient de nous dire quelque chose, quand on n’accepte pas une réflexion, une critique, pour montrer que ça nous irrite. Voici deux exemples :
- Je trouve que tu n’aurais pas dû lui dire ça.
- Oh, ça va ! Je dis ce que je veux !
- Tu te lèves trop tard le matin.
- Oh, ça va ! Je ne suis jamais en retard au travail.

Evidemment le ton n’est pas le même que quand on dit que tout va bien. C’est un ton agacé.
4. Un ballot : un sac, un paquet
5. nase : nul / mauvais (familier)
6. un luthier : il fabrique des violons, des altos.
7. Discrètos : discrètement. (Vous ne trouverez pas ce mot dans le dictionnaire, c’est juste oral et familier)
8. être dans le déni : refuser de voir la réalité en face
9. le plus belle possible : il faudrait dire : la plus belle possible. (Et même chose pour la suite : la plus intelligente, etc…) C’est bizarre de mélanger du féminin et du masculin comme ça, même à l’oral, qui est pourtant plus souple.
10. Elle est lourde = elle m’agace, elle est pénible.
11. En gros : sans entrer dans les détails
12. Ce n’est pas mon genre : ce n’est pas ma manière de faire.
Par exemple :
- Appelle-le ! Insiste !
- Oh, c’est pas mon genre (d’insister). J’attends qu’il prenne le temps de me répondre.

13. Dans les coins : en cachette, sans se montrer.

Et un peu de vocabulaire familier pour terminer, avec les mots qui se terminent par -os, en devenant de l’argot, comme discrètos:
- calmos= calmement.
ça va calmos aujourd’hui. On n’a pas beaucoup de clients.
Oh ! Calmos ! C’est quoi, tout ce bruit ici ?
- craignos: douteux / dangereux.
Il est craignos, ce type.
C’est craignos ici. Je reste pas !
- nullos : nul
Tu es un gros nullos !
- chicos: chic, élégant
Il était habillé chicos pour le mariage de sa sœur!
- du matos: du matériel
Ce photographe, il a du super matos !
- gratos: gratuitement
Dis-lui que tu viens de ma part. Il te réparera ça gratos.

On prononce le "s" à la fin de ces mots:


Décomplexés

Christiane TaubiraL’Assemblée Nationale et le Sénat ont déjà voté en première lecture le texte de loi défendu par la Ministre de la Justice sur le mariage pour tous. Il ne s’agit pas de mariage religieux, il s’agit de donner les mêmes droits à tous et de protéger tous les enfants.
Mais les opposants ont contribué à créer une situation très malsaine vis-à-vis des homosexuels. Au nom de la morale, de l’intérêt de la famille et de l’enfant, ce sont en fait tout simplement des attitudes homophobes de rejet, de haine qui ont été encouragées.

De telles attitudes sont possibles car il est de bon ton chez certains aujourd’hui d’être "décomplexé" comme on dit, d’oser exprimer ouvertement et publiquement des opinions jusque-là considérées comme douteuses. Oser dire tout haut ce qu’on pense tout bas. Quand vous entendez le terme "décomplexé" aujourd’hui, traduisez-le selon les cas par raciste, xénophobe, homophobe, misogyne, antisémite ou contre les avancées sociales. Bref, tout ce qui est du côté de l’intolérance et de l’obscurantisme.

Voici d’abord deux témoignages sur ce climat.
Alors, comme cela fait du bien ensuite d’entendre des gens comme Christiane Taubira défendre des idées qui un jour paraîtront tellement évidentes que nos enfants, comme elle le souligne, se demanderont comment notre société pouvait être à ce point en retard !


Transcription :
En tout cas, il y a des gens qui se sentent, je crois, plus autorisés aujourd’hui, beaucoup plus autorisés aujourd’hui à dire des horreurs sur les homosexuels parce que vous avez les principaux leaders de l’opposition à l’égalité des droits, de l’opposition au mariage pour tous qui rajoutent de l’huile sur le feu (1) chaque jour et qui parlent d’un climat qui serait presque un climat de guerre civile . Mais de guerre civile contre qui ? Enfin voilà, donc je pense qu’il faut revenir un peu… qu’il faut… comment dire… revenir un peu à la raison, qu’il faut se détendre, être plus serein et aussi regarder les choses en face (2). Ce projet de loi, il va enlever aucun droit aux hétérosexuels, il va enlever aucun droit aux familles hétéroparentales. Par contre, il pourra permettre aux couples homosexuels, aux enfants qui grandissent dans ces familles qui existent de bénéficier des mêmes droits et des mêmes sécurités que tout le monde. Donc c’est un projet de vivre ensemble, c’est un projet de cohésion sociale, c’est l’inverse de la guerre civile qu’on voudrait nous… nous…. nous décrire. Et donc vraiment, j’appelle en tout cas les principaux leaders de l’opposition à tempérer leurs propos et… et à calmer le jeu (3), voilà.

Les mots sont les leurs : « Ça va péter (4). Nous mènerons jusqu’au bout ce combat. » C’est eux qui mettent en garde. On a peur de ce qu’on constate déjà, qui est un durcissement à la fois du ton et des violences sur la communauté… les communautés LGBT (5), c’est-à-dire que depuis… depuis quelques semaines, on assiste à des agressions ouvertement homophobes, à la fois sur des personnes, comme ça a été largement médiatisé (6) la semaine dernière, et aussi sur des bâtiments, et aussi sur des véhicules. Et on a peur et c’est réel, c’est-à-dire que le durcissement, il a déjà commencé à avoir lieu. On n’est plus dans le respect du processus démocratique. On a en France deux chambres qui votent des lois et on a maintenant des gens qui disent que ces lois ne sont pas démocratiques, qu’ils ne respectent pas le processus démocratique.

Pendant les débats à l’Assemblée:
Monsieur le député, vous n’allez pas nous faire croire que vous vivez dans un igloo et que vous n’avez aucune connaissance de la diversité des familles dans ce pays, que vous ignorez complètement qu’il y a des familles homoparentales dans ce pays, que vous ne savez pas qu’il y a autant d’amour dans des couples hétérosexuels que dans des couples homosexuels, qu’il y a autant d’amour vis-à-vis de ces enfants et que tous ces enfants sont les enfants de la France. Alors oui, monsieur le député, le gouvernement présente un texte de loi de grand progrès, de grande générosité, de fraternité et d’égalité (7). Et nous apportons la sécurité juridique à tous les enfants de France et je dois vous dire que j’en suis particulièrement fière.
Vos objections n’ont pas de fondement, sauf une réelle difficulté… sauf une réelle difficulté à inclure dans vos représentations la légitimité de ces couples de même sexe. Mais vos enfants et vos petits-enfants les incluent déjà et les inclueront de plus en plus. Et vous serez bien mal à l’aise lorsque, par curiosité, ils viendront voir les compte-rendus de nos débats.

Après le vote:
Merci à tous pour ces jours et ces nuits (8) passés ensemble pour ces… pour ces sourires, pour ces rires, pour ces confrontations aussi, convictions contre convictions. Les protections et les sécurités que promet ce texte concernent évidemment les conjointes et les conjoints (9), mais par dessus tout les enfants. En cas de séparation, le juge pourra s’en mêler. Il pourra donc protéger la plus vulnérable ou le plus vulnérable des conjointes ou conjoints, mais surtout préserver l’intérêt des enfants (10).
En définitive, en définitive (11) , ce projet de loi nous a conduits à penser autrui (12), à consentir à l’altérité. Penser autrui, disait Emmanuel Levinas, relève de l’irréductible inquiétude pour l’autre. C’est ce que nous avons fait tout le long de ce débat.

Des explications :
1. rajouter de l’huile sur le feu : l’expression habituelle, c’est verser / jeter de l’huile sur le feu. Mais l’idée est la même : cela signifie que quelqu’un cherche à agraver un conflit, une dispute et tient des propos qui ne vont absolument pas calmer la situation ni contribuer à une discussion.
2. Regarder les choses en face : être lucide et réaliste.
3. Calmer le jeu : tenter d’apaiser les colères, ramener le calme dans une situation conflictuelle. C’est le contraire de « Jeter de l’huile sur le feu ».
4. ça va péter : ça va exploser. Le mécontentement va mener à une vraie rupture de l’ordre. (familier)
5. LGBT : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres
6. médiatiser un événement : beaucoup en parler dans les médias (télé, radio, internet, presse écrite, etc…)
7. fraternité et égalité : il s’agit de deux des principes de la République Française, inscrits par exemple à l’entrée des écoles ou dans les mairies : Liberté, Egalité, Fraternité.
8. Ces jours et ces nuits : elle fait référence à la longueur des débats, qui ont eu lieu aussi la nuit.
9. Un conjoint / une conjointe : c’est le terme utilisé pour les gens mariés.
10. L’intérêt des enfants : elle répond là à l’accusation des anti-mariage pour tous de mettre en danger les enfants qui ne pourraient pas avoir un père et une mère, qui affirment qu’un enfant ne peut pas grandir normalement avec des parents homosexuels.
11. En définitive : pour conclure.
12. Autrui : les autres
13. l’altérité : concept qui renvoie au fait d’être autre et différent.

Vous pourriez aussi écouter et regarder Christiane Taubira ici. Elle y parle de différence, de respect et d’égalité des droits. Femme de culture, de conviction et de grande intelligence:
Christiane Taubira cite Damas face à Mariton par aussiebum80

Histoire d’un long mariage

Ils avaient vingt ans. C’était il y a longtemps dans un village du Lot.
Ils ne venaient pas du même milieu. Sa famille à lui avait des terres. Sa famille à elle vivait, plus pauvrement, grâce à la mine. Alors leur mariage n’allait pas de soi. Mais quand l’amour et une naissance s’en mêlent…

Aujourd’hui, ils ont plus de 80 ans, ils n’ont pas quitté leur village.
Comme beaucoup de vieux couples, ils ont vu leurs enfants se marier, avoir des enfants. Ils se sont dit que c’était moins compliqué que de leur temps. Puis quand ils les ont vus divorcer, se remarier, avoir d’autres enfants, ils ont trouvé que finalement ce n’était pas si simple que ça. Mais ils ont pensé que c’était la vie et ils ont regardé grandir leurs petits-enfants puis leurs arrière-petits-enfants.
C’est ce qu’ils racontent à deux voix restées complices à travers tous ces changements, avec leur accent de cette région du sud-ouest de la France.


Transcription:
- Ah bé… c’est facile à raconter. Je venais ramasser des fraises chez un oncle à Claude et puis, on a fait connaissance. Et voilà ! Ça a fini par se marier (1).
- Autrement dit, il y a 57 ans et demi que nous sommes mariés. Vous m’avez compris ?
- Et comment vous vous entendez ? Tout se passe bien ?
- Bah apparemment, oui !
- Oui, maintenant on se retrouve que tous les deux. Mais à l’époque, il y avait trois générations, hé.
- Ici, dans la maison.
- Dans la maison, hé, qui vivions ensemble. Alors je peux vous dire qu’il fallait faire des concessions, hein. Et il y avait assez de place. Bon, c’était pas disposé comme ça, il y a eu des réparations depuis.
- Ici, il y a quand même… il y a quand même trois chambres…
- On avait trois chambres.
- … la salle d’eau (2), les toilettes, la salle à manger et la cuisine.
- Vous êtes bien installés, là !
- Ah bé pas trop mal.
- Vous avez une très grande télé, hein !
- Ah oui !
- Ecran géant, écran plat.
- C’est surtout mon mari quand il regarde le sport.
- Alors les fraiseuses (3), on les nourrissait et on les logeait. Alors vous voyez le chantier ! (4)
- Faut dire que moi, mon père, il était mineur, mineur de fond. Et nous étions quand même huit gosses (5) ! Alors pour nourrir tout ce monde et surtout pour les… pour s’habiller et tout ça, on était obligés de partir.
- On a une grande pièce en haut, là-haut. Et alors, c’était le dortoir. On mettait des sommiers, des matelas, et puis il y avait… je vous dis une année, il y avait douze filles qui dormaient dans le même… dans la même pièce.
- Quels souvenirs vous avez de cette période-là, vous, Marie ?
- Ah moi, très… très contente puisque j’ai fait la connaissance de mon mari.
- Comment ça a été perçu par vos parents ?
- Ah! C’est une longue histoire, ça !
- Ah, ils m’ont pas acceptée avec…
- Non. Hé… Bon, je vais tout vous dire, hé…
- Dites-moi tout.
- Nous avons eu mon fils, on n’était pas mariés. Alors je vous dis pas (6) à ces époques-là, hé ! C’était pas évident, hé ! Alors quand je l’ai annoncé à mon père, je peux… je peux vous dire que, ouille ! (7)
- Mais vous l’avez annoncé à votre père quand le fils était déjà né ?
- Oui, hé oui, oui. Parce que je me… je me suis posé beaucoup de questions, hé.
- On n’était pas du même milieu (8).
- Quand j’ai annoncé la nouvelle, j’en menais pas large (9), hé. Et j’avais 23 ans, hé.
- Aujourd’hui, ça vous rend plus tolérant vis-à-vis de tout ça (10), vous croyez ?
- Moi maintenant, plus rien ne m’étonne ! C’est clair, hé ! Plus rien ne m’étonne.
- Par exemple votre fils qui vit en couple avec quelqu’un de divorcé, qui lui-même est divorcé, ça vous choque pas ?
- Moi, non, non, non. Moi, maintenant, je vous dis, il s’agit qu’il (11) soit en bonne santé et après, le reste (12), hé…
- Voilà, qu’il soit en bonne santé, qu’il soit heureux.
- Deux petits-enfants, aucun des deux ne sont mariés (13). Je sais même pas si ils se sont pacsés (14). Nous on… on le sait pas. Enfin avec tout ça, tout ça, nous sommes arrière-grands-parents et tout va bien.
- Vous vivez de vos économies aujourd’hui ?
- Bah eh bien sûr ! Je suis à la retraite, je touche 695 euros par mois. J’ai la retraite et puis après, je ta[...] je tape dans le tas (15), hé !
- Il vous reste un gros tas ?
- Non, un petit tas !

Quelques explications:
1. ça a fini par se marier = ça s’est terminé par le fait de se marier , par le mariage.
2. une salle d’eau: terme un peu démodé pour désigner la salle de bains.
3. les fraiseuses: c’était le terme local pour désigner les employées saisonnières qui venaient faire la cueillette des fraises.
4. le chantier = le bazar (familier). Il veut dire que cela créait de l’agitation dans la maison.
5. les gosses: les enfants (familier)
6. je vous dis pas ! : on emploie cette expression quand justement, on veut que celui qui nous écoute imagine bien la situation.
7. ouille: cette onomatopée exprime la douleur. Il veut dire que ça a fait mal quand il en a parlé à son père. La nouvelle n’a pas été bien accueillie.
8. le milieu: le milieu social. Ils n’avaient pas les mêmes origines. Elle venait d’une famille plus pauvre, avec son père mineur. Son mari venait d’une famille d’agriculteurs, qui avaient des terres, donc beaucoup plus d’argent.
9. j’en menais pas large = je n’en menais pas large: j’avais très peur et j’étais très mal à l’aise.
10. tout ça: elle veut parler de toutes les situations qui existent dans les vies de famille aujourd’hui. (être marié, pas marié, divorcé, remarié, etc…)
11. il s’agit que… : il faut juste que… / tout ce qui compte, c’est que…
12. et après, le reste… : il ne termine pas sa phrase mais il veut dire que le reste n’est pas important.
13. aucun des deux… : il faudrait dire : Aucun des deux n’est marié.
14. être pacsé: être lié par un Pacs, c’est-à-dire un Pacte Civil de Solidarité. Il s’agit d’un contrat civil qui permet à deux personnes ( de sexe opposé ou de même sexe) d’organiser et de faire reconnaître de façon plus officielle leur vie commune, mais sans avoir tout à fait les mêmes droits que par le mariage civil.
15. je tape dans le tas: je me sers dans mes économies. (C’est comme s’il avait un tas de pièces, d’argent)

Grands-parents pour la vie

Quand les parents divorcent, ce sont de grands changements qui interviennent dans la vie des enfants ou des ados. Pas toujours facile à gérer et à vivre, surtout quand le couple règle ses conflits par enfants interposés. Et que se passe-t-il du côté des grands-parents ? Quelle place ont-ils dans tout ça ?

C’est ce que racontent Thomas et Eve, enfants de divorcés.


Transcription:
- Alors moi, mon père ne parlait plus avec son père.
- Ah ! Bon !
- Donc… Donc déjà là, j’avais plus trop de lien pa[...] paternel vers mon grand-père, sauf que ma mère, elle, a toujours voulu que j’ai un lien avec mon grand-père paternel. Donc c’est elle qui m’emmenait voir mon grand-père, mais vu que mon grand-père parlait plus avec tous ses enfants, à chaque fois, bah…. voilà, il me demandait comment ça se passait et tout ça, quoi.
- Ça… ça te donne envie peut-être de créer toi-même ta propre famille ? Tu… Tu t’imagines ? Tu te projettes dans l’avenir et tu te dis: "Moi, j’aimerais, voilà, avoir une famille qui ressemble à ci ou à ça" ?
- Moi, je… Moi qui ai eu (1) des parents séparés, j’aimerais pas avoir mes enfants qui aient leurs parents séparés, quoi. Je voudrais… Je voudrais pas qu’ils vivent la même chose que moi en fait.
- Eve ?
- Bah moi, mes grands-parents ont été tous très sympas et super compréhensifs. Mes grands-parents du côté maternel ont toujours respecté mon père, ont toujours eu de bons rapports avec lui, ont jamais balancé sur lui (2), ont toujours été gentils avec lui, et vice-versa pour les parents de mon père… m’ont toujours demandé des nouvelles de… de maman, comment elle allait, sans jamais rien dire.
- Et vous étiez contente d’aller les rencontrer ?
- Et j’étais contente d’aller les voir (3) sachant qu’il y avait aucune… aucun parti-pris (4), pardon, que ça soit les oncles, les tantes, personne n’a pris parti (5), ce qui est assez… même très agréable.

- Ce sont des éléments de permanence, au fond, c’est-à-dire, c’est ça qui est très rassurant dans les grands-parents, c’est qu’ils sont toujours déjà là, d’une certaine façon. Ils sont toujours là comme ressource. Et alors que on a cette idée quand il y a une séparation, une recomposition (6), qu’on est un peu au temps zéro, c’est-à-dire c’est comme si on recommençait une nouvelle vie, on recommençait quelque chose qui est très déstabilisant pour un… pour un enfant encore une fois, il faut bien le dire, et que au moins, les grands-parents, ils sont inscrits dans cette histoire depuis l’éternité.

Quelques détails:
1. moi qui ai eu…: l’accord du verbe se fait à la première personne du singulier, comme si on disait "Je". Certains Français se trompent, notamment avec le verbe être. Il faut dire: Moi qui suis…, et non pas comme on entend parfois: Moi qui est… C’est la même chose aux autres personnes: Nous qui sommes / Nous qui avons / Vous qui êtes / Vous qui avez
2. balancer sur quelqu’un: dire du mal de quelqu’un, le critiquer. (familier)
3. aller voir quelqu’un: c’est la façon normale de dire qu’on rend visite à quelqu’un. Mais on emploie très peu "rendre visite" en français. De même, "aller les rencontrer" qui est employé juste avant n’est pas très naturel. C’est pour ça qu’Eve, dans sa réponse, utilise l’expression la plus habituelle. (et d’un niveau de langue normal, ni familier, ni recherché)
4. du parti-pris: c’est le fait de se mettre dans le camp de quelqu’un mais de façon pas très objective.
5. prendre parti pour quelqu’un: soutenir cette personne et montrer qu’on approuve ses actes ou ses pensées.
6. une recomposition: c’est le fait que les gens divorcet,  se remarient et ont d’autres enfants, au sein de familles qu’on qualifie de recomposées.

Coup de coeur

La télévision réserve encore parfois des surprises. Bizarre comme on peut tomber par hasard sur un vrai petit bonheur. Je regarde peu la télé. Je ne me souvenais même pas d’avoir entendu parler de ce film à sa sortie (dans trop peu de salles, avec trop peu de publicité). Juste un prénom pour titre: Stella.
D’autres choses à faire ce soir-là. Et pourtant, je me suis assise et je n’ai plus quitté Stella !

Fin des années 70. Stella a 11 ans, elle entre en sixième dans un établissement parisien qui n’est pas dans son quartier. Elle a un père Chti, une mère qui fait tourner le café familial, une chambre d’où on entend le juke-box et les habitués du bar. Elle n’est pas vraiment à sa place dans son collège de filles à papa. Elle est fragile. Elle est forte. Tout ça à la fois.
Il n’y a rien de trop dans ce beau film, juste de la grâce, la justesse des regards, des silences et des mots.
Stella est comme nous.
Stella n’est comme personne.

Transcription:
Bien. Classe de 6è5 (1). Quand j’appelle vos noms, vous vous mettez devant. Vous vous mettez en rang par deux.

Il paraît que ce lycée (2), c’est une chance. Je me suis installée à côté de la fille de La Petite Maison dans la Prairie (3). Peut-être que si je me mets tout le temps à côté d’elle, je deviendrai aussi belle, aussi sage, aussi propre qu’elle.

- C’est du vrai ?
- Ouais.
- C’est du quoi ?
- Du lapin.
- C’est dégueulasse (4) !

- Mais arrête !
- Eh! Eh ! Vous deux, non mais oh, ça va pas ou quoi (5)!
- Eh, c’est quoi ton oeil, là ? Ça commence bien pour un premier jour d’école ! Bravo ! Que je me retrouve pas (6) tous les deux jours chez la dirlo (7), hein !

(Ne fais pas sur un coup de tête…
tanguer le bateau…) (8)

- Papa, je peux dormir chez Gladys vendredi soir ?
- Elle a dit quoi, ta mère ?
- "Demande à ton père."
- Fais chier ! (9)

- Déjà été amoureuse ?
- Ça va pas ! (5)
- Mais c’est pas une honte !
- Je sais, mais non.

- Zéro (10) ! Et vous êtes fière de vous ?
- C’est toi qui vois, ma cocotte (11) ! Moi, je vais pas me battre pour que tu bosses (12) à l’école. Je te le dis, hein ! Pour faire serveuse, on n’a pas besoin d’école.

Il y a un truc dont je m’aperçois de plus en plus. C’est que j’ai pas les connaissances qu’il faut. Je suis pourtant incollable (13) sur le championnat de foot, le Ballon d’or et tout. Incollable sur la variété (14), les paroles des chansons, incollable sur les cocktails, le flipper (15), incollable sur les gens fiables, pas fiables. Pour le reste, je suis nulle (16).

- Mademoiselle Vlaminck, vous pouvez me répéter ce que je viens de dire ?

- Donc je prendrai malgré tout une sanction. Je pense m’orienter vers la sanction d’un avertissement, un avertissement écrit, madame.
- Elle mériterait une bonne tarte (17) dans sa gueule (18) !

Quelques détails:
1. la sixième: c’est la première classe après l’école primaire (au collège)
2. le lycée: normalement, le lycée va de la seconde à la terminale. Avant, on est au collège. Mais jusque dans les années 80, le lycée allait de la sixième à la terminale. Certains grands lycées parisiens ont gardé cette structure ou en tout cas le nom.
3. La petite maison dans la prairie: c’est la série américaine que plein d’enfants et d’ados ont regardée aussi en France.
4. dégueulasse = dégoûtant, répugnant. (très familier)
5. Non mais oh ! ça va pas ou quoi ! = Mais vous êtes complètement fous / folles ! On dit ça pour marquer sa désapprobation. (familier). Parfois, on rajoute: Ça va pas la tête !
6. Que je ne retrouve pas… : C’est un ordre et comme une menace. Cela signifie: "Fais en sorte que je ne sois pas convoquée à ton école." / Débrouille-toi pour que je ne sois pas convoquée."
7. la dirlo: abréviation de directrice. (On le dit aussi au masculin pour le directeur: le dirlo.(familier)
8. C’est une chanson de Sheila, chanteuse française très populaire à partir des années 60.
9. Fait chier ! = Elle m’énerve / ça m’énerve. (vulgaire)
10. Zéro: le travail scolaire des élèves français est en général noté de 0 à 20.
11. ma cocotte: normalement, c’est un petit surnom affectueux. Mais pas trop ici !
12. bosser = travailler (familier)
13. être incollable sur un sujet: c’est tout savoir sur ce sujet. On ne peut pas vous coller, c’est-à-dire vous poser une question à laquelle vous ne savez pas répondre. On ne peut pas vous poser une colle. (familier)
14. la variété: l’ensemble des chansons qui ne sont pas classées dans d’autres catégories comme le rock, le reggae, le rap, etc…
15. les cocktails, le flipper: c’est parce que ses parents tiennent un café.
16. être nul(le): ne pas être bon du tout dans un domaine. Ne rien savoir faire.
17. une tarte = une gifle (argot). Et une bonne tarte, c’est une vraie gifle !
18. dans sa gueule: sur sa figure. (argot, vulgaire)

Et pour écouter la chanson de Stella, c’est ici. 
On reste à écouter même quand le film est fini et que le générique défile.

Voici les paroles de cette chanson murmurée:
J’ai ma vie qui va comme elle va.
J’ai mon coeur qui s’endort quelquefois.
J’ai la vie qui part contre moi.
J’ai mon coeur, ton coeur pour moi.

J’ai 11 ans. Je suis grande. Je m’appelle Stella.
Je vais vite, vite.
Je ne veux pas en rester là.
Soi-disant je suis grande
Heureusement que tu es là.
Je vais loin, loin. Je suis loin.
Je n’ai pas peur.

J’ai la tête qui va comme elle va.
J’ai les yeux qui brillent quelquefois
J’ai la tête qui tourne avec toi.
J’ai mes yeux, tes yeux pour moi.

Ce film repasse sur Arte le 10 et le 19 octobre. Si vous avez accès à cette chaîne.
Il existe aussi en DVD.
Si vous avez l’occasion…

Mon coeur !

Petite scène ordinaire que beaucoup d’ados vivent à un moment ou un autre !
La mère du pauvre Raphaël n’a pas vu son fils grandir… Ce sont des choses qui arrivent avec les mères – surtout les mères – quand elles sont un peu trop inquiètes et possessives ! Le problème, c’est le regard des copains et des copines qui, eux, ont la chance d’avoir des parents qui ne dépassent pas les limites, ou avec plus de subtilité !
Et le problème aussi, encore une fois, c’est l’utilisation des téléphones portables et les forfaits miraculeux qui sont proposés: vraiment aucune excuse pour ne pas donner de nouvelles. Difficile dans ces conditions de couper le cordon ombilical !

Pour regarder, c’est ici.

Transcription:
Raphaël ! Raphaël ! Tu nous écris (1), mon amour (2). Tu nous écris, mon coeur (2).

- Hein ? Tu… Tu m’appelles, hein (3) !
- Oui.

Tu nous écris ! Tu nous écris !

Tu m’appelles en arrivant ! Tu m’appelles en arrivant !

- Et donc avec le doublement de crédit et les textos illimités (4), tu peux nous appeler et nous écrire encore plus.
- Youpi ! (5)
- Tu es content ?

Quelques détails:
1. Tu nous écris / Tu m’appelles : c’est un ordre, une demande très pressante. Mais elle n’est pas formulée à l’impératif (Ecris-nous / Appelle-moi), ce qui lui donne encore plus de force: ce garçon n’a pas le choix ! Tout au moins dans la tête de sa mère…
2. Mon amour – Mon coeur : ce sont des termes affectueux pour s’adresser à ses enfants ou son conjoint.
3. hein: c’est le moyen de solliciter une réaction de la part de celui à qui on parle.
4. les textos illimités: on emploie indifféremment le terme texto ou SMS. On dit par exemple: J’ai les SMS / les textos illimités.
5. Youpi!: cette exclamation (plutôt enfantine) exprime normalement l’enthousiasme. Raphaël aurait pu dire "Super!", "Génial". En disant "Youpi", il est ironique évidemment et fait exprès d’utiliser ce terme qu’il n’utiliserait plus, vu son âge, en réponse à sa mère qui continue à le traiter comme un bébé.

Petit catalogue de quelques "p’tits noms" utilisés dans l’intimité de deux personnes. (parents et enfants ou amoureux ou conjoints)
- Chéri(e) – Mon chéri / Ma chérie (Grand classique bien sûr)
- Mon trésor / Trésor
- Mon lapin
- Ma puce (et sa variante: Pupuce)
- Mon canard
- Mon poussin / Poussin
- Mon chaton / Chaton

Liste non exhaustive bien sûr car dans ce domaine, chacun est créatif et apporte sa touche personnelle ! Mais vous avez vu, il y a beaucoup d’animaux. Peut-être un reste de l’enfance où nous étions entourés par toutes sortes d’animaux en peluche.

Il y en a que ça énerve d’entendre les autres s’appeler par ces petits noms en public. C’est ce que chante Anaïs, très méchante avec ces couples !
Pour écouter, c’est ici.
Et les paroles sont là.

  • Et pour conclure, que se dit Raphaël tout bas ? Ça doit donner quelque chose comme ça. (Version pas très polie)
    - Ma mère, elle est gonflante.
    - Mais qu’est-ce qu’elle est chiante !
    - Mais lâche-moi deux minutes / trente secondes ! Je suis plus un bébé.
    - Lâche-moi les baskets !
    - Tu me gonfles !
    - Trop la honte !

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