A vue d’oeil
Pour aller à l’Institut Pasteur le matin, je traverse le jardin du Luxembourg. Chaque année, un jour de printemps, en pénétrant dans le jardin, je ressens le même choc, le même émerveillement. Une fois encore, les jours vont s’allonger, la lumière et la chaleur revenir, les feuilles se former, puis les fleurs et les graines. Animaux et végétaux vont exploser de vie et de croissance. Indifférente aux affaires des hommes, la grande machine de l’univers continue de tourner, inexorable.
Plus que l’océan et les tempêtes, plus que la montagne et ses glaciers, plus que la voûte céleste et ses galaxies, c’est ce petit frisson vert, qui parcourt les arbres et vous surprend un matin de printemps, qui me donne, avec la force de l’évidence, l’impression d’assister au spectacle grandiose qui, depuis quelque douze milliards d’années, agite la grande scène de l’univers.
François Jacob. La souris, la mouche et l’homme

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Plaisir des textes et des expériences qui résonnent en nous.
Plaisir de trouver dans les mots des autres ce qu’on ne dit pas assez bien.
Emerveillement toujours renouvelé de ces rencontres.
* à vue d’œil: De la pluie qui alterne avec du soleil, des températures douces, et tout pousse à vue d’œil, c’est-à-dire tellement vite qu’on a presque l’impression de voir les métamorphoses du jardin se produire sous nos yeux.
Au sens figuré, on dit aussi d’un enfant qu’il grandit à vue d’œil, de quelqu’un qu’il maigrit (ou grossit) à vue d’œil, d’un paysage qu’il change à vue d’œil, d’un glacier qu’il fond à vue d’œil.
Pluie printanière
La pluie, toute la journée. Régulière.
De quoi comprendre l’expression Ennuyeux comme la pluie ! (En moins poli et distingué, ça donne: Chiant comme la pluie.)
Mais dans le fond, l’occasion de faire autre chose.
La terre qui s’amollit, avant la grande sécheresse des étés méditerranéens.
Les couleurs des iris, pour quelques jours seulement, la promesse du parfum des petits oeillets. On aime davantage la pluie quand on a un jardin !
Et puis comme ça, ça donne un sujet de conversation:
Mais qu’est-ce que c’est que ce temps ! (En fait, c’est notre petite saison des pluies habituelle ici en Provence. On fait des réserves.)
On n’a jamais vu ça ! (Mais si, ça arrive régulièrement mais on oublie d’une année sur l’autre.)
On est quand même fin avril ! (Et que dit le dicton bien connu ? En avril, ne te découvre pas d’un fil.)
Bref, tout le monde parle de la pluie et du beau temps, au sens propre comme au sens figuré. Encore une jolie expression, pour dire qu’on parle de tout et de rien, de petits sujets anodins, de la vie comme elle va.
Carte postale marseillaise
Notre Dame de la Garde veille sur Marseille.
Une architecture extérieure qui ne me touche pas, c’est certain ! Trop jeune, clinquante, massive, si peu intégrée à son paysage.
Mais il faut y entrer et s’étonner des couleurs, des mosaïques, de la lumière.
Il faut se laisser surprendre par les ex-voto déposés là par tous ceux qui remercient la Bonne mère d’avoir veillé sur eux: maquettes de bateaux – et même de canadair – suspendues aux voûtes, tableaux de péripéties incroyables serrés les uns contre les autres sur les murs, innombrables plaques de remerciements plus ou moins détaillées, dedans et dehors. Voyage dans des vies en péril qui s’égrenne au fil des années.
Mais surtout, il faut y monter pour s’offrir la vue de la ville tout entière, côté mer et côté collines.
Une fois là-haut, on se demande vraiment comment il peut y avoir des gens pour dire que Marseille est une ville à éviter !
Je ne me lasse pas de cette ville.
Au ras des pâquerettes
Le bleu presque violet des muscaris,
Le blanc des pâquerettes déposé dans l’herbe,
Les arbres encore austères,
Le jaune et l’orangé du pollen accroché aux pattes des abeilles,
Le printemps s’installe tranquillement dans l’Aveyron
Jolies pâquerettes qui nous ont donné une expression:
Au ras des pâquerettes.
Comme ces petites fleurs ne sont pas bien hautes, elles sont au ras du sol. Donc dire qu’une idée, un commentaire est au ras des pâquerettes signifie que ce n’est pas très intelligent, pas très intéressant, plutôt simpliste.
Pas de hauteur donc quand ça reste au ras des pâquerettes. On dit d’ailleurs aussi que ça ne vole pas haut.
Cette absence de hauteur, c’est également cette chanson d’Alain Souchon, qui porte ce titre:
Sans ce penchant pour une personne
L’être aimé
Sans les ailes que ça vous donne d’être aimé
On reste au ras des pâquerettes.













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