Vies de couples

Paris, Châtenay, Le Grau d’Agde

Le regard de Martin

Martin est un de mes anciens étudiants.
Il est ensuite parti comme assistant de français en Angleterre pour partager notre langue avec de jeunes élèves anglais.
Il partage aujourd’hui ce qu’il voit à travers son objectif sur son site.

Petit détail: en regardant ses photos de cirque, vous verrez qu’une des compagnies s’appelle, à juste titre, Les Nouveaux Nez. Mais lorsqu’on la découvre en entendant simplement quelqu’un en parler, on ne peut que penser qu’il s’agit des nouveaux-nés et on se demande bien ce qui se cache derrière ce nom ! Très joli jeu de mots qui repose sur la prononciation identique de nez et né !

Chiens de traîneau

Je serais plutôt “chats” que “chiens”.
Je ne m’imagine pas tout à fait vivre dans le Grand Nord.
Je ne regarde pas vraiment les émissions animalières.
Autant de bonnes raisons donc pour ne pas partager avec vous un billet qui s’appelle “Chiens de traîneau”!

Pourtant, j’ai écouté avec plaisir, et tout à fait par hasard, ce vétérinaire parler de sa passion. Et comme j’ai toujours trouvé ces chiens magnifiques, comme les paysages de neige m’impressionnent toujours par leur très grande beauté, voici donc contre toute attente ce petit extrait ! Où il est question de chiens endurants et de Yorkshire(s) – j’ai du mal à mettre un “s” à ce mot qui n’en prend pas en anglais – nettement moins résistants…
(Sujet plus consensuel donc. Quoique… Si je dis que je me pose toujours la question de savoir si un Yorkshire est vraiment un chien, j’en connais qui ne seront pas d’accord !)

Transcription:
- Ah oui, oui ! Ça, c’est… Ça fait trente ans que c’est un… que c’est un autre domaine passionnel. La course la plus longue sur terre s’appelle Iditarod. Elle a lieu tous les ans en Alaska. C’est une course qui va d’Anchorage au sud de l’Alaska à… à Nome. 2 000 km (1) non-stop avec des points de contrôle. Seize chiens au départ par attelage. Il y a en moyenne 80 attelages (2), qui vont faire en moyenne 200 à 220 km (3) par jour avec des températures qui oscillent entre – 20 et – 60 (4). Donc c’est un effort qui est très, très intense, qui nécessite beaucoup de travail, en préparation bien sûr. Alors on a décliné (5) ce… ce type de course en Europe, particulièrement en France, là, avec une course qui s’appelle la Grande Odyssée, qui, elle, ne fait que 1 000 km (6). Mais c’est dans les Alpes, donc là, on a du dénivelé (7) montant et descendant.
- Et c’était il y a pas très longtemps, la Grande Odyssée ?
- La Grande Odyssée, c’était début janvier. En fait, c’est tous les ans, aux environs du 8, 9 ou 10 janvier, selon (8) le… l’endroit où se positionne le premier weekend.
- C’est difficile pour les chiens. Est-ce qu’ils en tirent du plaisir ?
- Bah il suffit de voir ces… ces chiens de traîneau au départ d’une course, au départ d’une étape ou d’un point de contrôle pour ne pas se poser la question. Je veux dire il y a que les gens qui (9)… Souvent, il y a que les gens qui connaissent pas l’animal qui se soucient du fait que l’animal prend du plaisir ou pas. Quand on va voir l’animal dans son environnement et dans ce qu’il fait, on se rend compte qu’il y prend un grand plaisir.
- Les animaux ne sont-ils pas usés à l’issue de (10) ces courses ? Est-ce qu’ils vivent aussi longtemps que les autres ?
- Alors, pour répondre à certains protectionnistes animaliers un peu… un peu rudes, on a fait un certain nombre d’études, très objectives, qui montrent que l’espérance de vie d’un chien de traîneau par exemple entraîné comme ça, elle (11) est quand même très supérieure à celle d’un Yorkshire qui vit sur un… sur un canapé et que le niveau de stress subi par un Yorkshire – j’ai rien contre le Yorkshire, hein ! – mais qui reste huit heures par jour tout seul dans l’appartement est supérieur à celui qui est subi par les 200 km faits par le chien de traîneau en question. Donc je crois qu’il faut être très clair là-dessus, le chien, il (12) aime travailler, il aime courir.
- Et il aime la compagnie.
- Et il aime le faire avec son animal de compagnie à lui (13) qui est l’homme, oui.

Quelques détails:
1. 2 000 km: on dit : deux mille kilomètres
2. 80 attelages: quatre-vingts attelages. On met un “s” à vingt dans ce cas car 80, c’est 4 fois 20.
3. 200 à 220 km: deux cents à deux cent vingt kilomètres.Avec cent, c’est compliqué ! On met un “s” à cent quand il est multiplié et qu’il n’y a rien après: deux cents, trois cents, etc… Mais s’il y a quelque chose ensuite, il reste invariable. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de “s” dans “deux cent vingt“. Bref, on est aussi tranquille en écrivant les nombres en chiffres et non pas en toutes lettres. D’ailleurs, un grand nombre est bien plus évocateur quand il est écrit en chiffres. Alors, ne nous compliquons pas la vie !
4. entre -20 et -60: moins vingt et moins soixante. En degrés Celsius bien sûr. Voici la conversion pour tous ceux qui parlent en Farhenheit et n’ont aucun repère quand on leur parle en degrés Celsius: -20°C = -4 deg F, -60°C = -76 deg F.
5. on a décliné cette course: on a créé d’autres courses en prenant celle-ci pour modèle. Chacune est comme une déclinaison de la course d’origine, une variante qui s’en inspire.
6. 1 000 km: mille kilomètres. Le mot mille est toujours invariable.
7. du dénivelé: des différences de niveau.
8. selon: en fonction de
9. il y a que les gens qui… = il n’y a que les gens qui… (ne… que = seulement)
10. à l’issue de… : à la fin de
11. L’espérance de vie…, elle est… : normalement, on en devrait pas utiliser “elle” car c’est une répétition du sujet “l’espérance de vie” dans la même phrase. Mais on le fait souvent quand on parle, et ici, d’autant plus que le verbe n’est pas placé juste à côté du sujet. Mais on ne fait jamais ça à l’écrit.
12. Le chien, il… : même remarque que précédemment sur la reprise du sujet par le pronom personnel “il“. C’est plus familier que de dire: Le chien aime travailler.
13. son animal de compagnie à lui: “à lui” sert à renforcer la notion d’appartenance exprimée par “son“, pour bien insister sur la situation du chien, d’autant plus ici qu’il y a inversion des rôles traditionnels en quelque sorte.

Madame ou Mademoiselle ?

Faire des démarches administratives en France tient souvent du parcours du combattant, même si des efforts de simplification ont été faits récemment. (Mais c’est vraiment très récent.)
Et souvent, vous vous demandez bien pourquoi on exige tel ou tel papier, tel ou tel renseignement qui n’a rien à voir avec ce que vous essayez d’obtenir. Rites hérités d’un autre âge, petits pouvoirs de l’administration et de ses représentants…

Parmi ces drôles de renseignements exigés, il y a la sempiternelle case à cocher dans la rubrique qu’on appelle “civilité”: Monsieur, Madame, Mademoiselle.
Une seule catégorie pour les hommes, deux pour les femmes, selon qu’elles sont mariées ou pas. Et les hommes? Mariés ? Pas mariés ? Si ça n’a aucune importance pour eux, pourquoi cela en aurait-il une pour elles ? Qui a besoin de savoir si vous êtes mariée ou pas ? Et quelle case cocher quand vous vivez maritalement depuis toujours, comme c’est le cas pour beaucoup de Françaises ? La France était donc en retard sur le plan des mots. Mais les mots reflètent quelque chose de notre société, non ?

Transcription:
- Allez, ne m’appelez plus jamais “Mademoiselle”. Je dis ça de façon générale. C’est une nouvelle victoire pour les féministes qui se battaient pour la suppression du terme “Mademoiselle” et autre “Nom de jeune fille” ou “Nom d’épouse”, toujours demandés sur les formulaires (1). Une circulaire (2) de Matignon (3) stipule qu’une fois les stocks (4) épuisés bien sûr, les documents administratifs n’aient plus que deux cases: “Monsieur” ou “Madame” et ne demandent plus que le nom de famille ou le nom d’usage (5).

- On s’en félicite (6), on est contentes. Maintenant évidemment, il faut qu’elle soit appliquée, puisqu’il y avait déjà eu des circulaires qui n’avaient pas été appliquées. Et donc on demande aujourd’hui au gouvernement et aux services administratifs concernés de veiller à l’application de cette circulaire. Evidemment, on n’est pas là pour se satisfaire de simples déclarations. Il faut maintenant que sur le sujet, il y ait des résultats concrets.
Ce que ça change, c’est qu’on arrête de catégoriser (7) les femmes en fonction de leur statut marital et on arrête de faire du mariage un… un élément de définition de la place des femmes dans la société. La suppression du “mademoiselle”, du “nom de jeune fille”, du “nom d’épouse” dans les formulaires administratifs, c’est un élément important pour faire plier (8) le sexisme ordinaire et qu’on arrête de faire des catégories pour les femmes qu’on ne fait pas pour les hommes. Ce qu’on souhaite, c’est que ça fasse tache d’huile (9). Aujourd’hui, quand on veut commander un billet de train ou acheter un CD en ligne par exemple, on nous demande Madame ou Mademoiselle. Je vois pas vraiment l’intérêt (10). Et donc maintenant, il faut que les entreprises privées, elles suivent également le mouvement (11).

Quelques détails:
1. un formulaire: un document administratif qu’il faut remplir.
2. une circulaire: une note, une lettre administrative envoyée dans différents services pour faire appliquer une décision.
3. Matignon: c’est une image pour parler des services du Premier Ministre français qui a ses bureaux dans cet hôtel particulier, rue de Varennes à Paris.
4. les stocks: ce sont les stocks d’anciens formulaires, avec les trois cases: monsieur, madame, mademoiselle.
5. le nom de famille ou le nom d’usage: une femme mariée peut prendre le nom de son mari ou pas. (Beaucoup de femmes continuent à adopter le nom du mari.) Le seul nom valable pour une femme reste de toute façon le nom de famille qu’elle a eu à sa naissance. Quand elle prend le nom de son mari, on appelle ça son nom d’usage.
6. se féliciter de quelque chose: se réjouir de quelque chose, être content.
7. catégoriser: ce verbe n’est pas français. Elle veut dire “classer“, “placer dans des catégories“. On observe l’utilisation de verbes inventés, en général sous l’influence de l’anglais, notamment par les journalistes: par exemple, le verbe “impacter“, très à la mode, au lieu de “avoir un impact sur…”. Ce qui se passe, c’est que le français a souvent besoin d’expressions avec des noms au lieu d’avoir juste un verbe. C’est évidemment plus long, donc créér ces verbes est “efficace”. Et en plus, ceux qui les emploient au début ont l’impression d’être à l’avant-garde des choses en utilisant ce jargon qui fait moderne parce que venu des Etats-Unis !
8. faire plier: vaincre
9. faire tache d’huile: gagner du terrain, se développer, se propager.
10. Je ne vois pas l’intérêt: je ne comprends pas à quoi ça sert / ça me paraît inutile.
11. suivre le mouvement: agir de la même façon, se rallier à un changement.

De fil en aiguille


Les merceries sont devenues rares. Mais quand on entre dans l’une d’elles, on y sent toujours une vie particulière. Bobines et écheveaux de fil annoncent le travail et le talent créatif de toutes ces petites mains expertes qui savent encore coudre, broder, couper, piquer.

Tous ces fils nous donnent aussi de jolies expressions:
De fil en aiguille, il m’a raconté comment il était arrivé ici: peu à peu, en passant d’un sujet à un autre, parce qu’ils s’enchaînaient bien, par association d’idées, il en est venu à raconter toute son histoire.

Si son histoire est cousue de fil blanc, c’est qu’elle est très prévisible, comme une couture avec du fil blanc est visible et grossière.

Si quelqu’un (ou un travail) vous donne du fil à retordre, il vous cause des problèmes, il ne vous simplifie pas la tâche !

Bénévolat

J’ai plusieurs étudiants qui, chaque semaine, donnent de leur temps pour s’occuper d’enfants ou de jeunes. Ils les aident à faire leurs devoirs, à s’en sortir à l’école quand ils sont en difficulté. Ils ont choisi de le faire dans le cadre d’associations bénévoles. Donc ils ne se font pas payer. Générosité, altruisme, envie de donner leur chance à tous. Ce petit reportage m’a fait penser à eux.


Transcription:
- Tant qu’on fait des exercices, moi je suis d’accord avec toi, c’est vrai, c’est dur les maths. On peut pas comprendre tous les exercices. Mais maintenant, faut au moins que tu aies essayé, tu vois, que tu as écrit sur un papier ce que tu as essayé de faire.
- On a rempli ça.
- Ça, tu le connais.
- Hein?
- Ça, tu le connais.
- Ah, je sais pas si je le connais mais… Si je le relis, je peux te l’expliquer. Je lis ? Une molécule est constituée de plusieurs atomes liés entre eux. Chaque molécule…

- Rachid B. Donc j’ai 22 ans. Moi je suis actuellement étudiant en MSG Sorbonne (1). Et puis je suis également bénévole à l’AFEV (2). En fait, quelque part, on a tous un petit peu dans la tête des petites idées altruistes et tout, et il y a un moment où il faut les mettre…. faut les mettre en pratique. Et puis moi, c’était vraiment ça, je pensais qu’il y avait des… des choses qui allaient pas, qu’il y avait, bon, en gros (3)… On avait vu ça en Terminale (4), en sociologie, des déterminismes. Et puis il y a un moment où on se dit que, ben, faut lutter contre ces déterminismes. En fait, ouais, bah c’est… c’est vraiment ça, l’AFEV, c’est aider les élèves qui ont des difficultés. Bon, les difficultés, ça peut être par exemple, être trois dans une… dans… dans la même chambre, c’est-à-dire qu’on n’a pas à disposition un bureau. On peut pas travailler tout le temps. On peut pas travailler à l’heure qu’on veut également. Ça, c’est des… en fait, c’est des handicaps (5) que beaucoup de personnes ne… ne remarquent pas mais ça joue beaucoup (6). Etre juste à plusieurs dans la chambre, moi je me rappelle que quand on était plus jeunes, on était trois dans une chambre, et puis ça joue beaucoup. On peut pas travailler à 22 heures: il y en a un autre qui veut dormir. On peut pas… On peut pas travailler à 16 heures parce qu’il y en a un autre qui écoute la musique. Et puis ça fait que on a une marge beaucoup plus faible, pour travailler. Donc ouais, je pense qu’il y a des populations qu’on devrait aider plus que d’autres.
Lire la Suite…

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